AUTRUCHES ET CASOARS
Ces animaux forment un des ordres les plus singuliers de la classe des Oiseaux; et bien qu'ils lui appartiennent incontestablement, ils n’en ont pas le principal Irai! caractéristique : aucun d’eux ne vole, et même leurs ailes sont dans un état tellement rudimentaire , qu’on pourrait douter qu’ils en soient tous pourvus. Mais s’ils ne volent pas, ils courent avec beaucoup de facilité, et on leur a donné le nom collectif de Coureurs. Ils sont aussi élevés sur jambes que les Échassiers, cl ils ont les organes de la locomotion encore plus robustes. 11 n’y en a pas en Europe. L’Afrique en possède une espèce , V Autruche ; l’Amérique australe , deux autres, appelées Nandous ou Autruches d’Amérique; l’Inde une quatrième, qui est le Casoar à casque ; et la Nouvelle-Hollande une cinquième, assez voisine de la précédente, c est 1 hmeu ou Casoar de la Nouvelle-Hollande. Les Autruches et les Casoars ont pu être vus vivants en Europe, mais on n y connaît encore qu'à l’état de préparation V Aptéryx , Oiseau coureur de la Nouvelle-Zélande. Celui-ci est le plus petit des animaux de cet ordre; ses ailes sont plus réduites encore que celles des Casoars, et son bec est au contraire bien plus allongé, cl comparable, par sa forme, à celui d’un Ibis. Les galeries de Zoologie ont reçu de M. Durville deux exemplaires de celte bizarre espèce.
L’autruche d’afrique vit dans une grande partie de ce continent, depuis le désert au delà de l’Atlas jusqu’au Cap. Ses plumes ont un moelleux et une élégance qui les font rechercher comme ornement, et il s’en fait en Barbarie, au Sénégal et au Cap, un commerce considérable. Les ailes et la queue des mâles fournissent les plus belles, et par suite les plus estimées. L’Autruche d’Afrique n’a «pie deux doigts à chaque pied. Ses jambes et son cou sont fort longs; mais son corps n’en est pas moins d une trèsforte dimension. Elle est très-vorace, et quoique le grain et l’herbe soient sa nourriture essentielle, elle ramasse indifféremment toutes sortes de substances animales ou végétales. Elle le fait même avec si peu de discernement qu’il lui arrive souvent d’avaler des substances qui lui font mal; et on en a vu plus d’une périr de celte manière. On a dit à tort qu’elle ne buvait pas. Sa chair est abondante et fort bonne à manger. Elle .donne aussi une excellente graisse. Il y a des œufs d’Autruchc qui pèsent près de trois livres; ils sont très-bons à manger. Une même femelle peut en pondre jusqu'à vingt-cinq.
MENAGERIE.
Les Jeux autruches d’amérique diffèrent entre elles par 1111 petit nombre de caractères seulement; aussi n’a-t-on reconnu que dans ces derniers temps qu’elles sont d’espèces différentes. On les distingue de prime abord de celle d’Afrique à leurs dimensions plus petites d’un tiers, à leur couleur plus grise, et à leurs pieds pourvus chacun de trois doigts, au lieu de deux. Leurs plumes, quoique employées à différents usages, ont beaucoup moins de prix.
Le casoar a casque approche , par la taille, de l’Autruche africaine, et il est plus fort que celle d’Amérique. Il doit son nom à la protubérance osseuse, recouverte d’une enveloppe cornée, dont son bec est surmonté. Le haut de son cou est teint du plus beau bleu, et sous sa gorge sont des pendeloques rouge écarlate. Ses ailes sont plus courtes que celles des Autruches, et chacune présente plusieurs grandes baguettes cornées de couleur noire. Le plumage du Casoar est noir, et composé de filaments qui ressemblent plutôt à des poils ou à des soies qu’à de véritables plumes. Le premier de ces animaux qu’on ait vu en Europe a été apporté par des Hollandais. Il provenait de I île de Banda, et avait été donné au capitaine d’un de leurs vaisseaux par le roi de Cidaio , dans l'ile de Java. Après qu’on l’eut montré pendant quelque temps à Amsterdam pour de l’argent, on le vendit au comte de Solms, qui le donna par la suite a 1 électeur de Cologne, et celui-ci à l’empereur Rodolphe IL Depuis lors, on a presque toujours eu desCasoars vivants dans quelques-unes des Ménageries d’Europe; et comme on en élève à l’état domestique à Amboine , bien qu’ils ne soient pas originaires de celle île, on s’en procure très-facilement. Ils mangent du pain , des fruits, etc. Dans les basses-cours, les petits poulets et les jeunes canards ne sont pas toujours en sûreté à côté d’eux , et ils les avalent quelquefois; mais c’est moins par férocité que par gloutonnerie, car il suffit que ces petits animaux se débattent un peu pour que les Casoars
les lâchent. Leurs œufs sont verdâtres ou grisâtres, fort agréablement tachetés de vert d’herbe. Il y en a d’unis et d’autres qui sont rugueux. On les mange comme ceux des Autruches; mais dans nos pays il arrive parfois que ceux que les Casoars pondent sont hardés, c’est-à-dire a coquille si peu résistante, qu elle se brise au passage.
Les émeus, ou Casoars de la Nouvelle-Hollande, ont aussi les poils décomposés , mais d’une nature plus souple et tirant sur le gris brun. Les jeunes ont le dos rayé de noir. Les Émeus ont à peu près sept pieds de longueur, depuis les ongles jusqu’au bec, et quatre et demi en hauteur. Leur corps est lourd dans ses proportions, et les plumes de leur train de derrière, qui sont tombantes, contribuent encoie a les îendic plus gros. Ils sont très-nombreux en beaucoup de points de l’Australie , mais il en est plusieurs qu’ils commencent à abandonner, depuis que les Européens s y sont établis.
Péron et Lesueur nous en avaient rapporté l’Émeu, et, depuis peu, on vient d en recevoir de nouveau. Deux de ceux du Jardin des Plantes sont nés à Londres, où on n a pas eu de peine à les faire couver. Quoique farouches, ces animaux seraient faciles a adoucir, et comme notre climat leur convient, il serait fort a désirer que le gouvernement s occupât de leur multiplication. Peu d’années suffiraient pour que 1 on put vendre sui nos marchés la chair des Oiseaux comme on y vend celle du Mouton et du Boeuf, et tous les amis de l’ histoire naturelle appellent de leurs vœux une seconde expédition aux 1 1 1 1 ls Australes, qui nous ferait connaître les mœurs et l'organisation singulière des animaux de la Nouvelle-Hollande, eu même temps qu'elle nous rapporterait en quantité sulli-
saute les Kanguroos, les Casoars, et tous les arbres précieux dont l'introduction fournirait à E industrie et aux arts économiques tant de ressources précieuses.