ASPECT DE JA K P IN
monsieur, que tout cela est peine inutile . voulez-vous voir «lès aujourd’hui des animaux clans la lune? prenez le microscope. — Je le veux bien, répondit le professeur, mais vous prendrez d’abord la lune. »
Un pas encore, et nous sommes hors du Jardin. — Que de promeneurs, dont nous n’avions pas même soupçonné la présence! Ceux-ci appellent leur cocher, ceux-là prennent une voiture de place; d’autres attendent l’omnibus; quelques-uns s’en vont à pied. — Nous supposons bien quels sont les plus riches, nous présumons bien quels sont les plus honnêtes; mais de tous ces hommes, lequel a le mieux compris la magnificence du spectacle qui lui a été offert au Jardin des Plantes, en a le mieux apprécié la diversité, mieux senti la portée? — Enfin chacun sent, comprend a sa manière. Voyez ce vieillard qui demeure assis et méditatil, tandis que son petit-fils contrefait le Jardin des Plantes, un peu plus loin, avec des branches mortes plantées dans un sable aride; et le peuple d’animaux féroces avec des fourmis et des mouches privées de leurs ailes.
— Cet homme, il est savant sans doute, mais savant amateur : botaniste, parce qu’il connaît le nom latin de quelques plantes communes : le Camelha japonica. Jugions nigra, etc., etc.; parce qu’il règle sa montre sur I épanouissement de la belle-de-nuit, ete. ; — naturaliste, parce qu’il prononce couramment et place à propos les mots de lépidoptères, de névroptères et d'ichneumons; physicien, parce qu’il connaît la pesanteur de l’air à force d’entendre dire et répéter lui-mème que l’air est lourd; — chimiste, parce qu’il a vu faire le gaz hydrogène et gontler des ballons. — Après tout, les prétentions de cet homme ne sont pas dangereuses, mais nous aimons mieux l’entendre causer de ses souvenirs que de scs connaissances; nous préférons à son savoir sa philosophie. — 11 a vu les beaux jours du boulevard de l'Hôpital: ce boulevard, désert aujourd’hui, était autrefois le rendez-vous de la société jeune et brillante de Paris. — On y
dansait, on y fêtait gaiement la vie ; que de passions se sont allumées au Feu éternel ' ! — passions éteintes, vogue éteinte ! — Oh ! que tout passe ! mais que tout se succède! — Là, régnait autrefois le plaisir; là commence aujourd’hui un rayonnement magnifique de la grandeur de la capitale. — Paris tend d’ici la main à Orléans a, à la Touraine. — Le Jardin des Plantes va s’unir au jardin de la France. — Heureux donc les hommes du passé! heu-
4 Etablissement autrefois célèbre sur le boulevard de l’Hôpital.
1 A (|uek|ues pas du Jardin des Plantes existe la tète du chemin de fer de Paris à Orléans.
reux les hommes du présent! heureux les hommes de l’avenir! — Tout s'use, mais aussi tout renaît !
Ah ! qu’il est bon de se laisser aller à l’espérance! mais la réalité a ses droits : nous ne devons pas oublier les leçons sérieuses que nous avons reçues au Muséum. Des espèces tout entières ont disparu ; il y a un monde antédiluvien ; qui donc nous affirmera, de science certaine, que la cause puissante, l’agent indomptable qui a produit les bouleversements immenses dont la géologie nous a donné les preuves et fait suivre les traces, est anéanti ou seulement languissant, qu’il sommeille ou qu'il n’existe plus ? — Oui, tout s’use; oui, tout se renouvelle ; mais nous croyons bien difficile, sinon tout à fait impossible, d’assigner les limites d’intensité des agents souterrains et célestes actuels, et de prédire ce que Dieu jugera bon, un jour, de faire de nous et de notre planète.
SECONDE PARITE