‹ Le jardin des plantesChapitre 108 sur 143 · MM · texte numérisé non relu

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INSECTES LEPIDOPTERES. 55!)

œuf éclôt précisément à l'époque où se développent les feuilles qui doivent lui servir d'aliment; et celle coïncidence n'est pas une des preuves les moins frappantes de la Providence, qui veille à la conservation des espèces. Ces Vers sont connus sous le nom de Chenilles; mais c'était surtout pour ces animaux qu'il fallait conserver le nom de lane, qui signifie masque, car jamais Insecte parfait ne fut mieux masqué par son Ver que le Papillon par la Chenille. Les Chenilles ont six pieds écailleux ou à crochets, et en outre quatre à dix pieds membraneux, dont les deux derniers sont situés à l'extrémité postérieure du corps. Celles qui n'ont que dix à douze pieds ont été appelées Géomètres ou Arpentemes, et nous verrons bientôt pourquoi. Le corps des Chenilles est généralement allongé, presque cylindrique, mou, diversement coloré, et divisé en treize segments. On y distingue de chaque côté neur stigmates. Il est tantôt •'as, tantôt hérissé de poils, de tubercules ou d'épines. La tête est revêtue d'une l'eau plus ou moins cornée, et présente de chaque côté six petits yeux lisses. °n y distingue aussi des antennes très-courtes et coniques. Enfin la bouche est conformée pour la mastication, et armée de fortes mandibules, de deux mâchoires, d'une lèvre inférieure et de quatre palpes. La plupart des Chenilles vivent sur les végétaux, dont elles dévorent les feuilles. Quelques-unes rongent les fleurs, les grains, les racines, et même la partie ligneuse des arbres; il en est d'autres encore qui attaquent les matières animales, telles que la laine, les pelleteries, le cuir, le lard, etc. Plusieurs vivent d'aliments variés ; mais '1 en est qui ne veulent que d'une seule espèce de nourriture, et ne se voient que sur une seule plante. Ordinairement elles changent de peau quatre 'ois avant de passer à l'état de nymphe, et lorsqu'elles se préparent à subir cette métamorphose, la plupart filent une coque, et s'y renferment. La matière soyeuse qu'elles emploient à cet usage se forme dans des organes particuliers, analogues aux glandes salivaires, dont le conduit excréteur aboutit à un mamelon conique, siuié au bout de la lèvre. D'autres Chenilles se contentent «le lier, avec quelques fils de soie, des feuilles ou des fragments de substances solides, et de s'en former une enveloppe grossière; enfin il en est aussi un grand nombre qui restent à nu, et se suspendent par leur extrémité poste- ''ieure ou par un fil de soie passé autour de leur corps comme une ceinture.

Lorsque la Chenille est passée à l'état de nymphe, elle est emmaillollee comme une momie, c'est-à-dire que tout son corps est enveloppe d'une membrane assez dure sous laquelle les parties extérieures de l'Insecte futur se dis- "inguent facilement. De là le nom de pupa {poupon) que les auteurs donnent à la nymphe des Lépidoptères. On la désigne plus généralement sous le nom de chrysalide, parce que, dans certaines espèces, elle a des taches d'or et d'argent [cfirym en grec signifie or) : c'est dans le même sens que les Latins la nommaient aurèlie. Quand la chrysalide, entourée d'une enveloppe de soie, approche de sa dernière métamorphose, elle excrète un liquide particulier Propre à ramollir un des bouts de sa coque et faciliter sa sortie ; souvent même «ne des extrémités du cocon est plus faible, ou présente par la disposition des 'Us une issue propice, ainsi que vous le verrez bientôt.

L'ordre des Lépidoptères a déjà subi et subira encore de nombreuses classifications: nous n'en avons pas une seule qui conduise facilement à la déter-

mina lion des espèces que l'on a établies. Nous nous contenterons de vous indiquer les caractères des groupes les plus tranchés, et nous vous ferons ensuite connaître les espèces les plus intéressantes.

Latreille a divisé les Lépidoptères en trois familles, qui répondent précisément aux trois grands genres dont se compose l'ordre dans Linné, savoir : les Diurnes, dont les ailes sont élevées perpendiculairement dans le repos, les Crépusculaires, dont les ailes sont tenues horizontalement pendant le repos, et dont les antennes ont la forme d'une massue allongée, prismatique ; les Nocturnes, dont les ailes sont également horizontales ou même inclinées en toit, et .dont les antennes diminuent de grosseur, de la hase à la pointe.

Famille des Diurnes. — Les Lépidoptères diurnes sont ainsi nommés parce qu'ils volent pendant le jour seulement : ce sont les plus remarquables par la vivacité de leurs couleurs. En général leurs antennes se terminent par un bouton ovale ou sphérique, ou sont d'égale grosseur partout : quelquefois même ces organes sont plus grêles vers le bout et se terminent en pointe crochue. Leurs Chenilles ont seize pattes, leurs chrysalides sont de forme anguleuse. Celte famille comprend le genre Papilîo de Linné. Chez les uns la chrysalide est attachée par la queue et par un lien transversal en forme de ceinture ; chez d'autres, elle est suspendue par la queue seulement; chez d'autres encore, elle est- renfermée dans une coque, ce qui a fait établir trois sections parmi les Diurnes : les Suspendus, les SticeeinU et les Enroulés. Nous accorderons avec celle classification moderne des Diurnes les catégories établies par Linifé, dans la brillante famille des Papillons. Ce grand naturaliste a répandu sur leur nomenclature les trésors de la mythologie, et eu combinant, par un artifice plein de charme, les beautés naturelles de la création avec les beautés poétiques qu'enfanta l'imagination des hommes, il a su les mnémoniscr les unes par les autres.

Les espèces du genre Papillon sont partagées en cinq phalanges ou tribus : les Chevaliers, les Pléléievs, les lMliconietts, les Danc'ides et les Nmnphales. Les Chevaliers ont leurs premières ailes plus longues au bord postérieur qu'au bord interne : ils comprennent les Troyeiit et les Grecs; les ïroyens sont revêtus de couleurs sombres, et leur poitrine, marquée d'une tache de sang, atteste qu'ils ont vaillamment combattu pour leur malheureuse patrie (lavicnlabile regnum .'). Parmi ces Papillons figurent Ht clor, la lumière de la Dardauie: Priant, semblable aux dieux; lléeube, son épouse, qui fut du malheur un modèle accompli; Polijdore, le dernier de ses enfants, hôte infortuné du traître Polyuinestor; Axtijauax, d'Hector ferme et malneureux fils, reste de tant de rets fOM Troie ensevelis; Nisus et Euryale, ces deux amis qui eurent le bonheur de iriourir ensemble; le vénérable Anchise, le pieux Énee et son fils Aseagne, et le lâche Paris, et la perfide Hélène. — Les Grecs n'ont pas la poitrine ensanglantée, ils sont ornés des brillantes couleurs de la victoire : deux taches, semblables à des yeux étincelanls, ornent l'angle interne de leurs ailes inférieures. A leur tête marche Agamenman, le roi des rois, qui sacrifia sa fille, et fut assassine par son épouse; viennent ensuite Ménélas, réclamant de Paris sa coupable moitié, dont il est trop épris; Protésil porteur d'un nom fatal, qui aborda le premier au rivage de Troie, et fut la première victime de la guerre; Monté-

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