FAMILLE DES POUTE-SCIE
Les Tenlhrèdes, nommées vulgairement Mouches à scie, ont la tarière composée de deux lames dentelées en scie, pointues, réunies, et logées entre deux autres lames concaves qui leur servent d'étui. Leurs mandibules sont allongées, fortes et dentées; leurs mâchoires, presque membraneuses à l'extrémité, portent un palpe de six articles; la languette est droite et divisée en trois; les palpes labiaux sont courts et formés de quatre articles ; les ailes sont divisées en cellules nombreuses; enfin l'abdomen est cylindrique et arrondi postérieurement. C'est avec le jeu alternatif des dents de leur tarière que les Tenthrèdes font dans les végétaux des incisions où elles déposent un œuf, et ensuite une liqueur mousseuse dont l'usage est, à ce que l'on présume, d'empêcher l'ouverture de se fermer. Les plaies faites par les entailles delà scie deviennent de plus en plus convexes par l'augmentation du volume de l'œuf; quelquefois même ces parties prennent la forme d'une galle, espèce de grosse verrue, tantôt ligneuse, tantôt pulpeuse, et semblable à un petit fruit, selon la nature des parties végétales offensées. Ces tumeurs forment alors le domicile des larves, qui s'y développent et y subissent leurs métamorphoses. Quand l'animal est devenu Insecte parfait, il pratique avec ses dents une ouverture circulaire dans les parois de sa prison, et s'échappe par cette issue. Mais le plus souvent les larves des Tenthrèdes se tiennent à découvert sur les feuilles, dont elles se nourrissent; elles ressemblent à des Chenilles. Pour se transformer en nymphes, elles filent dans la terre ou sur les végétaux qui les ont nourries une coque où elles restent souvent plusieurs mois.
La Tenlhrèdc du Rosior.
'-a Teathrède du rosier ( Tetilhrctlo rosir, de Linné) a quatre ligues de 'pngueur ; sa couleur est d'un jaune d'ocre foncé ; les antennes, qui sont de trois
articles, la tète, le dessus du corselet, la poitrine et le bord extérieur des ailes sont noirs ; les pattes jaunâtres, et les tarses annelés de noir. Celte espèce est l'une de celles que vous pourrez plus Facilement étudier, surtout au momenlde la ponte, qui est l'époque la plus intéressante de son histoire. Allez donc, par une belle matinée d'été, visiter un rosier : la Tenthrède y est à son travail ; cet Insecte heureusement est peu farouche, et si vos mouvements ne sont pas brusques, vous pourrez le regarder d'aussi près que vous le voudrez, et déplacer, mais avec précaution, les branches qui vous empêchent de bien voir. La Tenthrède prête à pondre se promène de rameau en rameau ; elle en parcourt plusieurs avant de se déterminer pour une place. Celle qu'elle choisi test ordinairement à quelque dislance du bout de la branche, mais pourtant beaucoup plus près de ce bout que de l'origine. La tête de l'Insecte est alors dirigée en bas. Quand il s'est arrêté dans un lieu qui lui a paru convenable, vous le verrez recourber un peu le corps en dessous ; un peu d'attention va vous faire apercevoir la pointe de la double scie, de la scie composée de deux lames dentelées ; bientôt paraît une plus longue portion de cette scie, et au bout d'un instant la Tenthrède la fait sortir de l'espèce d'étui où elle était renfermée et couchée. En la faisant sortir, elle la redresse de façon à la poser perpendiculairement sur la petite branche dans laquelle elle veut la faire pénétrer. C'est en ce moment que vous pourrez la voir tout entière, car sa pointe n'a pas plutôt touché l'écorce de la branche, qu'elle s'enfonce dedans. L'Insecte, cramponné sur ses jambes, appuie son ventre sur la base de la tarière et la presse de toute sa force. Dans ce premier temps, elle n'agit sur l'instrument que pour le piquer dans le bois, que pour y engager sa pointe, et le mettre dans l'état où il doit être, afin que les dents des scies trouvent prise. Celles-ci peuvent bientôt agir avec succès ; bientôt une plus longue partie de l'instrument se cache dans le bois et s'y enfonce de plus en plus; enfin, en moins d'une minute, il parvient à y entrer presque tout entier. Le ventre de la femelle, qui d'abord était éloigné de l'écorce de toute la longueur de la scie, s'en approche jusqu'à s'appliquer contre cette même écorce. Vous pourrez voir tout ceci à l'œil nu, mais si vous prenez une loupe, et si vous vous placez dans une position favorable, ce que l'animal vous permettra sans s'effaroucher, vous parviendrez à voir que ce n'est pas la simple pression de l'abdomen qui fait pénétrer la tarière dans le bois ; vous observerez avec un vif intérêt le jeu alternatif des deux lames de scie ; vous verrez qu'il y en a une qui est poussée vers le centre du bois, tandis que l'autre est ramenée vers l'écorce ; vous reconnaîtrez même que ce mouvement est produit par celui des tendons auquel chaque scie est assujettie.
Notez bien (et ceci va vous faire admirer avec plus d'intelligence encore le coutelier qui a confectionné cet instrument); notez qu'il s'agit pour la Tenthrède, non pas de fendre une tige comme on le ferait avec une scie ordinaire, mais d'y pratiquer une cavité propre à loger l'œuf qu'elle veut y déposer. Luc scie ordinaire n'a pas besoin d'être pointue, elle mord d'abord sur la surface qu'elle touche, et ne peut que faire dans le bois une coulisse égale partout; mais telle n'est pas la figure de l'entaille que la Tenthrède se propose de faire- Cette entaille ne doit pas être partout également large et également profonde; il faut que l'œuf y soit non-seulement reçu, mais abrité. La Tenthrède pra-