‹ Le jardin des plantesChapitre 102 sur 143 · I N S E C I ES II Y M E N P T E H E S · texte numérisé non relu

I N S E C I ES II Y M E N P T E H E S

il en est dont l'orifice répond à l'étage inférieur ; vous pourrez

seule entrée

encore y remarquer des carrefours très-larges où toutes les rues viennent abou tir. Tel est à peu près l'esprit dans lequel sont construites les habitations de ces Fourmis. Lorsqu'on les ouvre, on trouve les cases et les places les plus étendues remplies de Fourmis adultes; mais on voit toujours que leurs nymphes sont réunies dans les loges plus ou moins rapprochées de la surface, suivant les heures ou la température ; car à cet égard les Fourmis sont douées d'une grande sensibilité, et connaissent le degré de chaleur qui convient à leurs petits.

La fourmilière contient quelquefois plus de vingt étages dans sa partie supérieure, et, pour le moins, autant au-dessous du sol. Combien de nuances de chaleur doit admettre une telle disposition, et quelle facilité les Fourmis ne se procurent-elles pas par ce moyen pour la graduer à volonté ! Quand un soleil trop ardent rend leurs appartements supérieurs plus chauds qu'elles ne le désirent, elles se retirent avec leurs petits dans le fond de la fourmilière. Le rez-de-chaussée devenant à son tour inhabitable pendant les pluies, les Fourmis transportent tout ce qui les intéresse dans les étages les plus élevés, et c'esl là qu'on les trouve rassemblées avec leurs nymphes et leurs œufs, lorsque leurs souterrains sont submergés.

C'est déjà quelque chose que de connaître la disposition intérieure de ces fourmilières ; mais il s'agit en outre de savoir comment les Fourmis, travaillant dans une matière assez dure, ont pu ébaucher et finir des ouvrages aussi délicats, avec le seul secours de leurs dents ; comment elles savent ramollir la terre pour la miner, la pétrir et la maçonner; quel ciment elles emploient pour joindre ensemble ces particules. Est-ce au moyen d'un mucilage, d'une résine, ou de quelque autre suc tiré de leur propre corps et analogue à celui dont se sert l'Abeille maçonne pour bâtir le nid auquel elle donne tant de solidité?

Pendant les heures chaudes de la journée, les Fourmis brunes restent renfermées chez elles, parce qu'elles redoutent l'ardeur du soleil ; mais vous pourrez remarquer que la fraîcheur et la rosée invitent ces Fourmis à se promener horsdeleurnid. Elles y pratiqueront de nouvelles issues, vous les verrez arriver plusieurs à la fois, mettre leur tête hors du trou en remuant leurs antennes e 1 sortir enfin, pour aller et venir dans les environs. Si vous épiez les mouvements de ces Insectes pendant la nuit, vous observerez qu'ils sont presque toujours dehors, et occupés sur le dôme de leur habitation après le coucher du soleil- C'est l'opposé de ce que nous avons vu chez les Fourmis fauves, qui ne sortent que le jour, et ferment leurs portes le soir. Mais le contraste sera encore plus frappant si, pendant que vous examinez les Fourmis brunes, il survient une pluie douce ; c'est alors que vous les verrez déployer tous leurs talents pour l'architecture.

Dès que la pluie commence, elles sortent de leurs souterrains et rentrent aussitôt, mais reviennent ensuite, tenant entre leurs dents des molécules de terre qu'elles déposent sur le faîte de leur nid. Bientôt vous voyez s'élever de toutes parts de petits murs qui laissent entre eux des espaces vides ; puis surgissent des piliers placés à distance les uns des autres, et annonçant déjà la

FAMILLE DES HETEROG YNES.

forme des salles, des loges, des chemins que les Fourmis se proposent d'établir. La petite pelote de terre que chaque Fourmi apporte entre ses dénis a été formée dans les souterrains dont elle a ratissé le fond avec le bout de ses mandibules. Lorsqu'elle l'a appliquée à l'endroit où elle doit rester, elle la divise et la pousse avec ses mandibules, de manière à remplir les plus petites inégalités de la muraille ; elle palpe chaque brin de terre avec ses antennes mobiles, e l elle les affermit en les pressant légèrement avec ses pattes antérieures.

Après avoir tracé le plan de leur maçonnerie, en plaçant çà et là les fondements des piliers et des cloisons qu'elles veulent établir, elles leur donnent plus de relief en ajoutant de nouveaux matériaux au-dessus des premiers. Lorsque deux petits murs destinés à former une galerie, et s'élevant vis-à-vis 1 un de l'autre, sont arrivés à une hauteur de quatre a cinq lignes, les Fourmis s'occupent à recouvrir le vide qu'ils laissent entre eux, au moyen d'un plafond cintré : elles cessent alors de travailler en montant, et placent contre l'arête intérieure de l'un et de l'autre des brins de terre mouillée, dans un sens oblique en montant, de manière à former au-dessus de chaque mur un rebord qui doit, en s'élargissant, rencontrer celui du mur opposé. L'épaisseur de ces voûtes est d'une demi-ligne, et la largeur des galeries qu'elles recouvrent est d'un quart de pouce. Quant aux carrefours, qui ont souvent deux Pouces de largeur, les Fourmis ne sont pas embarrassées à faire le plancher «lui doit le recouvrir : dans les angles formés par la rencontre des murs et le long de leurs bords supérieurs, elles placent les premiers matériaux de la v oûte, et du sommet de chaque pilier s'étend obliquement une couche de terre qui va se joindre avec celle du côté opposé.

Rien de plus intéressant que l'activité, l'ordre et l'accord qui règne dans cette foule de maçonnes arrivant de toutes parts avec la parcelle de mortier qu'elles veulent ajouter à l'édifice. Elles profitent de la pluie pour augmenter l'élévation de leur demeure; en effet, ces parcelles de terre qui ne tiennent ensemble que par juxtaposition n'attendent qu'une ondée qui les lie plus étroitement , et vernisse pour ainsi dire la surface du plafond qu'elles constituent. Alors les inégalités de la maçonnerie disparaissent; le dessus de ces étages, composés de tant de pièces rapportées, ne présente plus qu'une seule couche de lerre bien unie, et n'a besoin, pour se consolider entièrement, que de 1 action desséchante du vent et de la chaleur du soleil. Sept heures suffisent Pour la confection d'un étage complet, et si la pluie continue, les Fourmis se hâtent d'en bâtir un nouveau. Elles n'emploient donc ni gomme ni ciment dans la construction de leur édifice, et mettent à contribution les quatre éléments dans toute leur simplicité : Veau pour lier la terre, l'air pour la dessécher, et le feu du soleil pour la durcir.

Voulez-vous, même par un temps sec, exciter les Fourmis brunes à reprendre •eurs travaux? mettez en usage l'ingénieux moyen d'Huber, et versez sur la tourmiljère une pluie artificielle. Prenez pour cela une brosse très-forte, plon- S e z-la dans l'eau, et en passant votre main sur les crins dans un sens et dans a utre, vous ferez pleuvoir sur le toit des Fourmis une rosée très-fine ; bientôt at tirées par l'humidité, elles sortiront de l'intérieur du nid, courront rapidement à la surface du toit, descendront au plus vite pour se pourvoir de brins 'i- 6G

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de terre, reviendront les placer sur le faîte, et bâtiront sous vos yeux un étage

complet en quelques heures.

Les Fourmis noir-cendrées ont une manière de bâtir toute différente. Lorsqu'elles veulent donner plus d'élévation à leur demeure, elles commencent par en couvrir le faîte d'une épaisse couche de terre qu'elles apportent de 1 intérieur, et c'est dans cette couche même qu'elles tracent en creux et en relief le plan d'un nouvel étage; elles creusent d'abord çà et là, dans cette terre meuble, de petits fossés, d'une largeur égale à leur profondeur; les massifs de terre que ces fossés laissent entre eux doivent servir de base aux murs intérieurs, de manière qu'il ne reste plus aux architectes qu'à en augmenter la hauteur, et à recouvrir d'un plafond les loges qui en résultent.

Après les Maçonnes et les Charpentières, passons aux Fourmis Scttlptcuses. Celle qui tient le premier rang est la Fuligineuse, espèce moins commune que les précédentes. Représentez-vous l'intérieur d'un arbre entièrement sculpté; des étapes sans nombre, plus ou moins horizontaux, dont les planchers et les plafonds, distants de cinq à six lignes les uns des autres, sont aussi minces qu'une carte à jouer ; figurez-vous ces étages supportés tantôt par des cloisons verticales, tantôt par une multitude de colonnes légères, le tout d'un bois noirâtre et enfumé, et vous aurez une idée assez juste des cités populeuses de ces Fourmis. La Fourmi rouge sait sculpter dans les arbres des logements analogues, mais ils sont sur une plus petite échelle ; ce qu'il y a de plus singulier dans l'histoire des Fourmis rouges, c'est qu'outre leur talent pour la sculpture, elles sont encore d'habiles Maçonnes, et établissent leur demeure dans la terre.

Enfin, il y a des Fourmis qui travaillent la sciure de bois. Telle est surtout la Fourmi jaune, qui creuse d'abord dans les arbres de longues galeries, et les divise en compartiments au moyen de la vermoulure qu'elle mélange avec de la terre et des toiles d'Araignées, et dont elle se sert aussi pour calfeutrer le fond des cases, et boucher les conduits inutiles.

Maintenant que vous connaissez l'architecture des Fourmis, et que nous les avons établies dans leurs demeures, étudions leurs autres travaux. Huber fils a pu les observer au moyen d'un châssis vitré, garni de volets, qu'il ouvrait avec discrétion, afin de ménager le goût des Fourmis pour l'obscurité. Nous parlerons d'abord des tendres soins que les Ouvrières ou Neutres prodiguent aux larves et aux nymphes.

Les larves éclosent quinze jours après la ponte ; elles ressemblent à de petit» Vers blancs, gros, courts, sans pattes, et d'une forme presque conique ; leur corps est composé de douze anneaux, sa partie antérieure est plus menue et courbe. On remarque à la tête deux petites pièces écailleuses, qui sont deux espèces de crochets; au-dessous de ces crochets, quatre petites pointes ou cils. deux de chaque côté, et un mamelon presque cylindrique, par lequel la lane reçoit la becquée dégorgée par les Ouvrières. Les soins que les Fourmis Neutres prennent des larves ne se bornent pas à la nourriture, elles veillent sans cesse auprès d'elles, dressées sur leurs pattes, et le ventre en avant, prêtes a lancer leur venin. Elles sont sans cesse occupées à préserver leurs pupilles de tous les accidents auxquels les expose leur extrême jeunesse ; et le dévouemen de ces bonnes nourrices est ingénieux autant que persévérant.

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