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leurs mandibules, s'exhaussaient sur leurs jambes pour replier leur abdomen en avant, et faisaient jaillir mutuellement leur venin contre leur adversaire. Mes se serraient de si près qu'elles tombaient sur le côté, et se débattaient ongtemps dans la poussière ; elles se relevaient bientôt et se tiraillaient réciproquement, afin d'entraîner leur antagoniste. Mais quand leurs forces étaient e gales, les athlètes restaient immobiles, et se cramponnaient au terrain, jusr l« a ce qu'une troisième Fourmi vînt décider l'avantage : le plus souvent, l'une et 1 autre recevaient des secours en même temps; alors toutes les quatre, se «nant par une patte ou par une antenne, faisaient de vaines tentatives pour emporter; d'autres se joignaient à celles-ci, et quelquefois ces dernières eti >ient à leur tour saisies par de nouvelles arrivées ; c'est de cette manière jl'ul se formait des chaînes de six, huit ou dix Fourmis, toutes cramponnées es unes aux autres. L'équilibre n'était rompu que quand plusieurs guerrières rJ e la même république s'avançaient à la fois; elles forçaient celles qui étaient enchaînées à lâcher prise, et les combats particuliers recommençaient.
« A l'approche de la nuit, chaque parti rentrait graduellement dans la cité 1 u i lui servait d'asile; et les Fourmis tuées ou menées en captivité n'étant pas remplacées par d'autres, le combat cessait faute de combattants. Mais avant 'aurore, les Fourmis revenaient à la charge, les groupes se formaient, le carnage recommençait avec plus de fureur que la veille, et j'ai vu le lieu de la iielée occuper six pieds de profondeur sur deux de front. Le succès fut longtemps balancé ; cependant, vers le milieu du jour, le champ de bataille s'était éloigné d'une dizaine de pieds de l'une des cités ennemies, d'où je conclus que cette dernière avait gagné du terrain. L'acharnement des Fourmis était si grand, que rien ne pouvait les distraire de leur entreprise : elles ne s'aperceraient point de ma présence, et quoique je fusse immédiatement au bord de leur armée, aucune d'elles ne grimpa sur mes jambes : elles n'avaient qu'un seul el'jet, celui de trouver une ennemie qu'elles pussent attaquer. »
Ici vous allez demander quel instinct fait reconnaître à chaque Fourmi celles (| e son parti, et à quels signes elles se distinguent dans la mêlée, où des milliers "individus de la même couleur, de la même taille, de la même odeur, de la même espèce enfin, se rencontrent, se croisent, s'attaquent, se défendent s'inondent de venin et s'emmènent prisonnières : vous ne pourrez vous rendre c °mpte de cette merveilleuse sagacité qu'en admettant l'existence d'un langage entre ces Insectes. Leurs antennes jouissent d'une flexibilité qui les rend propres à produire des mouvements variés à l'infini, que P. Huber a appelés lanqaqe "ntennat ; notez bien que ce langage est fondé, non pas sur des gestes visibles 1T1 ais sur l'attouchement de certaines parties, parce qu'il faut qu'il puisse servir tla ns la fourmilière, où la lumière du jour ne pénètre jamais. Il en résulte qu'une '°urmi ne peut se faire entendre que d'une seule de ses compagnes à la fois m ais l'impression qu'elle a donnée se propage de l'une à l'autre avec une exrênie rapidité. La liaison des Fourmis avec les Pucerons va nous prouver r |u elles savent se faire entendre d'autres Insectes.
Les Fourmis se nourrissent indifféremment de matières animales et végétales telles que les fruits, les Insectes, les larves, les cadavres de Quadrupèdes ou r| Oiseaux, ou de Reptiles, de pain, de sucre, etc. ; mais elles sont surtout t'rès- "• «7
8go INSECTES HYMÉNOPTÈRES.
friandes d'une liqueur sucrée, que les Pucerons laissent transsuder sous forme de gouttelettes limpides, par les deux petites cornes placées sur le dos de leu abdomen : si tous observez des Fourmis sur les arbres où habitent des 1 ucerons, vous verrez qu'elles attendent le moment où ces petits Insectes font sortir de leur ventre cette manne précieuse, et qu'elles la saisissent aussitôt; mais en examinant attentivement toutes leurs manœuvres, vous remarquerez que leui industrie ne se borne pas à recevoir ce miel, et qu'elles savent encore se le faire donner. Suivez de près une seule Fourmi, dans sa promenade sur les branches de l'arbre où vivent les Pucerons, vous la verrez bientôt se fixer auprès de l'un d'eux- elle semble le flatter de ses antennes, en touchant alternativement de l'une et de l'autre l'extrémité de son abdomen, avec un mouvement très-vif Bientôt une gouttelette paraît au bout des deux petites cornes, la Fourmi s'en empare, et la fait passer dans sa bouche. De là elle passe a un autre Puceron ; celui-ci, chatouillé de la même manière, fait sort.r une dose du fluide nourricier proportionnée à son volume; la Fourmi passe a un troisième, l'amadoue comme les précédents, en lui donnant plusieurs petits coups d antennes auprès de l'extrémité postérieure du corps : la liqueur sort, et la Fourmi la recueille; il ne faut qu'un petit nombre de ces repas pour la rassasier après quoi elle reprend le chemin de sa demeure.
Vous avez vu les Fourmis aller chercher le sucre des Pucerons sur les arbres, mais il y a des espèces qui ne sortent presque jamais de leurs demeures, qui ne vont ni sur les arbres, ni sur les fruits, ni à la chasse des autres Insectes, et cependant elles pullulent dans les prairies et les vergers : ce sont les Fourmi jaunes. Si vous voulez savoir comment elles subsistent, retournez la terre d un de leurs nids, et vous y trouverez des Pucerons ; vous en trouverez également sur toutes les racines des gramens dont la fourmilière est ombragée : elles y sont rassemblées en familles nombreuses et de différentes espèces. Les Fourmis les soignent, les surveillent, les emportent au fond de leur nid quand on les inquiète et les disputent avec acharnement aux Fourmis des peuplades voisines qui viennent pour les leur enlever. Ainsi voilà des peuples pasteurs . dont la richesse consiste dans un bétail de Pucerons, bétail qui leur fournil à domicile la nourriture dont ils ont besoin. Ces Pucerons viennent- ils se loo-er d'eux-mêmes dans la fourmilière, ou y sont-ils apportés par les Fourmis Huber a observé que les Fourmis arrivent par des souterrains jusqu'aux gazons habités par les Pucerons, qu'elles les y laissent pendant l'été, mais qu'elles les portent en automne au fond de leur fourmilière, non pour les manger, mais pour les traire, comme les Vaches que nous tenons dans la crèche pendant la mauvaise saison.
Ce n'est pas assez pour quelques espèces de trouver sur les arbres les 1 ucc rons dont elles ont besoin ; elles veulent encore conserver cette propriété a l'exclusion des fourmilières voisines : quand il en vient quelques-unes pour butiner en commun, elles les chassent à coups de dents, emportent leurs Pucerons dans leurs mandibules pour les soustraire aux sollicitations des Fourmis étrangères, ou bien font la garde autour d'eux ; enfin, pour en jouir sans partage, il y en a qui savent parquer leur bétail, et voici comment : lorsque, dans le"voisinage d'une fourmilière, s'élève une plante chargée de Pucerons, elles