‹ Le jardin des plantesChapitre 3 sur 83 · PU KM 1ER K PARTIE · texte numérisé non relu

PU KM 1ER K PARTIE

absurde ; mais l’absurde se mêle, se combine quelquefois de telle façon avec la poe'sie d’une tradition, qu’ils deviennent inséparables.

Arrêtez-vous encore... Mais cette fois ce n’est plus devant la grandeur et la puissance que vous devez découvrir vos têtes. Apercevez-vous à mi-côte, entre le kiosque et le cèdre, une petite colonne de granit sortant, pour ainsi dire, d’une touffe de minéraux, — puis un peu d’ombre et un treillage? Écoutez bien... ces arbres qui frissonnent murmurent un nom; oui, l’agitation du feuillage est pieuse et poétique en cet endroit : elle chante modestement les louanges du modeste Daubenton.

Ici repose ce savant qui n’a jamais su ce qu’il avait découvert : divine humilité ! il enrichissait la science naïvement , et découvrait, découvrait, découvrait, sans jamais généraliser, tant il craignait de substituer sa pénétration à la nature. Le Jardin des riantes, où tout se reproduit, tout renaît, a plusieurs fois donné de ces savants-là au monde.

Fut-il heureux, au moins, cet homme qui réunissait à un degré si éminent les deux conditions si préconisées du bonheur, c’est-à-dire le travail et la modération; fut-il heureux? On le dit, et il est consolant de le penser.

La Convention, lorsqu’elle avait érigé le ci-devant Jardin du Roi en

ASPECT I)U JARDIN

école publique, avait en même temps nommé Daubenton professeur de minéralogie : c’était bien. Mais en 1799 Daubenton fut nommé sénateur, et c’était trop : — il fallait donc, à son âge (plus de quatre-vingts ans), renoncer tout à coup au travail , aux découvertes , aux chères et modestes habitudes; — c’était beaucoup trop, et il en mourut. — Le 31 décembre 1799, en sortant de l’une des premières séances du Sénat, Daubenton rendit le dernier soupir. — La tombe d’un grand homme marqua la limite des deux siècles.

— Tenez, voici Vincennes et son bois, la plaine d’Ivry, — la Liberté dorée... sur la colonne de la Bastille. — • Voici les bords de la Seine , voici la charmante vallée de la Marne ; voici le dôme du Val-de-Grâce , le dôme du Panthéon , le dôme de la Salpêtrière. Et plus près, ce bâtiment à fenêtres grillées , — Sainte-Pélagie. — Plus près encore : — la Pitié avec ses six cents lits. — Là-bas : — le cimetière du Père-Lachaise et ses quarante mille tombeaux.

Ainsi se résume sous vos yeux, dans une trinité lugubre, toute la prévoyance sociale : LA RÉPRESSION, LA GUÉRISON, LA SÉPULTURE.

Le kiosque, d’où nous découvrons tant de choses, est une espèce de petit

temple à colonnes de bronze, surmonté d’une sphère armillaire, qu’accompagnait autrefois un méridien à détonation. On lit au-dessus de la porte d’entrée :

IIORAS NON NUMERO, NISI SERENAS.

Mot à mot, comme on nous faisait faire au collège pour les versions latines :

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