‹ Le jardin des plantesChapitre 112 sur 143 · I N SECTES I, Ë [' 1 DO PT EUES · texte numérisé non relu

I N SECTES I, Ë [' 1 DO PT EUES

nille vit sur l'Orme, le Frêne, le Poirier, l'Abricotier; elle est grosse el longue de plus de trois pouces, d'un vert tendre avec des tubercules bleu?, de chacun desquels s'élèvent sept, poils roid.es inégaux. Ces tubercules sont au nombre de quatre sur le premier et sur le dernier anneau, au nombre de six sur tous les autres. Les pattes écailleuses sont fauves; les pattes membraneuses vertes, avec un croissant noir placé au-dessus de la couronne, qui est ferrugineuse. Les stigmates sont blancs et bordés de noir. Pour se métamorphoser en chrysalide, cette Chenille file dans le courant d'août, sous les rebords des murs ou des toits, ou sous les saillies des arbres, une coque brune, très-dure et très-gommée, en forme de poire. Ce tissu de soie, fort el serre. serait pour le Bombyx une prison perpétuelle, si la Chenille n'avait la précaution de la laisser ouverte à l'une de ses extrémités. Mais pour en interdire l'entrée aux ennemis de l'extérieur, l'adroite ouvrière construit devant cette ouverture, avec un filet très-fort, deux espèces d'entonnoirs emboîtés l'un dans l'autre, et tout à fait analogues, comme le remarque Réaumur, aux nasses dont on se sert pour prendre le Poisson; ces entonnoirs sont exactement pour les Insectes du dehors ce que sont les nasses pour le Poisson qui veut en sortir, et pour le Papillon ce que sont ces mêmes nasses pour les Poissons qui veulent y entrer. La chrysalide, que termine postérieurement un petit bouquet de poils roides et inégaux, est cylindrique, brune, avec l'étui des antennes, le haut du corselet et les incisions de l'abdomen de couleur plus claire. Le Grand- Paon éclôt vers le 10 de mai, c'est-à-dire neuf mois après la transformation de sa Chenille ; quelquefois cependant l'éclosion est tardive, el, n'a lieu qu'en septembre, ou même deux ou trois ans après la formation du cocon.

Le Bombyx du Mûrier {Bombyx Mon:, de Linné), dont la Chenille est si connue sous le nom de Ver à soie, a les ailes blanches avec deux ou trois raies obscures et transversales, et une tache en croissant sur les supérieures, q» 1 sont un peu recourbées en faucille et débordées par les inférieures dans le repos; les antennes sont brunes et pectinées. Les œufs de ce Bombyx peuvent se conserver longtemps, pourvu qu'on les préserve de l'humidité, et qu'on n'en réunisse pas une trop grande quantité dans un même paquet, car alors il arrive souvent qu'ils s'altèrent au point d'être improductifs. Pour que les larves éclosent, il faut que les œufs éprouvent, pendant huit ou dix jours, une chaleur croissante de quinze à vingt-sept degrés centigrades. Alors leur teinte grisecendrée devient blanchâtre, et les larves commencent à en sortir; elles ont a leur naissance une ligne et quart de longueur; leur corps est ras et grisâtre- Leur nourriture consiste en feuilles de Mûrier; elles vivent à l'état de Chenilles environ trente-quatre jours, et pendant ce temps changent quatre fois de peau. A l'approche de chaque mue, elles s'engourdissent et cessent de manger : mais après la mue leur faim redouble. C'est surtout pendant les quatre derniers jours qui précèdent leur métamorphose que leur voracité est extrême; on les entend faire en mangeant un bruit qui ressemble à celui d'une forte averse. Le dixième jour de leur quatrième âge, elles cessent de manger, et s'apprêtent à se changer en chrysalides. On les voit alors grimper sur les branches des petits fagots placés au-dessus d'elles par ceux qui les élèvent (les établissements où on élève des Vers à soie se nomment magnaneries, du nom de Magnant

qu'on donne à celle Chenille dans le midi de la France) ; bientôt les Vers se fixent, jettent autour d'eux une multitude de fils fins, et, suspendus au milieu de ce lacis, ils filent leur cocon, en tournant continuellement sur eux-mêmes dans tous les sens, et en roulant ainsi autour de leur corps le fil qu'ils font sortir de la filière dont leur lèvre est percée. Les divers tours de ce fil unique s'agglutinent entre eux, et il en résulte une enveloppe ovoïde, d'un tissu solide, tantôt jaune, tantôt blanc. La confection de ce cocon demande quatre jours; l'état de chrysalide dure dix-buit à vingt jours. Pour percer sou cocon, l'Insecte parfait en humecte une extrémité avec une liqueur particulière qu'il dégorge; ensuite il heurte sa tète avec violence contre le point ainsi ramolli. La femelle ne tarde pas à pondre ses œufs, dont le nombre s'élève à plus de cinq cents, puis elle meurt, après avoir vécu vingt jours à l'état parfait.

Les agriculteurs qui élèvent des Vers à soie ne laissent qu'un certain nombre de chrysalides achever leurs métamorphoses, mais ils tuent les autres en les étouffant dans un tour médiocrement chauffé, afin de les empêcher de percer leur enveloppe; car, en faisant leur trou, les Bombyx rompraient le fil dont le cocon se compose, et il deviendrait impossible de le dévider. Chaque cocon est formé par un seul fil d'une longueur immense et d'une finesse extrême; pour le dévider, on le fait tremper dans l'eau chaude qui dissout le gluten, collant entre eux les divers tours de ce fil; puis on réunit plusieurs de ceux-ci en un seul faisceau, qui, à l'aide de machines appropriées, est, enroulé autour d'une bobine, et constitue un seul brin de soie filée. L'organsin, qui est la soie la plus fine, se compose de quatre de ces fils. On nomme filoselle la matière filée avec la bourre et les pellicules du cocon, que l'on a préalablement cardées.

La soie était connue des Romains avant le sixième siècle de l'ère chrétienne; ils la payaient au poids de For. C'étaient les Perses qui l'achetaient en Chine et venaient la revendre en Europe. L'empereur Justinien, qui s'indignait de voir les Perses maîtres sur terre et sur mer de cet article important, engagea les chrétiens de l'Abyssinie, qui étaient devenus marchands et navigateurs, à entreprendre ce commerce ; mais ceux-ci eurent la sagesse d'éviter la concurrence inégale que leur proposait Justinien; ils sentirent que les Persans, plus voisins des marchés de l'Inde, avaient sur eux trop d'avantages. « Justinien, dit l'historien Gibbon à qui nous empruntons ces détails, s'alfiigeait du mauvais succès de sa négociation, lorsqu'un événement inattendu vint combler ses vœux. On avait prêché l'Évangile aux Indiens, et les missionnaires chrétiens suivaient les pas du commerce jusqu'à l'extrémité de l'Asie. Peuxmoines persans, qui avaient fait un long séjour en Chine, avaient examine d'un œil curieux le vêtement ordinaire des Chinois, les manufactures de soienés, et les myriades de Vers à soie, dont l'éducation était conf.ee jadis aux reines. Ils découvrirent qu'il était impossible de transporter un Insecte d'une si courte vie, mais que ses œufs pourraient en multiplier la race dans un climat éloigné. Ils vinrent à Constantinople, et communiquèrent leur projet a Justinien, qui leur prodigua les dons et les promesses; ils retournèrent en Chine, réussirent à tromper la surveillance jalouse des nationaux, et, après avoir caché dans uni; canne des œufs de Vers a soie, ils rapportèrent en tr.om-

plie cette partie des richesses de l'Orient. On eut recours à la chaleur du fumier pour faire éclore les œufs, on nourrit les Vers avec les feuilles du Mûrier, et ces Insectes vécurent et travaillèrent sous un climat étranger. Bientôt les Romains égalèrent les Chinois dans l'art d'élever des Vers et de fabrique] 1 de la soie; mais l'industrie de l'Europe moderne a surpassé celle de la Chine et de Conslantinople.

Le Bombyx cécigène (Saiurnia cœcigena, de Huhner ) a les ailes d'un jaune clair avec la côte lavée de rose, et une Lande transversale; dans la femelle elles sont entièrement lavées de rose. Celte espèce se trouve en automne en Caruiole et en Dalinatie.

Chenilles processionnaires dans leur nid, occupé par une larve de Caiosome.

l'AMIU.Ii DES NOCTURNES.

Le Mombyx PitocEssioKKAïKE ( Bombyx proeessionen , de Fabriciusj a Je corps cendré ainsi que les ailes ; les supérieures ont vers leur base deux raies obscures et une troisième noirâtre un peu au delà de leur milieu; toutes les trois sont transversales; les Chenilles ont le corps velu, d'un cendré obscur avec le dos noirâtre et quelques tubercules jaunes; elles vivent en république sur le Chêne, dont elles mangent les feuilles. Dans leur jeunesse, elles ne 'ont que de légères toiles, el changent souvent de domicile, sans cependant quitter l'arbre où elles ont pris naissance : ce n'est qu'après leur troisième mue, vers le commencement de juin, qu'elles se forment une habitation fixe •le dix-huit à vingt pouces de long sur cinq à six de large, arrondie à chaque bout, et attachée verticalement contre le trou, tantôt près de terre, tantôt à 'mit ou dix pieds de hauteur; ce nid est formé d'un tissu serré, imperméable, divisé intérieurement en plusieurs galeries de soie, qui vont toutes aboutir à une seule ouverture pratiquée au sommet du nid. Ces sortes d'habitations ne se li'ouvent ordinairement que sur les Chênes placés près de la lisière des bois, ou a peu de distance des allées. Quelquefois il y en a trois ou quatre sur le même arbre. Si vous vous promenez le long d'un bois, vers la fin d'une belle journée de juin, vous pourrez vous procurer le spectacle des évolutions qu'exécutent les Chenilles après le coucher du soleil. Tenez les yeux sur l'ouverture placée à la Partie supérieure du nid ; vous verrez une Chenille sortir la première, et s'avancer en explorant le terrain avec précaution ; une seconde la suit immédiatement; une troisième marche après la seconde, puis vient un rang de deux Chenilles qui se touchent entre elles et touchent celle qui est devant; elles sont suivies d'un autre rang composé de trois Chenilles; puis vient un rang de quatre, Puis un rang de cinq, puis un rang de six, et tous, bien alignés, se conforment fidèlement aux mouvements de la première qui ouvre la marche : de là leur nom de Processionnaires. Le guide vienl-il à faire halte, toute la troupe s'arrête; se remet-il en marche, on continue la route; s'engage-t-il dans un détour, toute la ligne y passe après lui. Lorsque les Chenilles arrivent sur une branche couverte de feuilles fraîches, vous les verrez s'apprêter à les fourrager : les 1- ang S se fortifient, se doublent, se triplent, se distribuent sur ces feuilles, de manière à ne laisser aucun intervalle entre les convives, qui se touchent dans toute la longueur de leur corps. Le repas terminé, on reprend le chemin du nid ; une Chenille se met en mouvement, elle est immédiatement suivie par une seconde, à la queue de laquelle plusieurs marchent de front ; de nouveaux Pelotons s'organisent, on s'ébranle de toutes parts, on s'arrange, on se place, le nataillon défile, et nos Processionnaires regagnent leur lente de soie dans le même

0r dre de bataille que celui qu'elles observaient quand vous les avez vues en sortir. s < vous voulez examiner l'intérieur de leur habitation, ne louchez aux dépouilles et aux nids de ces Chenilles qu'avec une extrême précaution, parce que les poils •lui les entourent étant secs el cassants, entrent facilement sous l'épidémie, et v °us occasionneraient une inflammation très-douloureuse, que vous ne pourriez soulager qu'en vous frottant la peau avec du persil. - Nous vous avons parle, en tr aitant des Coléoptères, du Calosome inquisiteur, et du Catosome sycophante : Ç est surtout la larve carnassière de cette dernière espèce qui s'introduit dans 'es nids des Processionnaires, et s'en nourrit avec voracité.

INSECTES LÉI'IDOl'TËKES.

Le Bombyx feuille-morle.

Le Bombyx feuille-houte [Bombyx quercifolia, de Linné) est d'un rou* plus ou moins foncé, et glacé de violâtre à l'extrémité ; les ailes sont inclinées en toit, les supérieures sont traversées par trois lignes noirâtres et onduleuses ; les inférieures sont marquées de deux lignes semblables et dentelées postérieurement; les antennes sont pectinées et arquées. Cet Insecte a reçu le nom <| e Feuille-Morle à cause des dentelures de ses ailes, qui rappellent non pas i" feuille de Cbène, mais une feuille quelconque desséchée et flétrie. Sa Chenille a le ventre aplati ; elle vit sur les arbres fruitiers, le Nerprun, le Saule, etc. I elle passe l'hiver et se métamorphose au mois de juin de l'année suivante, P 01 " ne rester que trois semaines à l'état de nymphe. La chrysalide est renfermée dans une coque de soie molle, saupoudrée intérieurement de blanchâtre. — Le Bombyx livhëe ( Bombyx Neuslria, de Linné) est jaunâtre, avec une haute ou deux raies tiansverses d'un brun fauve, au milieu des ailes supérieures. ^ femelle dépose ses œufs autour des branches, en forme de bracelet ou d' a "' neau; sa Chenille est rayée longitudinalement de blanc, de bleu et de rougeâl«' e ' d'où lui vient le nom de livrée; elle vit en société sur les arbres fruitiers-

to Bombyx disparate.

J ' e Bombyx disparate ( Bombyx dispar, de Linné), nommé par Geoffroy ^tg^nc), appartient aux Faux- Bombyx; sa trompe est courte ou presque nulle, non propre à la succion ; le mâle est beaucoup plus petit que la femelle; ses

leZ,

ailes

supérieures sont brunes avec des raies noirâtres en zigzag; la femelle est

an châtre, avec des taches et quelques raies noires sur ces mêmes ailes ; les l°ds nombreux qu'elle porte à l'extrémité de l'abdomen lui servent à recouvrir es œufs. Sa Chenille cause, dans certaines années, de grands dommages aux

bres fruitiers; on la trouve souvent dans les rides de l'écorce ; il faut la Rendre avec précaution, car elle occasionne des démangeaisons aux mains et

; a figure ; sa métamorphose a lieu en juillet, et la nymphe devient Insecte par-

''t au bout de trois semaines. — Le Bombyx p uni bond (Orgyia pvdibnnda,

chsenheimer) appartient aussi à la tribu des Faux-Bombyx; les premières

| es sont en dessus d'un gris blanc avec quatre lignes transversales et ondu-

es > plus une série de points marginaux, d'un brun noirâtre ; les secondes ailes ,° nt . en dessus, blanchâtres avec une bande brunâtre, sinuée, et faisant suite

? ligne postérieure des ailes de devant; le dessous des quatre ailes est du

eiï| e ton que le dessus des inférieures, avec un point central et une bande

P°sterieure noirâtre. La Chenille est d'un vert pomme, ou d'un vert jaunâtre.

Vec la seconde, la troisième, la quatrième incisions du dos d'un noir ve-

0,, te, et suivies de deux lignes de taches longitudinales noires, sur lesquelles

° nt d'abord quatre brosses jaunes ou blanches, puis de tubercules d'où par-

nt des aigrettes de poils jaunes; les côlés offrent des tubercules semblables.

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,Ï76 INSECTES LEPIDOPTERES.

et les deux vésicules de l'arrière-dos sont rougeâtres. Le onzième anneau est muni d'un long faisceau rougeâtre penché en arrière; toutes les pattes ont l'extrémité rougeâtre ; le ventre est noir, les stigmates sont blancs avec le pourtour noir. Cette Chenille vit sur les arbres à chaton ; elle file une coque molle, mais serrée, d'un gris jaunâtre. La chrysalide est cylindrico-conique, d'un noir brun, luisant, avec les incisions plus claires, les anneaux postérieurs rugueux et velus; l'abdomen est terminé par une pointe épaisse garnie de poils roux.

Le Bombyx a trois bosses (Noiodnnia tritophtis, d'Ochsenheimer) , nommé aussi le Dromadaire, appartient à la tribu des Faux-Bombyx. Les premières ailes sont d'un brun nébuleux, avec la base, le milieu du bord interne, et une bande parallèle au bord postérieur, d'un jaune obscur; les secondes ailes sont d'un blanc sale, avec une ligne noire à l'angle postérieur interne; le dessous des quatre ailes est d'un gris cendré, avec une ligne ondulée plus claire au delà du milieu des supérieures, et un croissant noirâtre sur le disque des inférieures. La Chenille est rase, verte avec trois bosses coniques sur le milieu du dos, et une éminence obtuse sur le onzième anneau. Sa tête est d'un brun obscur. La chrysalide est cylindrico-conique, d'un brun marron, et terminée postérieurement par plusieurs petits crochets.

L'Écaillé matrone { Chelonia matronula, de Fahricius ) est aussi Ufl Faux-Bombyx; le dessus des premières ailes est d'un brun café, avec environ les trois quarts antérieurs de la côle plus foncés, et chargés de cinq tache s jaunes consécutives, dont l'extérieure plus petite est en forme de point ; il Y a en outre une tache jaune trilobée vers l'angle interne de ces ailes. Le dessus des secondes ailes est d'un jaune foncé avec cinq taches noires dont l'intermédiaire a la forme d'un haricot ; les deux extérieures sont plus longues, mais inégales, et disposées en une bande transversale; le dessous des quatre ailes est d'un jaune sale, avec des taches noirâtres ; les ailes supérieures ont, indépendamment tic cela, des taches blanchâtres qui correspondent aux taches jaunes de dessus, c leur sommet est lavé de roussâtre. Le corselet est de la couleur des première* ailes avec le bord des épaulettes largement jaune, un collier et deux ligne 3 rouges. L'abdomen est d'un rouge carmin avec une série longitudinale de six a sept taches noires sur le dos et des bandes transversales d'un brun grisâtre su le ventre. Les antennes sont brunes et filiformes dans les deux sexes. La Ci>6" nille est très-velue, elle a le fond du corps d'un brun noirâtre avec des tune' cules et les pattes rougeâtres. Les poils sont d'un brun grisâtre qui s'éclaiï 6 vers leur extrémité. Elle passe l'hiver, et vit sur le Coudrier, le 'filleul, le " el prun, etc. Ce bel Insecte est commun dans le nord de l'Allemagne ; on le trou quelquefois en Lorraine. — L'Écaillé Martre (C/iclou'm Caja, de Codai-' a les ailes supérieures d'un brun roussâtre en dessus, divisées inégalement en tous sens par des raies blanches; les inférieures sont rouges, avec cinq six taches d'un noir bleuâtre; l'abdomen est rouge en dessous avec une su de taches noires. La Chenille est noire, avec des poils roux sur le côte et tubercules bleus, disposés en anneaux. On la nomme Hcrïssonne., parce qu se roule quand on la touche ou qu'on l'inquiète. Elle vit sur la Tilhymaie, Mercuriale, l'Ortie, etc.

L'Ecaillé |«di<jiif

L Ecaille pudique [Chetonia pudica, d'Esper ) est une des plus jolies espèces du genre Ecaille, ainsi nommé parce que les ailes de la plupart de ces Nocturnes sont tachetées comme l'écaillé des Tortues. Le dessus des premières ailes est d'un blanc légèrement incarnat, avec une multitude de taches noires, inégales et triangulaires. Le dessus des secondes ailes est entièrement incarnai dans la femelle, avec des taches d'un noir brun sur la côte et en avant du bord Postérieur. Le dessous des quatre ailes ressemble au-dessus, mais il est toujours un peu plus pâle ; le corselet est noir, avec un large collier et deux bandelettes longitudinales d'un blanc incarnat. L'abdomen a le dessus rose avec une rangée de taches dorsales et l'extrémité noires ; le dessus est. d'un noir brun avec le bord des anneaux jaunâtres ; les antennes sont noires, ciliées chez le mâle. Presque filiformes chez la femelle. La Chenille vit sur la Brize.

L'Ecaillé de Corse (Trïchosoma cor$icum,àe Rambure) a les ailes supérieures traversées sur un fond noir par plusieurs raies sinueuses, tantôt roses, tantôt d'un blanc jaunâtre ; les ailes inférieures sont d'un jaune fauve avec une hande marginale noire, qui entoure des taches plus ou moins séparées les unes d es autres. Celte belle espèce se trouve en Corse, et paraît pendant le mois d'avril.

LaDicRANURE fourchette (Bombyx: furcula, de Linné) appartient à 'a section des Apomres: Le corselet est cendré, avec des bandes noirâtres; les ai 'es supérieures sont grises, avec des points noirs aux deux extrémités, quelles lignes ondées, obscures et une large bande foncée, bordée d'une double ''Rue noire et jaune au milieu; l'abdomen est gris avec le bord des anneaux il. ">

blanc. La Chenille est d'un vert tendre piqueté de ferrugineux avec la tête noire, le dehors des pattes écailleuses, et la couronne des pattes membraneuses, rosés. Elle a sur le dos, à partir du quatrième anneau jusqu'à la queue, un losange d'un brun pourpre largement bordé de jaune, découpé ou palmé a sa moitié antérieure, et se liant à une tache triangulaire, également brune, q ul occupe le clos des trois premiers anneaux. Ses stigmates sont noirs, avec le pourtour ferrugineux; sa queue, creusée en tuyau et entrecoupée de noir et de verdâtre, embrasse une autre queue fourchue, mais très-courte et toute noire. Son ventre est tantôt sans taches, tantôt longé par une bande brune : dans le repos, la tête est retirée sous le premier anneau, dont les deux angles supérieurs sont noirs et en oreilles de Chat; le troisième anneau est relevé en bosse. Cette singulière Chenille vit sur le Peuplier et le Saule : elle lîle contre leur tronc une coque allongée et très-dure, dont la couleur se confond avec celle de l'écorce ; la Chrysalide est conique-cylindrique, d'un brun jaunâtre. L'Insecte vole en avril et en mai ; on le trouve dans toute la France.

La Noctuelle fiancée (Noctuaspoma, de Linné ) aies ailes supérieures cendrées, avec des bandes transverses d'un brun noirâtre, des raies anguleusesnoires et d'autres grises, transversales, une suite de points noirs accompagne* de blanc, près du bord postérieur ; les ailes inférieures sont d'un rouge vif en dessus avec deux bandes noires, dont l'antérieure est étroite, en forme de raie sinueuse, et faisant le crochet en dessous à sa naissance. Cette espèce est trèscommune sur le tronc des gros Chênes. — La Noctuelle de la Fougèk 15 (Eriopus Pteridis, de Treitschke) a les ailes supérieures d'un bel incarnat en dessus avec trois bandes transverses d'un brun roux ; les ailes inférieures son grises en dessous avec le bord fauve et découpé. Cette espèce se trouve en Hongrie et dans le sud-ouest de la France. —La Noctuelle de Frivalds-ik 1

(Heliollin Frivaldsjkyi, de Duponcbel) a les ailes supérieures d'un violet brillant et d'un aspect métallique, avec un reflet gorge de pigeon, et une bande blanche très-étroite; les ailes inférieures sont d'un beau noir, et traversées au milieu par une large bande blanche. Cette espèce se trouve dans les monts Balkans. — La Noctuelle perle (Timia margarila, de Hubner ) a les ailes supérieures purpurines en dessus avec une large bande couleur d'or : le centre est occupé par une tache d'argent de forme irrégulière ; les ailes inférieures sont d'un jaune paille luisant des deux côtés. Cet Insecte, dont M. Boisduva a fait le type de son genre Timia, n'est peut-être pas, dit-il, une Noctuelle, e devrait être réunie aux Bombyx. — La Noctuelle Mya ( Plusia Mya, de Hubner ) a les premières ailes d'un rouge brillant en dessus, et parsemées ce taches argentées ; les secondes ailes sont d'un gris noirâtre. Cette espèce, q ul vole en juillet, se trouve dans les Alpes de la Savoie. — La Noctuelle méticuleuse (Noctua meticulosa, de Linné) a le corselet huppé, les ailes découpées inégalement au bord postérieur; les supérieures ont en dessous, à le« naissance, une teinte rougeâtre ; vers le milieu de la côte est un double triang ° rouge et brun, entourant une tache. La Chenille vit sur la Pimprenelle, l'A sinthe et plusieurs plantes potagères; elle est lisse, a seize pattes de coule» 1 vert-clair, avec des bandes blanches le long du clos ; elle se cache le jour, et sort que la nuit, pour aller chercher sa nourriture ; de là le nom de Méticuleux'

FAMILLE DES NOCTUKNES. 57!)

wtiiié à l'espèce. C'est en observant cette Noctuelle, que Réaumur a vu la manière dont les Insectes suceurs peuvent se nourrir de substances solides. Pour

^pécher son Insecte de se débattre pendant qu'on le dessinait, il lui présenta 1,11 morceau de sucre : aussitôt la Phalène se calma, et alla poser sa trompe sur mets qu'on lui offrait; elle s'apprivoisa si bien, que Réaumur put, avec sa

°upe, l'examiner à loisir en la plaçant dans les diverses positions qu'il jugea convenables. Il vit, par le canal de la trompe qui était transparent, un liquide,

escendu de la bouche de l'Insecte, humecter le sucre et le dissoudre ; puis, quand la Phalène eut changé en sirop liquide le sucre cristallisé, elle pompa ce nectar composé par elle, et Réaumur le vit distinctement remonter le long °u canal central de la trompe. Cette charmante expérience, que vous pouvez ^ e nfler avec la plupart des Papillons diurnes, est très-facile à exécuter : il suffit cle poser l'Insecte sur le sucre ; il ne tarde pas à dérouler sa trompe et à l'appuyer sur cette matière; alors on peut cesser cle le retenir, et le laisser libre : 11 ne s'envolera que quand il se sera rassasié de sirop. — Le Noctuelle Psi [Acronycia Psi, d'Ôchsenheiner) est grise; le corselet est huppé, le dessus ' es ailes supérieures a quelques taches noires offrant la forme du $ des Gl ' e cs. Sa Chenille vit su

ir la plupart des arbres fruitiers , et surtout sur I Ci U1 'me, aux environs de Paris; elle est demi -velue et marquée, dans toute sa

°ngueur et sur le milieu du dos, d'une large raie jaune citron interrompue,

Ur le quatrième anneau, par une pyramide charnue de couleur noire et gar-

lle <le poils. Cette raie jaune est placée entre deux bandes noires, qui s'élen-

«ntde chaque côté du corps, et qui sont marquées de plusieurs taches rou-

§ es - dont deux sur chaque anneau, à partir du quatrième. Chacune de ces

Ja ndes noires est bordée par une raie blanche, sur laquelle sont placés les

* 'gmates; le dessous est d'un gris jannâtre, le pénultième anneau est relevé

ea pointe obtuse; la tête est d'un brun noir. Celte Chenille parvient à toute sa

o'osseur à la tin de l'été; elle se retire alors dans la terre ou dans quelque

C| eux d'arbre, pour se changer en chrysalide, et l'Insecte parfait n'éclôt qu'au

ln °is de juin de l'année suivante. — La Noctuelle exolète (Xijlinaexoleia,

(l(i Treitschke ) a les ailes lancéolées, roulées, nuées de brun et de gris, avec

quatre points marginaux blancs. La Chenille est rase, verte, pointillée; elle vit

8n r les Arroches et les légumes. La Chrysalide est brune. — La Noctuelle

j* E La Molène (Ciiculia Verbasci, d'Ochsenheiner) a le corselet très-huppé,

es ailes dentelées postérieurement, les supérieures d'un brun foncé, avec des

stries longitudinales plus obscures, et deux petits croissants blancs vers le

Co 'é interne. Cette espèce habite l'Europe; sa Chenille est rase, grise, ponc-

Uee de jaune et de noir; elle vit sur la Molène et la Scrofulaire. La Chrysalide

est jaune à stigmates noirs. — La Noctuelle de la Laitue (Cucullia

L«cincœ, d'Esper) a les premières ailes striées, lancéolées, blanches, ondées

1,6 Wanc, brunes en dessous; les inférieures ont le disque blanc. Sa Chenille

est noire, les anneaux sont blancs sur les côtés, et portent sur leur dos une

''gnc de taches fauves. La tête est noire, et offre en avant une ligne bifide

nlanche. — La Noctuelle de l'Aster (Cucullia Asteris, de Fabricius) a

es ailes entières striées, grises, abords noirs; l'extérieur porte trois points

loirs. Celte espèce a la taille et le port de la Noctuelle de la Molène; elle vil

m) INSECTES LÉPIDOPTÈKES.

sur l'Aster de Chine. — La Noctuelle pakthenias [Brephoa Notha, <"' Hubner) est une espèce qui vole en plein jour, et qu'on trouve au commencement du prinlemps dans les clairières et avenues des bois. Les premières ailes sont, en dessous, d'un brun obscur saupoudré de grisâtre, avec le milieu de la surface plus ou moins teinté de ferrugineux, et marqué de deux raies blanches , les secondes ailes sont fauves en dessus, avec une grande tache triangulaire et une bande terminale d'un noir brun. La Chenille est d'un vert jaunâtre, et elle a tout le long du dos sept lignes obscures, dont deux plus larges, et oflraiit des points jaunâtres placés deux à deux sur chaque anneau. Les stigmates sont blancs et cerclés de noir ; elle vil sur le Bouleau, le Chêne, etc. Elle se métamorphose vers la fin de juin, et passe l'hiver à l'état de nymphe. La Chrysalide est allongée, cylindrique, d'un brun marron, et terminée par deux épines coniques très-divergentes.

La Géomètre plumeuse.

La Géomètre plumeuse [Fidonia plumulnr'ia, d'Esper) est une bel' 1 Phalène dont les ailes supérieures sont d'un jaune pâle, avec quatre bander transversales de gros points noirs agglomérés ; les inférieures sont d'un jauni souci, traversées par une raie noire arquée, un peu ondulée, et, un peu p*° bas, par une rangée de points noirs. Les antennes du mâle sont largement pi"' meuses ; le vol est diurne. Cette espèce se trouve dans le midi de la France, e» mai et en septembre. — La Géomètbe dentée [Geomelra deiitaria

de

Linné) a les ailes grises, variées de jaune; les premières ailes ont une

baiidV

large noire, sont bordées extérieurement de blanc, et dentées. Cette espe habite l'Europe

FAMILLE DES NOCTURNKS. 381

La P y k a i, k de la vigne [Pyralis vilis, de Fahricius) a les ailes supérieures d'un verdâtre foncé, avec trois bandes obliques, noirâtres, dont la troisième terminale; sa Chenille fait de grands dégâts dans les vignobles. Celte espèce appartient à la tribu des Tonleuses, qui roulent des feuilles en cornet, au moyen (| e fils de soie tendus le long des bords de la feuille, pour y trouver à la fois le v 'vre et le couvert. — La Pv râle vente a bandes [Pyralis prasinaria, de Fahricius ), nommée par Geoffroy la Chape verte à bandes, est d'un beau verl blanchâtre en dessous ; les ailes supérieures portent deux lignes obliques ; les "iférieures sont blanches. Cette espèce se trouve dans tonte l'Europe. Sa Chenille habite le Chêne, et se construit sur les feuilles une coque de soie en forme <le bateau renversé. — L'Hermime muselière ( Herminia roslralis, de Latreille) appartient aux Delioïiles ■ ses ailes sont d'un gris noirâtre, avec des taches, une ligne transversale plus claire et trois points saillants noirs. Elle habite en été dans les bois. La Chenille de cette Phalène est une Plieuse de feuilles; elle se fabrique une retraite qui ressemble à une sorte de boîte aplatle . et dont la saillie sur la feuille ne dépasse pas ordinairement le diamètre du corps de la Chenille : c'est un voile d'une finesse extrême, tendu et fixé dans '°ut son contour sous l'une des surfaces de la feuille, plus ou moins pliee a cet endroit. Retirée sous cette petite tenture de soie, la Chenille s'y nourrit du Parenchyme de la feuille renfermé dans le réseau formé par l'entrelacement des nervures et des petites fibres : ces fibres ne sont jamais entamées par ces Chenilles, non plus que l'épidémie qui revêt le côté de la feuille, opposé à celui 011 l'Insecte a établi sa demeure.

L'Aglosse de la graisse [Phalœna pinguinalis, de Linné) a les ailes supérieures d'un gris d'agate, avec des raies et des taches noirâtres. On la tr °uve dans les maisons, sur les murs ; sa Chenille est rase, d'un brun noirâtre et luisant, et se nourrit de substances graisseuses ou butyreuses. Réaumur la nomme la fausse Teigne des cuirs, parce qu'elle ronge aussi cette matière, ainsi °.ue les couvertures des livres. Elle construit un fourreau en forme de long tuyau 1«'elle applique contre le corps dont elle vit. Linné assure, et des médecins dignes de foi l'ont vérifié, qu'on la trouve quelquefois dans l'estomac de l'homme, °n elle produit de graves accidents. -La Gallérie de la cihe (Gallenaeereana, de Fahricius; est longue de cinq lignes, cendrée, avec la tête et le thor a* plus clairs, et de petites taches brunes le long du bord interne des ailes supérieures. Réaumur nomme sa Chenille fausse Teigne de la cire : elle fait de grands dégâts dans les ruches, dont elle perce les rayons, et construit, a mesure qu'elle avance, un tuyau de soie recouvert de ses excréments. Nous vous en avons parlé en traitant des Abeilles.— La Teigne des tapisseries < Pyralis tapezana, de Fahricius) a les ailes supérieures noires, leur extrémité Postérieure blanche, ainsi que la têle. La Chenille ronge les draps et les étoiles de laine: elle se cache sous une voûte ou demi-tuyau qu'elle forme de leurs Parcelles, et qu'elle allonge en avançant.- La Teigne des draps [lrnen *»ùdla, de Fahricius ) est d'un gris argenté, et porte un point blanc de chaque côté du thorax. Sa Chenille se trouve sur les draps et les étoffes de laine. Ell « se fabrique, en tissant avec sa soie les brins qu'elle en détache, un fourréa U immobile, qu'elle a l'art d'allonger et d'élargir à mesure qu'elle croit. -

S82 liNShiCTES LÉPIDOPTÉKES.

LaTeiGNE des PELLETuiiiEs ( Tinea pellionelta, de Fabricius) a les ailes supérieures d'un gris argenté, avec un ou deux points noirs sur chacune. ^ ;1 Chenille vit dans un tuyau feutré, sur les pelleteries, dont elle coupe les poil* à la racine, et qu'elle détruit rapidement. Ces deux espèces, qui savent ainsi se fabriquer des vêtements avec la laine et le poil des autres animaux, fournissent cependant la soie qui doit coudre et doubler l'étoffe dont elles se font un habit. Écoutons sur leur merveilleuse industrie le célèbre Charles Bonnet, àe Genève, que notre aveugle Fr. Huber se glorifiait d'avoir pour correspondant, quand il lui adressait ses admirables lettres sur les Abeilles. « Il est peu d'Insectes qui aient autant de droits à notre admiration que ceux qui savent, comme nous, se faire des habits, et qui l'ont su, sans doute, avant nous. Comme nous, ils naissent nus; mais à peine sont-ils nés, qu'ils travaillent à se vêtir. Toutes les Teignes ne s'habillent pas d'une manière uniforme, et n'emploient pas les mêmes matières dans leurs habillements. Il y a peut-être plus de diversité à cri égard dans les modes des Teignes de différentes espèces, que dans celles des différents peuples de la terre. La forme des babils de nos Teignes domestiques ( la Teigne des peltele.ies et la Teigne des draps) était la plus convenable; elle répond précisément à celle de leur corps: c'est un petit fourrea 11 cylindrique, ouvert par les deux bouts. L'étoffe est de la fabrique de la Teigne : un mélange de soie et de poils en compose le tissu, mais il ne serait pas assez doux pour l'Insecte, il le double de pure soie. Ces Teignes ne changent jani« ,,s d'habit : celui qu'elles portaient dans leur enfance, elles le portent encore dans l'âge de maturité; elles savent donc l'allonger et l'élargir à propos. L'allonge!' n'est pas une affaire ; elles n'ont pour cela qu'à ajouter de nouveaux lils et de nouveaux poils à chaque bout ; mais l'élargir n'est pas chose si facile. Elles s y prennent précisément comme nous nous y prenons en pareil cas : elles fendent le fourreau de deux côtés opposés, et y insèrent adroitement deux pièces de la largeur requise. Elles ne fendent pas le fourreau d'un bout à l'autre, les côtés s'écarteraient trop, et elles seraient à nu; elles ne le fendent de chaque côté que jusque vers le milieu de sa longueur. Ainsi, au lieu de deux pièces ou de deux élargissures, elles en mettent quatre : la raison ne procéderait P aS mieux. Leur habit est toujours de la couleur de l'étoffe sur laquelle il a éW pris. Si donc la Teigne dont l'habit est bleu passe sur un drap rouge, les élargissures seront rouges ; elle se fera un habit d'arlequin si elle passe sur des draps de plusieurs couleurs. Elles vivent des mêmes poils dont elles se vêtent- Il est singulier qu'elles les digèrent, plus singulier encore que les couleurs ne s'altèrent point par la digestion. Les peintres pourraient s'assortir auprès de nos Teignes de poudres de toutes couleurs, et de toutes les nuances de la même couleur. Elles font de petits voyages : celles qui s'établissent dans les fou''rures n'aiment pas à marcher sur de longs poils ; elles coupent tous ceux q lli se trouvent sur leur route, et ne marchent jamais que la faux à la main. P e temps en temps elles se reposent; alors elles fixent leur fourreau par de petits cordages, et le mettent pour ainsi dire à l'ancre. Elles l'arrêtent pb' s solidement encore quand elles veulent se métamorphoser. Elles en ferment exactement les deux bouts, pour y revêtir plus en sûreté la forme de Chrysalide, et ensuite celle de Papillon. »

La Teigne a front jaune ( Tinea flavifrontella, de Fabricius ) a la tête lauve, les ailes supérieures cendrées, sans taches, les inférieures blanches. ^ est cette espèce qui cause de si grands ravages dans les collections d'his- '°ire naturelle. — La Teigne des grains (Tinea granella, de Fabricius) a les antennes courtes, la tête d'un blanc jaunâtre, couverte de longs poils ; s es ailes supérieures sont marbrées de gris, de brun et de noir, et se relèvent Par-derrière. Cette espèce est un des fléaux des greniers à blé. Sa Chenille lie plusieurs grains de blé avec de la soie, et s'en forme un tuyau dont elle sort (| e temps en temps pour ronger ces grains. — L'Adèle de Réaumur [Adela tteaumurella, de Fabricius) est noire, avec les ailes supérieures dorées, sans •aches; ses antennes sont trois à quatre fois plus longues que son corps; elle v 't dans les bois sur les feuilles des arbres. Le fourreau de la Chenille de cette jolie Teigne est recouvert extérieurement de portions de feuilles appliquées les "nés contre les autres, et formant des sortes de falbalas.

Le Ptérophore a cinq doigts ( Pierophorus pmtadactylus, de Fabri- C| us) appartient aux Fissipennes, formant la dixième et dernière tribu des Nocturnes. Ses ailes sont d'un blanc de neige; les supérieures sont divisées en ''eux lanières, et les inférieures en trois. — Le Ptérophore hexadactyle (Pierophorus kexadaclylus , de Fabricius) est la plus jolie espèce du genre; s es ailes supérieures sont divisées en huit nervures barbues, et les inférieures en quatre. Ces douze nervures s'attachent et se collent ensemble par leurs bar- 'es, en sorte qu'elles semblent ne faire qu'une aile continue, qui se ploie et Se déploie comme un éventail. Elles sont chargées de bandes brunes sur un ond gris-brunâtre. La Chenille vit sur le Chèvrefeuille, dont elle mange la leur. L'Insecte parfait est peu commun dans les villes, mais les maisons de campagne en sont remplies en automne, et on le trouve courant sur les vitres (| es fenêtres.

Nous ne quitterons pas les Lépidoptères sans vous donner quelques instrucllo ns sur la manière de les recueillir et de les conserver. Ces Insectes ne perlla| it pas leurs couleurs en se desséchant , on peut en former de très-belles c °Hections, qui n'ont besoin que de surveillance pour durer indéfiniment. Les sinateurs d'entomologie ne font guère que des collections de Lépidoptères et '''Insectes à étui. Ceux-ci se récoltent et se conservent plus facilement encore c P'e les premiers : il suffit, après les avoir piqués sur l'élytre droite, entre la deuxième et la troisième paire de pattes, de les faire sécher, et de les ranger 1 a 'is une boîte à fond garni de liège.

Que votre âme pitoyable ne s'alarme pas de leurs souffrances ; nous vous avons fa 't comprendre que la sensibilité des animaux articulés, étant dispersée dans ,0,1 l leur corps et partagée entre dix à douze cerveaux presque indépendants les IM| s des autres, perd en intensité ce qu'elle acquiert en étendue. Vous savez lu'mj Insecte traversé par une épingle conserve longtemps toutes ses facultés, 1* Peut vivre ainsi plus d'une année. Au reste, il est un moyen bien simple d'abréger leur agonie : c'est de les placer dans une atmosphère dont la température passe quarante degrés; ils ne tardent pas à périr asphyxiés. On peut m enie, si l'on veut, ne les piquer qu'après leur mort. Une collection de Lépidoptères demande plus de peine, plus de patience, et

oSS INSECTES LÉPIDOPTÈRES.

ne peut, exister sans un conservateur vigilant. C'est déjà une conquête que ' :l prise d'un Papillon : il faut, ou le saisir au vol, ou le surprendre lorsqu'il est posé. On ne doit pas songer à l'attraper avec les doigts, cela est souvent impossible, et toujours préjudiciable à la fraîcheur de l'Insecte, que le moindre contact dépouille des fines écailles qui font sa beauté. Pour posséder un Papillon sans le déshonorer, il faut se servir d'un filet. Cet instrument consiste en une poche de gaze, ayant dix-huit pouces de profondeur, et adaptée, au moyen d'une coulisse, à un cercle de fer dont le diamètre est de dix pouces. Ce cercle est divisé en deux parties égales, s 'ajustant l'une à l'autre, et recevant une vis, enfoncée dans une canne de deux pieds et demi de longueur.

Pour attraper un Papillon qui est posé sur une fleur, il faut s'en approche'' avec précaution, et surtout lui dérober l'ombre du filet ; on doit faire partir l'instrument de droite et de gauche et horizontalement. Quand le Papillon est dans la poche, on tourne lestement la main, de manière à en fermer l'entrée, puis on cerne le prisonnier dans un des coins du filet, on lui presse les cotes de la poitrine entre le pouce et l'index, el on le pique sur le milieu du corselet, entre les pattes de la seconde paire. On prend de même le Papillon a" vol : s'il est à terre, on pose dessus le cercle de l'instrument ; puis on lève la gaze pour l'exciter à monter ; s'il est sur un tronc d'arbre ou contre un mur, ou le prend de bas en haut, en ayant soin de tourner rapidement le cercle pou'' que la poche se ferme.

L'Insecte pris, il faut le préparer. Afin de jouir pleinement de la beauté de* Lépidoptères, on étale horizontalement leurs ailes en leur donnant à peu p res l'attitude du vol ; mais il faut, pour le succès de cette opération, que l'Insecte ait conservé toute sa souplesse, qui disparaît quelques jours après sa mort- Pour la lui rendre, on le pique sur un rond de liège, et ou le place dans une terrine pleine de sable humide, que l'on couvre avec une cloche de verre. La vapeur d'eau qui se dégage sous cette cloche pénètre bientôt tout le corps du Papillon, et le ramollit assez au bout de vingt-quatre heures pour que ses aile ? puissent prendre toutes les directions. C'est alors qu'on peut {'étaler. On se sert pour cela d'une planchette en bois tendre, au milieu de laquelle il y a une rainure profonde de six lignes, et large en proportion de la grosseur du corps de l'animal. On enfonce dans le milieu de la rainure l'épingle qui traverse le corselet du Papillon; puis, avec une aiguille très-fine qu'on pique au-dessous de la plus forte nervure, près du corps, on conduit successivement les ailes supérieures, jusqu'à ce que leur extrémité dépasse raisonnablement celle de la tête, On conduit de même les ailes inférieures, jusqu'à ce qu'elles soient un peu r f ~ couvertes par les supérieures. Quand les quatre ailes sont bien en place, on ' es comprime avec deux bandes de papier, dont on arrête les extrémités sur le bois avec de fortes épingles, ou mieux des aiguilles garnies d'une tête de cire- Après cela, on ôte l'aiguille de chaque aile, puis on arrange les pattes, les antennes et la trompe — En étalant les Crépusculaires et les Nocturnes, on doit, autant que possible, faire passer le crin écailleux qui garnit le bord externe des secondes ailes dans la coulisse qui se trouve sous les premières : par ce moyen» on entraîne les deux ailes à la fois, et l'on est dispensé de piquer les ii |le ' Heures.

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FAMILLE DES NOCTURNES. o8.'>

Après quelques jours, le Papillon est sec; on le retire avec précaution, après avoir enlevé les bandes de papier, et on le pique dans la boîte garnie de liège. Il est bon que le papier qui en tapisse l'intérieur ail été appliqué avec de la colle délayée dans une décoction ainère : c'est le seul moyen d'empêcher les Insectes étrangers de percer le papier. Sans cette précaution, les Anihrtms, les Dermestes, les VrUleites, qui parviendraient à s'introduire dans la boîte, creuseraient le liège, s'y logeraient et en sortiraient, à volonté pour détruire les Insectes que vous voulez conserver.

Afin d'éviter l'inconvénient d'ouvrir trop souvent les boîtes, il est bon de les vitrer : on peut alors observer les Papillons sans qu'ils soient exposés à la poussière, et surtout à l'invasion des Teigne.% dont les chenilles sont encore plus nuisibles que les larves des Coléoptères, en ce qu'elles roulent et lacèrent les ailes du Papillon pour s'en faire un fourreau.

Mais de tous les moyens, le plus sûr pour obtenir des Lépidoptères d'une fraîcheur parfaite, c'est d'élever soi-même leur chenille ; il y a d'ailleurs des espèces nocturnes que l'on ne peut se procurer autrement. L'éducation des chenilles est une branche très-importante de l'histoire naturelle. Nous vous en épargnerons la didactique détaillée; vous saurez seulement qu'il est indispensable de remarquer avec soin sur quelle plante vivait la Chenille que l'on veut nourrir, afin de lui en fournir de pareille, car ces animaux s'attachent ordinairement à la même espèce ; il faut ensuite les placer dans des boîtes percées de trous sur le côté, pour laisser passer l'air, et recouvertes de verre en dessus pour donner du jour. Le fond doit être garni de terre, afin que les Chenilles puissent s'y enfoncer quand elles ont l'habitude de le faire pour se métamorphoser. 11 faut que le couvercle puisse s'enlever toutes les fois qu'il s'agira de renouveler la plante qui sert de nourriture à la Chenille. On place aussi dans la boîte une petite bouteille à goulot étroit, pleine d'eau, dans laquelle on plonge la base des rameaux destinés à nourrir les élèves. Une l'ois que la Chenille est arrivée à son plus grand développement, elle se change en chrysalide; dès lors son éducation est terminée, et ne demande aucun soin. Au terme fixe par la nature, l'Insecte parfait brise son enveloppe et se montre sous sa dernière forme : ses ailes, d'abord molles, humides et plissées, prennent avant deux heures toute leur extension; si, au bout de ce temps, l'Insecte n'est pas bien développé, il y a avorlement. Il ne faut pas trop se hâter de le piquer, lors même que son éclosion a réussi, car ses ailes se crisperaient et ne reprendraient jamais leur forme.

Les collections de Lépidoptères sont assez rares en France ; la plupart n'offrent aux yeux que des réunions d'espèces anonymes, entassées con.fttenftnt dans des cadres vitrés. On ne sait pas assez q

u'un Insecte sans nom est un

corps sans âme. Mais si l'individu que vous avez sous les yeux présente le signalement complet de son espèce, formulé par Linné, et vende par vous dans son r ■ .„ . . „„,, nn rt avec l'immorte 1 naturaliste; il s c-

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