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VIII. LES ALLÉES ET LES COLLINES

Nous n’avons vu jusqu’ici (pie les Carrés considères isolément : il faut maintenant les examiner dans leur ensemble avec les diverses allées qui les séparent. Nous terminerons cette revue générale par une promenade sur les deux collines situées au nord-ouest du jardin.

Prenons pour point de départ la cour du Cabinet d'histoire naturelle ; devant celte cour s'étendent, jusqu'au quai, deux magnifiques allées de Tilleuls, plantées par Buffon en 1740. — Passons à l'angle sud de la cour, et entrons dans l’allée qui horde la lisière méridionale du jardin; suivons- la dans toute sa longueur; nous avons à notre gauche le

Parterre Cluiptal, à notre droite, les galeries de Botanique et de Miner aloyie ; devant les galeries sont quelques arbres plantés jadis par Tournefort et Bernard de Jussieu : voici d’abord un Sophora du Japon, le premier qui ait été cultivé en Europe; ce fut le p. d’Incarville qui en envoya des racines en 1747 à B. de Jussieu; il fleurit pour la première fois 'en 1779; jusqu’alors on l’avait nommé l’ arbre inconnu des Chinois (arbor incognito Sinarum ) : sa fleur lit voir qu’il appartenait à la famille des Légumineuses ; c’est un arbre dont le bois est très-dur, et qui pousse avec beaucoup de vigueur dans les terrains pierreux ; un Genévrier élevé { Juniperus cxcelsa ), qui a quarante pieds de haut, et seize pieds jusqu’à la naissance des branches; il fut apporté du Levant par Tournefort; c’est presque le seul qui existe en France; nous n’avons (pie l’individu à étamines; le Chêne Yeuse ( Quercus Ilex ) le Micocoulier d’Amérique ( Ccllis occidentalis ), grand arbre de la famille des Amentacées,dontle bois est dur et propre à faire des meubles ; enfin le premier Acacia venu de l’Amérique septentrionale, que Vespasien Robin, qui en était possesseur, planta, quand il fut nommé sous-démonstrateur de botanique, lors de la fondation du Jardin, en 1653. De lui sont venues les graines qui ont servi à naturaliser en France l’un des arbres les plus élégants et les plus utiles de notre patrie ; c’est en mémoire île ce service, rendu par Robin, que Linné a donné au genre le nom de Robinia ; le nom d’espèce de celui-ci est Pseudo-Acacia (car ce n’est pas l’Acacia véritable). Ce patriarche du Jardin a subi l’injure des temps. Il avait autrefois plus de soixante pieds d’élévation, mais les branches supérieures s’étant successivement desséchées, on a été obligé de le re ceper pour le faire repousser du tronc.

Nous sommes à la limite du Parterre Chaplal; nous avons à droite le petit pavilloncafé, que le vieux Robinia protège de ses rameaux vénérables; à notre gauche s’étend une allée qui sépare d’abord le Parterre Chaptal de la Pépinière, puis le Carré des Monocolylédones de celui de Dicotylédones. Celle allée est ornée, dans la belle saison, par des arbres en caisse qu’on a retirés de la serre tempérée. En longeant la Pépinière, à gauche, nous longeons à droite le Carré des plantes usuelles. Nous arrivons ainsi visà-vis de la porte qui ouvre le Jardin sur la rue de Buffon : à droite est l’allée dite dès Tulipiers ; il n’y en a plus qu’un; les autres sont morts, et on les a remplacés par des Noyers d’Amérique (le Noyer-Olivier, et le Noyer cendré ) ; à gauche est une allée séparant la Pépinière du Carré Creux ; cette allée est garnie de deux rangées d’arbres ; la ligne adossée à la Pépinière se compose de Né/licrs à feuilles étroites ( Mespilus linearis), dont les branches horizontales sont d’un effet pittoresque. La ligne adossée au Carré Creux est formée par le Kœlreuleria paniculata, jolie espèce d’arbre, originaire de la Chine, qui a été introduite en France en 1789.

Après avoir doublé le Carré Creux et le Bosepiel d' Hiver, nous arrivons entre deux allées latérales, dont l’une, à gauche, est garnie de deux rangées d' Acacias parasols ; cet arbre n’est autre chose qu’une variété sans épines du Robinia Pseudo-Acacia, dont nous parlions tout à l’heure : le feuillage s’est développé aux dépens des fleurs ; l’allée de droite porte encore le nom d 'Allée des Mélèzes, mais les Mélèzes n’y ont pas réussi. Vous voyez à leur place diverses espèces d’arbres : ce sont le Noyer noir , que vous avez déjà vu ; Y Érable sucré, dont la sève fournit un sucre abondant aux habitants du Canada ; YUlmus americana , le Féoier à longues épines ( Gleditzia rnacracantha ), arbre exotique très-élégant, comme toutes les espèces du même genre, et VAllouchier [Cratœgus aria), qui appar-

lient à la Flore française. Remarquez, au nord du Bosquet d’Automne, ce beau Planera rrenala, genre voisin des Ormes, et un bel individu de Gincko bilobé.

Après avoir passé le Carré Fleuriste , d’une part, et le Bosquet i l’Automne , de l’autre nous trouvons à droite V Allée des Érables : elle est formée par Y Érable à fruits cotonneux ( Acer Eriocarpon ) ; à gauche, l’allée qui sépare le Carré Fleuriste du Parterre Médicinal, et qui n’est pas garnie d’arbres. Nous continuons notre marche jusqu’à l’extrémité de l’Avenue des Tilleuls, et nous arrivons à l’Allée des Allantes , qui sépare à droite le Bosquet d’Élé du Bosquet de Printemps. Les graines de ce bel arbre furent envoyées de la Chine par le P. d’incarville, en 1731. Desfontaines, l’ayant vu fructifier pour la première fois chez Lemonnier, à Versailles, le reconnut pour un nouveau genre de la famille des Térébinlhes ; il lui donna le nom d’ Atlante, qu’il porte à Amboine, et qui signifie Arbre du Ciel; on l’avait d’abord désigné sous le nom de Vernis du Japon , parce qu'on avait cru à tort que les Japonais en tiraient leur beau vernis.

Nous voilà à la fin de la grande Allée des Tilleuls : vous avez pu remarquer qu’à partir de la porte qui ouvre sur la rue de Buffon, les Tilleuls sont moins élevés; cette différence vient de ce qu’ils sont de quarante-trois ans plus jeunes que les précédents.

Passons maintenant entre le Parterre Médicinal etlaported’entréequi donne sur le quai ; laissons à notre gauche la grande Allée de Tilleuls, parallèle à celle que nous venons de quitter, et entrons dans l 'Allée des Marronniers. Cette allée fut plantée par Buffon, lorsqu'il eut fait l’acquisition, en 1782, des terrains appartenant aux religieux de l’abbaye île Saint-Victor. Le Marronnier d’Inde n’est venu en Europe que dans le dix-septième siècle : il arriva du nord de l’Asie à Constantinople, d’où il passa à Vienne, puis en 1 063, à Paris, où l’on n’en posséda longtemps que trois individus, l’un à l’hôtel de Soubise, le second au Luxembourg, le troisième au Jardin du Roi.

Cet arbre, dont les bourgeons sont entourés d’écailles laineuses, qui les protègent contre les rigueurs de l’hiver, se naturalisa rapidement dans toute l’Europe, et il forme aujourd’hui, par la hauteur de sa taille, la disposition élégante de son feuillage, la symétrie et la richesse des thyrses de ses fleurs, le plus bel ornement de nos jardins publics. Parcourons celte magnifique avenue, qui se prolonge entre la Vallée Suisse et les Carrés que vous connaissez. Nous trouvons d’abord à gauche l’Allée des Arbres de Judée, qui offre un aspect délicieux au commencement du printemps , lorsque les feuilles ne sont pas encore développées et que toutes les branches sont couvertes d’une innombrable quantité de fleurs roses; l’arbre de Judée, ou Gainier ( Cercis siliquaslrum ), appartient à la famille des Légumineuses. Après avoir passé Y École de culture, nous arrivons à la hauteur de l’allée des Catalpas, qui sépare l’École de culture de celle des arbres fruitiers. Le Catalpa ( Bignonia Catalpa ) a de larges feuilles en cœur et des Heurs irrégulières d’une grande beauté. Entre le Carré Fruitier et YÉcole de botanique , est une allée latérale garnie de Virgilias , dont les bourgeons offrent un caractère singulier : ils sont placés, non pas à l’aisselle de la feuille, mais dans l’intérieur même du pétiole, qui les coiffe pendant tout l’été, et les laisse à nu après sa chute. — Enfin nous longeons YÉcole de botanique , nous laissons à droite les fosses des Ours, le jardin de Naturalisation elle jardin des Semis , et nous arrivons à l’extrémité de l’Allée des Marronniers, qui se termine au pied des collines nommées vulgairement les Buttes.

Avant de gravir leurs pentes douces, détournons à droite, et entrons dans ce grand

rond ou ovale, qui forme un beau tapis de verdure entre l’Amphithéâtre et la Petite Butte. On y transporte, pendant la belle saison, les plus beaux arbres en caisse de la grande serre tempérée; mais nous y trouverons aussi, en pleine terre, plusieurs plantes très-intéressantes. Commençons par ces dernières : nous avons à droite l’Amphithéâtre, à gauche la Petite Butte ; le long du treillage s’étend un massif de terre de bruyère, qui va nous offrir de charmants arbustes. Ce sont des Azaléas , sous-arbrisseaux dont les fleurs sont solitaires, à l’aisselle de feuilles alternes; diverses espèces de Rhododendron ,

Y Airelle agréable ( Vaccinium amœnum)-, Y Andromède à feuille de Cassine ( Andromeda Cas sine folia), Y Andromède axillaire ( Andromeda axillaris ), le Clelhra à feuille d Aune ( Clelhra Alnifolia ), dont les fleurs blanches sont disposées en épi ; le Clelhra acuminë ( Clelhra acuminala ), la Kalmic A larges feuilles , arbrisseau de six pieds, dont les fleurs forment des grappes d’un rose pâle, etc. ; toutes ces plantes sont des Biujères, dont la plupart viennent de l’Amérique septentrionale ; les Alezia diplera et lelraplera , qui appartiennent à la famille des Ébénacées, et dont la première est d’une extrême rareté ; le Ccphalanlhe occidental, Rubiacée du Canada; le Céanolhe occidental, de la famille des Nerpruns: le Calycanlhe précoce, arbrisseau du Japon, voisin des Rosacées, à feuilles opposées, sans stipules, à fleurs odorantes qui s’épanouissent en hiver ; le ISeflier lulang et les Magnolia Thompsoniana et cordala, arbrisseaux dont le calice est a trois tolioles, la corolle à neuf pétales, les étamines et les ovaires nombreux.

Tournons à gauche, entre le massif et le treillage, nous verrons Y lté a de Virginie , saxifrage élégante de l’Amérique boréale, dont les fleurs sont petites, blanches et disposées en grappes qui terminent la tige; le Folhergilla à feuille d Aune, dont les étamines sont nombreuses et les feuilles alternes : sa famille est inconnue ; la Glycine de Chine, Légumineuse qui grimpe le long d’un Sapin picea; le Complonia à feuilles de Capillaire , arbrisseau de la famille des Amentacées, dont les feuilles sont profondément crénelées et velues en dessous; le Magnolia grandi fl ora ou Laurier-Tulipier, aibie magnifique de l’Amérique boréale, qui s’élève souvent à une hauteur de quatre-vingts pieds.

Sur ces ruines artificielles vous voyez le Bignonia grimpant, que 'ous connaissez déjà, et la Ronce remarquable (Rubus speclabilis) ; enfin, vers 1 extrémité du rocher, en nous rapprochant du point de départ, nous trouverons des touffes d’ Alysson deltoïde, petite Crucifère à fleurs bleues, de Saxifrage Joubarbe , et de Sedum à feuilles opposées.

Les arbres en caisse qu’on a transportés dans le Grand Rond, pour y passer le temps de la belle saison, sont : Y Araucaria du Brésil, Y Araucaria de Cunningham, 1 Araucaria des îles Norfolk (Araucaria cxcclsa ), Conifères d’une admirable élégance, à rameaux groupés circulairement, et formant dans leur patrie d’immenses forêts ; le Dragonnier austral, Liliacée qui a le port des Palmiers, et dont la tige simple, souvent énorme, est couronnée par une touffe de feuilles, d’où sortent des grappes de fleurs; un Eucalyptus , arbre de la famille des Myrtes, venu de la Nouvelle-Hollande, et dont les feuilles coriaces, entières, sont marquées de points transparents; des Banksia, venus aussi de l’Autralasie, et dont les feuilles sont persistantes ; des Casuarina ou Filao qui ont le port d’une Prèle arborescente, et dont les rameaux pendants, grêles et cannelés, ofhent de pe tites gaines, terminées par des dents analogues à des feuilles ; Y Olivier fer de lance, de l’ile Bourbon ; le Citronnier à feuilles de Myrte, le premier individu qu on ait cultivé en France; le Sferculia à feuilles de Platane, Malvacée des Indes ; le Thuya articulé ou

Callilris , qui fournit la résine nommée Sandaraque; V Acacia Julibrizin , nommé vulgairement Arbre de soie, à cause de la finesse de ses folioles, etc., etc.

Sortons maintenant du Grand Rond, et passons devant -la limite de la Vallée suisse qui fait suite à l’entrée de la serre tempérée. Si nous voulions parcourir les allées de la Vallée suisse, nous y trouverions de beaux individus de tous les arbres qui peuvent passer l’hiver en pleine terre ; mais, comme vous les avez déjà observés dans les Carrés, nous nous contenterons de remarquer ceux qui font suite à la façade de l’Orangerie. Voici d’abord un Sophora du Japon, un Érable à feuilles de Frêne {Acer negundo ), un Robinia visqueux ou Acacia à fleurs roses, un beau Mûrier à papier ( Broussonelia papyrifera ) d’Othaïti, un Sycomore ( Acer Pseudoplalanus) , un Coudrier de Byzance { Corylus colurna ), dont la noisette est. 'garnie de deux enveloppes de bractées; l'extérieure très-découpée, et l’intérieure à trois divisions.

Remarquez, en passant devant l’ Amphithéâtre, ces deux beaux Palmiers à éventail ( Chamœrops humilis). En Sicile et en Espagne, on n’en rencontre jamais qui soient aussi élevés. Ils furent envoyés, il y a cent cinquante ans, à Louis XIV par le margrave de Hade-Bourlach ; ils avaient alors douze pieds de tige. Je vous ai expliqué l’accroissement des Palmiers; il a lieu par le sommet, et non par des bourgeons latéraux ; il ne se forme pas de nouvelles couches sur le tronc, et il pousse, chaque année, de nouvelles feuilles, tandis que les plus anciennes tombent ; le nombre d’anneaux qui se voient sur la tige indique son âge, comme les zones concentriques du bois indiquent celui des arbres dicotylédones. Observez que, dans ces deux Palmiers, la base se soulève de même que le sommet, de sorte que l'impression du premier anneau de feuilles, qui était primitivement au niveau de la terre, en est aujourd’hui à plus de deux pieds ; cela vient de ce que le pivot de la racine, étant repoussé hors de terre par les racines inférieures, qui ne pouvaient s’enfoncer au delà du fond de la caisse, a monté, faute de pouvoir descendre.

Nous allons maintenant parcourir les deux collines ou bulles , que l’on nomme aussi Labyrinthes , à cause des sinuosités de leurs sentiers. Ces labyrinthes nous offrent beaucoup d'intérêt à cause de la riche collection d’arbres et d’arbrisseaux toujours verts, que l’on y cultive : nous y trouvons environ trente espèces de Conifères, quinze d’Amenlacées, et cinquante de familles diverses.

Commençons par la Grande Bulle, nommée communément le Labyrinthe pour ne pas nous y égarer, attachons notre lil au Cèdre du Liban. Cet arbre magnifique, dont vous connaissez l'histoire, est au centre d'un carrefour d’où partent quatre allées : l’une monte, vers l’ouest, jusqu’à l 'allée des Ifs; la seconde monte vers le sud, et conduit au Colimaçon ; la troisième descend au sud-est, et conduit à la rampe des deux grandes serres ou pavillons; la quatrième descend, au nord, jusqu’à l'allée qui conduit à la porte ouvrant sur la place de la Pitié.

En vous acheminant vers le grand Cèdre, qui sera notre point de départ, vous avez vu

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les espèces d’arbres que nous rencontrerons le plus fréquemment dans notre promenade, le vais vous les mentionner ici une fois pour toutes, ce sont : le Nerprun toujours vert ( Rhamnus semper virons ), arbrisseau peu brillant par lui-même, mais qui tient bien sa place dans l’ensemble d’un paysage d’arbres verts, VAlizier lisse (Cralœgus glabra), Rosacée qui a des feuilles larges, luisantes, et d’un vert gai ; le Thuya de la Chine { Thuya orientalis , nommé aussi Arbre de vie , élégante Conifère dont les rameaux dressés sont menus, un peu aplatis, et chargés de feuilles très-petites, qui se recouvrent comme les tuiles d’un toit ; Vif commun ( Taxus baccala ), dont vous avez étudié le fruit, analogue à une baie; les deux Cyprès horizontal et pyramidal ; le Tamarix, dont l’écorce rougeâtre, les rameaux déliés, les feuilles courtes et menues forment un contraste harmonieux avec la verdure sombre des Ifs et des Cyprès ; le Buis commun ( Buxus semper virens ), arbre de la famille des Euphorbiacées ; le Sapin épicéa ( Abics eùccelsa ), a feuilles courtes, carrées, pointues, d’un vert foncé, éparses en tous sens autour des branches ; ce qui le distingue du Sapin ordinaire ( Abies peclinala ), qui a ses feuilles plates, blanches en dessous, et disposées sur deux rangées le long des rameaux ; le Pin sylvestre ( Pinus sylveslris ), dont les jeunes pousses sont verdâtres, les feuilles d un vert un peu bleuâtre, et de deux pouces de longueur ; le Pin d’ Écosse (Pinus rubra) dont les pousses et le bois sont rouges, et les feuilles plus courtes et plus glauques (pie celles du précédent ; le Pin maritime ( Pinus marilima ), qui a des feuilles d un vert foncé, droites et longues, de six à dix pouces ; le Pin de Corse ( Pinus Laricio ), dont les feuilles sont aussi longues que celles du précédent, mais un peu clntfonnées. Dans tous ces Pins, les feuilles naissent deux à deux.

Partons donc de notre Cèdre du Liban, et prenons l’allée qui monte, a 1 ouest, vers celle des Ifs ; outre plusieurs des arbres que je viens de vous citer, et sur lesquels je ne reviendrai plus, nous trouvons, à gauche, le Thuya d’ Amérique ( lliuya occidenlalis ), dont les rameaux sont étalés, et dont les feuilles, froissées entre les doigts, ont 1 odeur de la I hé riaque , médicament célèbre, inventé par Mithridate, et composé de plus de cent substances différentes; un petit groupe de jeunes Pins cembro, dont les feuilles, disposées par cinq, sont d’un vert glauque; à droite, le Néflier buisson-ardent (Mcspilus pyracanlha), dont les fruits nombreux, et d’un rouge écarlate, font souvent paraître cet arbrisseau comme en feu ; le Chèvrefeuille à baies blanches ( Symphoricarpos leucocarpa ), le Sapin baumiei ( Abies balsamea ), arbre de l’Amérique boréale, qui a le port et les leuilles de notie Sapin commun, et fournit une Térébenthine nommée Baume du Canada.

Nous voilà au milieu de V Allée des Ifs ; elle conduit du Réservoir au C olimaçon , qui couronne le Labyrinthe de ses sentiers enspirale, et est surmonté lui-même d un behédère. Montons cette allée : parvenus au Colimaçon, faisons le tour de sa base, en prenant le sentier à gauche, nous voyons, à droite, les massifs de Lilas ( Syringa ), deJasminoïde ( Lycium ) , et de Seringat ( Philadelphus ), qui composent exclusivement la Flore du colimaçon; à gauche, un jeune Laurier-Cerise ( Prunus Lauro-Cerasus ), aux feuilles épaisses et luisantes, un jeune Chêne pyramidal ( Qucrcus fasligiata ), un Houx des îles Baléares ( Ilex balearica ), un Chêne Yeuse ( Quercus Ilex), et le tombeau de Daubenlon, entouré d’un Cyprès, d’un Pin Laricio et d’un If. Nous arrivons au petit escalier qui conduit au belvédère; vous y avez déjà fait un voyage, passons outre, et achevons notie circuit autour du Colimaçon. Nous voilà de nouveau dans l’Allée des lis, descendons-la

jusqu'au Béservoir; c'est dans ce bassin qu’arrive, du canal de l’Ourcq, l’eau destinée à alimenter tout le Jardin ; d’ici partent de nombreux tuyaux qui se distribuent dans tous les Carrés. Tournons à gauche, et laissons à notre droite le petit sentier qui descend vers la porte du Jardin ; nous voilà dans Y Allée des Soupirs, presque parallèle à celle que nous venons de quitter; nous y trouvons à gauclie (outre les arbres déjà cités) un jeune lloux, un petit Cerisier du Portugal ( Prunus lusilanica) et une variété de Chêne Yeuse ; ces arbres sont au bout de l’allée, et de ce point vous voyez une plantation, en pente, de jeunes Pins et Sapins, faisant face à la cour du Cabinet d’histoire naturelle.

Ici, laissons le petit sentier qui monte à gauche, tournons à droite, et nous descendrons sur la terrasse qui borde la rue du Jardin : celte terrasse est à peu près parallèle à l’Allée des Soupirs. Elle offre à gauche un rideau de Tilleuls ; à droite, vous trouverez deux variétés de Houx : le Houx ordinaire et le Houx panaché , puis un Genévrier de Virginie ( Juniperus Virginiana ) , arbre moyen, nommé Cèdre rouge à cause de la couleur de son bois.

A l’extrémité de la -terrasse, nous trouvons un sentier qui descend vers la porte du Jardin, et monte vers le Réservoir; laissons-le à notre droite ; en descendant, nous trouverons dans le massif adossé au mur de la rue un joli Huis à feuilles étroites [Buxus anguslifolius ), le Chèvrefeuille de Lcdebour ( Lonicera Ledehourii ), venu de l’Asie septentrionale ; le Groseillier sanguin ( Ribes sanguineum ), dont les belles fleurs rouges paraissent au commencement du printemps; un jeune Chêne à gros glands ( Qucrcus macrocarpa ), et le Paulownia impérial, magnifique Bignoniacée aux larges feuilles, récemment naturalisée dans notre climat. Le long du mur s’étendent le Bignonia grimpant et l’ Erylhrine crête-de-coq, arbre sarmenteux de la famille des Légumineuses, dont les Heurs sont grandes et d’un rouge éclatant.

Nous sommes à la porte ouvrant sur la place de la Pitié ; suivons l’allée qui s’étend devant nous . nous avons à gauche un massif, et à droite le bassin inférieur du Réservoir. Dans le massif, vous voyez le Bcrbcris aristala, le Chèvrefeuille du Mexique ( Symphoricarpos mexicana ), le Chêne pyramidal que vous connaissez déjà , une Aubépine à fleurs roses; le Néflier du Japon , à feuilles larges, dentées au sommet et cotonneuses en dessous; le Néflier cotonnier àpelilcs feuilles ( Coloneasler Microphylla), petit arbrisseau étalé, dont les feuilles sont laineuses en dessous; un jeune Pin élevé (Pinus excelsa ), tout récemment naturalisé, et qui atteint dans sa patrie une hauteur considérable ; deux variétés de Pin Sabin ( Pinus Sabiniana ), espèces nouvelles très-intéressantes, et enfin un Erable ti grandes feuilles ( Acer Macrophyllum ), le seul pied qui existe en France.

A droite, en partant du bassin, dont les murailles sont garnies de Lierre et d’ Ampélopsis à cinq feuilles ou vigne-vierge, vous voyez un jeune Saule pleureur , un jeune Peuplier pyramidal, un beau Platane d’ Amérique, une jolie plantation de Sapins du Canada ( Abies canadensis ), vulgairement nommés Ilemloch-Spruce ; le Malionia rampant et 1 eMahonia fasciculé, arbrisseaux voisins du genre Berberis ; un pied femelle du Gincko bilobé, le seul qu’on possède au Jardin , tous les autres étant des individus à étamines ; un beau Pin de Corse (Pinus Laricio) ; quatre jeunes Tulipiers ( Liriodendron tulipifera ), espèce appartenant à la famille des Magnol iacées, remarquable par la beauté de ses feuilles et de ses fleurs ; une variété curieuse du Sophora japonica, dont les rameaux sont pendants comme ceux du Saule pleureur; le Liquidambar d’Amérique (Liquidambar imberbe).

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Amentacée aux feuilles élégamment découpées'; le Mahonia « feuilles <le Houx, Berbéridée de l'Amérique du Nord; le Cyprès faux- Thuya [Cupressus ihuyoides), nommé vulgairement Cèdre blanc, qui croit dans les marécages du Canada, et dont le bois blanc, mais serré, se travaille facilement ; un beau Buis des îles Baléares ( Buxus balearica) ; et enfin plusieurs Cyprès chauves (Cupressus disticha). Cet arbre atteint dans sa patiie une hauteur et une grosseur prodigieuses : il y en a un indiv idu, au Mexique, dans le cimetière de Sainle-Marie de Tesla, à deux lieues ouest d’Oaxaca, qui a cent pieds de haut, et cenl dix-huit pieds de circon férence ; il est mentionné par Fernand Cortez, qui abrita sous son ombre toute sa petite armée, quand il vint taire la conquête du Mexique. Ce colosse du Règne végétal est un objet de liante vénération pour les Mexicains indigènes.

Nous sommes maintenant au milieu d'un carrefour qui sépare les deux Buttes, et où viennent aboutir six allées ; prenons celle qui conduit aux bmeaux de 1 Adminisliation, nous trouverons, auprès de la maison, un élégant Araucaria « feuilles imbriquées ; des Pins, des Thuyas, et un beau Genévrier de Virginie.

Revenons à notre carrefour; nous allons monter 1 allée qui conduit au Réseï voit . Avant de nous mettre en marche, voyons les végétaux qui garnissent le massif que nous avons à notre gauche ; ce sont : le Pin élevé [Vinus exeelsa), dont je nous ai parlé tout à 1 heure, le Sapin morinda (Abies morinda) , le Houx-Fragon à grappe (Ruscus racemosus ), genre voisin de celui des Asperges, dont les pédoncules sont élargis comme des feuilles, et portent les fleurs sur le milieu de leur surface; ici, comme dans les Asperges, les feuilles se réduisent à de petites écailles; la Pivoine en arbre (Pœonia moulan ), que les jésuites de la Chine ont fait connaître en 1778 ; les Chinois cultivent cette espèce depuis quinze cents ans, et ils en ont obtenu plus de deux cents variétés , dont ils i affolent, comme les Hollandais des Tulipes ; le Néflier cotonnier à feuilles de Buis ( Coloneaslcr buxifolia ), petit arbrisseau dont les branches sont inclinées vers le sol ; l' Yucca gloriosa , belle Liliacée de l’Amérique septentrionale, voisine du genre Aloès; enfin un jeune Cèdre déodora, plus beau que celui du Liban, qui nous a été envojédes monts Himalaya, et qu’on a parfaitement réussi à naturaliser.

Montons maintenant l’allée conduisant au Réservoir : vous voyez, à dioite, deux beaux Genévriers de Virginie, des Sapins u feuilles d If [Abies laxifolia)’, à gauche, de beaux Sapins épicéas, une variété à larges feuilles du Cytise faux-Èbénier (Cylisus laburnum ) et un très-bel Érable de Montpellier, planté par Tournefort. Après avoir passé devant les roseaux qui bordent le bassin, et laissé à notre gauche 1 Allée des Ifs, descendons le petit sentier que nous avions négligé en quittant la terrasse (pii longe la rue du Jardin , et regagnons cette terrasse pour la parcourir de nouveau, mais en sens inverse. Arrivés à son extrémité méridionale, nous avons devant nous la porte de 1 étage supérieur du Cabinet d’histoire naturelle, et, à notre gauche, le petit sentier devant lequel nous avions passé en quittant l’Allée des Soupirs. Montons parce sentier vers le Colimaçon. Nous trouverons à droite deux Érables de Montpellier, et diverses espèces de Berbéris ; laissons à gauche l’escalier du Limaçon, le sentier qui conduit au tombeau de Daubenton, et entrons dans l’allée qui descend au grand Cèdre ; remarquez, dans le massif même de Daubenton, deux Pins maritimes et trois Érables à fruits cotonneux (Acer Eriocarpon) .

Nous voilà revenus à notre point de départ : nous avons devant nous une allée qui descend au nord jusqu’à l’allée de la Vilic, et au milieu de laquelle s’élève un Sapin :

BOTANIQUE. o|,

comme eHe ne nous offrirait rien de nouveau à observer, faisons un demi-tour et descendons l'allée qui conduit aux deux grandes serres neuves , nommées communément les Pavillons. Nous trouvons à droite un beau Pin à pignons ( Pinus pinça). Cet arbre est droit, élevé, et se divise en branches étalées qui forment un vaste parasol bombé ; son écorce est rougeâtre et raboteuse; on le rencontre à chaque pas dans la campagne de Rome, où il atteint plus de cent pieds de hauteur; ses cônes sont gros et rougeâtres, et ses graines sont blanches et douces au goût. A gauche, au bas de l’allée, nous voyons un petit Cèdre du Liban, occupant le cap du massif, qui répond à la rampe clos pavillons.

Nous allons maintenant visiter la Petite Huile : celle-ci mérite mieux que la grande le nom de Labyrinthe , car ses sentiers sont beaucoup plus entrelacés; les carrefours y sont nombreux, et les allées très-courtes. Afin de nous y reconnaître, permetlez-moi d'emprunter à la langue des Latins, bien plus riche que la nôtre, les mots de trivium et de quadrivium , qu’ils employaient pour désigner les carrefours à trois ou à quatre aboutissants.

Prenons pour point de départ la rampe des pavillons, et montons la première allée à droite, derrière les Serres : nous trouvons, à gauche, de beaux Philarias (Phyllyrea media) de la famille des Jasminées , arbres très-rameux, à écorce cendrée, dont les feuilles se conservent pendant l’hiver ; l’Érable de Montpellier, et le Chêne Yeuse, (pie vous connaissez déjà, puis le Chêne à glands doux [ Quercus ballola ), dont on mange les fruits comme des châtaignes, en Espagne et en Barbarie ; à droite, le Cerisier de Portugal [Prunus lusitanien ), qui a des Heurs en grappes et des feuilles toujours vertes, puis un quadrivium. Prenons l’allée à droite, et nous descendons à la Place du petit Ccdre, garnie en avant d’une balustrade de fer, étayant vue suri 'Allée des Marronniers ; au-dessous de nous s’étend une délicieuse petite colline, ornée de Chênes, de Pivoines mou (an de Néfliers cotonniers, d’ Yucca gloriosa, de Pins de Crimée, eide Tamarix. Ces Tamarix, qui appartiennent aux espèces Gallicaet Indica, sont très-voisins du Tamarix mannifera, qui produit la fameuse manne des Hébreux. On avait pensé que cette substance nutritive était fournie par VAlhagi, espèce de Sainfoin épineux de la Mésopotamie, mais il est aujourd'hui reconnu (pie c'est une erreur: MM. Bové et Rïippel ont vu recueillir au mont Sinaï la manne sur le Tamarix, des branches duquel elle découle et tombe sous forme de petites larmes. Les femmes arabes chargées de celte minutieuse récolte jettent la manne dans de l’eau chaude, afin de la débarrasser des molécules de sable qui y adhèrent . Ce suc est aussi agréable que le meilleur miel. Nous ignorons si les Arabes conservent aujourd'hui cette précieuse substance, mais il est probable qu’après l'opération à laquelle on la soumet, la fermentation s’y développe, de sorte qu’il faut se hâter de la manger, comme au temps de Moïse.

A partir du petit Cèdre, en tournant à gauche, nous laissons du même côté un beau massif d'Aucuba du Japon, arbrisseaux à feuilles épaisses et panachées ; nous suivons une allée courte qui nous conduit à un trivium, nous prenons l'allée à gauche : nous rencontrons un petit Cèdre et un grand If et nous revenons au quadrivium que nous avons traversé tout à l’heure. Nous descendons à droite, nous laissons à notre gauche un If, et nous arrivons à un nouveau trivium ; là nous ne prenons pas la petite allée à droite, nous descendons devant nous jusqu'à un autre trivium ; nous négligeons l’allée de gauche, (pii nous ramènerait à notre point de départ, et nous descendons à droite. Nous trouvons, du même côté, vis-à-vis le trivium, le TIoux{Ilex aqui folium) , deux Juniperus excelsa ,

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jeunes, el le Sapin de Douglas, originaire de Californie, qui s'y élève à une hauteur de deux cents pieds. Au trivium suivant, nous continuons, sans descendre à gauche, et nous trouvons, dans le massif du même côté, le Pin de Sabin, le Pin pesant ( Pinusponderosa ), dont on a soutenu les rameaux longs et grêles; \e Néflier cotonnier à feuilles de buis, que vous avez déjà vu ; le Sapin du Canada, et deux variétés de Pin Laricio. — Au trivium suivant, nous continuons l’allée, sans descendre, et nous remarquons, à gauche, le Néflier luisant ( Mcspilus lucida), un Cèdre, un Buis des Baléares, un Pin mugho, un Sureau et un Tamarix occupant le cap oriental de la Butte; à droite, nous trouvons le Chêne pyramidal, le Chêne à gros glands, le Chêne ccrris, V Aucnha du Japon, le Groseillier sanguin, el nous arrivons dans l'Allée des Marronniers. Le Pin mugho {Pi nus mugho) a des branches très-étalées de couleur cannelle, qui, plus tard, deviennent d’un pourpre noirâtre; les feuilles sont d’un beau vert, le bois est roussâtre et très-résineux, et l’on en fait, dans les montagnes du Dauphiné, des torches qui brûlent trèsbien; de là son nom populaire de Torche-Pin. Le Chêne ccrris a ses feuilles découpées en forme de lyre, ordinairement cotonneuses à leur face inférieure; son gland est protège par un godet de bractées qui, au lieu d’être appliquées les unes contre les autres, comme dans le Chêne ordinaire, sont redressées à leur sommet , et forment une coupe hérissée.

Maintenant tournons à gauche vers la grande serre tempérée, nous longerons une petite colline qui porte le Genévrier de la Chine (Juniperus sinensis ), le Pin pumilio. arbrisseau rabougri de six à huit pieds, dont les rameaux sont étalés et rampants; le Pin de Caramanic, un massif d'Aucuba, le Néflier du Japon, et le Chionanlhus de Virginie ( Chionanlhus virginica ), petit arbrisseau de la famille des Jasminées, qui se couvre au printemps de Heurs blanches très -nombreuses : ce qui lui a valu le nom populaire d' Arbre de neige.

Arrivés à la hauteur de l’angle de la serre tempérée, nous négligeons le premier sentier à gauche, et nous suivons entre le Grand Bond et la Colline : nous trouvons le Berberis arislala, la Spirée lancéolée, le Néflier buisson ardent, le Houx hérissé, un massif de Cognassier du Japon ( Çydonia japonica), arbrisseau épineux, à fleurs écar laies agglomérées et à jeunes pousses cotonneuses; le Châle f réfléchi { Eleagnus reflexa ), arbrisseau du Japon, et les Magnolias purpurea, glauca, soulangiana, tripclala el macrophylla. Tous ces arbrisseaux sont dans leur patrie de grands et beaux arbres.

Arrivés au carrefour qui sépare les deux Buttes, nous négligeons le petit chemin à gauche, et nous avons, au cap ouest de la colline, le Malionia rampant, les Rhododendron hybridum, ponlicum, maximum, le Holeia japonica, le Magnolia à grandes feuilles. et le Calycanlhus prœcox que vous connaissez déjà. En continuant à longer la colline, nous rencontrons quatre jeunes Lauriers Cerises, et enfin nous revenons au sentier qui a été notre point de départ. Derrière les pavillons sont abrités deux magnifiques Magnolias à grandes fleurs, de la Caroline.

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