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construisent autour de la tige un tuyau de terre qui communique avec leur habitation et enveloppe celle des Pucerons ; là elles transportent leurs larves, et après avoir sucé le miel précieux qui est à leur disposition, elles le dégorgent dans la bouclie des petits. D'autres fois le parc de leurs bestiaux est "ne sphère creuse à laquelle sert d'axe la tige qui porte les Pucerons; une étroite ouverture pratiquée dans le bas leur livre passage, soit pour entrer, so 't pour descendre le long de la branche, et passer dans leur fourmilière.
Quelles sont les ressources des Fourmis pendant l'hiver? Les anciens croyaient ou elles amassaient des provisions de grains, et rongeaient le blé pour l'empêcher de germer; on est revenu de celte opinion, et l'on a pensé qu'elles restaient engourdies pendant l'hiver. Elles s'engourdissent en effet quand elles sont exposées à un froid de deux degrés au-dessous de zéro, mais cette température est très-rare dans leur nid, dont la profondeur les met à l'abri de la gelée. Comment donc se nourrissent-elles lorsqu'elles ne sont pas engourdies? La nature ne les a pas laissées sans ressources contre la famine, et ces ressources ne s °nt autres que les Pucerons, qui, par un admirable concours de circonstances, f Ju'on ne saurait attribuer au hasard, tombent en léthargie précisément au même degré de froid que les Fourmis, et se réveillent en même temps qu'elles ; a 'nsi elles les retrouvent toujours lorsqu'elles en ont besoin.
Mais ce ne sont pas seulement des Pucerons vivants que les Fourmis ramassent dans leurs nids : si, vers la fin de l'automne, vous démolissez avec ménagement une fourmilière, vous y trouverez des loges contenant un amas de petits œ ufs, dont la couleur varie suivant les fourmilières ; la plupart sont d'un noir d ébène, d'autres sont jaunes, bruns, rouges; d'autres d'une couleur moins tr anchée, grisâtre, jaune-paille, etc. Ce ne sont pas des œufs de Fourmis (ceuxci sont d'une blancheur parfaite et deviennent transparents en veillissant) ; mais les Fourmis les regardent comme un trésor non moins précieux pour elles que 'eue propre postérité. Dès que vous aurez mis leur nid à découvert, elles ne chercheront pas à s'évader; elles s'empareront des œufs et les emporteront au '°nd de leur retraite. Huber en recueillit un jour, vers la fin de novembre, et '1 plaça sous une cloche de verre les Fourmis et leur trésor; il vit celles-ci lécher les œufs, les palper, les réunir en tas, et les abriter sous la terre ; dès le lendemain, un de ces œufs s'ouvrit, et il en sortit un Puceron tout formé, ayant "ne longue trompe ; tous les autres s'ouvrirent peu de jours après ; les Pucerons se mirent à pomper le suc d'une branche desséchée qu'on leur avait donn ée, et les Fourmis trouvèrent immédiatement auprès d'eux la récompense des soins qu'elles leur avaient prodigués.
Les Fourmis qui ne savent pas réunir ces Insectes utiles dans leur habitation même connaissent au moins leur retraite ; elles les suivent au pied des arbres et sur les racines des arbustes dont ils fréquentaient la tige dans la belle saiso « ; elles se glissent, au premier dégel, le long des haies , en suivant les sent!e rs qui les conduisent auprès de leurs nourriciers, et rapportent à leur république un peu de miellée, car il en faut très-peu pour les nourrir en hiver. Dès qu'elles cessent d'être engourdies, on les voit se demander et se donner à manger ; ainsi les aliments contenus dans l'estomac de l'une d'elles se partagent e utre toutes les autres : ces sucs ne s'évaporent pas dans cette saison, à cause
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de l'épaisseur des anneaux écailleux, et Huber a vu des Fourmis conserver pendant un temps considérable leur provision intérieure, lorsqu'elles ne peuvent en faire part à leurs compagnes.
Quand le froid augmente, les Fourmis se réunissent, s'entassent les unes sur les autres par milliers, et paraissent toutes accrochées ensemble ; il est presumable qu'en se tenant ainsi rassemblées, elles cherchent à se procurer un peu de chaleur.
Nous avons vu jusqu'ici des Fourmis laborieuses, et exerçant au profit de leur patrie, les arts dont le Créateur leur a donné le secret; leurs guerres ne sont que des rivalités de territoire, qui cessent dès que leurs frontières sont respectées. Les deux espèces que vous allez connaître ( Fourmi roussâire et Fourmi sanguine), nommées vulgairement Amazones, vont vous offrir une constitution belliqueuse, dont le principe fondamental est l'envahissement des nations faibles, et l'esclavage des enfants du peuple vaincu.
Il n'y a pas encore quarante ans, que 1'. Huber, se promenant aux environs de Genève, dans le mois de juin, entre quatre et cinq heures de l'après-midi, vit à ses pieds une légion de Fourmis roussâlres qui traversaient le chemin : elles marchaient en corps avec rapidité; leur troupe occupait un espace de huit à dix pieds de longueur sur quatre pouces de large ; en peu de minutes elles eurent entièrement évacué le chemin : elles pénétrèrent au travers d'une haie fort épaisse, et se rendirent dans une prairie; elles serpentèrent sur le gazon sans s'égarer, et leur colonne restait continue malgré les obstacles qu'elle avait à surmonter. Huber les suivit pas à pas, comptant bien qu'elles allaient lui fournir une page de plus pour ajouter à leur histoire. Bientôt elles arrivèrent près d'un nid de Fourmis noir-cendrées, dont le dôme s'élevait dans l'herbe à vingt pas de la haie. Quelques Fourmis de cette espèce se trouvaient à la porte de leur habitation. Dès qu'elles découvrirent l'armée qui s'approchait, elles s'élancèrent sur celles qui marchaient en tète; l'alarme se répandit au même instant dans l'intérieur du nid, et leurs compagnes sortirent en foule de tous les souterrains. Les Fourmis Roussâlres, dont le gros de l'armée n'était qu'à deux pas, se hâtaient d'arriver au pied de la fourmilière ; toute la troupe s'y précipita à la fois et culbuta les Noir-Cendrées qui, après un combat très-court mais très-vif, se retirèrent au fond de leur habitation. Les Fourmis roussâlres gravirent le flanc du monticule, s'attroupèrent sur le sommet, et s'introduisirent en grand nombre dans les premières avenues ; d'autres groupes travaillaient avec leurs mandibules à se pratiquer une ouverture dans la partie latérale de la fourmilière; cette entreprise leur réussit, et le reste de l'armée pénétra par la brèche à l'intérieur de la cité assiégée. Elle n'y fit pas un long séjour : trois ou quatre minutes après, les Roussâtres ressortirent à la hâte par les mêmes issues, tenant chacune à leur bouche une larve ou une nymphe de la fourmilière envahie. Elles reprirent exactement la route par laquelle elles étaient venues, et se mirent sans ordre à la suite les unes des autres : leur troupe se distinguait aisément dans le gazon par l'aspect qu'offrait cette multitude de coques et de nymphes blanches, portées par autant de Fourmis rouges. Elles traversèrent une seconde fois la haie et le chemin où les avait rencontrées Huber, et se dirigèrent dans des blés en pleine maturité, où celui-ci ne put les suivre.
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Mais le lendemain, notre observateur découvrit la trace d'une de ces hordes belliqueuses; il vit en sortir une colonne expéditionnaire qui alla envahir une autre fourmilière de Noir-Cendrées, et en rapporta le même butin que la veille, e'est-à-ilire des larves et des nymphes ; il la vit retourner à son habitation ; mais Y étant arrivé avant elle, il ne fut pas peu surpris en voyant à la surface de cette fourmilière un grand nombre de Noir-Cendrées qui y circulaient paisiblement. Bientôt arriva à la porte du nid la légion chargée des trophées de la victoire; son retour ne causa aucune alarme aux Noir-Cendrées; les unes débarrassèrent les Amazones de leur fardeau, les aulres les touchèrent de leurs an- 'ennes, leur donnèrent à manger, et toutes descendirent avec le butin au fond de l'habitation.
Huber, impatient de connaître les relations mutuelles des deux espèces de Fourmis, qui vivaient ainsi sous le même toit, dérangea à dessein une de ces fourmilières mixtes ; il y trouva les deux races mélangées ; les Noir-Cendrées s'occupèrent tout de suite à rétablir les avenues, à creuser des galeries, et à emporter dans les souterrains les larves et les nymphes qui venaient d'être mises à découvert. Les Roussdlres, au contraire, passèrent indifféremment sur ces larves sans les relever, ne se mêlèrent point aux travaux des Noir-Cendrées, errèrent quelque temps à la surface du nid, et se retirèrent enfin pour la plupart dans le fond de leur citadelle. Huber, ayant examiné avec soin tout ce que contenait la fourmilière mixte, s'assura qu'elle appartenait à la nation amazone, qu'elle se composait de trois sorles d'individus de cette espèce, et qu'elle ne renfermait que des Ouvrières de l'espèce Noir-Cendrées ; ces Ouvrières n'étaient autres que les larves et les nymphes enlevées par les Amazones. Elles s'étaient développées dans la fourmilière ennemie, et étaient devenues les ménagères ''es Insectes conquérants qui les avaient arrachées du foyer paternel.
Vous comprenez maintenant le mystère delà réunion des Noir-Cendrées avec 'es Roussâires : les Noir-Cendrées élevées au milieu d'une nation étrangère, "on-seulement vivent en paix avec leurs ravisseurs , mais elles donnent tous leurs soins aux larves de ces Fourmis, à leurs nymphes, à leurs Femelles, à leurs Mâles, à elles-mêmes enfin , en même temps qu'aux nymphes de leur espèce qu'on apporte dans la fourmilière. Sans se douter qu'elles sont chez des ravisseurs qui les ont enlevées à leur patrie, elles vont pour eux aux provisions, les nourrissent, bâtissent leur habitation, creusent de nouvelles galeries, et gardent même l'extérieur du nid lorsque les Amazones sont en campagne. Cellesei, tranquilles au fond de leur souterrain, attendent l'heure du départ, et réservent toutes leurs forces, tout leur courage, toute leur tactique pour aller chercher dans une fourmilière voisine des milliers de larves qu'elles confient à leurs ménagères, et qui deviennent à leur tour utiles à la communauté.
Ces Amazones, incapables de travaux paisibles, n'ont qu'un seul objet clans leurs excursions, celui d'enlever des Fourmis, pour ainsi dire, au maillot, chez un peuple laborieux, et de s'en faire des hôtes qui travaillent pour elles, qui élèvent leurs petits et leur fournissent des vivres; c'est pour cela qu'elles ne s'emparent jamais que des larves d'Ouvrières : les Mâles et les Femelles leur seraient au moins inutiles ; d'ailleurs l'enlèvement de ces derniers entraînerait la destruction des fourmilières Noir-Cendrées, et par contre-coup celle des four-
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milières Amazones : aussi la Nature n'a-t-elle permis à celles-ci de faire leur invasion que depuis juin jusqu'à septembre, c'est-à-dire après la métamorphose et la migration des Femelles : c'est par la même raison que les Amazones ne cherchent point à tuer leurs ennemies, mais seulement à ravir leurs petits.
11 y a tel colon des Antilles qui, en entendant ces particularités de l'histoire des Fourmis, s'écrierait d'une voix triomphante : « Le verset 6 du chapitre v des Proverbes n'a pas été compris! quel était le fond de la pensée de Salomon, quand il a dit : Paresseux, va vers la Fourmi, considère ses voies, et deviens sage'! Cela signifie que, quand on ne peut pas se servir soi-même, il faut sC faire servir par les autres; cela signifie que les Fourmis noir-cendrées sont les nègres des Fourmis roussàtres ; cela signifie que la traite des noirs n'est pas une invention de l'homme, et que la Providence nous la conseille par la bouche du plus sage des rois. »
Celle mirifique interprétation des livres saints (qui n'est pas une supposition faite à plaisir) ne justifie en rien la doctrine de l'esclavage : il s'agit ici d'espèces différentes, et les travaux ne sont pas forcés. Le Créateur a voulu que certaines Fourmis s'associassent des ouvrières d'une espèce laborieuse, qui élèveraient leurs petits et pourvoiraient à leur subsistance, tandis qu adonnées aux entreprises guerrières, et passant des combats à l'oisiveté, elles jouiraient de l'industrie, de l'affection et des soins de ces Fourmis étrangères- Mais avec quelle prudence, avec quelle sagesse a été établie chez ces Insectes l'institution que les hommes ont imitée avec tant de barbarie! Là, point de servitude, point d'oppression, point de violence! les Ouvrières ignorent qu elles habitent un nid étranger; tirées de vingt fourmilières différentes, elles vive" sous le même toit comme si elles étaient sœurs, et leur affection ne distingua les Amazones que pour leur prodiguer plus de soins. Si les Amazones eussen enlevé des Fourmis adultes, celles-ci, privées d'une patrie dont elles avaien commencé à jouir, eussent eu la conscience de leur malheur, et seraient réellement esclaves; mais, loin d'être assujetties à aucune tyrannie, les Ouvnei noir-cendrées possèdent dans la fourmilière une véritable autorité. Ce son elles qui jugent de l'opportunité des migrations, qui en donnent le signaiqui choisissent un site convenable. Les excursions des Amazones qui doi* e peupler la cité ne se font qu'à leur instigation; et lorsque celles-ci revienne 11 sans butin, ce qui leur arrive quelquefois, elles sont très-mal reçues par Ouvrières noir-cendrées, qui les assaillent individuellement, les tiraillent. entraînent hors du nid, et les obligent même à se défendre.
Quand le nid est nouvellement construit, les Amazones s'égarent dans galeries, et ne retrouveraient jamais leur chemin sans les soins officieux Noir-Cendrées, qui les guident et les portent dans les diverses localités i « fourmilière; elles sont également incapables de prendre leur nourriture, c larderaient pas à mourir de faim, si les Noir-Cendrées ne la leur donnai* pas régulièrement. Voilà, certes, un esclavage assez bizarre, et la depen où sont les Amazones de leurs humbles compagnes doit faire regarder ce
comme de véritables servantes-maîtresses.
elles
Les Fourmis sanguines sont des Amazones comme les Roussàtres, mai vivent de proie vivante, tandis que les Roussàtres sont frugivores. Leur indus
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est aussi plus variée que celles de ces dernières. Elles cherchent elles-mêmes leur nourriture : elles vont à la chasse de certaines petites Fourmis dont elles font leur pâture : elles ne sortent jamais seules, on les voit aller patf petites troupes, s'embusquer près d'une fourmilière, attendre à l'entrée qu'il en sorte quelques individus, et s'élancer aussitôt pour les saisir. Les autres Insectes qu'elles rencontrent sur leur chemin deviennent aussi leur proie quand elles Peuvent les arrêter. Écoutons maintenant Huber, il va nous donner une idée ( 'e leur tactique :
« Le L3 juillet, dit-il, à dix heures du matin, la fourmilière Sanguine envoie en avant une poignée de ses guerriers : cette petite troupe marche à la hâte jusqu'à l'entrée d'un nid de Noir-Cendrées, situé à vingt pas de la fourmilière •nixte : elle se disperse tout autour du nid. Les habitants aperçoivent ces étrangères, sortent en foule pour les attaquer, et en emmènent plusieurs en captivité ; mais les Sanguines n'avancent plus, elles paraissent attendre du secours ; 'le moments en moments je vois arriver de petites bandes de ces Insectes qui Partent de la fourmilière Sanguine, et viennent renforcer la première brigade. Elles s'avancent alors un peu davantage, et semblent risquer plus volontiers •l'en venir aux prises; mais plus elles s'approchent des assiégées, plus elles s'empressent d'envoyer vers leur nid des espèces de courriers. Ces Fourmis, «'•rivant en hâte, jettent l'alarme dans la fourmilière mixte, et aussitôt un nouvel essaim part et marche à l'armée; les Sanguines ne se pressent point encore de chercher le combat; elles n'alarment les Noir-Cendrées que par leur seule présence ; celles-ci occupent un espace de deux pieds carrés au devant de leur fourmilière : la plus grande partie de la nation est sortie pour attendre 'ennemi.
« Tout autour du camp on commence à voir de fréquentes escarmouches, et ce sont toujours les assiégées qui attaquent les assiégeantes. Le nombre des Noir-Cendrées, assez considérable, annonce une vigoureuse résistance ; mais elles se détient de leurs forces, et songent d'avance au salut de leurs petits. Longtemps avant que le succès puisse être douteux, elles apportent leurs nymphes au dehors de leurs souterrains, et les amoncellent à l'entrée du nid, du côté opposé à celui d'où viennent les Sanguines, afin de pouvoir les emporter Plus aisément si le sort des armes leur est contraire. Leurs jeunes femelles Prennent la fuite du même côté; le danger s'approche ; les Sanguines, se trouvant en rorce, se jettent au milieu des Noir-Cendrées, les attaquent sur tous les Points, etparviennentjusquesurle dôme de leur cité. Les Noir-Cendrées, après "ne vive résistance, renoncent à la défendre, s'emparent des nymphes qu'elles avaient rassemblées hors delà fourmilière, et les emportent au loin. Les Sanguines les poursuivent et cherchent à leur ravir leur trésor. Toutes les Noir- Cendrées sont en fuite ; cependant on en voit quelques-unes se jeter avec un Stable dévouement au milieu des ennemis, et pénétrer dans les souterrains d °nt elles soustraient encore au pillage quelques larves, qu'elles emportent a •a hâte.
, « Les Fourmis sanguines pénètrent dans l'intérieur, s'emparent de toutes
<* avenues et s'établissent dans le nid dévasté ; de petites troupes arrivent alors
(le la fourmilière mixte et l'on commence à enlever ce qui reste de larves et
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de nymphes. Il s'établit une chaîne continue entre les deux cités, et la journée se passe de cette manière. La nuit arrive avant qu'on ait transporté tout le butin : un bon nombre de Sanguines restent dans la place prise d'assaut, et le lendemain, à l'aube du jour, elles recommencent à transférer leur proie : quand elles ont enlevé toutes les nymphes, elles se rendent, l'une portant l'autre, dans la fourmilière mixte, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un petit nombre.
o Mais j'aperçois quelques couples aller dans un sens contraire; leur nombre augmente; une nouvelle résolution a sans doute été prise chez ces Insectes, vraiment belliqueux ; un recrutement nombreux s'établit sur la fourmilière mixte en faveur de la ville pillée, et celle-ci devient la cité Sanguine : tout y est transporté avec promptitude; nymphes, larves, Mâles et Femelles, auxiliaires et Amazones, tout ce que renferme la fourmilière mixte, est déposé dans l'habitation conquise, et les Fourmis sanguines renoncent pour jamais à leur ancienne patrie : elles s'établissent au lieu et place des Noir-Cendrées, et de là entreprennent de nouvelles invasions. »
Nous vous avons exposé les mœurs des Fourmis indigènes, qui ne sont bien connues que depuis quarante ans, grâce aux belles observations d'Huber. H nous reste à vous parler des Fourmis exotiques, dont plusieurs sont beaucoup plus nuisibles à l'homme que les précédentes. On trouve dans les forêts de la Guyane des fourmilières qui forment des pyramides tronquées de vingt pieds d'élévation sur quarante de base. Les cultivateurs sont obligés d'abandonner un nouvel établissement, lorsqu'ils ont le malheur d'y rencontrer une pareille forteresse, à moins qu'ils ne soient en mesure d'en faire le siège en règle- Latreille rapporte que cela est arrivé à M. de Préfontaine, lors de son premier campement à Kourou. Il fut obligé de faire creuser une tranchée circulaire, qu'il remplit d'une grande quantité de bois sec, autour d'une de ces fourmilières; et après y avoir mis le feu sur tous les points de sa circonférence, il l'attaqua à coups de canon. «En voyageant dans la Guyane, dit le capitaine Stedman, nous étions continuellement assaillis pendant le jour par des armées entières de petites Fourmis, appelées ici Fourmis de feu, à cause de la douleur que fait leur morsure. Ces Insectes sont noirs et des plus petits ; mais ils s'amassent en tel nombre que, souvent, par leur épaisseur, leurs fourmilières nous obstruaient le passage, et quand, par malheur, on passait dessus, on avait les pieds et les jambes couverts de ces animaux, qui saisissent la peau si vivement avec leurs pinces, qu'on leur séparerait la tête du corps plutôt que de les faire lâcher prise. L'espèce de cuisson qu'ils occasionnent ne peut, à mon avis, provenir seulement de la forme acérée de leurs mandibules; je pense qu'elle est produite par quelque venin qu'ils font couler dans la blessure. Je puis assurer que je les ai vues causer un tel tressaillement à une compagnie de soldats, qu'on eût dit qu'ils venaient d'être échaudés par de l'eau bouillante. »
Nous finirons l'histoire des Fourmis par celle de I'Atte céphalote (Formica cephaloles, de Linné), dont mademoiselle de Mérian raconte des faits merveilleux dans son histoire des Insectes de Surinam. Cette Fourmi est remarquable par la grosseur énorme de la tête chez les Ouvrières. Le corps est d'un brun marron, pubescent; la tète luisante, échancrée et armée en arrière
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Zegris Eupheme vu eu dessous
/ei/ns Euphkme vu en dessus.
Arriyimis lilysa vu en dessous.
Argynnis Elysa vu en dessus.
Dorills Apollina Ml eu dessus.
Thaïs t'erisyi vu en dessus.
Doritis Apollinu vu en dessous.
Salyrus l'hryne vu en dessous.
l'olyommalus
T/tais Cerisyi vu en dessous.
Ifippnthoi',- vnr. ; IHspar, vu en dessus.
Polyommalus Ilippollwe; var. : £),s r ,<,,-.
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«Je deux épines; le corselet porte quatre tubercules aigus en devant, et deux epin.es en arrière. On la connaît à Cayenne sous le nom de Fourmi de visite. "es que les colons la voient paraître, ils ouvrent tous les meubles de leurs maisons; les Fourmis y entrent et exterminent les Kakerlacs, les Souris, les Rats et autres animaux incommodes; mais ces visites n'ont lieu qu'une (ois Par année, et les Attes sont souvent deux et trois ans sans paraître. Elles Pratiquent dans la terre des cavités qui ont quelquefois huit pieds de profondeur. Elles les abandonnent tous les ans pour émigrer au loin. C'est à celle e Poque qu'elles pénètrent dans les maisons. Lorsque, dans leurs excursions, Ces Insectes rencontrent un intervalle à franchir, ils se conduisent comme quelques Singes à queue prenante : l'un d'eux se fixe à un corps quelconque, une branche d'arbre, par exemple; un second s'attache au premier, un troisième au second, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'ils aient formé une chaîne 'lui, étant poussée par le vent, permet au dernier chaînon de prendre un autre l'oint fixe du côté opposé. Sur ce pont suspendu passent toutes les autres Fourmis, et la colonne émigrante poursuit sa route à travers les bois.