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Au liord de celle lusse, se passent des scènes qui rappellent tout a fuit l'amphithéâtre de certains spectacles. C’est la même cohue, la même avidité de tout voir, la même verve insolente; ce sont parfois les mêmes projectiles, mais le parterre ne craint pas les taches. La fosse aux ours serait en un seul jour comblée de gâteaux et de morceaux de pain, s’il n’y avait pas là, dans ce trou de plusieurs toises, une profondeur incalculable, et qui s’appelle la gueule de l’animal. — Il daigne l’ouvrir pour une simple brioche. Ah ! mon Dieu! l’effrayant râtelier qu’il montre alors !... On fait un pas en arrière, tandis que le gâteau s’engloutit. Un pain de seigle passe dans le gosier de Tours comme une simple goutte d’eau. 11 faut croire que cet animal a une faculté d’aspiration bien puissante, car ce n’est pas lui qui attrape les morceaux qu’on lui jette, ce sont les morceaux qui vont à lui, du plus loin et si maladroitement qu’ils soient lancés; pas un ne dévie, pas nn ne s’égare. — Ces jours derniers, un des curieux laissa tomber son parapluie ; il pleuvait, — la perte était opportune. — L’ours flaira l’instrument, le trempa dans son auge, pour le ramollir sans doute; et comme le bambou et le taffetas n’étaient pas devenus plus mangeables, il se contenta de regarder le visiteur ébahi, en lui disant avec ses yeux si petits et si fins : Je ne suis pas si bête que vous, mais, pour le moment, je ne comprends pas.
Aujourd’hui, deux petits ours font les délices des habitants du Jardin des Plantes, deux vrais gamins, deux vrais enfants de Paris.— Vous entendrez de naïves petites filles les appeler des amours ; — c’est que les enfants ne sont pas si difficiles, et que pour eux on est toujours assez beau quand on a de l’espièglerie, de la vivacité, de la bonne humeur. Au fond, ces pauvres petits animaux sont plutôt mal habillés que laids; — mal habillés ! — mais leurs parents auraient bien eu tort de se mettre en frais de ce côté-là; s ils pouvaient, les petits monstres, déchirer leurs habits, il y a longtemps qu’il ne leur en resterait pas une pièce ! Enfin, ne pouvant perdre sa casquette, l’un des deux s’est amusé à perdre une de ses oreilles. Il a couru sur cet accident des bruits divers : on a dit que le père, irrité de la mauvaise conduite de son fils et poussé à bout, lui avait tiré l’oreille — avec ses dents — et avait emporté le morceau, tant son indignation était sincère. Le malheureux cornet acoustique n’a jamais été retrouvé depuis.
Le petit ours ne paraît pas se soucier de son oreille absente; il joue, il saute, il bat son frère, désole sa mère, et ne marche presque jamais sur quatre pattes : sa famille se plaint qu’il la déshonore.
Il n est pas nécessaire d’entrer dans la Vallée Suisse pour apercevoir les
ours. La fosse qu’ils habitent sépare, au raidi, cette Vallée du Jardin bas, et se trouve en face des carrés de lecole d’horticulture; école pratique, savante et complète, dont la fréquentation est aujourd’hui aussi indispensable au botaniste que l’est au médecin l’étude clinique, à l’hôpital. — Admirez combien les sujets varient au Jardin des Plantes : ici un sujet d’étude, là un sujet d’amusement; mais aussi, remarquez-le bien, ici quelques visiteurs, là l’encombrement et la foule. — On tient peu à ce que l’administration travaille à améliorer la culture des arbres fruitiers; — mais on lui sait gré d’avoir creusé de larges bassins où vivent des animaux dont la lourdeur apparente nous distrait, tandis qu’ils profitent, eux, de notre légère té réelle; — et l’on souhaite que le Muséum puisse réaliser bientôt ce projet dont il avait été parlé, et qui consisterait à creuser de nouvelles fosses couvertes, communiquant avec les loges des animaux féroces, et dans lesquelles ceux-ci viendraient jouir, de temps en temps, et chacun à son tour, d’une demi-liberté!
C’est de la sympathie qu excitent les ours au Jardin des Plantes; ils plaisent, ils amusent, ils surprennent, ils intéressent. On s’arrête, on les regarde, puis on s'éloigne et l’on revient à eux ; il semble qu’on a toujours oublié quelque chose en les quittant : oui, l’on a oublié, ou plutôt, on n’a pas trouvé le mot de l’énigme que ces animaux offrent incessamment à l’in tel-
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ligence des curieux. L’ours est-il véritablement ours, dans le sens de taeiturnité, de lourdeur, de misanthropie, attaché à ce mot-là? ou bien son allure n’est-elle au contraire qu’une ruse, une affectation pour cacher les dispositions les plus décidées au plaisir, à la légèreté, à la dissipation même? — Nous avons déjà vu qu’il dissimulait, enfouissait dans un sac, pour ainsi dire, ses formes remarquables; — n’en ferait-il pas autant pour son esprit? — Nous penserions volontiers, quant à nous, à part mille et mille observations, qu’il est triste, lourd, taciturne, misanthrope, ours enfin, de la môme manière et par la même raison que les grands comiques, les vrais comiques, les comiques enfin, sont tristes et peu communicatifs. — L’ours est de l’avis de Molière : « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. » — Il faut observer les hommes, surprendre leurs secrets, les mystères de leur àme, avant de prétendre à les divertir; l’ours semble ne pas faire autre chose ; une méditation profonde précède toujours ses actes. — Aussi, voyez : il étend les pattes et le public devient attentif a son tour; — il se dresse, il se roule, il se croise les bras, il se baigne, il monte à l’arbre, il n’v monte pas; tout chez lui a un sens plaisant, un intérêt : — chacun de ses mouvements est un trait qui porte, comme chaque mot dans les bonnes comédies. Que d'intentions fines, que de nuances délicates offre le jeu de cet animal ! que de vivacité sous tant de lenteur ! que d’adresse sous tant de gaucherie ! que de malice, enfin, sous une enveloppe grossière !
Aussi, nous avons peine à croire ce que La F ontaine nous raconte d’un certain ours montagnard , qui ne trouve rien de mieux, pour chasser une mouche, que de lancer un pavé et de casser la tète de l'homme, son ami.
— Bien sur, il s’était passé quelque scène entre l’amateur des jardins et Yémoucheur; — ils n’étaient plus bien ensemble. — L’ours fit semblant d’être au désespoir, suivant le fabuliste, en voyant une mouche sur le bout du nez de son compagnon : mais son exagération même prouve, en cette circonstance, son peu de sincérité, — son désespoir n’etait au fond qu’une scène comique.
— Rien n'est si dangereux qu’un maladroit ami, nous le voulons bien : nous acceptons la moralité de la fable, mais nous en contestons le récit.
— Les habitués du Jardin des Plantes pensent comme nous sur ce point.
— Leur Martin, leur ours, ils ne vous l’abandonneront jamais pour un ignorant ami. — La Fontaine en voulait à l'ours, — lui qui était quelque peu ours, dans le monde; — il a écrit encore ailleurs *
Seigneur ours, comme un sol...
A la vérité, la réhabilitation ne s est pas termine par cette vérité proverbiale .
fait attend re.
et la même table se
. Qu’il ne faut jamais
Vendre la peau de l’ours qu’on ne I ait mis par terre.
Au Jardin des Plantes, l’ours est un personnage : remarquez bien qu'on commence par l’appeler Martin, d’un nom d’homme, et qu’on ajoute l'ours pour désigner sa profession, son caractère ; mais il est Martin d abord : Martin l’ours! les véritables amateurs ne s’expriment jamais autrement.
Les vrais amateurs... ils ne quittent les précédents animaux que pour aller voir les bêtes féroces; vous connaissez déjà le domicile des lions, des panthères . ce domicile, c’est bien une prison, une vraie prison, avec des barreaux de fer. Seulement l’administration du Muséum a eu le bon goût de ne pas les dorer, à une époque ou l’on dore le fer partout, même aux espagnolettes des mansardes.
Le bâtiment de la ménagerie a une physionomie simple et régulière ; la décoration du théâtre n ote rien, ne prête rien aux personnages. 11 est exposé au midi, et le soleil forme la rampe. Sa façade offre vingt et une divisions ou loges pour les animaux de forte taille, et sur les ailes se déploient deux pavillons, où sont renfermés, hors des regards du public, quelques individus de différentes espèces. En ce moment, on en voit un qui n’a pas de nom, parce qu’il n’a pas de parentsconnus ; il est affreux d ailleurs, et il n’v a pas de si laid animal qui ne s’empresse de désavouer un tel produit. Vous dire aujourd’hui de quels animaux se compose la ménagerie, ce serait nous exposer à recommencer demain. Au Jardin des Plantes, les animaux se succèdent, se suivent et ne se ressemblent pas toujours. La nostalgie fait une rude concurrence à messieurs les conservateurs; 1 amour du pays est souvent le plus fort, il triomphe, et l’animal meurt. Mais cette formule, « le roi est mort, vive le roi! •» parait usitée au Muséum. Il est rare, en effet, que la ménagerie ne renferme pas un lion. — Plus beau ou moins noble, d’Asie ou d’Afrique, mâle ou femelle, il y a toujours un roi des animaux, il y a toujours un lion à la ménagerie. Comme cet animal possède le secret de rester fier dans sa captivité, terrible dans sa douceur, indomptable dans sa docilité! 11 est bien vrai que les belles natures subissent l’avilissement, mais qu’elles ne s’y prêtent jamais tout entières l'œil proteste encore lorsque la tète est abaissée.
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Nous demandons grâce pour le lion ; nous supplions qu’on lui épargne, et à nous en même temps, ces fades récits de tendresse ridicule, où on lui fait jouer un rôle de caniche ou de lévrier. — Eh ! qu’avons-nous besoin qu’on nous dise que le lion n’est point stupidement féroce : il nous suffira de regarder sa tète puissante, son œil magnifique; sans doute il est brave, il est fort. Eh bien! ne savons-nous pas déjà qu’il est généreux.
Le lion est superbe à contempler, lorsque, par un jour de grande chaleur, il vient se coucher sur le devant de sa loge, défier, en quelque sorte, les rayons les plus ardents, et insulter à notre soleil.
L'hyène tachetée aurait beau nous faire des avances, des caresses, nous ne pourrions pas croire à sa bonté. — Une hyène, c’est très-méchant : voilà l’opinion, voilà l'histoire, voilà par conséquent la vérité. — Quelques personnes prétendent bien que l’hyène tachetée est capable d’intelligence et de fidélité... Mais la poésie survient qui les interrompt, et leur rappelle que l’hyène contrefait la voix humaine pour attirer des victimes ; qu’elle déterre les morts, etc. La poésie met peut-être sur le compte de l’hyène rayée les méfaits qui n'appartiennent qu’a l’hyène tachetée. Celle-ci est, dit-on, moins féroce, et consent même parfois a montrer l’intelligence et la fidélité d’un chien. — L’histoire naturelle n’est, pour certaines personnes; qu’un vaste recueil d’anecdotes... humiliantes
car l’homme n a pas tant de belles actions a invoquer que tel et tel animal.
La ménagerie a gardé la mémoire de plusieurs tigres, dont 1 humeur était égale et caressante. — Décidément on serait tenté de croire que tous les voyageurs en ont menti, et qu’ils ont attribué à la férocité des tigres certains malentendus un peu graves, d’où mort d’homme a pu être la conséquence. — Est-ce que les tigres aussi s’en iraient? — Rassurons-nous, il en est encore qui savent enlever un cavalier de dessus sa selle, au milieu même d’un bataillon, et fuir avec leur proie, comme passe un trait.
Les lions, les tigres, et leurs confrères en captivité, occupent chacun une loge. Mais ils ont de plus, et par intervalle, la jouissance de la case voisine, donnant sur la galerie intérieure du bâtiment, et séparée de la case antérieure ouvrant sur le Jardin par une cloison qui s’abaisse et se lève, à la volonté du gardien. Chaque animal a donc sa chambre et son cabinet, comme les plus heureux étudiants de la rue Saint-Jacques, comme les moins pauvres grisettes de toutes les mansardes.
Le gardien fait passer le carnivore dans le cabinet toutes les fois qu’il veut laver le parquet de l’appartement, ou servir le dîner du maître. — Les apprêts du festin durent peu.... le temps de jeter une cuisse, une mâchoire de cheval abattu, pour cause de services trop prolongés rendus à l’homme, à la grande boucherie de 3Iontfaucon.
Il faut voir avec quelle rapidité le tigre se précipite d’une case dans l’autre. A peine la cloison est-elle levée, qu’elle retombe, et l’animal a disparu. Cela rappelle cet effet qui a lieu au théâtre, lorsque le personnage diabolique de la féerie s’élance vers la muraille, la traverse, et s’échappe sans laisser d’autre trace de son passage que la classique odeur d’allumettes ou de roussi.
Au chat! voici la panthère! au chat! voici le jaguar! La ressemblance qui existe entre le chat et ces animaux est frappante et saute aux yeux. On se croirait sur les toits. Les panthères et les jaguars se recommandent sans doute par un peu plus de férocité; mais apparemment les rats et les souris de l’Inde et du Brésil sont des rongeurs plus dangereux et plus difficiles à mettre à la raison que les nôtres. — A bon rat, bon chat!
landis que le jaguar se passe la patte sur la langue, puis sur la tète, les oreilles, pendant qu’il s’habille enfin et fait sa toilette, nous allons vous raconter, en peu de mots, ce fameux incident de la réquisition d’animaux, faite par la Commune de Paris, au profit du Muséum. — Oh! ce
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fut u 11e journée bien touchante, un moment d’un comique bien solennel ! 11 faudrait une plume trempée dans l’encrier de Callot pour bien dessiner la scène désolante qui eut lieu au moment où tous ces singes déguisés en marquis, toutes ces guenons couvertes de falbalas, tous ces lapins attachés à un tambour, tous ces chats peints en léopards, tous ces quadrupèdes acrobates, culottés, empanachés, coiffés, poudrés, chaussés, attifés, badigeonnés et grimés, furent arrachés à la baraque des saltimbanques, et poussés par la force armée vers le Jardin des Plantes, tandis que leurs maîtres, non moins grotesquement vêtus, les suivaient de loin, les mains levées vers le ciel et les yeux baignés de larmes.
Pendant plusieurs mois, la ménagerie du Jardin des Plantes donna au public le plus douloureux des spectacles : les nouveaux venus étaient d’une tristesse amère. Que vouliez-vous qu’ils fissent de leurs talents, une fois en cage, eux artistes, eux chanteurs, danseurs, musiciens, sauteurs de corde et de tremplin? Et comment supporter la captivité lorsqu’on est habitué à la vie nomade et capricieuse des artistes de campagne, à la vie du roman comique ? — Plusieurs moururent dans le semestre, et dégrevèrent d’autant le budget du Muséum. Ce trépas sera compris par les hommes qui savent combien l’on devient amoureux des planches lorsqu’une fois on les a touchées, avec quelle douleur le vieux comédien quitte son rouge et ses haillons de théâtre, et comme il s’étiole et dépérit quand il ne sent plus tous les soirs l’odeur de l’huile à quinquet, et les tièdes, mais enivrantes exhalaisons du parterre.
Cependant la galerie diminue, les curieux s’en vont un à un, comme à l’avant-dernière scène du drame le plus intéressant... le soleil est couché ; voici le géranium triste qui répand son parfum : c’est ainsi que cette plante fait de suaves adieux à la lumière ! — Les cages des animaux se ferment l’une après l’autre : les lions, les tigres, les panthères sont rendus à la méditation, à l’intimité, à la solitude. Qui sait ce qu'ils pensent de nous après une journée entière d’observation? — Peut-être qu’ils nous trouvent bien oisifs et bien indiscrets. Peut-être nous croient-ils féroces nous-mêmes, et venus là tout exprès pour les épier? Ils rendent grâces à cette grille qui nous protégé contre leurs griffes, et attribuent leur sécurité aux barreaux qui les font captifs. Le genre humain leur parait sans doute bien monotone, et ils ne lui reconnaissent qu’une seule espèce
composée d’un seul individu : leur gardien. Cet individu, ils l’aiment; ils se lèvent lorsqu’il passe; ils le caressent lorsqu’il le veut bien. Cet individu qui les nourrit est, bien sur, un animal à leurs yeux. Mais les autres, ceux qui les offensent, qui les excitent ; ceux enfin pour lesquels l’administration est obligée d’écrire : Le public est prié de ne pas irriter les animaux, — ceux-là, ce sont bien des hommes.
Nous avons quelquefois pensé qu’à force d’être prisonniers, certains animaux doivent perdre la conscience de la liberté, de l’espace, et que, dans une espèce de folie fort excusable, ils nous regardent nous, les visiteurs, qu’ils n’aperçoivent jamais qu’à travers une grille, comme des détenus parqués en attendant que nous leur servions de nourriture. Ils convoitent tel ou tel d’entre nous sur sa bonne mine, et croient le retrouver sous leur dent, lorsque les hasards et les incidents de l’abattoir leur ont procuré un meilleur repas que de coutume; — leur cerveau renversé se venge, en renversant le monde.
Allons, le jour baisse, l’air fraîchit ; il faut partir, — déjà partir ! — et vous ne répondez pas que nous ayons tout vu? Non ; mais jetez encore les yeux autour de vous : examinez les promeneurs qui s’acheminent chacun par une issue, chacun vers une région différente. Les habitués du Jardin des Plantes vous appartiennent au même titre que ses habitants, et les
provinciaux, les etrangers tiennent à la classe des habitués, par la tradition non interrompue d’un pèlerinage indispensable. — Observez donc ceux qui vous précèdent, ceux qui vous coudoient, ceux qui vous suivent : il n’y a point d’indiscrétion à le faire, et ce n’est certes pas sortir de nos préoccupations d’histoire naturelle.
Cet homme, auquel un grand domestique sert de béquille, c’est un oncle d’Amérique. En France, il serait devenu député, pair; là-bas, il a lait fortune ; mais à son retour.
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il n’a plus retrouvé sa pauvre nièce, elle était morte, en donnant les plus belles espérances an Conservatoire.
Absorbé, sec et soucieux, que fait ce promeneur qui s’éloigne à pas
lents? On dirait qu’il pense; eh bien, non; il compte : Tant par an, et nous sommes à telle époque de l’année : reste à dépenser tant. — Suivez cet abonné gratuit du Muséum : il va rentrer dans quelque pension bourgeoise des attenants et aboutissants de la rue Copeau ; c’est là qu’il a sa loge, le brave homme; on l’y a mis, presque enfermé, lui aussi ; et de même qu’à certains animaux on donne une boule en bois pour société, on lui a laissé une canne..., sa canne!
Un jour, une heure nous sont donnés ! — Pauvre femme, jeune hier encore, élégante, — aujourd’hui tout est équivoque en elle, l’âge, la mise, la condition. — Les naturalistes du Jardin la regardent comme la femelle du rentier.
— Voulez-vous des exemples de la vie végétative chez des hommes ? Ces individus ont deux ou trois bonheurs pourtant : leur tabatière, leur jour-
nal... et ils sont veufs. Ne les croyez pas trop lorsqu’ils parlent de ce dernier avantage : c’est là une vieille plaisanterie à laquelle ils ne sont pas assez riches pour renoncer; mais ils gardent dans le coin de 1 œil quelque bonne larme toute prête pour l’anniversaire de leur mariage avec la défunte.
Le rentier vient tous les jours au Jardin des Plantes, à la même place, se réchauffer au même soleil, aux mêmes souvenirs, retrouver les mêmes habitués, écouter le même journal; s’assurer que son intelligence vit encore, parce que les mêmes bêtes lui font venir les mènies réflexions ; ne le plaignez pas trop, car il a désormais une famille qu’il visite, qu il aime, et a laquelle il ne laissera rien. Oui, cette famille a cela de bon qu elle est nécessairement désintéressée : lui, absent, absent pour toujours, se rencontrera-t-il encore un homme aussi charitable, pour distribuer aux daims, aux biches les miettes de pain dérobées à la table d hôte? — Ne l'accusez pas trop, bien qu’il soit un peu égoïste, car avec un peu plus de dureté, dans le cours de sa vie, il aurait pu devenir banquier ; avec un peu moins d’ordre, il aurait pu tomber à la charge d’un hospice. Eh ! mon Dieu, comme il le dit lui-même, il ne faut déjà pas tant d’imagination de nos jours pour s’estimer grand poète, grand artiste, grand spéculateur, et conséquemment pour ne lien faire ou tout dissiper : son propre bien et celui des autres !