‹ Le jardin des plantesChapitre 43 sur 83 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

L examen des formes extérieures des nombreux habitants de la Ménagerie ne suffit pas à votre curiosité toujours croissante, et vous éprouvez le désir de reconnaître les rouages cachés qui font mouvoir tous ces corps

animes, ou, en d autres termes, leur organisation intérieure, leur squelette.

28, s QUATRIÈME PARTIE.

Préoccupé de cette idée, dirigez vos pas vers le Cabinet d anatomie comparée. Ce nom de cabinet, par trop modeste , ne devrait plus être donné à cette galerie étroite et peu longue qui renferme une collection anatomique déjà nombreuse, qui s’accroît et s’enrichit chaque année; mais, à vrai dire, si c’est bien plus qu’un cabinet, ce n’est encore qu’une galerie à proportions mesquines, et qui devra un jour disparaître, car le moment viendra où la science des Daubenton, des Cuvier, des de Blanville, exigera, pour être développée dans l’ordre de l’organisation animale, qu’un véritable Musée zootomique puisse renfermer sans confusion toutes les parties des animaux, depuis les plus petits jusqu’à ceux dont la taille est la plus gigantesque.

N’allez pas croire que nous blâmions ici le gouvernement ni les professeurs administrateurs du Muséum de n’avoir point encore songé à élever à la science de l’organisation des animaux un monument digne d’elle et de la nation qui a su féconder et agrandir graduellement la conception d’un vaste panorama de toutes les productions du globe. Les hommes de science et d’expérience qui ont administré cet établissement ont du s’occuper d’abord de recueillir en nombre suffisant les matériaux qui doivent former cette collection anatomique. Or, comme on n’aurait pu prévoir exactement les proportions du bâtiment qui doit la contenir, il a bien fallu s’en tenir provisoirement à ce qui a suffi aux premiers besoins de la science; mais, de même que les galeries de botanique , de minéralogie et de géologie ont dù céder leur place aux innombrables espèces du règne animal , de même que ces cabinets ou ces galeries de botanique et des corps bruts ont nécessité l’érection d’un Musée minéralogique et géologique, et celle d’un Musée de botanique, ou mieux, d’anatomie végétale comparée, de même faudrat-il, à une époque sans doute peu éloignée de celle où nous vivons , élever un nouveau Musée à l’anatomie comparée des animaux. Alors seulement vous pourrez vous faire une idée juste et nette de 1 immensité des détails qu’embrasse cette science , dont le germe, semé dans toutes les têtes savantes du monde civilisé, a pousse dans le sol français des iacincs piofondes. Ces racines fournissent une sève abondante, mais laibre gigantesque qu elles alimentent se trouve resserre dans un espace étroit, et demande à étaler ses branches , ses rameaux , son feuillage et ses fruits. C’est , en elfet, la science de la nature entière , et surtout celle des corps organisés , et des animaux, qui fait le mieux connaître à l’homme sa dignité, sa suprématie sur tous les êtres de la création, et qui devient pour lui une source vive et pure du sentiment religieux de son avenir.

Pourquoi, avant de pénétrer dans cette galerie où sont déposés et entassés les restes précieux de tous les animaux morts depuis plus d’un siècle a la ménagerie de Versailles et à celle de Paris, et ceux venus de toutes les parties du globe, pourquoi excitez-vous en moi cette notion delà nature morale et physique de l’Homme? Pourquoi, dites-vous, en présence de débris de la mort, rappeler l’espoir de la vie d’avenir? Pourquoi? Daubenton, Cuvier, de Blainville, vous répondront qu’en anatomie comparée il faut d’abord placer l’Homme moral en dehors et au-dessus du règne animal, et procéder de l’Homme physique à l’Éponge, parce que l’anatomie de l’Homme ayant été étudiée la première et le plus longtemps, c’est elle nécessairement qui est la mieux sue dans ses détails et dans ses profondeurs ; elle doit donc fournir le point de départ, et le principe de l’ordre qu’il a fallu suivre dans l’arrangement des pièces anatomiques naturelles ou artilicielles qui doivent figurer dans un cabinet tout prêt à se transformer en Musée.

Le corps de l’homme, de même que celui des bêtes, se divise en deux grands systèmes d’organes; savoir : 1° les organes de l’intelligence ou de l’instinct, siège de l’impulsion aux actes de la vie animale, et 2° les organes qui exécutent tous les autres phénomènes, au moyen desquels l’animal reçoit les impressions de tous les corps qui l’environnent, se meut parmi eux et y accomplit toutes les fonctions de la vie organique, qui se réduisent, dans les animaux, à la nutrition et à la reproduction.

Dans les galeries de zoologie, c’est la peau, la robe, le manteau ou l’extérieur qui vous donneront une notion du grandiose et de la magnificence des créations animales. L’exposition des espèces du règne animal y commence aux Singes et finit aux Zoophvtes ou Animaux-Plantes et à l’Éponge. Vous n’y verrez point figurer l’homme envisagé sous le rapport de la diversité de

ses races. C’est que, zoologiquementetphilosophiquementparlant, l’homme,

sans trop exalter le sentiment de son amour-propre et de sa dignité, peut prétendre à ne pas se comparer aux bêtes, puisque ce que nous savons de sa puissance industrielle, de sa moralité et de sa religiosité, ne peut guère ressembler à ce que nous savons des mœurs des bêtes, même les plus douées d’intelligence et d’instinct. Cependant ne perdez pas de vue que c’est l’anatomie de l’Homme qui a été la mieux étudiée, et que pour comparer avec fruit les parties organiques des animaux, il faut nécessairement marcher du connu à l’inconnu dans cette comparaison, et voilà pourquoi il vous faudra de suite, en faisant votre examen rapide dans la galerie d’ana-

QUATRIÈME PARTIE, tomie comparée, commencer vos observations par la salle de squelettes de l’homme, et les finir dans la salle où sont réunies les parties des Invertébrés, où se trouve le groupe des Zoophytes ou Animaux-Plantes.

Parcourons maintenant les galeries dans l’ordre que les surveillants de la collection ont du demander à l’architecte. Cet ordre ne coïncide pas avec la pensée de G. Cuvier, mais il est facile d’y remédier, et nos indications vous mettront sur la voie qui vous facilitera l'intelligence de la portion la plus riche de la collection ; vous reconnaissez tout de suite qu il s agit des squelettes de l’homme et de ceux des animaux qui s’en rapprochent le plus, c’est-à-dire des Mammifères principalement, puis des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons.

VOUTE ET PORTE COCHÈUE DU CARI INET DANATOM1E COMPARÉE.

Sous celle voûte sont deux portes ; celle de droite sert à l’entrée, et celle de gauche à la sortie. Sur chaque côté de ces deux portes, vous voyez de grands os qui ressemblent à des côtes et qui sont des mâchoires inférieures de Baleines.

Au rez-de-chaussee

Sont deux salles auxquelles conduisent les deux portes latérales de cette voûte. Ces deux salles renferment es squelettes des plus grands animaux, qu’il a été impossible de

disposer dans l’ordre anatomique. I l faut donc suivre les avis que nous vous donnerons pour rétablir l’ordre suivi dans la collection par G. Cuvier, et conservé par le professeur actuel. M. de Blainville.

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