VI. LES PÉPINIÈRES ET BOSQUETS
Entrons maintenant dans la Pépinière centrale, située entre le Parterre Chaplal et le Carré creux. C’est là qu’on élève les arbres , arbrisseaux et arbustes nécessaires pour
garnir les différentes parties du Jardin. On y propage toutes les espèces intéressantes qui sont nouvellement introduites, ou qui ne sont pas encore répandues dans le commerce, et l’on en donne de jeunes pieds aux correspondants du Muséum. Je vais vous indiquer les espèces les plus remarquables.
Voici d’abord le Cognassier delà Chine, à grandes et belles fleurs roses, et A calice non cotonneux. On le greffe sur notre Cognassier de France; il a fleuri au Jardin pour la première fois en 1811. Voici une Ronce à fleur double: c’est notre Ronce sauvage que l’horticulteur a civilisée aux dépens de sa fructification. Voici l 'Acacia tortueux et le Myrica de Pensylvanie ; il y a une espèce de ce genre ( Myrica cerifera ) , dont les fruits donnent, par leur ébullition dans l’eau, une cire avec laquelle on fait des bougies d’une odeur agréable. Ce joli arbrisseau, toujours vert, appartient A la famille des Jasminées : c’est le Fontanésiaphyllyreoides, originaire de Syrie, queM. de La Billardière a décrit le premier, et auquel il a donné le nom du professeur Desfontaines. Cet Orme pyramidal n’est autre chose qu’une variété de X Orme champ être. Voici un Aralia épineux, de l’Amérique septentrionale. Voici un joli Marronnier A fleurs rouges. Voici le Pêcher d'Ispahan, dont Olivier apporta des noyaux A son retour de Perse, en 1780; ce noyau est peu ridé, et a l’aspect de celui de l’Amandier. Le Jujubier, que vous avez sous les yeux, appartient au genre des Nerpruns; il est originaire de Syrie ; ce fut Papirius qui le transporta en Italie; vous connaissez le goût fin de ses fruits, nommés Jujubes. Cet Aune A feuilles découpées est une variété de Y Aune commun. Voici V Aralia du Japon, dont la feuille est énorme , et découpée en folioles si nombreuses, qu’on croirait v. ir autant de feuilles distinctes; mais vous savez que la feuille abrite un bourgeon A son aisselle : ici les folioles n’en ont pas , et c’est seulement A la base du pétiole principal que vous voyez le bourgeon ; toutes ces folioles forment donc une feuille unique.
Les Bosquets que nous allons visiter sont des succursales de la Pépinière. A la suite de Y École des plantes usuelles est un carré clos , primitivement consacré aux arbres qui conservent leur verdure toute l’année : de IA son nom de Bosquet d’hiver; mais les arbres verts n’y ont pas prospéré, et il n’en reste qu’un petit nombre. Ce carré sert maintenant pour la propagation, par boutures, des arbres et des arbustes. Vous y pouvez voir le Houx des îles Baléares ( Houx de Mahon), greffé sur le Houx de notre pays, et le Pin de Caramanie, variété du Laricio, dont les pousses sont jaunes A leur extrémité.
Le carré clos, qui fait suite A celui d'oü nous sortons , contenait d’abord exclusivement une collection des arbres dont les feuilles et les fruits se colorent pendant l’automne : de IA son nom de Bosquet d' automne. On y trouvait des Aliziers , des Néfliers, des Sorbiers , des Poiriers , etc. ; maintenant c’est une Pépinière pour toute espèce d’arbres. LA nous voyons le Frêne d'Amérique ou Frêne blanc, le P laque minier de Firginie ( Diosphyros Virglniana), le Bouleau noir d’Amérique ( Betula papyrifera ), que l’on a greffé sur le Bouleau de France; son écorce se détache par larges plaques, dont les sauvages font des canots. Voici le Tilleul argenté, greffé sur le Tilleul d’Europe, et le G inc ko à feuilles bilobées, le plus beau des individus cultivés dans le Jardin. C’est un arbre du Japon , appartenant A la famille des Conifères ; son feuillage singulier ne vous l’aurait pas fait soupçonner, mais son fruit est, tout A fait analogue A celui de l’If; il est gros comme une pomme , et contient une amande qu’on sert sur les tables : il fut
introduit en Angleterre , au milieu du siècle dernier, et , peu après, INI. Petigny l’apporta en France.
Nous arrivons maintenant dans un bosquet sans clôture, qui formait autrefois le Bosquet d’été et le Bosquet de printemps. Vous y remarquerez le Frêne A feuilles simples ( Fraxinus monophylla) , diverses espèces de Celtis ou Micocoulier, le Chicot {Gymnocladus canadensis). Cet arbre, de Ja famille des Légumineuses, porte des feuilles divisées en folioles nombreuses -, ces feuilles ont jusqu’à trois pieds de longueur ; en hiver, lorsqu’elles sont tombées, les branches , qui sont en petit nombre, donnent à l’arbre l’aspect d’un arbre mort: de là son nom de Chicot. Nous y trouvons aussi un trèsbeau Noyer noir de Virginie , dont le bois , d’un violet foncé , noircit avec l’àge , ne travaille pas, n’est jamais attaqué par les vers, et donne de très-beaux meubles: on pourrait le greffer sur le Noyer commun; il pousse plus vile que ce dernier, et son bois est supérieur. Voici le Févierà trois épines ( Gleditzia triacanthos ), arbre au feuillage fin et au port élégant. Tous ces végétaux sont exotiques, et, pour la plupart, originaires de l’Amérique septentrionale.
Remarquez sur leur tronc, du côté qui regarde le midi, la trace du terrible hiver de 1789 : ce fut l’action du soleil , succédant brusquement à celle du froid, qui endommagea le tissu de la tige.
Le Bosquet du printemps avait autrefois une étendue double : quand on construisit le pont d’Austerlitz, on en retrancha une partie pour agrandir le quai; les arbres qu’on enleva furent transportés de l’autre côté du Jardin, à la suite de Y École de culture. Ce Bosquet, défendu de la poussière par un rideau de Thuyas , est presque complètement détruit; nous n’y trouverons plus que le Poirier à feuille de Saule, le Pommier à baie, le Néflier à feuille de Prunier, et le Cornouiller mâle.