‹ Le jardin des plantesChapitre 101 sur 143 · I.NSE C 1 E S 1 1 Y M É N P T È K E S · texte numérisé non relu

I.NSE C 1 E S 1 1 Y M É N P T È K E S

elle sait mieux ménager son temps. D'ailleurs, pour composer du mortier, ce n'est pas assez d'avoir du sable, il faut encore avoir de quoi le lier ; elle n'a pas, comme nos maçons, de chaux éteinte à sa disposition, mais elle en possède l'équivalent : elle fait sortir de sa bouche une liqueur visqueuse, dont elle mouille le grain de sable pour lequel elle s'est déterminée. Cette liqueur sert à le coller contre le second grain qui est choisi; celui-ci ayant été mouillé à son tour, un troisième peut être attaché contre les deux premiers; cela fait une petite motte de la grosseur d'une dragée de plomb à lièvre; elle la place dans la cavité formée par ses mandibules, et se rend à la muraille, contre laquelle elle l'applique au moyen d'un ciment que la nature lui a accordé.

L'ouvrage qu'elle se propose de faire est un nid composé de plusieurs cellules ; toutes les cellules sont semblables, et ont à peu près la figure d'un clé à coudre ; elle les construit les unes après les autres, et ne commence la seconde que quand la première est finie. L'ordre dans lequel le travail de chacune doit être conduit n'a rien de particulier : une plaque circulaire composée de plusieurs pelotes de mortier appliquées les unes auprès des autres fait la base sur laquelle il s'agit d'élever une petite tour ronde, en mettant successivement des assises les unes au-dessus des autres. La Maçonne qui arrive chargée de mortier se pose sur le bord même qu'elle veut élever; elle y reste tranquille un instant, tantôt la tête en bas, tantôt la tête haute ; elle tourne et retourne ensuite à plusieurs reprises, avec ses premières jambes et ses dents, la petite motte de matériaux qu'elle a apportée. Bientôt elle reconnaît l'endroit où il convient qu'elle soit appliquée ; les mandibules qui la tiennent sont aussi les deux principaux instruments qui servent à la mettre en œuvre : en la pressant, ces mandibules la façonnent, et lui donnent une forme propre à se bien ajuster contre la portion à laquelle elle doit être attachée; elles la rendent mince au point où elle doit l'être, en faisant glisser des grains qui ne sont retenus que par une colle encore molle. Les pattes antérieures aident à soutenir les grains de sable ; les unes se trouvent en dedans de la cavité, et les autres en dehors; par leur pression, elles contribuent aussi à la perfection de l'ouvrage.

Chaque cellule doit avoir un pouce de hauteur et six lignes de diamètre : c'est un édifice qui, n'étant bâti que grain à grain, demande de l'activité; il faut que l'Abeille fasse un voyage pour chaque pelote de sable, c'est un total de quelques lieues au bout de la journée. Elle parvient à construire à peu près une cellule par jour.

Quand une cellule a été élevée aux deux tiers de sa hauteur, elle songe à la garnir de la pâtée composée de miel et de pollen qui doit nourrir la larve sortie de l'œuf qu'elle va y pondre. La capacité de la cellule est suffisante pour contenir toute la provision que consommera l'Insecte pendant sa vie de larve. Avant d'achever et de clore sa cellule, l'Abeille y amasse donc une pâtée presque liquide; puis achève de l'élever, y pond un œuf, et en maçonne le bout avec un couvercle composé du même mortier qu'elle a employé. C'est donc dans une loge murée de toutes parts, scellée hermétiquement, et où, s'il entre de l'air, il ne peut en entrer qu'au travers des parois très-compactes, c'est dans cette loge, dis-je, que le Ver doit naître, et qu'il trouvera tout ce qui lui est nécessaire pour achever ses métamorphoses et devenir Insecte parfait. Alors sa mère,

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qui n'a plus rien à faire pour lui, paraît l'oublier entièrement, et s'occupe des «utres cellules, dont le nombre est de quatre à huit. Leur disposition n'est nullement symétrique, et cette négligence apparente n'est qu'une précaution qui a pour but de rendre l'édifice moins remarquable. La Maçonne, après avoir rempli de mortier tous les espaces compris entre les cellules, donne à la masse qui les compose une enveloppe commune qui lui donne un aspect informe, peu propre à attirer l'attention.

N'allez pas croire que ces travaux soient pour l'Abeille Maçonne un exercice agréable, ou un besoin qu'elle est heureuse de satisfaire, ainsi que quelques naturalistes l'ont pensé. Ce qui prouve que ce travail est un devoir pénible plutôt qu'une récréation, c'est que souvent, pendant que la Maçonne est allée se charger de matériaux, une autre Abeille de la même espèce s'empare d'une cellule presque achevée, s'y installe, la visiLe et la ragrée, comme si elle voulait mettre la dernière main à un ouvrage commencé par elle. Bientôt arrive la Maçonne avec son sable, et vous pouvez voir le combat qui s'engage entre l'usurpateur et le propriétaire légitime, combat qui dure souvent plusieurs heures, et qui se termine par la fuite du plus faible.

La larve de l'Abeille des murailles se change en nymphe dans une coque de soie qu'elle file, passe l'hiver dans cette coque, et devient Insecte parfait le printemps suivant. C'est par la chaleur du soleil que la jeune Abeille est avertie qu'il est temps de sortir de sa prison; il faut qu'elle perce les murs épais qui la renferment de toutes parts, car la porte, c'est-à-dire l'ouverture supérieure <le chaque cellule a été bien murée, et recouverte encore d'une couche de mortier. Les mandibules de l'Insecte doivent ouvrir un trou capable de laisser passer son corps, et cela dans une matière que les couteaux n'attaquent pas sans en souffrir. Si les mères qu'on a vues travailler pendant l'année précédente passaient l'hiver, on pourrait penser que l'instinct maternel les ramène sur les nids, et qu'elles viennent en ouvrir les cellules; mais elles sont mortes dès les premiers froids. C'est donc à la Mouche naissante de s'ouvrir sa prison, quelque durs et épais qu'en soient les murs. Vous pourrez vous assurer qu'elle en est capable, en plaçant au commencement du printemps, sous une cloche de verre un nid d'Abeille maçonne. Avant le mois de mai, vous verrez sortir les Abeilles; si vous avez la précaution de boucher cette cloche par une simple gaze, les Abeilles qui chercheront à s'échapper ne songeront pas à percer la gaze qui les arrête, et périront sous la cloche.

En vous parlant du Clairon des Abeilles, nous vous avons dit que ce Coléoplère profite de l'absence de la Maçonne pour placer un de ses œufs dans la cellule où celle-ci a déposé le sien; le Ver de l'Abeille éclôt le premier, et se nourrit de la pâtée préparée par sa mère ; quand il s'est développé, et avant qu'il se transforme en nymphe, la larve du Clairon éclôt à son tour, dévore son commensal, perce la cellule voisine, et dévore le frère du premier, puis pénètre de cellule en cellule, dont l'habitant lui sert de pâture. Elle se nourrit ainsi jusqu'à ^époque où elle doit à son tour devenir nymphe : c'est un Ver rouge, d'une nuance Plus forte que le rose ; son corps est presque nu, sa tête est noire, écailleuse et armée de mandibules fortes, capables d'agir avec succès contre le mortier des nids. Il a six pattes écailleuses, et son abdomen est terminé par deux petits

crochets recourbés. Lorsqu'il se dispose à ses métamorphoses, il fait un retranchement clans la cellule où il se trouve, au moyen d'une toile plate, bien tendue, qui a l'épaisseur et la consistance d'un parchemin, et dont la couleur est d'un brun clair ; il tapisse de soie brune les parois du logement auquel il s'esl restreint, et reste à l'état de nymphe pendant au moins une année. Réauniur en a observé un chez lui qui n'a subi sa dernière métamorphose que la troisième année. Parmi les ennemis de l'Abeille maçonne, nous ne devons pas oublier les Ichneumons, dont nous vous avons exposé la manœuvre en traitant de la famille des Pupivores.

Toutes les espèces d'Abeilles, sociales et solitaires, dont nous venons de vous entretenir, appartiennent, en y comprenant l'Abeille domestique, à une section caractérisée par la longueur de la languette, qui est au moins aussi développée que sa gaine. — Chez celles que nous allons vous faire connaître, la languette de la lèvre inférieure est plus courte que sa gaîne, et en forme de cœur ou de fer de lance. Ces Abeilles forment le sous-genre des Andrenes. Les Andrènes ne vivent point en société; il n'y a donc pas parmi elles d'Ouvrières- Les femelles seules construisent les nids et font les provisions de nourriture pour les larves. Elles établissent leurs nids en terre, et y déposent un œul après l'avoir rempli d'une pâtée préparée avec du pollen et du miel; puis elles bouchent le trou avec la terre qu'elles en ont retirée en le creusant.

l.'Atutivue velue.

L'Andrène vêtue [Apis veslita, de Fabricius) se rencontre au printemps dans toute la France ; elle est noire et sans taches ; le corselet et l'abdomen sont couverts d'un duvet roux. — L'Andrène des murailles [Andrena Ftessœ, de Panzer), qui n'est pas moins commune que la précédente, est longue de six lignes ; elle porte des poils blancs sur la tête, le corselet, les bords latéraux des derniers anneaux de l'abdomen et aux pieds; l'abdomen est d'un noir bleuâtre, les ailes sont noires avec une teinte violette. La femelle creuse dans les enduits de sable gras des trous au fond desquels elle dépose un rniel

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de la couleur et de la consistance du cambouis, el d'une odeur narcotique. — L'Andkène glutinecse (Apis succincla, de Linné) est petite, noire, avides poils blanchâtres, ceux du corselet roussâlres; l'abdomen ovoïde, le bord Postérieur de ses anneaux couvert d'un duvet blanc formant des bandes. Le maie a les antennes plus longues. La femelle fait dans la terre un trou cylindrique dont elle enduit les parois d'une liqueur gommeuse qu'on peut comparer à la bave visqueuse et luisante des Limaçons ; elle y place ensuite bout à bout, et dans une file, des cellules composées de la même substance, d'une •orme analogue à celle d'un dé à coudre, et renfermant chacune un œuf et de 'a pâtée.

Famille des Diploptëues. — Les Insectes qui composent cette famille s °ntles seuls de la section des Hyménoptères porte-aiguillon qui aient les ailes supérieures doublées longitudinalement ; c'est ce qu'exprime le nom de Di- Ploptbres, qu'on leur a donné, assez mal à propos, puisque ce mode de conformation des ailes n'existe pas dans tous les genres. Les antennes sont généralement coudées et en massue, les yeux échancrés, le corps glabre, noir et plus °u moins tacheté de jaune. Beaucoup de ces Insectes vivent en sociétés composées d'Ouvrières aussi bien que de mâles et de femelles. Les femelles qui ont •'esisté au froid de l'hiver commencent l'habitation et soignent les petits, qu'elles mettent au jour, jusqu'à ce qu'il soit né des Ouvrières qui les aident dans leurs travaux. Cette famille se compose presque exclusivement du grand genre Guêpe, qui a pour caractères des antennes de treize articles dans les mâles, de douze dans les femelles, terminées en massue allongée, pointue et quelquefois crochue au bout. La languette est tantôt divisée en quatre filets plumeux, tantôt en trois lobes ayant quatre points glanduleux au bout, un à chaque lobe 'atéral, et les deux autres sur le lobe intermédiaire, qui est plus grand, évasé et bifide. Les mandibules sont fortes et dentées; le chaperon est grand. Les 'emelles et les neutres sont armés d'un aiguillon très-fort et venimeux. Les larves sont des Vers sans pattes, renfermés chacun dans une cellule, où ils se nourrissent, tantôt de cadavres d'Insectes, dont la mère les a approvisionnés au moment de la ponte, tantôt du miel des fleurs ou du suc des fruits, tantôt enfin de matières animales élaborées dans l'estomac de la mère et des Ouv rières. Il y a un grand nombre d'espèces de Guêpes, et elles forment plusieurs sous-genres : nous allons vous faire connaître celles dont les mœurs offrent le plus d'intérêt.

L'Odyinere des murailles ( Vespa muraria, de Linné) est une Guêpe Maçonne, dont l'industrie maternelle est supérieure peut-être à celle de l'Abeille Maçonne, que vous connaissez : elle est très-noire, les jambes et les tarses sont Jaunes, ainsi que l'intervalle des antennes, le bord antérieur du corselet, le bord supérieur et postérieur des cinq premiers anneaux de l'abdomen ; le second anneau est grand, les ailes sont obscures. C'est vers la fin de mai et pendant tout ' e mois de juin que vous pourrez voir cette Guêpe industrieuse se mettre à l'ouvr age : elle creuse dans le sable un trou profond de deux pouces, dont le diamètre surpasse peu celui de son corps, et à mesure qu'elle en retire les matériaux, elle dispose ceux-ci en dehors de manière à leur donner la forme d'un lu yau recourbé; ainsi la cavité qu'elle a creusée se continue avec un tube qui a

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la même profondeur; ce tube est travaillé avec art, ses parois semblent tapissées de fines torsades ou de filets granuleux et tortueux qui laissent entre eux des vides. Ce n'est pas par la force de ses mandibules que la Guêpe Maçonne arrache les grains de sable du terrain pierreux qu'elle exploite, c'est en les ramollissant avec le liquide que lui fournit sa bouche ; elle laisse tomber deux gouttes d'eau sur les particules qu'elle veut enlever; celles-ci s'humectent aussitôt et deviennent une pâte molle, que les mandibules ratissent et détachent sans peine- Les deux pattes antérieures se présentent aussitôt pour réunir dans une petite masse et pétrir un peu le sable détaché, elles en forment une petite pelote (lu volume d'un grain de groseille.

Suivez-la dans ses travaux, celte ardente Ouvrière : rien de plus facile, de plus attachant que l'observation de ses allures. Il faut pour cela, non pas de la patience (la patience n'aide qu'à souffrir, et il s'agit ici d'une récréation charmante), mais un peu d'attention, pour bien noter le lieu où se pose l'Insecte, on il séjourne, où il revient. Cela fait, vous n'avez plus besoin que de vos yeux et d'une ombrelle, car votre cabinet d'étude est en plein champ, sous le soleil de juin. C'est avec la première pelote que la Guêpe a détachée, qu'elle jette les fondements de son tuyau de sable : le reste des matériaux de ce tube sera tiré du trou qu'elle va creuser sur l'enceinte qu'elle a choisie; elle place sa première pelote de mortier, la façonne, la contourne, l'aplatit et lui fait prendre de la hauteur; ceci est l'affaire d'un instant; elle se remet ensuite à détacher du sable, et se charge d'une autre pelote de mortier; bientôt elle parvient à e" tirer assez pour rendre sensible l'entrée de son trou et la base circulaire de son tuyau.

Mais le réservoir d'eau que possède la Guêpe pour humecter le sable ne tarde pas à s'épuiser, et de trois minutes en trois minutes, vous verrez la Maçonne s'envoler. Est-ce à quelque ruisseau ou aux corolles des plantes qu'elle va emprunter le liquide dont elle a besoin? Vous aurez quelque peine à vous en assurer, mais vous la verrez après un court retard revenir à son atelier et continuer son travail. 11 lui faut une heure pour creuser un trou dont la profondeur est égale à la longueur de son corps, et pour élever en même temps mi tuyau aussi long que le trou est profond ; au bout de trois heures, le tuyau est élevé de deux pouces : du reste, la longueur de ce tuyau varie de un à quatre

pouces.

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Vous devinez déjà dans quel but la Guêpe pratique cette excavation, mai: n'est pas aussi facile de comprendre la cause réelle du tube qui la domine : observez toutefois que le trou n'est pas destiné tout entier à loger l'œuf qui va y être déposé, une portion suflira pour le contenir, lui et la pâture; mais k Guêpe n'a pas voulu que ses petits lussent desséchés par le soleil; elle a donc dû leur creuser un caveau assez profond pour les tenir au frais. La Guêpe conserve la capacité nécessaire au développement de sa progéniture; mais elle bouche tout le reste et fait rentrer dans la partie supérieure du trou le sab e qu'elle en a ôté. C'est pour avoir ce sable sous sa main, qu'elle a formé un tuyau de celui qu'elle extrayait; elle va ensuite ronger le bout de ce tuyau après 1 avoir mouillé; elle se charge d'une petite pelote de mortier, qu'elle porte dans le trou, et elle finit ainsi par le fermer exactement.

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Mais, direz-vous, pourquoi se donner la peine de former un tuyau avec tant de régularité? 11 valait tout aulant laisser le sable amoncelé près du bord de 'a cavité; elle l'eût repris ensuite tout aussi facilement. Vous répondrez vousmême à votre question quand vous l'aurez vue travailler; vous comprendrez alors qu'il ne lui est pas plus difficile de disposer symétriquement ce tas de Petits moellons, que de les jeter sans ordre en dehors. En outre, quand il s'agira de combler ce trou, il résultera pour elle de la disposition régulière des petits moellons, une économie de mouvements qui doit compter pour quelque c bose dans l'ensemble de ses opérations.

Mais ce tuyau a peut-être une double utilité : pendant que la Guêpe est en c °urse, un autre Insecte, un Icbneumon, une Mouche à deux ailes, peut s'introduire dans le nid et y déposer son œuf auprès de celui du propriétaire. Ces ennemis sont continuellement à l'affût pour guetter de semblables occasions. Une cavité ouverte au niveau du sol est d'un accès facile ; mais quand il faut, pour s'y introduire, traverser un long tube dans lequel, vu sa courbure, la lumière ne pénètre pas, le parasite, malgré l'instinct qui le pousse, hésite à s'y aventurer. Il lui arrive quelquefois d'y pénétrer, croyant la mère absente ; mais celle-ci s'élance du fond de son trou, et force bientôt l'usurpateur à prendre la fuite. (Vous verrez cependant tout à l'heure que toutes ces précautions Peuvent devenir inutiles. ) Quand le trou est terminé, et avant de le boucher, la temelle y dépose son œuf, et accumule près de lui la pâture destinée à nourrir les Vers qui en sortiront. Mais cette pâture ne consiste pas en pollen pétri de miel, comme vous l'avez vu pour les Abeilles : le Ver de la Guêpe Maçonne est carnassier, il lui faut donc une nourriture animale. Si vous tenez à savoir quelle est cette nourriture, vous n'avez qu'à dégrader les couches de sable où vous avez vu creuser et ensuite sceller des trous. Pour démolir le sable sans déranger la forme des cavités que vous voulez explorer, employez le même ex pédient que la Guêpe : mouillez le sable, il vous sera aisé d'en emporter avec u n couteau des tranches aussi minces que vous le voudrez, et bientôt vous réussirez à ouvrir le tuyau dans toute sa longueur, sans rien déplacer de son contenu. La cavité réservée a ordinairement sept à huit lignes de hauteur; si elle n 'est close que depuis deux à trois jours, vous la trouverez occupée par des a nneaux verts mis les uns au-dessus des autres; il y en a le plus souvent dix à douze. Ces anneaux sont vivants; chacun d'eux est un Ver roulé et appliqué Par le dos contre les parois du trou. Ces Vers, ainsi superposés par lits, et même pressés les uns contre les autres, n'ont plus la liberté de se mouvoir. La Mère-Guêpe, sachant que son petit ne doit se nourrir que de chair, et de chair vivante, lui en a fait au-dessus de lui une provision suffisante pour four. nir à son accroissement complet; elle a rempli la caverne dans laquelle il va naître, d'animaux sans défense qu'il n'aura qu'à dévorer les uns après les a utres, quoique leur grandeur surpasse prodigieusement celle qu'il aura au moment de sa naissance; il pourra manger à son aise celui qu'il trouvera | e Plus près de ses mandibules, sans avoir rien à en craindre, sans même Ét re incommodé par ses mouvements; il en sera ainsi des autres, parce que la Guêpe les a tous posés et assujettis de façon qu'ils ne sauraient se mou» Vo 'r. C'est ce qui arrive en effet : la larve de la Guêpe, née au fond du trou ,

commence par percer le flanc du Ver le plus voisin ; peu à peu elle mange, et quanti il ne reste plus que la peau et la tête écailleuse, c'est-à-dire presque rien, la larve tire ces débris, les fait descendre sur le fond de sa cellule, et traite successivement les autres Vers comme le premier. Pendant les douze jours que la jeune Guêpe passe à l'état de larve, tout ce qu'elle a à faire, c est de manger. Bientôt elle se file une coque soyeuse, adhérente au sable et de couleur brune; elle y reste onze mois, devient nymphe au bout du sixième mois, et Insecte parfait au mois de mai ; alors elle ouvre son fourreau, et perce sa cellule.

Notez bien (car il faut tenir compte des moindres particularités dans cette merveilleuse histoire), notez que les Vers entassés dans le trou de la larve sont disposés à se rouler en anneaux, ce qui facilite leur arrangement. Mais cette même disposition va contrarier la Mère-Guêpe quand il s'agira de les introduire, sans les blesser, par l'étroit tuyau qui sert d'entrée à la caverne. Si vous observez attentivement une Guêpe entrant dans son trou avec sa proie, vous remarquerez qu'elle tient entre ses mandibules la tête écailleuse du Ver, et qu e ses jambes rapprochées obligent celui-ci à rester étendu tout le long du corselet et de l'abdomen de la Guêpe ; le Ver, allongé et assujetti de la sorte, n'augmente pas le volume de son ravisseur, qui enfile le tuyau avec autant de facilité que s'il ne portait rien du tout.

Il y a des Guêpes Maçonnes qui, au lieu de Vers, entassent dans la cellule de leurs petits des Chenilles, des Araignées et des Mouches vivantes. John lîennie. ce naturaliste anglais que nous opposions tout à l'heure à Réaumur au sujet de l' Abeille tapissière, raconte qu'il vit un jour une Udynbe s'occuper très-activement à creuser un trou dans les vieilles briques d'un mur; le trou,deja fort avancé, était à cinq pieds du sol. Au moyen de ses mandibules, tranchantes et armées d'une scie aiguë, la Guêpe enlevait un petit morceau de brique, gro* à peu près comme un grain de millet, et au lieu de le laisser retomber à terre ou de le lancer au loin, elle emportait ce fragment de décombres, faisait plusieurs tours, et ne se débarrassait de son trophée qu'à une certaine distance, et toujours dans des directions différentes.. Il était évident que cette Guêpe voulait dissimuler son travail ; car un de ces fragments s'elanl détaché par hasan , elle le chercha, le trouva au pied du mur, et l'emporta au loin. En deux jours, l'excavation fut achevée. Il fallut deux autres jours pour enduire d'argile 1 intérieur du nid, qui avait la forme d'une bouteille à goulot recourbé. L'Insecte y déposa deux œufs, y renferma plusieurs Chenilles et quelques Araignée vivantes, provision destinée à ses deux petits quand ils viendraient à naître, puis il boucha l'ouverture au moyen d'une couche d'argile deux fois pi' 1 * épaisse que celle dont il avait fait usage pour tapisser l'intérieur'. « Au mois ( novembre, dit Rennie, nous détachâmes la brique, dont les habitants nous apparurent commodément enfermés dans la bouteille construite et cimentée pa leur mère. C'étaient deux cocons de forme semblable, mais de nature h" 1 différente, comme on va le voir : malgré loutesles précautions de l'Insecte, u hôte parasite avait découvert cette retraite mystérieuse, et profite d'un moment où la Guêpe était absente : une Mouche à deux ailes, le Taehina larvaruw, ou Mouche coucou, s'était furtivement introduite dans le domicile de la Guep< ,

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et y avait, déposé un de ses œufs. L'Insecte sorti de cet œuf dévora l'un de ses voisins, laissa vivre l'antre, et, filant sa toile, forma un cocon, dont il s'enve- •°ppa. L'autre larve, fille delà Guêpe, qui était restée vivante, se reconstruisit «ne prison de même nature; et quand l'été arriva, toutes deux, quittant leur linceul et perçant le mur qui les séparait du monde extérieur, s'élancèrent à la ,0 's sous leurs formes différentes.»

LEumène étranglée ( Vespn cnrirctain , de Linné) est une Guêpelongue de cinq lignes, noire, avec des taches, et le nord postérieur des anneaux de abdomen jaunes. Le premier anneau est en poire allongée avec deux petits points jaunes; une bande oblique de la même couleur occupe chaque côté du second anneau, qui est le plus grand de tous, et en cloche ; les ailes sont noirâ- 'es. La femelle construit sur les tiges des plantes, et surtout des bruyères, lle petits nids sphériques composés avec une terre fine. Lorsque le nid est fait, e| le y laisse une ouverture en haut, par laquelle elle remplit la boule de miel, (!| y dépose ensuite un œuf.

Les espèces dont nous venons de vous parler sont des Guêpes solitaires ; llo us allons maintenant étudier les Guêpes sociales. Commençons par celle que '°n rencontre partout, ce n'est pas la moins intéressante. — LaGuÊPE commune (Vtspa viiigarh, de Linné) est longue de dix-huit lignes, noire; le devant de la tête est jaune, avec un point noir au milieu ; le corselet porte plusieurs taches jaunes, dont quatre à l'écusson ; l'abdomen offre au bord postérieur de chaque anneau une bande jaune avec trois points noirs. Ces animaux s °nt industrieux comme les Abeilles, mais celte industrie étant souvent préjudiciable à l'homme, nous la traitons de brigandage. Les Guêpes ne sont pas seu- •ernent avides de fruits, elles sont au rang des Insectes les plus carnassiers: toutes les autres Mouches sont dévorées par elles. Si vous avez une ruche, vous Pourrez observer plus d'une Guêpe qui rôde alentour, et se jette sur les Abeilles au moment où celles-ci, alourdies par le butin qu'elles apportent, se disposent a rentrer. La Guêpe terrasse l'Abeille, et de ses mandibules larges, obliques et dentelées, elle sépare bientôt l'abdomen du corselet de sa victime; c'est là le morceau friand : il ne se compose que de parties molles contenant du miel; la Guêpe l'emporte dans les airs, et va le dévorer à l'écart. La viande qui sert à notre nourriture est aussi du goût de ces Insectes. C'est dans les boutiques des bouchers de campagne qu'on les voit accourir en foule. Là, chacune s'attache a la pièce qu'elle aime le mieux, et après s'en être rassasiée, elle en coupe un morceau pour le porter à son nid. Ce morceau surpasse souvent en volume la moitié du corps de la Guêpe. Cependant, malgré l'avidité de ces Insectes, les boucliers vivent en paix avec elles, et vont même au-devant de leurs désirs, en leur 'ivrant les viandes les moins fibreuses de leur magasin, telles que des foies de mouton, de veau, ou des rates de bœuf. Mais celte libéralité a pour but une double économie : d'abord les Guêpes, trouvant ce qui leur convient, respectent ,es viandes de choix, qui ne leur plaisent pas autant; ensuite les grosses Mouf ''"'s bleues, dont l'instinct est de déposer sur la viande les œufs d'où sortent des Vers qui la corrompent si rapidement, sont écartées par la présence des Guêpes, et les bouchers tolèrent des pirates qui les pillent proprement, pour Se préserver des harpies qui souillent tout ce qu'elles touchent.

Quand la Guêpe est repue et chargée de butin, elle retourne à son nid, que l'on nomme guêpier. Ce guêpier est une ville souterraine, dont vous pourrez approcher sans crainte, mais qu'il serait dangereux de mettre au jour : vous connaissez l'expression proverbiale, il est tombé dans un guêpier. Réaumur a pourtant entrepris de transporter un de ces guêpiers sous une cloche de verre, et il y a réussi. Ses domestiques se couvraient soigneusement la tête d'un camail dont le devant était garni de gaze ou de toile à tamis; mais, malgré toutes ces précautions, il est bien difficile d'éviter toute piqûre, car, sur tant de milliers de Guêpes qui vous attaquent, et cherchent le défaut de la cuirasse, il y eU a toujours quelques-unes qui trouvent un endroit mal recouvert; au reste, si un guêpier habité est inabordable, vous trouverez facilement des guêpiers abandonnés; ceux-là sont plus faciles à étudier.

La première porte qui conduit au guêpier est un trou d'un pouce de diamètre. au niveau du sol ; les bords de ce trou sont labourés comme ceux des clapier* d'une o-arenne peuplée, mais la terre des environs est couverte d'herbes à I ordinaire. La galerie, dont ce trou est l'orifice, conduit à la cité des Guêpes; cite qui a sa symétrie, et dont les rues et les logements sont régulièrement distribués; les matériaux qui ont servi à la construire n'ont rien de commun avec la cire des Abeilles; c'est tout simplement du papier, mais un papier fabrique par les Guêpes; la ville est en outre protégée par un rempart de la même substance, épais de plus d'un pouce et demi. Ce rempart, qui donne au guêpier sa figure extérieure, est ordinairement une boule, tantôt allongée, tantôt aplatie, tantôt à peu près sphérique, dont le diamètre est de treize à quatorze pouces; sa surface convexe, ou extérieure, n'est pas polie; c'est un assemblage de plusieurs couches qui laissent des vides entre elles; il y en a ordinairement une quinzaine; ce sont des cintres, de petites voûtes superposées et juxtaposées, dont chacune est mince comme une feuille de papier fin ; cette enveloppe, contiguê à la terre humide, est précisément ce qui protège le guêpier contre l'humidité ; si elle était toute massive, elle serait plus aisée à imbiber, et l'eau la percerait par le seul contact, au lieu que l'eau qui a pénétré une des voûtes ne peut mouiller celle de dessous sans dégoutter.

Il y a, sur l'enveloppe, deux trous ronds, dont l'un est la porte d'entrée, l'autre, la porte de sortie; chaque trou ne laisse passer qu'une Guêpe à la fois, et la circulation est facile, au moyen de l'ordre qu'elles observent. L'intérieur du guêpier est occupé par plusieurs gâteaux plats, disposés horizontalement, parallèles les uns aux autres; chaque gâteau est un assemblage d'alvéoles hexagones très-réguliers, fabriqués en papier. Au lieu de deux rangs de cellules adossés l'un à l'autre, et occupant les deux faces de chaque gâteau, comme chez les Abeilles, les gâteaux de Guêpes n'ont qu'un seul rang de cellules appliquées sur la face inférieure du gâteau, et dont l'ouverture est dirigée en bas. Ces cellules ne contiennent pas de miel ; elles sont uniquement destinées a loger les jeunes Guêpes à l'état d'œuf, de larve et de nymphe. Chaque guêpier renferme une douzaine de gâteaux qui, vu la forme sphérique de l'enveloppe, sont de grandeur inégale, selon leur position; ceux du milieu sont les plus grands, et ceux d'en haut ou d'en bas, les plus petits. Les cellules sont au nombre d'environ douze à quinze mille, et comme chacune sert à élever trois

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Guêpes dans l'année, un guêpier produit, par saison, plus de quarante millo individus.

Les différents gâteaux sont autant de planchers qui laissent entre eux des chemins libres aux Guêpes. 11 y a toujours de l'un à l'autre environ un demippuee de distance; cela ne l'ait pas des étages fort élevés, mais leur hauteur est proportionnée à celle des habitants. Ces intervalles sont si spacieux, qu'on peut les comparer, non aux salles les plus vastes, mais aux rues les plus larges, par leur grandeur, et surtout par la population qui s'y presse; ils ressemblent aux places publiques de nos villes (nous n'avons pas imaginé, il est vrai, de superposer nos places par étages, aussi les Guêpes ne se sont-elles pas proposé d imiler notre architecture) ; du reste, comme chez nous, les soutiens de leurs édifices sont en même temps des ornements. Les intervalles entre les gâteaux sont décorés par un grand nombre de colonnes ; ces colonnes ne sont autre chose que les liens nécessaires pour soutenir les gâteaux ; ici les fondements de l'édifice sont, à l'inverse des nôtres, placés vers la partie la plus élevée, car c'est toujours en descendant que les Guêpes bâtissent leurs maisons suspendues.

Si vous avez pu transporter un guêpier sous une cloche de verre, vous aurez beaucoup de plaisir à voir les Guêpes réparer l'enveloppe voûtée qui protège leurs habitations. Elles vont chercher à la campagne les matériaux nécessaires ; ces matériaux sont des fibres de bois sec, qu'elles vont ronger sur les vieilles lu-anches, sur les espaliers et même sur les châssis des fenêtres. La Guêpe revient, chargée. d'une petite boule qu'elle tient entre ses deux mandibules, e qu'elle porte à l'endroit où elle veut faire des réparations; au bout de la voûte qu'elle veut élargir, elle applique et presse la petite boule qui s'y attache aisément; aussitôt, elle marche à reculons, et, à mesure qu'elle marche, elle laisse devant elle une portion de sa boule, sans la détacher du reste, qu'elle tient entre ses deux premières pattes; les deux mandibules étendent et aplatissent ce qu'elle en veut laisser et coller contre le bord du cintre qu'elle travaille a élargir. Figurez-vous un morceau d'argile molle qu'un potier veut ajouter autour du bord d'un vase, et qu'il fait passer entre ses deux doigts pour l'allonger cl l'aplatir; après cette première ébauche, la Guêpe revient au point de départ, pour amincir de nouveau la bande, eu la Taisant passer entre ses mandibules, tandis qu'elle marche rapidement en arrière; après cinq reprises, la bande est aussi menue que le plus fin papier.

Les guêpiers renferment, des Mâles, des Femelles et des Ouvrières; ces dernières, comme parmi les Abeilles et les autres Insectes sociaux, sont chargées f, c la construction du nid et de l'alimentation des petits. Celles qui ne sont Point occupées dans l'intérieur du guêpier vont à la chasse; les unes attaquent (t « vive force des Insectes, qu'elles portent quelquefois tout entiers au gue- Pier, mais ordinairement elles n'y apportent que le ventre; d'autres pillent les l'outhjues des bouchers, comme nous vous l'avons dit; d'autres ravagent les fruits des jardins, les rongent, et en rapportent le suc. Arrivées dans la ruche, e Ues font part de ce que leurs courses leur ont produit aux Femelles, aux Mâles, et même à d'autres Ouvrières. Plusieurs Guêpes s'assemblent autour lle celle qui arrive, et chacune prend sa portion de ce que la pourvoyeuse a

tAftflÂl

recueilli ; cela se l'ait de gré à gré el sans combat, et ce qui le prouve, c'est que celles qui, au lieu d'aller à la chasse, sont tombées sur des fruits, et qui, ayant tout mangé, semblent revenir à vide, ne laissent pourtant pas d'être en état de régaler leurs compagnes; car elles font sortir de leur bouche une goutte de liqueur claire, qui est avidement sucée par d'autres Guêpes; dès que cette goutte est bue, elle en l'ait sortir une seconde, puis une troisième, qui sont également distribuées aux autres Guêpes sédentaires.

Vous remarquerez ici une différence notable entre les mœurs des Guêpes et celles des Abeilles : chez les Guêpes, les Mâles travaillent comme les Ouvrières : ils ne font pas d'excursions, mais ils s'occupent, dans l'intérieur du guêpier, à le nettoyer et à enlever les cadavres des Guêpes qui meurent. Aussi n'ont-ils pas à craindre le massacre que les Abeilles font des Faux Bourdons après la ponte. Les mères sont quelquefois au nombre de plus de trois cents, quoique primitivement il n'y en ait eu qu'une pour fonder la colonie; mais ces mères vivent entre elles en bonne intelligence, et de plus elles donnent l'exemple du travail à leurs petits.

Les larves se changent en nymphes vingt jours après être sorties de l'oeiil. Pour se métamorphoser, elles s'enferment dans leurs cellules, et en sortent au bout de dix jours, à l'état parlait. Aussitôt qu'une cellule se trouve vide, une vieille Guêpe la nettoie, pour la mettre en état de recevoir un œuf. Le guêpier qu'occupent ces Insectes pendant quelques mois, et pour lequel ils se donnent tant de peine, ne doit cependant durer qu'une année. Cette habitation, si peuplée pendant l'été, est presque déserte pendant l'hiver, et entièrement abandonnée au printemps. Presque toutes les Guêpes périssent en automne, il ne reste que quelques mères, qui doivent perpétuer l'espèce au renouvellement de la belle saison ; une seule Femelle est la mère de tous les individus qui naissent dans le guêpier. Les Ouvrières, qui sont les plus utiles, paraissent les premières pour seconder leur mère commune; les Mâles et les Femelles ne se montrent qu'au commencement de l'automne.

Les Mâles n'ont pas d'aiguillon, mais les Ouvrières, et surtout les Femelles, possèdent une arme dont la piqûre est beaucoup plus douloureuse que celle des Abeilles.

Dès que les premiers froids se font sentir, les Guêpes, qui prévoient que leurs petits souffriront de la disette, arrachent des cellules les larves et les nyni" plies, qui sont portées hors du guêpier par les Ouvrières et les Mâles; bientôt elles-mêmes périssent les unes après les autres, par le défaut de chaleur et d'aliments.

La Guêpe frelon [Vespa crabro, de Linné) est longue d'un pouce; l a tète est fauve, avec le devant jaune; le thorax est noir, tacheté de fauve; les anneaux de l'abdomen d'un brun noirâtre, avec une bande jaune, marquée de deux ou trois points noirs au bord postérieur. Elle l'ait son nid à l'abri du vent et des grandes pluies, soit dans le tronc des arbres dont l'intérieur est pourri, soit dans les trous des vieux murs, soit même dans les greniers des maisons- Les Femelles se montrent au commencement du printemps; la chaleur de 1 atmosphère les force à sortir de la retraite où elles sont restées engourdies pendant l'hiver, et elles s'occupent de la construction de leur nid, afin de faire leur

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ponte. Dès qu'une Femelle a trouvé un endroit, convenable pour établir le sien. elle se met à l'ouvrage avec la plus grande activité; elle commence par poser le premier fondement de l'édifice, qui consiste en un pilier gros et, solide, l'ail de la même matière que le reste du nid, c'est-à-dire d'un papier très-grossier, de couleur feuille morte. Ce papier est fabriqué avec les fibres de l'écorce du Frêne, qu'elle a broyées entre ses mandibules; tout en dépouillant la brandie, la Guêpe frelon recueille un liquide sucré qui s'en écoule. Le pilier est toujours placé dans la partie la plus élevée du nid. La Guêpe y attache une espèce de calotte qui servira de toit à l'édifice ; ensuite elle place au-dessous de cette calotte un second pilier, qui n'est que la continuation du premier, et qui doit servir de base au premier gâteau de cellules. Ces cellules sont semblables à celles de la Guêpe commune ; dès que la Femelle en a construit quelques-unes, elle y pond aussitôt des œufs ; et, quand les larves sont écloses, c'est elle seule qui pourvoit à leur nourriture; quand les larves ont, pris leur accroissement, elles tapissent l'intérieur de leurs cellules avec de la soie, y font un couvercle de la même matière, et se changent en nymphes. Les premières Guêpes qui paraissent sont toutes des Ouvrières; elles s'occupent de la construction du nid et nourrissent les larves; la Femelle continuant de pondre, le nid devient trop petit, les Ouvrières agrandissent l'enveloppe et le gâteau, et, quand celui-ci est poussé jusqu'au bout de celte enveloppe, elles en recommencent un autre; le dernier est attaché au premier par un ou plusieurs piliers; bientôt l'enveloppe est achevée, de nouveaux gâteaux la remplissent, et alors il ne reste plus qu'une ouverture au nid ; cette ouverture correspond à celle du tronc d'arbre où il est logé; c'est la porte d'entrée et de sortie.

Les jeunes femelles et les jeunes mâles ne paraissent qu'en automne, mais les larves d'Ouvrières qui ne doivent parvenir à l'état parfait qu'au mois d'octobre sont mises à mort avant cette époque. Les Ouvrières les arrachent des cellules et les jettent hors du nid. Enfin il ne reste plus, à la fin de l'automne, que quelques Femelles qui se tiennent sur les arbres d'où découlent des liqueurs sucrées, et dont deux ou trois à peine résistent aux rigueurs de, l'hiver. Ainsi finissent ces sociétés, qui se composent de cent à cent cinquante individus.

La Guête gauloise (Vespa gallica, de Linné) est plus petite que la Guêpe ■ eommune ; elle est noire ; le chaperon est jaune, ainsi que deux points sur le dos du thorax et six lignes à l'écusson ; l'abdomen, de forme ovalaire et tenu par un court pédicule, porte deux taches jaunes sur le premier et le second anneau, dont le bord supérieur est jaune ainsi que celui de tous les autres. Vous rencontrerez souvent dans les bois le guêpier de cette jolie espèce, fixé sur une branche d'arbuste; il a la forme d'un petit bouquet étage, composé de vingt à trente cellules, dont les latérales sont plus petites ; ce guêpier n'est pas abrité par une enveloppe commune, et il reste exposé à toutes les injures de l'air, mais sa disposition est telle qu'il n'a pas besoin de couverture; les Guêpes l'ont attaché autour de la branche par un lien solide, et la tranche du gâteau est verticale, c'est-à-dire •lue les cellules sont dirigées horizontalement : vous concevez que si elles eussent eu leurs ouvertures en haut, la pluie les eût inondées; si elles eussent regardé le sol, l'inconvénient, quoique moindre, subsistait encore; mais 'es intempéries de l'air sont sans puissance contre un nid vertical dont les cel-

Iules s'ouvrent du côté de F est, et qui, par conséquent, tourne son dos au vent et à la pluie.

La Guêpe gauloise.

En observant les mœurs de la Guêpe gauloise, ce qui est très-facile, vous pourrez remarquer une précaution admirable de cet Insecte pour rendre son nid imperméable à l'humidité : il le vernit, en le frottant longtemps avec sa bouche, d'où coule sans doute une liqueur insoluble à l'eau ; il est facile de voir en effet que tome la surface du gâteau est comme lustrée.

La Guêpe ca rtonnièke ( Vespa nidulam, deFabricius)est une petite espèce de l'Amérique méridionale, dont l'industrie est plus remarquable encore que celle des précédentes. Ce n'est plus du papier qu'elle fabrique; c'est le carton le plus beau, le plus blanc, le plus fin que vous puissiez imaginer. Si vous faisiez une excursion dans les forêts de la Guyane, voire imagination, frappée des beautés de la nature primitive, le serait plus encore peut-être en rencontrant un de ces nids merveilleux que la Guêpe cartonnière suspend par un anneau aux branches des arbres : ce nid a la forme d'un cône tronqué, dont la base est en bas; les gâteaux sont disposés par étages horizontaux; il y en a dix à douze, plus ou moins, selon la population ; au lieu d'être suspendus à des piliers, ils sont attachés par leur circonférence aux parois de l'enveloppe; leur face supérieure est concave, l'inférieure est convexe et porte des cellules hexagones dont l'orifice regarde en bas. L'étage le plus inférieur, qui sert de fond, est le dernier construil et ne porte pas de cellule ; mais à mesure que la population s'accroîf, les Cuèpcs construisent un nouveau fond et garnissent de cellules le dessous du précèdent; le seul orifice pour l'entrée el la sortie est un trou pratiqué dans le

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bas du guêpier; les Guêpes vont d'un gâteau à l'autre par une ouverture située au milieu de chaque gâteau. L'Insecte qui habite cette ruche suspendue est Petit . d'un noir soyeux ; la tête et le corselet sont tachetés de jaune ; l'abdomen est conique, sans pédicule prolongé; le bord postérieur des cinq premiers anneaux est jaune.

En vous parlant des Abeilles, nous vous avons dit qu'elles récoltent leur miel dans les glandes nectarées des fleurs, et comme le sens du goût est très-obtus chez ces Insectes, il en résulte que la qualité du miel dépend de la nature des plantes sur lesquelles ils ont butiné. Le mont Hymetle, en Attique, et le mont Hybla, en Sicile, fournissaient le miel le plus estimé chez les anciens; il devait son arôme aux fleurs des Labiées et surtout de Thym qui abondent dans ces localités ; il est d'autres pays où croissent des plantes qui distillent un miel vénéneux. Arislote, l'line et Dioscoride ont assuré qu'en un certain temps de l'année, le miel des contrées voisines du Caucase rendait insensés ceux qui en mangeaient, et Xénophon, général et historien des dix mille, raconte qu'aux environs de Trébisonde, plusieurs de ses soldats furent gravement incommodés Pour avoir goûté à du miel qu'ils avaient trouvé dans la campagne. Ces récits °nt été confirmés par plusieurs modernes, et notamment par Tournefort, qui a '"econnu que ce sont les fleurs de l'Azalea pontica et du Rhoctodendrum yomïcum 'lui communiquent au miel de la Mingrélie des propriétés délétères. Ce n'est Pas seulement dans l'Asie Mineure que l'on a trouvé du miel vénéneux : Suringe raconte l'histoire de deux pâtres suisses qui furent victimes d'un affreux empoisonnement causé par du miel que le Bourdon commun avait sucé dans les nectaires de l'Aconit-Napel et de l'Aconit Tue-Loup. Celui que les Abeilles de la l'ensylvanie, de la Caroline, de la Géorgie et des Florides recueillent sur les Kalmïa et les Andromèdes, cause souvent des maux d'estomac, des vertiges ei du délire.

Mais les Abeilles et les Bourdons ne sont pas les seuls Hyménoptères qui fassent des provisions de miel : il y a certaines espèces de Guêpes qui en amassent dans leur nid des quantités considérables. M. Auguste de Saint-Hilaire en a trouvé une au Brésil, dont le miel est vénéneux par circonstance, comme celui de l'Abeille domestique. Voici ce que nous trouvons à ce sujet dans les ^l>m«/es des sciences naturelles : « M. de Saint-Hilaire, après avoir suivi longtemps les bords du Rio de la Plata et ceux de l'Uraguay, était arrivé dans un vaste désert, uniquement peuplé par des Jaguars et d'immenses troupeaux de Juments sauvages de Cerfs et d'Autruches ; obligé de rester quelques jours sur les bords du Bio de Santa-Anna, en attendant un guide, qui devait lui être envoyé de fort loin il Profitait de ce séjour pour aller faire de longues herborisations.

« Dans l'une de ces excursions, il vit un guêpier qui était suspendu, à un pied de terre, à l'une des branches d'un petit arbrisseau, et qui avait une forme à peu près ovale, de la grosseur de la tête, une couleur grise et une consistance cartonnée. Deux hommes qui l'accompagnaient, un soldat et un chasseur, détruisirent le guêpier, et en tirèrent le miel. M. de Saint-Hilaire mangea environ deux Cuillerées de ce miel; le soldat et le chasseur en goûtèrent également, et tous s accordèrent à le trouver d'une douceur agréable, et absolument exempt de cette saveur pharmaceutique qu'a si souvent celui des Abeilles.

« Bientôt M. de Sainl-Hilaire éprouva une douleur d'estomac plus incommode que vive ; il se coucha dans sa charrette et s'endormit. A son réveil, il se trouva d'une telle faiblesse, qu'il lui fut impossible de faire plus de cinquante pas. Il retourna dans sa charrette, et sentit son visage baigné de larmes, auxquelles succéda un rire convulsif qui se prolongea quelques instants.

« Sur ces entrefaites arriva son chasseur, qui lui dit d'un air égaré (pie depuis une demi-heure il errait dans la campagne sans savoir où il allait. Cet homme s'assit dans la charrette à côté de son maître, et ce fut alors que commença pour celui-ci l'agonie la plus cruelle. Il ne ressentait point de grandes douleurs, mais il était tombé dans le dernier affaiblissement, et il éprouvait toutes les angoisses d'une mort prochaine. Un nuage épais obscurcit ses yeux, et il ne lui fut plus possible de distinguer que les traits de ses gens et l'azur du ciel. Il demanda de l'eau tiède, et s'étant aperçu que, toutes les fois qu'il en avalait, le nuage qui lui couvrait les yeux se dissipait pour quelques instants, il se mit à en boire presque sans interruption.

« Cependant le chasseur se leva tout à coup, déchira ses vêtements, les jeta loin de lui ; prit un fusil, le fit partir, et se mit à courir dans la campagne, en criant que tout était en feu autour de lui.

« Le soldat, qui avait pris sa part du miel vénéneux, avait commencé par être fort malade; mais, comme il avait vomi très-promptement, il avait bientôt reprisses forces. Il s'en fallait cependant qu'il fût entièrement rétabli. Apres avoir, pendant quelque temps, donné des soins à M. de Saint-Hilaire, il monta tout à coup à cheval, se mit à galoper dans la campagne; mais bientôt il tomba, et, quelques heures après, on le trouva profondément endormi dans l'endroit même où il s'était laissé tomber. Cependant l'eau chaude, dont M. d e Saint-Hilaire avait bu une quantité prodigieuse, finit par produire l'effet qu'il en avait espéré, et il vomit, avec beaucoup de liquide, une partie des aliments et du miel qu'il avait pris le matin. Alors il commença à se sentir soulagé ; il put distinguer sa charrette, les pâturages et les arbres voisins. Il indiqua à ses gens où ils trouveraient un vomitif; il le prit en trois doses, et, après avoir rendu la troisième, il se trouva dans son état naturel.

« A peu près dans le même moment, la raison revint tout à coup au chasseur, et il prit de nouveaux vêtements. Le lendemain, M. de Saint-Hilan' 1 ' était encore faible; le soldat se plaignit d'être sourd d'une oreille; le chasseur assura qu'il n'avait point encore recouvré ses forces, et que tout son corps lui paraissait enduit d'une matière gluante.

« M. de Saint-IIilaire, s'étant remis en route, dit à ses gens qu'il serait bien aise d'avoir quelques Guêpes de l'espèce qui produit le miel dont il avait faiU' être la victime. Bientôt, il aperçut un guêpier absolument semblable à celui de la veille, et ce guêpier fut reconnu par lui et par toutes les personnes de sa suite pour appartenir également à la Guêpe nommée dans le pays Léehéquana- Malgré ce qui était arrivé le jour précédent, quelques Indiens, qui accompagnaient M. de Saint-Hilaire, eurent l'imprudence de manger le miel de ce dernier guêpier, mais ils furent assez heureux pour n'en pas être incommodes- Aussitôt que M. de Saint-Hilaire fut sorti du désert où il était alors, et qu il entra dans la première des Missions, il interrogea beaucoup de gens sur le miel

FAMILLE DES FOUISSEURS. rn~,

«es Léchéquana. Tous, Portugais, Guaranis, Espagnols, s'accordèrent à lui "'ire que le miel de la Guêpe Léchéquana n'était pas toujours dangereux, mais que, quand la Guêpe avait butiné sur certaine plante (qu'on connaissait parfaitement, mais qu'on ne put lui montrer), le miel empoisonné qu'elle y s "çait occasionnait une sorte d'ivresse et de délire, dont on ne se délivrait que Par des vomissements et qui allait quelquefois jusqu'à donner la mort. »

Famille des fouïsseuiis. — Cette famille comprend des Hyménoptères porte-aiguillon, dont tous les individus sont ailés, dont les pieds postérieurs ne sont pas propres à ramasser le pollen des fleurs, et dont les ailes sont toujours étendues. Ces Insectes sont très-agiles, et vivent, pour la plupart, sur des fleurs «ont ils sucent le nectar ; niais les larves sont carnassières, et la femelle pourvoit à leur nourriture en plaçant à côté de ses œufs, dans le nid qu'elle a préparé, le corps de quelque larve ou de quelque Araignée, qu'elle a préalablement percé de son aiguillon. Le grand genre Spiiex, de Linné, comprend les espèces de cette famille, que les modernes ont subdivisée en sous-genres très-nombreux.

Le Spiiex des sablks (Spiiex sabulosa, de Linné) est noir, avec l'abdomen d'un noir bleuâtre, rétréci, à sa base, en un pédicule long, menu, presque conique; le troisième anneau est fauve, ainsi que le second, excepté la base de celui-ci ; le mâle a, sur le devant de la tête, un duvet soyeux et argenté. Il vous arrivera souvent de rencontrer cet Insecte sur la lisière des bois, dans les lieux sablonneux et exposés au soleil ; c'est là que la femelle creuse avec ses pattes, «"ans la terre, un trou dans lequel elle dépose une Chenille qu'elle tue ou blesse mortellement de son aiguillon, pour y pondre ensuite un œuf auprès d'elle ; elle ferme le trou avec des grains de sable, ou même avec un petit caillou. Puis elle va chercher d'autres Insectes pour les placer dans le même nid, et continuer ses pontes. Souvent le Sphex attaque les grosses Araignées. Il les Pique de son aiguillon, les déchire avec ses mandibules, et presque toujours c'est l'Araignée qui succombe dans ce combat.— Le Spiiex tourneuk (Sphex "pirifex, de Linné) est noir; le corselet est sans taches; les pattes sont jaunes, ainsi que le premier anneau de l'abdomen. Cet Insecte habite le midi de la France; construit, dans l'intérieur des maisons, aux angles des corniches, des n 'ds de terre, arrondis ou globuleux, formés d'un cordon tournant en spirale, et présentant sur leur côté inférieur deux ou trois rangées de trous ; ce sont les ouvertures d'autant de cellules dans chacune desquelles l'Insecte place une Araignée, une Mouche, une Chenille, avec un de ses œufs, et qu'il bouche ensuite. — Le Besibex a bec (Apis ro.iiraia, de Linné) est une espèce qui se trouve dans toute l'Europe; il est grand, noir, avec des bandes transversales d un jaune citron sur l'abdomen, dont la première est inlerrompue, et les suivantes ondulées. La femelle, qui a moins de jaune à la tête que le mâle, creuse «ans le sable des trous profonds, où elle empile des cadavres de Syrphes et de "louches, et y fait sa ponte; elle bouche ensuite avec de la terre la retraite qu'elle a préparée à ses petits. — Le Piiilanthe apivoue (Philanlhus apil 'orus, de Latreille) est commun aux environs de Paris. Il a cinq lignes de longueur; ses antennes sont noires, et ne vont pas jusqu'à la moitié de son corselet; sa tête est noire, avec la lèvre supérieure jaune, et une raie de même il 03

couleur sous les yeux. Son corselet est noir, avec une raie jaune transversale a sa base, et une semblable à sa pointe; les pattes sont jaunes; tous les anneaux du ventre sont noirs en haut, et bordés de jaune en bas; le noir du haut empiète sur le jaune au milieu du dessus de l'anneau, et forme, en cet endroit* une avance triangulaire.— Cet Insecte est un des ennemis les plus dangereux (« l'Abeille domestique; les femelles creusent, dans les terrains légers et en penle exposés au soleil, une galerie presque horizontale d'un pied de profondeur ; quand leur nid est achevé, elles vont sur les fleurs, saisissent une Abeille, 1» tuent en la perçant avec leur aiguillon à la jonction du corselet avec la tête on avec l'abdomen, et la portent au fond de leur trou. Comme chaque femelle pond au moins six œufs, il s'ensuit qu'elle sacrifie six Abeilles. Latreille a compté, dans une étendue de terrain de cent vingt pieds de longueur, cinquante à soixante femelles occupées à faire leur nid, qui ont dû faire périt" environ trois cents Abeilles. Il a calculé que, sur une surface de deux lieue* carrées, où il y aurait une cinquantaine d'endroits infestés par les Philanthe* femelles, celles-ci y détruiraient quinze mille Abeilles.

Il y a des Sphex exotiques auxquels leur couleur jaune-verdâtre a fait donnerle nom de Chlorions. Tel est le Chlorion comprimé {Sphex compressa. de Fabricius), qui est d'un beau vert, avec les quatre cuisses postérieures rouges. Cet Insecte est très-commun à l'île de France; il vole avec rapidité, entre dans les maisons, et pénètre dans les replis des rideaux des fenêtres ; lorsqu il y est posé, on peut le prendre, mais il faut se garnir la main pour éviter son aiguillon, qui est plus long que celui de tous les autres Hyménoptères, et, cause des blessures bien plus douloureuses que celles des plus grosses Guêpes. Dans les bois et les pays découverts de l'île de France, on ne trouve point d'Abeille* domestiques, au lieu qu'on en trouve en quantité dans les bois de l'île Bourbon. On attribue la cause de la rareté des Abeilles, dans l'île de France, à ce que les Chlorions y sont beaucoup plus communs qu'à l'île Bourbon. Les Chlorions ne mangent pas seulement des Abeilles, ils font aussi la guerre aux Blattes- Cossigny, qui a communiqué à Réaumur l'histoire de ces Hyménoptères, a vu un combat entre un Chlorion et une Blatte Kakerlac. «Quand la Mouche, dit cet observateur, aperçoit une Kakerlac, elle s'arrête un instant, pendant lequel les deux Insectes semblent se regarder. Mais, sans tarder davantage, le Sphex s'élance sur la Kakerlac, dont il saisit le bout de la tête avec ses dents. " se replie ensuite sous son venlre, pour la percer de son aiguillon. Dès qu'il est sûr de l'avoir fait pénétrer dans le corps de son ennemie, et d'y avoir répandu un poison fatal, il l'abandonne, s'en éloigne, et revient s'en emparer lorsqu 8 celle-ci a perdu ses forces. Alors il la saisit par la tête, et la traîne, en mai'" chant à reculons, jusqu'à ce qu'il l'ait conduite à un trou de mur, dans lequel il se propose de la faire entrer. Quand la route est trop longue pour êtrepai' courue d'une traite, le Sphex, pour prendre haleine, laisse son fardeau, *<, faire quelques tours, et revient ensuite prendre sa proie. C'est ainsi, et a diverses reprises, qu'il la conduit au terme. Quand l'Insecte vaincu est trop g'' * pour entrer dans le trou, le vainqueur coupe les élytres, les ailes et même pattes de sa victime; puis, à force de persévérance, il entraîne jusqu'au foi" de sa retraite ce corps mutilé, qu'il destine à la nourriture de ses petits.

les

FAMILLE DES 11 ETE KOG YNES. 5IS

Famille des Hétérogïnes. — Cette famille, par laquelle nous allons terminer l'ordre des Hyménoptères, se compose de deux ou trois sortes d'individus, Mâles, Femelles et Neutres, qui ont tous les antennes coudées, et la languette petite, arrondie et voûtée ou en cuiller. Le nom iV Héléi ogynes, qui signifie Femelles différentes, vient de ce que les femelles sont ailées chez les uns, et aptères chez les autres. Cette différence établit dans la famille deux grands genres : les Fourmis et les Mutilles.

Les Mutilles vivent solitairement; chaque espèce n'est formée que de deux sortes d'individus, de Mâles ailés et de Femelles aptères, toujours armées d'un tort aiguillon. Les antennes sont filiformes, vibratiles, avec le premier et le Iroisième articles allongés ; mais la longueur du premier article n'égale jamais le tiers de la longueur totale de l'antenne. Les espèces de ce genre habitent presque toutes les pays chauds. On en connaît trois ou quatre seulement aux environs de Paris : elles se trouvent dans les endroits sablonneux, où elles courent avec vitesse, quelquefois aussi cachées sous les pierres et sur les Heurs. Vous pourrez prendre sans crainte les Mâles; mais lorsque vous saisirez une Femelle entre les doigts, elle vous piquera fortement avec son aiguillon. —La Mutillk TiucoLORE (Muiilla européen, de Linné) est rare en France, mais on la rencontre aux environs de Faris. La Femelle est noire, velue; le dos du corselet est d'un rouge fauve ; l'abdomen porte sur le bord postérieur de ses trois premiers anneaux trois bandes d'un blanc jaunâtre, dont les deux dernières sont rapprochées. Le Mâle est d'un noir bleuâtre avec le dessus du corselet rouge, et l'abdomen semblable à celui de la Femelle.

Les Fourmis, qui forment le second genre de la famille des Hétérogynes, vivent en société, et nous offrent trois sortes d'individus dont les Mâles et les Femelles ailés, et les Neutres aptères; chez les Femelles et les Neutres, les antennes vont en grossissant, et la longueur de leur premier article égale au moins le tiers de leur longueur totale ; le second est presque aussi long que le troisième, cl a la forme d'un cône renversé. Le labre des Neutres est grand, corné, et tombe perpendiculairement sous les mandibules. Le pédicule de l'abdomen est en l'orme d'écaillé ou de nœud, soit unique, soit double, caractère qui fait aisément reconnaître les Fourmis : leur tète est triangulaire, avec les yeux ovales et entiers ; le chaperon grand , les mandibules fortes , les mâchoires et la lèvre Petites, les palpes filiformes, dont les maxillaires plus longs ; le thorax comprimé sur les côtés, et l'abdomen presque ovoïde, muni, dans les Femelles et les Ouvrières, tantôt d'un aiguillon, tantôt de glandes, qui sécrètent un acide particulier, connu sous le nom d'acide formique.

Avant de vous faire connaître les mœurs des Fourmis indigènes, que vous Pourrez observer en France et dans toute l'Europe tempérée, nous allons exposer brièvement les caractères extérieurs qui distinguent les neutres de chaque espèce. 11 y en a une quinzaine, que vous rencontrerez communément, et par lesquelles vous pourrez vérifier les observations d'Huber fils, qui a été pour les Fourmis ce que son père fut pour les Abeilles.

La Fourmi Hercule (Formica Hereuleana, de Linné) est la plus grande espèce d'Europe : sa longueur est de six à sept lignes ; elle est noire; le eorselet, la base de l'abdomen et les cuisses sont d'un rouge de sang; elle habite

INSECTES JlYMËLNOI'TÈlUiS.

les arbres creux, el emploie pour son logement la vermoulure du bois. — La Fourmi fuligineuse (Formica fuliginosa, de Latreille) est longue d'une ligne trois quarts, très-noire et luisante; les antennes, à partir du coude, sont d'un brun testacé, ainsi que les genoux et les tarses; la tête est grosse, écbancrée postérieurement; l'écaillé qui sépare le corselet de l'abdomen est petite; l'abdomen globuleux. Elle construit dans les arbres des labyrintbes admirables. —La Fourmi brune (Formica brunea, de Latreille) est longue d'une ligne et demie, ferrugineuse foncée; les yeux, le sommet de la tête et l'abdomen sont noirâtres ; l'écaillé est carrée, presque à deux dents. Cette espèce, ainsi que vous le saurez bientôt, maçonne habilement sa demeure avec de la terre. La Fourmi jaune (Formica /lava, deFabricius) est longue d'une ligne trois quarts; sa couleur est jaune-rougeàlre; les yeux sont noirs; l'écaillé petite, presque carrée et entière; le corps un peu duveté. Elle est maçonne comme la précédente, et construit des monticules de terre. — La Fourmi fauve ( Formica rufu, de Linné ) a trois lignes de longueur ; son corps est d'un roux fauve et sans duvet ; les antennes sont noires, ainsi que la partie postérieure de la tête, le dos du corselet, le bord supérieur de l'écaillé et l'abdomen. 11 y a trois petits yeux lisses; l'écaillé est presque ovale. Cette espèce est trèscominune; elle élève, dans les bois, dans les prairies et le long des haies, des monticules coniques à base large, formés de brins de chaume, de fragments ligneux, de débris de cailloux. La variété qui habite les bois a le dos du corselet rouge. — La Fourmi rouge (Formica rubra, de Fabricius) est longue de deux lignes et demie, rougeàtre, un peu chagrinée; le corselet est armé de deux pointes, et dépasse le premier nœud; le dessus de l'abdomen est noirâtre- Cette espèce est sculpteuse, aussi bien que maçonne, c'est-à-dire qu'elle construit son nid dans la terre ou dans les arbres. — La Fourmi des gazons (Formica cespitum, de Latreille) est d'un brun noirâtre; les antennes, le corselet et les pattes sont d'un brun plus clair ; le corselet est chagriné, continu, muni en arrière de deux épines courtes; l'abdomen est luisant, et otfre deux tubercules à son insertion. Cette espèce est maçonne, et construit son nid, tantôt dans l'herbe, tantôt sur la terre nue, quelquefois dans le sable. — La Fourmi noir-cendrée (Formica fusca, de Linné) est d'un noir cendré luisant; elle a le bas des antennes et les pattes rougeâtres; l'écaillé grande, presque triangulaire, et trois petits yeux lisses. Cette espèce est maçonne. — La Fourmi mineuse ( Formica cunicularia, de Linné) est longue de deux lignes et demie ; sa tête et son abdomen sont noirs ; les environs de la bouche, le dessus de la tête et la première articulation des antennes sont d'un fauve pâle, ainsi que les pattes et le corselet. Cette espèce est maçonne, et est souvent, ainsi que la Noir-Cendrée, réduite en esclavage par les deux espèces suivantes, que l'on nomme les Amazones. — La Fourmi roussatre (Formica rufescens, de Latreille) a trois lignes de longueur; son corps est d'un rouge pâle; les mandibules sont étroites, arquées, presque sans dents; le corselet est élevé postérieurement; il y a trois petits yeux lisses. — La Fourmi sanguin'* (Formica sanguinea, de Latreille) est d'un rouge sanguin, à l'exception des yeux et de l' abdomen, qui sont noirs; les trois yeux lisses sont bien distincts; l'écajlle est ovale, un peu écbancrée.

FAMILLE DES HÉTÉROGYNES. ol"

Eludions maintenant l'architecture variée des diverses espèces de Fourmis •lue nous venons de décrire : c'est Pierre Huber qui nous a fourni les observa- 'ions que nous allons vous transmettre. 11 vous est arrivé bien souvent de rencontrer dans un bois ou le long d'une haie le monticule élevé par la Fourmi fauve; cette construction, qui, au premier coup d'oeil, vous aura paru un amas de matériaux confusément épars, est cependant, par sa simplicité et son organisation, une invention ingénieuse pour éloigner les eaux de la fourmilière, pour la défendre des injures de l'air, des attaques de ses ennemis, et pour ménager 'a chaleur du soleil, ou la conserver dans l'intérieur du nid. L'assemblage des divers éléments dont il est composé présente toujours l'aspect d'un dôme ar- ''ondi, dont la base, souvent couverte de terre et de petits cailloux, forme une z °ne, au-dessus de laquelle s'élève, en pain de sucre, la charpente ligneuse du bâtiment. Mais ce n'est là que la couverture extérieure de la fourmilière ; la portion la plus considérable en est cachée à nos yeux, et s'étend dans la terre aune Profondeur plus ou moins grande. Des avenues, ménagées soigneusement, en forme d'entonnoirs irréguliers, conduisent, du faîte de la fourmilière, dans 'intérieur; leur nombre dépend de sa population et de son étendue; l'ouverture en est plus ou moins large ; on en trouve quelquefois une principale au sommet; souvent il y en a plusieurs à peu près égales, autour desquelles beaucoup de passages plus étroits sont placés presque dans un ordre symétrique, circulairement, et jusqu'à la base du monticule. Ces portes étaient nécessaires Pour laisser une libre issue à la multitude d'Ouvrières dont se compose la nation des Fourmis fauves. Non-seulement leurs travaux les appellent continuellement au dehors, mais, bien différente des autres espèces, qui se tiennent, volontiers dans leur nid et à l'abri du soleil, celle-ci semble, au contraire, préférer de vivre en plein air, et ne pas craindre de faire, en présence des observateurs, la plupart de ses opérations.

Les Fourmis fauves, établies en foule pendant le jour sur leur nid, ne craignent pas d'être inquiétées au dedans; mais le soir, lorsque, retirées dans le fond de leur habitation, elles ne peuvent s'apercevoir de ce qui se passe au dehors, comment sont-elles à l'abri des accidents dont elles sont menacées? Comment la pluie ne pénètre-t-elle pas dans cette demeure, ouverte de toutes parts? Si vous observez pendant quelque temps l'un de ces nids, l'agitation qui règne à la surface, le mouvement de ces milliers d'Insectes occupés à charrier •les matériaux dans un sens et dans un autre, ne vous offrira d'abord d'autre image que celle de la confusion ; mais vous ne tarderez pas à vous apercevoir que l'aspect de ces fourmilières change d'une heure à l'autre, et que le diamètre de ces avenues spacieuses, où tant de Fourmis peuvent se rencontrer a la fois au milieu du jour, diminue graduellement jusqu'à la nuit. Leur ouverture disparaît enfin, le dôme se trouve fermé de toutes parts, et les Fourmis sont retirées au fond de leur demeure. Cette première observation, en dirigeant vos regards sur les portes de ces fourmilières, va éclaircir vos idées suite travail de leurs habitants. Vous verrez clairement que les Fourmis étaient occupées à fermer leurs passages : elles ont apporté d'abord pour cela de petites poutres auprès des galeries dont elles voulaient diminuer l'entrée; elles tes ont placées au-dessus de l'ouverture, et enfoncées même quelquefois dans

le massif de chaume; elles sont allées ensuite en chercher de nouvelles, qu'elles ont disposées au-dessus des premières, dans un sens contraire, et ont. paru en choisir de moins fortes, à mesure que l'ouvrage était plus avancé; enfin elles ont employé des morceaux de feuilles sèches, ou d'autres matériaux d'une forme élargie, pour recouvrir le tout. N'est-ce pas là, en petit, l'art de nos charpentiers, lorsqu'ils établissent le faîte de leur bâtiment? Les Fourmis une fois en sûreté dans leur nid se retirent graduellement dans l'intérieur, avant que les dernières portes soient fermées, et il en reste une ou deux en dehors ou cachées derrière les portes, pour faire la garde, tandis que les autres se livrent au repos ou à différentes occupations, dans la plus parfaite sécurité. Si vous êtes curieux de savoir comment les choses se passent le malin sur ces fourmilières, allez le lendemain les visiter de très-bonne heure; vous les trouverez dans le même état où vous les avez laissées la veille. Quelques Fourmis rôdent sur les dehors du nid ; il en sort de temps en temps quelques-unes pardessous les bords des petits toits pratiqués à l'entrée des galeries; vous en verrez bientôt qui essayeront d'enlever les barricades, et y réussiront aisément. Ce travail les occupera pendant plusieurs heures. Vous verrez enfin les passages libres de tout obstacle, et les matériaux qui les obstruaient répartis ça et là sur la fourmilière. Chaque jour, soir et, matin, pendant la belle saison, vous pourrez observer les mêmes faits, à l'exception cependant des jours de pluie, où les portes restent fermées sur toutes les fourmilières. Lorsque le ciel est nébuleux dès le matin, les Fourmis n'ouvrent qu'en partie les entrées de leurs avenues, et lorsque la pluie commence, elles se hâtent de les refermer.

Pour concevoir la formation du toit de chaume, voyons ce qu'était la fourmilière dans l'origine : elle n'est au commencement qu'une cavité pratiquée dans la terre; une partie de ses habitants va chercher aux environs des matériaux propres à la construction de la charpente extérieure; ils les disposent ensuite dans un ordre peu régulier, mais suffisant pour en recouvrir l'entrée. D'autres Fourmis apportent de la terre, qu'elles ont enlevée au fond du nid, dont elles creusent l'intérieur; et celte terre, mélangée avec les brins de bois et de feuilles qui sont apportés à chaque instant, donne une certaine consistance à l'édifice. Il s'élève de jour en jour; cependant les Fourmis ont soin de laisser des espaces vides pour les galeries qui conduisent au dehors ; et comme elles enlèvent le matin les barrières qu'elles ont posées à l'entrée du nid la veille, les conduits se conservent, tandis que le reste de la fourmilière s'élève. Elle prend déjà une forme bombée, mais vous seriez clans l'erreur si vous la croyiez massive. Ce toit devait encore servir aux Fourmis sous un autre point de vue : il était destiné à contenir de nombreux étages, et voici de quelle manière ils sont construits (Huber a pu s'en instruire en ajustant contre une fourmilière un carreau de verre). C'est par excavation, en minant leur édifice même, qu'elles y pratiquent des salles très-spacieuses, fort basses à la vérité, et d'une construction grossière, mais très - commodes pour l'usage auquel elles sont destinées par les Fourmis, qui se proposent d'y déposer les larves et les nymphes à certaines heures du jour. Ces espaces vides communiquent entre eux par des galeries faites de la même manière. Si les matériaux du nid u étaient qu'entrelacés les uns avec les autres, ils céderaient trop facilement

aux efforts des Fourmis, et tomberaient confusément lorsqu'elles porteraient atteinte à leur ordre primitif; mais la terre contenue entre les couches dont le monticule est composé étant délayée par l'eau des pluies, et durcie ensuite par le soleil, sert à lier ensemble toutes les parties de la fourmilière, de manière cependant à permettre aux Fourmis d'en séparer quelques fragments sans détruire le reste. D'ailleurs elle s'oppose si bien à l'introduction de l'eau dans le n 'd, que l'intérieur (même après de longues pluies) n'est jamais mouillé à plus d'un quart de pouce de la surface.

Les Fourmis sont donc bien à l'abri de l'humidité au fond de leur case ; la plus grande est presque au centre de l'édifice ; elle est beaucoup plus élevée que | es autres, et traversée seulement par les poutres qui soutiennent le plafond : c'est là qu'aboutissent toutes les galeries et que se tiennent la plupart des fourmis. Quant à la partie souterraine de la fourmilière, on ne peut l'observer que lorsqu'elle est placée contre une pente; alors, en enlevant le monticule de chaume, on aperçoit toute la coupe intérieure du bâtiment : ces souterrains présentent des étages composés de loges creusées dans la terre et pratiquées dans un sens horizontal.

Maintenant que vous connaissez l'industrie des Fourmis charpeniières, étudions celles des Fourmis maçonnes. Huber appelle ainsi celles dont les nids présentent au dehors l'aspect de monticules de terre, sans mélange d'autres matériaux ; au dedans, celui de labyrinlhes, de voûtes, de logis et de galeries construites avec art. Il y a plusieurs espèces de Fourmis maçonnes ; la terre dont leurs nids sont formés est plus ou moins compacte : celle qu'emploient 'es Fourmis d'une certaine grandeur, telles que la Noir-cendrée et la Mineuse, paraît être d'une pâte moins fine que celle dont la Jaune et la Brune construisent leur demeure. Ainsi le monticule élevé par les Fourmis noir-cendrées offrira toujours des murs épais, formés d'une terre grossière et raboteuse, des étages très-prononcés, et de larges voûtes soutenues par des piliers solides ; v ous n'y trouverez ni chemins, ni galeries proprement dites, mais des passages en forme d'œil-de-bœuf, partout de grands vides, de gros massifs de terre, et vous remarquerez que les Fourmis ont conservé une certaine proportion entre 'es piliers et la largeur des voûtes auxquelles ils servent de supports.

Mais de toutes les Fourmis maçonnes indigènes , celle qui se fait le plus remarquer par la perfection de son travail, c'est la Fourmi brune. Elle construit son nid par étages de quatre à cinq lignes de haut, dont les cloisons n'ont pas plus d'une demi-ligne d'épaisseur, et dont la matière est d'un grain si fin, que la surface des murs intérieurs est fort unie. Ces étages ne sont point horizontaux; ils suivent la pente de la fourmilière, de sorte que le supérieur recouvre tous les autres, le suivant embrasse tous ceux qui sont au-dessous de lui, et ainsi de suite, jusqu'au rez-de-chaussée qui communique avec les logements souterrains.

Si vous examinez chaque étage séparément, vous y verrez des cavités travaillées avec soin, en forme de salles; des loges plus étroites et des galeries allongées qui leurservent de communication. Lesvoûtesdes places les plus spacieuses sont supportées par de petites colonnes, par des murs fort minces, ou enfin Par de vrais arcs-boutants. Ailleurs vous verrez des cases qui n'ont qu'une

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