‹ Le jardin des plantesChapitre 103 sur 143 · FAMILLE DES II ÉTËKOGYNES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES II ÉTËKOGYNES

Comme loules les températures ne conviennent pas à la jeune famille, les fourmis ont dans leur instinct un thermomètre qui leur indique le degré dans lequel il faut tenir leurs nourrissons. Lorsque les rayons du soleil viennent «-chauffer la partie extérieure de leur nid, les Fourmis qui sont à la surface descendent au fond de la fourmilière, avertissent leurs compagnes en les frappant avec leurs antennes, el les saisissant même avec leurs mandibules; si elles ne s empressent pas assez; elles les entraînent au sommet de l'habitation, et les y laissent, afin de revenir auprès de celles qui gardent les petits; en un instant les larves et les nymphes sont transportées au faîte de la fourmilière, cl reçoivent la douce influence du soleil. Les larves des Femelles, qui sont beaucoup plus grosses, donnent plus d'embarras; on finit cependant par les placer à côté des autres.

Quand les Fourmis jugent que leurs petits sont restés assez longtemps au soleil, elles les retirent dans une loge propre à les recevoir ; c'est la plus voisine du sol; elle n'est recouverte, chez la Fourmi fauve, que par an toit de chaume qui n'intercepte pas entièrement la chaleur. Quand elles croient n'avoir rien à craindre, elles se reposent de leurs travaux, et vous les verriez alors étendues pêle-mêle, avec les larves, ou entassées les unes sur les autres. Si vous découvrez l'intérieur de leur nid, les Ouvrières saisissent leurs nourrissons avec une promptitude extrême, et les emportent dans les lieux les plus reculés de l'habitation.

Il ne suffisait pas de les porter au soleil et de les nourrir, il fallait encore les entretenir dans une extrême propreté; aussi ces Insectes ont-ils l'attention de passer leur langue à chaque instant sur le corps des petits, et les rendent-ils, l'ai" là, d'une blancheur parfaite.

Avant de devenir nymphes, les larves se filent une coque de soie (les espèces à aiguillon font seules exception) ; cette coque est cylindrique, allongée, jaune- Pâle, très-lisse, et d'un tissu fort serré. L'Insecte, à l'état de nymphe, a acquis la forme qu'il aura toujours; il ne lui manque que des forces et un peu Plus de consistance; il est aussi grand qu'il doit l'être; tous ses membres sont distincts, une seule pellicule les enveloppe.

Les nymphes ont encore bien des soins à recevoir des Ouvrières; elles ne savent pas d'elles-mêmes sortir de leurs coques, en y faisant une ouverture avec leurs dents. Cette coque est d'une soie trop serrée et trop résistante pour qu'il leur soit possible de la déchirer sans le secours des Ouvrières. Mais comment ces infatigables nourrices découvrent-elles le moment convenable pour les en tirer? Quels que soient les signes qui les en avertissent, elles ne se trompent jamais. Trois ou quatre d'entre elles montent sur une coque, et s'efforcent de l'ouvrir avec leurs dents, à l'extrémité qui répond à la tète de la nymphe. Elles commencent par amincir l'étoffe, en arrachant quelques soies à la place qu'elles veulent percer, et bientôt, à force de pincer et de tordre ce tissu si difficile à rompre, elles parviennent à le trouer en plusieurs endroits très-rapprochés les uns des autres; elles font ensuite passer une de leurs mandibules au travers de la coque, dans les trous qu'elles ont pratiqués, coupant chaque fil l'un après l'autre avec une patience admirable, et parviennent enfin à faire un Passage d'une ligne de diamètre dans la partie supérieure de la coque; ensuite,

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