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CHAPITRE IV

l'enseignement

L'enseignement donné au Jardin des Apothicaires a beaucoup varié suivant les époques, et, comme dans le chapitre précédent, nous aurons à considérer les périodes correspondantes à la Corporation, au Collège de pharmacie, à rÉcole.

L* Enseignement aux temps de la Corporation, — Les Jardins botaniques de Paris au XVII* siècle. — Importance du Jardin des Apothicaires. — Rôle du Jardinier et du Catalogue. — Tentative d'enseignement de la botanique. — Opposition de la Faculté de médecine. — Discussion entre la Faculté et la Corporation.

Un des principaux désirs de Nicolas Houël, en établis- Sîmt la Charité Chrétienne^ était l'enseignement de l'apothicairerie donné aux enfants recueillis dans cette maison et plus particulièrement l'étude des simples dans le jardin fondé dans ce but. Ce désir, les Apothicaires eurent à cœur de le réaliser. Le jardin fut leur principal moyen. ; Il y avait à Paris, au XVIP siècle, trois jardins botainiques d'étendue et d'importance fort inégales. ' Le premier en date était celui de l'ancienne école de médecine, de celle dont on peut voir les restes au coin de la rue de la Bùcherie et de la rue Hôtel-Colbert. Le nom de jardin botanique est peut-être un peu prétentieux pour ces trois carrés de plantations, grands ensemble comme le

bassin du Luxembourg. Son emplacement pouvait mesurer de trente à quarante pieds. Mais si petit qu'il fût, il fournissait un certain nombre de plantes qu'on pouvait utiliser pour les démonstrations. L'heure et le jour auquel le démonstrateur, qui était un apothicaire herbier, le docteur enseignant et les élèves devaient s'y trouver pour examiner les plantes, étaient indiqués d'avance. Dies et hora prxstiluantur quibus herbarius cum doctore et dàcipulis conveniât ad plantas invisendas tempus programmate latino signifficitur. Puis la démonstration faite, les élèves prenaient la leçon sous la dictée du professeur : ils étaient même obligés, chaque année, de rapporter au doyen une liste des herbes qui existaient dans le jardin de l'école, selon la teneur des mêmes statuts : ad decanum Baccalaureî quotannis référant catalogum herbarum, quœ in horto medico vigent (1).

Mais vers 1624, les médecins n'eurent pas même la ressource de ce petit jardin ; la plus grande partie (deux des carrés sur trois) disparut sous des constructions destinées à l'anatomie. A ce moment le jardin de la Charité Chrétienne était convoité de tous côtés : la Faculté se mit sur les rangs des prétendants à sa possession. On sait que l'arrêt de 1624 la débouta de toutes ses prétentions, et que les apothicaires purent enfin s'y établir.

Le troisième jardin botanique avait une autre importance. C'était celui pour lequel Guy de La Brosse, après avoir obtenu, en 1626, des lettres patentes de création, achetait en 1633 une propriété dans le faubourg Saint- Victor ; c'était le Jardin des Plantes par excellence. Cependant le Jardin des Apothicaires resta toujours le plus cornmode pour les étudiants.

(1) Tous les détails qui précèdent sont extraits d'une pièce manuscrite, supplique aux seigneurs du parlement en La Grand'Chambre par les maîtres et gardes des Apothicaires, du 27 juin 1768; la dite pièce contenue dans le volume des Archives, n® 14, intitulée : Enquêtes et Mémoires, 1700 à 1779.

Quelques pages plus loin est la copie de la requête du Doyen et des docteurs et régents de la Faculté de médecine sur la même affaire, datée du 8 juillet

a C'est le seul, lisons-nous dans la pièce citée plus haut, qui, par son étendue, sa culture et la liberté que les étudiants y trouvent puisse suppléer au défaut du jardin du Roy, où ils ne peuvent entrer que quelques heures, quatre jours de la semaine et seulement pendant un mois et demi que le professeur y donne ses leçons. Ce jardin royal est d'une telle conséquence par les plantes rares qui s'y trouvent aussi rassemblées qu'il ne peut être livré en d'autres temps à l'imprudence des élèves, au lieu que le jardin des suppliants (apothicaires), principalement garni de plantes et herbes médicinales usuelles et bien moins riche en plantes rares et curieuses, leur est livré avec beaucoup plus de facilité et moins de danger (1). »

Aussi le Jardin des Apothicaires était-il ouvert aux aspirants en pharmacie pendant six ou sept mois de l'année et du matin au soir. L'enseignement s'y faisait de diverses façons.

Le procédé le plus ordinaire était Tétude des simples au moyen des catalogues, qui renvoyaient aux espèces cultivées et tenaient lieu des étiquettes qui n'existaient pas à cette époque. Nous avons eu l'occasion de dire quels étaient ces catalogues : celui de Grégoire tout d'abord, celui de Descemet au XVIIP siècle. Ce dernier était régulièrement vendu par le concierge qui en retirait un petit bénéfice.

En outre, sans qu'il y eût probablement rien de bien régulier à cet égard, les maîtres se rencontraient dans les allées avec les élèves et y faisaient fréquemment la démonstration des plantes (2). Nous avons vu qu'à diverses époques on avait dû prendre quelques précautions contre les déprédations ou les dévastations. Mais la clef était toujours à la disposition de ceux qui désiraient y étudier sérieusement.

A part cette méthode d'enseignement, qui donnait une grande importance au catalogue, ainsi qu'au jardinier qui

(1) Pièce manascrite indiquée à la note 8.

(2) Voir la même pièce manuscrite.

était appelé à fournir bien des renseignements, les Apothicaires eurent en 1768 l'idée de donner dans leur jardin un cours public de botanique ou de démonstration des simples (1). Ils Tannoncèrent par affiche et commencèrent leurs leçons le 25 mars. — Trois jours après (le 28 mars) la Faculté de médecine, regardant cette innovation comme attentatoire à ses privilèges, s'opposait à la continuation des cours.

Les apothicaires se pourvurent devant la Cour sur cette opposition. Par arrêt du 10 juin, la Cour, en leur permettant de faire assigner la Faculté pour procéder sur son opposition, ordonna, par provision, que le cours serait continué et que de nouvelles affiches seraient apposées pour en instruire les élèves. Mais le doyen, les docteurs et régents de la Faculté, par requête du 13 juin, demandèrent que l'arrêt fut annulé, et que les apothicaires

(1) Nous croyons devoir joindre en note tout un passage tiré des Panâectes pharmaceutiques de Laugier et Duruy, qui le donnent sans en connaître très exactement l'origine, mais qu'on peut supposer être l'entrée en matière du Cours en question :

« En vue de l'utilité publique, nos rois, malgré les oppositions du corps entier de l'Université ont confirmé notre compagnie dans la possession de ce lieu, et dans l'exercice des instructions que nous y donnons.

« Ce n'est pas qu'il soit ici question de professeurs, d'écoles ni d'écoliers; quoique ces termes anciennement usités dans les seules compagnies qui forment le corps de l'Université, aient été prodigués depuis, et répandus de tons côtés, nous n'en avons jamais été jaloux ni fait d'usage. Les reproches qu'on nous ferait à cet égard, seraient très mal fondés. Notre principale ambition eut été de former parmi nous des hommes doctes, sans prétendre usurper le nom de docteur, ni aucuns autres titres qui ne nous appartiennent pas. Telle est notre façon de penser, telle a été celle de nos prédécesseurs ; ils eurent sous leurs yeux l'exemple du célèbre pharmacien Lemery, qui, au rapport du grand Fontenelle, par son grand savoir en pharmacie, et par la pratique actuelle de cet art, était devenu le double d'un médecin ordinaire, et avait pour auditeurs, non seulement les docteurs et les physiciens les plus illustres de son siècle, les Rehaut, les Bernier, les Augoul, les Régis, les Tournefort, mais tous les autres savants de TËurope.

« On a vu tenir ici la même conduite aux Seguier, aux Houël, aux Rouvière, aux Boulduc, aux Geoffroy, notamment à celui qui nous a laissé un excellent traité de matière médicale. Ce savant de premier ordre, qui, de simple maître apothicaire qu'il était, se vit tirer du sein de la pharmacie pour être élevé à

ffesl scr fe"-î ■iju";;?^ ^* I^s parues furei:; nf=Toy^.es au rapport -i? M. Pisçui^r. «msei'^Ier !'.

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idémie des Sciences, oa qai. par leors aatrages el par de> deaidDsti*-

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;haqne SDPée el d'j entretenir toutes les plantes médicinales, île fi^an que

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!à l'aiJe dan catahguit imprimé, te mojeu facile d'en suivre l'ordre et

instruire. Cn habile botaniste, aalant atlentit qu'industrieni, M. Desee-

reinplissait d'autant mieui nos Tues k cet igard, qu'il se prêtait *olon-

eu notre absence, â résnadre les ditGcultés qui poonient trr^ter l«s

Ce premier plan, eiaetement sniii, a ea tout le succès qu'au en poarait ttrndre ; mais on a paru désirer que dods j ajoutassions des démaaitraliani ^ les caractères dislinctîFs de ces plantes soient clairement développés ; c'est "s que nous allons commencer, dans le dessein de réunir et de compléter mtant qu'il est en naos les avantages de cette étude. Il dous suffit dans une liose sussL essentielle, que le public désire pour qu'il obtienne, > {.Laugier Daray, op. cil., page 709.) (I) Héme pièce manuscrite.

partie qui fait leur art pour se livrer à ces autres sciences qui ne leur sont qu'accessoires? Toutes ces études inutiles les éloignent de Tessentiel et leur donnent la prétention de devenir des savants tandis qu'ils ne doivent être que des artistes.au service du médecin.

a Au lieu de cela, les préparatifs pour former un cabinet d'histoire naturelle, un soin particulier de leur jardin, dans lequel leur jardinier a rassemblé un grand nombre de plantes médicinales, rentrée de ce jardin à ceux qui voulaient Wen acheter le catalogue que vendait le jardinier ont annoncé de leur part de nouvelles entreprises : en effet on les a vus tout à coup, en 1768, transformés en professeurs de botanique, publier par leurs affiches un cours de plantes, qui devait se faire dans la même maison de la rue de l'Arbalète ». (1)

Les apothicaires se défendaient fort d'avoir voulu usurper le titre et les fonctions de professeur. Leur rôle, ils le savent bien, doit se borner à celui de démonstrateur; et ils insistent beaucoup sur la différence qui existe entre les deux fonctions : c'est là, disent -ils, le point important du ilébat. « La qualité de professeur est réservée aux parties adverses (à la Faculté) ; elle consiste à faire des leçons aux élèves et aux bacheliers des vertus et propriétés et de l'application des différentes plantes. Les leçons ou enseignement qui se donnent aux écoles de médecine ei qui appartiennent aux professeurs ne s'étendent qu'à des questions, disputes et arguments, questionibuSj argumentu, disputationibus ^ leurs statuts y sont formels ; les démonstrations, au contraire, excluent toutes disputes, elles se bornent à nommer les plantes, leurs fleurs, racines et autres parties sensibles ; VœiU V oreille et les autres se/w y peuvent suffi7*e et dispensent de toute argumentation...

c( Les suppliants, encore une fois, ne prétendent point àla qualité de professeurs; ils ne se sont jamais servis de ce

(1) Mémoire présenté par la Faculté de médecine à M. le Lieutenant gênerai de police en décembre 1770 (contenu dans les Notes historiques par Julliot. Vol. n* 15 des Archives de l'Èjole.

Herme, ainsi que de ceux d'école, d'écolier et d'enseigner; iils n'ont jamais prétendu s'élever à des questions, disputes^ et arguments et à définir les plantes, leurs vertus et leurs I applications ; ils savent fort bien que tout cela est réservé aux docteurs, mais ils soutiennent que la qualité de ^démonstrateurs appartient aux apothicaires et qu'en cette qualité ils peuvent dénommer les plantes et les faire connaître par leurs signes extérieurs; ce droit ne peut leur être contesté. »

l Ce droit ils l'ont d'ailleurs toujours exercé et ils sont bien étonnés que la Faculté de médecine regarde comme ;une innovation leur entreprise de 1768 à la rue de l'Arba- !lète. « De temps immémorial il est de notoriété publique [que ce jardin a été destiné et employé tant à la culture des Iplantes qui entrent dans les remèdes qu'aux différentes idémonstrations de ces végétaux et des autres substances ide l'histoire naturelle. Mais indépendamment des cours Ipublics et gratuits, tous les apothicaires ont la faculté de faire des cours particuliers et un grand nombre en usent. D'ailleurs il est au vu et au su de tout le monde que le Isieur Rouelle, marchand apothicaire et membre de l'Académie des sciences, a démontré depuis plus de trente ans, [non seulement les plantes, mais encore les substances animales et minérales ; que, de plus, il a formé par ses cours publics tous les naturalistes et chimistes connus ; qtie le [sieur Bomare, autre marchand apothicaire, démontre Ipareillement avec affiches et qu'il est même actuellement îà Paris le seul démonstrateur qui embrasse non seulement les plantes f mais toutes les parties de l'histoire natu- Mle » (i).

I Nous n'insisterons pas sur une foule d'arguments plus jeu moins subtils apportés par chacune des parties; le [temps a fait justice des uns comme des autres : tous les

Ïaisonnements du monde ne peuvent rien contre la vérité; eûtes les barrières établies par les monopoles finissent

par tomber devant la logique des choses. Les docteurs et

, (1) Pièce manuscrite de la note 8.

professeurs de la Faculté avaient beau traiter de scienceé. accessoires pour les pharmaciens, la chimie, la botanique: et l'histoire naturelle, les pharmaciens sérieux savaient bien que c'était la base nécessaire et fondamentale de leurs études, et c'est pourquoi tant de savants illustre^ sont sortis de modestes officines et des laboratoires phar-l maceutiques des Ecoles, honorant de leurs découvertes la profession qui les avait mis en contact avec ces sciences. Les Apothicaires avaient bien raison de citer à leur actil les Rouelle et les Valmont de Bomare : c'étaient les précur^ seurs d'une légion d'hommes distingués ou célèbres, quij sont, devant l'histoire, les défenseurs les plus autorisés de la pharmacie, parce qu'elle a ouvert la voie de leurs succès et de leur triomphe.

Mais ces résultats sont ceux qu'enregistre la postérité. Au moment de la dispute soulevée entre la Corporation et la Faculté, d'autres arguments, qui ne nous touchen^ guère, devaient avoir plus de poids et contribuer à entrai ver l'entreprise louable des Apothicaires. i

Si nous nous en rapportons à une pièce officieuse (Ij contenue dans nos archives, à propos d'une tout auti question, nous pourrons en conclure que « le doyen de Faculté ayant obtenu du magistrat de police l'agrément de l'inspection des affiches que présentaient les Apothicaires, qui, jusqu'alors, avaient passé sous la seule inspection de leurs gardes en charge, notre doyen ayant aussi conçu le dessein de présider à ces cours, et d'en partagei

(1) C'est une pièce curieuse écrite tout entière de la main de Julliot, d contenue dans le volume 14 des Archives de VÊcole» — Elle a la fonoi d'une lettre et se rapporte surtout à la question de l'Établissenrent de la Gom mission royale de médecine pour les remèdes secrets. La partie que noiil citons n'est qu'un accessoire dans la lettre; mais nous croyons devoir profita des renseignements qu*elle donne et les accepter comme exacts, quoique ma n'ayons rien de positif sur l'origine de cette pièce. — H se pourrait biei qu'elle fût de Julliot lui-même, émettant ses idées personnelles sous le cooj vert d'un membre de la Faculté de médecine ; elle est raturée comme ■ brouillon. Il n*y a pas de signature à la fin ; et sur le côté en marge : ^

Porté sous enveloppe à Saint-Gosme à Tadresse de M. Louis, secrétaire A TAcadémie. Le jeudi 9 septembre 1773.

par ce moyen l'honneur; les Apothicaires ont mieux aimé cesser d'eux-mêmes ces démonstrations publiques, que d'agréer les nouvelles prétentions du doyen et de partager avec (lui) des lauriers, qui, disent-ils, leur coûtaient ' beaucoup de peine, de temps et d'argent, à acquérir : eux seuls, en effet, faisaient une dépense considérable pour le soutien de ces sortes de leçons gratuites, auxquelles, je vous avouerai sans rougir, m'être instruit avec plaisir ; il s'ensuit que ces artistes pourraient, selon moi, continuer ichez eux leurs cours, s'ils le voulaient, sans craindre d'y ' être troublés en remplissant le simple office de démonstraiteurs en ne faisant apposer aucune affiche; ils ne pour- ' raient qu'en être loués, surtout s'ils ont la précaution de n'y admettre- que ceux à qui il appartient d'en connaître, et il en est de même des cours de plantes de leur jardin. » ' Rien ne nous indique que les Apothicaires aient usé de ce moyen. Ils ne reprirent leurs démonstrations que lorsqu'ils furent organisés à l'état de Collège.

\ L'Enseignement aux temps du Collège. — Avantages de l'établissement du Collège. — Établissement des cours. — Gomment on y procédait. — Les j démonstrateurs. — Buisson, démonstrateur nommé par l'État. — Sa I démission en 1784. — Guiart père. — Démonstrateurs adjoints.

La transformation de la Communauté des Apothicaires en Collège eut pour eux deux grands avantages : elle les sépara des épiciers; elle établit leurs droits à l'enseignement vis-à-vis de la Faculté de médecine.

M. Lenoir, le lieutenant de police, leur disait dans la Séance solennelle de leur installation : « Sa Majesté vient fle vous ériger en Collège, comme exerçant une profession îionorable, une des branches de la médecine. Ces lois établissent une distinction que méritait sans doute un art précieux à l'humanité. Le désir du bien public et raiBfec-

tion pour ses peuples, sont des qualités qui caractérisent le souverain qui nous gouverne tous : ce sont les objets auxquels tendent toutes ses actions, il les inspire à tous ses sujets.

« Vous répondrez dignement à ses vues, messieurs, unis parles mêmes principes, les mêmes sentiments. Cessant d'être compris dans une classe de citoyens honnêtes et recommandables, mais livrés à un commerce qui n'exige pas, comme votre art, des études profondes, vous étendre» vos connaissances; par vos sages leçons vous les perpétuerez et vous jouirez d'un avantage plus grand encore que celui dont Sa Majesté vous a honorés, celui d'être utile à vos concitoyens » (1).

Quelle satisfaction pour ces apothicaires naguère encore si humiliés par la Faculté ! Aussi comme ils triomphent par la bouche de Trevez, leur premier prévôt, répondant au Lieutenant de police : |

« Ils sont arrivés pour la pharmacie de cette capitale,! les tems de justice et d'illustration !

« Libre du poids d'une antique et fatale alliance, cette: profession ne gémit plus loin du rang où était appelée une! des parties de la médecine.

« Un Collège de pharmacie fonde aux maîtres de cet art un nouvel état assorti au fond d'études qu'il exige.

« Des prétentions tyranniques prévalant sur l'utilité publique, ne fermeront plus la bouche aux maîtres en pharmacie dans l'enceinte de leurs propres écoles, où vont désormais s'ouvrir aux élèves les vraies sources de leur instruction (2). »

Mais sortons de la réthorique du temps, pour rappeler en style plu:^ simple, les articles de la déclaration du roi qui visaient renseignement dans le Collège.

Article XI. — Permettons aux maîtres en pharmacie de continuer, comme par le passé, à faire dans leurs labo-

(\) Livre des Délibérations du Collège de Pharmacie, {Archives de l'École, n° 44, page 4.) . (2) Ibid.y page 6 et vorso.

ratoires particuliers, des cours d'études et démonstrations, même d'établir des cours publics d'études et démonstrations gratuites pour l'instruction de leurs élèves, dans leur laboratoire et jardin, sis rue de l'Arbalète, à l'effet de quoi ils présenteront chaque année, au lieutenant général de police, le nombre suffisant de maîtres pour faire lesdits cours à jours et heures fixes et indiqués.

Cette déclaration royale fut suivie, en 1780, de statuts parmi lesquels celui qui nous intéresse est ainsi conçu :

VIII. — a Le Collège de pharmacie ouvrira tous les ans; pour l'instruction des élèves, des cours publics et gratuits de chimie, pharmacie, botanique et histoire naturelle; à l'effet de quoi il sera nommé dans l'assemblée générale trois démonstrateurs et trois adjoints pour les remplacer en cas de décès, de maladie ou autre empêchement légitime. Lesdits cours se feront à jour et heure fixes; les démonstrateurs seront nommés au moins pour six années et pourront être continués; les adjoints se conformeront aux principes du démonstrateur qu'ils suppléeront. » (1).

A la suite de la déclaration royale, il était ordonné que pour la première année le lieutenant-général de police nommerait, lui-même, les autorités du Collège et les démonstrateurs. Demachy, Valmont de Bomare, Buisson et Parmentier furent désignés pour la botanique' et l'hisjtoire naturelle des médicaments. Buisson s'occupa plus i spécialement de la botanique.

Comment se faisaient les cours? Nous avons pour

nous renseigner à ce sujet, tout d'abord une délibération

1 détaillée du 17 mars 1779, puis dans les Bépertoïres

alphabétiques (2) un résumé très instructif, dont nous

extrayons les indications suivantes :

« Vers le milieu d'avril, MM. les prévôts convoquent

(1) Livre des Délibérations du Collège de Pharmacie. (Séance du 17 mars 1779, page 25 verso.

(2) L'École possède deux exemplaires de ces Répertoires (n°" 34 et 36 des Archives), dont nous avons déjà parlé précédemment. Nous complétons les indications de l'un par l'autre. Les parties entre [ ] sont tirées du n" 36.

MM. les démonstrateurs à un bureau pour y arrester le jour de l'ouverture du cours, et décider lequel des démonstra-i leurs en fera l'ouverture. Ce doit être à tour de rolle. j

« Le jour étant pris (c'est d'ordinaire le premier lundi | de may), aussi bien que l'ordre dans lesquels les cours seront faits, les prévôts écrivent à M. Nion (l'imprimeur de l'École) de faire faire les affiches et les faire placer suivant l'usage. Ces affiches sont sur une grande feuille. On, en fait des plus petittes que l'afficheur laisse chez chacun des maîtres. ,

« Le prot de M. Nion étant fort négligent, il faut tenir, la main à ce que les affiches soient bientost faites et pla-j cées, au moins quatre ou cinq jours avant l'ouverture. ,

a [On met aussi sept ou huit affiches écrites à la main,, à l'entrée du collège, de l'amphitéàtre, dans l'amphitéâtrei môme et autres endroits plus apparents, portant avis aui; élèves pour qu'ils aient à se faire inscrire en donnant leurs noms, surnoms et qualités à MM. les démonstrateurs, j sans quoi ils ne pourraient obtenir de certificat. |

« Il faut aussi écrire au commandant de la garde pour le prier d'envoyer ses hommes le premier jour desj leçons (ij .

(1) La garde était aussi convoquée les jours de concours. Enfin, depuis ^ que le corps de garde avait été établi près de la porte charretière, sur I le terrain du Jardin, elle devait gratuitement sa surveillance pendant les jours de leçons : on lui donnait seulement une gratification de 24 livres. (Ré-i pertoire alphabétique n" 34, pages 3 verso-31-42.) — Avant cela, elle avait eu de très grandes prétentions pécuniaires. M. Papillon, prévôt do l'Isle de France avait demandé 1.100 francs environ pour le payement de la brigade i qui a gardé le laboratoire et le jardin lors des cours de chimie, de botaoiqte et d'histoire naturelle qui y ont été faits dans le cours de l'année mil septi cent soixante dix-sept, et de la présente année, savoir : six cent livres poor i le lieutenant, deux cents livres pour le brigadier et cent cinquante livres pour' chaque cavalier. La matière mise en délibération, tous les membres du comité] ont trouvé cette demande forte et ont autorisé messieurs les prévôts à se traoH porter auprès de M. le Lieutenant général de police à l'effet de le prier àm vouloir se rendre médiateur dans cette affaire et fixer la somme que devra donner le collège pour satisfaire à cet objet. {Livre des Délibérations du Collège, Séance du 20 novembre 1778.)

« Le jour de l'ouverture des cours les prévôts y assistent en robbe et rabbat à cotté du démonstrateur, cela tient lieu d'un bureau. [C'étaient eux qui en faisaient Touverture autrefois].

Un article assez cmieux de la délibération du 7 mars 1779, mérite une mention particulière. Il y est dit (ir) que MM. les prévôts annonceront incessamment à la compagnie générale que tout maître qui désirera cultiver ses talents pour Tinstruction publique sera bien venu à Utre de surnuméraire, que MM. les démonstrateurs lui donneront dans chaque cours occasion de s'exercer, et que le cas advenant d'une place de démonstrateur vacante, elle sera décernée à l'un des surnuméraires, dans une assemblée composée de MM. les prévôts, députés et démonstrateurs par la voie du scrutin.

Cette mesure libérale qui ouvrait à tous les maîtres la voie de l'enseignement, pouvait préparer pour l'avenir des démonstrateurs exercés. On s'en est peu servi, mais l'institution n'en était pas moins bonne (1).

L'enseignement se faisait dans l'amphithéâtre, placé dans la partie gauche de la maison. A une époque, il fut sérieusement question de bâtir un amphithéâtre spécial pour la botanique. Nous en avons les plans détaillés dans les archives de l'École ; mais comme bien d'autres, ils sont restés sur le papier.

Nous pouvons avoir quelque idée de l'enseignement de

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