DEUXIÈME SALLE DU REZ-DE-CHAUSSÉE
C’est celle des squelettes de l’Homme. La plupart de ces squelettes sont d’individus de la race caucasique, à laquelle appartiennent la majorité des nations européennes et de celles de l’Asie, et du nord de l'Afrique.
A votre gauche, en entrant, sont des squelettes de Français, d’Italiens, de Hollandais, d’Anglais, etc. Sur votre droite sont des squelettes d’individus de la race éthiopique, ou nègres, et de races croisées, mulâtres.
il n’y en a point encore de la race mongolique.
Les particularités ou les squelettes les plus curieux qu’il vous faudra remarquer sont :
I" Trois squelettes de momies égyptiennes, dont deux sont de femmes, et le troisième, placé entre ces deux premières, qui offre des traces d’un grand nombre de fractures qui avaient toutes été guéries;
2° Le squelette du jeune Syrien Solyman el Hhaleby, assassin de Kléber, général en
chef de l’année française en Egypte. — Il fut condamné à être empalé après avoir eu la main brûlée. La brûlure de la main en a seulement noirci les os. Le pal avait déchiré les organes du bas-ventre, fracturé le sacrum, deux vertèbres des lombes, et s’était enfoncé dans le canal de la moelle épinière. Nonobstant des blessures aussi graves, Solyman el Hhaleby survécut six heures à son supplice, et en supporta les souffrances sans se plaindre. Ce squelette a été donné au Muséum par M. le baron Larrey, chirurgien en chef des armées françaises sous l’empire ;
5° Le squelette de Bébé, nain du roi de Pologne Stanislas. Nous croyons devoir donner l’histoire de ce nain, que nous empruntons au Traité des Monstruosités, de M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire :
« La vie de Béhé est moins remarquable en elle-même que celle de Jeffery Hudson ; « mais, sous le rapport scientifique, elle nous offre beaucoup d’intérêt, parce que, né « à une époque plus rapprochée de nous, et dans laquelle l’importance de l’observa- « tion était mieux sentie, Bébé est devenu le sujet d’études exactes et précises, sous le « triple rapport de ses conditions physiques, de ses facultés morales et de son déve- « loppement intellectuel.
« Nicolas Ferry, devenu célèbre sous le nom de Bébé, devait le jour à des parents « bien constitués, de taille ordinaire, et qui depuis eurent d’autres enfants. Né en no- « vembre 1741, à Plaines, dans les Vosges, il vint au monde à sept mois, après une « grossesse fort extraordinaire. Lors de sa naissance, il n’avait que sept à huit pouces « de long , il pesait moins d’une livre ; et cependant, malgré son extrême petitesse, le « travail de l’accouchement dura deux fois vingt-quatre heures. On rapporte qu’il fut « porté à l’église sur une assiette garnie de lilasse, et qu’un sabot rembourré fut .‘■on « premier berceau. Il avait, ajoute-t-on, la bouche trop petite pour saisir le sein ma- « ternel, et fut nourri de lait de chèvre. 11 commença à parler à l’àge de dix-huit « mois, mais ce ne fut qu’à deux ans qu’il sut marcher. A cinq, il fut examiné avec « soin par le médecin de la duchesse de Lorraine. 11 pesait alors neuf livres sept onces, « et sa taille était d’environ vingt-deux pouces ; mais il était formé comme un jeune « homme de vingt ans; et dès lors on put prévoir qu’il resterait toujours extrêmement « petit.
« Ce fut vers cette époque qu’il fut conduit à la cour du roi Stanislas, ex-roi de Po- » logne, duc de Lorraine, qui le prit en affection, et auquel, de son coté, le jeune « nain s’attacha singulièrement. Quoique l’objet continuel des soins les plus empressés « tle la part des dames de la cour, ses facultés intellectuelles ne se développèrent ja- « mais qu’à un bien faible degré. On ne put jamais lui apprendre à lire, ni lui faire con- « cevoir aucune idée religieuse. Toute l’instruction à laquelle il parvint fut de savoir « danser et battre la mesure avec assez de justesse. Mais ce qui prouve encore mieux « que son intelligence ne s’est jamais élevée, selon l’expression des auteurs du temps, « beaucoup au-dessus de celle du chien bien dressé, c’est qu'à l’époque de son arrivée « à Lunéville, sa mère étant venue le voir après quinze jours de séparation, il ne parut « pas la reconnaître.
« Bébé était d'une extrême vivacité; on le voyait sans cesse en mouvement. 11 était « susceptible de passions très-vives et surtout de colère et de jalousie. On rapporte « qu’une dame de la cour donnait un jour devant lui des caresses à un chien, Bébé,
« furieux, le lui arracha des mains et le précipita par la fenêtre en s’écriant : « Pour- « quoi l'aimez-vous mieux que moi? »
« A quinze ans, Bébé avait vingt-neuf pouces de haut : il était encore vif, gai, bien « portant. Sa petite taille était bien prise, sa figure agréable, son sourire gracieux. Mais " à cette époque, qui fut celle delà puberté, une révolution lâcheuse s opéra en lui . sa „ santé déclina rapidement ; les traits de son visage perdirent tout ce qu'il avait de gra- ,, deux; il devint un peu contrefait; tous les signes d’une vieillesse prématurée ne tar « dèrent pas à se manifester. Il mourut le 9 juin 1704, à l'âge de vingt-deux ans et demi.
« Sa taille était alors d’un peu plus de trente-trois pouces.
« Ces détails, pour la plupart authentiques, sont en grande partie extraits de deux mémoires présentés à l’Académie royale des sciences, l’un en 1746, par Claude Joseph « Geoffroy, et l’autre en 1764 par Morand. Ce dernier accompagna la présentation de „ son mémoire de celle d’une statue en cire, exécutée avec beaucoup de soin et repré- « sentant Bébé à l àge de dix-huit ans. C’est cette statue, ou une copie de cette statue, h qui se voit dans le cabinet de la Faculté de Médecine de Paris.
„ Le squelette même de ce nain célèbre est conservé dans les collections anatomiques h du Muséum d’histoire naturelle. La grande saillie du front, et surtout une déviation ii très-marquée de la colonne vertébrale dans les régions dorsale et lombaiie, sont les " particularités les plus remarquables que m ait offertes 1 examen de ce squelette.
« Il est aussi à noter que les os sont presque tous parvenus à un état très-complet „ d’ossification. Il n'existe plus aucun vestige de suture ni entre les deux frontaux, ni ii même entre les deux pariétaux. Neanmoins, en plusieurs endroits, et principalement » vers la suture sagittale, le crâne est d'une minceur excessive, et les deux pariétaux <« sont creusés, à leur face extérieure, d’une infinité de pores ou de petits trous formant « une sorte de réseau (pii rappelle à quelques égards la disposition normale du système ii osseux chez plusieurs reptiles. Enfin on peut encore remarquer que le crâne est très- „ déprimé entre les bosses pariétales et la bosse occipitale, que le nez est extrêmement .. saillant, les os nasaux étant très-larges à leur extrémité inférieure, et que le gros orteil ■ est proportionnellement très-allongé.
« Les dimensions des principales parties du squelette de Bébé sont comme il suit
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(• Hauteur totale . - ® ü
« Longueur totale du membre supérieur. . . I 2 9
« Jd. de l’humérus . " 7 •>
.. ld. de la main . ”
.. Id. totale du membre inférieur . . I '* d
« ld. du fémur . ” ®
« ld. du pied . “ ^
4° Le squelette de la Vénus hottenlote. Sous ce nom était désignée une femme bo schimane que l’on montrait comme objet de curiosité, et qui est morte à Paris. Son corps a été moulé en plâtre et se trouve actuellement dans le cabinet d anatomie humaine dirigé par M. Serres. La tête du squelette de celte Boschimane, qui avait été volée, a été rendue au Muséum par une personne qui n’a pas voulu se taire connaître.