‹ Le jardin des plantesChapitre 24 sur 83 · M E N A G E II I E · texte numérisé non relu

M E N A G E II I E

beaucoup d’espèces par le brillant de leurs couleurs, les Oiseaux ont aussi des instincts qui nous semblent plus aimables, en même temps que plus délicats. On leur donnerait môme la préférence sur les Mammifères, si l’on n’était forcé de comenir qu’ils ont moins d’ intelligence que ceux-ci, et qu’un petit nombre seulement d’entre eux peut, sous ce rapport, entrer en comparaison avec les animaux dont nous avons parlé précédemment. Leur structure organique est aussi d’une moindre complication.

Ees l’ERH OQU ET s , souvent considères, cl avec raison, connue les Singes de la noin- I, rense famille des Oiseaux, sont, comme leurs analogues, dans la classe des Mammifères, les Oiseaux doni les actes méritent davantage de fixer notre attention. Il y a chez eux plus que la somme d'instinct ordinaire aux espèces de leur classe ; leurs impressions mit plus de vivacité , et ils savent exprimer , par des signes extérieurs , la nature des sentiments dont ils sont animés, aussi bien que les passions qui les agitent.

Ces intéressants Oiseaux nous viennent principalement des régions les plus chaudes du globe. Toutefois, il y en a aussi dans les Himalayas, et, au sud, ils s avancent plus encore vers les régions froides, puisque le Cap, la Patagonie, la terre de Van-Diémenct la Nouvelle-Zélande nous en montrent également desespèces. Les anciens connaissaient a peine les Perroquets : on doute qu'il en soit question dans la Bible , et Aristote en a parlé par ouï-dire seulement, d’après ceux (pie l’expédition d Âlexandreavait rencontrés en Perse. On a cru reconnaître qu’il avait eu en vue la grande Perruche à collier , nommée depuis, par les naturalistes, Perruche d’ Alexandre. Cinquante ans avant l’ère chrétienne, Diodore de Sicile parla de Perroquets apportés dans la Basse-Égypte, de l’ile de Gangade, de la mer Bouge et des îles Éthiopiennes. Jusqu’au quinzième siècle, on n'en eut que fort rarement en Europe. Ees Vénitiens seuls en taisaient le commerce, et c ‘ fut par eux, sans doute. qu’Aldrovande obtint l’espèce dont il donna la description en 151)9, et «pii est le Kakatoès à crcle blanche , d’Asie. Nos relations nous en amènent aujourd'hui de toutes les parties du monde, et on en connaît plus de deux cents espèces.

On n’a encore réussi qu’un petit nombre de fois a les faire couver chez nous. Le plus connu est le jaco, dont le corps est d’un beau gris et la queue rouge. Quoiqu’il nous arrive essentiellement d'Amérique, il est originaire d’Afrique , d où on I a transporté a la Havane, au Brésil, etc. Il y pullule avec une extrême facilité.

On cite beaucoup d'exemples de longévité chez les Perroquets. Un des Kakatoès actuels de la Ménagerie faisait partie des animaux vivants du Stalhouder, que les Français envoyèrent à Paris vers la lin du siècle dernier.

Ees o t s e a v x d e e u o i e sont plus cosmopolites ; on en obtient de tous les points du globe. Ceux (pie l’on garde à la Ménagerie occupent les cages de la grande volière , au milieu de laquelle sont les Perroquets. On y remarquera des Vautours, et particulière-

no SECONDE PARTIE.

ment les espèces d'Amérique connues sous le nom de uoi des vautours, condor et URUBU.

Le premier est surtout curieux par la beauté de son plumage et la vive coloration des parties nues de sa tête.

L’Urubu a, au contraire, le plumage d’un noir sombre, elpar sa faiblesse il rappelle le percnoptère ou Vautour de Malle , si commun en Afrique et sur presque tout le littoral de la Méditerranée.

Le Condor mâle , que la Ménagerie doit à M. Billard , capitaine de vaisseau, y est depuis quinze ans. La chaîne des Andes est sa patrie. Cet Oiseau ne mérite certainement pas la réputation de force cl de courage qu’on s’est plu à lui faire, en lui attribuant presque tout ce que les Mille et une Nuits racontent de fabuleux sur le Roc. Ce n’est que pressé par la faim qu’il attaque des animaux vivants, et sa nourriture ordinaire, comme celle des Vautours , consiste en cadavres qu’il va souvent chercher fort loin de sa demeure. Le Muséum possède une femelle de Condor qui a été tuée en mer sur le cadavre d’une baleine dont elle mangeait la chair. Ces Oiseaux nichent dans les lieux les plus inaccessibles des Andes, jusqu’à deux mille quatre cent cinquante toises d’élévation. La femelle ne fait pas d’aire, et elle pond sur la roche nue ses œufs, qui sont blancs et longs de trois à quatre pouces.

La Nouvelle-Hollande est le seul continent qui manque de Vautours. Parmi ceux d’Europe, le plus curieux est le Gypaète, qui vit sur les Alpes et les Pyrénées, et (pie l’on retrouve également dans l’Himalaya et dans l’Atlas. Son naturel se rapproche davantage de celui des aigles; aussi, comme il est doué d'une grande force, est-il trèsredoutable. Son nom allemand, Lœmmer-Gcyer, signifie Vautour des Agneaux , et on a constaté qu’il attaque les Brebis, les Chèvres et les Chamois, aussi bien que les Lièvres et les Marmottes, et qu’après les avoir dépecés, si leur poids et trop considérable ou qu’il ait le loisir de le faire, il les emporte dans ses retraites inaccessibles.

Parle nom collectif de faucon (Falco) , les naturalistes désignent non -seulement les Oiseaux de proie , dont on se servait autrefois pour la fauconnerie , mais aussi tous ceux qui leur ressemblent extérieurement, et qui ont avec eux un air de famille ; ce sont tons les Accipitres diurnes, qui n’appartiennent pas au genre Vautour. « M. Linnæus, disait Bufïbn, comprend sous l'indication générique de Faucon , vingt-sept espèces différentes; mais il est vrai qu'il confond sous ce même nom, comme il fait en tout, les espèces éloignées aussi bien que les espèces voisines ; car on trouve dans celle liste de Faucons : les Aigles, les Pygargues, les Crécerelles, les Buses, etc. Au moins la liste de M. Brisson , quoique d’un tiers trop nombreuse, est faite avec plus de circonspection et de discernement, » Malgré celte sortie du grand naturaliste, les espèces réunies ici sous une dénomination commune, par le célèbre professeur d’Upsal, ont dù,à cause des nombreuses affinités qui les lient entre elles, rester en un seul groupe; mais ce serait nous éloigner de notre sujet que de discuter ici la convenance de ce système; cl les progrès immenses que la nomenclature linnéenne a fait faire à l’histoire naturelle et à renseignement de celte science répondent assez aux critiques souvent amères de Billion. On connaît actuellement dans les Faucons, ou, pour nous servir de l’expression de quelques ornithologistes, dans la famille des Falconcs , beaucoup plus d’espèces que n’en possédaient les collections à l'époque de Buffon et de Linné.

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Lue de celles qui se rapprochent le plus des Vautours, par ses mœurs et ses caractères, est le caracara du Brésil. Ses couleurs sont assez fines, mais son vol a peu de puissance, et son naturel manque de courage.

La réputation des aigles est trop bien établie pour que nous essayions de rien changera la haute opinion qu’on s’en fait généralement. A côté d’eux sont les P yg argues, dont Y Aigle à leie blanche fait partie. Ces beaux Oiseaux habitent l’Amérique du Nord ; il y en a dans les parties les plus septentrionales de l'Europe, et à de longs intervalles on en voit venir jusque sur nos côtes. Le jean-le-blanc est une autre sorte d’ Aigle plus répandue en Europe, et que l’on prend aussi dans le nord de l’Afrique. L’aigle des t ru ct i:l r ou Harpie d’ Amérique est, de toutes les espèces de ce genre, celle dont la physionomie semble indiquer l'Oiseau le plus redoutable, et le luxe de son plumage en lait une des plus curieuses à voir. C’est un animal qu’on se procure avec difficulté. De même que les précédents, il a le vol -majestueux ; mais ses ailes sont moins aiguës que celles des Milans et des Faucons, auxquelles leur souplesse et la rapidité de leur vol ont fait donner la qualification de nobles. On assure que l'Aigle destructeur est si fort, qu'il a quelquefois ouvert à coups de bec le crâne à des hommes ; les Paresseux font sa nourriture ordinaire, et il n’esl pas rare non plus qu’il enlève des Faons. Aux Oiseaux de proie que les fauconniers appelaient ignobles , parce qu'ils ne pouvaient les employer aisément, il faut ajouter I'orfraie ou Aigle pêcheur, le balbuzard, I’autour. I'êpervier. les buses, la bo N D R É E et les busards. Une des espèces connues sous le nom de Busard est l 'Oiseau de Sainl-Marlin, qui est assez répandu dans toute la France , où il arrive surtout $n automne et aux environs de la Saint-Martin.

On cite nombre d’exemples de la passion des Buses pour l'incubation et pour l’éducation des jeunes oiseaux. Il y a quelques années, une femelle, «pie l'on tenait dans le jardin d'une auberge d’Uxbrhlge , recueillait avec un soin particulier tous les brins de paille et les morceaux de bois qu’elle pouvait trouver. Son maître, remarquant ces dispositions, chercha à les seconder ct fournit à la Buse tous les matériaux ne-

cessa ires pour faire un nid; dès (ju il fui conslruil , on y plaça deux œuls de poule <pie la Ruse couva , et lorsque les petits furent éclos , elle les éleva comme si elle eût été leur mère. Quand ces oiseaux éprouvent le désir de couver, on les voit gratter la terre, mordre et déchirer tout ce qui leur tombe sous le bec. Une fois, afin d’épargner à une Ruse femelle la peine de couver, on lui remit quelques poussins qui venaient de naître; mais elle les tua. Au mois de juin 1851, celle Ruse avait neuf petits, le dixième était mort. Quand on lui donnait de la viande, elle la partageait entre tous ses nourrissons, et elle témoignait de la mauvaise humeur si, après avoir reçu leur portion de viande, les jeunes oiseaux ramassaient des substances végétales. De semblables faits se reproduisent souvent.

Le messager ou Secrétaire est une espèce curieuse de la même tribu. Ses jambes allongées le font ressembler à un échassier, et, en effet, il courlaussi bien qu’eux. Il habile les lieux arides et découverts des environs du Cap, où il poursuit les reptiles à la course.

Le faucon était, parmi les Oiseaux de proie, celui dont on se servait le plus souvent. On employait le mâle contre les Pies et divers Oiseaux plus petits, et la femelle contre les Faisans et même contre les Lièvres. Les femelles sont toujours plus grosses que leurs mâles; et comme la différence est à peu près d’un tiers, ceux-ci ont pris le nom de Tiercelets. Le hobereau, I'émerillon, la crécerelle, le gerfaut, que l'on lire surtout du Nord . sont également des Oiseaux nobles.

Les cages de la volière dont nous parlons actuellement servent encore à des Oiseaux île proie nocturnes, e*t. parmi ceux-ci, le grand duc doit fixer d’abord notre attention. Sa taille, supérieure à celle de tous ses congénères, en même temps que son air lier et superbe, en font un des plus curieux oiseaux de la famille des Hiboux et des Chouettes. L’espèce eu devient rare dans beaucoup de localités. L'e f frai e, son voisin, a des couleurs plus douces, mais sa contenance est encore (dus embarrassée, principalement pendant le jour. On le trouve sur presque tous les points du globe : Pondichéry, Ccylan , la Nouvelle-Hollande, en ont fourni de tout semblables aux nôtres. Au Bengale, ils sont plus

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