ANIMAUX I)E LA SINGERIE
Tout le monde connaît aujourd’hui la définition caractéristique des mammifères : « Animaux pourvus de mamelles au moyen desquelles ils allaitent leurs petits. » On sait aussi que la dénomination de Quadrupèdes vivipares, donnée par Lacépède à ces animaux, a du etre rejetee, parce qu il y a dans cette classe certaines familles qui sont mammifères et vivipares sans être quadrupèdes. De ce nombre sont les Lamentins et les Cétacés.
Les singes appartiennent au premier ordre des Mammifères. Ce sont les animaux qui se rapprochent le plus de l homme par la natuic de leuis actes et par leur conformation.
Les Singes et les autres espèces qui constituent avec eux ce premier ordre de la classe des Mammifères, ont reçu de beaucoup de naturalistes le nom de Quadrumanes, c’est à- dire animaux à quatre mains. En effet, 10rang-Outang, le Chimpanzé, les Guenons, les Macaques, etc., ont, comme l’homme, le pouce des mains susceptible de mouvements assez variés, et opposable aux autres doigts , ce qui est le caractère d une main.
Le pouce de leurs pattes de derrière a la même disposition. Ainsi leurs quatre extrémités sont également terminées par des mains; mais le pouce des mains de devant est si petit, que beaucoup de singes se
servent moins adroitement de leurs mains de devant que de celles de derrière, et même, chez les Primatès d’Amérique, le pouce des membres antérieurs prend la direction des autres doigts, presque au même degré
que dans la patte d un ours. La dénomination de Quadrumanes devient dès lors fautive.
Les Mammifères de cet ordre sont incontestablement les premiers d’entre les animaux, après l’homme; aussi le mot Primatès ou Primats, qu’employait le célébré Linné avant qu on eut adopté celui de Quadrumanes, leur convient-il beaucoup mieux que ce dernier. On peut dire que, sous le rapport de I intelligence et de 1 organisation , les Singes et autres animaux, qualifiés comme eux de Quadrumanes, forment l’élite du règne animal.
L élégante construction récemment élevée à la Ménagerie pour y placer les Primatès, et que l’on désigne, i\ cause de sa destination même, par le nom de Singerie, mérite donc la première mention. Les espèces de l’ordre des Primatès sont toutes étrangères à l’Europe1. Les anciens les ont peu connues, bien que du temps des Grecs et des Romains on eût déjà conduit à Athènes et à Rome une partie de celles qui vivent dans le nord de l’Afrique et peut-être dans l’ouest de l’Asie. Doués d’une intelligence tres-mobile , les Singes sont susceptibles de quelque éducation; mais c’est dans le jeune âge seulement que l’on peut les dresser. Les femelles, dont le caractère est plus doux que celui des mâles, restent plus longtemps soumises. Les singes que les bateleurs ont avec eux sont le plus fréquemment le Macaque, originaire de l’Inde, et le Sajou, qui vient d’Amérique.
Les Primatès vivent aussi bien dans l’ancien monde, Asie et Afrique, que dans le nouveau; mais aucune des espèces américaines n’existe naturellement dans l’ancien continent, et celles de cette partie du globe ne se rencontrent point en Amérique. Il y a même, au sujet de la répartition géographique de ces animaux, un lait plus curieux encore, remaroué par Bulfon et Daubenton. Les Singes d Asie et d’Alrique , quoique se rapportant à plusieurs genres, appartiennent tous à la même famille naturelle; tous ceux de l’Amérique sont également d’une famille à part, et se distinguent de ceux de la famille précédente par des caractères parfaitement tranchés. On donne aux premiers le nom de pithèques (en latin, Pitliccus) ou Singes de l’ancien monde, et aux seconds celui de sapajous
1 Le Magot seul se trouve en petit nombre sur le rocher de Gibraltar.
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( Cebus ). Une troisième famille de Primatès est celle des maris, confinés dans 1 île de Madagascar, qui ne possède aucune espèce de vrais Singes. On trouve aussi quelques espèces, voisines des Makis, dans les parties les plus chaudes de l’Afrique et de llnde.
Les pithèques, ou les Singes de l’ancien continent, ont le même nombre de dents que l’homme, et ces dents affectent la même répartition : deux incisives, une canine et cinq molaires de chaque côté de chaque mâchoire. Quelques-uns manquent de queue, et, chez ceux qui en présentent, cet organe n’est jamais susceptible de s’enrouler autour des corps pour aider l’animal à les saisir. La séparation des narines par une cloison très-mince est encore un des signes caractéristiques de cette famille. Les Pithèques sont les plus intelligents, mais aussi les plus redoutables d’entre les Singes, tant ils sont parfois robustes, défiants et malintentionnés.
La Ménagerie a déjà possédé une grande partie des espèces connues do cette famille, et, sauf les Gibbons, originaires de l'Inde, et les Colobes, naturels de l’Afrique inter-tropicale, elle a eu des représentants de tous les genres dont se compose la série des Pithèques.
1. Chimpanzé (Pitliccus troglodytes). C’est de ions les singes celui qui ressemble le plus à l'homme par son extérieur. II est presque taille sur le même modèle, mais ses oreilles sont beaucoup plus grandes et en partie débordées; son nez, au contraire, est presque nul; ses cheveux, ou plutôt les poils semblables à ceux du corps qui couvrent sa tète, sont dirigés du front vers l’occiput, et sa station bipède parait des plus embarrassées si on la compare à la nôtre. Le Chimpanzé n’en est pas moins un animal fort remarquable, et qui mérite de prendre place avant tous les autres Quadrumanes, quoique, à quelques égards, l'Orang-Oulang, dont nous allons bientôt parler, paraisse lui être supérieur.
One jeune femelle de Chimpanzé a vécu à la Ménagerie en 1858, et on a pu l’y observer avec soin. Mais il est juste d’avouer que l'Orang-Oulang, auquel elle succédait, avait im peu nui à son successeur, et, pour plus d’impartialité, nous rapporterons le témoignage de Ruffon , qui , n’ayant jamais vu un Orang-Outang, dut être plus impressionné par les manières du Chimpanzé :
« L'Orang-Oulang que nous avons vu1 marchait debout sur ses deux pieds, même
1 Un pont dire que UulTon a presque entièrement brouillé ce qui a trait à l’Orang avec ce qui regarde le Chimpanzé, et c’est à tort qu’il donne le premier de ces noms à l'animal dont il est ici question C’est bien du Chimpanzé qu’il veut parler ; la peau , ainsi que le squelette du sujet qu’il avait sous les yeux , l’ont encore partie des collections du Muséum.