‹ Le jardin des plantesChapitre 6 sur 83 · A I H CONN (I · texte numérisé non relu

A I H CONN (I

Je vais vous conter l’ histoire D’un ours et d’un vétéran...

C’est d’autant plus surprenant. Qu’entre nous, vous m'allez croire.

Les ours et les vétérans Se fréquentent rarement.

Ce soldat factionnaire Près de la fosse est placé Où Martin, que vous savez,

Monte à l’arbre d’ordinaire.

L’ours dormait sans nul effort.

L’homme pas : il avait tort.

lit.

Alors, ne sachant que faire, II regarde un peu d’abord Dans la fosse... Un louis d’or Frappe ses yeux ; il est père.

Et dit : Voilà de l’argent

Pour la mère et les enfants.

Alors il prend une échelle, Et descend dedans le trou,

Se baisse, hélas ! mais ne trou-

Ve qu’un boutou de bretelle \u lieu du napoléon...

Il fut trompé tout du long

î(i PREMIÈRE PARTIE.

et la nécessité d’amuser leurs abonnés, jointe à celle de rester conformes à leur sous-titre de feuilles politiques et littéraires, leur fit ouvrir leurs colonnes à l’événement qui venait d’avoir lieu au Jardin du roi. Seulement, les feuilles de l’opposition commencèrent ainsi : « Un vétéran, simple soldat d’Aboukir et de Wagram, et qui tenait son grade et sa croix de la main de l’empereur, etc. ; » tandis que les feuilles du gouvernement adoptèrent cette rédaction : « Un vétéran, ancien soldat de l’armée de Condé... » C’est ce qui s’appelait donner de la couleur à un fait-Paris. — On aura probablement conservé la recette.

Plus tard, Martin se chargea de venger le vétéran indigène, et dévora un Anglais. De ces deux victimes qui se trouvaient dans la force de l’âge, pour le moins, la tradition, si souvent infidèle et menteuse, a composé pour l’offrir à l’attendrissement public un jeune enfant rose et blond. — La calomnie se mêle de tout. — Martin la supporta très-bien, tant qu’il vécut ; maintenant il est empaillé, et c’est le moment, ou jamais, de ne pas se faire de chagrin.

Il y a des gens qui s’exagèrent leurs avantages : l’espèce en est même assez commune. L’ours n’a pas cette fatuité, pourtant il est un animal bien fait ; il a de beaux bras, une jolie jambe; — il pourrait se vanter, plus qu’aucun autre animal, de ressembler à l’homme. — Ces avantages, cette ressemblance, il en fait très-bon marché : lourdement enveloppé dans sa grosse couverture de poils noirs, bruns ou blancs, peu lui importent les jugements humains, et à la vue de certains curieux, nous le supposons capable de se flatter, in petto, ce vilain ours, d’être un peu mieux tourné que certains individus !

La fosse aux ours est constamment bordée d’un triple rang d’amateurs civils et militaires! On se dispute les bonnes places, — on fait queue ; — les entants, qui trouvent là des hommes aussi enfants qu’ils le sont euxmêmes, après avoir imploré humblement un petit coin pour voir, s’élancent, la tête la première, sous les bras, entre les jambes des curieux, et font ainsi leur trou.

Au cri (le ce noble reste De Wagram et d’Austerlitz, Martin accourt de son lit, lit commence par la lèlc...

E" clin d’oeil, sans pitié. Il arriva aux souliers.

Tout ceci doit vous apprendre, Enfants, vieillards, jeunes gens, De ne jamais, pour l’argent,

( liiez un ours, la nuit descendre, Car il ne respecte rien,

Ni l'envie d’avoir du bien.

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