FAMILLE DES PORTE-SCIE
'•que son incision exactement comme an chirurgien fait une saignée (et cette comparaison fait honneur au chirurgien plutôt qu'à la Mouche) : elle enfonce son instrument perpendiculairement, et le retire dans une direction oblique; •a double scie de la Tenthrède avait donc besoin d'être pointue par le bout ; mais ses deux lames, si prodigieusement minces, n'auraient pu ouvrir une cavité suffisante; en conséquence, la face extérieure de chaque lame a été faite c 'i râpe, pour suppléer à ce qui manque à la voie et à l'épaisseur des deux scies; lorsqu'une des scies est ramenée vers l'écorce, les dents de la râpe déchirent les fibres qu'elles rencontrent.
Quand vous aurez vu la Tenthrède faire jouer les deux lames de sa tarière, et les enfoncer aussi loin qu'elle le peut, vous verrez s'arrêter tout mouvement, et l'animal restera immobile, c'est alors qu'il fait sortir de son corps œuf qu'il doit mettre dans la place préparée pour lui. Après un instant de r epos, il relire tout à coup de l'entaille les deux tiers de la longueur de son mslrument. Ici, il y a encore à observer : une liqueur mousseuse, comme de 1 eau de savon, s'élève jusqu'au bord extérieur de la fente; ce n'est pas la sève du végétal, comme vous pouvez vous en assurer en entaillant une autre branche ( 'e rosier : c'est donc la Tenthrède qui la fournit. Vallisniéri pense qu'elle a Pmir objet de tenir écartées les lèvres de la plaie; Réaumur est porté à croire qu'elle est destinée à conserver l'œuf, et à prévenir la corruption des libres hachées sur lesquelles il est posé. Peu de temps après que la liqueur mousseuse "paru, vous verrez la Tenthrède rengainer sa tarière, puis faire un pas en descendant, et creuser, au-dessous de la précédente, une nouvelle entaille dans '«truelle elle pond un second œuf; elle continue ainsi de faire de nouvelles incisions, à la file les unes des autres, depuis trois jusqu'à seize. Une demi-heure lle patience, si toutefois il en faut pour un spectacle si récréatif, vous fera assister à six pontes.
L ouverture de chaque en taille est une peti te fente légèrement courbe, ayant un Peu moins d'une ligne; une file de quinze n'occupe guère plus d'un pouce. En enlevant l'écorce qui est aux environs d'une de ces fentes, et un peu de la partle ligneuse, vous mettrez à découvert l'intérieur de la cavité: l'œuf qui la rem- Pht est oblong et de couleur jaune. Si le lendemain vous retournez à votre r osier, vous remarquerez que cet endroit de la branche est différent du reste Par sa couleur; il noircit peu à peu, ce qui fait ressortir la couleur verte envi- 1 onnante. Bientôt vous verrez chaque endroit entaillé se relever, et prendre c la que jour plus de convexité. En un mot, au bout de quelques jours, la file es entailles devient comme une file de grains de chapelet faits en olive. Cet 'accroissement est dû à l'augmentation du volume de l'œuf, qui grossit et finit Par forcer la peau de la branche à s'élever, et l'ouverture à s'agrandir pour 1 ' onner passage à la larve. Mais, quel que soit le gonflement de chaque cellule, " "'empiète jamais sur la cellule voisine ; c'est le résultat de la précaution qu'a P n se la mère de laisser un petit intervalle entre chaque entaille. Dès que la ni ' v e est sortie, elle va chercher sa nourriture sur les feuilles du rosier; lorsfu elle veut se métamorphoser, elle s'enfonce en terre et y file une coque brune, f °ù sort ensuite l'Insecte parfait.
" n Tenthrède nu saule (Tenthredo cnpreœ, de Linné) est longue de
quatre lignes; tout le dessous tle son corps est jaune, ainsi que les pattes, le dessus du ventre et le devant de la tête ; le dessus de la tê(e est noir, le corselet est noir en dessus, à l'exception du devant, où l'on voit deux epauleltes jaunes ; les ailes ont leur bord extérieur épais et noir. Sa larve vit sur le saule Marceau; elle est très-belle, et la bigarrure de ses couleurs lui a fait donner le nom de Bedeaude. Sa têle est noire et lisse; le devant'de son corps, c'est-à-dire, les trois premiers anneaux sont de couleur fauve, ainsi que les trois anneaux postérieurs. Tout le milieu est d'un beau bleu tirant sur le vert; le corps, tant sur la portion bleue que sur les endroits fauves, a neuf rangs longitudinaux de points noirs. Cet animal a vingt pattes, six écailleuses en devant, et quatorze membraneuses.
Enfin, pour terminer l'histoire du genre Tenthrède, nous vous signalerons une espèce dont les larves vivent en société sur l'abricotier; elles en rongent les feuilles, et en lient plusieurs ensemble avec de la soie blanche ; chacune d'elles se file en outre un petit tuyau dont elle se couvre le corps, et toutes ces larves sont renfermées en commun dans le paquet des feuilles qu'elles ont liées. Comme ces larves sont incapables de marcher, elles se glissent dans leur tuyau, en contractant et allongeant leurs anneaux. Lorsqu'elles veulent aller plus avant sur ces feuilles, elles allongent leur tuyau, en y ajoutant des fils de soie: mais ce qu'elles offrent de plus singulier, c'est que, quand elles veulent changer de place, elles se mettent sur le dos, et glissent en avant et en arrière ; si vous en mettez une sur une feuille, sur une table, sur la glace d'un miroir, vous la verrez se placer aussitôt dans une position renversée, et tendre de côté et d'autre, autour d'elle, des arcs ou ceintures de soie qu'elle fixera contre le plan qui la porte; elle avancera ensuite ou reculera en glissant, par le mouvement des anneaux de son corps, contre ces boucles placées de distance en distance. C'est ainsi qu'elle se transportera d'un lieu à un autre. Lorsque la larve veut descendre de dessus la feuille qui est sou domicile, elle se suspend à un fil de soie qui -sort de sa filière, et qu'elle dévide en descendant à terre. La manière dont elle remonte le long de ce fil n'est pas moins singulière : elle commence païen attacher le bout au milieu de son corps ; puis elle s'entoure d'une ceinture de soie, et glisse de bas en haut dans cette ceinture, parle mouvement vermiculaire de ses anneaux, jusqu'à ce qu'elle y ait fait monter l'extrémité de son abdomen ; alors, avant de se dégager entièrement de cette boucle, sur laquelle elle se pose comme sur une échelle de corde, elle fixe plus haut, autour d'elle, une seconde boucle, dont elle se sert, comme de la première, pour remonter vers la feuille qu'elle a quittée ; elle continue ainsi de grimper, traçant toujours de nouveaux échelons circulaires, séparés par des intervalles qui n'excèdent pas la moitié de la longueur de son corps, et toujours glissant dans ces boucles parle mouvement vermiculaire de ses anneaux.
Le genre Sirex se distingue du genre Tenthrède en ce que les mandibules sont courtes et épaisses; la languette est entière ; les antennes sont vibratiles, c'est-à-dire toujours en mouvement, et composées de dix à vingt-cinq articles, la tête est presque globuleuse, avec le labre très-petit, les palpes maxillaires filiformes, les labiaux de trois articles, dont le dernier plus gros. Le corps est cylindrique.