FAMILLE DES MELL1FÈKES
dents près de la racine des ailes, et parvint à la fixer contre le gâteau, sans lui laisser la liberté de faire de la résistance, ni même aucun mouvement : ensuite «lie recourba son ventre et perça d'un coup mortel cette malheureuse victime de notre curiosité. »
Huber voulut épuiser toutes les combinaisons et savoir s'il y aurait un combat entredeux Reinesdontl'une serait féconde, et dontl'autrene le serait pas encore. Dans une ruche vitrée, gouvernée par une Reine, âgée de vingt-quatre jours, qui n'était pas encore en état de pondre des œufs, il introduisit une Reine très-féconde, et la plaça sur la face du gâteau opposée à celle où était la première ; il voulait se donner le temps de voir l'accueil qui lui serait fait par les Ouvrières, et s'assurer si la fécondité des Reines est la cause exclusive de l'affection que leur Portent les Abeilles. Rientôt l'étrangère fut entourée d'Abeilles qui l'envelop- Pèrent. Cependant elle ne fut qu'un instant serrée entre leurs cercles, elle était pressée de pondre, et laissait tomber ses œufs. Le groupe qui entourait cette Reine s'étant un peu dissipé, elle s'achemina vers le bord du gâteau, et se trouva bientôt à une très-petite distance de la jeune Reine régnante. Dès qu'elles s'aperçurent, elles s'élancèrent l'une contre l'autre; la Reine non féconde monta alors sur le dos de sa rivale , et darda sur son ventre plusieurs coups d'aiguillon ; mais, comme ces coups ne portaient que sur la partie écailleuse, ils ne lui firent aucun mal, et les combattantes se séparèrent. Quelques minutes après, elles revinrent à la charge : cette fois, la Reine féconde parvint à monter sur le dos de son ennemie ; mais elle chercha inutilement à la percer ; l'aiguillon n'entra pas dans les chairs ; la Reine régnante parvint à se dégager et s'enfuit; elle put encore s'échapper dans une autre attaque où la Reine féconde avait pris sur elle l'avantage de la position. Ces deux rivales paraissaient de même force, et il était difficile de prévoir de quel côté pencherait la v ictoire, lorsque enfin, par un hasard heureux, la Reine régnante perça mortellement l'étrangère, qui expira sur le moment même. Le coup avait pénétré si avant, que l'Abeille victorieuse ne put pas d'abord retirer sou dard, et qu'elle fut entraînée dans la chute de son ennemie. On la vit faire bien des efforts pour dégager son aiguillon ; elle n'y put réussir qu'en tournant sur l'extrémité de son ventre, comme sur un pivot. Il est probable que parce mouvement les barbes de l'aiguillon se fléchirent, se couchèrent en spirale autour de la tige, et qu'elles sortirent ainsi de la plaie qu'elles avaient faite.
Ces duels entre une Reine étrangère et une Reine régnante, ne peuvent avoir '•eu que par l'intervention de l'homme ; il y a bien à l'intérieur des ruches des c °mbalsà outrance entre les jeunes Reines sorties en même temps de leurs cellules, combats qui décident à laquelle appartiendra le trône; mais, hors ce cas, il n Y a jamais dans la ruche de Reines surnuméraires, et jamais une Reine étrangère ne pourrait s'y glisser : la raison en est bien simple : les Abeilles posent et entretiennent nuit et jour une garde suffisante aux portes de leur habitation : ces V| gilantes sentinelles examinent tout ce qui se présente, et comme si elles ne s 'en fiaient pas à leurs yeux seulement, elles touchent de leurs antennes flexibles to us les individus qui veulent pénétrer dans la ruche, et les diverses substances qu'on met à leur portée. S'il se présente une Reine étrangère, les Abeilles de la garde la saisissent à l'instant ; pour l'empêcher d'entrer, elles accrochent avec
leurs dents ses jambes ou ses ailes, et la serrent de si près entre leurs cercles, qu'elles-mêmes ne peuvent pas s'y mouvoir ; peu à peu il vient de l'intérieur de la ruche de nouvelles Abeilles qui se joignent à ce massif, et le rendent encore plus serré ; toutes leurs tètes sont tournées vers le centre où la Reine est renfermée, et elles s'y tiennent avec une telle apparence d'arcbarnement, qu'on peut prendre la pelote qu'elles forment, et la tenir suspendue quelques moments sans qu'elles s'en aperçoivent : il est de toute impossibilité qu'une Reine étrangère, enveloppée et serrée si étroitement, puisse pénétrer dans la ruche. Si les Abeilles la retiennent trop longtemps prisonnière, elle périt, et la mort est probablement occasionnée par le manque d'air et d'aliments; mais ce qu'il y a de très-sûr, c'est qu'elle ne reçoit pas de coups d'aiguillon.
Nous ne devons pas omettre une particularité de l'histoire des Abeilles, qui montre clairement que les Ouvrières ne sont autre chose que des Reines incomplètes. Pendant des siècles, on a cru qu'elles étaient des neutres; mais il est bien établi aujourd'hui que, dans certaines circonstances, elles pondent des œufs Huber s'est convaincu, par de nombreuses observations, qu'il ne naît des Ouvrières fécondes que clans les ruches qui ont perdu leur Reine. Or, lorsque ce malheur est arrivé, les Ouvrières préparent une grande quantité de gelée royale pour en nourrir les Vers qu'elles destinent à remplacer la Reine. Si donc les Ouvrières fécondes ne naissent que dans les ruches où les Nourrices préparent de la gelée royale, c'est cette nourriture prise dans leur bas âge qui les rend fécondes. Huber avait soupçonné, et s'est ensuite assuré par des expériences positives, que lorsque les Abeilles donnent aux Vers l'éducation royale, elles laissent tomber, ou par accident ou par instinct, de petites portions de gelée royale clans les alvéoles voisines des cellules où sont les Vers destinés à l'état de Reine ; les larves d'Ouvrières qui ont reçu accidentellement ces petites closes d'un aliment aussi actif acquièrent une sorte de développement, mais ce développement est imparfait, parce que la nourriture royale n'a été administrée qu'en petite quantité, et que d'ailleurs ces Vers ayant vécu clans les cellules du plus petit diamètre, leurs parties n'ont pu s'étendre au delà des proportions ordinaires. Les Abeilles qui naissent de ces Vers ont donc la taille et les caractères extérieurs des simples Ouvrières, mais elles ont de plus la faculté de pondre quelques œufs, par le seul effet de la petite portion de gelée royale qui avait été mêlée à leurs autres aliments. Toutefois cette fécondité est un présent inutile, car les Ouvrières ne pondent jamais que des œufs de Faux Bourdons ; » est fort rare d'ailleurs qu'il s'en trouve clans les ruches, parce que celle des jeunes Reines qui sort la première de sa cellule va attaquer les autres cellules royales et se jette ensuite sur celles des Ouvrières fécondes qui les avoisinent.
Nous vous avons dit que quand la Reine commence sa ponte plus tard q" e vingt-deux jours après être arrivée à l'état parfait, elle descend en quelque sorte à la condition des Abeilles ordinaires, et ne peut plus pondre que desœufs de Faux Bourdons ; c'est un cas rare, qui entraîne à la longue la perte de la ruche; puisque les Bourdons, citoyens oisifs, finissent par en être les seuls habitants- 1* Abeilles Ouvrières semblent prévoir ce désastre; et cependant leur insti»C maternel les soutient pendant les premiers mois : elles soignent et nourrisse les larves de Faux Bourdons qui remplissent les cellules communes, les cellule?
IAMILLE DES M E LL IFER ES.
ii!)
grandes et même les cellules royales ; mais vers l'automne, ne voyant naître aucune Ouvrière pour les seconder dans leurs travaux, elles tombent dans le découragement, abandonnent la ruche, après avoir pillé les provisions, et vont chercher un asile dans les ruches voisines; elles en sont repoussées avec acharnement par les indigènes, et celles qui ne tombent pas sous leurs coups périssent bientôt de misère et de froid.
Nous venons de vous citer un des traits les plus caractéristiques de l'humeur îles Abeilles , le patriotisme ombrageux qui les pousse à repousser comme ennemi tout étranger cherchant à devenir leur concitoyen. Cette antipathie éclate surtout lorsqu'un essaim envahit une ruche pleine; les deux nations se livrent une guerre terrible, qui se termine toujours par l'extermination de l'un des Partis.
Les Abeilles n'ont pas seulement à craindre pour leur cité les irruptions des Abeilles étrangères ; elles sont exposées à d'autres ennemis moins nombreux et tout aussi redoutables. Il leur faut d'abord éviter tous les Oiseaux insectivores, et surtout les Mésanges et le Guêpier ; les Mésanges, dont nous avons en France plus de vingt espèces, se posent sur les tables qui portent les ruches, et y entrent même si elles le peuvent : sinon, Buffon assure que pour exciter les Abeilles à sortir, elles font du bruit avec leur bec et leurs pattes à l'entrée des ruches et emportent les Abeilles qui se présentent. Le Mérops, que l'on nomme Guêpier parce qu'il mange des Guêpes, mange aussi des Abeilles ; il fréquente 'es appuis des ruches et les arbres en fleurs pour y attraper ces Insectes. Il y a a ussi des Guêpes plus fortes que les Abeilles ; elles saisissent ces dernières et 'es dévorent en un instant. Nous vous avons parlé des Clairons en traitant des Coléoptères. Les Souris, les Mulots, le Campagnol et la Musaraigne sont des ennemis terribles pour les ruches, surtout en hiver, lorsque les abeilles sont peu vigoureuses; ces petits Mammifères s'y introduisent, dévorent la cire, le miel, et bouleversent la cité. Mais si leur invasion a "eu pendant l'été , les Abeilles les ont bientôt fait périr sous leurs innombrables c °ups d'aiguillon; or, comme elles ne peuvent avec leurs forces réunies transporter le cadavre au dehors, et que sa putréfaction empesterait leur cité, elles
enduisent avec de la propolis. On a vu des Mulots et des Limaçons ainsi embaumés, dont le corps était parfaitement conservé.
Les Crapauds et les Grenouilles sont friands d'Abeilles : les Grenouilles les
na Ppent dans les marais quand elles viennent y boire, les Crapauds rôdent le
S01 '' près des ruchers, et dévorent les Abeilles qui, la nuit, dans le] temps des
Valeurs, restent groupées sous les tables des ruches.
Lnfin il y a de petites Phalènes ou Papillons de nuit dont nous vous parlerons
le ntôt, et qui causent de grands dommages dans les ruches : ce sont deux espèces de Teigne qui vont pondre leurs œufs sur les gâteaux, pour que la Chérie qui en sortira se nourrisse de la cire qui les compose. Ces Teignes pro-
'tent du peu de clarté du crépuscule pour s'introduire dans la ruche ; de chacun (| e leurs œufs éclôt une Chenille rase, d'un blanc sale, à tète brune et écailleuse, 1 U ' s'enferme dans un petit tuyau de soie blanche qu'elle colle contre les rayons; el 'e allonge sa tête hors de la galerie pour prendre sa nourriture : bientôt
le 'a quille, se file une coque, devient Papillon, et sort de la ruche; mais
elle y rentre bientôt pour y pondre à son tour. Les édifices si laborieusement construits par les Abeilles seraient bientôt détruits par celte vermine, si les Abeilles ne s'opposaient à leurs dévastations, soit en arrachant les Teignes de leur galerie, et les emportant au vol pour les jeter loin de la ruche, soit en faisant une garde sévère pendant la nuit à l'entrée de leur habitation. On peut voir au clair de lune ces sentinelles vigilantes rôder autour de la ruche; leurs yeux, qui ne sont sensibles qu'à une grande clarté, ne distinguent les objets que très-confusément; mais un tact exquis supplée chez elles au défaut de la vue; leurs antennes, toujours étendues en avant, se dirigent alternativement à droite et à gauche : malheur à la Teigne si elle ne parvient pas à échapper à leur contact : aussi cherche-t-elle avec une merveilleuse adresse à se glisser entre les gardiennes, en évitant soigneusement la rencontre de cet organe mobile, comme si elle savait que sa sûreté dépend de celte précaution.
Si vous observez des Abeilles veillant à la porte de leur ruche pendant la nuit, vous entendrez fréquemment un petit frémissement très-court; mais si un Insecte étranger ou un ennemi quelconque vient à toucher leurs antennes, la garde s'émeut, le murmure prend un caractère différent du bourdonnement ordinaire, el l'ennemi est assailli par plusieurs Ouvrières qui viennent de l'intérieur.
L'introduction de la pomme de terre en France a été une époque néfaste pour les Abeilles. Les feuilles de cette plante nourrissent une grosse Chenille, qui devient un énorme Sphinx, dont nous vous donnerons bientôt le signalement. Vers la fin de l'été, lorsque les Abeilles ont emmagasiné une partie de leur récolte, on entend quelquefois, aux premières heures de la nuit, un bruit extraordinaire, un son aigu et plaintif, qui semble partir des ruches ; une multitude d'Abeilles sortent pendant la nuit et s'échappent dans les airs ; le tumulte dure souvent plusieurs heures, et le lendemain, lorsqu'on observe l'effet de cette grande agitation, on voit beaucoup d'Abeilles mortes au devant de la ruche : le plus souvent celle-ci ne renferme plus de miel, et quelquefois elle est entièrement déserte.
Les cultivateurs, qui n'avaient jamais observé ce phénomène avant la fin du siècle dernier, l'attribuèrent d'abord à des Chauves-Souris qui auraient fait irruption dans la ruche : mais on découvrit bientôt qu'il était causé par le Sphinx alropos, dont le corselet jaune porte des taches noires ayant l'aspect d'une tête de mort ; ce gigantesque Lépidoptère entrait le soir dans les ruches pour s'y rassasier du miel, qu'il pompait avec sa grosse trompe; Huber, qui le premier vérifia la cause de la désertion des Abeilles et du ravage des ruches, conseilla à ses voisins cultivateurs de rétrécir les portes de leurs ruches avec un petit grillage de fer-blanc, dont les ouvertures ne laisseraient de place q« p pour le passage des Abeilles ; ce procédé eut un succès complet : le calme se rétablit et les dégâts cessèrent. Mais les mêmes précautions n'avaient pas emprises par tous les cultivateurs, « et nous vîmes, dit Huber, que les Abeilles, livrées à elles-mêmes, avaient pourvu à leur propre sûreté : elles s'étaient barricadées sans le secours de personne, au moyen d'un mélange de cire etdepropolis, dont elles avaient fabriqué un mur épais à l'entrée de leur ruche : ce m m s'élevait immédiatement derrière la porte, et quelquefois dans la porte même •
FAMILLE DES MELLIFËKES. m
il 1 obstruait entièrement, mais il était percé de quelques ouvertures suffisant pour le passage d'une ou de deux Ouvrières.
Ici l'homme et l'Abeille s'étaient parfaitement rencontrés : les ouvrages qu'elles avaient établis à la porte de leurshabita Lions étaient d'une forme assez variée : dans quelques-unes, comme je viens de le dire, on voyait un seul mur, dont les ouvertures étaient en arcades et disposées vers le haut de la maçonnerie ; ailleurs plusieurs cloisons, les unes derrière les autres, rappelaient les bastions de nos citadelles; des portes masquées par les murs antérieurs s'ouvraient sur les faces de ceux du second rang, et ne correspondaient point avec les ouvertures du premier; quelquefois c'était une suite d'arcades croisées, qui laissaient un libre essor aux Abeilles, sans permettre l'introduction de leurs ennemis ; car ces fortifications étaient massives, la matière en était compacte et solide.
Les Abeilles ne construisent point de portes casematées sans une urgente nécessité : ce n'est donc pas un de ces traits de prudence générale qui semblent, préparés de loin pour obvier à des inconvénients que l'Insecte ne peut ni connaître ni prévoir ; c'est lorsque le danger est là, lorsqu'il est pressant, immédiat, que l'Abeille, forcée de chercher un préservatif assuré, use de cette dernière ressource. 11 est curieux de voir cet Insecte si bien armé, secondé par l'avantage du nombre, sentir son impuissance, et se prémunir, par une combinaison admirable, contre l'insuffisance de ses armes et de son courage. Aussi l'art de la guerre chez les Abeilles ne se borne pas à savoir attaquer leurs ennemis : elles savent aussi établir des remparts pour se mettre à l'abri de leurs entreprises ; du rôle de simples soldats, elles passent à celui d'ingénieurs. Mais ce 11 est pas contre le Sphinx seulement qu'elles emploient cette lactique défensive : les ruches faibles sont quelquefois attaquées par les Abeilles étrangères, qu'attirent l'odeur du miel et l'espoir d'un pillage facile. Les Abeilles assiégées, ''tant trop peu nombreuses pour repousser l'invasion des barbares, ont souvent ■'«cours à un procédé analogue à celui qu'elles emploient contre le SpJânx : dles pratiquent aussi des murs, mais elles n'y laissent que d'étroites ouver- 'ui'es, où une seule Abeille peut passer à la fois : il leur est donc bien facile de 'es garder.
H vient ensuite une époque où ces passages étroits ne peuvent plus leur suture à elles-mêmes. Lorsque la récolte est très-abondante, que leur ruche est excessivement peuplée, et qu'il est temps de former de nouvelles colonies, les Cueilles démolissent ces portes qu'elles avaient élevées à l'heure du danger, et ( l Ul gênent maintenant leur impétuosité : ces précautions sont devenues incommodes, et elles les écartent jusqu'à ce que de nouvelles alarmes les leur inspirent ' e nouveau. Les portes pratiquées en 1804 fuient démolies au printemps de 180 fi; 8 Sphinx ne parurent point cette année-là : on n'en vit pas même la suivante, nais dans l'automne de 1807 ils se montrèrent en grand nombre. Aussitôt les "eilles se barricadèrent et prévinrent ainsi le désastre dont elles étaient menaces. Au mois de mai (808, avant la sortie des essaims, elles démolirent ces 01 l, 'ications, dont les portes étroites ne laissaient pas un assez libre passage à eui ' multitude. Cet à-propos dans leur conduite né peut s'expliquer «pieu "mettant que leur instinct se développe à mesure que les circonstances IV *igen|. „
9 10 11 12 13 14 15 16 17 li
Ces Abeilles entretiennent dans leur niche, par l'effet de leur respiration cl <l« leur réunion en grand nombre, une ebaleur élevée, essentielle à ces Mouches ainsi qu'à leurs élèves, et indépendante de la température extérieure. Mais l'Auteur de la Nature, en assignant à ces Insectes un logement dans lequel l'air ne devait pénétrer qu'avec difficulté, leur a donné le moyen de parer aux funestes effets qui pouvaient résulter de l'altération de leur atmosphère : ce moyen est la ventilation: un certain nombre d'Ouvrières sont occupées alternativement à renouveler l'air dans l'intérieur de la ruche, par le battement rapide de leurs ailes, dontles vibrations produisent ce bourdonnement continuel qu'on entend an fond de la cité. Ces mouvements vibratoires déterminent des courants dans l'air ambiant, et l'air corrompu par la respiration des Abeilles se trouve ainsi à chaque instant remplacé par celui de l'atmosphère.
Ces ventilateurs intelligents fonctionnent d'une manière permanente : on voit toujours, pendant la belle saison, un certain nombre d'Abeilles agiter leurs ailes au devant de la porte de la ruche, mais on peut s'assurer, par l'observation, qu'il y en a encore plus qui s'éventent dans l'intérieur. La place ordinaire des Abeilles ventilantes est sur le plancher inférieur de la ruche ; toutes celles qui sont occupées de cette manière au dehors ont la tête dirigée vers la porte, mais celles qui sont au dedans lui tournent le dos. On dirait que ces Mouches s'y placent symétriquement pour s'éventer plus à l'aise : elles forment alors des files qui aboutissent à l'entrée de la ruche, et sont quelquefois disposées comme autant de rayons divergents : cet ordre est dû probablement à la nécessité où sont les Abeilles ventilantes de faire place à celles qui vont et viennent, et dont la course rapide les force à se ranger à la file pour n'être pas heurtées et culbutées » chaque instant.
Quelquefois plus de vingt Abeilles s'éventent au bas d'une ruche; dans d'autres moments, leur nombre est plus circonscrit; chacune d'elles fait jouer ses ailes plus ou moins longtemps : on en voit quelquefois qui s'éventent pendant vingt-cinq minutes. Dans cet intervalle elles ne se reposent point, mais elles semblent quelquefois reprendre haleine en suspendant, par intervalles trèscourts, la vibration de leurs ailes : aussitôt qu'elles cessent de s'éventer, d'autres les remplacent, en sorte qu'il n'y a jamais d'interruption dans le bourdonnement d'une ruche bien peuplée.
Nous terminerons l'histoire des Abeilles par quelques considérations sur les sens que le Créateur leur a donnés. 11 est probable que les objets physiques ne leur procurent pas les mêmes impressions qu'à l'homme : leurs (acuités n'étan pas les mêmes, et leur nature n'admettant pas les lumières de la raison, elles doivent être conduites par d'autres mobiles, cl l'idée que nous nous formons de leurs organes sentants, d'après ceux qui nous ont, été donnés à nous-mêmes, n'est peut-être pas exacte. L'homme est parvenu, avec le secours des verres grossissants, à étendre le domaine de sa vue; : ne peut-on pas admettre que 1 Wtelligence suprême, qui dispense à tous les animaux une organisation confort» à leurs besoins, a pu modifier leurs sens et les développer au delà de tout < que la science humaine nous enseigne? Celui qui créa pour nous, et en raiso de nos besoins, ces cinq grandes avenues, par lesquelles abordent à notre espi
toutes les notions du inonde physique, ne pouvait-il pas à volonté ouvrir, 1