‹ Le jardin des plantesChapitre 66 sur 83 · POISSONS ET U E P T ILES · texte numérisé non relu

POISSONS ET U E P T ILES

Des quatre grandes divisions de la série des Vertébrés, celle des Poissons est la plus nombreuse en espèces; on en compte aujourd’hui près do huit mille.

Le Muséum en possède la plus belle collection connue; et bien qu’elle date d’une époque encore récente, elle est l’une des plus complètes de cet établissement. Elle a été mise en ordre et étiquetée par MM. Cuvier et Va-

lenciennes, qui avaient entrepris en commun une Histoire naturelle des Poissons. Cet immense ouvrage, retardé quelque temps par la mort ilu principal collaborateur (G. Cuvier), est continué avec succès par M. Valenciennes, dont le monde savant apprécie et admire les profondes connaissances ichthyologiques.

Notre collection se compose de Poissons préparés et de Poissons dans l’esprit-de-vin. Il est fort à regretter que les Poissons perdent à l’air les brillantes couleurs dont la nature les a dotés, et que la science ne soit pas encore parvenue à leur conserver leur plus bel ornement. Chaque espèce a autant que possible un ou plusieurs représentants dans chacun de ses états, et rangés dans les armoires selon l’ordre adopté par les savants que nous venons de nommer.

On divise les Poissons en deux grandes séries , les Acanthoptérygiens et les Chondroptérygiens. La première comprend les Poissons dont les nageoires sont composées en partie de rayons osseux; la seconde série renferme les Poissons dont les nageoires sont cartilagineuses.

Les Anarrhiques, de la famille des Gobioïdes, sont des Poissons féroces et dangereux qui atteignent jusqu’à sept et huit pieds de long. L 'Anarrhicas Lupus ou Loup marin est l’egpèee la plus connue du genre ; elle habite les mers du nord, et sa cbair est d une grande ressource pour les Islandais, qui la conservent séchée et salée, et qui en font leur principale nourriture pendant l’hiver. Son fiel leur sert de savon, et ils emploient sa peau aux mômes usages (pie le cuir.

Les lîaudroies sont remarquables par la grosseur disproportionnée de leur tète, ipii est très-large, déprimée, et pourvue d’une gueule très-fendue et armée de dents pointues. Une des particularités les plus intéressantes de ce Poisson, c'est la conformation de sa nageoire dorsale, divisée en rayons détachés et fort longs, (pie l’animal fait mouvoir à volonté. C’est au moyen de ces filets que la Baudroie se procure la nourriture dont elle a besoin, et qu'elle ne pourrait saisir à la course, son corps n’étant pas propre à une natation rapide; ainsi elle supplée par la ruse à ce qui lui manque d’agilité. Elle dresse des embûches comme un pêcheur; elle se tient au fond de l’eau, et se cache sous la vase, de manière à ne laisser apercevoir que les rayons de sa tète qu'elle agite dans tous les sens pour les faire ressembler à des vers. Attirés par celle supercherie, mille petits Poissons, sans défiance comme sans malice, mordent à 1 appât ; gourmandise fatale et chèrement expiée! Aussitôt que la Baudroie se sent mordue, elle replie ses filets et les retire dans sa gueule avec tous ces petits Poissons qu'elle avale sans pitié, ou qu’elle met en réserve dans la cavité très-large de ses ouïes.

Le Maquereau appartient au même genre que le Thon. C'est un Poisson d'une forme élégante et peint des plus brillantes couleurs. En sortant de l’eau, il jette une lueur phosphorique, particularité (pii lui est commune avec plusieurs autres espèces. On le dit très-vorace, et même friand de chaii humaine. Pontoppidam raconte qu’un baigneur.

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<|iii s’élail Irop avancé dans la mer, fut attaqué par une troupe de Maquereaux qui le dévorèrent.

Leur pêche constitue une branche d’industrie très-considérable ; c’est sur les côtes occidentales de l’Angleterre qu’elle s’exécute avec le plus de succès. Les lilets qu’on y emploie ont quelquefois plus d’une lieue d’étendue ; on les jette à la tombée de la nuit, le long de la marée. Un seul bateau pêcheur a souvent rapporté en une seule nuit une cargaison de la valeur de près de deux mille francs.

Les Exocèles ou Poissons volants sont pourvus de nageoires pectorales tellement larges, qu’ils peuvent les faire servir au même usage que des ailes. Ils habitent principalement les mers du tropique, où ils sont continuellement exposés aux attaques d’une foule de Poissons voraces et d’Oiseaux de proie. C’est un spectacle extrêmement curieux que celui de celte double chasse et de ces nuées de Poissons qui sortent par intervalles de leur élément natal pour déployer au soleil la magnificence de leurs nageoires nuancées d’or et d’azur. Leur vol est très- bruyant et dure quelques secondes. Ce temps leur suffit pour se mettre hors de la portée des Requins, des Marsouins, des Dorades, qui les poursuivent sans relâche et par troupes. Mais ils n’échappent à un danger que pour tomber dans un autre, car à peine se sont-ils dérobés à la dent des Poissons, qu’ils rencontrent le bec et les griffes des Frégates et des Albatros. Aussi leurs essaims deviennent-ils toujours moins nombreux à mesure que leurs élans se multiplient, et lorsque épuisés de fatigue, ils ne peuvent plus ni nager ni voler, ils s’abandonnent sans résistance à leurs ennemis.

« Le Dorch ou petite Morue, dit M. Milne Edwards, se prête mieux que les autres aux préparations qui la rendent longtemps mangeable, et il s’en fait, dans toutes les parties du monde, une immense consommation. Presque tous les organes de ce Poisson peuvent être employés utilement : la chair comme aliment, les branchies comme appât pour les pêcheurs; leur foie fournit en abondance une huile propre à brûler; leur vessie natatoire est employée comme richlhyocolle de l’Esturgeon, leurs os frais servent à la nourriture des bestiaux en Islande et au Kamtschalka; secs, ils servent à faire du feu; leurs intestins, leurs œufs, sont apprêtés avec soin et sont servis sur la table.

« Telles sont les inépuisables ressources que la Morue offre à nos besoins. 11 n’y a donc rien d'étonnant que sa pêche soit devenue un art véritable et compliqué, avec ses lois, ses privilèges ; qu’elle occupe une foule immense d’hommes, et que, chaque année, des (lottes entières, sur lesquelles on a compté jusqu’à vingt mille matelots d’une seule nation, se rendent dans les parages septentrionaux où la Morue fait ses œufs. »

Le Brochet est le Requin des eaux douces. L’ouverture de sa bouche s’étend jusqu’aux yeux. Sa mâchoire inférieure est plus longue (pie la supérieure. Son palais, sa langue, et même son gosier sont recouverts de dents ; on en a compté jusqu’à sept cents. Quelques unes sont mobiles comme celles du Requin. La livrée des Brochets est sujette à de nombreux changements : elle est d’abord verte, puis grise, puis jaune. Ils ont l’ouïe très-line et la vue très- perçante. La durée de leur vie est ordinairement trèsconsidérable.

Tous les aliments leur conviennent; ils avalent indifféremment la chair vivante et la chair putréfiée. Quelquefois, comme le Tigre et le Crocodile, ils dévorent leurs propres petits Ils poursuivent même des Rats d’eau et de petits Canards. On a vu des Brochets

disputer leur proie à des quadrupèdes aquatiques tels que la Loutre et le Castor. Ils s’étranglent souvent en voulant avaler des animaux plus gros qu’eux. Ils les saisissent toujours par la tète, comme les Serpents à sonnettes. Leur présence répand parmi les habitants de l’onde la même terreur que la présence d’un Faucon ou d’un Aigle parmi les Oiseaux. Lorsqu’ils dorment couchés sur la surface de l’eau, les petits Poissons rôdent en grand nombre autour d'eux, non sans montrer une grande peur, et ils semblent dire : « L’ogre dort, ne le réveillons pas !»

Les Coryphènes sont dotés de la conformation la plus favorable pour une natation rapide. Forts de ce précieux avantage, les Coryphènes s’attaquent à des proies difficiles, et ne craignent pas de chasser le Poisson volant qui peut, à l’aide de ses larges nageoires, s’élancer hors de l’eau, et se soutenir dans l’air comme un oiseau. Mais leur acharnement les entraîne à leur perte, et ils payent souvent de leur vie leur effroyable voracité . il suffit d’attacher au bout d’une ficelle un bouchon garni de plumes, et qui imite tant bien que mal un Poisson volant, d’y laisser pendre le hameçon en guise de queue, et de faire filer cet appât à la suite d’une embarcation, pour voir aussitôt les Coryphènes se jeter à l'envi sur ce piège mortel et y rester pris.

Mais ce que ces Poissons présentent de plus remarquable, c’est la magnificence des couleurs dont ils sont parés. Lorsque la mer est calme et que le soleil se joue sur leurs écailles, les reliefs qui en jaillissent présentent les nuances les plus riches et les plus variées. La Méditerranée nourrit une espèce de Coryphène, nommée Dorade, qui est diaprée de bleu et de jaune. Sa chair n’est pas moins bonne que sa robe n’est belle, et après avoir fait l’ornement des mers, elle forme un des plats les plus recherchés de nos J a blés.

Dans l’armoire à droite sont exposés les Gymnèlres, de la famille des Tænioïdes ou des Poissons rubans. Leur corps est mince et long ; ils n’ont point de nageoire inférieure ; la nageoire dorsale règne tout le long du dos, et ses rayons, prolongés au-dessus de la tète, forment une sorte de plumet.

Les Turbots, animaux classiques en littérature et en gastronomie, sont des Poissons plats comme les Raies, et qui nagent couchés sur le flanc. Leurs yeux sont placés d’un seul côté de la tête. Le dessous de leur corps est d’un blanc brillant ; mais le dessus est d’une teinte sale et noirâtre, qui les rend presque imperceptibles lorsqu’ils sont à moitié enfouis dans le sable ou dans la vase. La nature ne leur a point accordé d’armes défensives ■, mais, grâce à leur couleur, le Requin le plus affamé peut passer a côté d eux sans les voir, et pourtant, comme dit le proverbe, la faim a de bons yeux !

V Esturgeon est le Poisson qui a, extérieurement , le plus de ressemblance avec le Requin. 11 vogue son égal en grandeqr, mais il est loin d avoir sa force. La taille de l’Esturgeon atteint jusqu’à vingt-cinq pieds de long. Sa gueule est dépourvue de dents, et ses appétits sont en rapport avec cette conformation. Son museau est très-avancé; sa mâchoire inférieure est plus courte (pie celle de dessus, caractère qu il partage avec le Requin. Ses lèvres sont garnies de quatre filaments déliés, pareils à ceux de la Baudroie, et au moyen desquels elle attire dans sa gueule une foule de petits Poissons qui les prennent pour des vers. Pline raconte (pie, de son temps, on pêchait dans le Pô des Esturgeons (pii pesaient un millier.

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La couleur de ces animaux est bleuâtre, avec de petites taches brunes sur le dos, et noires sur la partie inférieure du corps. Ils habitent l'Océan et presque toutes les mers. Au printemps, ils quittent les eaux salées pour les eaux douces, et s’engagent dans les grands fleuves pour y déposer leur frai. Ils sont très-communs dans les fleuves d'Amérique.

Ces Poissons sont très-féconds; Leuwenhoek a trouvé dans le frai d’une seule femelle cent cinquante milliards d'œufs. Ces œufs sont furt délicats et servent à faire le caviar ; leur vessie natatoire sert à faire la Colle de poisson.

Au plafond est suspendu un Espadon. Ce Poisson doit son nom à l’arme naturelle dont sa bouche est pourvue. Les os de la mâchoire supérieure sont prolongés en avant de manière à former une lame étroite et plate qui s’amincit et se rétrécit de plus en plus jusqu’à son extrémité, et dont les bords sont tranchants comme ceux d’une épée. L’Espadon s’en sert plutôt pour se défendre que pour attaquer, car, malgré sa force, son agilité et sa grandeur, c'est un animal très-doux et très-sociable ; il vit en trèsbonne harmonie avec plusieurs Poissons moins forts que lui et qui le suivent dans ses voyages. Il recherche aussi les individus de son espèce, et on le voit souvent accompagné d’une femelle à laquelle il paraît tendrement attaché.

Ce n est pas à dire que l’Espadon ne fasse quelquefois usage, et d'une manière terrible, de 1 arme dont la nature l'a muni ; au contraire, nous pourrions citer mille exemples de combats livrés par lui à la Baleine ou au Cachalot, combats dans lesquels la victoire est presque toujours restée au moins puissant de ces formidables jouteurs. Il ne recule même pas devant le Crocodile, dont la gueule hérissée de dents pointues remplit d’ef- I roi les habitants de l'onde et de la terre. L’Espadon, qui connaît probablement la conformation de ces monstrueux reptiles, se garde bien de les attaquer par devant ou par les côtés, où il les sait invulnérables, il les attaque par-dessous; il se glisse sous leur ventre où leur peau est dépourvue de téguments osseux, et quand ils s’y attendent le moins, il leur plonge son épée dans les entrailles.

La pèche de l’Espadon est très-difficile. A l’aide de son sabre il déchire les filets et perce à jour les nacelles des pêcheurs qui sont obligés de rebrousser chemin s’ils ne veulent pas couler à fond avec leurs barques criblées de trous.

La Muronophi s-Hélcne est la Murène des anciens. C’est un animal qui ressemble à 1 Anguille et à la Couleuvre par sa forme extérieure; il rampe dans l’eau plutôt qu’il ne nage ; il se roule et se déroule comme un serpent; il peut même vivre quelque temps sur la terre. Sa livrée est d’un brun rougeâtre bariolé de points et de taches jaunes.

Les Murènes se nourrissent de Poissons et de Mollusques ; elles attaquent quelquefois les Poulpes qui, déployant autour d’elles leurs innombrables bras, cherchent à les étouffer dans ce réseau vivant ; mais, grâce à la lubricité de leur peau, les Murènes échappent aux étreintes de leur ennemi, et avec leurs dents aiguës elles dévorent leur prison.

Leur extrême défiance rend leur chasse très-difficile ; quand il leur arrive de mordre à l'hameçon, ce (pii est fort rare, elles l avaient afin de couper la ligne avec les dents, et de cette manière elles se dérobent aux pièges de l'homme.

Arrêtons-nous devant ce petit Poisson (armoire 2), dont la forme extérieure n'a rien de bien remarquable, mais dont l'histoire est la plus incroyable, la plus merveilleuse, la plus étourdissante qu'on puisse entendre. Ce Poisson a plus pesé dans la balance politique de

l’Europe que bien des rois et bien des diplomates. Des États considérables, des peuples entiers, depuis plus de cent générations, doivent leur prospérité, leur gloire, leur importance à ce petit Poisson. Sa fécondité est si prodigieuse, qu’on a calculé que si pendant vingt ans un seul être de cette espèce pouvait se multiplier sans trouble et sans perle de frai ni de fretin, le nombre des individus qui en résulterait formerait une masse dix fois plus grande que toute la terre. Ces animaux extraordinaires ont leur domicile près des glaces du pôle nord ; c'est là qu’ils déposent leurs œufs, et c'est de là qu’ils descendent tous les ans en troupes de plus de cent lieues de long, pour chercher dans nos climats une température plus douce, ou pour échapper à leurs ennemis mortels, les Baleines et les Phoques. Ces troupes se partagent en deux colonnes à la hauteur de l’Islande, et tandis qu’une partie vient visiter les côtes de l'Europe et de l’Afrique, l’autre se dirige vers celles du continent américain. Telle est leur abondance dans les mers où ils se répandent, qu’on en remplirait cinquante mille barriques par jour si l’on pouvait suffire à ce travail. Ils sont si pressés, qu’ils rendent la mer impraticable aux chaloupes, et qu’on les puise comme de l'eau dans des tonneaux et des cruches. "Voilà une histoire bien surprenante, n'est-ce pas, et bien propre à vous donner des doutes sur notre véracité ; mais attendez, il vous est. réservé une surprise bien plus grande encore, et c'est que ce Poisson merveilleux, prodigieux, extraordinaire, je le dis avec

regret , s’appelle tout simplement , tout prosaïquement , tout bourgeoisement .

le llarcvg.

Oui, c’est le Hareng qui exécute ces voyages gigantesques d'un pôle à l’autre. C'est le Hareng qui forme la principale richesse de plusieurs nations et qui joue un rôle si considérable dans la politique européenne. Si le Hareng cessait d’exister, la Hollande, qu’il alimente et qu’il enrichit, ne survivrait pas à sa perte; le Danemark et la Suède, qui lui sont aussi redevables d'une partie de leur fortune, porteraient longtemps le deuil. En un mot, la disparition du Hareng produirait dans l’économie publique une de ces révolutions qui bouleversent les destinées de plusieurs générations.

Le Requin, de la famille des Squales, est le plus grand, le plus féroce et le plus fort des Poissons; il parvient jusqu’à une longueur de trente pieds; il pèse quelquefois près de mille livres, et on prétend même qu’il en existe qui ont quatre fois ce poids. Impétueux dans ses mouvements, avide de sang, recherchant sans crainte toutes sortes d’ennemis, les attaquant, les combattant avec une violence irrésistible, se mesurant hardiment avec les Baleines et les Cachalots, rapide dans sa course, répandu sous tous les climats, ayant envahi toutes les mers ; paraissant souvent au milieu des tempêtes ; aperçu facilement par l’éclat phosphorique dont il brille au milieu des ombres de la nuit ; menaçant de sa gueule énorme les infortunés navigateurs exposés aux horreurs du naufrage, leur fermant toute voie de salut, leur montrant en quelque sorte leur tombe ouverte, le Requin est incontestablement le plus effrayant, le plus redoutable des animaux carnassiers.

Le Requin a le corps allongé, la tète aplatie, les yeux saillants et loucbes. Ses dents, au nombre de cent quarante-quatre, sont disposées sur six rangées, anguleuses, et tellement tranchantes, que les habitants des îles de l'Océanie les emploient comme rasoirs. Elles ont de plus la propriété d’être mobiles, et l’animal peut, à l’aide d’une quantité de muscles, les plier ou les dresser à volonté.

Le diamètre de leur gueule est de trois à quatre pieds; la largeur immense de leur

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bouche leur permet d’avaler des corps énormes, et on a trouvé quelquefois dans leur venlre des hommes tout entiers. Toutes les proies leur sont bonnes : ils engloutissent tout ce qui se présente, même le bois et le fer. On dirait que plus ils mangent, plus ils sont atfamés. Pareils au Tigre, leur avidité de chair et de sang est insatiable. Ils dépeupleraient l’Océan, si la nature, en leur refusant des mâchoires d’égale longueur et en plaçant la mâchoire inférieure à un pied du museau, n’avait mis des entraves à leur îage destiuctive. Cette conformation singulière les oblige à se coucher sur le côté pour saisir leur proie, et donne à celle-ci le temps de leur échapper. Les Nègres profitent du moment où les Requins se retournent pour les frapper; ils plongent sous eux et leur ouvrent le ventre avec une arme tranchante.

Les mers d Amérique nourrissent des Raies dont les dimensions sont gigantesques. Le P. Labat raconte en avoir vu une dont la longueur totale, depuis l’extrémité de la bouche jusqu’à l’extrémité de la queue, était de vingt-cinq pieds. Le corps avait deux pieds d épaisseur; la peau était aussi forte que du cuir, et toute parsemée de tubercules pleins de cette matière visqueuse à l’aide de laquelle ces Poissons glissent entre les mains de qui mit les prendre. « Les Européens, ajoute le bon missionnaire, ne voulurent pas manger de ce monstrueux poisson ; les Nègres, moins difficiles, en coupèrent les morceaux les plus tendres, les salèrent avec soin, et en remplirent des barriques. » La Raie Céphaloplère de la Méditerranée a la tête tronquée, et les nageoires pectorales tellement prolongées en avant qu’on les prendrait pour deux longues cornes.

C’est toujours au milieu des mers que les raies font leur séjour; mais elles changent d’habitation suivant les différentes époques de l’année. Pendant la mauvaise saison elles habitent le fond de la mer; là elles rampent sur la vase ou se cachent parmi les algues et autres plantes marines, attendant, comme un chasseur adroit, qu’une proie vienne à passer. Vers le printemps, c’est-à-dire au moment du frai, elles se rapprochent des côtes, elles se pressent autour des rochers qui bordent le rivage’ elles nagent à la surface de l’eau ou plutôt elles volent avec une vitesse et une légèreté qui lésa fait appeler Aigles de mer. Elles sont très-avides, mais non cruelles; elles n’immolent jamais de victimes sans nécessité: elles épargnent la proie qui leur est inutile.

La famille des Theutys nous offre un Poisson connu vulgairement sous le nom de Chirurgien, à cause de la grosse épine mobile et tranchante comme une lancette qu’il porte de chaque côté de la queue, et avec laquelle il fait de grandes blessures. L'Acanture- Chirurgien est jaune varié de noir, et habite les mers des Antilles.

Le groupe des Acanthoptérygiens, à pharyngiens labyrinthiformes, renferme des Poissons remarquables par l’existence de cellules très-compliquées situées au-dessus des branchies. Ces cellules servent à retenir une certaine quantité d’eau qui entretient les branchies dans un état d’humidité lorsque l’animal se trouve hors de son élément, soit par accident, soit par l’effet de sa volonté. Cette singulière conformation permet à ces Poissons de vivre quelque temps à sec, et on en rencontre souvent à une très-grande distance des ruisseaux et des étangs où ils font leur séjour ordinaire. Les Analms scandons de l’Inde sont les Poissons qui présentent cet appareil labyrinthiforme porté à son plus haut degré de complication. Aussi vivent-ils autant sur la terre que dans l’eau, et on pi étend mêmequ ils grimpent sur le tronc des palmiers pour aller se rafraîchir dans I eau de pluie amassée dans les feuilles.

Le Thon , poisson très-connu, et dont la taille varie de trois, quatre à quinze pieds, a la queue en forme de croissant. Aristote fait mention d’un Thon qui pesait quinze talents, qui équivalent à six cent cinquante-deux livres de notre poids ; et Cetti assure que sur les côtes de Sardaigne il n’est pas rare d’en prendre qui pèsent mille et même dix-huit cenls livres. Le Thon est le plus grand des habitants de la mer qui serve de nourriture aux hommes. Quelques auteurs, induits en erreur par l’énormité de sa taille, l’ont considéré comme une espèce de Baleine.

Près de la porte d’entrée, on voit suspendue au plafond une Anguille vulgaire de cinq pieds. La conformation de cet animal semble indiquer qu’il est destiné par la nature a former le passage des Poissons aux Serpents; il ressemble à ces derniers non-seulement par son extérieur, mais encore par plusieurs de ses habitudes.

Les Anguilles quittent souvent leur élément natal, et vont pendant la nuit chercher dans les prairies et dans les bois les limaçons, les insectes ou les vers, qui forment leur principale nourriture ; quelquefois aussi elles traversent les terres pour changer de rivière ou d’étang.

Ces Poissons ont la vie si tenace, qu’après même qu’ils sont écorchés et coupés en morceaux, les différentes parties de leur corps continuent de se mouvoir pendant un temps assez long. Des Anguilles que l’on transporte en hiver de Pétersbourg à Moscou, et qui sont gelées et recouvertes d’une croûte de neige pendant tout le trajet, repren nent leur vivacité dès qu’elles jouissent d’une température moins rude.

Le corps des Gymnotes est cylindrique et serpent iforme, et leur dos est privé de nageoire dorsale; mais ce qui les distingue surtout des Gymnètres, et même de tous les°autres Poissons, ce sont les propriétés électriques dont ils jouissent à un très-haut degré. Le Gymnote électrique est particulier aux lacs et aux rivières de l’Amérique méridionale. Les plus grands ont jusqu’à six pieds; leur peau est nue, sans écailles; leur couleur est noirâtre avec quelques raies longitudinales étroites d’une teinte plus foncée. Ils peuvent allonger ou raccourcir leur corps à volonté comme les vers ; leur natation est assez rapide, et consiste en une suite d’ondulations à la manière des Serpents; la vitesse de leurs mouvements, qui leur est déjà fort utile pour poursuivre leur proie ou fuir le danger, trouve un auxiliaire puissant dans l’arme redoutable que la nature leur a accordée ; et, lorsque leur victime est près de leur échapper ou que leurs ennemis sont rn-ès de les atteindre, ils ont recours à la vertu de leur fluide électrique, dont les décharges étourdissent les êtres les plus robustes, et leur donnent quelquefois la mort. Humboldt, (pii a étudié ces animaux avec un soin spécial, rapporte qu’ils peuvent produire des commotions électriques plus fortes que celles provenant d’une bouteille de Leyde. 11 arrive souvent que des baigneurs, frappés et comme paralysés par une de ces décharges, disparaissent sous l’eau et ne revoient plus le rivage. Ces émanations électriques sont si terribles, qu’elles foudroient les petits Poissons à plus de quinze pieds ,1e distance. Le fluide (pii les produit peut se communiquer à plusieurs personnes réunies^ dont la première touche de sa main la tète du Poisson, et dont la dernière tient la main dans l’eau: mais la secousse n'a pas lieu lorsqu’on touche le Gymnote avec des corps non conducteurs, tels (pie la cire à cacheter ou la soie.

L’appareil électrique des Gymnotes se compose de quatre grands faisceaux de lames membraneuses, horizontales et parallèles, liées entre elles par d’autres petites lames

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verticales. Une fois leur électricité dissipée, il leur faut un certain temps pour réparer cette déperdition. Les Indiens profitent de ces moments d’épuisement pour s’emparer sans danger de ces formidables animaux, dont ils mangent la chair.

L’n ii'i'OCAMPEou c h e va l m a u 1 N ( Syngnalher Hippocampe) est un animal dont la tête offre, surtout après sa mort, une certaine ressemblance avec celle d’un Cheval. Son museau est une espèce de tuyau dont l’extrémité est garnie d’un couvercle mobile ; ses yeux sont gros, argentés et brillants; derrière ses yeux s’étendent deux nageoires qui ressemblent à deux oreilles ; son corps est revêtu d’une longue cuirasse composée d’un grand nombre d’anneaux articulés les uns dans les autres et facettés comme un prisme. Chacun de ces anneaux porte plusieurs tubercules garnis de filaments déliés qui ont l’aspect d’une petite crinière. Sa queue est armée de chaque côté de trois aiguillons. Il habite presque toutes les mers et se nourrit d’insectes et d’œufs de Poissons. Il parvient quelquefois à la longueur d’un pied.

Le saumon est cosmopolite. A l’exception de la Méditerranée, il fréquente toutes les mers; il hante tous les fleuves et tous les lacs; on le rencontre sous toutes les latitudes : sous le pôle et sous l’équateur, au Spitzberg et à la INouvelle-Hollande, en Afrique, en Amérique et en Europe. Il tient le milieu entre les Poissons marins et les Poissons d’eau douce; il naît dans les rivières; il croît dans la nier; si pendant l’hiver il se réfugie dans l’Océan, il passe la belle saison dans les fleuves, qu’il remonte jusqu'à leur source, il pénètre dans le cœur de la Bohême par l’Elbe et jusqu’au fond de la Suisse par le Rhin.

Le printemps est l’époque où les Saumons quittent la mer; ils s’assemblent en troupes considérables et se placent sur deux rangs en nombre égal de chaque côté; lapins vieille femelle s'avance la première, puis viennent les autres femelles, puis les mâles les jeunes forment l’arrière-garde, de sorte que si la troupe est composée de trente et un individus, ilyena quinze de chaque côté, et le trente et unième en tète. Quand un courant rapide leur barre la route et les oblige à se séparer momentanément, ils rentrent dans le même ordre qu’au paravant dès que cet obstacle est surmonté.

Le î» o i s s o n - l u n e brille au milieu des eaux d’un éclat argenté assez semblable à la lumière de l’astre dont il porte le nom. Sa forme est celle d’un pentagone, mais, vu à distance, il paraît circulaire, ce qui complète son analogie avec le flambeau des nuits. Les mœurs de ce bel animal ne sont pas encore bien connues.

L’ép î n oc h e, de la famille des Gastérostées, est le plus petit des Poissons. Celle es pèce est féconde en individus, mais sa chair n'a rien d’agréable. Dans plusieurs pays les cultivateurs répandent ces petits animaux par milliers dans les champs, où ils forment, en se corrompant, un excellent fumier, ou bien on les emploie à engraisser les Canards, les Porcs et autres animaux utiles à l’économie domestique.

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