CHAPITRE III
l'école botanique. — LES JARDINIERS.
Les Jardiniers sous la corporation. — Catalogue de Grégoire. — Les Descemet. — Catalogue suivant la méthode de Touruefort.
Julliot, dans les notes manuscrites (IJ^ dont il a déjà 'été plusieurs fois question, rapporte qu'un accord fait le 16 décembre 1626, devant Saint- Waast et Demonroussel, notaires, entre les gardes des apothicaires et Claude Alex, veuve de Gilles Pageart, jardinier, avait établi cette der- ^lière concierge du jardin. Le fait ne saurait être contesté ^devant les affirmations de Fancien garde des apothicaires, qui donne l'acte comme existant à son époque (1770) environ; mais, d'après les comptes de la communauté, d'autres arrangements durent intervenir assez vite.
Nous voyons en effet, que, dès 1627 (2), Bastian Boulanger, compagnon jardinier; François Fouron, terrassier, et Louis Goujon, laboureur, reconnaissent avoir reçu la somme de quatorze livres quatorze sols « pour vingt et une
\i) Julliot, loc. cit.
(8) Comptes pour Panuf^e iêHl.
journées qu'ils ont travaillé au jardin ». En outre, le sien Benoit Baudin, intitulé jardinier, reçoit la somme di douze livres pour avoir probablement fait des plantatiod Georges Marguerie, également jardinier, touche la sommi de douze livres « pour avoir arrousé le jardin >, et, le 17 oé tobre, ledit Georges Marguerie « reçoit le premier quartie: de ses sallaires >, quinze livres, d'après le marché fait avei lui. Dans les comptes des années suivantes, le mên» Marguerie est porté pour la somme de soixante livrel par an, comme jardinier, demeurant es faux-bourgs Saint Marcel, au clos et maison de la Charité, appartenant à \i communauté. Enfin, en 1631, on l'appelle à la fois concierge et jardinier.
Ce jardinier est en effet une sorte de factotum, ni maître Jacques, comme il arrive le plus souvent dans deî établissements de ce genre, surtout dans leurs commencer ments. C'est lui qui non seulement achète les objets nécessaires à la culture, mais sert aussi d'intermédiaire entre les gardes et les locataires du petit logis de la rue de Lourcine.
Des données qui précèdent, il résulte que, dès 1627,1^ terrain de la rue de l'Arbalète est prêt à être livré à la culture, qu'un jardinier y est attaché et s'occupe de l'organisation. Il soigne tout particulièrement ce qui se rapporte à l'arrosage, l'établissement de futailles enfoncées en terre et servant de bassin ; l'achat de cordes, de poulies pour les puits. Cela se comprend, l'eau n'est pas encort accordée au jardin; les puits sont de première nécessité. Des plantations, un certain nombre servent surtout à Pagrémentj nous les avons signalées, et, dès l'origine, plusieurs espèces d'arbres, achetés par le jardinier, se rapportent à cet objet; nous savons aussi que c'est dans les Vieux -Fossés qu'on les rencontre [plus spécialement.
Quant à la disposition de l'École botanique, nous avon» heureusement, pour nous en rendre compte, un livre rare intitulé : Hortus pkarmaceuticus Lutetmnus^ publié en 1638, c'est-à-dire dès les premières années de l'organisation du
[Jardin (1). L'auteur, J. Grégoire, n'est pas un inconnu pour nous : c'est lui qui, en 1624, avait été établi comme représentant des apothicaires à la Charité Chrétienne. PPersonne ne pouvait être mieux qualifié que lui pour nous [renseigner.
De l'examen de son opuscule, on peut conclure tout d'àjbord que le Jardin des apothicaires était plus important gue nous ne l'aurions pu croire. Il contenait, dès cette époque, d'après la préface, plus de mille espèces, et, en comptant leur nombre dans le catalogue, on constate en jefiFet la présence de plus de 1.100 formes végétales. Il est ivrai que certaines sont de simples variétés ou même des
(1) Le livre en question est un petit in-8® de SA pages, dont nous ayons trouTé l'indication dans le catalogue de la vente des livres de M. Adr. de Jussieu. Nous ne savons ce qu'est devenu l'exemplaire de cette vente, mais la Bibliothèque nationale a bien voulu nous confier celui qu'elle possède. Le titre exact estHortus || Pharmaceuticus |{ Lutetianus || Ex Typographia Pétri Targa || Via Saneti Yictoris ad insigne jj Solis Aurei. || MDC.XXXVIU.
En tête (page 2) on trouve l'avis suivant :
Lectori Benevolo.
Gum paucos ante annos (Lector Amantissime) Ludovici Justi Régis Chris- Ëanissimi liberalitate concessus sit Pharmacopseis Parisientibus locus ut extrueretur hortus in quo sererentur Plantœ, et colaerentur ad publicam uti- Ktatem et Tyronum institutionem. Ecce illorum propriis sumptibus assurgit iomus splendida, cui hortus adjacens amicorum exterorum gratia, atque plubimorum nostralium laudabili cura, et indefesso cultu, in dies variis generibus nlantanim luxuriat, adeo plus mille stirpes tum vireant, qjiarum nomenclaloras simplices exponit :
! Addictîssimus
\ Jâcobus GREGOIRE
Pharmacopœus Parisiensis. 1638.
I A la fin, à la dernière page 8â, après la nomenclature des espèces :
Gratum sit opusculum (astante Deo), brevi dabitur prœlo Synonymia «xqnisita cunctarum hic stirpium exaratarum. Naturalis effigies earum quœ |uic Tirent in horto coUata videbitur Iconibus Botanicorum classicorum cum bsorum nominibus. Ad calcem nomenclaturœ singularum plantarum (bis) imnt asterici locum Horti in quo aluntur signantes. Formam Domus et norti ad eximiam puichritudinem pictam cernere licebit non ingratam iis qnibus non çoncessum est eam intueri.
' Nous n'avons pas trouvé de trace de Texécution de ces projets..
vamlions; mais, même en les dif alquaçt^ il reste encûri près d^on millier d'espèces bien légitimes.
Le catalogue est précieux à \m autre titre. La plupa4 des noms de plantes sont suivis d'un signe qui indique Tendroit du Jardin où la plante était établie. L'auteur distingue Vambulacrum, ou allée centrale, sorte de promenoir qui règne de la rue des Postes au fond des Vieux- Fossés ; le Jardin botanique , divisé en quatre grand» carrés symétriques, qui eux-mêmes comptaient chacuB trente banquettes; le petit Jardin (Aor^u/iis), placé probablement contre la rue de Lourcine, divisé en quatre carrés, ayant chacun quatre banquettes et des parties latérales; un jardin, qui paraît plus spécialement consacré aux plantes légumières. Ce doit être la partie basse entre le grand carré et le petit jardin de Lourcine. Il y avait, cb outre, un petit pré, un monticule, une pièce d'eau, où étaient cultivées les plantes adaptées au terrain. Avec toutes ces données, il ne serait pas difficile de construire en gros le plan du jardin et d'indiquer même la place des principales espèces.
Quelques indications générales en ressortent. La grande allée était plantée (nous le soupçonnions déjà) de grands arbres : (Sapins, Érables, Chênes, Tilleuls, Mûriers, Figuiers, Ormeaux, Peupliers, Bouleaux, Sureaux, etc., etc.). Elle avait comme sous-bois des arbustes d'ornement. (Rosiers, Chèvrefeuilles, Rhamnus, Rubus, Groseilliers, Buis, Romarins ; Houblons, Clématites et Convolvulus s'enroulant aux arbustes; Lilas, Troènes, etc., etc.) — Enfin, à l'ombre des arbres, venaient peut-être naturellement, peut-être établies par la culture, des plantes herbacées : TAUiaire, le Petit Houx, l'Herbe à Robert, les Lamium, le Petasites, les Plantains, les Orties, la Pimprenelle.
Le monticule avait un petit nombre d'espèces ; c'était probablement une petite butte artificielle au bout de la grande allée ; on y trouvait la Vipérine, la Lampsane, le Lycopsis, à côté des Verbascum, du Nicotiana minor^ des Sideritis, etc.
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Au jaiHlin légumier erais«aient la Betterave, les Bi»a(s* sica, rOgnon, le Cerfeuil, le Solanum hortense^ les Pissenlits.
Au pré, les gazons, les Orchidées, le Beccabunga, le Caltha, les Renoncules, les Typha, etc., etc.
Les plantes qui devaient être rentrées en hiver dans rorangerie, laquelle ainsi que nous Tavons bien supposé, existait depuis Torigine de la maison, étaient plantées dans des vases de terre [vasa terena). Citons parmi elles comme les plus caractéristiques : les Cistes, le Lentisque, le Figuier d'Inde, le Dattier, T Acacia d'Egypte, l'Azedarach,
Enfin quelques caisses de bois [vasa lignea) étaient destinées aux Orangers, au Myrte, à l'Olivier et aux Rhododendrons.
Y avait-il dans ces plantations un système de classification? Nous n'avons pu en découvrir aucun ni dans les allées de Tambulacre, ni dans le pré, ni dans le jardin potager. C'étaient probablement les commodités ou les besoins delà culture qui déterminaient la place de chaque espèce.
Nous ne trouvons pas plus de préoccupation d'un classement quelconque dans les banquettes soit du Jardin botanique, soit du petit Jardin. Voici, comme exemple, la composition d'une des banquettes du Jardin ordinaire :
Petit Houx, Cerisier à grappes, Chardons à foulon,
purge. Laurier-tin, Laurier-cerise, Lychnis, Mélilot et
abine.
Et de l'une de celles du petil Jardin, qui étaient plus Karnies :
Alyssum, Guimauve, Ancolie, Aristoloche ronde, Digifâle jaune. Sainfoin du Canada, Horminum de Portugal, iTioliers, Raiponce.
Il était de mode, à cette époque, de faire dans les Jarnins, un carré de plantes ornementales [Coronaria; area wronalis)y de plantes odoriférantes (Area odorata)^ de léfumes servant surtout de condiment [Area olitori'à), de
plantes comestibles {Area escaria), comprenant les arbres fruitiers et les racines alimentaires. — Nous ne trouvon» pas davantage la réalisation d'un plan analogue (1).
En dehors de ces précieux documents, nous n'avons ni dans les comptes ni dans les délibérations, grands renseignements sur l'organisation du Jardin et très peu sur les jardiniers qui le cultivent. Il nous faut arriver aux dernières années du siècle pour y trouver le nom de François Lemoyne, souvent cité dans les comptes pour des achats de plantes, pour des réparations au jeu de boules, en 1696 et en 1698. Il était évidemment chargé de tous les soins qui se rapportent au Jardin et à la maison des Apothicaires.
En 1709, la place est vacante, et, le 12 mars de cette année, la Compagnie des anciens gardes (2) se réunit « pour procéder au choix d'un jardinier capable et expérimenté pour avoir soin de la culture des plantes au lieu et place de François Lemoyne, sy devant le jardinier du dit Jardin » (3).
Plusieurs sujets se présentent, mais la Compagnie « n'en ayant pas trouvé de plus capable que le nommé Martin, d'une commune voix a fait choix et reçu unanimement ledit Martin pour avoir soin et cultiver, et entretenir ledit Jardin de toutes les plantes usuelles et estrangères, qui seront nécessaires pour l'utilité et l'ornement dudit Jardin, aux conditions que messieurs les gardes en charge conviendront avec lui, avec pouvoir aux dits sieurs gardes et leurs successeurs quand cas que ledict Martin ne fît son devoir et (ne) s'acquittât comme il faut de ses
(1) Parmi les ouvrages, intéressants à cet égard, qui traitent de la disposi-
tion des jardins au XVI* siècle, citons :
Prœdium nisticum, in quo cuiusvis soli vel culti vel inculti plantarum yocMr bula ac descriptiones, earumque conserendamm atque excolendarum instnmenta suo ordine describentur. — Lutetiœ, apud Carolum Stephantm Typographia Regium. M.D.LUII. j
(â) Livre des Délibérations. (Assemblée du IS mars 1709.) (3) Nous trouvons cependant le nom de Lemoyne à propos d'une décoration faite au Jardin en 1713. Peut-être y a-t-il erreur de nom.
fonctions, ils pourront le renvoyer et en faire un ehoiz d'un autre au nom de ladite Compagnie » (1).
C'était donc la Compagnie des anciens gardes qui nommait les jardiniers, et les gardes en charge faisaient avec lui leurs conditions et surveillaient son travail.
En 1722, on sentit la nécessité d'adjoindre aux gardes, dont la besogne s'augmentait peu à peu, trois directeurs pour veiller aux réparations ou embellissements du Jardin, de concert avec les gardes, qui en feront rapport à la Compagnie. Dans la séance du mardi 6 mars (2), il est convenu que ces directeurs seront pris dans les trois classes d'anciens, de modernes et de jeunes. « Et à cet effet, ont été nommés à la pluralité des voix, messieurs Boulduc, doyen, qui sera perpétuel et qui a bien voulu accepter cette nomination à la prière de la Compagnie ; Pia, du nombre des modernes, et Rousselot de celui des jeunes. Pour ces deux derniers directeurs, ils seront changés, de deux ans en deux ans, au mois de mars.
Le jardinier Martin n'a pas laissé beaucoup de traces dans les registres de la Communauté des apothicaires, et il est probable qu'à l'époque où la Compagnie nommait ses trois premiers directeurs du Jardin, c'était Descemet, qui était déjà en charge. Lui et sa famille ont, pendant une longue période, rempli avec une véritable autorité ces fonctions importantes. Nous verrons en effet, lorsqu'il s'agira de l'enseignement, le rôle presque prépondérant que jouait alors le jardinier.
Descemet était évidemment un homme instruit; c'est lui qui dresse, d'après la méthode de Tournefort, le catalogue des plantes cultivées. « En 1759 (3), dans l'assemblée de messieurs les gardes et anciens gardes de l'apothicairerie, tenue le 12 mars, les gardes en charge ont représenté que le sieur Descemetz, notre jardinier, leur a remis un
(1) Ont signé : J. Boulduc, Rouvière; Clément, Second, Regnault, Pioget, Cbampagneux, Mayol, Boulduc, Gallois, Courtois.
(2) Livre des Délibérations, (Assemblée du 6 mars 1722.) - :
(3) Livre des Délibérations, (Assemblée du 12 mars 1741.)
Siv.
manuscrit intitulé : Cathalogue des plantes de notre Jardin à Teffet de Texaminer et, d'une voix unanime, la Compa gnie nous a chargé verbalement d'en faire l'examen avei messieurs les anciens soussignés, pourquoy ledit jou nous avons lu et examiné ledit manuscrit et avons donni l'approbation qui suit :
a Nous soussigné, gardes en charge du Corps de l'Apo thicairerie de Paris, commis par messieurs les anciens gardes pour examiner... L'avons lu, examiné et trouvé conforme aux éléments de botanique de monsieur Tournefort, vu son augmentation, utile et nécessaire aux aspirants en pharmacie. Requérons la réimpression. Fait en notre Bureau, le 12 mars mil sept cent cinquante-neuf» (1).
Le manuscrit en question (2) était une seconde édition. Il en existe une première, portant la date de 1741, et diverses approbations des membres de la Faculté de médecine. Tout d'abord celle de Bernard de Jussieu et de Chomel, médecin ordinaire du Roy, qui déclarent le manuscrit conforme aux éléments de botanique de feu M. Tournefort, dont il est extrait ; puis celle des deux professeurs en pharmacie de la Faculté, Bourdelin et Besnier, qui en croient l'impression utile aux étudiants en médecine et aux aspirans en pharmacie; enfin celle du doyen de la Faculté, Ooldevillars, qui exprime le même avis sur son utilité.
L'édition de 1741 énumère environ 820 espèces; celle de 1759, à laquelle se rapporte l'approbation des gardes apothicaires, ne diffère guère de la première que par une introduction, expliquant un certain nombre de termes botaniques, et l'addition de quelques plantes peu impo> tantes.
(1) Signé : Taxil, Terrier, Brongniart, PouUain, Richard, Le Bes.
(2) Le livre imprimé porte le titre suivant : Catalogue des plantes Jardin de MM, les Apoticaires de Paris y suivant leurs genres et îi caractères des fleurs conformément à la méthode de Mi Tourne for t^ d ses Instituts. M.DCG.LIlf. Il porte en outre les diverses approbations dont i est question dans le texte.
Le catalogue, imprimé par les soins de Descemet, nous fait connaître à la fois la classification adoptée pour rÉcole botanique et les espèces qui y sont cultivées. La Igrande majorité est naturellement formée par des plantes i médicinales, dont le livre indique d'ailleurs les propriétés.
Le nombre des espèces est un peu moindre que celui du catalogue de Grégoire ; il y a d'ailleurs des plantes ^de serre chaude et d'orangerie, en dehors des espèces [établies en plein air. L'École botanique a des banquettes Ihordées par des planches en bois, qu'il faut réparer de temps à autre, ainsi qu'il appert des comptes de la Compagnie.
La considération dont jouissait Descemet auprès des membres de la Corporation se manifeste dans plusieurs circonstances. C'est ainsi qu'en 1751, nous lisons dans la 'séance du mardi 17 novembre :
« En l'assemblée de messieurs les Gardes et anciens gardes des maistres Apothicaires-épiciers convoquée par billets en la manière accoutumée, messieurs les Gardes ont représenté que Desmetz (1), leur jardinier, faubourg Saint-Marcel, qui a l'honneur de nous appartenir depuis un très long temps, et qui a toujours rempli ses devoirs ! avec la plus scrupuleuse exactitude, supplie très respec- .tueusement la Compagnie de vouloir bien accorder la I survivance de la place qu'il occupe à son fils aisné (nommé Jacques), garçon fort sage et fort expérimenté dans la culture des plantes, tant usuelles qu'étrangères. La ma- ; tière étant mise en délibération, ayant égard aux longs et bons services du sieur Desmetz pour la Compagnie, voulant lui donner une marque de son attachement, accorde la survivance de la place de Desmetz père à son fils, sous . la condition qu'il ne négligera rien pour bien cultiver et entretenir ledit Jardin de (toutes) plantes, tant usuelles
(1) Le vrai nom est Descemet, mais il est écrit selon les endroits de bien des manières diverses. C'est le cas, d'ailleurs à cette époque pour beaucoup de noms propres.
qu'étrangères, qui sont nécessaires pour l'instruction el Futilité des jeunes gens qui étudient en pharmacie et qui ne sont pas moins l'ornement dudit Jardin (1)... »
Descemet mourut vers 1762 ou 1763, et son fils Jacques lui succéda.
Le Collège de pharmacie eut pour la famille Descemet la même bienveillance que la Communauté. En 1780, les prévôts du Collège appelèrent madame J. Descemet, tutrice de son fils mineur, et lui rappelant que la survivance avait été solennellement promise à son fils, ils lui firent des offres en l'engageant à y réfléchir sérieusement. El comme elle hésitait à accepter, observant que les propositions qu'on lui faisait lui étaient onéreuses, et que ni elle ni son fils ne les pouvaient accepter, « le Comité a jugé convenable de prier madame veuve Descemet et son fils de se retirer de nouveau jusqu'à la fin de la présente! assemblée... Et la dame Descemet et son fils, mandés dej nouveau et requis de donner leur dernier avis sur l'acceptation du titre de concierge et jardinier du Collège, ladite dame et son fils ont accepté de demeurer au service dudit Collège, aux charges de recevoir pour tout gage et appoiri-; tements la somme de cinq cents livres par an, sans aucune répétition de frais pour fumier ou travail extraordinaire, à moins que ledit travail ne soit expressément commandé par messieurs les prévôts et le comité, de jouir en usufruit du jardin dit le Cimetière pour le produit être à leur profit,; de continuer de placer dans la serre, au-dessus de la; grande salle, tels arbres et arbustes qu'ils jugeront à propos d'y serrer, etc. » (2).
En outre, en 1780, dans l'assemblée du 10 octobre, les membres du Collège crurent devoir répondre favorablement à la demande que leur avait faite M"*® Descemet, d'un prêt de huit cents livres. Le Comité, est-il dit daûsi la délibération, a cru devoir permettre ce prêt qui donne occasion au Collège de prouver à ladite dame Descemet
(1) Livre des Délibérations. (Assemblée du 17 novemnre 1751.)
(2) Délibérations du Collège. (Assemblée du 28 juiUet 1780.)
gu'il y a lieu d'espérer, de sa part, une continuation de bons services (1).
Il ne parait pas cependant, par l'examen des délibérations, que M"® Descemet et son fils aient absolument continué les excellentes traditions de la famille. Nous voyons, à plusieurs reprises, la veuve soulever des difficultés, à propos d'appointements qui lui sont dus ou de comptes spéciaux. Une de ces contestations, dont le Collège a dû assez longuement s'occuper, nous intéresse par son objet; c'est une fourniture de plantes dont elle réclame assez vivement le prix. La liste de ces plantes, annexée au procès-verbal (ou au plumitif), nous est parvenue ; nous la donnons en note, comme une image résumée de ce qu'il y avait au Jardin (2).
(1) Délibérations du Collège. (Assemblée du 10 octobre 1789.)
(2) Mémoire des plantes fournies pour le Jardin de botanique de MM. les Apothicaires, par Descemet, sçavoir :
1780, du mois de juin. — 1 palmier dattier, 4*. — 1 roseau panaché, 6*. — 1 calle d'Ethiopie, 2* 10*. — 1 youcca à feuilles d'aloès, 8'. — 1 youcca dra- *onis, 12*. — 1 aloès ordinaire, 1^ 4». — 1 al. succotrin, 6'. — 1 al. tacheté, i^ 4*. — 1. al. mitre, 5^ — 1 al. peroquet, 2^ — 1 al. éventaille, 10'. -- |l agave, 4'. — 1 balanier, 6'. — 1 balizier, 1' 10». — 1 thimele des Alpes, 1' 10* — 1 pourpier de mer, 1'. — 1 noyer de Ceylan, 1* 10". — 1 noyer à feuille d'hysope, 1' 10». — 1 catalpa, 1* 10*. — 1 lycium jasminoïdes, 1' 10«.
— 1 galand de nuit, 2'. — 1 galand de jour, 2*. — 1 jasmin des Açores, 5*.
— 1 jasmin commun, 15". — 1 philaria, 2'. — 1 olivier franc, 3'. — 1 olivier sauvage, 5*. — 1 agnus castus, 1* 4". — 1 verveine odorante, 1* 10'. — 1 sauge amère, 2' 10". — 1 queue de Lyon, 2". — 1 marjolaine de Crète, 1' 4". '— 1 héliotrope du Pérou, 1' 4". — 1 gentiane à fleur jaune, 2'. — 1 pervenche du Pérou, 1' 4'. — 1 laurier-rose, 3'. — 1 arbouzier, 12'. — 1 caecale de Klein, 1' 4". — 1 chrisocoma cernua, 1' 4'. — 1 inula chritmoides, 1' 4". — 1 sauge d'Amérique, 2' 10». — 1 camerisier, 2'. — 1 laurier thim, 1' 10". — 1 sureau découpé, 1'. — 1 sureau à grappes, 15». — 1 cornouiller franc, 15". 1 anis des prez du Canada, 2', — 1 clématite à feuille de poirier, 15». — 1 bouton d'argent à fleur double, 1' 4". — 1 vigne vierge, 15». — 1 géranium Wnale, 15*. — 1 géranium panaché, 1' 4'. — 1 g. triste, 2' 10*. — 1 laurier jambon, 8'. — 1 joubarbe en arbre, 1' 4". — 1 hydrangea arborescens, 2'. — i cierge du Pérou, 3'.— 1 figue d'Inde, 1' 10«.-- 1 petit cierge lézard, l'4».
— 1 pourpier à grappes, 1' 4". — 1 seringua, 12". -- 1 grenadier à fruits, 3'. 1 grenadier à fleurs, 3'. — 1 mirthe à grande feuille, 2', 10«. — 1 m. de Tarenthe, 3'. — 1 spirœa à feuille d*obier, 15^. -r- i tamarisque de Narbonne, *'. — 1 ronce sans épines, 3'. — i rose de BourgogniO, 1' 10». — 1 r. de tous
Le fils ne paraît pas avoir eu beaucoup plus à cœur de répondre aux prévenances dont ne se départent pas les Apothicaires. Car, après avoir donné sa démission en Tan II, nous le voyons réclamer au Collège, un an après^ trois mois de ses appointements, à quoi le Collège répond qu'il n'y a pas à délibérer, attendu que le réclamant n'a pas rétabli le Jardin dans l'état où il devait être et tel qu'il l'avait reçu (I).
les mois, IS». — 1 églantier odorant, 1* lO". — 1 rose jaune, 1^ — 1 rose à cent fouilles, 12*. — 1 r. de Provins, 12". — 1 r. musquée, 1^ — 1 r. mousseuse, 4^ — 1 r. blanche, 12*. — 1 r. de Hollande, i2". — 1 allouche de Bourgogne, 1' 5». — 1 alizier de Fontainebleau, 15'. — 1 aubépine, 10*. — 1 azeroUe pommette, 15*. — 1 néflier ordinaire, 1^ 4*. — 1 buisson ardent, 15". — 1 cotonaster, 1' 10". — 1 sorbier des oiseleurs, 15". — 1 cormier, 15^.
— 1 poirier de beurré, 10". — 1 bon chrétien d'hivert, 10". — 1 rousselet, lO*.
— 1 pommier d'api, 15". — 1 pommier de reinette, 15". — 1 coignassier lO*.
— 1 pécher, 15". — 1 amandier ordinaire, 12". — 1 amandier nain, 1* 4". — 1 laurier-cerise, 1^ 10". — 1 bois de Sainte-Lucie, 1' 4". ~ 1 mahaleb, 1' 10'.
— 8 arbres fruitiers nains, 4^ 16". — 1 paliurus, 2^ 16". — 1 jujubier, 3'. - 1 bruyère du Gap, 1' 10". -- 1 carouge, 3'. — 1 acacia de La Passion, 1'. — 1 acacia de Farneze, 2^ — 1 bonduc, 3^ — 1 arbre de Judée, 1* 10". — 1 barba jovis, 1^ 10". — 1 luzerne en arbre, 2^ — 1 acacia rose, 3'. — 1 citronnier, 10^ — 1 cédrat, 15^ — 1 limon, 15^ — 1 oranger ord., 16*. - 1 or. de Portugal, 16^ — 1 bigarade violette, 30^. — 1 riche d'Épouille, i9, '
— 1 oranger turc, 18'. — 1 or. pompadour, 18^ — 1 bergamotte, 20". — 1 sicomore, 10". — 1 petit érable, 1^ — 1 ér. de Virginie, 1* 5". — 1 pavia, 3^
— 1 chamélée, 2' 10". — 1 orme h trois feuilles, 3*. — 1 sumach, 1' 4". — 1 sumach du Canada, 1' 10". — 1 vernis du Japon, 2' 10". — 1 toxicoden- 1
dron ou herbe à la puce, 1*. — 1 fustet, 1' 10". — 1 térébinthe pistache, 3'. !
— 1 lentisque, 10*. — 1 franchipanier, 2' 10". — 1 saule parasol, 15". - ' 1 s. verd de mer, 15". — 1 noyer ordinaire, 15". — 1 arbre de cire, 6'. - 1 peuplier blanc, 15". — 1 p. noir, 15». — 1 p. beaumier, 1* 10". — 1 plstanne d'Orient, 15". — 1 p. d'Occident, 10». — 1 aulne, 10". — 1 charme houblon, 6'. — 1 kermès, 3^ — 1 cheine, 10". — 1 figuier blanc, 2*. — 1 figuier violet, 2^ — 1 mûrier noir, 3*. — 1 buis panaché, 3'. — 1 pimprenelle d'Afrique grande espèce, 1' 10". — 1 p. d'Afr. petite espèce, IMO". — 1 genévrier, 3^ — 1 Sabine, 2* 10". — 1 cyprès toujours verd, 3^ — 1 cyp. pyramidal, 2*. — 1 thuya de la Chine, 2* 10". — 1 sapin, 4'. — 1 beaumier de Gileade, 6^ — 1 pesse ou epicea, 1* 10". — 1 sapin du Canada, 1* 10". — 1 pi" de Genève, 6^ — 1 pin cultivé, 6^ — 1 pin du lord Weimouth, 12^ — 1 mC' lèze ord., 2^
Les prix sont donnés en livres et en sous.
(1) Livre des Délibérations. (Assemblée du 25 décembre 1796.)
.Mais, pour terminer l'histoire des rapports des Descemet avec les Apothicaires, nous nous sommes laissés entraîner en dehors de la période de la Corporation. Il nous faut revenir sur nos pas, jusqu'au commencement de- la seconde période : celle du Collège de pharmacie.
Le Jardin au temps du Collège. — Buisson démonstrateur. — Son catalogue.
— Changements apportés à l'École botanique, désapprouvés par le Collège.
— Retour à l'ancien système. — Concours pour le Jardinier.
L'établissement du Collège devait nécessairement amener des changements dans la direction du Jardin. Un démonstrateur de botanique était officiellement institué : il ne pouvait se désintéresser de l'arrangement des plantes nécessaires à ses démonstrations.
Ce fut Buisson qui fut chargé de ce soin, et dès Tannée 1779, il exposa une classification nouvelle, dans son livre intitulé : Classes et noms des plantes pour suppléer aux étiquettes pendant le cours de botanique^ que fera^ au Collège de pharmacie, le sieur Buisson, démonstrateur d'histoire naturelle phytologique ; avec une introduction extraite de ses leçons préliminaires sur les divers systèmes et méthodes reçus jusqu'à ce jour, conformément à l'ordre observé au Jardin Royal (1).
Le changement proposé par Buisson était parfaitement légitime. La classification de Tournefort avait fait son temps : elle avait été remplacée par le système de Linné, qui lui-même allait bientôt céder le pas aux familles naturelles. Buisson était donc dans la bonne voie en s'acheminant avec les professeurs du Jardin des Plantes, et particulièrement avec les Jussieu, vers la méthode natu-
(1) Paris. V Hérissant et au Collège de Pharmacie. MDCCLXXIX.
relie (1). Malheureusement sa tentative eût, au point de vue pratique, un malheureux résultat.
Présenté à l'assemblée du Collège, le 22 mai 1779 (2), le. catalogue fut accepté et il fut arrêté que « le sieur Buisson ferait imprimer, à ses frais, le premier mille d'exemplaires dudit catalogue, dont le prix sera fixé à la somme de trente-six sols, et le bénéfice provenant de la vente abandonné au sieur Buisson, sauf six sols qui seront prélevés sur la vente de chaque exemplaire par M. Descemet, qui sera chargé de la vente dudit catalogue. Le présent arrangement ne devant avoir lieu toutefois que pour l'édition actuelle et sans que cela puisse tirer à conséquence pour l'avenir, et accepté la proposition de M. Buisson de délivrer par lui un exemplaire dudit catalogue à chaque membre du Collège » .
(1) Voici le Tableau de la distribution des èlasses au nombre dç quatorze dans le livre de Buisson.
ACOTYLÉDONES 1