JE NE COMPTE PAS LES HEURES, SI CE N’EST LES SEREINES
En vérité, vous ne comptez pas les autres, mais elles comptent, elles!
Vous ne les comptez pas! vous retranchez de votre vie les moments d’amertume si profitables, les heures si douces que fait passer la mélancolie ? — Ah ! lorsqu’il rédigeait l’inscription précédente , Buffon pensait sans doute à cette sérénité que laisse après elle l’étude sage et patiente ; il se souvenait peut-être aussi des instants de bonne gaieté qu’il se faisait régulièrement donner par son perruquier, grand narrateur des petits scandales de la place Maubert. — Mais aucun sage n’a jamais invité les hommes à rayer de leur mémoire les jours de malheur, ces jours fertiles ! Aucune philosophie ne voudrait prescrire au savant parvenu d’oublier sa misère primitive ; au négociant éligible, sa veste de travail ; ses chagrins de jeune homme au mari.
Laissons donc l’inscription dire ce qui lui plaît ; nous pouvons même lui souhaiter, en passant, un traducteur élégant et fidèle. — Ce ne sera toujours pas le marchand de lorgnettes, minotaure civilisé de ce labyrinthe bourgeois ; car, aux promeneurs qui lui demandent naïvement la traduction de la sentence latine, il réserve deux réponses, selon le sexe et la générosité présumée des curieux.
Aux dames et aux étrangers, il affirme que l’inscription veut dire : «On ne s’ennuie jamais ici» (historique); aux indigènes simplement vêtus et aux soldats, il jure que l’inscription porte le nom, la demeure et le numéro de l’architecte.
ASPECT DU J Al\ DI N.
— Le même personnage donne, sur place, des leçons de géographie, d’histoire politique, morale et militaire, concernant tous les pays que vous apercevez en mettant l’œil à son télescope.
— Comme il s’émeut, comme il s’anime! — ne dirait-on pas qu’il improvise? — Improviser, ce serait bon s’il mentait, mais il enseigne, et la vérité est inaltérable... tant que la mémoire est sure. — Prètez-lui donc un moment d’attention. C’est à lui qu’il appartient de vous montrer officiellement tout Paris pour un sou! — La bonne affaire ! — Et lorsqu’il aura enflammé votre imagination par ce spectacle magnifique , lorsqu’il aura excité tout ce qu’il y a do poésie en votre tète, et d’enthousiasme en votre cœur, il n’est pas le diable, mais il essayera de vous tenter, et il vous offrira, savez-vous quoi? — Le monde? — Pas tant que cela? — Une sinécure de conservateur dans l’un des innombrables monuments qui s’élèvent autour de vous? — Pas tant que cela ! — Une place de malade à la Pitié? — Pas tant que cela! — De détenu politique à Sainte-Pélagie? — Pas tant que cela vraiment! — il vous offrira un petit panier de paille, une croix en perles tricolores, ouvrages de ses propres mains.
Mais quels noms frappent notre vue? Collin, Mollerat, Thouvenin...
inscrits, burinés sur l’airain : ils sont là pour la postérité, sans doute : ce sont trois grands noms apparemment! — Trois noms de flâneurs qui doivent attester à tout jamais qu’avec de la patience et un eustache on vient à bout du métal le plus dur, et qu’on peut toujours, en prenant son temps, dégrader les monuments publies sous la protection des gardiens et de la loi. — Quand la fureur de l’immortalité vous possède, il n’est pas si maladroit de la demander au bronze. — Buffon, Cuvier, pour n’avoir songé qu’à la science, n’ont encore au Muséum que des statues de marbre.
Reprenons, pour descendre de la grande butte, le chemin que nous avons pris pour y monter, passons encore une fois devant le tombeau de Daubenton, devant le cèdre du Liban, devant les deux beaux pins d’Italie; et lorsque nous serons arrivés au pied de la colline, nous nous trouverons en face d’une éminence humble et modeste : c/est le petit labyrinthe.
Quelques promeneurs y font un pèlerinage obscur : — ce sont ceux qui tiennent à se recueillir et à mettre en ordre, peut-être en vers, leurs sentiments, leurs idées, leurs impressions, — car le labyrinthe a, comme tous les lieux célèbres, scs conteurs, scs traditions : — les habitués tiennent à votre disposition une anecdote , ils vous réciteront 1 histoire véritable d'un lion qui, sorti un beau matin de sa cage, s’en alla luire un tour du côté du cèdre, où il passa, sans les saluer, mais sans les entamer non plus, devant de jeunes et tendres visiteurs. Et c’était l'heure ordinaire de son appétit!
ASPECT DU JARDIN
— Il visita l’amphithéâtre, où il d’histoire naturelle, et s’assurer en de l’enseignement.
espérait peut-être assister a un coins personne de l’exactitude et de la bonté
Fier enfin d’avoir usé honnêtement de sa liberté reconquise, satisfait d’avoir fourni ses preuves de grandeur et de loyauté, l’animal avertit luimême de sa fuite l’un de ses gardiens, en posant par derrière ses deux pattes sur les épaules de son geôlier.
— C’est moi ! sembla-t-il lui dire.
— Comment, c’est vous ?
— Comme vous voyez...
Puis il se laissa reconduire, et reprit ce que nous vous demanderons la permission d’appeler sa chaîne.
Convenez-en, vous avez peu lu d’aussi beaux traits que celui-là, même dans la Morale en action. A notre avis, le lion du Jardin des Plantes l’emporte de beaucoup sur son confrère de Florence, si vanté, si préconisé, si chanté par les auteurs, parles bonnes d’enfants... ces poètes du jeune âge. — Celui-ci avait déjà saisi sa proie, et il ne la lâcha que sur la supplication d’une mère, qui l’épouvanta peut-être. Le lion du Jardin des Plantes ne songea pas un seul instant à mal faire, il suivit les allées, ne cueillit pas une fleur; il rentra dans sa loge comme un simple concierge, et consentit à passer quand même pour un animal féroce!
Pauvres animaux féroces! vous recevrez incessamment notre visite,
I* Il E M I E RE PARTIE.
niais il nous est impossible de ne pas rendre hommage dès a présent a vos excellentes qualités, auxquelles une épithète calomnieuse et ironique insulte tous les jours. Vous êtes là, dans la partie de l’établissement qu’on appelle la Vallée Suisse, au nord du Jardin, à peu près quarante individus de la même force et de la même longanimité ! — On vous retient sous les verrous, on vous applique le système cellulaire, on vous traite en repris de justice, vous qui n’avez rien fait, qui n’avez rien pu faire, puisqu’on vous a arrêtés tout enfants, pour la plupart, dans l’antre natal et lorsque vous n’aviez encore reçu de votre mère que des leçons de douceur et de tendresse.
ha Ménagerie devrait porter cette épigraphe
Si ce n’est loi, c'est donc Ion frère. .
On me l’a dit...
La partie du jardin que nos tigres, nos hyènes, nos panthères habitent, ne se nomme, ni le désert, ni le bois, ni la forêt. Nous l’avons déjà dit, elle s appelle tout tranquillement la Vallée Suisse. — A la bonne heure!
— nous y entrerons avec confiance... si toutes les cages des animaux sont bien fermées.
La \ allée Suisse est bien accidentée; — le terrain monte et s’abaisse, s enlonce et se relève, de manière à composer des sites pittoresques. — Elle
ASPECT DU JARDIN
présente une bonneimitation deeette naturedont on l'ait plus communément la parodie en peinture, en vaudeville, en roman, comme en jardinage. Ses chemins suivent les mouvements du sol, se mêlent, se séparent, se rejoignent, pour se séparer encore. On s’égare dans les sinuosités de cette charmante promenade, sans jamais se fatiguer, parce qu’à tout moment la vue s’arrête sur quelque objet curieux et nouveau. Égarez-vous en toute conscience, vous ne sauriez mieux faire. Les indications que nous pourrions vous donner n’aboutiraient qu’à vous distraire péniblement l’esprit, — vous n’avez qu’à ouvrir les yeux et à regarder pour jouir. — Nous avons à vous donner cette seule recommandation de ne pas vous présenter avant onze heures, ni après six heures en été; avant onze heures, ni après cinq heures en hiver : la Vallée Suisse est ouverte tous les jours, mais seulement pendant ce temps-là. — Avançons désormais... L’administration a prévu notre ignorance sur tout le reste. Les notions de zoologie, qu’on s’est bien gardé de nous donner dans nos vieux collèges, elle nous les offrira : voyez déjà ces écriteaux appendus aux treillages des parcs. — Ce sont comme des liv res toujours ouverts devant vous.
Qu’ils sont légers, ces treillages de châtaignier, et comme ils changent bien de forme, en même temps que varient les mœurs, la physionomie des animaux paisibles ou résignés, dont ils bornent le domaine !
Nous apercevons d’abord des tortues dormant sur le gazon auprès d’une petite source, ou à l’ombre d’un rocher figuré par une demi-douzaine pierres. 11 faut qu elle soit vive, l’imagination de la tortue, si elle se prend à ces apparences, et peut rêver la mer au bord d’un seau d’eau.
Mais, ignorants que nous sommes! est-ce qu’il n’existe pas des tortues de terre, des tortues d’eau douce? — A celles-ci, le gazon d’un parc; à celles-là, quelques pieds d’eau de la Seine ou du canal de l’Ourcq. — Ces innocents Chéloniens veulent bien considérer comme source vive le robinet qui alimente leur bassin, et reconnaître encore, en cette circonstance, cette nature prévoyante, industrieuse, qui leur a déjà confectionné une armure et un domicile portatif.
Autrefois, — mais c’était le bon temps, — la tortue d’Europe fournissait à la pharmacie un sirop balsamique. En général, nos pères ont eu de fortes tendances à utiliser les reptiles : n’avaient-ils pas mis, par une sorte de pressentiment de la médecine homœopathique, la vipéreau nombre des médicaments efficaces dans le traitement des fièvres malignes? Ils composaient, avec la vipère, des gelées, des sirops. II n’v a pas très-longtemps
encore, des médecins priniitils prescrivaient le bouillon de vipère poui rendre la force aux malades épuisés. — Que ne leur rendaient-ils d’abord la force de congédier l’Esculape! — Bénissons la chimie moderne, elle nous a délivrés, elle nous délivre encore tous les jours, de l’ancienne pharmacopée.
Les tortues de mer, ou tortues franches, continuent sans doute à être fort recherchées par les Anglais, tandis qu’une autre espèce, le ca re t, ne cesse pas de donner les lames de sa carapace, ou ses écailles, à l’industrie.
Les axis se distinguent en toute saison par une véritable mise d’été, fraîche et coquette; — leur pelage fauve, tacheté de blanc pur, est d une fantaisie charmante. — Nous n’en dirons pas autant du casque de cet oiseaux curieux qu’on appelle le casoar; — un oiseau doit porter une aigrette légère ou aller tète nue, — Le casoar à casque a-t-il des ailes? a-t-il des plumes ? a-t-il des crins ? — il faudrait pouvoir toucher cet oiseau pour résoudre ces problèmes. — Le toucher! mais il fuit et court d’une vitesse à défier un cheval ; — et puis, il a le pied vigoureux et sait en user pour se défendre, — défense peu digne de la part d’un animal que son casque semblait prédestiner à la noble profession de guerrier.
Voici maintenant la gazelle, la gazelle aux beaux yeux, au doux regard, la gazelle qui aime son maître jusqu’à mourir si son maître l’abandonne, la gazelle qui vit de feuilles de roses dans les plaines de Kachemyr, <‘t qui est mangée la plupart du temps par les panthères. Oh ! sort éternel de la douceur, d’attirer sur soi les plus lâches et les plus méchants !
Mais voyez donc, dans l’un des compartiments de ce parc, ce grand animal qui court le trot, le galop; il n’a que deux jambes. Est-ce une moitié de cheval? Non... c’est un tout, c’est une autruche. On nous a toujours dit que l’autruche était un oiseau, et nous avons toujours remarqué qu’elle ressemblait à un quadrupède. Les anciens conciliaient tout en appelant l’autruche oiseau-chameau. La célébrité de l’autruche remonte à l’antiquité la plus haute, elle n’en est pas plus fière pour cela; cet oiseau se contente de nous prêter toujours ses belles plumes flottantes, et laisse la vanité aux personnes qui les portent après elle. — Vous savez que les autruches les plus riches nous viennent des déserts de l’Afrique ; celles de l’Amérique méridionale ont le plumage moins précieux. — Les deux espèces se touchent au Jardin des Plantes. — Toutes les autruches ont I habitude de franchir les plus grandes distances en peu de temps ; — mais
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ASPECT DU JARDIN
ici, elles ne trouvent entre deux parties du monde que l’épaisseur d'un treillage.
Un long cou, des jambes en échasses, une physionomie de garde malade..., cet animal est de notre connaissance ; nous l’avons souvent rencontré dans Phèdre et dans La Fontaine. Nos compliments à la commère ! Si nous avions su plutôt où elle demeurait, nous lui aurions envoyé le jeune avocat ou le futur médecin qui s’étouffait tout à l’heure en mangeant trop gloutonnement les gâteaux que lui avait achetés sa gouvernante (grand style). La cigogne aurait renouvelé en sa faveur l’opération qu’elle fit jadis à maître loup. Mais ne plaisantons pas avec un animal qui eut longtemps la réputation de porter bonheur. Cette superstition..., pourquoi ne pas dire cette croyance, puisqu’elle est innocente, et qu’elle fait des heureux, au moins en expectative, n’est pas encore tout à fait éteinte. — En Livonie, en Courlande, dans la Russie Blanche, on voit, dans la saison, les toits de toutes les maisons couverts de nids de cigogne auxquels on se garde bien de toucher; et la famille qui, d’après l’opinion publique, doit avoir le plus de bonheur dans l’année, est celle dont la maison a servi d’asile au plus grand nombre de ces oiseaux.
Près de la cigogne se promène le m a rab oet; ses grandes jambes soutenant un dos arrondi le font ressembler à un portemanteau. On dirait que le marabout n’a été créé que pour porter provisoirement les belles plumes qui ont pris son nom.
Les divers compartiments des parcs aboutissent presque tous à une construction pittoresque, où les animaux vont se réfugier pendant la nuit et les mauvais temps. Ces constructions présentent, en général, l’aspect qui s’harmonise le mieux avec l’histoire ou le roman de leurs hôtes. — L’une est faite en briques et recouverte en chaume ; l’autre, vrai décor de théâtre, simule une ruine dans laquelle sont percés des escaliers pour les chèvres et les bouquetins, qui s’en servent complaisamment, afin de compléter l’illusion. Plus loin, tout l’édifice est bâti sur le modèle des cabanes russes, et ne se compose, sur ses quatres faces, que de troncs d’arbre superposés et enchâssés les uns dans les autres au sommet des angles.
— Où sont les bois? les ta illis ? où est l’espace? car voici les daims, voici les cerfs. — L’administration du Muséum n’a pu donnera ces animaux qu’un enclos relativement vaste et quelques arbres. — Si l’écho leur apportait un air de chasse, elles prendraient leur élan, les nobles bêtes, et viendraient expier leur vitesse contre le treillage de leur parc. — Mais
IMIKM IËKK PARTIE.
qu’ont-elles entendu ? — tout à coup les voilà qui s’animent, qui lèvent la (ôte, et s’apprêtent à débucher. — Recouchez-vous et dormez; ne craignez rien, ou plutôt n’espérez rien..., vous n’avez entendu que le cri de la grue couronnée, votre aimable voisine.
La grue couronnée est plus belle et aussi modeste que la grue commune, cette grande voyageuse qui ne se met en route que la nuit, tant elle a peur des mauvaises rencontres. L’empire des airs n’est soumis, comme vous voyez, ni au régime ni à la police des autres empires; — dans les hautes régions de l’atmosphère, le jour éclaire les attentats contre les personnes et contre les propriétés. — Si noire qu’elle soit, la nuit est sûre. — Les aigles, les vautours, les milans, les éperviers se couchent tôt. Du reste, pour avoir une garantie de plus, les grues ne voyagent jamais seules, mais en bandes, et sous la conduite d’un chef. — Oui, les grues vigilantes reconnaissent un chef; — les grenouilles n’étaient pas si malavisées lorsqu’elles leur demandaient un roi, — mais elles auraient dû exiger de ce roi un serment d’humanité.
— Un oiseau monté sur des échasses? — C’est un échassier, en effet, c’est un u éroîs. — Il a l’air bien triste; — oui, sa douleur est profonde. — Ce qu’il faudrait pour le consoler, c’est de l’eau; mais de l’eau qui coule, et dans laquelle on puisse pécher. Le héron immobile, et comme rentré en lui-mème, rêve à la gare voisine et aux arches poissonneuses du pont d’Austerlitz.
Si du choc de deux fronts l’intelligence devait jaillir, nous assisterions à un jet intellectuel des plus lumineux. Voici des rélie rs qui ne se ménagent pas le coronal ; les voyez-vous prendre leur mesure, leur élan, se dresser pour retomber tète contre tète, cornes contre cornes? — Ils se disputent le passage sur une planche jetée en manière de passerelle. — Ils donnent un divertissement bien connu jadis et bien aimé au boulevard : ils lonl la parade. — Mais en vérité, ce serait à croire qu’ils ne cherchent qu’à gagner un salaire, sans y mettre autrement du goût et du cœur. — Ils nous rappelleraient presque ces comiques de tréteaux payés pour recevoir les mauvais coups qui sont l’esprit, dans les bagatelles de la porte. L'un de ces derniers artistes se trouvait un jour, le visage tout en sang, a la lin d une scène destinée à amuser le public; — le public, après avoir n, finissait par s’attendrir: «Messieurs et mesdames, s’écria le pauvre paillasse, ne pleurez pas; je suis payé pour être battu, laissez-moi mon pain ! »
ASPECT DU J AK I) UN
Les béliers ont, au plus fort de la lutte, l’oreille pendante, l’œil sans l'eu. — Si vous les observez, ils vous donneront l’idée parfaite de l’entêtement stupide. — Voilà bien les gens qui aiment mieux se briser le front que s’éclairer l’intelligence ! — pousser que comprendre ! — amis ou ennemis, la différence est, pour eux, peu de chose : — se heurter est tout. — Vous connaissez déjà ce fait caractéristique : « deux béliers, accoutumés à vivre ensemble, sont-ils tondus, on les voit aussitôt se précipiter l’un sur l’autre avec fureur. »
La vigogne, Val pa ca, la chèvre de Cachemire, les moutons
d’à s T R AC A N, I)E S ÉG O VI E, les M O 13 TONS d’ÀBYSS IN I E, 110US trOUVOUS
à tous ces animaux l’air triste et désenchanté. — S’apercevraient-ils que leur laine, leur duvet font les frais de notre habillement et que nous nous parons de leur dépouille? Alors, ils auraient bien le droit de tomber dans un découragement profond ! — Vous savez qu’on ne désespère pas de naturaliser l’alpaca, dont la laine a presque la finesse de celle des chèvres de Cachemire. — Ce serait donc une double conquête au profit de notre agriculture, car la chair de cet animal passe pour être excellente.
Que vous dirons-nous des «ou yurri n s, sinon qu'ils étaient regardés comme la souche de notre bouc domestique, avant que I’oegagre fût connu?
Le mouton, si doux, voudra bien nous servir de prétexte à une citation intéressante, tirée de l’ouvrage d’un professeur du Muséum, M. Flourens : « Tous les animaux, à l’état sauvage, ont deux sortes de poils : les poils soyeux qui donnent leur couleur à l’animal, et les poils laineux qui ne forment d’ordinaire qu’un simple duvet caché sous les poils soyeux. Or, nos chiens domestiques et nos moutons offrent, sous ce rapport, les deux cas extrêmes et opposés ; le chien n’a que des poils soyeux ; il a perdu jusqu’au germe des poils laineux dont on retrouve pourtant quelques traces sur le chien de la Nouvelle-Hollande, sur celui des Esquimaux, etc.; le mouton, au contraire, a perdu tous ses poils soyeux et n’a conservé que la laine. »
Jusqu’ici le Jardin du Roi nous a paru l’Eldorado des plantes et des animaux. Les unes et les autres y vivent de notre travail et de nos soins ; nous ne leur avons pris, en échange de nos peines, qu’un peu de leur liberté, et cela au profit de la science. Nous aurions donc fait poulies animaux et les plantes ce que la civilisation fait pour les hommes, ni plus ni moins. Mais, attendez ; on prétend qu’il y a près d’ici, non loin de l’amphithéâtre, un revers à la médaille, une ombre au tableau. — Ah ! nous savions bien que le parfait bonheur n’existe pas sur la terre ; que l’homme n’est pas assez riche pour donner sans intérêt, sans retour. — Qu’allons-nous donc trouver? — de malheureuses bêtes au regard plein
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d’un aflreux pressentiment; — on dit que leur résignation est attendrissante et rappelle cet adieu antique :