OISEAUX ÉCHASSIERS
[.a remarque que nous avons faite au sujet du domicile respectif des Mammifères de nature différente s’applique aussi aux cages des Oiseaux. Les changements n’y sont pas moins fréquents, et telle espèce qui se voit aujourd'hui dans un parc pourra passer dans un autre quelques jours après, suivant les convenances du service. La Rotonde, couverte de chaume et pourvue d’un bassin, renferme des Échassiers et plusieurs Palmipèdes. On voit aussi des Échassiers dans le parc voisin de celui des Axis, et ils y vivent avec des Paons, des Cygnes et d’autres Oiseaux nageurs que l’eau abondante de cette partie de la Vallée Suisse rend à leurs habitudes favorites. Les Oies d’Égypte, les Hérons, les Cormorans, habitent pèle môle dans un parc situé près de la loge des Reptiles.
Nous avons parlé des Gallinacés à propos de la Faisanderie, et en môme temps nous avons dit un mot de deux Échassiers : l’Agami et le Cariama; nous pouvons donc, à propos de la petite Rotonde, parler des autres Oiseaux du môme groupe. Un dernier chapitre sera consacré aux Palmipèdes, c’est-à-dire aux Oiseaux nageurs.
Les Autruches et les Casoars nous ont accoutumés à la physionomie des Échassiers; mais s’ils en ont l’aspect extérieur, ils n’ont ni leur genre de vie ni leur organisation. Très-bien disposés pour le vol, les Échassiers se livrent à de longs et fréquents voyages aériens, et lorsqu’ils sont à terre, c’est aux bords des eaux, sur les lleuves ou dans les marécages, qu’ils se tiennent de préférence. Les poissons, les grenouilles, les vers, etc., font leur nourriture la plus habituelle.
Les cigognes cl les hérons, que toui le monde connaît, forment, pour ainsi dire, le type de cet ordre important. Les grues en font aussi partie. Une espèce de cette dernière tribu mérite plus qu’une citation : c’est la grue couronnée ou Oiseau royal.
Sa taille est élancée, et sa hauteur totale serait de cinq pieds si, en marchant, elle ne courbait pas son cou. Sa couleur est noire sur le corps, avec du blanc jaunâtre aux
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ailes; mais ce qui la rend surtout digne d’attention, c'est que ses joues sont dénudées , colorées moitié en blanc pur, moitié en rose vif, et que sa tète est couronnée d’une gerbe de plumes eflilécs jaunes, et qui se meuvent au gré de l’animal. L’Oiseau royal habile plusieurs contrées de l’Afrique. Il est très-familier aux îles du Cap-Vert, où il vient, au milieu des habitations, partager la nourriture destinée aux volailles. En quelques endroits, on l’a en grande vénération. Cet oiseau vit aisément dans nos basses-cours , cl sa beauté l’y fait admettre de préférence à beaucoup d’autres.
Les marabouts, auxquels MM. Lesson et Pouchet ont donné les noms génériques de Lcploptilos et Argalas , ont un extérieur vraiment grotesque; et quoiqu’on les ait rapprochés des Cigognes et des Jabirus, ils diffèrent autant des uns que des autres. Leur bec, très-volumineux , et eu même temps fort léger, est subprismaliquc et considérablement élargi à sa base; leur tète est nue aussi bien que le cou , et, vers le bas de celui-ci, la peau est dilatable et susceptible de se boursouller lorsque l’animal y l'ait passer de l’air.
Les Indiens élèvent avec soin cet Oiseau pour obtenir les jolies plumes connues sous le nom de marabouts , qui constituent les couvertures inférieures de sa queue. Ces plumes sont du plus beau blanc, à lige très-fine et à barbulcs décomposées et crêpées, ce qui leur donne une extrême légèreté.
En Afrique, il y a aussi des Marabouts, et l’on assure que leur nom, qui est aussi celui des prêtres arabes, leur attire la vénération des Mahométans.
|c tantale d’Afrique a joui, pendant quelque lemps, (1 une grande célébrité, parce qu'on avait cru reconnaître en lui l’Oiseau révéré par les anciens Égyptiens, sous le nom d 'Ibis. On l’a même appelé Tanlalus Ibis. 11 n’est presque aucun monument de l’Égypte sur lequel l’Ibis n’ait été représenté, et, au dire de Strabon, l’espèce en était si commune en Egypte, que dans les rues d’Alexandrie il y en avait au point de gêner la circulation. Sous Louis XIV, les savants de l’Académie de Paris, désirant connaître cet Oiseau célèbre, s’étaient adressés au grand roi pour qu’il leur en procurât une momie. Bientôt après, leur désir fut réalisé. Mais les collections d’ornithologie ne permettaient pas encore une comparaison assez rigoureuse, elles savants de cette époque piiient le Tantale d’Afrique pour l’Ibis. Buffon et Blumenbach sont tombés dans la même en cm . Bruce, voyageur anglais, à la fois courageux et instruit, lit le premier connaître le véritable Ibis; il dit expressément que cet Oiseau, qu’il nommait Âbou-Annès , ou Pèie- .lean, est le même dont on rencontre les momies dans les pots conservés aux catacombes d’Égypte. G. Cuvier et M. Savigny, l'un des membres les plus célèbres de l’institut d'Egv|He, ont fait disparaître tous les doutes qui auraient pu rester au sujet du véritable Ibis des anciens, et aujourd’hui les momies de ces animaux ne sont pas rares dans les collections. On voit même, au Cabinet d’ Anatomie comparée, le squelette entier d'un Ibis préparé , d’après une d’elles, par feu M. S. P. Rousseau pète.