MENAGE II IL
naissance, et c’est dans une poche ventrale quelle les place, confiant la nourriture de chacun d’eux à l’une de ses mamelles. Ils y restent lixés jusqu’à ce qu’ils aient acquis le développement que les autres Mammifères ont dès leur naissance. Lors de l'avortement, ils ne sont guère plus gros qu’un grain de café, et cela, dans des espèces dont la taille égale ou dépasse môme celle d’un Chat. Quand ils ont pris assez de force, ils quittent par intervalle la mamelle qui les avait allaités jusque-là , puis la poche maternelle, comme le jeune oiseau sort de son nid pour y rentrer bientôt après.
Les Didelphes forment parmi les Mammifères une sous-classe distincte, et ils sont môme partagés en plusieurs ordres. Les différences qui caractérisent ces ordres les uns par rapport aux autres ne sont pas aussi importantes que celles que l’on observe entre les Mammifères ordinaires. Certains genres de Didelphes sont néanmoins des animaux Carnassiers, d’autres Insectivores, quelques-uns Herbivores, et l’on reconnaît à ces derniers une véritable ressemblance extérieure dans la tête, les oreilles, etc., avec les Ruminants ou les Rongeurs.
Les Didelphes sont originaires d’Amérique et de la Nouvelle-Hollande, ainsi que des îles Océaniennes jusqu’à la Nouvelle-Guinée, Timor et les Moluques; le continent asiatique en manque aussi bien que l’Europe et l’Afrique. Voici quelles espèces la Ménagerie a reçues:
sarigue ( Uidelpliis vivginiana) , de 1 ’Aiiiéri<| ue septentrionale. sarigue cr a b ier ( Didclplris cancrivora) , de la Guyane.
ü a s Y u R K ourson [Dasyurus ursiiius), de Van-Diemen , animal a la fois remarquable par son peu d’intelligence et par la férocité de ses appétits. Il est plus fort et plus trapu qu’un Chat, et semble tenir jusqu’à un certain point du Blaireau : il est noir avec un cercle blanc sur la poitrine ; sa queue est plus longue que celle du Blaireau.
dasyure de maugé ( Dasyurus Maugei ), élégamment marqué de taches blanches sur un fond grisâtre. Il est moins fort que le précédent, et, par suite, moins farouche. Ses habitudes, sauf la différence d'intelligence, sont à peu près celles des Fouines ou des Mangoustes. Il nous vient de la Nouvelle-Hollande.
p il A langer de cook ( Phalangisla Coolai). On le nourrissait de pain eide lait. Il aimait aussi les fruits doux , les œufs, et ne refusait pas la viande quand on lui en offrait.
kanguroo géant ( Macropus major). Le premier que l'on a en en France était dù au Géographe , qui rapporta aussi le kanguroo de l’i'LE king {Macropus ru/irollis). On voit des Kanguroos géants qui atteignent jusqu’à quatre pieds de hauteur. Le kanguroo de i.a t étui s ( Macropus Telhidis , F. Cuvier) est une espèce du
loti SECONDE PARTIE.
sous-genre Halmalure, rapportée par M. Busseuil , chirurgien de la corvette française la Téthis.
phascolome wo.MBAT, de Pérou et Lesueur. M. E. Geoffroy a donné dans le deuxième volume des Annales du Muséum une description du sujet ramené vivant par ces savants, à bord du vaisseau le Naturaliste , et que l’on a conservé quelque temps à la Ménagerie.
On pourrait très-facilement acclimater les Kanguroos en Europe , et en répandre l'espèce dans nos forêts. La chair de ces animaux est bonne à manger; leur poil constitue une fourrure très-chaude, et leur cuir est aussi d’un fort bon usage. En 1828, trois Kanguroos Téthis sont nés au Muséum, deux d’entre eux y ont vécu jusqu’en 1830, et le troisième, jusqu’en 1834. Ces Mammifères ont aussi reproduit en Angleterre, où on les voit bien plus communément que chez nous. Certains individus de ce genre pèsent jusqu'à près de deux cents livres.
Suivant Barton et Rengger, les Sarigues de la grande espèce portent pendant vingtsix jours ; le petit est ensuite mis dans la poche et fixé à la mamelle.
Le Ivanguroo géant porte pendant trente-neuf jours. Au moment de sa naissance, un jeune Ivanguroo de celle espèce , né au Zoological Garden de Londres , avait seulement quatorze lignes depuis le bout du nez jusqu’à l’extrémité de la queue. M. Richard Ovven a séparé ce petit animal de la mamelle de sa mère, et il l’a fait sortir de la poche. La femelle s’est alors assise, etsaisissant le petit avec ses lèvres, puis ouvrant sa poche avec ses pattes, elle l’a replacé en y enfonçant elle-même la tète jusqu’aux yeux. Celle manière d’agir du Ivanguroo rappelle celle des Chiens, des Chats, des Souris, etc., (pii se servent aussi de leur bouche pour porter leurs petits. Le jeune Kanguroo dont il est question ici n’a pu ressaisir le mamelon, et il est mort. M. Collie assure qu’un autre animal de la même espèce , et qui avait en longueur une fois et demie la dernière phalange du petit doigt , reprit aisément la tétine, bien qu'on l’en eût séparé à dessein. Au bout d'une heure , il n’y était pas encore parvenu , maison l’y trouva attaché après que la deuxième fut écoulée. M. Morgan, qui s’est beaucoup occupé de la reproduction des Kanguroos sous le point de vue physiologique, a aussi obtenu le même résultat.
Plusieurs ordres de Mammifères : les Chéiroptères ou Chauves-Souris ; les Lamentins ou Cétacés Herbivores ; les Cétacés véritables, c’est-à-dire les Dauphins, les Baleines, etc. ; les Édentés ou Fourmiliers, Pangolins et Paresseux , et les Monolrèmes , c’est-à-dire les Ornithorhynques et les Échidnés, ne nous ont fourni aucune de leurs espèces.
La plupart des Chéiroptères sont trop petits pour être tenus en ménagerie, et leur conservation demanderait trop de soins. 11 serait curieux cependant d’en posséder de dilfércnts genres, atin de pouvoir comparer leurs instincts. Les Pliyllostômes , dont l’ancien monde n’a pas une seule espèce, et les Roussettes , cj ni ne vivent ni en Europe ni en Amérique, fourniraient certainement des faits curieux.
Les Lame ni i ns , avec lesquels il faut citer les Dugongs, seraient encore plus embarrassants à conserver que les Phoques ou les Hippopotames; mais leur caractère est si doux, et leur régime si simple, qu’on ne doit pas désespérer d’en tenir en captivité. On ne peut en dire autant des Cétacés, car, môme lorsque leur taille le permettrait , il est bien probable que ni leurs appétits ni leurs allures ne sauraient s’y prêter.
Les diverses familles d 'Édentés sont toutes étrangères à l’Europe, et elles se nourrissent en général de substances animales que nous aurions beaucoup de peine à leur procurer. Les Paresseux Aï et Unau mangent , il est vrai, des feuilles, principalement celles du Cecropia , et à bord de plusieurs navires on en a conservé quelque temps. Ces êtres, si embarrassés quand ils sont à terre, grimpent aux arbres ou aux cordages avec une extrême facilité; et, quand on les voit ainsi au milieu des circonstances pour lesquelles la nature les a organisés, on reconnaît bientôt qu elle ne les a pas plus disgraciés que les autres œuvres sorties de sa main toutepuissante.
Nous avons dit que la Ménagerie n’a eu ni Pangolins , ni Fourmiliers , ni Oryclérope ; mais on y a vu le tatou , et s’il fallait, par le peu d’individus qu’on a pu observer, juger des facultés intellectuelles des autres Mammilères de ce groupe, on s’en ferait une idée très-défavorable. On lésa même comparés, sous ce rapport , aux Insectes; mais la sécurité dont les animaux captifs jouissent au milieu de nos habitations les dispense souvent d une foule de procédés ou de ruses nécessaires partout ailleurs à leur conservation, et dont nous serions peut-être frappés.
Les Didelphes semblent être , par rapport aux Mammifères ordinaires , ce que les Monotrèmes sont par rapport aux Édentés, des animaux qui, à un certain nombre de traits communs, joignent, chacun selon le degré de la série zoologique dont il fait partie, des différences qui doivent les faire séparer nettement entre eux. Les Monotrèmes sont les derniers des Mammifères, et ceux qui, dans leurs actes aussi bien que dans leur structure, se rapprochent davantage des animaux ovipares, et en particulier des Reptiles. On n’en connaît qu’à la Nouvelle-Hollande, et il n y en a que de deux genres ; Y Fchidnê et 1' Ornilhorhjnque. Le premier fréquente les terrains meubles et s’y creuse des retraites; le second est aquatique. Ni l’un ni l’autre n’ont encore été ramenés vivants jusqu’en France.
Malgré le soin avec lequel on a cité dans cette notice toutes les espèces
is
SECONDE PAItTIE.
de Mammifères qui ont paru à la Ménagerie du Muséum , on en a cependant omis plusieurs; mais aucune d’elles n’était véritablement importante à signaler. Notre énumération n'en a pas moins été fort longue, et on a pu, au moyen de ce qui précède, se faire une idée des services nombreux que les établissements de cette nature rendent chaque jour à là science, et de tout ce qu’on doit encore en attendre. Les galeries de Zoologie reçoivent les animaux de la Vallée Suisse à mesure quelle les perd; et, comme on a pu noter leurs allures et apprécier leur physionomie , les poses qu’on leur donne, en les préparant pour ces galeries, sont en même temps plus gracieuses et plus naturelles. C’est à la Ménagerie de Paris qu’ont été modelées, dans ces dernières années, les nombreuses sculptures d’animaux , et toutes ces jolies statuettes qui laissent si loin derrière elles, pour l’exactitude comme pour le fini, ce qu’on avait fait jusqu’alors en ce genre. M. Barrye est, pour cette partie intéressante, notre meilleur artiste.
On voit, dans les salles d’ Anatomie comparée, quelques figures en plâtre, et diverses parties caractéristiques, moulées sur nature morte, d’après des animaux provenant de la même source. Les galeries d’ Anatomie comparée reçoivent aussi de la Ménagerie la plupart de leurs richesses; beaucoup de squelettes, de crânes et de préparations de toutes sortes, qu’on y conserve, ont appartenu à des animaux qui, après nous avoir fait connaître leur manière de vivre et leur naturel, nous donnent ici l’explication de leur structure, et presque la raison des actes que nous leur avons vu exécuter. Perrault, üuverney, üaubenton, Mertrude, Vicq-d Azyr, si tôt enlevé aux sciences, G. Cuvier, trop connu pour que nous essayions de faire son éloge, et M. de Blainville, son successeur dans la chaire d’ Anatomie comparée, ont tour â tour fait profiter la science anatomique de leurs recherches sur les animaux morts dans la Ménagerie de Versailles , dans celle du Muséum, ou chez plusieurs grands personnages, qui, par suite d’une curiosité éclairée, ne dédaignaient pas d’entretenir â leurs frais dos animaux remarquables, comme le font aujourd’hui plusieurs riches lords d’ Angleterre.