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une autre qui s’opère pendant la nuit; celle respiration nocturne n’est pas mile aux animaux, comme la précédente. On s’est assuré, par des expériences multipliées , que, dans l’obscurité, les feuilles absorbent l’oxygène de l’air, et le changent en acide carbonique au moyen du carbone contenu dans la sève qu’elles ont reçue de la racine et de la tige; mais ce larcin que nous font les feuilles, en appauvrissant notre atmosphère, n’est qu’un emprunt qui a pour but de rendre le carbone de la sève plus apte à la nutrition de la plante , en d’autres termes, plus facile à digérer. Au retour delà lumière , le gaz acide carbonique formé pendant la nuit est rapidement décomposé; l’oxygène est restitué A l’atmosphère, et le carbone, que sa combinaison avait purifié, s'assimile et s’incorpore à la substance du végétal.
Les Fleurs ont aussi une respiration ; mais celle-là ne peut être que nuisible aux animaux , car elles absorbent l’oxygène de l’air, le changent en gaz acide carbonique aux dépens de leur propre carbone, et , au lieu de rendre l’oxygène à l’air, en conservant leur carbone , elles rejettent dans l’atmosphère le gaz acide carbonique qu’elles ont formé: c’est exactement ce que font les animaux. De là vous conclurez sans peine que la respiration des Fleurs , contribuant à vicier l’air, est dangereuse pour nous , et qu’il y a de l’imprudence à entasser des Fleurs dans son appartement, lors même qu’elles sont inodores.
Les feuilles absorbent donc les liquides, et respirent les gaz ; mais elles possèdent une faculté qui n’est pas moins importante que les deux premières : c’est d’exhaler le superflu de l’eau qu’elles ont puisée dans l’air, ou que la sève leur a transmise. Cette fonction se nomme transpiration. C’est, en général, sous forme de vapeur que l’eau est rejetée par les feuilles ; mais lorsque la température est froide, comme à la fin de la nuit , cette eau se condense , et apparaît sous forme de gouttelettes , à la surface et sur les bords des feuilles ; et ce qui prouve que cette eau ne vient pas de la rosée atmosphérique , c’est que les feuilles s’en couvrent également lorsque la plante est couverte d’une cloche de verre , et séparée du contact de la terre humide par une plaque de plomb.
Si les feuilles absorbent , respirent , transpirent , ce n’est pas seulement pour elles et pour la tige ; c’est surtout au bénéfice des bourgeons que s’exécute cette triple fonction. Ces bourgeons, qui sont autant de rameaux futurs , naissent à Vaisselle des feuilles, c’està-dire entre leur pétiole et la tige. Si cette tige est herbacée , chaque bourgeon se hâte de former un rameau ; sur ce rameau naissent des feuilles, protégeant d’autres bourgeons qui ne tardent pas eux-mêmes à s’allonger, et cette végétation continue jusqu’à l’automne. Dans les végétaux ligneux , c’est-à-dire dans les arbres, les bourgeons ne se dé" veloppent que lentement : ils commencent à poindre au milieu de l’été, et on les nomme alors yeux ou œilletons ; ils grossissent un peu, jusqu’à la fin de la belle saison , et reçoivent alors le nom de boutons. Pendant l’hiver, la végétation reste stationnaire , et ils ne prennent aucun accroissement; au retour de la belle saison, dès que la végétation recommence , ils grossissent rapidement , et deviennent des bourgeons. Mais quelque faible que soit le développement du bouton pendant l’été, son volume acquis suffit pour comprimer le pétiole de la feuille; cette compression continue finit par resserrer les fibres du pétiole , et s’oppose au passage de la sève , qui d’ailleurs , à cette époque, ne possède plus qu’une force d’ascension peu considérable. Ainsi, la nourrilurede la feuille
est interceptée par le bourgeon, que cette même feuille avait protégé et nourri; bientôt sa couleur verte s’altère , elle prend des nuances variées , et ne larde pas à se détacher de sa branche : alors a lieu la chute des feuilles. Ce phénomène inspire de la tristesse à beaucoup de personnes, et les poètes l’ont appelé le deuil de la nature; mais, en réalité, il doit être considéré par tout esprit observateur comme un événement heureux , puisqu’il est l’annonce certaine d’une végétation prospère pour l’année suivante.
Au reste , devant le spectacle de cette destruction apparente , le naturaliste le plus positif peut se laisser dominer un instant par des illusions mélancoliques :
Si, vers le soir d’un jour d’automne ,
Sur l’horizon qui m’environne ,
Mon œil s’est égaré longtemps ;
Si des eaux le bruit monotone S’unit au souffle des autans;
Si de sa tige desséchée La feuille à demi détachée Gémit sous le vent destructeur :
Ce plaintif et faible murmure,
Voix mourante de la nature,
Plaît à ma rêveuse langueur,
Et, dans sa lugubre harmonie,
Forme un concert qui se marie Avec les soupirs de mon cœur.
Revenons à nos familles : vous avez vu que les Légumineuses ont, comme les Rosacées, les feuilles alternes et munies de stipules. 11 est vrai que la fleur diffère dans les deux familles, si vous l’observez comparativement dans la Rose et dans la Gesse; ce dernier a , comme toutes les Légumineuses d’Europe, une corolle papilionacée et dix étamines, dont neuf sont soudées en tubes par leurs filets, tandis que la Rose offre une corolle symétrique et des étamines indéfinies. Mais dans les Légumineuses exotiques ,
telles que les Casses et les Mimeuses , la corolle devient presque régulière , et les étamines sont libres et nombreuses, de sorte que la limite entre ces deux familles serait difficile à déterminer, si on ne l’établissait sur l’organe principal de la fleur, qui est le fruit ; or, le fruit des Légumineuses est constamment une gousse.
Remontons quelques plates-bandes ; nous allons visiter une famille nombreuse , et dont la physionomie est trèsfacile à saisir ; c’est la famille des Crucifères ( ce mot signifie Porte-Croix ). Cueillez une fleur de cette Giroflée , que l’on cultive dans tous les jardins ; vous voyez d’abord un calice formé de quatre folioles bien distinctes les unes cirofléc des autres, et non soudées par le bas, comme clans les Ro¬
sacées et les Légumineuses. Détachez-les du réceptacle , en les abaissant avec une épingle, vous avez sous les yeux la
corolle tout entière: elle se compose de quatre pétales, dont la moitié inférieure est posée verticalement sur le réceptacle , mais dont la moitié supérieure se déjette horizontalement en dehors , de manière à former avec les autres pétales une croix à quatre branches arrondies. Enlevez ces pétales , et observez les étamines : il y en a six , qui naissent, comme les pétales, sur le réceptacle (et non sur le calice, comme dans les Rosacées et les Légumineuses , remarquez bien cette différence ) ; de ces six étamines qui entourent le pistil , deux sont plus courtes, placées vis-à-vis Tune de l’autre, et répondent chacune à l’une des deux faces de l’ovaire, qui est légèrement aplati; les quatre autres, plus grandes , sont rapprochées deux à deux, et chaque paire embrasse l’un des tranchants ou bords «aillants de l’ovaire. Cet ovaire est terminé à son sommet par une petite fourche humide et spongieuse : c’est le stigmate ; et le petit col d’un vert foncé qui sépare l’ovaire du stigmate est le style.
Avant d’aller plus loin, je veux vous proposer un petit problème , dont l’examen n’est pas sans intérêt. Vous avez remarqué que les folioles du calice ne sont pas égales entre elles; il y en a deux qui sont larges , creusées en dedans et renflées en dehors , comme si chacune d’elles était chargée intérieurement d’un corps dont la pression permanente tendît à dilater son fond et à faire descendre son point d’attache. Or, c’est précisément ce qui arrive ici: ces deux folioles concaves, qui ne sont réellement pas situées sur le même plan que les deux autres, ont leur fond rempli par le filet d’une étamine; si vous examinez cette étamine , ainsi que celle du côté opposé , vous observerez qu’elles n’arrivent pas à la même hauteur que les quatre autres. Ce n’est pas qu’elles soient plus courtes, mais c’est que, le filet se courbant inférieurement pour se loger dans la cavité de la foliole, la hauteur de l’étamine, sinon sa longueur réelle, en est diminuée d’autant. Quelle est maintenant la cause de cette courbure? Voilà la question à résoudre.
Abaissez un peu les deux étamines courtes, et vous découvrirez à la base interne de chacune d’elles une petite protubérance arrondie, d’un vert foncé et luisant : c’est cette protubérance qui pèse constamment sur la partie inférieure du filet, le force à prendre un détour, et le raccourcit en apparence. Or, la courbure imprimée au tilet se communique à la pièce correspondante du calice; d’où il résulte que les deux folioles qui reçoivent ces deux étamines contournées descendent plus bas, et arrivent aussi moins haut que les deux autres.
Arrachez délicatement l’une des étamines en question , vous verrez que le petit corps vert occupe non-seulement la base interne du filet, mais l’embrasse complètement, et forme autour d’elle une sorte de piédestal, dans lequel ce filet était comme enchâssé.
Vous pourrez en même temps remarquer, au bas des deux étamines raccourcies , une ou plusieurs gouttelettes de liqueur limpide, d’une saveur sucrée. Cette liqueur a suinté des petits corps verts: c’est elle qui attire, dans l’intérieur des corolles, les Insectes que vous voyez s’y plonger avidement. Je vous ai fait connaître le but que la nature s’est proposé en plaçant ainsi des magasins de sucre au fond des Fleurs; ce n’est pas, vous le savez, au bénéfice exclusif des Insectes, mais bien dans l’intérêt réciproque de la plante et de l’animal que ce nectar est élaboré.
Le problème que vous venez d’examiner fut proposé, il y a bien des années, par Jean- Jacques Rousseau à madame Dclessert , qui voulait donner à sa fille quelques notions de botanique. Jean-Jacques, vieux et infirme, en proie à des chagrins de toute
espèce, avait trouvé dans l’étude de l’histoire naturelle une puissante consolation. Il écrivit alors à madame Delessert, qu’il appelait sa bonne cousine, quelques lettres sur la botanique, et, dans Tune de ces lettres, il lui soumit la question relative à l’inégalité des deux folioles renflées et des deux étamines raccourcies. Madame Delessert résolut la moitié du problème : elle comprit bien que les folioles du calice sont renflées parce que les étamines se logent dans leur cavité; elle comprit que les étamines paraissent plus courtes parce qu’elles sont recourbées ; mais elle ne put découvrir la cause première de leur courbure , car elle ne remarqua pas les deux grosses glandes qui pèsent sur elles. Si vous avez pu les observer dans la Giroflée, vous les verrez encore mieux dans la fleur du Chou que voici; et, en outre, vous allez en trouver deux autres, moins volumineuses , situées au pied des deux paires d’étamines longues ; mais comme elles sont plantées en dehors des filets , ceux-ci ne subissent aucune déviation , et , montant verticalement en droite ligne, s’élèvent plus haut que les deux autres.
Les huit lettres de Jean-Jacques Rousseau à madame Delessert contribuèrent singulièrement à répandre en France le goût de l’histoire naturelle. Les gens du monde, qui n’avaient vu jusque-là dans la botanique qu’une nomenclature de drogues purgatives, diaphoniques ou alexipharmaques , accueillirent avec empressement l’opuscule de Jean-Jacques , chef-d’œuvre d’élégance et de simplicité. Ces lettres ont donc , par le service qu’elles ont rendu , une valeur scientifique autant que littéraire; mais ce qui achève de les rendres précieuses, c’est que M. Benjamin Delessert, fils de la bonne cousine, qui est resté possesseur de l’original des Letlres, a groupé autour de ce manuscrit tous les ouvrages de botanique publiés chez les anciens et les modernes jusqu’à nos jours. II s’est formé de la sorte la plus riche bibliothèque botanique qui soit au monde : cette bibliothèque est libéralement ouverte ( sans vacances!) à tous les amis de la science des Fleurs, qui peuvent y puiser aux meilleures sources les documents dont ils ont besoin, et y trouvent en outre, comme pièces justificatives, un immense herbier où les Plantes de toutes les régions du globe sont classées avec soin et nettement déterminées.
Il vous reste maintenant à étudier le pistil de votre Giroflée. Vous avez déjà observé la forme allongée , un peu aplatie , de l’ovaire , son stigmate fourchu et le style très-court qui sépare l’un de l’autre; remarquez le tissu mou, spongieux, légèrement gluant de ce stigmate : c’est sur ce tissu que va se déposer le pollen ou poussière fécondante , c’est entre ses mailles peu serrées que le pollen se fraye un passage pour descendre jusqu’aux graines. Prenez maintenant un pistil bien développé, coupez-le en travers et par le milieu: vous verrez qu’il forme deux cavités entre lesquelles est posée une cloison. Maintenant cherchez à ouvrir une de ces cavités en soulevant de bas en haut un des côtés plats du pistil. 11 y a, sur ce côté plat, une couturequi vous indiquera la place où vous devez appliquer la lame de votre canif: cette couture cédera sans résistance à l’instrument , et vous trouverez, dans l’intérieur, des graines aplaties, suspendues à de petits cordons. L’écartement que vous avez opéré par un mécanisme artificiel s’exécute naturellement quand le pistil est parvenu à sa maturité: les lames se voient alors décollées et suspendues par leur extrémité supérieure; puis , avec l’àge , elles se détachent tout à fait , et tombent, de manière qu’il ne reste debout que la cloison, couronnée par le stigmate que vous connaissez , et bordée le long de ses côtés par deux ourlets d’où partent des cordons tortueux, auxquels sont suspendues les graines.
Comparez avec la Giroflée les diverses espèces d 'Hesperis , nommées vulgairement Juliennes , les Choux, les Navets, les Radis, le Cresson de fontaine, le Cresson alénois , le Thlaspi des jardiniers (Ibcris) , dont les corolles ont leurs deux pétales extérieurs plus développés que les deux intérieurs; enfin la Bourse à pasteur ( Thlaspi bursa pasloris ), petite plante qui abonde partout, et fleurit toute l’année. Vous jugerez sans peine que tous ces végétaux , malgré la diversité qui les distingue entre eux, appartiennent , comme la Giroflée , à la famille des Crucifères.
Vous voulez cueillir une petite branche de cette plante dont les feuilles, d’un vert glauque , sont divisées en découpures arrondies ; prenez garde au suc jaune qui suinte de l’extrémité de la tige que vous venez de briser : ce suc est très-àcre , et tache fortement la peau. — La plante que vous avez sous les yeux est la Chélidoine (Chelidonium majus) , vulgairement nommée Grande Éclaire. — Vous croyez reconnaître dans ce végétal un membre de la grande famille des Crucifères : vous voyez, en effet , une corolle de quatre pétales disposés en croix , et le pistil se sépare en deux pièces qui tombent et laissent en place un ourlet chargé de graines. Mais regardez le calice: il est de deux folioles très-caduques; comptez les étamines: il yen a une trentaine; malgré ces différences, la Chélidoine est non pas une Crucifère, mais du moins une alli ée de 1 a fa mille.
C’est à la famille des Pavots ou Papavéracées qu’appartient la Chélidoine.— Voici le
Pavot somnifère, que vous pouvez comparer avec elle: calice de deux folioles, corolle de quatre pétales, chiffonnés dans la fleur non épanouie ; étamines nombreuses naissant sur le réceptacle. Jusqu’ici l’analogie est évidente; mais le pistil offre une différence notable : c’est une capsule, couronnée par des styles en forme de plaques rayonnantes, qui portent, sur leur milieu, des stigmates allongés en lignes brunes; cette capsule est ovale, et renferme un nombre infini de graines blanches qui tapissent des lames saillantes attachées h ses 'parois. — Vous voyez un suc laiteux blanc suinter de la tige et de la capsule déchirées: ce suc laiteux est Yopium , qui , pris en petite quantité , est le plus précieux des calmants, et devient un poison lorsqu’on l’administre à haute dose. Cependant les Orientaux en font un usage immodéré, ils le boivent, le mâchent ou le fument ; mais l’habitude émousse son action narcotique, et un Turc en avale impunément des doses, dont la deux-centième partie suffirait pour endormir à jamais un Européen. Toutefois l'abus de l’opium a cela de grave pour les Orientaux, qu’ils sont obligés d’user de doses successivement croissantes pour obtenir celte ivresse délicieuse qu'ils regardent comme la félicité suprême; aussi tombent-ils bientôt dans un état d’abrutissement physique et moral dont rien ne peut les tirer.
Ce Pavot , que vous voyez auprès du Somnifère , et qui ne s’en distingue que par sa capsule tout â fait sphérique et ses graines noires, est cultivé en grand dans le nord de la France, où l’on retire de ses graines une huile nommée huile d’rrillctie , que l’on vend communément à Paris pour do l’huile d’olive.
Pavot Somnifère.
Ces diverses espèces de Coquelicots que vous voyez ici appartiennent au genre Pavot, comme vous pouvez vous en assurer en examinant leur fleur.
Parmi les végétaux à semences nombreuses, le Pavot somnifère est cité comme l'un des plus féconds : un seul pied produit assez de capsules pour fournir en un an 32,000 graines ; notez que chaque graine contient dans son sein le germe d’une nouvelle plante; supposez que ces 32,000 graines soient toutes semées convenablement, et réussissent , vous en aurez , la seconde année, 1,024,000,000 ; en supposant toujours que ces graines soient toutes semées, et produisent chacune 32,000 autres graines , vous aurez au bout de quatre ans le chiffre 1,048,576,000,000,000,000; d’où vous pourrez conclure que, si aucune graine ne périssait, la postérité d’une seule graine de Pavot couvrirait , dès la quatrième année , plus que la surface entière du globe terrestre.
Non loin des Pavots , vous voyez la famille des Renonculacées . Cueillez cette Fleur d 'Ancolie; son nom latin Aquilegia signifie réservoir d’eau: ce nom n’est-il pas justifié pas la forme des cinq pétales creux, et figurant assez bien une urne ou une corne d’abondance ? En dehors sont les cinq folioles du calice, dont la couleur est bleue comme celle de la corolle, et qui se détachent nettement les unes des autres; en dedans sont les étamines, qui sont nombreuses, et naissent sur le réceptacle. Le pistil se compose de cinq ovaires bien distincts , qui s’ouvrent à peu près comme de petites gousses , et portent une série de graines le long de leur bord intérieur. Voilà X Ancolie, telle que la nature l’a faite. Mais, dans les jardins où on la cultive, la nourriture trop succulente qu’elle reçoit de la main de l’homme altère sa simplicité primitive, et lui fait subir des métamorphoses dont la plus fréquente est celle que vous voyez ici : les cinq pétales creux en renferment de semblables, emboîtés par séries les uns dans les autres comme des cornets, et diminuant degrandeur à mesure qu’ils s’éloignent du plus extérieur. 11 vous est facile de voir que cette multiplication de pétales s’est faite aux dépens des étamines, puisque celles-ci deviennent d’autant plus rares que les cornets sont plus nombreux.
Cette tendance à la métamorphose, qui se fait remarquer surtout dans les Fleurs dont les étamines sont nombreuses, peut s’observer surtout dans les Renoncules modifiées par la culture, et que les fleuristes nomment boulons d’or; c’est ce que vous voyez également dans la Renoncule asiatique , dont les ovaires eux -mêmes se sont changés en pétales. Quant aux Renoncules simples , leur structure est facile à étudier: cinq folioles distinctes forment le calice; la corolle se compose de cinq pétales d’un jaune vernissé. Remarquez au bas de chaque pétale une petite écaille qui s’applique contre la base interne de celui-ci : elle forme un petit sac, au fond duquel est une glande à neciar. En dedans de ces pétales s’élève la phalange des étamines: elles sont nombreuses et posées sur le réceptacle; le pistil est formé de petits ovaires nombreux, qui , au lieu d’être groupés sur un pian horizontal, comme dans X Ancolie, s’échelonnent en spirale autour du réceptacle , et peuvent facilement se détacher les uns les autres.
Dans les Anémones, vous ne trouverez pas de corolle, mais seulement un calice decinq à quinze grandes folioles colorées comme des pétales; lesovaires offrent la mèmedisposition spirale, et ne contiennent qu’une seule graine, comme dans les Renoncules ; chez quelques espèces , et notamment chez X Anémone des prés, nommée vulgairement la Pulsatille, les styles s’allongentà la maturité; ils forment une espèce de queue plumeuse qui donne prise au vent , et favorise la dispersion des ovaires. — Les Clématites offrent
aussi cet accroissement singulier des styles, niais elles diffèrent de toutes les autres Renonculacées , en ce que leur tige est grimpante , et leurs feuilles opposées. Celle-ci
( Ctematis vitalba ) porte un surnom populaire fort peu élégant. Les mendiants s’en servent pour exciter la pitié publique: la veille des fêtes patronales, ils s’appliquent suites bras, sur les jambes ou sur le dos, les feuilles pilées de cette plante; le suc caustique qu’elles contiennent enflamme la peau comme un vésicatoire, et soulève des ampoules énormes ; les mendiants enlèvent alors l’épiderme , et mettent ainsi A nu une plaie très-rouge et d’un aspect effrayant. Les passants s’empressent de faire l’aumône aux porteurs de ces ulcères hideux, et le lendemain un peu de beurre frais suffit pour les guérir. Voilà pourquoi la Clématite est surnommée Y Herbe aux gueux.
Toutes les Renonculacées sont des plantes âcres, sans excepter les espèces du genre Ranunculus, dont les tiges (luettes dominent le gazon des prairies, et sont terminées par des Fleurs qui ressemblent à de petits bassins d’or. C’est surtout celles qui croissent dans les lieux humides que les animaux herbivores refusent de paître : telles sont la Renoncule rampante et la Renoncule scélérate. Mais ces plantes perdent leur âcreté par la dessiccation , et donnent de bon foin , que les bestiaux mangent volontiers.
De toutes les Renonculacées, la plus vénéneuse est le Napel, qui appartient au genre Aconit, et qu’on i encontre dans tous les jardins : le calice est très-irrégulier, et ressemble à une corolle; la foliole supérieure forme un casque; sous ce casque sont logés deux pétales , ayant la forme de capuchons et portés sur un long pied. — Le genre Dauphinelle ( Delphinium ) offre aussi un calice irrégulier, coloré comme une corolle; la foliole supérieure se relève en bonnet pointu, et renferme dans sa cavité deux pétales soudés, et se relevant en queue. Voici l’espèce la plus commune, nommée vulgairement Pied d‘ Alouette : c’est le Delphinium Ajacis. Il offre sur sa corolle des lignes noirâtres imitant assez bien les lettres du mot aia. Vous savez qu’Ajax, fils de Télamon, qui disputait à Ulysse les armes d’Achille devant l’assemblée des princes grecs, ayant été vaincu par l’éloquence du favori de Minerve, tomba dans un délire furieux, massacra les troupeaux de l’armée, et se tua de désespoir quand il eut repris sa raison. Les anciens disaient que les dieux , touchés de pitié , l’avaient changé en fleur, que cette fleur était notre Pied d’ Alouette, et que le nom d’Ajax avait été écrit sur la corolle, pour attester la métamorphose. Mais si vous en croyez une tradition toute différente, notre Delphinium n’est autre chose que le jeune Hyacinthe, ami d’Apollon: Apollon jouait au palet avec son favori; mais Zéphire, jaloux d’Hyacinthe, détourna le palet vers le front du jeune homme, qui tomba frappé d’un coup mortel. Apollon , au désespoir, voulut immortaliser son ami , le changea en fleur , et grava sur la corolle le cri aï, aï, qu’il avait poussé en tombant. De ces deux versions, choisissez celle qui vous semblera la plus poétique: elles sont aussi vraisemblables l’une que l’autre.
Vous voyez que, dans la famille des Renonculacées , les genres diffèrent beaucoup entre eux par leur calice et par leur corolle, laquelle manque même dans quelques-
uns; mais, dans tous, les folioles du calice et les pétales sont distincts les uns des autres; les étamines sont nombreuses, et posées sur le réceptacle; les graines ont la même structure; dans presque tous enfin les feuilles sont découpées en lanières profondes. C’est donc une famille très-naturelle, malgré la diversité que présentent les organes secondaires de la fleur.
Descendons quelques plates-bandes ; nous rencontrerons sur notre chemin la feigne, qui forme à elle seule une famille. Son origine se perd dans la nuit des temps. Le roi Gérvon la recueillit dans l’Arabie Heureuse, et la transporta en Espagne; les Phéniciens, qui exploitaient tout, le littoral de la Méditerranée, en dotèrent successivement la Sicile, la Grèce, l’Italie , et Marseille. La vigne s’étendit peu à peu dans la Gaule méridionale, et elle était déjà parvenue dans les provinces du centre, lorsque le farouche Domitien, en l’an de Jésus-Christ 92, la fit extirper complètement dans les Gaules , sous prétexte que sa culture nuisait à celle du blé. La vigne fut exilée pendant deux cents ans, et ce fut l’empereur Probus qui la rendit aux Gaulois. Vous savez le parti qu’ils en ont tiré. Ils en ont fait non-seulement du vin, mais ils ont su séparer de ce vin l’élément spiritueux que la fermentation y avait développé : c’est Arnaud de Villeneuve, professeur de médecine en la Faculté de Montpellier, qui a le premier distillé V eau-de-vie , que les chimistes nomment Alcool.
Voici la famille des Malvacées, qui mérite à plus d’un titre de fixer notre attention. Prenez une de ces fleurs de Mauve, vous verrez un calice à folioles soudées, pourvu extérieurement d’un autre calice semblable à lui ; la corolle est de cinq pétales; les étamines sont nombreuses, leurs filets sont soudés en tube dans leur moitié inférieure, et leurs sommets chargés d’anthères forment une gerbe élégante; les étamines sont posées, ainsi que les pétales, sur le réceptacle de la Fleur; le pistil se compose d’un grand nombre de petits ovaires qui forment par leur ensemble un petit tourteau , et portent chacun un style ; tous ces styles réunis montent dans le tube formé par les étamines. Vous trouverez ces caractères avec des différences de nombre, de grandeur et de forme,
dans tous les genres de la famille des Malvacées , tels que les Mauves, les Guimauves, les Sida, les Abutilon, les Alcées ou Roses Trémiêres, etc.
Le Cacaoyer, petit arbre de l’Amérique méridionale, dont les graines, légèrement torréfiées et broyées ensuite, fournissent à l’homme l’aliment nommé Chocolat, appartient aux Malvacées. C’est à la même famille que nous devons ce duvet si précieux qui est l’objet d’un commerce si considérable entre l’ancien et le nouveau monde. Le Coton est une sorte de chevelure entourant les semences du Cotonnier herbacé et du Cotonnier arborescent ; les filaments soyeux qui le constituent sont garnis sur toute leur longueur de petites dentelures visibles à la loupe: c’est ce qui explique comment ces filaments , quoique très-courts, peuvent s’ajuster bout bout les uns aux autres, et former
ainsi un fil d’une longueur indéfinie. Enfin, c’est dans la famille des Malvacées quevient se ranger cet immense Baobab, dont nous verrons dans les serres un jeune individu : le
Géranium Robert.
tronc de ce géant du Règne végétal peut acquérir quatre-vingt-dix pieds de circonférence. Adanson en a observé aux îles du Cap- Vert qui avaient été mesurés deux siècles auparavant par des voyageurs, et, d’après le peu d’accroissement qu’ils avaient pris depuis cette époque, il a calculé que leur âge était de plus de six mille ans.
Auprès des Malvacées, nous trouvons les Géraniées , dont les genres , quoique d’aspect
bien différent, se rapprochent par des caractères communs. Voici d’abord les espèces du genre Géranium, ainsi nommé parce que le fruit a la forme d’un bec de grue. Il y en a plusieurs dont les fleuristes font grand cas. Voici la Capucine, originaire du Pérou, et cultivée aujourd’hui dans toute l’Europe , comme plante potagère et comme plante d’ornement. Toutes ses parties ont une saveur âcre et piquante assez agréable. La fille de Linné a observé la première, sur la capucine, un phénomène très-curieux : dans les beaux jours d’été, vers le crépuscule du soir, il sort de la fleur une lumière vive comme l’éclair, qui ressemble à une étincelle électrique. Quelques chimistes attribuent ccs petits éclairs à une production de phosphore exhalé par la fleur et s’enflammant à l’air. Voici la Balsamine , originaire de l’Inde , qui est cultivée dans tous les jardins, où elle double facilement ; près d’elle est la Balsamine jaune, nommée aussi lYoli Tangere (Ne me touchez pas). Ces deux espèces forment le genre Impatiente. Vous comprendrez la signification de ce nom, si vous touchez le pistil mùr de l’une de ces Plantes : les ovaires se roulent en dedans avec élasticité, et lancent au loin les graines qui y sont renfermées. Le genre le plus intéressant (pour l’homme) de la famille des Géraniées est le Lin , dont une espèce, originaire du plateau de la haute Asie , est devenue indigène en Europe : les fibres de son écorce, préparées par le rouissage, se séparent facilement, et servent A faire les tissus de fil les plus fins , et même les dentelles. Les graines sont employées en médecine, et on en extrait une huile grasse, très-employée pour la peinture.
Nous passons devant la Bue , sur laquelle nous avons observé les manœuvres des étamines ; près d’elle est le Dictame fraxinelle , qui est de la même famille que sa voisine. Sentez- vous l’odeur pénétrante que répand cette plante? Elle est loin d’être aussi désagréable que celle de la Bue. La vapeur quelle exhale est une huile volai ile , réduite en gaz; si, à la fin d’une chaude journée d’été , vous vous approchez d’elle avec une bougie allumée, l’atmosphère qui l’enveloppe s’enflamme sans endommager la plante. Vous pourrez aussi observer sur la Fraxinelle le mouvement des étamines que vous a présenté la Bue.
Nous voici devant la famille des Cariophy liées , l’une des plus naturelles du Règne végétal. Une lige herbacée, noueuse, avec des feuilles opposées, naissant par paire de chaque nœud ; un calice A cinq folioles ordinairement sou-
dëes en tube; une corolle de cinq pétales libres; dix étamines posées sur le réceptacle; un pistil formé d’un ovaire à graines nombreuses, et couronné par deux, trois ou cinq styles : voilà les caractères de cetle famille. Ses genres principaux sont les OEillets , les Saponaires , les Lychnis , les Cérastes, les Stellaires , dont une espèce fournit la Marceline ou Mouron des petits oiseaux. — Parmi les Lychnis , il y a une espèce très-commune dans les campagnes : c’est le Lychnis blanc ( Lychnis dioica ) , dont les Fleurs , inodores pendant le jour, répandent un parfum suave à Rentrée de la nuit. Ces Fleurs présentent une particularité dont je vous ai déjà parlé : les unes sont pourvues d’étamines seulement ; les autres n’ont qu’un pistil ; les Fleurs à pistil et les Fleurs à étamines se trouvent sur des pieds séparés.
La famille des Crassulées va vous offrir de nouveau les étamines posées sur le calice, comme vous l’avez vu déjà chez les Légumineuses, et surtout chez les Rosacées : ce caractère est très-important, et vous saurez bientôt pourquoi j’appelle sur lui votre attention.— La tige est ordinairement herbacée; les feuilles sont épaisses, charnues. Le calice est profondément divisé, c’est-à-dire que ces folioles ne sont soudées ensemble que par leur base ; la corolle a ses pétales en nombre égal à celui des folioles du calice ; ces pétales sont tantôt libres, tantôt légèrement soudés ; les étamines sont tantôt en nombre égal à celui des pétales, tantôt en nombre double; et dans ce dernier cas, elles sont alternativement attachées à la base du pétale et à la base du calice. C’est ce que vous voyez très-bien dans le Sedum bridant ( Sedum acre ): les ovaires sont en nombre égal
à celui des pétales , disposés en cercle, distincts les uns des autres, terminés par un style court et pointu; à la base externe de chaque ovaire est une écaille ou glande nectarée ; à la maturité, les ovaires s’ouvrent par une fente longitudinale placée à l’angle intérieur, les graines sont nombreuses et attachées au bord interne des ovaires. Les Sedum , les Crassules, les Joubarbes , sont les principaux genres de cette famille, qui fournit à nos parterres quelques jolies plantes d’ornement.
Les TSopalées , qui sont des Plantes grasses , comme les Crassulées, ont des tiges charnues, épineuses , des feuilles petites, caduques, peu apparentes, dont les fonctions sont évidemment remplies par la tige. Les Fleurs sont ordinairement solitaires et sessiles sur la tige. Le calice est adhérent à l’ovaire; les pétales sont en nombre indéfini, insérés vers le haut du calice, soudés par la base, et disposés sur plusieurs rangs; les étamines sont nombreuses, et naissent sur le haut du calice comme les pétales ; le pistil se compose d’un ovaire surmonté d’un seul style.
Le Cierge raquette ( Cactus opuntia ) a sa tige composée d’articles aplatis, ovales ; ces articles sont traversés par un axe ligneux, et leur apparence foliacée provient du grand développement qu’a pris le parenchyme; en vieillissant, ils deviennent ligneux et cylindriques. Cet arbrisseau, originaire de l’Amérique, est maintenant naturalisé dans le midi de la France. C’est sur lui et sur le Nopal ( Cactus coccinilifer) que vit la Cochenille, petit insecte très-employé dans la teinture pour la fabrication du carmin
et de la laque carminée. La femelle se fixe sur la tige du Nopal, fait sa ponte, et meurt; mais, utile encore A sa famille, son corps desséché et changé en coque lui sert de rempart contre toute cause extérieure de destruction. Bientôt, les œufs étant éclos , les pelils se répandent par milliers sur la plante , s'y attachent , et y subissent toutes leurs métamorphoses. A la dernière, les femelles prennent l’état d’immobilité de leur mère : c’est alors qu’on les recueille; on les dessèche au soleil, et on les envoie en Europe.
Le Cierge du Pérou ( Cactus P enu i anus ) est une des plus belles espèces de la famille. On en apporta , en 1700, un individu au Jardin: il y fut planté, n’ayant que quatre pouces de hauteur et deux pouces de diamètre; il devint bientôt si grand , qu’en 1713, sa tige s’élevant au-dessus
de la serre dans laquelle il était placé , on fut obligé d’en brûler le sommet avec un fer rouge, pour arrêter son accroissement. Cela ne l’empêcha pas de pousser des jets latéraux ; en 1717 , il avait vingt-trois pieds de hauteur, et sept pouces de diamètre. On prit ensuite le parti de construire autour de lui une cage vitrée qu’on exhaussa A mesure qu'il grandissait , et qui bientôt s’éleva A quarante pieds de hauteur. Enfin on fut forcé de le détruire , parce que les serres ne pouvaient le suivre dans son ascension, et vous verrez l’un de ses rejetons, qui occupe un coin de la serre carrée de l’ouest. Ce Cierge, dont l’histoire fera époque dans les annales du Jardin, avait des racines peu étendues; on n’arrosait jamais la terre qui le soutenait, il pompait sa nourriture dans l’air atmosphérique , par la seule succion de son écorce. Il se couvrait toutes les années de fleurs qui se fanaient en vingt-quatre heures , mais qui se succédaient pendant un mois.
Je ne veux pas repasser devant le Pistachier^ dont nous avons déjà parlé, sans vous dire un mot de la famille A laquelle il appartient : la famille des Térébinthes est trèsnombreuse en arbres et en arbustes ; nous y trouvons d’abord le Pistachier commun ( Pistacia vera ) ; puis le Pistachier A mastic ( Pistacia lenticus ) ; de son écorce exsude une résine balsamique que les Orientaux mâchent pour se parfumer l’haleine et fortifier les gencives. Le mastic fourni par les Térébinthes de l’ile de Scio est exclusivement réservé pour les odalisques du Grand Seigneur. N’approchez pas de cet arbrisseau grimpant : c’est le Sumac vénéneux ( Rhus toxicodendrum ) , dont la tige produit des racines aériennes , et dont le suc est si caustique J qu’une seule goutte , tombée sur la peau , suffit pour causer une inflammation qui s’étend bientôt A toute la surface du corps. L’attouchement des feuilles produit des démangeaisons cuisantes et des ampoules ; la vapeur même qui s’exhale de toute la plante peut occasionner, la nuit surtout , de graves accidents. C’est aussi A la famille des Térébinthes qu’appartient ce bel arbre de la Chine, VAdantus , qui s’est naturalisé en France. Enfin Y Encens et la Myrrhe, dont l’origine est encore peu connue, sont probablement fournis par des arbres de la même famille.
Ombclliféres : c’est un des groupes les plus naturels du Règne végétal. Les feuilles sont ordinairement très-découpées; leur pétiole est creux à sa base, et enveloppe la tige, qui est presque toujours herbacée. Les pédoncules des fleurs divergent comme les branches d’un parasol ; chaque pédoncule se subdivise en pédoncules secondaires , qui divergent à leur tour, et dont chacun porte une fleur. Examinez la fleur de cet fleracleum .-vous verrez cinq pétales blancs posés sur le haut du calice, qui est tout à fait soudé avec le pistil ; entre ces cinq pétales vous comptez cinq étamines posées , comme les pétales , sur une espèce de petit disque qui couronne le pistil , et que traversent deux styles; quand le fruit est mûr, il se divise en deux ovaires qui ne contiennent chacun qu’une seule graine.
L’espèce la plus historique de cette famille est la Grande Ciguë ( Coniurn maculatum ),
dont vous voyez la tige marquée de taches vineuses, et qui exhale une odeur de souris très-prononcée : ce fut le poison de Socrate et de Phocion , les deux plus vertueux citoyens d’Athènes. La Ciguë de nos pays n’est pas aussi vénéneuse que celle de la Grèce; c’est néanmoins une plante narcotique que l’on emploie en médecine avec beaucoup de prudence. L ' Anis , \e Fenouil, Y Angélique, la Coriandre , la Carotte le Cerfeuil , le Panais, le Persil , YOEnanthe, le Phellandrium, la Cicutaire, YEthuse , appartiennent à cette famille : les premiers sont aromatiques, les autres ont une odeur suspecte, et sont très-vénéneux. Il est surtout une espèce , nommée vulgairement Petite Ciguë { Æthusa Cynapium ) , qui est facile à confondre avec le Persil : ce qui la rend encore plus dangereuse , c’est qu’elle croît dans tous les lieux cultivés , mêlée avec le Persil, et donne lieu fréquemment à des méprises funestes. Comment distinguerez-vous le poison de la plante utile? Nous avons sous les yeux le Persil et la Petite Ciguë; comparez d’abord leur fleur : le Persil a des fleurs jaunes ; la Petite Ciguë a des fleurs blanches. — Le Persil porte à la base de son parasol général une collerette formée de quelques petites folioles; la Petite Ciguë n’en a pas du tout. — Le Persil porte à la base de chacun de ses petits parasols secondaires une collerette de plusieurs folioles arrondies et rangées circulairement; la Petite Ciguë porte aussi une collerette à la base de scs petits parasols, mais cette collerette, au lieu d’être circulaire , se compose de trois folioles longues et effilées, qui sont situées à l’extérieur du petit parasol , et dirigent leur pointe en bas. Ces caractères distinctifs sont très-faciles à saisir et à comparer, quand la plante est en fleur ; mais ce n’est pas le Persil monté que l’on va cueillir pour la cuisine; c’est l’herbe encore jeune , et n’ayant que sa tige et ses feuilles : comment donc la distingueronsnous de la Petite Ciguë , quand toutes les deux sont peu développées? Remarquez que, dans le Persil, les feuilles sont d’un vert clair et gai ; dans la Petite Ciguë, d’un vert sombre et triste. — Dans le Persil , les découpures de la feuille sont assez larges ; dans la Petite Ciguë, la feuille est très-finement découpée. — Dans le Persil, les feuilles, froissées entre les doigts, ont une odeur franchement aromatique ; dans la Petite Ciguë, celle odeur est désagréable et suspecte. — Enfin, si vous examinez le bas de la tige dans
la Petite Ciguë , vous le verrez marqué en long de lignes rougeâtres, qui n’existent jamais dans le Persil.
Ceci n'est pas une leçon de médecine, c’est au contraire un document qui vous dispensera d’y avoir recours; et si je suis entré dans quelques détails sur le signalement du Persil et de la Pclilc Ciguë , c'est qu’il ne faut pas, pour l'honneur de la botanique, que votre cuisinière en sache là-dessus plus que vous.
Ne confondez pas avec les Ombellifères ce Viorne et ce Sureau qui les avoisinent. La disposition des Fleurs est la même en apparence; mais le plus léger examen vous fera voir que les pédoncules, quoique partant d'un même point, et divergeant d’abord régulièrement comme les branches d’un parasol, se subdivisent ensuite plusieurs fois avec une grande irrégularité. — D’ailleurs la corolle a ses pétales soudés en une seule pièce ; le fruit est une baie succulente, et les feuilles sont opposées ; malgré ces différences, la famille des Chèvrefeuilles n’est pas éloignée de celle des Ombellifères.
Voici la famille des Rubiacées, famille à laquelle nous devons quelques espèces exotiques bien précieuses dont je vais vous entretenir. Cueillez une branche de Caille-Lait ( Galium), observez d’abord la disposition des feuilles qui forment autour de la tige des groupes circulaires ; la corolle est petite, de quatre pétales soudés en un seul, et formant une petite croix étalée. — Entre chaque division de la croix est une étamine ; les quatre étamines sont, ainsique la corolle, posées sur le haut du calice, qui est ici complètement soudé avec le pistil, comme dans les Ombellifères ; le fruit est aussi composé de deux ovaires soudés.
Vous observerez cette structure de la Heur dans la plupart des Rubiacées européennes, telles que les Caille-Laits, les A spérulcs et les Garances ; c’est une espèce de ce dernier genre, le Rubia Tincloria , dont la racine fournit un principe colorant rouge, que l’on emploie pour la teinture des laines. -— Parlons maintenant des Rubiacées étrangères.
Le Quinquina , que les médecins regardent comme le plus héroïque des Fébrifuges fournis par le règne végétal, est l’écorce d’une Rubiacée américaine. — Les espèces de Quinquina sont nombreuses, ce sont de grands arbres dont les Heurs sont disposées en grappes comme celles du Lilas. Leur port est très-élégant; les feuilles sont opposées par paires, et la hase de leur pétiole est garnie de deux stipules caduques. Le Quinquina vient du Pérou, et la découverte de ses propriétés médicales est enveloppée d’une obscurité qui a donné lieu aux versions les plus contradictoires. On raconte qu’un naturel du pays, s'étant désaltéré, pendant un accès de fièvre, à une fontaine dans laquelle plongeaient des branches d’arbre à Quinquina, fut guéri de sa fièvre, et découvrit ainsi la vertu de ce végétal. Mais comment cette découverte fut-elle communiquée aux Européens? Quelques-uns disent qu’un indigène guérit, avec la poudre de l’écorce du Quinquina, un Espagnol logé chez lui, et que l’homme rendu à la santé publia l’histoire de sa guérison. Si l’on en croit quelques autres, les sanguinaires dominateurs du Pérou, étant moissonnés par une fièvre intermittente d’un caractère pernicieux , les naturels, qui connaissaient les propriétés du Quinquina, voyaient mourir les Espagnols, sans leur indiquer le remède spécifique, et laissaient à la fièvre le soin de les délivrer de leurs oppresseurs: mais un jeune Péruvien, qui aimait la fille du gouverneur, et qui la voyait
m TROISIÈME PARTIE.
dépérir, sacrifia son patriotisme à son amour, et fit prendre secrètement plusieurs doses de Quinquina à sa maîtresse ; on épia ses démarches, et son secret fut découvert. Ceci est plus poétique encore que l’hospitalité généreuse dont je vous parlais tout à l’heure : mais ce qui décolore un peu toutes ces traditions, c’est le témoignage positif de 1 illustre voyageur, M. de Humboldt, qui a longtemps résidé dans la patrie des Quinquinas, et qui assure que les naturels du pays en ignorent complètement les propriétés. Au reste, il est certain qu’en 1658, la femme du comte del Cinchon , vice-roi du Pérou, que tourmentait depuis longtemps une fièvre intermittente rebelle, fut guérie par un corrégidor de Loxa, qui lui fit prendre du Quinquina. A son retour en Espagne, en 1640, la comtesse y rapporta une provision de l’écorce salutaire, et en distribua de la poudre à plusieurs personnes; de là le nom de Pondre de la comtesse, qui lui fut d’abord donné. Vers 1649, les jésuites de Rome, en ayant reçu d’Amérique une grande quantité, le mirent en vogue, et il fut nommé Poudre des Jésuites , car ils la distribuaient toujours en poudre, afin d’en tenir l’origine cachée. Enfin, dans l’année 1776, Louis XIV en acheta le secret d’un Anglais, nommé Talbot, qui avait guéri avec cette poudre le Dauphin, fils du roi; c’est depuis celte époque seulement qu’on a reçu en France du Quinquina en écorces. Vous avez souvent entendu parler delà Quinine : c’est le principe fébrifuge du Quinquina. La préparation de cette substance est une des plus belles découvertes de la chimie moderne, et le service le plus important qu’elle ait rendu à la médecine depuis le commencement du dix-neuvième siècle, puisque sous un petit volume, et sans fatiguer le malade, on peut administrer des doses énormes de Quinquina, et opérer les guérisons les plus difficiles.
Si je ne craignais d’arrêter trop longtemps vos idées sur la médecine, je vous parlerais de YIpccacuanha , racine précieuse que nous donne la famille des Rubiacées. J’aime mieux vous conduire devant cet arbrisseau, à la taille svelte, aux rameaux élégants, ornés d’un feuillage lisse et toujours vert; ses fleurs sont blanches, groupées à l'aisselle des feuilles supérieures, et elles exhalent une odeur suave. Le fruit est une baie rouge, grosse comme une cerise, et contenant, au centre d’une pulpe douceâtre pe abondante, deux semences cartilagineuses ; ces semences ne sont autre chose que le Ca/e.
L’histoire de la découverte des vertus du Café n’est pas moins obscure que celle du Quinquina; selon les uns, des chèvres ayant brouté de jeunes pousses de Caféier, passèrent la nuit à cabrioler, et révélèrent ainsi le Café au berger qui les gardait. Selon quelques autres, le prieur d’un couvent de Maronites, ayant par hasard mangé un grain de Café, et n’ayant pu dormir la nuit suivante, eut l’idée d’en faire prendre à ses religieux, pour leur faciliter les moyens de lutter contre le sommeil pendant les matines.— Les sectateurs de Mahomet revendiquent, pour les vrais croyants , l’honneur de la priorité : ce fut, disent-ils, le mollah Chadelly qui usa le premier de cette boisson afin de prolonger ses prières nocturnes; les derviches arabes l’imitèrent; leur exemple entraîna les gens de la loi ; bientôt ceux même qui n’avaient pas besoin de se tenir éveillés adoptèrent le nouveau breuvage. Il était déjà en crédit à Constantinople en 1550, et Prosper Alpin, célèbre botaniste du seizième siècle, rapporte que les Arabes en vendaient au Caire sous le nom de Caovâ.
Raynal, dans son Histoire philosophique , nous apprend que le Caféier est originaire de la haute Éthiopie, d’où il a été transporté dans l’Arabie heureuse, vers la fin du
quinzième siècle. Si l’Arabie n’est point la première patrie du Caféier, elle est du moins sa patrie adoptive, son séjour de prédilection; nulle part il ne prospère mieux, nulle part sa graine ne possède de qualités plus généreuses que dans la province d’Yemen, aux environs de Moka. C’est de là que le Hollandais Van Horn fit transporter, en 1091), à Batavia, des plants, qui réussirent à merveille; un de ces plants fut adressé, en 1710, à Witsen, consul d’Amsterdam, et déposé par ce magistrat dans le Jardin botanique de cette capitale. Le jeune arbrisseau fleurit, et donna des fruits féconds ; un des individus qui en provinrent, fut offert à Louis XIV; ce prince le fit placer dans les serres du Jardin des Plantes. On en forma des boutures qui réussirent parfaitement, et ce fut alors que le gouvernement français entreprit d’acclimater le Café dans nos possessions des Antilles. En 1720, Antoine de Jussieu, professeur de botanique au Jardin, remit trois pieds de Caféier au capitaine Declieux, qui se chargea de les transporter à la Martinique ; la traversée fut longue et difficile, l’eau manqua, deux des Caféiers moururent, et le troisième fut sauvé par le dévouement du capitaine, qui partagea avec lui sa ration d’eau. Représentez-vous un commandant de navire, tourmenté par la soif, trop humain pour diminuer la ration de ses matelots, dont il est le maître absolu, se refusant à luimême quelques gouttes d’eau pour les donner à l’être débile dont la vie lui a été confiée, et se consolant de ses souffrances par le spectacle des feuilles fraîches et lustrées de son nourrisson. Ce dévouement ne ressemble-t-il pas à l’amour maternel ? — Le jeune plant arriva sain et sauf à la Martinique, et devint la souche de toutes les plantations qui s’établirent dans les Antilles.
La torréfaction développe, dans la graine du Caféier, un principe aromatique, qui excite les fonctions des organes digestifs, et surtout celles du cerveau ; cette influence spéciale du Café sur les facultés intellectuelles est connue de tout le monde, mais on l'a beaucoup exagérée : le bon versificateur Jacques Delille, qui n’était pas un grand poêle, a prodigué au Café des éloges emphatiques, dont il s’applique une bonne part avec un enthousiasme fort peu modeste :
A peine j’ai senti ta vapeur odorante.
Soudain de ton climat la chaleur pénétrante Réveille tous mes sens ; sans trouble, sans chaos,
Mes pensers plus nombreux arrivent à grands flots.
Mou idée était triste, aride, dépouillée :
Elle rit, elle sort richement habillée.
Et je crois, du génie éprouvant le réveil,
Boire dans chaque goutte un rayon du soleil.
Au-dessus des Ruhiacées s’étend l’immense famille des Composées, dont on connaît neuf mille espèces, et qui forme la dixième partie du Règne végétal. Cueillez cette fleur de Chicorée : au premier aspect, vous croyez voir une fleur à pétales nombreux, entourée d’un calice à plusieurs folioles disposées sur deux rangs; observez avec plus d’attention, cherchez au centre les étamines et le pistil, vous ne trouverez que des lames bleues, semblables à celles de la circonférence, mais moins épanouies que ces dernières. Si enfin vous enlevez une de ces lames bleues, en ayant soin de la détacher, par sa base, du réceptacle qui la supporte, vous vous convaincrez que c’est une fleur complète, qui a son
calice, sa corolle, ses étamines et son pistil, et que ce qui vous avait semblé tout à l’heure une fleur unique, est réellement l’assemblage d’une centaine de fleurs distinctes.
Vous voyez en effet une corolle irrégulière, d’une seule pièce, ayant la forme d’une languette roulée à sa base en petit cornet; ce cornet est posé sur le haut du calice, qui est soudé avec l’ovaire, et n’a de libre qu’un petit rebord frangé; sur la corolle sont attachés les cinq filets des étamines ; leurs anthères, qui sont longues et effilées, se soudent ensemble et forment un tube ; ce tube est traversé par le style, qui se sépare en deux stigmates. Sur les fleurs les plus extérieures, vous pouvez voir très-bien les deux stigmates qui dominent le tube formé par les anthères ; dans les fleurs voisines du centre, le style est encore trop court, et ne dépasse pas les étamines : mais quand son tour sera venu, il s’allongera rapidement, montera le long du tube formé par les anthères, et, chemin faisant, il se chargera de leur pollen ; enfin il se dégagera du fourreau qu’il vient de traverser, et paraîtra à la lumière avec le pollen qu’il a enlevé dans son passage; bientôt les deux branches qu’il forme à son sommet s’écarteront pour recevoir sur leur surface intérieure le pollen qui doit féconder l’ovaire. Vous pouvez facilement distinguer, même à l’œil nu, et encore mieux avec une loupe, de petits poils qui hérissent le dehors des branches du style ; ce sont ces poils qui ont brossé, en passant, le fourreau formé par les anthères ; ce sont eux qui ont enlevé le pollen, et c’est pour cela que les botanistes leur ont donné le nom de poils balayeurs. Remarquez maintenant la surface intérieure des branches, vous y verrez de petites saillies humides; ce sont les papilles du stigmate, chargées de happer le pollen. Mais le pollen enlevé par les poils balayeurs du style, est-ce aux stigmates de ce même style qu’il est destiné? Il suffit, pour résoudre cette question, de jeter un coup d’œil sur les fleurs voisines : évidemment le pollen de l’une servira au pistil de l’autre, et il leur sera bien plus facile de se féconder mutuellement, qu’il ne le sera au pollen de se transporter des poils balayeurs aux papilles stigmatiques d’un même style. Cette disposition merveilleuse explique l’intention qu’avait la nature en groupant ensemble un nombre aussi considérable de fleurs.
Toutes les graines de ces fleurs, une fois fécondées et mûries, que vont-elles devenir? Les unes tomberont à terre et germeront; les autres seront la pâture des Insectes et des Oiseaux. Les Oiseaux surtout en avaleront une grande quantité, dont une partie sera digérée par eux, et le reste rejeté avec leur fiente, qui deviendra pour les graines un fumier précieux : c’est ce qui arrive à beaucoup d’espèces de la famille des Composées. Mais si par leur petitesse, par leur nombre, par leur consistance, par leur saveur ou par toute autre cause, ces graines échappent aux animaux, tomberont-elles toutes sur le sol, où l’entassement et le manque d’espace les feraient bientôt périr? Voici une Fleur de Pissenlit , qui va répondre à cette question : voyez-vous, sur le sommet du pédoncule, celte sphère transparente, dont la surface est formée par des fils de soie disposés en soleils avec une admirable symétrie ? Chacun de ces pet its soleils est soutenu par un long eol, et ce col repose à son tour sur un ovaire renfermant une graine : le réceptacle qui
porte tous ces ovaires dans les petites fossettes dont il est creusé est bombé pour leur permettre de s’espacer et de mûrir. Il faut maintenant qu’ils abandonnent la plante-mère, et qu’ils se dispersent pour aller au loin chercher une nouvelle patrie. Les voiles sont tendues, ils sont prêts à partir, et c’est l’atmosphère qui sera leur océan : le moindre vent va les lancer ; Y aigrette rayonnante qui leur sert de parachute les soustraira presque complètement aux lois de la pesanteur, et ils ne toucheront terre qu’après avoir vogué longtemps, et franchi des distances considérables. Il vous est arrivé bien des fois à vous-même d’être, à votre insu, l’instrument de la Providence, lorsque, cueillant par badinage une tige de Pissenlit, vous vous êtes évertuée à chasser d un seul souffle tous les ovaires dont son réceptacle était chargé.
Cueillez maintenant ce Bluel : ce que vous aviez pris tout à 1 heure pour un calice
dans la Chicorée n’en est pas un non plus dans le Bluel. Qu’est-ce donc que ces petites feuilles qui sont imbriquées les unes sur les autres comme les tuiles d’un toit, et qui accompagnent les fleurs ? On a donné à ces feuilles le nom de bractées, quels que soient d’ailleurs leur forme, leur nombre et leur couleur ; rappelez-vous les collerettes qui entourent la base des parasols dans les Ombellifères ; ce sont aussi des bractées ; vous en verrez encore dans nos autres familles, et vous les reconnaîtrez sans peine, malgré leur diversité, en ce qu elles accompagnent les fleurs sans en faire partie, et sont différentes des feuilles ordinaires.
Écartez les bractées coriaces qui protègent les fleurs du Bluet; vous verrez, comme dans la Chicorée, un grand nombre de fleurs posées sur le réceptacle, et séparées, les unes des autres, par des soies courtes qui tiennent solidement à ce réceptacle. Celui du Pissenlit ne portait pas celte bourre soyeuse, mais ce n’est là qu’une différence peu importante; observez la forme régulière des fleurs, et rappelez-vous celle de là Chicorée. Dans cette dernière, la corolle, loin d‘ 'être symétrique, était déjetée en languette et ne formait qu’à sa base un cornet très-court; dans le Bluet, la corolle est régulière, et se compose de cinq pétales soudés dans leurs deux tiers inférieurs. Sur cette corolle sont attachés les cinq filets des étamines, qui portent leurs anthères soudées en tube. Ici, vous pouvez voir le style qui vient de traverser ce
tube, et dont les deux branches sont à peine écartées l’une de l’autre ; les poils balayeurs, au lieu d’être dispersés sur la face externe de ces branches, sont ramassés en petit bouquet, et forment un petit anneau au-dessous d’elles. Vous pouvez voir que chaque fleur est pourvue d’un ovaire, et que cet ovaire porte à son sommet une couronne de poils; ici Y aigrette est beaucoup plus courte que dans le Pissenlit, mais dans tous les deux, ce n’est autre chose que la partie libre du calice, laquelle forme, dans la Chicorée, une espèce de rebord frangé.
Quant aux fleurs les plus extérieures du Bluet, dont la couleur azurée et la forme élégante charment vos yeux, ces fleurs sont stériles; regardez à leur base, vous n’y verrez pas d’ovaire ; examinez leur cornet, vous y chercherez en vain des étamines et un style ; c'est le luxe qui les ruine : tout le suc quelles ont reçu de la tige a été dépensé
pour leur parure; elles sont brillantes au dehors, mais dans leur intérieur on ne trouve que misère et stérilité.
Si vous coupez verticalement le réceptacle du Bluet, vous verrez qu'il est épais et charnu, et que les bractées qui s'y attachent y sont fixées par une base également charnue ; rappelez-vous maintenant Y Artichaut : qu’est-ce que le légume qui porte ce nom ? C’est tout simplement le boulon d’un énorme Bluet. Que mangez-vous dans l’Artichaut? D’abord les bractées, que vous détachez pièce à pièce du réceptacle, et ensuite ce réceptacle lui-même, sur lequel vous pouvez voir les fleurs à peine formées, et le foin qui les sépare.
Voici une troisième Composée, qui va nous offrir la combinaison des formes que nous avons vues séparées dans le Bluet et dans la Chicorée : c’est une Camomille ( Anthémis ); à la circonférence rayonnent les fleurs analogues à celles delà Chicorée; au centre, sont les fleurs qui vous rappellent en petit celles du Bluet. Les fleurs de la circonférence diffèrent un peu cependant de celles de la Chicorée : examinez le petit cornet que forment les languettes à leur base : il n’y a là qu’un style court, qui est posé sur un ovaire; les étamines manquent, et ces fleurs en languette auront besoin, pour porter graine, de recevoir le pollen des fleurs régulières du centre. Ces dernières sont posées sur un ovaire sans aigrette.
La famille des Composées est divisée en trois tribus , d’après la forme des fleurs : la première renferme les Plantes dont toutes les fleurs sont irrégulières et en languette : on la nomme la tribu des demi-Fleuronnées , la Chicorée en est le type ; la seconde renferme les Plantes dont les fleurs sont régulières, et en tube à cinq divisions; le Bluet appartient à cette tribu, que l’on nomme la tribu des Fleuronnées ; enfin la troisième tribu comprend les Plantes, qui, dans une même tête de fleurs, présentent des fleurons au centre et des demi-fleurons à la circonférence : c’est la tribu des Radiées. La plupart des demi-Flosculeuses ont des fleurs jaunes, vous en voyez peu qui portent des fleurs bleues ; beaucoup d’entre elles ont un suc laiteux amer : voici les Laitues , dont une espèce est narcotique ( Lacculla virosa ), les Scorzonères, les Salsifis, les Crépides, les Laitrons, les Épervières , etc. Parmi les Flosculeuses, remarquez les Chardons, les Carlines, les Bardanes, les Centaurées ( le Bluet est une espèce de Centaurée). Les Radiées se distinguent des deux autres tribus, non-seulement par leurs caractères botaniques, mais encore par leurs propriétés physiques, telles que la saveur, et surtout l'arome pénétrant que possèdent la plupart de leurs espèces : c’est ce que vous pouvez vérifier sur les Absinthes ou Armoises, les Camomilles , les Malricaires, les Chrysanthèmes , les Tanaisies , les Soucis , les Aunées, les Hélianthes ou Soleils, les Asters, etc.
Les fleurs d’un grand nombre d’espèces de celte famille (et surtout les demi-Flosculeuses ) offrent les phénomènes de veille et sommeil que je vous ai signalés dans les feuilles de quelques Légumineuses : ainsi le Pissenlit s’éveille, c’est-à-dire ouvre ses fleurs à six heures du matin, et s’endort, c’est-à-dire ferme ses fleurs à neuf heures du matin ; la Crépide des toits s'éveille à cinq heures du matin, et s’endort à midi; la Laitue cultivée
s’éveille à sept heures du matin, et s’endort à dix heures; VF 'perrière piloselle s’éveille à huit heures du matin, et s’endort à deux heures de l’après-midi; le Souci des champs s’éveille à neuf heures du matin, et s’endort à trois heures de l’après-midi. C’est sur celte régularité des Heurs à s’épanouir et à se fermer que Linné a fondé son horloge de Flore.
Chez quelques autres Plantes de la famille des Composées, la veille et le sommeil, au lieu de se régler sur le soleil, dépendent des vicissitudes atmosphériques, et les annoncent même plusieurs heures d'avance, de sorte qu’on pourrait établir sur les habitudes de ces végétaux un baromètre de Flore. Ainsi le Souci pluvial , fermé le matin, annonce un jour pluvieux; le Laitron de Sibérie , fermé la nuit, présage une journée sereine; et si ses fleurs sont ouvertes, il pleuvra le lendemain.
Ne confondez pas avec la famille des Composées ce groupe peu nombreux qui l'avoisine, et qui se compose des Scabieuses et des Cardèrcs, c’est la famille des Dipsacées ; les fleurs sont réunies en tête, et entourées par des bractées ; mais les étamines ont leurs anthères libres. Voici le Chardon 11 foulon { Dipsacus fullonum), qui n’est pas un vrai Chardon ; les bractées qui séparent ses fleurs sont longues et recourbées en crochet ; les bonnetiers et les fabricants d’étoffes de laine ont tiré parti de celte structure des têtes de fleurs pour peigner leurs tissus et en tirer les poils.
Les dernières familles que vous venez de passer en revue vous ont offert une corolle dont les pétales sont soudés ensemble; quand la corolle semble ainsi formée d’un pétale unique, on la dit monopclale. Vous avez vu que, dans toutes les Plantes à corolle monopétale, les étamines étaient insérées sur la corolle même, de sorte qu’en enlevant la corolle, on enlève aussi les étamines. Cette union des étamines et de la corole monopélale est une règle générale presque sans exception en botanique. Voici pourtant une petite famille où nous verrons la corolle être d’une seule pièce, sans que les étamines soient soudées avec elle; ce sont les Campanules : la corolle est en forme de cloche
plus ou moins évasée, de là le nom de Campanule , qui en latin veut dire Clochette. Les étamines sont au nombre de cinq ; leurs filets sont élargis à la base, et naissent sur le calice, qui est soudé, par sa moitié inférieure, avec l’ovaire ; si vous coupez celui-ci en travers, il vous présentera trois ou cinq loges qui renferment des graines nombreuses. 11 y a autant de stigmates que de loges. Les Campanules sont, pour la plupart, des Plantes d'ornement; leurs corolles bleues, disposées ordinairement en longs épis à l’extrémité des tiges, sont d’un très-bel effet dans les jardins.
Il ne faut pas quitter ces plates-bandes sans jeter un coup d’œil sur celles où sont rangées les Éricinécs, famille élégante, dont beaucoup d’espèces seraient avidement recherchées par les amateurs, si elle n’abondaient dans nos bois. La corolle est monopétale, insérée sur le fond du calice, et persiste ordinairement, après la Heuraison ; les anthères sont fourchues à leur base ; l’ovaire présente plusieurs loges remplies de graines très-menues.
Voici Y Arbousier ou liusserole, les Âzaléas, le Uhododendrum qui croit sur le sommet
îles Alpes, à la limite des neiges éternelles ; voici la série des espèces du genre Bruyère ( Erica ), qui a donné son nom à la famille.
Vous allez maintenant connaître un groupe de familles qui ont entre elles des liens de parenté, et se reconnaissent cependant à des caractères faciles à distinguer. On a donné à ces familles le nom de Corolliflores : leur corolle est toujours monopétale, et s’insère, non pas sur le calice, comme dans les familles que vous venez de quitter, mais bien sur le réceptacle. Quant aux étamines, comme elles sont soudées avec la corolle, leur insertion est nécessairement la même, c’est-à-dire que, comme la corolle, elles naissent sur le réceptacle.
La première famille que nous rencontrons est celle des Jasminées , qui se compose d’arbres ou d’arbrisseaux à feuilles opposées. La corolle est régulière, et ne renferme que deux étamines ; le pistil se compose d’un style, de deux stigmates et d’un ovaire à deux loges. Voici le Jasmin commun ( Jasminum officinale ), qui nous est venu de la côte de Malabar, et qui s’est facilement naturalisé en France; le Jasmin cytise ( Jasminum frulicans) ; le Jasmin modeste ( Jasminum Immile ) , etc. Voici le Troëne ( Liguslrum vulgarc), dont on fait des palissades ; le Lilas ( Syringa vulgaris ), originaire d’Orient, ainsi (pie son frère le Lilas de Perse , qui ne s’élève guère au delà d’un mètre de hauteur. Cet arbre, au feuillage blanchâtre et monotone, est Y Olivier ( Olea europœa), l’un des végétaux les plus précieux que nous ait donnés l’Asie, et qui fut apporté en France par les Phocéens, fondateurs de Marseille. L’huile que fournit son fruit vous est connue ; ce n’est pas de la graine que provient cet huile, comme cela a lieu pour toutes les autres plantes : elle est exprimée du tissu même de l’ovaire ; exception unique dans tout le Règne végétal. Le Frêne appartient aussi aux Jasminées ; vous en avez devant vous deux espèces : l’une est le Frêne élevé ( Fraxinus excelsior ), qui se trouve abondamment répandu dans nos forêts , et sert pour les constructions ; l’autre est le Frêne à fleurs (Fraxinus ornus ), de l’écorce duquel exsude une matière sucrée solide, connue en médecine sous le nom de Manne.
La famille des Apocynées a les feuilles opposées, comme la précédente ; la corolle est divisée en cinq lobes ; les étamines sont au nombre de cinq, et le pistil se compose de deux ovaires, ordinairement libres, et s’ouvrant par leur bord intérieur, comme ceux que vous avez observés dans YAncolie ; les graines sont ordinairement chargées d’un duvet cotonneux. Les Pervenches font seules exception à ce dernier caractère. Voici la petite Pervenche ( Yinca minor ), dont on couronnait jadis la tête des jeunes fdles mortes avant l’hyménée ; la grande Pervenche (Yinca major) n'a pas une tige rampante comme sa sœur, elle n’en diffère du reste que par ses proportions ; la Pervenche rose ( Yinca rosca ) , originaire de Madagascar, dont la corolle est quelquefois blanche, est une plante d’ornement, très-commune chez les fleuristes. Voici les Asclepias, dont la fleur présente une structure qui sera toute nouvelle pour vous : les divisions de la corolle sont repliées et légèrement obliques, les cinq étamines sont réunies par leur filet en un tube anguleux, qui se pose sur la base de la corolle ; ce tube porte à son sommet une couronne de cinq écailles, au milieu desquelles sont les cinq anthères, qui sont ellesmêmes terminées par une membrane ; les loges de ces anthères contiennent un pollen, qui, au lieu d’être poudreux, comme vous l’avez vu dans toutes les autres familles, est aggloméré en masses compactes; ces masses pendent, par leur sommet aminci, aux
loges de leur anthère ; le stigmate forme un petit bouclier à cinq lobes arrondis. L'espèce la plus commune de ce genre si curieux est le Dompte-venin {Asclcpias vinceloxicum ), dont les tiges sont grêles et très -flexibles ; son titre pompeux de Dompte-venin n’a pas été confirmé par l’expérience. L ’Asclépiade de Syrie [ Asclcpias syriaca ), qui vous montre ses fleurs penchées, a reçu le nom d 'Apocyn à la ouate, à cause de la finesse, du moelleux et de l’éclat de ce colon qui recouvre ses graines. C’est aussi aux Apocynées qu’appartient le Laurier rose (Nerium oleandcr ), arbrisseau toujours vert, dont les feuilles sont opposées trois par trois, et qui fait le plus bel ornement de nos jardins pendant l’automne. Enfin les Apocynées exotiques renferment le genre Slrychnos, dont deux espèces fournissent les graines connues sous le nom de Fève Saint- Ignace et de IAoix vomique. La chimie a extrait de ces graines la Strychnine , l’un des plus redoutables poisons du Règne végétal.
La famille des Gentianées , qui se compose presque exclusivement du genre qui lui a
donné son nom, présente toujours une lige herbacée et lisse; les feuilles sont ordinairement opposées. La corolle est à cinq divisions, quelquefois à quatre, quelquefois à huit ; mais, dans tous les cas, il y a autant d’étamines que de divisions à la corolle; l’ovaire offre une ou deux loges qui renferment des graines nombreuses. Les principales Gentianées sont d abord la Gentiane jaune { Genliana lulca ), qui croît dans les Alpes, et dont un roi d’Jllyrie, nommé Genlius, découvrit jadis les propriétés; la Gentiane flcurdes-venls ( Genliana pneumonanlhc ), dont les corolles ressemblent à de grandes cloches d’un beau bleu; la petite Centaurée ( Genliana Cenlaurium), dont le centaure Cbiron, précepteur d’Esculape, se servait pour guérir les fièvres intermittentes (notez que ceci n’est pas de la médecine, c’est tout simplement une tradition mythologique) ; enfin le Mcnyanlhe ou Trèfle d’eau ( Menyanlhes trifoliala), plante de marécage, dont les fleurs forment un épi court au sommet de leur pédoncule, et dont les corolles blanches, un peu rosées, sont couvertes, à leur face externe, de longs poils glanduleux.
Dans la famille des Convolvulus , vous trouvez une tige qui, le plus fréquemment, est grimpante et s'enroule autour des corps voisins. Les feuilles sont alternes, la corolle est en cloche ; il y a cinq étamines, et le fruit est un ovaire à deux loges. Voici le Liseron des haies ( Convolvulus sepium), dont la corolle grande et blanche se détache du vert gai des feuilles. Le Liseron des champs est plus faible et plus petit ; ses corolles, d’un blanc rosé, exhalent une odeur délicieuse d’amande amère. Le Liseron tricolore ( Convolvulus tricolor ), originaire de Barbarie, n’est pas grimpant; ses corolles sont bleues dans leur milieu, blanches sur le bord, et jaunes dans le fond.
N ous pouvez ranger dans cette famille la Polémoine ou Valériane grecque I Polrmo-
itium cœruleum ) et le Coboea scandens , arbrisseau du Mexique, (jui giimpe a\ec une si prodigieuse rapidité, et forme, dans beaucoup de quartiers de Paiis, des guii landes des arcades, des ponts suspendus d’une admirable élégance.
Voici la famille des Boraginées , qui nous présente une tige herbacée, des feuilles
alternes, hérissées de poils rudes au toucher, et des fleurs disposées en épis ou en grappes, qui, avant l’épanouissement, sont roulées en queue de scorpion ; la corolle, ainsi que le calice, est à cinq divisions, et porte souvent des écailles variées ; il y a cinq étamines, et le pistil se compose de quatre ovaires à une graine, du milieu desquels s’élève un style. Voici d’abord le genre Héliotrope , dont une espèce, Y Héliotrope du Pérou ( Ilcliolropium peruvianum ) , est cultivée partout comme Plante d’ornement. Les Vipérines, les Grémils , les Pulmonaires , les Orcanelles , les Lycopsis , les Buglosses, les Bourraches , les C.ynoglosscs , sont les principaux genres de cette famille; ne passez pas outre, sans donner un regard au Myosotis , dont la plus jolie espèce vous est connue sous ce nom populaire : Ne m’oubliez pas.
La nombreuse famille des Labiées fait suite à la précédente ; le pistil offre la même structure dans les deux familles et ce rapport établit entre elles une affinité qu augmente encore la forme irrégulière de la corolle chez les Lycopsis et les Vipérines. Les Labiées ont en effet une corolle irrégulière, figurant deux lèvres : la lèvre supérieure porte le nom de casque , et présente ordinairement deux divisions ; la lèvre inférieure en présente trois. Il y a quatre étamines, dont deux plus courtes que les autres; en outre, la tige est carrée, les feuilles sont opposées, et presque toutes les plantes de cette famille ont une odeur pénétrante. Cette réunion de caractères constitue l’un des groupes les mieux circonscrits que la nature nous présente dans les végétaux. Les Labiées se ressemblent tellement, que leurs genres sont peu tranchés, et par conséquent difticiles à distinguer les uns des autres : ce sont les Romarins , les Sauges , les Bugles, les Germandrécs, les Hyssopes , les Marrubes, les Lavandes , les Thyms, les Sarriettes, les Menthes, les Mélisses, les Origans, les Basilics, les Brunelles, etc.
Il y a deux genres qui, par exception à la règle générale, n’ont que deux étamines, au lieu d’en avoir quatre ; ce sont les genres Romarin et Sauge. Ouvrez la corolle de cette Sauge, vous verrez distinctement, à côté des grandes étamines, deux petits filets renflés à leur extrémité : ce sont les deux autres étamines, qui ne se sont pas développées. Remarquez en même temps, sur la fleur comme sur les feuilles, ces petits globules d’un jaune doré transparent : ce sont de petites outres, pleines d'une huile volatile odorante, que vous brisez par la moindre pression, et qui imprègnent vos doigts du liquide qu'elles contenaient.
Vous connaissez le Basilic (Ocymum Basilicum) : c’est une petite
Analyse de la Sauge.
plante annuelle, native des Indes orientales et de la Chine, qui réussit parfaitement dans nos jardins, et à laquelle les médecins d’autrefois attribuaient de merveilleuses propriétés : de là son nom de Basilic, qui signifie royal.
Voici une Brunelle ( Brunella vulgaris ); tâchez de découvrir dans sa fleur une espèce d'anomalie , dont l’observation causa jadis à Jean-Jacques Rousseau les émotions flatteuses d’une véritable découverte : chaque filet d’étamine est fourchu; l'une des dents de la petite fourche est nue, l’autre porte une anthère. Jean-Jacques était si content d’avoir bien vu ce petit détail de structure, qu’il s’en allait, demandant à tous ses amis : « Avez- vous vu les cornes de la Brunelle ? » Ce fut par cette question bizarre qu’il aborda, pendant plusieurs jours, toutes les personnes de sa connaissance ; « à peu près, raconte-t-il lui-même dans ses Lettres , comme La Fontaine, qui disait à tout venant : <1 Avez-vous lu Baruch? c’était un beau génie que Baruch ! »
Vous avez vu que la nombreuse famille des Labiées tient à celle des Borraginées par la structure de son pistil ; vous allez voir maintenant sa parenté avec une autre famille, fondée sur une ressemblance frappante dans la corolle, et surtout dans les étamines : cette famille est celle des Personées. Vous pouvez prendre pour type le Muflier ( A nlliirrhinum ma jus ), que l’on appelle vulgairement Gueule de lion; la corolle est trèsirrégulière, et partagée en deux lèvres bien distinctes, qui figurent une gueule béante quand on presse ses côtés entre deux doigts ; cette gueule est même pourvue d’une langue hérissée de poils, et un peu fourchue à son sommet. La forme de la corolle imite assez bien celle des masques de théâtre dont se servaient les anciens ; de là le nom de Personées , car le mot latin persona signifie masque , « nom très-convenable assurément à la plupart des gens qui portent parmi nous le nom de personnes, » disait avec amertume le pauvre Rousseau, dans ses Lettres sur la Botanique. Ouvrez maintenant la corolle : elle renferme quatre belles étamines, dont deux plus courtes que les autres ; les anthères forment un bissac volumineux, rempli de pollen ; le pistil se compose d’un long style, terminé par un stigmate, et posé sur un ovaire simple ; ouvrez-le transversalement, vous y verrez deux loges, séparées l’une de l’autre par une cloison, et, sur chaque côté de cette cloison, une espèce de bouclier ou d’écusson arrondi, qui porte des graines nombreuses. Cette différence notable dans le pistil est le caractère qui sépare les Personées des Labiées; en outre, les Labiées ont toujours les feuilles opposées, tandis que les feuilles des Personées sont ordinairement alternes.
Auprès des Mufliers, vous voyez les Binaires , qui ne diffèrent de leurs voisins que par la base de leur corolle; celle-ci, au lieu de s’arrondir en sac, comme dans les Mufliers, se prolonge en un long cornet, creux et pointu. Voici les Digitales, dont l’espèce la plus commune est la Digitale pourprée { Digitalis purpurea); la corolle ne figure pas mal un dé à coudre, de là son nom de Digitalis. Vous pouvez vérifier la justesse de cette comparaison; toutefois avant de loger votre doigt dans la corolle, failes-en sortir ce gros Bourdon qui y fait son repas, et punirait votre imprudence par une cruelle
piqûre. La Digitale est une plante vénéneuse; mais la poudre de ses feuilles, administrée à petites doses, est un précieux médicament, et, dussiez-vous me reprocher de manquer à ma parole en vous parlant de médecine, je ne puis me dispenser de vous apprendre que la Digitale est eflicace pour calmer les palpitations de cœur.
Je n’ai rien à vous dire des Rhinanlhes , des Pédiculaires, des Scrofulaires , des Mêlampyrcs, des Euphraises , des Grassellcs , des Ulriculaires , qui constituent les principaux genres de cette famille. Voici une espèce intéressante, la Graliole ( Graliola officinalis), qui, comme la Sauge dans les Labiées, se distingue du reste de la famille par le nombre de ses étamines; il y en a deux qui sont réduites à l’état de fdets stériles. La Véronique , dont les espèces sont nombreuses, offre la même exception, elle n’a jamais que deux étamines, et sa corolle est peu irrégulière ; mais ces variations de nombre et de forme sont compensées par la structure du pistil et de la graine, qui légitime poulies Véroniques le litre de Personées.
Les Orobanches pourraient aussi réclamer contre l’exclusion qui les a repoussées de celte famille. Ce sont des plantes d’un aspect triste, dont la tige semble flétrie et desséchée ; elles ont, au lieu de feuilles, des écailles jaunâtres ou violettes, et leurs fleurs sont de la même couleur. Les Orobanches croissent sur des végétaux vivants, et se nourrissent de leurs sucs. Le fruit, il est vrai, est à une seule loge, et la position de la graine, ainsi que sa structure, diffère un peu de ce qu’on trouve dans les Personées; mais il y a beaucoup de plantes, les Gentianées, par exemple, dont le fruit est tantôt à une, tantôt à deux loges, sans que l’unité de la famille en soit détruite. Quant à l’absence des feuilles, vous concevrez sans peine que les Orobanches n’avaient pas besoin de ces organes. Quelles sont, en effet, les fonctions des feuilles? Elles absorbent, respirent, transpirent, pour modifier la sève qui a monté dans leur tissu, et cette sève devient propre à nourrir la plante. Or, la parasite Orobanche a enfoncé ses racines dans celles d’un autre végétal : elle pompe, par ses suçoirs, la sève tout élaborée de ce même végétal; dès lors les feuilles vertes lui deviennent inutiles, et voilà pourquoi la nature, qui ne fait rien en vain, ne lui en a pas donné.
Si les Personées tiennent aux Labiées par leur corolle et leurs élamines, la structure de leur fruit les rapproche de la famille des Solanées , dont l’histoire n’est pas sans intérêt. Dans les Solanées, en effet, l’ovaire est à deux loges, séparées par une cloison portant sur chacun de ses côtés un écusson arrondi chargé de graines ; mais la corolle est régulière dans la plupart des genres, et il y a cinq étamines, qui alternent avec les cinq divisions de la corolle.
La plupart des Solanées ont un aspect sombre et une odeur désagréable; leur fruit est presque toujours vénéneux et narcotique : ce fruit est tantôt succulent, et il forme alors une baie; tantôt sec, et il porte alors le nom de capsule.
La Belladone ( Alropa Bclladona ), dont la physionomie est suspecte, malgré l’élégance de son port, produit des fruits nombreux qui, à leur maturité, ressemblent à des cerises noires; les enfants s’y trompent quelquefois; et les vieux employés du Jardin des Plantes vous raconteront, que, pendant la révolution, de petits orphelins, qu’on élevait à l’hospice de la Pitié, et que l’administration employait à sarcler les mauvaises herbes, remarquèrent dans le carré des Plantes médicinales les fruits de la Belladone, leur trouvèrent une saveur douceâtre, et en mangèrent une assez grande quantité;
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quatorze de ces petits malheureux moururent quelques heures après. Le nom générique de la plante (Atropa) est donc justifié par celte lamentable catastrophe, car Alropa vient d 'Alropos, la Parque au fatal ciseau. Le nom spécifique offre des images plus l iantes : il signifie belle dame , et fait allusion à la grande renommée dont jouit celte plante en Italie, où l’on emploie l’eau distillée de Belladone comme un cosmétique précieux pour entretenir la fraîcheur de la peau.
La Mandragore , qui est une espèce du même genre, croît dans les lieux sombres, comme l’indique l’étymologie de son nom ( ornement des cavernes). Cette plante, connue et célébrée depuis un temps immémorial, était employée par les magiciens et les sorciers pour donner des hallucinations bizarres et troubler la raison. Les feuilles sortent du collet de la racine, et forment un large faisceau ; entre ces feuilles naissent plusieurs pédoncules, portant chacun une fleur, dont la corolle est velue en dehors, et d’une couleur blanchâtre teintée de violet.
Voici les nombreuses espèces du genre Morelle ( Solanum ) : il y en a quelques-unes qui n'ont pas l’extérieur repoussant des autres membres de leur famille; leurs feuilles sont d'un vert gai, et leurs fleurs exhalent un parfum très-agréable. Cet arbrisseau sarmenteux, dont la tige est grêle, ligneuse à sa base, et herbacée dans le reste de son étendue, est la Douce-Amère ( Solanum dulcamara ) ; ses fleurs sont violettes et disposées en grappes pendantes ; le fruit est une baie rouge. Celte Morelle, dont l’ovaire prend un développement énorme, est la Mélongène ; son nom vulgaire d 'Aubergine lui a été donné à cause de la ressemblance de son fruit avec un ouf; ce fruit est tantôt d’un blanc de lait, et alors on le prendrait pour un œuf cuit, dépouillé de sa coque; tantôt il est de couleur violette ; lorsqu’il est parvenu à sa maturité, il sert de nourriture à l’homme dans les provinces méridionales de la France. La Tomate ou Pomme d’amour ( Solanum lycopersicon ) est originaire du Brésil ; on la cultive partout à cause de ses baies rouges, aplaties, partagées en côtes arrondies et irrégulières, que l’on emploie dans les sauces et dans les ragoûts. La Morelle noire { Solanum nigrum ) est une petite plante qui croit abondamment le long des murs des villages et dans les lieux cultivés; elle vaut mieux que sa réputation, car on l’emploie impunément, à la manière des épinards, dans les Antilles, aux îles de France et de Bourbon, et tous les consommateurs lui trouvent un goût délicieux.
Mais de toutes les espèces du genre Solanum, la plus utile, sans comparaison, c’est la Morelle tubéreuse (Solanum tuberosum ), connue du monde entier sous le nom de Pomme de terre. Ce tubercule, qui nous fournit une fécule si abondante, n’appartient pas à la racine, comme on l’a cru longtemps ; c’est une dépendance de la tige, une sorte de loupe (pii se développe sur la partie de la tige qui est en terre, véritable magasin de nourriture d’où naîtront autant d’individus nouveaux qu’il y a de petits yeux à sa surface; l'humidité et l’obscurité favorisent la formation de ces excroissances : voilà pourquoi les cultivateurs ont soin d’entourer la tige de terre, c’est-à-dire de la butter aussi haut que possible, afin de provoquer le développement d’un plus grand nombre de tubercules.
La Pomme de terre est aujourd’hui cultivée dans tous les cantons de la France ; nonseulement elle nous donne à peu de frais un aliment agréable et sain, mais nous avons trouvé moyen de changer sa fécule en sucre et en alcool. C’est aux savants travaux et
au zèle infatigable du chimiste Parmentier que nous devons l’extension de sa culture et de son emploi. Les grands propriétaires avaient, il est vrai, suivi l’impulsion donnée par le bon Louis XVI ; ils avaient permis à la Pomme de terre de végéter dans quelques coins de leurs domaines ; mais les paysans ne la cultivaient qu’avec répugnance ; ils refusaient d’en manger, et l’abandonnaient à leurs bestiaux ; il y en avait même qui ne la jugeaient pas digne de servir d’aliment à ces derniers. Ce fut Parmentier qui, le premier, fit du pain de Pomme de terre. Il avait entrepris de vulgariser en France l’usage de ce précieux tubercule ; il comprenait que si la Pomme de terre pouvait suppléer le Froment, toute famine devenait à jamais impossible. Aussi cet homme généreux consacra-t-il sa fortune, son talent, sa vie entière à cette œuvre immense de charité : ce n’était pas assez pour lui d’encourager la culture de la Pomme de terre par des écrits, des discours, des récompenses, en un mot par tous les moyens d’influence que lui donnait sa haute position : il acheta ou prit à ferme une grande quantité de terres en friche, à plusieurs lieues de rayon autour de Paris, il y fit planter des Pommes de terre. La première année, il les vendit à bas prix aux paysans des environs ; peu de gens en achetèrent ; la seconde année, il les distribua pour rien, personne n’en voulut. A la fin, son zèle devint du génie : il supprima les distributions gratuites, et fit publier à son de trompe dans tous les villages une défense expresse, qui menaçait de toute la rigueur des lois quiconque se permettrait de toucher aux Pommes de terre dont ses champs regorgeaient. Les gardes champêtres eurent ordre d’exercer pendant le jour une surveillance active, et de rester chez eux pendant la nuit. Dès lors, chaque carré de Pommes de terre devint, pour les paysans, un jardin des Ilespérides, dont le dragon était endormi; la maraude nocturne s’organisa régulièrement, et le bon Parmentier reçut de tous côtés des rapports sur la dévastation de ses champs, qui le faisaient pleurer de joie. A dater de cette époque, il n’eut plus besoin de stimuler le zèle des cultivateurs : la Pomme de terre avait acquis la saveur du fruit défendu, et sa culture s’étendit rapidement sur tous les points de la France.
Parmi les Solanées qui ont pour fruit une haie, nous ne devons pas oublier celte herbe annuelle, originaire de l’Amérique méridionale, dont l’ovaire, oblong et d’un rouge vif, possède une saveur poivrée, qui le fait rechercher comme assaisonnement : c’est le Piment (Capsicum annuum).
Passons maintenant en revue les Solanées dont l’ovaire est une capsule : voici la Jusquiame (IJyoscyamus niger ) , dont la lige est recouverte d’un coton visqueux, et exhale une odeur repoussante; ses corolles sont d’un jaune pâle, veiné de pourpre ; sa capsule s’ouvre par le soulèvement d’une petite calotte qui forme son tiers supérieur : r est ce que vous pouvez vérifier vous-même en enlevant ce couvercle, dont le bord est
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saillant. Voici la Pomme épineuse (Dalura Stramonium ), dont la capsule, hérissée de piquants, offre quatre loges au lieu de deux. Ses semences sont très-narcotiques; et vou^ pourrez lire à ce sujet, dans les Causes célèbres , le procès d’une compagnie de voleurs, connus sous le nom A'endormeurs ; ils mêlaient du tabac à de la poudre de Daiura ; puis, dans les lieux publics, dans les diligences, ils se plaçaient à côté de gens auxquels ils offraient fréquemment du tabac, et dès qu’ils les voyaient endormis ou délirants, ils les dépouillaient sans obstacle.
Au genre Datura appartiennent le Dalura ferox, ainsi nommé, à cause des épines qui arment son fruit, et le Dalura fasluosa , dont la corolle double et triple quelquefois ; la forme et la magnilicence de cette corolle lui ont fait donner le surnom de Trompelle du jugement dernier.
J’ai quelques détails historiques à vous donner sur celte plante dont vous admirez les larges feuilles et les fleurs roses, disposées en épi rameux au sommet des branches : cette plante est le Tabac ( Nicoliana Tabacum).
Les Espagnols la découvrirent, pour la première fois, à l'ile de Tabago, dans les mers du Mexique, et le Tabac fut apporté en Europe en 1360. Jean Nicot , ambassadeur de
France en Portugal, en reçut d’un Flamand qui arrivait de la Floride. Ce fut lui qui introduisit le Tabac en France, et offrit la première prise de sa poudre à Catherine de Médicis ; la reine y prit goût, toute la cour s’empressa de l’imiter, et la plante que l’on avait d’abord appelée Nicoliane , du nom de Nicol , fut nommée Herbe à la reine. Bientôt l’engouement pour le Tabac devint si général, que les rois s’en alarmèrent. Jacques Ier, roi d’Angleterre, publia, contre l’usage de cette plante, un pamphlet intitulé YÀnli-Tabac ; le pape Lhbain VIII, en 1C24, fulmina contre le Tabac une bulle spéciale, et, dans toutes les églises de la chrétienté, les bedeaux furent autorisés à s’emparer des tabatières qu’ils surprendraient entre les mains des fidèles, confiscation très-productive, attendu que les boites étaient pour la plupart d’or ou d’argent. Le sultan Amurat IV, le shah de Perse et le grand-duc de Moscovie jugèrent que le meilleur moyen d’empêcher les priseurs de faire usage du Tabac, était de leur couper le nez; et ils publièrent des firmans et des ukases en conséquence. Mais la Nicotiane a triomphé de toutes ces persécutions : elle est plus que jamais en faveur ; on s’en met dans le nez, on en hume la fumée, on en mâche les feuilles, et le Tabac est plus connu que le pain dans certaines contrées du globe. Les gouvernements ont fini par le tolérer, mais ils l’ont frappé d’un impôt énorme, qui s’élève maintenant en France à une cinquantaine de millions.
Nous ne quitterons pas la section des Corolliflores, sans jeter un coup d’œil sur une
famille irès-voisine des Personées : c'est celle qui a pour type le genre Bignonia , dédié à l'abbé Bignon, protecteur des savants dans le dix-septième siècle.
Voici d’abord le Bignonia catalpa , cultivé dans quelques jardins comme plante d’ornement; et le Bignonia radicans , arbrisseau grimpant, aux fleurs grandes et éclatantes, sa tige offre, d'espace en espace, des nœuds d’où partent des racines aériennes.
Dans les familles Corollitlores que vous venez de passer en revue, vous avez pu remarquer que toujours les étamines sont alternes avec les divisions de la corolle, c'està-dire placées entre ces divisions. La famille des Primulacées présente une exception à celte règle générale : examinez un instant cette fleur de Lgsimaquie , vous verrez sans peine que les cinq étamines qu’elle porte sont exactement vis-à-vis des pétales soudés de la corolle. Il suffit, pour s’en assurer, d'enlever un de ces pétales, vous enlevez en même temps une étamine qui se pose précisément sur sa base, et lui est par conséquent opposée. C’est à la famille des Primulacées qu’appartient le joli genre Anagallis , dont une espèce à fleur tantôt bleue, tantôt d’un rouge vif ( Ânagallis arvcnsis) , abonde dans les lieux cultivés, et présente un ovaire qui s’ouvre en deux moitiés hémisphériques, comme une boîte à savonnette ; c’est ce que vous avez vu tout à l’heure dans la Jusquiame. Le Cyclamen , dont les corolles ont leurs divisions longues, tordues et déjetées en arrière, connue une chevelure qui flotte au vent, est aussi une Primulacée ; enfin le type de la famille est le genre Primevère ( Primula ), dont toutes les espèces fleurissent au commencement du printemps, et dont vous ne voyez ici que les calices et les ovaires desséchés.
La série de familles que nous allons visiter maintenant ne nous offrira pas l’éclat que vous avez admiré dans les Corolliflores. Ce sont des plantes dans lesquelles il n'y a qu’une enveloppe florale, c’est-à-dire un calice ; quelquefois, il est vrai, les folioles de ce calice sont disposées sur deux rangs; mais leur couleur est presque toujours verte, si ce n'est dans deux ou trois familles. Voici, par exemple, les Nyclagcs , qui doivent leur nom à leur vie nocturne ; c'est, en effet, vers le crépuscule du soir que s’éveille leur fleur, qui reste épanouie jusqu’au jour, et se ferme alors pour ne plus se rouvrir. L’espèce la plus répandue dans les jardins est le Nyctagc fauxJalap (Mirabilis Jalapa ), connu sous le nom de Belle-de-Nuil , et dont le calice, ordinairement rouge, est quelquefois jaune, blanc ou panaché. Cette plante est annuelle dans nos climats froids; mais elle est vivace dans le Pérou, sa patrie primitive. Le Nyclage à longue fleur (Mirabilis longiflora ) est originaire des hautes montagnes du Mexique ; ses calices sont remarquables par la longueur de leur tube, et lorsqu’ils s’ouvrent, vers la nuit, ils répandent une odeur suave. Remarquez bien que le calice des Nyctages forme à sa partie inférieure un petit étranglement au-dessus de l’ovaire, et l’enveloppe sans y adhérer; si vous ouvrez adroitement cette partie du calice qui entoure l’ovaire, vous verrez qu elle n’y est qu'appliquée et non pas soudée ; vous verrez en même temps le point où naissent les étamines, c’est un disque écailleux posé sur le réceptacle.
Les Âmaranthes ont aussi, pour la plupart, leur calice coloré ; les Plantains ont deux enveloppes florales, dont la plus intérieure peut être considérée comme une véritable corolle. Il en est de même des Dentelaires ou Plombaginces , dont une espèce, le Gazon d'Olympe (Slalice armeria ), est cultivée pour bordure dans les jardins.
Les Arroches formeraient peut-être la moins brillante des familles du règne végétal,
si elles n'avaient à leur tète le Phytolacca, herbe de trois à quatre mètres de hauteur, dont la tige rougeâtre et rameuse porte de belles feuilles et d’élégantes grappes de (leurs. Les autres membres de la famille compensent leur peu d’éclat par des qualités utiles : ce sont V Epinard commun (Spinacia oleracea ), dont vous connaissez l'usage ; les diverses espèces du genre Salsola, plantes qui croissent sur les bords de la mer, et dont la cendre fournit la Soude, qui sert de hase aux savons et aux lessives ; enfin la Belle. (Bcla vulgaris ), cultivée dans tous les jardins. Cette espèce présente deux variétés principales : l’une, nommée Poirée, a sa racine dure et cylindrique; ses feuilles sont larges, et leur côte longitudinale est employée comme aliment sous le nom de carde:
1 autre a sa racine grosse, charnue et pleine de suc : c’est la Betterave ou Racine de disette, dont la culture rivalise maintenant avec celle de la Canne à sucre.
La famille des Polygonées ou Renonces renferme, comme vous le voyez, des Plantes herbacées, dont l’ovaire, dans quelques espèces, contient une fécule nutritive très-abondante : voici le Sarrasin ( Polygonum fagopynim ), végétal précieux, originaire d’Asie, qui prospère dans les terres les plus maigres, et alimente les habitants de la Bretagne et de la Normandie ; voici les Rumex , dont deux surtout contiennent un sel acide qui les fait employer comme Plante potagère : ce sont la grande et la petite Oscille ; voici enfin les Rheum , dont la racine est connue sous le nom de Rhubarbe. La Rhubarbe par excellence nous vient de la Chine, mais nous ne savons pas encore quelle espèce de Rheum la produit; on en a cultivé en France plusieurs espèces, et aucune n’a donné une racine semblable à celle dont les Chinois nous cachent soigneusement l’origine.
Les Lauriers sont des arbres élégants, ornés en tout temps de feuilles lisses et luisantes; de même que les Polygonées et les Arroches, ils n'ont qu'un ealice sur lequel sont posées les étamines. Le Laurier franc (Laurus nobilis) est originaire des contrées méridionales de l’Europe et de l’Asie Mineure. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que cet arbre fut jadis la belle Daphné : depuis le jour où, poursuivie par Apollon, elle tut changée en Laurier, le Laurier est consacré au dieu du génie, et son feuillage, orné de ses fruits, sert à couronner les héros, les poêles et les bacheliers ( baccalaurcali ) . Toutes ces fictions avaient leur mérite au temps où les guerriers ne cherchaient que la gloire, où les poètes faisaient difficilement des vers faciles, où les bacheliers savaient le latin; mais, hélas! de nos jours, il y a des esprits positifs
Qui ne trouvent le laurier bon Que pour la sauce et le jambon.
A quoi les apothicaires ajoutent que l 'onguent de Laurier est souverain pour les douleurs rhumatismales.
Au reste, l’origine mythologique du Laurier lui faisait attribuer, chez les anciens, des propriétés merveilleuses : Pline rapporte que le Laurier avait le privilège d’écarter la foudre, et de servir d’ornement et de sentinelle au palais des Césars. L'empereur Tibère, dans les temps d’orage, y cherchait un abri. Celte superstition des Romains devient sublime dans la bouche du vieil Horace, défendant son fils vainqueur :
Lauriers, sacrés rameaux qu’on veut réduire en poudre.
Vous qui mettez sa tète à couvert de la foudre...
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Les autres espèces de la famille (pie vous avez à connaître nous rejettent dans l'épicerie et dans la droguerie : c'est un Laurier ( Laurus cinnamomum ), (pii nous donne la Cannelle; c'est un Laurier (Laurus camphora ), (pii fournit le Camphre ; c'est un Laurier ( Myrislica moschata ), qui produit la Muscade et le Macis ; je vous fais grâce du Malabalhrum, du Cassia lignca, du Sassafras , du Pichurim et du Culilawan.
Descendons maintenant vers l’autre extrémité du carré que nous venons de parcourir; nous allons y trouver des familles dans lesquelles les fleurs sont diclines, c’est-à-dire que les etamines et les pistils occupent des fleurs différentes.
La première famille qui s'offre à nos regards est celle des Euphorbiacées , qui varient beaucoup par leur port. Voici les espèces du genre Euphorbia, type de la famille: à leur tête est l’ Euphorbe officinale, qui ressemble singulièrement, pour le port, à un cierge ; les Euphorbes ou Tilhy males , renferment un suc laiteux très-âcre. Le Buis et les Mercuriales appartiennent aussi à celte famille. Voici les Ricins, dont l’espèce la plus commune est le Palma-Christi , plante herbacée dans nos climats rigoureux, mais formant un arbre de quarante pieds dans l’Afrique, sa patrie. Son nom de Palma-Christi ( Main du Christ ) lui vient de la forme de ses feuilles. Nous verrons dans les Serres quelques Euphorbiacées exotiques, qui pourront vous intéresser.
Les Urlicées , voisine des Euphorbes, sont plus utiles à l'homme que ces dernières ; ce n'est pas aux espèces du genre Ortie ( Urlica ) que s'applique cette observation. Leurs feuilles et leur tige sont hérissées de poils, dont la piqûre est suivie d’une cuisson douloureuse; cette douleur n'est pas causée par le poil lui-même; elle provient d'une liqueur irritante qui est entrée en même temps que lui dans la plaie. Pour bien comprendre la piqûre de l'ortie, il faut, non pas se faire piquer par elle, mais observer avec, une loupe les poils qui couvrent sa tige : vous verrez que ces poils sont creusés en gouttière sur toute leur longueur, et se posent, par leur base, sur une glande en forme de sac, pleine d’un suc caustique ; quand on touche la Plante, les poils, qui sont roides et acérés, se glissent sous la peau , mais en même temps, la glande qui est au has du poil est pressée, et laisse suinter sa liqueur âcre; celte liqueur coule le long de la rainure du poil, pénètre avec lui dans la peau, et, par son contact, détermine la douleur (pie vous connaissez. Ce mécanisme est tout à fait analogue à celui de la morsure des Serpents venimeux. La dent du Serpent est creusée d’un canal ; à ce canal aboutit le conduit excréteur de la glande qui fournit le poison ; figurez-vous une bouteille de gomme élastique à long goulot, et pleine de liquide, vous aurez l’idée du réservoir à venin. Au moment où l'animal mord, les muscles de ses mâchoires, en se contractant, compriment la glande, et le venin qui coule le long du canal de la dent entre avec elle dans la plaie de la victime.
Quand les Orties sont sèches, elles ne produisent aucune douleur : c'est qu'alors les glandes du suc âcre sont desséchées; les poils existent toujours, ils peuvent même pénétrer sous la peau, mais cette blessure est sans cuisson.
Laissons là ces Vipères végétales, qu'il est dangereux d'aborder : le jeu de leurs étamines vous aurait intéressée, si vous aviez pu l’étudier sans accident, mais vous pourrez observer un phénomène semblable sur la Pariétaire, petite plante inoffensive, que l’on rencontre dans les fentes des vieux murs et quelquefois le long des baies. Les Heurs sont ramassées par petits pelotons ; vous en trouverez qui renferment un pistil seulement au milieu d'un calice à quatre folioles ; d'autres n’ont que des étamines, qui sont au nombre de quatre, et opposées aux folioles du calice; d'autres enfin sont complètes et possèdent étamines et pistil dans le même calice. Prenez une fleur à étamines, qui ne soit pas encore épanouie, ouvrez-la doucement avec une épingle, vous verrez tout à coup une ou deux des étamines, dont les filets étaient enroulés comme des ressorts de montre, vous les verrez, dis-je, se dérouler avec une élasticité singulière, et rester ensuite dressées; vous verrez en même temps s’élever un petit nuage de poussière: c’est le pollen, que cette secousse acbassé de l'anthère, et qui se disperse sur les fleurs à pistil environnantes. Vous pourrez provoquer successivement cette explosion sur chacune des (piatre étamines, en ayant soin de ne les visiter que l’une après l'autre, avec la pointe de voire épingle.
Le Chanvre ( Cannabis saliva) est originaire delà Perse, mais il s'est parfaitement naturalisé dans toutes les contrées de l’Europe. Les fibres de cette plante ont beaucoup de ténacité : c'est avec elles que l’on prépare cette filasse si précieuse pour la fabrication des loiles et des cordages. Le Houblon ( Humulus lupulus ) ressemble au Chanvre, mais sa tige est grimpante ; ce sont ses fleurs à pistil, réunies en petites têtes, que les brasseurs emploient dans la préparation de la bière, pour lui donner de l'amertume.
Ne vous récriez pas en voyant le Marier et le Figuier dans la famille des Orties. La consistance ligneuse et la hauteur des tiges distinguent, il est vrai, ces arbres de l'humble Pariétaire; mais la structure de la lleur et de la graine est identique dans toutes ces plantes; d'ailleurs, les feuilles du Figuier et du Mûrier ne sont pas sans analogie avec celles du Houblon. Et si vous aviez sous les yeux tous les membres de la famille répandus sur la surface du globe, vous verriez qu’entre la Pariétaire et le Mûrier, il y a des espèces intermédiaires qui établissent le passage de l'une à l’autre par des nuances presque insensibles.
Le Mûrier a ses fleurs à pistil réunies en têtes ovales comme le Houblon ; chaque fleur a un calice de quatre folioles qui entourent un petit ovaire renfermant une seule graine : ces folioles, en mûrissant, se gonflent de sucs, et leur ensemble forme le fruit qu'on nomme la Mûre Ainsi, dans la Mûre, ce sont les calices de plusieurs Heurs réunies que vous mangez. — Le Mûrier noir ( Morus nigra ), qui s’est naturalisé en Europe, est originaire de la Perse; le Mûrier blanc ( Morus alba) est plus petit que le précédent ; il est originaire de la Chine, où on le cultive pour l’éducation des vers à soie : le Mûrier blanc est en effet le seul arbre dont les feuilles puissent nourrir la Chenille de ce précieux Bombyx. Deux missionnaires grecs l’introduisirent en Europe dans le sixième siècle ; ils apportèrent à Constantinople des graines de Mûrier et des œufs de YTers à soie : la culture du Mûrier se répandit bientôt dans le Péloponèse, et fit donner à cette partie de la Grèce son nom moderne de Morée {Morus). De là les Mûriers et les Vers à soie passèrent en Sicile et en Italie, et prirent dans la Calabre une extension rapide. Quelques gentilshommes français qui avaient fait la guerre en I îùi, sous Charles VIII, ayant coin-
pris tous les avantages que l’Italie retirait <le cette branche d'agriculture, voulurent en doter leur pairie, et firent apporter de Naples des Mûriers qu’on planta dans la Provence et dans le Dauphiné. Charles VIII encouragea les soieries qui s’étaient établies à Lyon et à Tours; Henri I V, malgré la résistance de Sully, établit de nombreuses plantations de Mûriers, et convertit en pépinière son jardin des Tuileries ; le grand ministre Colbert alla plus loin : il lit planter des Mûriers, aux frais de l’Etat, dans des propriétés particulières, mais les particuliers acceptèrent avec répugnance une richesse que leur imposait l’arbitraire; les plantations furent négligées; alors Colbert fit annoncer qu’il payerait une prime de vingt-quatre sols pour tout arbre qui aurait atteint l‘âge de trois ans ; la prime fut exactement payée, et dès lors la culture du Mûrier se répandit rapidement dans les provinces du midi et du centre de la France.
Le Mûrier à papier { Broussonclia papyrifera) croit en Chine et dans les îles de la mer du Sud ; son écorce sert à fabriquer du papier de Chine, qui est très-recherché pour l’impression en taille-douce ; c'est aussi avec cette écorce que les insulaires préparent une toile non lissue, dont ils se font des vêtements. Le Mûrier à papier me rappelle l'histoire de Polaveri , ce jeune Olahilien que Bougainville avait amené en France. Le pauvre insulaire, étranger à nos mœurs, à notre langage, à nos plaisirs, languissait loin de sa chère Olahili : touies les caresses qu’on lui prodiguait glissaient sur son âme, et il restait silencieux et solitaire, au milieu des fêles brillantes dont il était l’objet. Un jour, on l’avait conduit dans les jardins de Versailles, dont on lui montrait avec empressement les richesses et les beautés : tandis qu’il promène ses regards distraits sur cette foule de végétaux rassemblés à grands frais de toutes les parties du monde, il aperçoit tout à coup un Mûrier à papier. A celte vue, son œil éteint se ranime; il s'élance d’un bond vers l’arbre de son pays, il l’entoure de ses étreintes convulsives, et s'écrie en sanglotant : Olahili! Olahili! Ce mot fut le seul qu’il fit entendre : il le répéta bien des fois, et chaque fois ce mot prenait dans sa bouche un accent nouveau, qui révélait aux spectateurs les émotions variées et rapides dont son cœur était agité. Connaissez-vous un discours sur l’amour de la pairie, plus éloquent, plus complet, plus sublime que celui-là ? Tous les assistants fondaient en larmes : il fallut l’arracher de ce lieu qu’il ne voulait pas quitter, et quand l’infortuné se vit entraîner loin de l’arbre d'Otahiti, on eût dit, à son désespoir, qu’il venait de quitter sa patrie une seconde fois.
Le Figuier est originaire d’Orient; il fut apporté à Marseille par les Phéniciens, six cents ans avant l'ère chrétienne. Les fleurs sont renfermées dans un réceptacle creux, dont la forme est celle d’une poire ; son extrémité élargie est percée d'un trou bouché par des écailles ; les fleurs à étamines occupent la partie supérieure, les fleurs à pistil, plus nombreuses, sont placées au-dessous d’elles et tapissent la paroi du réceptacle, à laquelle elles tiennent par un petit pied. — Que mangez-vous donc dans le fruit du Figuier? en un mol, qu’esl-ce que la Figue? C’est un réceptacle charnu, dans l’intérieur duquel sont logés les ovaires, qui vous craquent sous la dent. 11 y a dans les serres une Urlicée voisine du Figuier, chez laquelle ce réceptacle, au lieu de se redresser et de former un corps creux, reste étalé presque horizontalement et porte à sa surface les Fleurs à étamines et à pistil, mélangées : c’est le Dorslenia conlrayerva, dont la racine est employée au Brésil contre la morsure des serpents venimeux. (Conlrayerva signifie contre-poison.)
Dans nos Figuiers cultivés, le parenchyme du réceptacle se développe outre mesure, et les étamines avortent; mais dans le Figuier sauvage, ou Caprifiguier de la Grèce et de l'Asie Mineure, l’organisation des fleurs est complète : or, il y a un insecte, appartenant au genre Cynips, qui dépose ses œufs dans le réceptacle des Capriliguiers les plus précoces; les Orientaux, qui connaissent celte manœuvre, enfilent ces jeunes Figues en chapelets, qu'ils suspendent aux branches des Figuiers cultivés. Bientôt les jeunes Cynips, que la Figue sauvage recélait, sortent de leur prison, chargés de poussière fécondante : ils s'introduisent par l'œil de la Figue cultivée dans le réceptacle où sont nichés les pistils, portent ce pollen sur les stigmates, et provoquent ainsi la maturité du fruit. Celte fécondation artificielle se nomme caprification.
A la famille des Urlicécs appartient encore le Jaquier , que l’on cultive dans les régions tropicales, et dont le fruit, du volume de la tête d’un homme, renferme une pulpe blanche et farineuse, qui a la saveur de la mie de pain frais, et fournit à l’homme un aliment sain et agréable : c’est ce qui a valu au Jaquier ( Àrlocarpus ) son nom populaire d 'Arbre à Vain.
Les Cucurbilacées sont des herbes dont la tige flexueuse est souvent grimpante, soit par sa propre torsion, soit par le moyen des vrilles que vous pouvez observer à l’aisselle des feuilles de beaucoup d'entre elles. — La corolle est posée sur un calice à cinq divisions, qui se soude par toute sa partie inférieure avec le pistil. Dans les fleurs à étamines, les anthères sont flexueuses et soudées ensemble de manière à former trois groupes. Le fruit, qui se compose du calice soudé avec l’ovaire, devient très -gros et contient des graines nombreuses : voici la plus commune des Cucurbilacées, la Bryone
( Bryonia dioïca), dont la tige grimpante et les feuilles découpées comme celles de la Vigne lui ont valu les noms populaires de Couleuvréc et de Vigne blanche ; la racine de cette faible plante est d’un volume énorme. — Voici la Coloquinte, les Melons , avec toutes leurs variétés, le Concombre , dont les fruits jeunes, confits au vinaigre, portent le nom de Cornichons ; la Calebasse, le Pastèque ou Melon d’eau, le Potiron ou Citrouille ; tous ces végétaux sont originaires d’Asie, et se sont facilement naturalisés dans nos climats. Le Melon a passé d’Afrique en Espagne, puis en Italie, d'où le roi Charles VIII l’a transporté en France.
Les deux familles qu’il vous reste à connaître, avant de quitter ce carré, se composent d’arbres dont les espèces constituent presque à elles seules nos forêts d'Europe : ce sont les Amenlacées et les Conifères.
Les Amenlacées , que l’on nomme aussi Arbres ù chatons, ont des feuilles qui tombent tous les ans et sont garnies à leur naissance de deux stipules : les fleurs à étamines sont disposées en épis, où le calice manque ordinairement et est remplacé par des bractées; les fleurs à pistil varient beaucoup : tantôt elles forment des épis nommés Chatons, tantôt elle s sont solitaires et entourées de bractées dont la forme est diverse. — A la tête de la famille est le Chêne, dont le fruit est un Gland , c’est-à-dire un ovaire entouré de bractées serrées qui forment à sa base un godet. Le Chêne rouvre, ou
Chêne commun, fournit son bois pour les constructions qui demandent surtout de la solidité ; son écorce, nommée fan, sert aux tanneurs pour durcir le cuir. Le Chêne liège croit dans les provinces méridionales de la France ; c’est la partie extérieure de son écorce qui fournit cette substance spongieuse et élastique que l’on nomme le liège. Le Chêne ci galles est un arbrisseau qui croit dans l’Asie Mineure; un Cynips, peu différent de celui du Figuier, pique le pétiole de sa feuille pour y déposer ses œufs; les sucs végétaux s'épanchent à l’endroit qui a été piqué, et y forment une excroissance ou tumeur qu’on nomme Noix de galle. Les œufs renfermés dans ces excroissances acquièrent du volume et de la consistance ; il en naît de petits vers sans pattes, (pii rongent l’intérieur de la tumeur sans nuire à son développement, et y restent cinq ou six mois dans cet état. Quand l’époque de leur métamorphose est arrivée, ils percent la coque qui leur a fourni à la fois le vivre et le couvert, et l’on peut voir à la surface des galles des trous ronds qui annoncent que l’animal en est sorti. — Les Noix de galle, infusées dans de l’eau qui tient du fer en dissolution, forment la liqueur nommée encre. Vous pouvez remarquer des excroissances semblables sur les feuilles du Chêne commun ; elles sont molles et de couleur rose ; il s’en forme aussi sur le Rosier églantier , que l’on nomme Mousse chevelue. Coupez ces productions en deux moitiés, vous verrez les petites cellules où sont logés les vers.
Le Noisetier ou Coudrier ( Corylus avellana) a un fruit que vous connaissez et qui diffère du gland de Chêne, en ce que les bractées qui environnent l’ovaire sont grandes et foliacées. Dans le Châtaignier \Caslanea)y le fruit est aussi protégé par des bractées, mais celles-ci sont épineuses, et enveloppent en entier les ovaires, qui sont ordinairement au nombre de trois à quatre ; chaque ovaire, dans sa jeunesse, est à six loges et porte six styles; chacune des loges renferme deux graines; mais bientôt ces loges avortent, et se réduisent à une seule, qui renferme trois graines ; quand la nourriture destinée à ces trois graines se jette sur l’une d’elles, celle-là prospère aux dépens des autres et forme 1 e Marron. Ainsi sur douze graines cpie contenait le jeune ovaire, il arrive souvent qu’une seule réussisse. — Cette enveloppe épineuse, qui protège les ovaires, est le seul point de ressemblance du Châtaignier avec le Marronnier d Inde , bel arbre exotique, qui fait l’ornement de nos jardins publics : encore cette ressemblance n'est elle qu’apparente, car, dans le Châtaignier, l’enveloppe épineuse est formée par des bractées, et ne tient en rien aux ovaires, tandis que dans le Marronnier d’Inde, au contraire, c’est l’ovaire lui-même qui la constitue.
Le Hêtre ( Fagus ) se rapproche beaucoup du Châtaignier pour la structure des fleurs ; son fruit est aussi enveloppé par une coque, mais les bractées qui la forment sont des épines moins dures et moins piquantes que celles du Châtaignier ; il y a deux fleurs dans chaque enveloppe ; chaque ovaire est triangulaire, et présente trois loges renfermant deux graines ; bientôt deux de ces loges avortent, et le fruit ne contient plus qu'une ou deux graines anguleuses qui portent le nom de faînes , et qui donnent, par expression, une huile douce, propre à entrer dans nos aliments. Quand vous cueillez de ces faînes, en vous promenant dans les bois, vous pouvez vous assurer qu’elles ont un goût très-agréable, mais n’en mangez pas une grande quantité, car elles produisent l’ivresse et tous les phénomènes qui l'accompagnent.
Les Saules sont nombreux en espèces, qui toutes se plaisent dans les lieux humides,
sur le bord îles ruisseaux et des rivières ; la plus belle espèce est le Saule pleureur originaire du Levant, que Linné a nommé Saule babylonien ( Salix babylonien) , parce qu’il a supposé que c'était l’arbre aux branches duquel les Israélites, dispersés et captifs, avaient suspendu leurs harpes. Vous rappelez-vous les strophes touchantes de l’Écriture ?
Au bord du fleuve de Babylone,
Nous nous assîmes cl nous pleurâmes ,
Car noxis nous souvenions de Jérusalem, etc.
L’espèce la plus élégante du genre Peuplier est sans contredit le Peuplier d’ Italie ( Populus fastigiata), dont les rameaux effilés, droits et serrés contre la tige, donnent à l’arbre l’aspect d’une longue pyramide. Il est originaire de l’Asie Mineure, d’où il passa en Italie ; il n’est cultivé en France que depuis quatre-vingts ans, et déjà il forme des rideaux autour de la plupart de nos prairies.
Les autres Amentacées sont les Bouleaux, les Aunes, le Charme, dont on fait des haies nommées charmilles ; les Platanes , grands et beaux arbres, remarquables par leur écorce qui tombe chaque année en lambeaux ligneux, et par leurs feuilles grandes, coriaces et découpées : le Platane d’Orient, originaire de l’Archipel grec, orne nos jardins et nos bosquets ; le Platane d’Occident nous vient de l’Amérique septentrionale, et ne diffère de son frère que par les découpures moins nombreuses de ses feuilles. Les Ormes, qui se rapprochent des Urticées, et le Micocoulier ( Cellis ), arbre du midi de la France, dont le bois, presque incorruptible, est très-recherché par les ébénistes, appartiennent également à la famille des Amentacées.
Les Conifères sont des arbres ou des arbrisseaux, dont la plupart conservent leurs feuilles pendant l’hiver; de là le nom d' arbres verts qu’ils ont reçu. Leur tige renferme souvent une résine liquide qui suinte naturellement de l’ccorce, et porte le nom de térébenthine.
Le premier genre de la famille est celui des Pins. Dans toutes les espèces, les feuilles sont longues et acérées, et naissent deux ou plusieurs ensemble, d'un petit fourreau arrondi et membraneux; les Ileurs à étamines sont disposées en grappes ; chaque Hem est une bractée qui porte à sa base deux anthères à une loge. Les fleurs femelles sont réunies en chaton. Ce chaton se compose de bractées coriaces : chaque bractée ou écaille porte à sa base deux fruits, recouverts chacun d’une membrane qui se prolonge en lame sur la bractée. Le fruit, dans les Pins, est réduit à la structure la plus simple : non-seulement le calice et la corolle lui manquent, mais il n’a même pas d’ovaire ; une bractée seule lui tient lieu de ces trois enveloppes ; la graine est nue, et la peau membraneuse dont je vous parlais tout à l'heure lui appartient en propre. De ce qu’il n’a pas d’ovaire, vous devez conclure qu’il n’y a pas non plus de style ni de stigmate , puisque ces deux organes sont une continuation de l’ovaire. Comment donc, allez- vous dire, s'opère la fécondation de la graine? Par un orifice existant sur la graine même ; et cela est d’autant plus facile que, dans la jeunesse des fleurs, les bractées qui les protègent sont écartées les unes des autres, et que, d’une autre part, il pleut des branches supérieures, où sont les fleurs à étamines, une énorme
quantité de pollen ; quand la fécondation est assurée, les bractées s'épaississent et s’allongent de manière à former une massue anguleuse à son extrémité; elles se refoulent ainsi les unes les autres, et ferment exactement les intervalles qui les séparaient dans leur jeunesse ; c’est alors que leur ensemble forme une espèce de cône ; de là le nom de conifères , donné à la famille qui a pour type le Pin.
Les Sapins présentent la même organisation dans leur fleur, mais les écailles de leur cône sont minces, arrondies au sommet, nullement épaissies ni anguleuses. En outre, leurs feuilles sont solitaires et ne sortent pas d'une gaine commune.
Les Mélèzes diffèrent des deux genres précédents, en ce que leurs feuilles sont réunies en touffe à leur naissance, puis solitaires après l’allongement des jeunes pousses; c’est à ce genre qu’appartient le Cèdre , originaire du mont Liban, dont le bois, célébré dans les livres saints, est supérieur aux autres par sa légèreté et son incorruptibilité.
Les Cyprès ont leurs fleurs à étamines disposées sur quatre rangs ; chaque rang se compose de quatre à cinq écailles ; chaque écaille ou bractée porte quatre anthères. Les fleurs à pistil sont de petits chatons arrondis, composés de bractées peu nombreuses qui sont portées sur un pied et ont la forme d’un bouclier; à leur base est posée la graine qui, au lieu d’être suspendue comme dans les genres précédents, est dressée , c’est-à-dire que son extrémité libre est est dirigée en haut. Ces écailles, après la floraison , se soudent et forment par leur réunion un cône presque sphérique , qu’on nomme improprement Noix de cyprès : à la maturité les écailles se dessèchent, se séparent par des fentes d'une élégante symétrie, et laissent sortir les graines. Les deux espèces de ce genre, le Cyprès pyramidal et le Cyprès horizontal, ne diffèrent l’une de l’autre que par la direction de leurs rameaux ; ces rameaux sont carrés, entièfement couverts de petites feuilles imbriquées, disposées sur quatre rangs. — Les Cyprès sont originaires d’Orient; les anciens les avaient consacrés aux dieux infernaux, et en ornaient le champ des morts.
Dans les Genévriers , le cône ne se compose que de trois bractées concaves et rapprochées les unes des autres : à la base de chacune d’elles est une graine dressée ; ces bractées deviennent succulentes à leur maturité, et se soudent ensemble, de manière à imiter une baie. Les espèces de ce genre sont des arbrisseaux; tel est le Genévrier commun (Juniperus communis ), dont les feuilles sont opposées trois par trois, aiguës et piquantes ses fruits, improprement nommés Baies de Genièvre, donnent, par la fermentation, une espèce d’eau-de-vie, que recherchent les habitants du Nord.
Enfin le gema If vous présente' un fruit encore plus simple que dans toutes les autres Conifères, puisqu’il se compose d’une graine unique, dont l'orifice est béant pour recevoir le pollen des fleurs à étamines, et qui n’est protégée que par les écailles mêmes du bourgem dont elle est sortie; bientôt, entre elle et ces écailles, se développe un petit godet, qui croît peu à peu, devient rouge et succulent, et finit par enchâsser la graine presque en entier. Ce godet n'est autre chose que le pied même par lequel la o-raine tenait à la tige, et qui s’est énormément dilaté pour fournir au fruit une espèce de manteau protecteur; c’est ce que les botanistes nomment une arille. L 'If commun
liOTANIQUE. 209
( Taxas baccala) croit dans les pays montueux ; son feuillage est d’un vert presque noir, excepté à 1 extiémité des jeunes pousses' les feuilles sont rangées comme les dents d’un peigne sur les deux côtés opposés de la tige. Cet arbre a toujours été regardé comme très-vénéneux : les Grecs prétendaient qu’il donnait la mort à ceux qui s’endormaient sous ses rameaux. Quelle que soit l'exagération de celte croyance, il est certain que l’ombre de l’If est funeste aux Plantes, et que son voisinage peut causer de violents maux de tête, soit à ceux qui se reposent sous son ombrage, soit aux jardiniers qui taillent ses branches.
Remontons maintenant le carré pour en sortir, et donnez, en passant près des bassins, un coup d’œil aux plantes aquatiques qui les décorent : les plus éclatantes de toutes sont les Nénufars, plantes voisines des Pavots et des Renoncules. Le Nénufar blanc ( Nymphœa alba) et .le Nénufar jaune ( Nymphœa lutea ), sont les deux espèces qui croissent en France. Nulle Plante ne montre aussi clairement que les Nénufars l’analogie qui existe entre les étamines et les pièces de la corolle : vous voyez en dedans du calice du Nénufar blanc les premiers pétales larges et uniformes dans leur couleur ; ceux qui les avoisinent sont un peu plus allongés ,* puis, à mesure qu’ils se rapprochent des étamines, ils se rétrécissent, et prennent une couleur jaune vers leur extrémité ; bientôt les loges de l'anthère se dessinent au sommet du pétale aminci, et, par des transitions insensibles, vous arrivez à des étamines parfaitement conformées.
Le carre que nous allons visiter fait partie de Y École de Botanique, comme celui que nous venons de quitter; mais il renferme beaucoup moins de familles, et ne nous arrêtera pas longtemps. Toutefois, avant de commencer la revue de ces familles, je dois vous dire quelquês mots sur l’organisation des Graines : ceci complétera les notions dont vous avez besoin sur la structure des diverses parties de la Fleur, et vous facilitera l’intelligence des principes qui ont guidé dans la classification du Règne végétal les Botanistes philosophes dont je vous parlerai bientôt.
Si vous enlevez la pellicule qui recouvre une graine, lorsque cette graine est fraîche ou lorsqu elle va germer, il vous sera facile de vous convaincre que cette pellicule cache une véritable plante en miniature. Prenez un Haricot; si vous n’en trouvez pas de frais, faites tremper un haricot sec dans de l’eau tiède pendant quelques heures. Cela fait, ei devez la peau ramollie qui recouvre la graine, vous avez sous les yeux deux plaques ovales, échancrées sur un bord, convexes sur l'autre, et juxtaposées par leur surface plane. Avant de les séparer, remarquez que du milieu de leur échancrure il part un petit corps ayant à peu près la forme d’un fuseau, c’est-à-dire renflé à son milieu et aminci à son extrémité libre. Ouvrez maintenant la graine, en passant une épingle dans la fente que forment les deux plaques le long de leur bord convexe ; elles vont s’écarter sans résistance, et vous laisser voir les organes délicats quelles protégeaient. Ce sont d’abord deux petites lames blanches, presque transpa-
rentes ayant la forme d'un demi-as de pique, et s’emboîtant l'une dans l’autre; elles tiennent, par leur base, à ce petit corps arrondi en fuseau, que vous avez vu tout a l'heure en dehors des plaques ; il est facile de voir que chacune de ces petites lames est pliée en deux, de sorte que si vous les déployez doucement avec votre ep.ngle, au lieu d’une moitié d’as de pique, vous aurez un as entier ; vous pouvez distinguer, même sans loupe dans l’épaisseur de cette lame, de grosses fihres, presque transparentes comme elle • vous pouvez voir aussi, dans chacune des plaques, un petit enfoncement qui tonnait une niche pour les lames en forme d’as de pique. Si vous poussez votre examen plus loin vous apercevrez entre ces deux lames, et à leur base, deux petites saillies qui, feuilletées par votre épingle, vous montreront plusieurs autres petites lames emboitees les unes dans les autres. Arrêtez-vous là : vous connaissez maintenant la structure des graines de toutes les familles que vous avez vues dans le premier carré de V Ecole. Vous dirai- je les noms qu’on a donnés à l’enveloppe de la graine et aux divers organes que vous venez de voir ? Je m’en garderai bien : il suffit que vous sachiez ce que deviendront ces organes, quand la graine germera pour devenir semblable à la plante-mère. D’abord, l’extrémité amincie du petit fuseau poussera des fibres, qui s’enfonceront dans le sol : celte extrémité est donc la racine; ensuite, l’extrémité opposée, qui s’attache aux deux plaques ovales, s’allongera en montant vers la surface du sol, soulèvera les plaques, et
sortira de terre avec elles ; bientôt les petites lames en a^ de pique s’écarteront l’une de l’autre, étaleront leurs moitiés pliées, prendront une couleur verte, et grandiront îapidement ; les petites lames étroites qui étaient placées à leur base s’allongeront à leur tour, verdiront, et formeront de véritables rameaux ; ce sont donc des bourgeons ; les lames à l’aisselle desquelles sont nés ces bourgeons sont donc des feuilles ; et l'extrémité du petit fuseau qui porte ces feuilles, et rattache aux deux plaques ovales, est donc une lige, ltacine, tige, feuilles, bourgeons, n’est-ce pas un végétal complet? Allez voir maintenant, dans le premier carré potager, des Haricots en germination, et il vous sera facile de vérifier en grand l’analyse que vous venez de faire en petit.
Vous pouvez aussi donner le titre de feuilles à ces deux plaques ovales qui constituent presque le volume total de la graine : en effet, elles sortiront de terre avec la jeune tio-e s'écarteront et verdiront comme les feuilles ordinaires; mais leurs fonctions étant accomplies, elles ne tarderont pas à se flétrir et à tomber. Quelles étaient ces fonctions? Les mêmes que celles des feuilles à l’égard du bourgeon. Ces plaques ont protégé la jeune plante, tant que celte jeune plante est restée sans germer ; quand les circonstances favorables à la germination ont été réunies, le suc, qui formait la substance des deux plaques, s’est modifié dans ses éléments ; l’humidité du sol l'a délayé, il est devenu liquide et facile à absorber ; il a passé dans la jeune tige, il l’a nourrie, fortifiée, augmentée, ainsique la jeune racine; toutes deux alors, pouvant se suffire à elles-mêmes, et puiser dans le sol et dans l’air les matériaux nécessaires à leur développement, s’allongent en sens inverse l’une de l’autre, la tige vers le ciel, la racine vers le centre de la terre, et la germination est achevée.
Malgré ma répugnance à charger votre mémoire de ternies techniques, il faut abso-
I ument que je vous lasse connaître le nom que la science a donné à ces plaques, pro tectrices et nourrices de la jeune Plante. On les appelle cotylédons ; voilà encore un mot grec que vous êtes condamnée à retenir; mais, Dieu merci, ce sera le dernier.
Dans toutes les familles que renferme le carré dont vous venez de sortir, la graine est conformée comme dans le Haricot, c’est-à-dire que la jeune tige , la jeune racine , le jeune bourgeon (en un mot la jeune Plante ), sont pourvus de deux cotylédons. Quand ces cotylédons sont peu volumineux, la nature place auprès d’eux une matière ordinairement farineuse; c’est un dépôt de nourriture qui suppléera à leur insuffisance, et sera absorbé par la jeune plante à l’époque de la germination.
Les familles que nous allons voir dans le second carré de l’École ont toutes des graines où la jeune plante, au lieu d’être pourvue de deux cotylédons, n’est protégée que par un seul ; mais, comme compensation, dans la plupart de ces familles, la graine renferme, à côté du cotylédon unique, un dépôt considérable de cet aliment supplémentaire «pie je signalais tout à l'heure à votre attention.
La première famille que vous avez à observer dans le carre où nous entrons, est celle des Liliacées, à laquelle nous comparerons ensuite toutes les autres. Vous connaissez déjà la fleur du Lis : un calice de trois folioles, une corolle de trois pétales, six étamines, un style, un ovaire à trois loges et à graines nombreuses, voilà le caractère que nous trouverons dans toute la famille. Dans la plupart des genres, le bas de la
Graminée.
lige forme un oignon , c’est-à-dire un plateau entouré de feuilles nombreuses dont la base, plongée dans le sol humide et à l’abri de la lumière, reste décolorée, et se gorge de sucs; c’est la réunion de ces bases de feuilles qui forme les tuniques de l’Oignon ; au-dessous du plateau, naissent des fibres blanches, qui sont les racines.
Linné, qui, dans son imagination poétique, considérait les végétaux comme une grande nation répandue sur la surface de la terre, les avait classés en plusieurs ordres, à l’instar du Peuple Romain. Les Liliacées occupaient un rang élevé dans l'étal. « Les Lis, disaitil, sont les Patriciens de l’empire; ils portent les étendards, et sont fiers de leur toge éclatante; ils éblouissent les yeux, et décorent le royaume par la splendeur de leurs draperies. » Le Lis { Lilium candidum ), dont la robe est d’un blanc si pur, mérite d'être placé à la tête de cette Aristocratie. Le Marlagon, dont les Heurs pendantes sont parsemées de taches purpurines, vient après lui.
Le genre Tulipe présente quelques espèces qui ne sont pas moins élégantes . d’abord la Tulipe des jardins ( Tulipa Gessneriana ), dont la culture a ruiné des millionnaires en Hollande. Elle est originaire d’Orient, et nous est venue de Constantinople en I r> ‘>7 ; les Orientaux en font l’emblème des parfaits amants :« J’offris en tremblant, dit le Paria de la Chaumière indienne, une tulipe, dont les feuilles rouges et le cœur noir exprimaient les feux dont j’étais brûlé. » La Tulipe œil de soleil ( Tulipa oculus soiis ), qui croit dans les champs de la Provence, est plus belle encore que celle des jardins; sa fleur est rouge, et à la base des pétales est une longue tache d’un bleu noir, borde «le jaune. La Frilillaire impériale est originaire d’Orient ; sa lige, nue dans le milieu.
porte à son sommet une houppe de feuilles, au-dessous de laquelle naît une rangée de grandes fleurs orangées pendantes. Au fond de ces Heurs sont six gouttelettes d’une liqueur limpide, produite par les glandes à nectar. La Frilillairc pintade ( Frilillariu melcagris) a sa fleur marquetée comme un damier ; viennent ensuite les Jacinthes ( Hyacinllius ), dont la principale espèce cultivée dans nos jardins (Hyacinllius orienlalis) a été apportée d’Asie par les Croisés ; les Hémérocallcs, dont le nom signifie Beauté d’un jour ; les Scilles, dont l’espèce la plus commune ( Scilla milans) orne les bois de ses fleurs bleues au commencement du printemps. Les Aloès, que nous verrons dans les serres, et V Ornilhogale en ombelle , vulgairement nommée Dame d’onze heures, parce qu’elle ne s’épanouit qu’une berne avant midi.
Les autres Liliacées ont l’ovaire adhérent au calice, c'est-à-dire que la base du calice se soude et se confond avec l’ovaire, de sorte que l’ovaire parait situé au-dessous du calice, bien qu’en réalité il ne soit inférieur qu’à la partie libre et colorée de celui-ci. Ce sont les Amaryllis, dont une espèce, le Lis Saint-Jacques ( Amaryllis formosissima ), nous a été envoyée du Mexique en 1593. Sa fleur est grande, d’un rouge velouté et sablé d’or au soleil ; les Narcisses, qui ont leur corolle couronnée par un godet accessoire, dont la couleur tranche souvent sur celle de la fleur ; les Perce-neige ( Leucoïum et Galanlhus ), qui fleurissent en février; la Tubéreuse (Polyanlhes Tuberosa ), originaire de l'ile de Ceylan, et dont les fleurs exhalent une odeur suave, surtout à l'entrée de la nuit ; enfin YAgavé, originaire de l’Amérique méridionale, naturalisée maintenant dans le midi de la France ; ses feuilles longues, épaisses et pointues, forment des baies impénétrables, et son pédoncule floral croit d’un pied en un jour.
Le Muguet, le Sceau de Salomon, Y Asperge aux fleurs petites et peu brillantes, font aussi partie de cette famille, et leur ovaire est libre. Il en est de même des nombreuses espèces du genre Ail, telles que YOignon de cuisine, le Poireau, Y Ail, YEchalole, la Civette, la Rocambolc, etc. Toutes ces Plantes exhalent, lorsqu'on les froisse, une odeur désagréable ; mais de tous les Aulx, le plus fétide est sans contredit Y Ail cultivé. Il y a dans Horace une imprécation hyperbolique qui nous montre l’horreur qu’inspirait l’Ail au poète romain, qui en avait goûté par mégarde en soupant chez Mécène :
« S’il est un homme qui de ses mains impies serra jadis le gosier de son vieux père, «lue celui-là mange l’Ail, plus nuisible mille fois que la Ciguë... O moissonneurs, que \os entrailles sont dures ! »
Alphonse, roi de Castille, fonda dans le quatorzième siècle un ordre de chevalerie, dont les statuts interdisaient l’Ail à ceux qui en faisaient partie; les délinquants étaient exilés de la cour pour un mois. INotez que ceci se passait en Espagne, sur la terre classique de l’Ail. 11 fallait que l’abus en fût devenu intolérable parmi les seigneurs castillans, pour que la pauvre Liliacée se vit ainsi frappée d’anathème ; et je ne suis pas éloigné de croire que ce fût l’infante de Castille qui fit insérer cet article dans les règlements de l'Ordre institué par son père.
Je ne dois pas quitter les Liliacées sans vous faire connaître le Lin de la Nouvelle- Zélande ( Phormium lenax ), dont les fibres constituent un fil, le plus tenace de tous, après la soie. Ainsi, on s’est assuré, par l’expérience, que si un fil de Lin supporte un poids comme onze, un fil de Chanvre soutiendra un poids comme seize, le Phormium lenax comme vingt-trois, et la Soie comme trente-six.
La section des Liliacées à ovaire soudé avec le calice nous conduit à la famille des / ridées : ici vous trouverez aussi un ovaire qui paraît inférieur à la partie colorée de la fleur ; le calice et la corolle forment ensemble six pièces, comme dans les Liliacées ; mais il n'y a que trois étamines ; l’ovaire est également à trois loges, mais il y a trois styles distincts. Prenez cette fleur d’iris : enlevez successivement les deux enveloppes,
et les trois étamines, dont les anthères magnifiques s’ouvrent du côté extérieur de la fleur ; il vous reste au centre un assemblage de trois lames, non moins brillantes que celles que vous venez d'enlever : ces lames se recourbaient sur les étamines, et les cachaient sous leur face extérieure; elles sont légèrement échancrées à leur sommet. Remarquez au-dessous rie cette échancrure, du côté extérieur, une petite ouverture pratiquée, comme une incision en travers, dans le tissu de chaque lame; c'est par cette bouche béante que s'opère la fécondation ; elle est l'orifice d’un petit tuyau qui passe dans le centre de la lame, et conduit jusqu’à 1 ovaire où sont renfermées les graines : c’est ce (pie vous pourrez vérifier en y introduisant avec précaution une soie de sanglier. Le genre Iris est peut-être le plus naturel, c’est-à-dire le mieux caractérisé, du Règne végétal, et ses nombreuses espèces, quelle (pie soit leur diversité de grandeur et de couleur, peuvent être toutes ramenées à un même type, dont le trait principal est la structure singulière des styles et des stigmates.
Le genre Safran, qui avoisine celui des Iris, présente aussi trois styles larges et colorés ; mais leur stigmate, au lieu d’être une petite fente, figure une crête oblique et dentelée. Ce sont ces styles et ces stigmates que l'on recueille pour le commerce, et qu'emploient les confiseurs et les teinturiers. Comme la corolle ne dure qu’un jour ou deux après son épanouissement, il faut que dans ce court intervalle le Safran soit cueilli et épluché; aussi voit-on, en septembre, dans les campagnes du Gâtinais, un grand nombre de femmes et d'enfants occupés sans»relâche à celte récolte de trentesix heures. Les pharmaciens ont aussi du Safran dans leurs officines, et je crois que ce produit végétal, riche en couleur, en odeur, en saveur, est trop souvent négligé par les médecins modernes. Les médecins d’autrefois vénéraient le Safran, et je me souviens d’avoir entendu un vieux docteur me dire gravement que le Safran avait pour vertu spéciale celle d’exciter à la gaieté, en termes techniques, d’être un exhilarant ( ceci ne vous apprend rien en médecine, je ne manque donc pas à mes engagements). C’est aussi aux Ir idées qu’appartiennent le Glaïeul des jardins ( Gladiolus communis ) et cette superbe Tigridie, dont l’épanouissement ne dure que quelques heures.
Les [liantes de la famille des Orchidées constituent, par les formes bizarres de leur fleur, un des groupes les plus tranchés du Règne végétal ; leur tige est herbacée et peu élevée dans nos climats ; mais elle grimpe souvent à des hauteurs considérables dans les régions tropicales. Vous verrez dans les serres plusieurs Orchidées grimpantes, dont la plus connue est celle qui nous donne la Vanille. Les fleurs sont disposées en épis ou en grappes ; le calice a trois folioles colorées, soudées inférieurement avec l’ovaire ; la corolle est aussi composée de trois pétales; l’un d'eux, qui a reçu le nom de tablier, est plus grand que les autres, et il offre quelquefois les ressemblances les plus singulières. Il y a des Orchidées dont la fleur imite un sabot, une mouche, une araignée, un boni-
Pistil d’iris.
don, un singe à longue queue, un homme pendu par la tète. Les étamines sont le plus souvent réduites à une seule, par l’avortement des deux autres; leur pollen est solide, comme dans les Asclépiades, et non pulvérulent comme dans tous les autres végétaux. Prenez cet Orcliis, passez une épingle dans les deux petites fentes de son anthère, qui est adossée au style, vous en ferez sortir un petit corps vert, en forme de massue, tenant, par son extrémité amincie, à un petit écusson : c’est le pollen ; quand les loges de l’anthère s’ouvrent, cette petite massue de pollen tombe d’elle-même sur une cavité luisante et visqueuse que vous voyez au-dessous de l’anthère ; cette cavité est le stigmate : dès lors la fécondation est assurée. Ouvrez maintenant l'ovaire, il est à une seule loge, et renferme des graines menues comme de la sciure de bois.
En continuant notre revue, nous allons voir dans les familles la structure de la Heur se simplifier de plus en plus, et en quelque sorte s’appauvrir. Ainsi les Joncs nous offrent encore deux enveloppes de trois pièces, qui protègent la Heur ; Tnais ces enveloppes sont sèches et écailleuses ; et vous les prendriez pour des bractées si elles n’étaient pas groupées circulairement comme un calice double.
Les Joncs nous conduisent à la nombreuse famille des Graminées, où l’on ne trouve ni corolle ni calice ; les Heurs sont disposées en épis^ serrés comme dans le froment, ou lâches comme dans l’avoine. Chaque fleur se compose d’un ovaire à une graine, surmonté de deux stigmates plumeux ; sur le réceptacle qui porte cet ovaire sont trois étamines, à filets déliés et à longues anthères qui ont la forme d’un fer de flèche. Rien de plus élégant que ces fleurs sveltes de nos prairies, d’où pendent ces étamines et ces stigmates, que le moindre contact peut briser. Chaque fleur, ainsi conformée, est protégée à sa hase par deux bractées, situées un peu au-dessous l’une de l’autre, et dont la plus grande emboîte la plus petite ; en dehors de ces bractées, il y en a deux autres qui forment une seconde enveloppe, soit pour une fleur unique, soit pour plusieurs fleurs groupées en épillet : ce sont ces bractées qu’on nomme la bàlc, et c’est la bâle fournie par l 'avoine que les gens de la campagne emploient pour la garniture de leur lit.
La tige qui porte le nom de chaume, est fortifiée d’espace en espace par des noeuds d’où partent des feuilles qui s’enroulent d’abord autour de la tige, de manière à former un fourreau fendu dans sa longueur, puis se déroulent en lame allongée et pointue. Il y a souvent, à la limite du fourreaü et de la feuille proprement dite, de petites écailles, ou des poils, ou des taches, qui forment de bons caractères distinctifs pour la description des espèces.
Les Graminées, dont la couleur est uniforme, dont la structure est simple et la physionomie modeste; les Graminées, qui vivent partout et de peu, qui sont tributaires de tous les animaux herbivores, qui fournissent à l’homme les Céréales, et représentent la tourbe menue de la nation des végétaux, devaient être nécessairement rangées par Linné clans les classes inférieures de la société ; voici comme Linné caractérise cette famille : je vous traduis littéralement sa phrase latine, dans laquelle il n’y a pas un mot qui ne renferme une allusion piquante :
« Les g i\am ens, plébéiens, campagnards, pauvres, gens de chaume et de bâle, communs, simples, vivaces, constituent la force et la puissance du royaume, et se multiplient d'autant plus qu’on les maltraite et qu'on les foule aux pieds. »
le ne vous décrirai pas les genres nombreux qui composent cette famille, et dont vous
avez sous les yeux les principales espèces : je me contenterai de vous citer celles qui sont le plus utiles à l’homme : à leur tcte, il faut placer, sur une même ligne, le Froment et le Riz; la patrie du premier est inconnue, l'autre est originaire de l’Inde. Le Maïs, le Seigle, Y Orge et la Canne à sucre, viennent ensuite ; le Maïs nous est venu de l’Amérique méridionale, l’Orge de la Sicile, la Canne à Sucre a pour berceau les Indes orientales ; les anciens n’en employaient que le suc, qu’ils appelaient Miel de roseau. Les Chinois cependant connaissaient depuis deux mille ans l'art de le faire cristalliser, lorsqu’à la lin du treizième siècle, la Canne à Sucre fut portée par des marchands, de l’Inde en Arabie; puis en Égypte, où elle réussit; puis dans l’Asie Mineure et les États Barbaresques ; ce fut en 1506 qu’elle fut introduite à Saint-Domingue, d’où elle s’est répandue dans l’Amérique. C’est la tige qui fournit le Sucre : la sève abondante qu’elle renferme est exprimée au moyen de presses, épaissie ensuite sur le feu jusqu’à consistance de sirop épais ; ce sirop, abandonné à lui-même, cristallise confusément, et forme ce qu'on nomme la Cassonade. C’est dans cet état qu’on le transporte en Europe. Là, on redissout celte Cassonade dans de l’eau, on y mêle du sang de bœuf et des os de cheval réduits en charbon ; on fait bouillir cet horrible mélange, et voici ce qui arrive le sang se coagule par la chaleur, et enveloppe, dans l’écume insoluble qu’il forme, toutes les matières terreuses de la Cassonade ; le charbon d’os, qui possède la faculté,, inexplicable, de détruire la couleur des liquides sans altérer leur goût, décolore le sirop en même temps que le sang de bœuf le purifie; on sépare enfin le liquide, purifié et incolore, de toutes ses écumes ; on le fait évaporer, on le verse dans des vases coniques, où il se refroidit, puis se cristallise, et l’on a le Sucre en pain.
Je ne dois pas quitter la famille des Graminées sans vous faire comprendre comment les Céréales sont utiles à l’homme : si vous pressez entre les doigts une graine de Froment presque mûre, ou si vous l’ouvrez en long, par le petit sillon qu’elle présente, vou* en ferez sortir un très-petit corps vert qui en occupe la base ; ce petit corps est la jeune plante : cotylédon, jeune racine, jeune tige, jeune bourgeon, tout est là. Quelle est donc cette matière blanche qui constitue la presque totalité de la graine? C’est ce dépôt de nourriture, cet aliment supplémentaire, dont je vous ai déjà parlé. Or, celte matière blanche, qui abonde dans les Graminées, est de nature farineuse; c’est elle qui doit suppléer à l’insuffisance du cotylédon pour alimenter la jeune plante, quand il faudra qu’elle germe; et c’est elle précisément que l’homme confisque à son profit pour en faire sa nourriture.
Il y a, près des Graminées, une famille qui leur ressemble beaucoup par son port et par sa fleur; c'est la famille des Soucliets ou Cypéracées, mais celte ressemblance n’est pas complète : passez la main sur ce Carex , ne sentez-vous pas sa tige triangulaire? trouvez-vous les nœuds que vous avez vus dans le chaume des Graminées? Tâchez d’ouvrir la gaine que forme la feuille autour de la tige : vous ne le pourrez sans la déchirer, car elle n’est pas fendue sur toute sa longueur. En outre, les fleurs, au lieu d’être pourvues chacune de deux bractées, n’en ont qu’une, et la bâle extérieure manque toujours. Quant à la séparation des fleurs en fleurs à étamines et fleurs à pistil sur des épis différents, ce caractère existe dans quelques Graminées, telles que le Maïs. La famille des Soucliets présente peu d’intérêt sous le rapport des services qu’elle rend à l’homme, mais nous lui devons le Papyrus, que nous verrons dans les serres.
Enfin nous arrivons à des plantes dont les Heurs non-seulement sont dépourvues de corolle et de calice, mais encore manquent de bractées. Ce sont les Arums. Descendons au bas du carré où nous en trouverons plusieurs espèces : remarquez d’abord ces feuilles larges, taillées en flèche, vertes, luisantes en dessus, et dont plusieurs sont tachetées de noir : observez maintenant cette autre feuille, d'un vert jaunâtre roulée en cornet. A l’orifice de ce cornet vous apercevez une espèce de pompon d’un rouge vineux ; si maintenant vous ouvrez ce cornet, vers sa base, il va laisser à découvert un appareil très-compliqué. Tout à fait en bas sont les pistils, formant plusieurs rangées autour de la tige ; au-dessus d’eux sont les étamines, dont les anthères manquent de filets et sont pesées immédiatement sur la tige, comme les pistils, mais offrent des séries beaucoup plus nombreuses. Au-dessus d’elles vous voyez deux ou trois rangées de corps pointus dont les pointes se roulent sur elles-mêmes : ce sont des étamines non développées; enfin tout à fait en liant, le pompon que vous avez remarqué d’abord. En résumé, dans les Arums, le calice et fa corolle manquent, les bractées particulières à chaque fleur manquent aussi, et les fleurs seraient complètement nues, si elles n’étaient protégées par une grande bractée, qui forme autour d’elles une enveloppe commune.
Les Arums offrent une particularité bien curieuse, que vous allez peut-être vérifier : à une certaine époque de la floraison, le pompon acquiert une chaleur considérable, sensible à la main ; cette chaleur commence d’ordinaire entre trois et quatre heures de l’après-midi; son plus haut degré se fait sentir entre six et huit heures du soir, et elle cesse vers dix heures. Le pompon noircit pendant ce phénomène, qui ne dure que quelques jours.
Outre les familles que nous venons de passer en revue dans ce carré, et dont la graine est à un seul cotylédon, vous avez encore à connaître les Palmiers et les Bananiers. Nous en parlerons bientôt quand nous visiterons les serres.
Passons maintenant à une classe de plantes d’une organisation inférieure : ce sont les Fougères, les Mousses, les Lichens, les Champignons et les Algues. Ici ce ne sont plus seulement le calice, la corolle et les bractées protectrices qui manquent : on ne trouve plus d’étamines ( si ce n’est peut-être dans les Fougères et dans les Mousses ) ; on ne trouve, plus ni stigmates ni ovaire ; les graines mêmes sont dépourvues de cotylédons et de tuniques propres, et vous ne pourrez y distinguer ni un e jeune racine, ni une jeune tige, ni un jeune bourgeon, comme dans les familles précédentes. Les corps reproducteurs (car on ne peut leur donner le nom de graines ) sont des espèces de sacs qui se gonflent par l’humidité ; ce sac, qui ne formait d’abord qu’une seule cavité ou cellule, s’allonge et se cloisonne, c’est-à-dire que, dans la cellule allongée, il s’établit des cloisons qui la subdivisent en plusieurs cellules, dont le nombre augmente à mesure que la plante se développe et se ramifie.
Vous concevrez sans peine que ces plantes, vu la petitesse ou l’invisibilité de leurs organes reproducteurs, doivent échapper à la culture : aussi ne trouverons-nous dans ce carré que les Fougères. Les autres familles ne se laissent pas expatrier par l’homme, et nous ne pouvons les étudier que dans la localité qui leur a été assignée par la Nature.
Lu mot seulement sur les Fougères : ces plantes, (pie vous voyez ici herbacées, deviennent arborescentes sous les tropiques; leur souche est ordinairement souterraine;
BOTANIQUE. o17
elle produit des feuilles roulées eu crosse dans leur jeunesse; les organes de la fructification occupent la face inférieure de ces feuilles ( (pie l’on peut considérer comme des rameaux foliacés) ; et ils y forment de petits groupes circulaires ou allongés. Ces groupes sont ordinairement recouverts d’une pellicule provenant de l’épiderme soulevé par eux, et se déchirant après leur développement. Chaque groupe est composé d’une multitude de petites coques ; chacune de ces coques s’ouvre à la maturité, par le déroulement élastique d’un anneau, qui l’entoure comme un bourrelet, et il en sort de petits corps reproducteurs. Un botaniste de Prague vient tout récemment de découvrir dans les groupes, de petits filaments surmontés d’un globule : sont-ce des étamines? on ne peut l’affirmer, car on n'a rien vu sortir du globule.
A l’extrémité du carré, vous voyez des plantes que l’on regardait autrefois comme des Fougères, et qui forment aujourd’hui la famille des Prèles. Leur tige est dépourvue de feuilles, et porte des rameaux groupés circulairement, sillonnés, et composés, ainsi fine la tige, d articles s emboîtant 1 un dans l’autre; ces articles sont munis, à leur point de jonction, d’une gaine denlée : ces dentelures représentent peut-être des feuilles ; la fructification est un épi conique terminant la plante ; cet épi se compose d’écailles eu forme de têtes de clous, qui protègent les organes reproducteurs. Cette famille, dont le îang est si modeste aujourd hui dans le Règne végétal, y a rempli jadis un rôle important, comme vous le saurez quand nous visiterons les Galeries de Botanique.
La famille des Mousses, quoique moins favorisée que les Fougères, sous le rapport de la végétation, semble l’être davantage en ce qui concerne les organes de la fructification. \ ous trouva ez au pied de tous les grands arbres une belle espèce qu’on nomme le Po~ lylric ou Mousse dorée (Polytrichum commune)-, elle peut servir de type pour toute la famille; elle présente de petites tiges herbacées, vertes, chargées de feuilles nombreuses et menues ; parmi ces tiges il y en a qui sont terminées par des rosettes composées de bractées, entre lesquelles sont de petits sacs d’où sortent des cellules hexaédriques, (pie l’on regarde comme des grains de pollen. Les autres tiges sont terminées par un pédoncule long et mince, au sommet duquel est une capsule nommée urne , dans laquelle sont contenus les organes reproducteurs ; celle urne était d’abord au niveau des rosettes contenant les anthères, mais, avec l’âge, elle a été soulevée par l’allongement du pédoncule ; elle a emporté avec elle une enveloppe nommée coiffe, qui tenait à une pellicule entourant 1 urne, et qui a été déchirée par le soulèvement de celle-ci : celte coiffe recouvre un couvercle conique, qui est posé immédiatement sur l’urne; si, après avoir enlevé la coiffe, vous détachez aussi ce couvercle, vous voyez la cavité de l’urne, au centre de laquelle est un axe, qui sert de support aux semences remplissant l’urne. Ces caractères s’appliquent à toutes les Mousses, et ne sont pas difficiles à vérifier.
Dans les Lichens , l’organisation se simplifie encore davantage. Ces végétaux vivent sur la terre, sur les rochers, sur l’écorce des arbres, <]ont ils absorbent l’humidité superfi< ielle sans êtie \éi ilahlement parasites. Leur consistance est coriace ; ils se présentent sous l’apparence de feuilles, ou de tiges, ou d’écailles, ou d’une simple croûte pulvérulente. Les organes de la reproduction sont des réceptacles ayant la forme de petites soucoupes plus ou moins concaves qui portent les organes reproducteurs ; ces organes sont des sacs posés debout les uns contre les autres, à peu près comme du velours ; ils
contiennent ordinairement quatre petites cellules cloisonnées, (pii sont considérées par les uns comme des graines, par les autres comme des ovaires.
Cette famille fournit le Lichen d'Islande , qui sert de nourriture aux habitants des régions polaires ; ils le dépouillent de son amertume en le faisant macérer dans 1 eau, puis ils le réduisent en farine. Un autre Lichen, nommé Orscille ( Roccclla lincloria ), donne une couleur violet te ou purpurine, employée par les teinturiers.
La famille des Champignons va nous conduire près de la limite du Règne végétal. Ces végétaux vivent sur le bois pourri, les feuilles mortes, le fumier ; leur tige est souterraine, et se compose de filaments entre-croisés, que l’on nomme vulgairement blanc de Champignon : sur divers points de ces filaments naissent de petits tubercules qui, en se développant, sortent de terre et forment des réceptacles figurant, soit une boule, soit un godet, soit une massue, soit un cliapeau : prenez pour type de la famille le Champignon de couche (Agaricus campcslris). Le réceptacle est ordinairement porté sur une espèce de pédoncule, qu’on nomme le pied du Champignon ; souvent le pédoncule et le chapeau sont enveloppés dans leur jeunesse d’un voile complet; souvent aussi, du pourtour du chapeau au milieu du pédoncule, il y a un voile partiel qui sert à protéger les organes de la fructification ; ces organes sont ordinairement situés sous le chapeau. — Ce dernier présente en dessous des lames attachées à la voûte qu’il forme ; ces lames ne sont que des cloisons qui appartiennent au chapeau. Elles sont tapissées par un e pellicule qui porte les organes de la reproduction ; ces organes sont des sacs chargés chacun de quatre cellules, qu’on regarde comme les corps reproducteurs. Ces cellules sont si serrées sur les lames du chapeau, qu’elles constituent la couleur des lames. C'est ce qu’on voit en laissant pendant quelques heures des Champignons sur du papier blanc : bientôt les cellules se détachent de leur support, et leur couleur les rend trèsvisibles.
Du genre Agaric , qui renferme plus de mille espèces, il y a encore loin au genre moi si s su itE. Quand une substance végétale ou animale s’altère, elle devient propre à recevoir les germes des moisissures, qui flottent imperceptibles dans l’atmosplicre. Le germe, déposé sur le terrain qui lui convient, forme bientôt un filament qui ne tarde pas à se ramifier ; ces ramifications s’entrecroisent et forment une espèce de réseau, ordinairement blanc; sur ce réseau naissent les filaments reproducteurs, cloisonnés, terminés par une petite boule pleine d'un liquide où nagent des granules qui, plus tard, rompent leur prison et se répandent au dehors pour reproduire la plante. Tous ces détails ne peuvent s’observer qu’au microscope ; on croyait autrefois que les Moisissures se formaient spontanément ; mais depuis (pic les moyens d’observation se sont perfectionnés, l’origine de ces végétaux n’est plus douteuse.
11 y a des Moisissures qui végètent dans des corps vivants, qu’elles finissent par faire périr. Les Fers à soie , par exemple, sont souvent victimes d’une espèce particulière, (pii pénètre par les stigmates respiratoires de l’animal, se développe dans ses trachées, et refoule ses viscères ; puis, quand le moment de la reproduction est arrivé, les filets reproducteurs percent la peau de la chenille, et présentent bientôt la petite boule qui renferme les granules. Cette maladie, nommée muscardine , est redoutée des fabricants de soie, parce quelle est éminemment contagieuse.
C'est à la famille des Champignons que nous devons plusieurs substances alimentaires
NOTA Mulâ¬
tres- recherchées, telles que les Truffes] les Morilles , certains liolel s, certains Aijarics ; mais, dans les Agarics, on rencontre des espèces vénéneuses, qui ressemblent beaucoup aux espèces comestibles, il y a peu de moyens de les distinguer au premier coup d’u il , il faut avoir recours à des caractères botaniques, souvent fort difficiles à observer. Cependant on a remarqué en général qu’il faut rejeter les Champignons dont l'odeur et le goût sont désagréables, ceux dont la chair est mollasse et aqueuse, ceux qui croissent dans les lieux ombragés et humides, ceux qui se gâtent avec facilité, ceux qui changent subitement de couleur quand on déchire leur tissu. Autre précaution importante a prendre quand il y a incertitude : le vinaigre, ayant la propriété de s'emparer du principe vénéneux des Champignons, il faut les faire macérer dans de l’eau vinaigrée, après les avoir coupés par tranches minces, et rejeter ensuite celte eau.
Vous avez souvent remarqué après la pluie, sur la terre ou sur les pierres humides, au pied des murailles, de petites croûtes de couleur verte ou rougeâtre : ces croûtes sont les plus simples de toutes les organisations végétales : les unes consistent en une masse irrégulière et gélatineuse, recouverte d’une pellicule; on y distingue des cellules qui s’arrangent en chapelet; bientôt ces cellules s’ouvrent et donnent issue à des cellules nouvelles, engendrées dans leur cavité, qui se disséminent et reproduisent la plante : ces végétaux portent le nom de Nostochs. Les autres sont des filaments enveloppés d une sorte de mucosité, et feutres ensemble par leurs bases; ces filaments, qui se composent de deux tubes emboîtés l’un dans l’autre, et dont 1 intérieur renferme des corpuscules colorés, jouissent d’une propriété bien remarquable : ils se meuvent cireulairemenl, ou se balancent d’avant en arrière, ou décrivent des ondulations variées; leur mouvement est tantôt lent, tantôt brusque, mais chaque espèce en a un qui lui est propre. Ces êtres singuliers sont nommés Oscillaires. — Nous voilà sur la Ironlière du royaume : les Oscillaires sont-elles des plantes ou des animaux? Un pas de plus, nous tombons dans le règne animal, et nous rencontrons le Polype de 1 Éponge , qui appartient aux Zoophyles ou Animaux-plantes.
Les Nostochs et les Oscillaires, qu’on rencontre partout, mais (pi on ne peut étudier
qu’avec le microscope, n’occupent pas cependant le plus bas degré de l’échelle végétale. Il est une plante dont l’organisation est encore inférieure à celle que je viens de vous décrire : allez au pôle, et vous y verrez de la neige rouge; cette coloration est due à de petits corps qui ne sont autre chose que des cellules isolées, pleines de suc. Ici, lèire végétal est réduit à l’état de simplicité absolue ; cette singulière production est nommée Prolococcus nivalis.
Les Nostochs, les Oscillaires et le Prolococcus appartiennent à l'immense famille des Algues, la plus ancienne du Règne végétal, comme vous le saurez bientôt.— Les Algues sont des plantes aquatiques, et habitent surtout la mer; elles ont la forme tantôt d’un (il, tantôt d’une lame, tantôt d'une membrane, et quelquefois elles présentent ces trois états réunis ; leur consistance est gélatineuse, ou membraneuse, ou coriace ; leur tissu est cloisonné ou continu. Quelquefois elles se ramifient indéfiniment, et atteignent des proportions gigantesques. Tel est, par exemple, le Varech que 1 amiral d LJ rv il le a rencontré dans les mers du sud, et qui entravait la marche de ses navires; cette Algue est comestible, de là son nom de Durvillea ulilis. — (.a fructification des Algues marines n’a éiê jusqu'ici (pie très-imparfaitement connue , mais les beaux travaux de 1VI . lte< aisin
l’un des naturalistes de ce Jardin, vont jeter une vive lumière sur la structure intime de leurs organes reproducteurs.
Si le Jardin des Plantes ne nous offre pas, rangés en ordre et à leur place convenable, les Mousses , les Lichens et les Champignons , ces plantes se trouvent dans tous les bois, et vous pouvez facilement les observer; mais il n’en est pas de même des Algues marines ; c'est dans leur patrie qu’il faut les étudier. N’allez pas sur le quai d’un port de mer, voir quelques Varechs fangeux et mutilés, que le reflux a laissés sur la vase ; j toussez hardiment votre excursion jusqu’aux récifs les plus avancés de la côte, que la mer ne quitte jamais : c’est là que sont fixés les crampons vigoureux des Algues ; c’est au pied de ces granits primitifs, battus d’un flot éternel, que se sont succédé leurs générations depuis les premiers âges du Globe. Allez donc en Bretagne, madame, allez visiter cette terre, si longtemps ignorée des artistes, et qu’ils ont aimée dès qu’ils l’ont connue. Si votre âme s’élève à la vue des grandes scènes de la nature, préférez pour quelques instants à votre rivière toujours tranquille, à vos plaines sans accident, à vos monotones rideaux de peupliers, préférez la tempête sonore, les âpres rochers et les aspects sauvages de l’Océan breton. Du haut des promontoires escarpés de nos Côtes-du- Nord. , vous pourrez contempler au-dessous de vous le précipice effrayant, dont le fond est un lit de galets, que la mer vient battre deux fois par jour. Si vous y arrivez à l'heure du flux, vous verrez au loin s’avancer vers vous d’immenses nappes d'eau, qui se développeront paisiblement sur la plage déserte, comme l’avant-garde d’une armée envahit sans résistance un pays abandonné par ses habitants; mais bientôt la mer, rencontrant la pente rokle de la falaise, s’irritera contre l’obstacle qui l’arrête; le bruit de sa colère mugissante remplira votre cœur de trouble et de plaisir; vous la verrez, à chaque flot, gagner du terrain, puis reculer en ramenant avec elle des milliers de cailloux, qu’elle rejettera ensuite plus loin avec fureur. Alors les froides théories des savants disparaîtront devant la poésie de ce tableau ; et les lois de l 'attraction, qui agit en raison inverse du carré des distances, s’effaceront de votre mémoire; alors la mer ne sera plus pour vous une masse d'eau salée, que la lune et le soleil attirent : ce sera l’Océan, animé et intelligent, qui exécute avec fidélité le pacte d’obéissance arrêté par le Créateur entre les sphères célestes et lui ; alors, satisfaite d’avoir imposé silence à votre raison, qui se plaît dans le doute, pour n’écouter que votre âme, dont le bonheur est de croire, vous resterez devant ce beau spectacle, enveloppée de vos illusions, qui valent mieux que la vérité.
Puis, quand vous vous serez familiarisée avec les émotions régulières du drame sublime qui s’exécute sous vos yeux, un vif désir d’y prendre part viendra peut-être s’emparer de votre âme ; vous voudrez voir de près cet élément terrible, et mettre en rapport votre petitesse avec son immensité; vous descendrez le promontoire, en suivant les détours de l’étroit sentier qui conduit à la grève ; là, vous vous ferez un jeu de poursuivre la vague qui recule, et de la fuir à votre tour quand elle revient plus menaçante; vous serez fière d’être placée entre une montagne à pic et l’Océan qui gronde ; et comme le grand prêtre d’Homère, vous marcherez silencieuse le long du rivage retentissant.
Mais, pour cueillir des Algues, c’est l’heure du reflux qu’il faut choisir : la scène alors est bien différente, et quand vous arrivez sur la côte, vous voyez devant vous une vaste étendue de grèves solitaires. A l’horizon se déroule un large ruban d’azur c’est la pro-
fonde mer qui vous permet de vous promener sur son domaine pendant son absence, mais qui bientôt reviendra, liante et puissante, pour en reprendre possession. Allez donc au-devant d’elle, et à mesure que vous approcherez de son lit, cette nature marine, qui de loin vous paraissait froide et inanimée, va vous montrer partout la vie et le mouvement. Votre passage jettera l'effroi parmi des myriades de Crevettes, qui se cachent dans les Zostera , dont la grève est jonchée, et de petits Crabes, d’un beau vert, fuiront à reculons devant vous. Les récifs voisins de la haute mer sont hérissés de Mollusques ; les uns rampent lentement en traînant sur leur dos l’enveloppe calcaire qui les protège ; les autres, appliquant avec ténacité leurs coquilles tranchantes contre la surface des roches, en rendent plus inaccessibles encore les crêtes aiguës et les âpres sommets. Vous pourrez recueillir de nombreuses espèces de Mollusques, qui ont été désignés d’après la forme de leur coquille ; les uns ressemblent à une trompette , de là leur nom de Buccin ; les autres vous offriront la miniature richement enluminée d’une tour en spirale, d’un cierge, d’un bonnet phrygien, d’un turban oriental; il y en a que vous prendrez pour des manches de couteau; il y en a qui représentent l’ébauche d’un peigne courbe, à dents d’ivoire teintes en pourpre. Vous rencontrerez aussi dans les cavités qui retiennent les eaux marines une Astérie, zoophyte rougeâtre, que les habitants du pays nomment Étoile de mer ; et V Oursin comestible, dont le test est armé d’épines mobiles, qui lui servent pour marcher et pour saisir sa proie ; mais le plus hel ornement de ces noirs rochers est V Actinie pourprée, polype charnu, dont les tentacules nombreux, disposés autour de sa bouche, comme les pétales d’une lleur double, semblent couronner les écueils de touffes d’ Anémones purpurines, tachetées de vert.
Le sable doux et fin de la grève est émaillé de millions de coquilles à deux valves, privées de leurs animaux et dont les couleurs éclatantes, passant par toutes les nuances, du violet au rose vif, donnent à la plage le plus riant aspect. Vous trouverez aussi beaucoup de coquilles d’une seule pièce, le long de la limite de la grève ; la plus volumineuse est le Buccin ondé, grande trompette, dont la spire est relevée, de côtes sinueuses comme les ondulations des vagues. Elle sert souvent d’asile à un petit crustacé, nommé Bernard l’hermite, qui en chasse le propriétaire naturel, et s’empare de son domicile. Ces coquillages, d’une seule valve, reposent sur un lit qui provient des détritus de coquilles plus anciennes, roulées et brisées par les Ilots. Au milieu de ces débris, vous pourrez découvrir, avec vos bons yeux, de charmants petits sabots, à taches purpurines ( Turbo purpureus), des Bissoaires, des Cérithes-Limes, que l’on prendrait d’abord pour du sable, et dont chacune est la maison commode et sûre d’un Mollusque quia ses organes digestifs, son système nerveux, son cœur, son industrie et ses amours.
Sur ces rives sauvages, devant cette nature primitive, que l’homme visite rarement, vous éprouverez un sentiment délicieux de solitude et de liberté; là se déploiera devant vous le tableau de l’enfance du monde ; là vous croirez voir, dans sa beauté silencieuse, l’un des premiers jours de la grande semaine, qui fut employée à la création; jour immense, dont chaque minute durait un siècle ; jour tranquille, pendant lequel les familles muettes des Zoopbytes et des Mollusques régnèrent paisiblement et sans partage sur toute la surface du globe. Leur existence fut troublée par les révolutions des jours sui vants, dont chaque aurore était le signal d’un déluge qui passait sur leurs cités popu leuses, et les ensevelissait dans le sépulcre de marbre ou nous les trouvons encore au-
±tl TROISIÈME PARTIE.
jourd’hui. Ces derniers jours virent successivement paraître les Poissons, les Reptiles, les Oiseaux elles Quadrupèdes, qui usurpèrent insensiblement le domaine des Mollusques, et ceux-ci, confinés sur le rivage et dans le lit rétréci de l’Océan, décimés sans cesse par les nouveaux dominateurs du globe, ne furent plus qu’une race disgraciée devant l’Ouvrier suprême, qui détourna d’elle sa face, pour regarder avec complaisance les créatures plus parfaites, récemment sorties de ses mains.
Les végétaux de la classe immense des Algues, ces aînés de la grande famille, créés le même jour que les Animaux inférieurs, et mêlés avec eux par de nombreuses alliances, ont partagé les prospérités et la disgrâce de leurs contemporains ; ils avaient jadis, comme eux, le monde entier pour pairie ; ils sont maintenant relégués sur la même terre d’exil. Les uns vivent le long des confins de l’Océan, les autres forment, sous la haute mer, d’humbles forêts, que la tempête arrache quelquefois du fond des abîmes, pour les jeter sur nos rivages. Dans leurs formes variées à l’infini, on croirait reconnaître les coups d’essai d’une puissance créatrice, qui cherche, de jour en jour, à perfectionner son œuvre : ainsi vous trouverez des Céramium et des Plocamium ramifiés comme des arbrisseaux, portant des bourgeons, des feuilles et des fruits, véritables ébauches, qui promettaient, pour les jours suivants, des végétaux d'une organisation plus compliquée. Il y a une Ulve- Laminaire d’une immense longueur, surnommée le Baudrier de Neplunc : lorsqu’on la fait tremper dans l’eau douce, et qu’on l’expose à lair sec, elle se couvre bientôt d’une efflorescence de cristaux blancs et sucrés, qui an noncent le Sucre parfait, que Dieu donna plus tard aux végétaux supérieurs. La plus jolie des Ulves est une Padine , dont la feuille, imitant fidèlement, par ses zones tachetées, les yeux de la queue du paon, s’élargit dès sa base, et forme un élégant éveil tail, que Dieu perfectionna, vers la fin de la se m aine, en faveur du roi des Gallinacés ; de même qu’il avait d’abord essayé, sur la vivante palette de ses Coquilles, le coloris nuancé du plumage des Oiseaux, les bigarrures delà robe des Quadrupèdes, et l’incarnat de la peau humaine.
jJ 11 l’ÉCOLE UES A nu K ES ERE ! T 1 E US.
Au bas de l’Ecole de botanique, nous allons trouver l'École des arbres fruitiers , qu’on appelle aussi le Carré fruitier. Les végétaux qu’on y cultive occupent des planches differentes, selon la nature de leur fruit. Les arbres ou arbrisseaux dont le fruit est une l>aie1 tels que les Groseilliers , les Framboisiers, les Vignes, les Mûriers, sont rangés dans la première division ; dans la seconde, vous voyez les arbres dont le fruit est à noyau, comme les Cerisiers, les Pruniers, les Pêchers ; dans la troisième, sont les fruits à osselets, comme les Néfliers, les Azcrolicrs, les Plaqueminiers ; dans la quatrième, les fruits à pépins, tels que les Pommiers, les Sorbiers ; et les fruits juteux, tels que la Figue ; dans la cinquième, les fruits dont on mange seulement l’amande, qui est renfermée dans une coque : ce sont les Pins, les Noisetiers, les Noyers, les Châtaigniers, etc. La plupart de ees arbres sont taillés en quenouille: mais nous trouverons au bas de la plantation quel-
Mues Pêchers et autres arbres disposés en espaliers. En adoptant la (aille en quenouille dans l’École des arbres fruitiers, on n'a pas eu pour but d’indiquer la manière de conduire les arbres pour leur faire produire beaucoup de fruits et pour les faire durer longtemps; on a préféré celle (aille parce qu’elle économise le terrain, et met à portée de l’observateur les bourgeons, les feuilles et les fruits de l’arbre, et fait pousser des scions plus longs et plus vigoureux, ce qui donne le moyen d’avoir un plus grand nombre de (jreffcs.
Vous voyez dans cette plantation toutes les variétés d’arbres fruitiers rapprochées les unes des autres selon leurs affinités, et vous pouvez facilement les comparer : les fruits des différentes saisons s’y succèdent depuis le mois de mai jusqu'au mois de novembre ; ils y ont disparu dans certaines variétés, tandis qu’ils ne sont pas encore mûrs dans d’autres. On peut en hiver y étudier les caractères qui font distinguer les variétés par la couleur du bois et la forme des boutons : connaissance précieuse pour les cultivateurs, puisque c’est après la chute des feuilles «pie se font les plantations.
Je viens de vous parler de variétés, de scions, de greffes, et je ne sais trop si vous m’avez compris : je vais donc, pour avoir le droit de vous en parler encore, vous donner d'abord quelques notions générales sur le mode d’accroissement des végétaux, et ensuite vous entretenir des modifications que la main de l’homme a su apporter à leur nature primitive. Ce sera pour vous une leçon élémentaire d'horticulture, (pii vous fera aimer davantage les fleurs et les fruits de votre jardin.
Quand une graine est jeune encore dans l’ovaire, son tissu ne se compose que de petites cellules placées les unes contre les autres ( figurez-vous l’écume de la bière ou de l’eau de savon) ; ce tissu qu’on nomme tissu cellulaire se voit parfaitement dans une tranche fine de pomme. Quand la graine commence à germer ( et même avant sa germination ), ces cellules se modifient : les unes s’allongent en tubes cylindriques nommés vaisseaux. qui servent à charrier la sève, et dont les parois offrent des épaississements divers; les autres s’allongent aussi, et prennent la forme de petits fuseaux, à parois épaisses, s’ajustant les uns avec les aut res, et formant les fibres destinées à solidifier la plante : ce sont ces mêmes libres qui constituent les côtes ou rtenmmdesfeuilles; les autres enfin restent à l’état des simples cellules, et s’imbibent des sucs qui leur sont fournis par les vaisseaux voisins, sucs destinés à nourrir et à multiplier les cellules. Ces cellules contiennent de la fécule, du sucre, des acides, des matières colorantes, de la résine, del’lmile, etc. On nomme 'parenchyme l’ensemble des cellules ; ce (pie vous mangez dans les fruits et les légumes, c’est le parenchyme; les carottes, les navets, les asperges, etc., ne vous plaisent qu’à cause de leur parenchyme ; mais quand ces légumes sont boisés , c’est-à-dire quand avec l’âge les cellules se sont épaissies et refoulées les unes contre les autres de manière à former des faisceaux fibreux, ces mêmes légumes sont rejetés par vous. Voilà pourquoi, par exemple, les carottes de la seconde année ne sont plus comestibles; voilà pourquoi les jeunes pousses d’asperge, •pie l'on recherche au printemps, ne peuvent nous servir quand elles se sont allongées en rameaux et en feuilles.
Il y a des plantes, telles que les Lichens et les Champignons, qui sont uniquement formées de tissu cellulaire; il y en a d’autres, beaucoup plus rares, chez lesquelles il n’y a que des fibres : telle est par exemple la petite Renoncule aquatique A /leur blanche, dont les rameaux, sans cesse lavés par l’eau, se réduisent à de longs filaments verts que l’on
voit ondoyer dans le courant des ruisseaux ; telle est i'Hydrogeton feneslrale, autre plante aquatique, dont les feuilles sont percées de trous, et forment un réseau très-élégant de mailles parallélogrammes, qui ne sont autre chose que des fibres sans parenchyme.
Entre les cellules, sont des espaces tortueux qui tous aboutissent à la surface des feuilles et des parties vertes de la plante. Je vous ai dit que la pellicule, ou épiderme des végétaux, est criblée d’une infinité de petits trous, par lesquels l’air pénètre dans l'intérieur de la plante. C’est précisément à ces orifices, (pii ont la forme d'une bouche béante, que répondent les espaces inlercellulaires ; l’air pénètre dans ces espaces qui contiennent de la sève, et c'est là que s'opère celte merveilleuse élaboration, dont le résultat est de nourrir la plante, et de purifier l’atmosphère, viciée par les animaux.
L’accroissement de la tige, dans les végétaux à deux cotylédons ( dicotylédones ), a lieu en hauteur et en épaisseur. Quand la jeune lige et la jeune racine s’allongent, l’une en montant vers le ciel, l’autre en s’enfonçant dans le sol, le tissu cellulaire, (pii occupe le centre de ces parties, reste lâche et diaphane, c’est ce qu’on nomme la moelle ; les cellules qui entourent cette moelle centrale s’organisent bientôt, et s’endurcissent de manière à former autour d’elle une sorte d'étui; cet étui ne tarde pas à se dédoubler en deux couches distinctes, dont l’extérieure est l’écorce, et l’intérieure le bois. (Je ne parle ici (pie des liges ligneuses, bien que la tige herbacée offre la même conformation ; mais comme elle est abreuvée de sucs aqueux, et qu’elle prend un moindre développement, son tissu mou est incapable de résister aux agents extérieurs de destruction, et elle n’a (pie peu d’années ou peu de mois d’existence. )
L’écorce est tapissée extérieurement par une pellicule transparente très-fine nommée épiderme; sous cet épiderme est une couche verte de tissu cellulaire, qu’on nomme moelle externe, pour la distinguer de la moelle centrale. Cette moelle externe est revêtue intérieurement par les fibres de l’écorce; ces fibres s’appliquent contre celles du bois. La communication entre les deux moelles est établie par des prolongements de tissu cellulaire, qui, lorsqu’on observe une tranche horizontale de la tige, ont l’aspect des rayons d’une roue, ou des lignes horaires d’un cadran. Chacun de ces prolongements provient en partie de la moelle interne, en partie de la moelle externe, et passe entre les fibres du bois et de l’écorce.
Voici maintenant comment s’accroît la tige : les fibres longitudinales de l’écorce sont séparées les unes des autres, comme je vous l’ai dit, par le tissu cellulaire, qui est divisé par elles en lignes rayonnantes, qu’on a nommées les rayons médullaires. Le tissu cellulaire, qui se trouve entre les vaisseaux de chaque fibre, se développe à son tour dans le centre de ces fibres, et forme un nouveau rayon médullaire (pii aboutit à la surface interne de l’écorce ; ce nouveau rayon, et les rayons primitifs qui se trouvent entre les premières fibres, produisent dans leur intérieur un nouveau faisceau fibreux, qui, en grossissant, divise et dédouble le rayon médullaire au milieu duquel il est né. Dans le centre de chacune des divisions du faisceau primitif et du nouveau faisceau central s’en-
gendre ensuite un autre rayon médullaire, et dans ceux-ci se créent successivement «le nouvelles fibres : de celle manière, leur nombre s’accroît sans cesse; elles deviennent très-rapprochées, et forment une couche continue. Le bois s’accroît de la même manière que l’écorce; il est d’abord composé de la moelle centrale qui engendre des fibres autour d’elle; dans l’épaisseur des rayons médullaires se développent de nouvelles fibres, et les fibres primitives sont bientôt séparées, parce quele tissu cellulaire de leur intérieur se développe et forme un rayon médullaire, lequel est bientôt divisé lui-même par une fibre engendrée à son centre. Ainsi s’opère l’accroissement en largeur.
L’accroissement, en hauteur a lieu d’une manière tout i\ fait semblable : la moelle du bois s al longe à son extrémité (laquelle extrémité fait nécessairement partie de la surface extérieure); mesure qu’elle s’accroît, elle serecouvrede fibres qui se continuent avec celles de la surface externe, puisque c’est une même couche qui se développe sur toute la superficie. L’écorce doit son augmentation à un procédé analogue; mais sa partie vivante étant interne, c’est sur sa face interne que se forment les fibres. — D’après cette théorie, que nous devons àM. Dutrochet, vous voyez 1° que l’accroissement se fait par couches à l’extérieur du bois et à la surface interne de l’écorce; 2° que c’est le tissu <« llulaire qui engendre tous les autres. — En voulez-vous deux preuves convaincantes? Tracez des caractères sur un arbre en entaillant l’écorce dans toute son épaisseur, < t en entamant même le bois : ces caractères seront bientôt séparés en deux parties. La partie creusée dans le bois est recouverte par les nouvelles couches, et se trouve ainsi î enfermée ; celle qui occupait l’épaisseur de l’écorce est repoussée au dehors par les fibres de nouvelle formation ; ainsi les deux portions de caractères sont séparées par les couches de bois et d’écorce tout à la fois : donc ces parties croissent en sens inverse. — Si maintenant vous voulez vous assurer que c’est le tissu cellulaire qui engendre toutes ces parties, coupez par tranches menues, au printemps , une lige charnue : \ous voyez au point de jonction de l’écorce et de la tige une couche transparente, qui est la partie nouvellement développée. Si vous enlevez l’écorce, vous enlevez avec elle la moitié de cette couche transparente: l’autre moitié reste adhérente au bois. Cette séparation s’opère sans déchirure : le bois et l’écorce ne sont donc que juxtaposés; tous deux se séparent d’eux-mêmes en produisant une couche au point de contact. Cette couche, d’abord entièrement cellulaire, se continue avec les deux moelles, n’en est par conséquent qu’une émanation, et, puisqu’elle forme les fibres , il faut conclure que c’est le tissu cellulaire qui est la source primitive de toutesles productions.
Mais quel est l’aliment qui, en nourrissant les cellules, leur donne cette faculté créatrice? c’est la sève. Ce liquide, que les racines ont pompé dans le sol, monte dans la tige par /es vaisseaux qui entourent la moelle centrale, et se répand en même temps du centre à la circonférence : il arrive ainsi dans les parties vertes des végétaux, principalement dans les feuilles. Celles-ci, étant le siège de la transpiration, et faisant office d epoumons, mettent la sève en communication avec l’atmosphère: la sève se dépouille alors de la plus grande partie de son eau, s’enrichit du carbone que lui apporte l’acidecarbonique del air, s’assimileen même temps le carbone qu’elle avait puisédansle terreau, acquiert ainsi de nouvelles propriétés , se transforme en suc nourricier, et redescend des feuilles vers la racine entre le bois et l’écorce. C’est cette sève descendante qui abreuve le tissu cellulaire, et produit chaque année une couche d’écorce et une couche de bois.
Le bois d’un arbre dicotylédone se trouve donc formé de cônes très - allongés dont le sommet est en haut , et qui s’emboîtent les uns dans les autres, de manière que le plus récent est aussi le plus extérieur. Si vous coupez transversalement le tronc de cet arbre, vous verrez sur la tranche des cercles concentriques qui sont la limite des
couches formées chaque année, et dont le nombre peut par conséquent indiquer l’Age de la tige ; si vous observez la tranche d’un rameau, les zones ne vous apprendront que l’Age de ce rameau : pour savoir celui de l’arbre, il faut le couper au collet de la racine.
Coupe d’une tige dicotylédone.
Les tiges des végétaux à un seul cotylédon ( monocotylédones ) s’accroissent d’une manière toute différente. Si vous observez la germination d’une graine de palmier , vous verrez qu’il ne s’élève plus de jeune tige: c’est le jeune bourgeon qui forme une gerbe de feuilles; du centre de cette gerbe s’en élève une autre, qui rejette les premières en dehors ; celle-ci persiste par sa base seulement, et forme sur le collet de la racine un anneau qui devient la base de la tige. Ce ne sont donc plus des cônes creux emboîtés, ce sont des anneaux superposés, et la tige ne croît qu’en hauteur. — Le tronc d’un arbre monocotylédone, coupé en travers, n’offre ni zones concentriques,
ni rayons médullaires, ni moelle centrale; le bois est divisé en filets nombreux, tantôt épars, tantôt disposés par fais-
1 r>; I ceaux ; chacun de ces faisceaux est entouré de moelle ou tissu
*3hjAl»
Coupe d’une tige monocotylédone. cellulaire; les parties les plus centrales sont les plus jeunes
et les moins dures : c’est ce qui a fait dire à quelques botanistes que le tronc d’un arbre monocotylédone est comparable à une tige dicotylédone privée de son bois, et dont l’écorce s’est développée A l’intérieur, de manière A
confondre ensemble tous les faisceaux fibreux.
Parlons maintenant des divers modes de reproduction que la nature a accordés aux végétaux. Vous connaissez la reproduction par fécondation : elle est opérée par le pollen jeté sur le stigmate , qui a ensuite passé dans l’ovaire entre les cellules du style ; — mais les plantes se multiplient par plusieurs autres moyens , dont les principaux sont les boutures , les marcottes , les drageons , les stolons , les tubercules et les bulbilles.
La bouture est une jeune branche que l’on sépare d’un végétal, et que l’on met en terre pour produire un nouvel individu. On choisit dans le temps de la sève une branche saine , vigoureuse , garnie de boutons , et verticale plutôt qu’horizontale ; on enlève avec l’ongle les boutons situés sur la partie qu’on doit enterrer, mais on respecte les bourrelets qui leur servent de support, car ce sont eux qui doivent produire les racines : ce moyen de reproduction s’applique surtout aux Saules, aux Peupliers, etc.
La marcotte est une branche tenant au tronc, dont on environne la base de terre humide pour y provoquer la formation de racines; quand les racines sont développées, on sépare les branches de la plante mère, et on les met en terre comme une bouture.
Les drageons sont des branches qui naissent au pied de plantes ligneuses et herbacées , et qui , séparées avec un fragment de la racine, puis mises en terre , peuvent former de nouveaux individus : c’est ce qu’on peut expérimenter sur les Violettes, la Vigne, VOlivier, etc.
Les stolons ou coulants sont des branches poussant du collet des raciues tombantes, et
produisant, d’espace en espace, supérieurement des racines, inférieurement des feuilles : c’est ce que vous observez dans le Fraisier.
Les tubercules sont des masses épaisses , contenant du tissu cellulaire dont les mailles sont remplies de fécule, et entre-croisées par quelques vaisseaux qui se rendent A la surface. Celle surface offre de petites cicatrices ou yeux , qui ne sont autre chose que de véritables bourgeons souterrains , aptes à produire de nouveaux individus : c’est ainsi que la Pomme de terre peut se reproduire; la Pomme de terre est un véritable rameau souterrain , gonflé de parenchyme, d’où naissent des racines et des feuilles.
Les bulbilles sont des corpuscules écailleux ou charnus qui naissent sur diverses parties de certains végétaux , se détachent de la plante mère , s’enfoncent en terre, et produisent de nouveaux individus : c’est ce qu’on observe dans une espèce d 'Ail et une espèce de Lis.
La greffe est un mode de reproduction des végétaux ligneux , qui consiste à implanter sur un individu une branche ou un bouton d’un autre individu. Pour que la greffe réussisse, il faut que les deux individus appartiennent au même genre et à la même famille ; que leurs vaisseaux soient conformes , pour pouvoir s’aboucher ; que leurs sucs soient identiques; qu’ils absorbent la même quantité de sève, et entrent en sève à la même époque : lorsque ces conditions sont remplies , et que l’on met en contact les fibres intérieures de leur écorce, la branche ou le bouton greffé se développe comme A sa place naturelle. L’individu sur lequel on pratique la greffe s’appelle sujet, et l’individu qu’on lui fait adopter s’appelle greffe.
§ 111. l’école d b culture.
Passons dans le carré qui fait suite à l’École des arbres fruitiers, et qu’on nomme V École de culture. Celte École est destinée A mettre sous vos yeux tout ce qui est relatif A l’éducation des végétaux , et A offrir des modèles des diverses pratiques employées pour leur multiplication. — C’est ici que vous pourrez observer les boutures , les marcottes, les greffes , les plantations , la manière de tailler des arbres , soit pour prolonger leur durée, soit pour rendre leurs fruits plus gros, plus savoureux, plus abondants; la taille de la Vigne , en plants isolés, en berceau, en espalier; les Haies, divisées en haies de défense, haies greffées, haies simples et doubles, haies de fourrages; les Palissades de printemps, d’été et d’hiver ; les Fossés, la manière de les construire et de les fortifier par des Haies. — Dans les planches destinées A la taille des arbres , on voit A côté l’une de l’autre les tailles en quenouille, en boule, en buisson, en vase, en éventail, en espalier, et 1 ’arcure, qui consiste A courber les branches en demi-cercle, pour détourner le cours de la sève , et faire produire plus de fruits A l’arbre. Vous allez comprendre comment on peut hAter la maturité des fruits, en enlevant au printemps un anneau d’écorce sur la branche qui doit les porter, ou en interrompant , par des ligatures, le cours de la sève descendante, pour la faire refluer vers les fruits. — Dans les planches où sont les modèles de greffes, vous voyez des arbres soudés ensemble par le
haut de leur tronc, de manière qu’une seule tête est nourrie par quatre ou cinq pieds qui sont à l’entour. — Il y a des arbres qui portent sur le même pied autant de fruits qu’il y a de branches principales. — Les exemples de Palissades , de Haies et de Fossés offrent également beaucoup d’intérêt : voici des Berceaux ou Cabinets de verdure, formés par la greffe de deux lignes d’arbrisseaux revêtus de feuillage au sortir de terre, et dont les branches, réunies en voûtes, sont si touffues, que le moindre rayon de soleil ne peut y pénétrer; voici des Haies d’arbrisseaux dont les troncs , soumis à de nombreuses greffes par approche , offrent des losanges d’une symétrie admirable.
5 IV. LE PARTERRE DES PLANTES MÉDICINALES, LE CARRÉ FLEURISTE, LE CARRÉ CREUX, LE PARTERRE G II A P T A L.
Descendons maintenant vers la terrasse qui conduit A la porte d'entrée du côté de la rivière: en face de cette porte sont quatre carrés consacrés à la culture des plantes médicinales, dont on fait des distributions gratuites aux pauvres. Elles y sont déposées par bandes, et toutes étiquetées, pour que les herboristes et les étudiants en pharmacie puissent les examiner dans tout leur développement.
Le carré qui vient à la suite du Parterre médicinal porte le nom de Carré fleuriste : on y cultive les plantes d’ornement annuelles et bisannuelles, c’est-à-dire celles qui ne vivent qu’un ou deux ans.
Le Carré creux , au fond duquel il y avait autrefois un bassin destiné à la culture des plantes aquatiques qui devaient recevoir par infiltration les eaux de la Seine, est maintenant consacré à la culture des plantes étrangères dont on envoie des graines au Muséum. C’est là que se fait la vérification des espèces : vous n’apprendrez pas sans étonnement que, sur six à sept mille sachets de graines expédiés chaque année au Jardin, et que l’on sème pour les vérifier, il se rencontre à peine cinquante espèces nouvelles.
Après le Carré creux , vient la Pépinière centrale , que nous visiterons bientôt ; et au delà de cette Pépinière est le Parterre Chaptal, où l’on cultive les plantes d’ornement vivaces. Il doit son nom au ministre qui accorda les fonds nécessaires pour l’établir. Vous y pourrez admirer de longues lignes d 'Iris, des Pivoines , des Maria gons , des Esters, des Daldias , des Géraniums, et de charmantes fleurs propres aux bordures.
S V . l’école des plantes usuelles..
Dans le carré que nous allons visiter maintenant , les plantes ne sont point rangées selon une méthode botanique, mais par ordre de propriétés. Il y a des carrés pour les plantes qui nourrissent l’homme, pour les plantes propres à servir de fourrages, et pour les plantes employées dans les arts. Là sont les Céréales ( Froment , Avoine, Orge, Seigle, Maïs), les légumes farineux ( Haricots , Fcves, Pois, Lentilles, etc.), les plantes
potagères ( Patates, Topinambour, Scorsonère , Choux, Épinards, Oscille, Artichauts, Choux-Fleurs, Capucines, Courges, Melons ), les Semences ou les feuilles aromatiques ( Coriandre, Anis, Fenouil, Persil), les plantes mangées en salade ( Laitue , Chicorée, Mâches)-, là sont aussi les plantes textiles {Lin, Chancre , Phormium tenax ), les plantes tinctoriales ( Garance, Pastel ), les Herbes à fourrages ( Graminées, Trèfles, Luzernes, Sainfoin); enfin, le Houblon, le Tabac, le Chardon à foulon, qui ont un usage particulier.
L’École des plantes usuelles est une véritable ferme-modèle en raccourci. Chaque massif représente un champ destiné à chacun des végétaux herbacés qui sont utiles à l’homme, et qui peuvent croître dans nos climats. On a soin d’alterner les cultures, pour ne pas mettre plusieurs années de suite les mêmes plantes dans le même terrain; cette alternance est fondée sur la propriété spéciale appartenant à chaque plante de ne puiser dans le sol que les matériaux qui lui conviennent, et de laisser ceux qui ne peuvent la nourrir, mais qui pourraient nourrir une espèce différente.
Ceci me fournit l’occasion de vous dire quelques mots sur les variétés. Vous savez que le mot Espèce, en botanique, exprime la réunion d’individus assez semblables entre eux pour être supposés issus d’une même graine ; vous savez qu’un Genre est la réunion des espèces analogues par les organes de la fructification ; vous savez enfin qu’une Famille est la réunion de tous les genres qui , malgré des différences dans la forme extérieure du calice , de la corolle , du pistil , dans le nombre des étamines et dans 1 eport de la plante , ont entre eux une affinité réelle , fondée sur le calice libre ou adhérent, l’ensemble des pétales, le point de départ des étamines, T agencement du pistil et l’organisation de la graine. Ainsi , la Famille se divise en Genres , et le Genre en Espèces ; mais l’espèce elle-même peut se subdiviser : plusieurs individus provenant des graines d’un même ovaire peuvent être placés dans de certaines condit ions différentes pour chacun d’eux. L’un végétera sur un rocher aride, l’autre dans un sol marécageux ; celui-ci sera abrité, celui-là sera battu des vents ; l’homme lui-même pourra faire naître volontairement ces circonstance,, extérieures, et les combiner selon ses besoins. Le végétal, soumis à ces diverses influences, finira par éprouver des changements dans ses qualités sensibles , telles que le volume de la racine , les dimensions , la consistance et la durée de sa tige , les nuances et le parfum de sa fleur, la saveur et les dimensions de son fruit , etc. — Mais ces changements , quel que grands qu’ils puissent être, n’effaceront pas le caractère primitif de l’espèce, que l’on reconnaîtra toujours au milieu de ces modifications. L’ensemble des individus d’une même espèce qui ont subi une modification semblable porte le nom de variété.
Les caractères d’une Variété , tenant à des causes accidentelles, ne sont jamais constants : dès que la cause altérante s’arrête, l’altération cesse, et l’espèce primitive réparai t avec son type originel. La plupart des variétés sont l’ouvrage de l’homme : il a observé attentivement, il a continué avec persévérance, il a même exagéré les circonstances accidentelles qui avaient donné lieu à une modification quelconque dans les qualités de l’espèce; et la plante sauvage a reçu entre ses mains des perfectionnements prodigieux , au bénéfice du cultivateur. « Sans la culture, dit Linné, le doux Raisin serait acide; la suave Pomme, acerbe; la délicieuse Poire, austère ; la succulente Pêche, aride ; la grasse et lisse Laitue, maigre et épineuse; la pulpeuse Asperge, fibreuse; les sapides Cerises , aigres; les Céréales seraient sans fécule; les légumes et les fruits s’aviliraient.» L’horticulteur a changé la fleur de l’Églantier en Roses doubles et pleines ; il a rendu vivaces
les plantes annuelles; il a supprimé les pédoncules à fleurs du Réséda, et la tige de celle plante ( qui chez nous est une herbe) , fortifiée de la sève destinée aux fleurs , est devenue un arbrisseau , comme dans sa patrie primitive. Les Banksia, les Casuarina, les Eucalyptus de Van-Diémen, la Bcllc-dc-Nuit et les Dahlias du Pérou, fleurissent dans leur hémisphère pendantl’élé, qui coïncideavec l’hiver du nôtre ; apportés en France, ilseonservaient les mêmes habitudes , suivaient les mêmes périodes de végétation , et le froid les faisait périr. Le jardinier les a cultivés en serres , en a obtenu des graines , et a semé ces graines à une époque favorable: la plante , forcée d’entrer en sève au printemps, a fleuri pendant l’été, fructifié en automne, et s’est naturalisée dans nos jardins.
La variété, une fois obtenue, peut se reproduire identique par boutures, marcottes, tubercules, drageons , greffes, etc.; mais la graine ne conserve pas la variété, elle tend toujours à reproduire le type primitif de l’espèce. Il y a cependant des plantes dont les variétés se multiplient par graines , pourvu que l’on conserve les conditions de culture qui ont modifié l’espèce : telles sont les Céréales , qui forment non pas des variétés, mais des races, dont le type originel est perdu.
Le Clwu potager va vous fournir un exemple frappant de cette perfectibilité, ou, si l’on veut, de cette propension ô dégénérer, que nous venons de signaler dans l’espèce végétale. Vous avez ici, sous les yeux , cinq variétés principales du Chou potager : 1° la variété nommée Chou sauvage est le type primitif de l’espèce; la racine est cylindrique et élevée hors de terre; les feuilles sont d’une couleur vert-de mer: les inférieures sont très-larges , pétiolées , presque charnues et à bords sinueux ; les supérieures sont sessiles , embrassent la tige , et leurs bords sont très-entiers; 2° la variété nommée Chou frisé ou Chou de Milan a une tige cylindrique, un peu allongée ; les feuilles sont presque en tête dans leur jeunesse, puis étalées et crispées; 3° la variété nommée Chou cabus ou Chou pommé a une tige cylindrique , courte ; les feuilles sont vertes ou rouges, concaves, non frisées, ramassées en tête avant la fleuraison ; 4° la variété nommée Chou-Rave a sa tige renflée et globuleuse à l’origine des feuilles; 5° la variété nommée Chou-Fleur a ses pédoncules ramassés et serrés avant l’époque de la fleuraison ; la sève se jette sur ces pédoncules , et les transforme en une masse épaisse, charnue, tendre, mamelonnée ou grenue : c’est en cet état qu’on sert le légume sur nos tables. Si on laisse vivre la plante, cette tige informe et rabougrie s’allonge, sedivise, et porte des fleurs.— Telles sont les modifications que la culture fait subir au Chou potager, et qui altèrent si profondément en lui la physionomie de l’état sauvage. Elles sont dues uniquement , comme vous le voyez, au développement exagéré du parenchyme , qui s’accumule tantôt dans les feuilles (Chou cabus) , tantôt au bord seulement de ces feuilles (Chou frisé), tantôt au bas de la lige (Chou-Rave), tantôt enfin dans les pédoncules (Chou-Fleur).