ANTHROPOMORPHES
se refermant , jelte une pierre dans la coquille , ce qui l'enipéclie (le se fermer, et ensuite il les mange sans crainte. )> Il se construit siu' les nrbres une sorte de hamac, où il se couche chaque soir pour ne se lever qu'avec le soleil.
Les Indiens lui font la chasse pour le réduire en esclavase et en tirer quelque service domestique. «On les [U'cnd, dit Schoutten, avec des lacs; on les apprivoise, on leur apprend à marcher sur les pieds de derrière et à se servir de leurs mains pour faire l'crlains ouvrages et même ceux du mi'nagc, couuue de rincer les verres, donner à boire, tourner la hroche , etc. »
François Léguât dit avoir vu à Java « un singe fort extraordinaire : c'e'Iait une femelle; elle e'tait de grande taille et marchait souvent fort droit sur ses pieds de derrière; alors elle cachait d'une (h' SCS mains l'endroit de scui ciir|is ([ue la pudciu- ilt'fcnd de montrer. Kilo avait le visage sans autres poils (pie les sourcils, et elle ressemblait assez, en gênerai, à ces ligures grotescpies de llottenlotes (pu' j'ai vues au Cap. Elle faisait fort proprement son lit chaque jour, s'y couchait la télé appuye'e sur un oreiller, et se couvrait d'une couverture... Quand elle avait mal à la tète, elle se serrait d'un mouchnir, et c'était un [daisir de la voir ainsi coi(T'('e dans son lit. Je pourrais en raconter diverses autres petites choses qui [laraisseut extrêmement singulières, mais j'avoue (pie je ne pouvais pas admirer cela autant que la multitude, parce que je savais ([u'on devait conduire cet animal en Europe pour le uumlrer jiar curiosité, et je su|)posais qu'on l'avait dressé en coiisé(iiieiHe. " Il y a ici une chose qui me parait plus que douteuse, c'est le fait de la (ludeur, fait qui a été également eivance' parBontius, médecin à Batavia. Les voyageurs qin ont vu les feunues de la Nouvelle-Zélande , de quelques lies de la mer du .Sud, etc., se montrer sans voile et sans pudeur aux yeux des étrangers, auront de la peine à croire que cette vertu puisse exister naturellement dans un aninud, quand elle manque à des nations entières.
±' Genre. Le TROGLODYTE ou KlMl'ÉZÈY (Troglodytes, Gcoir.) forme à lui seul un genre qui se dislingue des orangs par des oreilles beaucoup plus grandes que dans l'homme, et un peu mobiles à sa volonté; par des crêtes sourcilières qui man(pient aux |)remiers, et enfin par ses bras plus courts, n'allcignanl i)as le bas de la cuisse.
Le KcMi'i'/.i'.Y (Troglodites nitjrr, Geoff. Siinia tnnjhiiijtes , Linn. Le Chiinjjansé, (',. Ci:v. Le Quimpesé, Lecat. Le Jacku et le Poiiijo, BiFF. Le Quojas Morou et le Sahjrc d'Angola, Tulp. Le Pygméc , TvsoN. Le Pongo. Aldeii.).
J'ai fait l'histoire de l'orang-houlan , animal (pii ressemble le plus à l'houniie par la forme ib; la lête et le di'vcloppcment du iront et du cerveau, mais dont l'intelligence ne rem|i(M'tc guère sur celle du chien : je vais faire maintenant celle de l'être <pii s'en rapproche le ]dus par l'intelligence. Lesidu'énologucs remar- (pieroni, en pass.Tut, ipie l'orang a l'angle facial ouvert à soixantecinq degrés, tandis que celui-ci ne l'a (ju'à soixante.
Toutes les jiersonnes (pii, pour la première fois, oui o!)scrvi' un kiuqiézèy, ont été frappées de sa grande ressemblance avec lliounne, non-.sculement dans ses formes, mais encore dans ses gestes, ses actions, et quelques-unes de ses habitudes. Aussi, les différents noms qu'il a reçus sont-ils l(uis l'expression d'une même pensée. Là c'est le pongo , mot pai' ,lc(iu(d les iu"'gres d('signenl un grand féti(he, une sorte de g('nie des forêts; ici c est le cojas morros ou quojas morou , ipn , dans la langue d'Angola, signifie homme des forêts; dans le Congo, c'est l'enjoko, (pu- lîurron a défiguré, et cpii , dans la langue du pays, est I impératif du verbe .«e taire : >< Enjoko, tais-loi. >' On ( (inçoit r(uigine de ce nom quand on sait ipie les nègres du Congo croient (pie si le kimpiizèy ne parle pas, c'est qu'il ne le veut pas, dans la crainte qu'on ne le soumette à l'esclavage et qu'on ne le fasse travailler. .Mais tous ces mots ne sont ([ue des
épithètes dont on accompagne le véritable nom kirapézèy, sous le(|uel il est connu par les naturels de toute la côte de Guinée. Le voyageur Lecat en a fait quimpesé, et G. Cuvier chimpanz('.
11 y a peu d'années (pie tous les habitants de Paris se portaient au Jardin des Plantes pour voir Jacqueline, jeune femelle ajipartenant à cette espèce. Elle était douce, bonne, caressante même; elle reconnaissait parfaitement les gens qui allaient la voir et leur faisait plus de caresses qu'aux autres. Si on la contrariait, elle pleurait à sanglots comme un enfant, se retirait dans un coin de l'apiiarteinent et boudait (pieli[ues minutes. Mais sa colère enfantine cédait à la plus petite avance d'amitié; alors elle essuyait ses larmes et revenait sans rancune auprès de celui (jui l'avait chagrinée. Quoique sa jeunesse fût extrême (elle avait deux ans et demi), son intelligences était ch'jà fort développée, et j'en citerai deux exemples qui sont extrêmement reinarepiaiiles à mon avis, et dont j'ai été témoin. Vn ami qui m'accompagnait (piitla ses gants et les ])osa sur une table; aussil(jt Jac(pieline s'en empara et voulut les mettre, mais elle ne put en venir à bmit parce qu'elle idaçait ;i la main droite le gant de la main gauche. On lui montra sa méprise , et on parvint si bien à la lui faire comprendre, que depuis elle ne s'est jamais trompée, quoiqu'on l'ait mise souvent à l'e'prcuve. M. Werner, notre meilleur peintre d'histoire naturelle, fut chargé de la dessiner. Jacqueline, fort étonnée de voir son image se reproduire sous le crayon de cet habile artiste, voulut aussi dessiner. On lui donna du papier et un crayon; elle s'assit gravement à la table du maître, et traça avec grande joie quelques traits informes. Comme elle appuyait de toutes ses forces, la pointe de son crayon cassa, et elle en fut très-contrariée. Pour l'ajtaiser on le lui tailla , et, corrigée par l'expérience, elle appuya moins.
Elle vit le dessinateur porter le crayon à sa bouche, cl elle en lit autant; seulement, au lieu de se contenter de mouiller la pointe, elle ne man(iuait jamais de la casser avec les dents. Il fut impossible de l'en emjiêiber, et ce grave inconvénient mit lin à ses études artisli(pies. Elle ess.iyait di; coudre, comme la femme qui la gardait, mais il lui arrivait diaepie fois de se piipier les doigts; alors elle jetait là l'ouvrage, s'élançait sur la corde qu'on lui avait tendue, et se consolait de sa maladresse en faisant quelques cabrioles (jui auraient l'ait jiiMir le plus hardi funamlMilc.
Jacqueline avait un chien et un chat (pi'(dle aimait beaucoup. Elle les g;\tait au point de les faire coucher t(nis deux à c()lé d'elle, dans son lit, l'un à gauche et l'autre à droite; mais elle sut néanmoins conserver sur eux la supériorité que donne l'intidligence, et, ipiand elle le jugeait convenable, elle les ch:\liait sévèrement pour les soumettre à son obéissance ou ])oiir les forcer à vivre entre eux en bons amis.
La pauvre Jacqueline avait l'habitude de se laver cha(pie malin le \ isage et les mains avec de l'eau fraîche ; ces aspersions, jointes aux rigueurs d'un climat si dilLérent de celui d'Afritpie, lui occasiounèrcnl |U'oliablcuien( la maladie de poitrine dont elle mourut. J.ick, rorang-lioulan (pi'(dle avait remplacé à l.i ménagerie, ainsi (|ue les kimpézèys (pii ont autrefois vécu chez BuHiui et chez rimpératrice Joséphine, sont moris de la même maladie.
Quoi (pi'cn disent aujourd'hui les naturalistes qui n'assignent que deux pieds et demi* lO,Sl:i) de hauteur à cet animal, parce ipi'ils n en ont jamais vu (pu- de très-jeunes, il est certain qu'il atteint (piaire à (•in(| pieds (1,290 à I.O-Jl) et peut-être davantage, car sans cela rien de ce que les voyageurs lui attribuent ne serait possible. Lor.s((ue Jacqueline fut prise et ann-néc à Paris, elle était fort jeune; rependiuit sa taille était de deux pieds et demi (0,8I;2) de hauteur, et sa mère la portait encore dans ses bras.
.N(uis avons vu l'orang buutan figurer dans lliisloirc d'Alexandre le Grand : iiiuis verrons le kimpézèy figurer dans celle des Carthaginois, et [lour les deux cas nous tirerons une consé(|ucnce
hi
LES QUADRLMA^ES.
semblable, c'est-à-dire qu'alors l'espèce était beaucoup plus nombreuse en inilividus qu'aujouril hui, et qu'elle s'avançait sur la côte occidentale de l'Afrique jusqu au pied de l'Atlas.
Trois cent trente-six ans avant notre ère, les Carlliaginois, sous la conduite d'Ilannon , abordèrent une île de l'Afrique occidentale. Une immense troupe de singes les observaient, et les Carthaginois, les prenant pour des ennemis, les chargèrent. On e marqua que ces animaux ne tinrent point en rase campagne contre leurs agresseurs, mais qu'ils se sauvèrent avec beaucoup de i>re'cipitation sur des rochers, d'où ils se défendirent vaillamment à coups de pierres. On ne parvint à se rendre maitre ([ue de trois femelles qui se débattirent avec tant d'acharnement,
"jections, répondit le naturaliste; en votre faveur je changerai » mon arrangement, et je placerai le singe dans la classe des » hommes. »
F,n domesticité, le kimpézèy montre la même douceur que l'orang, mais plus d'intelligence. « J'ai vu cet animal, dit BufTon, présenter la main pour reconduire les gens qui venaient le visiter, se promener gravement avec eux et comme de compagnie; je l'ai vu s'asseoir à table , déployer sa serviette, s'en essuyer les lèvres , se servir de la fourchette et de la cuiller pour porter à sa bouche , verser lui-même sa boisson dans un verre , le choquer lorsqu'il y était invité ; aller prendre une tasse et une soucoupe , l'ajiporter sur la table, y mettre du sucre, y verser du thé, le
L'Orang-Uoutan.
qu'il fut impossible de les garder vivantes. Ilannon, qui les prit pour des femmes sauvages et velues, les fit écorcher et raiq)orta leurs peaux à (larthage. {Ilaniionis iicriplus, pag. 77, édit. 1074.) Elles furent déposées dans le temple de Junon, où, deux siècles après, les Uomains les trouvèrent encore lors de la conquête de celte ville. Il est plus cpie probable (pie tout ce (pie les anciens nous ont Iransinis sur les satyres, les faunes, les sylvains et autres divinités des bois, tire son origine de l'histoire mal connue de cet animal. La peau de satyre que saint Augustin dit avoir vue à Rome était certainement celle d'un de ces animaux.
Le kirajiézèya le visage jdat, basané, nu ainsi que les oreilles, les mains , la poitrine et une iiartie du ventre. Le reste du corps est couvert de poils rudes, noirs ou bruns, mais clair-seiués , excepté sur la t(Ue, où ils sont très-longs et lui forment une chevelure pendante par derrière et sur les côtés. Il marche debout avec beaucoup plus de facilité que l'orang- houtan , parce que les muscles de ses mollets et de ses cuisses sont plus d('veloi)p('s, et qu'il a le bassin plus large. On lui compte une paire de ctktes de plus (|u';i l'homme. Cet animal, ([ui ne se trouve que sur les c(")tes du Congo et de la Guinée, aie maintien grave et les mouvements mesurés, l'ar toutes ces considérations, lirookes, dans son Système d'histoire naturelle, avait mis l'homme dans la classe des singes; le prince royal d'Angleterre lui en ayant fait des reproches assez vifs : « Monseigneur, je me rends ;i la force de vos ob-
laisscr refroidir pour le boire, et tout cela sans autre instigation (pie les signes (UJ la parole de son maître, et souvent de lui inOme. Il aimait prodigieusement les bonbons; il buvait du vin, mais cii [lelite quantité, et \c laissait volontiers pour du lait, du thé, ou d'autres liqueurs douces. »
Dans son esclavage, le kimpi'zèy, si on s'en rapporte à tous les voyageurs, peut rendre autant de services (pi un nègre. On a vu à Loango une femelle aller chercher de l'eau dans une cruche, du bois dans la forêt; balayer, faire les lits, tourner la broche, etc., etc. Lllc tcuuba malade, et un chirurgien la saigna, ce (pii lui sauva la vie. Un an après, ayant gagné une fluxion de poitrine, elle fut de nouveau alil('e; lors(iu'elle vit entrer le même chirurgien , elle lui tendit le bras et lui fit signe de la saigiicj'.
Un voyageur très-digne de foi, M. de Graiidpré, ofTieier dans la marine française, ayant habile Angola pendant deux ans, raconlc ce qui suit :« L'intelligence de cet animal est vraiment exlraiirdinaire ; il marche ordinairement debout appuyé sur une branehe d'arbre en guise de bftton. Les nègres le redoulent, et ce n'est pas sans raison, car il les maltraite rudement (piaiid il les rencontre. Us disent que s'il ne parle pas, c'est par paresse. Ils pensent qu'il craint, en se faisant connaître pour homme, d être ob!ig(' de travailler, mais qu'il pourrait l'un et l'autre s'il le voulait. Ce pn'jugé est si fort enraciné chez eux , (jii'ils lui parlent lorsipi'ils le rencontrent.
AATHROPOMORPHES.
» Malgré tous mes eflurts pour me procurer un individu de cette espèce, je n'ai pu y parvenir, mais j'en ai vu un sur un vaisseau en traite. C'était une femelle ; je l'ai examinée et mesurée avec attention , et elle s'y prêta avec beaucoup de complaisance. Debout, les talons portant à terre, elle était haute de quatre pieds deux pouces huit lignes. Ses bras pendants atteignaient à un pouce au-dessus du genou; elle était couverte de poils, le dos fauve, etc..
1) 11 serait trop long de citer toutes les preuves que cet animal a données de son intelligence, je n'ai recueilli (pie les jdus frappantes. 11 avait appris à chaufTer le four; il veillait attentivement à ce qu'il n'échappât aucun charbon qui put incendier le vaisseau,
la frappait. Dei>uis ce moment, elle refusa constauuuent de manger, et mourut de faim et de douleur le cinquième jour, regrettée comme un homme aurait pu l'être. »
Voyons maintenant le kinipézèy à l'état sauvage. Presque toutes les fois (jue les voyageurs en ont remontré, le mâle et la femelle uiarchaient ensemble , d'où on peut penser, avec quelques naturalistes anglais , (ju'il est monogame et ne change pas de femelle, yuand il est à terre, il se tient debout et marche avec un bâton qui lui sert à la fuis d'appui et d'arme ofTensive et défensive ; il se sert aussi de pierres qu'il lance avec adresse pour repousser l'attaque des nègres , ou pour les attaquer lui-même s'ils osent pénétrer dans les lieux solitaires qu'il ha!)ile. Ceg
«4.IJC.J..U»TtILtH C
Le Pongo de Wurmb
jugeait p.irfailement quand il élait sunisammcnt chaud, et ne uianquail jamais d'averlirà proiios le boulanger, qui de sou côté, -•ûr de la saga( ili' de l'animal, s'en reposait sur lui, et se hâtait d'apporter sa pâte au.ssitôt que le singe venait le chercher, sans ipie ce dernier l'ait jamais induit en erreur.
» Lorsqu'on virait au cabestan, il se mettait lui-même à tenir dessous (tirer sur le câble), et choquait à propos avec plus d'adresse qu'un matelot. Lorsqu'on envergiia les voiles poiu- le départ, il luonta, sans y être excité, sur les vergues avec les matelots, (|ui le traitaient comme un des leurs; il se serait chargé de rem]iointure , partie la plus diflkile et la plus périlleuse, si le matelot désigné pour ce service n'avait insisté pour ne pas lui céder l.i place. Il auinrra les rabans aussi bien (|u'un uiatelol, cl, voyant engager l'extrémité de ce cordage pour l'empêcher de pendre, il en fit aussitôt autant à ceux dont il élait chargé. Sa main se trouvant prise et serrée fortement entre la ralingue et la vergue, il la détacha sans crier, sans grimaces ni contorsions; et bu'sque le travail fut fini, les matelots se retirant, il tlé|>loya la supériorité ipi'il avait sur eux en agilité, leur passa sur le corps à tous, et descendit en un ilin d"(i:il.
» Cet animal ne parvint pas jusqu'en Amérique ; il mourut dans la traversée, victime de la brutalité du second capitaine (pii l'avait iujuslemeiil et durement maltraité. Cette iutéressaule créature subit la violence «ju'on exerçait contre elle avec une douceur et une ri'sigualioii attendrissantes , teudaul les mains d'un air suppliant pour obtenir que l'on cessât les coups dont on
animaux vivent en petite troupe d.ins le fond des Huêts; ils savent fiutbien se construire des cabanes de feuillage ])our s'abriter des ardeurs du soleil et de la i)bii('. Ils forment ainsi des sortes de petites bourgades, où ils se prêtent un luuluel secours pour éloigner de leur canton les hommes , les éléphants et les animaux féroces. Dans ces attaques, si l'un des leurs est blessé d'un coup de flèche ou de fusil , ses camarades retirent de la plaie , avec beaucoup d'adresse , le fer de la flèche ou la balle ; puis ils pansent la blessure avec des herbes mâchées , et la bandent avec des lanières d'écorcc.
Mais ce qu'il y a de [ilus singulier dans ces animaux , ce qui , à mon avis, dénote chez eux une intelligence très-perfcilionnée , c'est (pi'ils (liuinenl une séi)ullure à leurs morts. Ils ('lendeut le cadavre dans une crevasse de la terre , et le ri'coin rent d un épais amas de pierrailles, de feuilles, de branches et d'f'pines , pour empêcher les hyènes et les j)anthères d'aller le déterrer liendaut la nuit. Certes, il y a dans ce fait ipielque chose qui apl)roche bien d'une pensi'e.
Les kimpézèys habitent leurs cabanes pendant les nuits orageuses et cpiarui ils sont malades, car dans toute autre circonstance ils dorment sur un arbre. La femelle a beaucoup de tendresse pour son petit; elle le caresse sans cesse et le lient propre avec beaucoup de soin, l'.lle le porte sur ses bras à la manière des nourrices ([uand elle n'a qu'une h'gère dislance à iiarcourir, et s'il s'agit d'un long trajet, elle le place sur sou dos, où il se cramponne avec les mains et les pieds, absolument à la manière
LES QUADRU.MANES.
(les iK'grillons V.We y est beaucoup attache'e et le garde avec elle longtemps encore après le sevrage ; mais le niAle le chasse quand il est assez fort pour se de'fendre et assez intelligent pour savoir chercher et choisir ses aliments.
Le niàle aime tendrement sa femelle. Si , e'tant avec elle , il est surpris par la pre'sence inoi)iiu'e d'un ou plusieurs iiommes, il s'arme aussitôt de pierres , ou d'un bâton s'il se trouve une branche morte à sa porte'e ; il se lève debout, s'arrête, et, dans cette attitude menaçante, il attend que sa femelle se soit e'iolgnc'e pour fuir lui-même le danger. Deux de mes amis d'enfance, qui ont habile la Guinée, m'ont dit avoir e'té te'moins de ce fait.
Ce|)endant . maigre ces apparences d'amour, le kimpezèy n'est pas toujours très-lidèle à sa femelle, et souvent il poursuit dans les bois des négresses qu'jl enlève et porte dans sa cabane. « Les kinipézèys, dit M. de la lirosse [Voyagea la côte d' Angola) , tâchent de surprendre des négresses , les gardent avec eux, et les noui"rissent très-bien. J'ai connu , ajoute-t-il, à Loango, une négresse qui était restée trois ans avec ces animaux. )^ Quelquefois c'est moins pour satisfaire la brutalité de leurs passions que pour se faire une société qui leur plaît, que les kimpézèys attaquent les jeunes négresses , qu'ils em|)ortent sur les arbres et que l'on a beaucoup de peine à leur arracher. La preuve de cela est qu'ils enlèvent également les jeunes garçons , les conduisent dans leurs forêts, et les gardent sans autre but que de les avoir avec eux. Baltel nous apprend qu'un négrillon de sa suite ayant été emmené par des kimpézèys, vécut douze à Ireize mois en leur société et revint Irès-conlent, gros et gras, en se louant beaucoup du traitement de ses ravisseurs.
En faisant la plus large part à l'exagération des voyageurs, on trouvera encore que le kimpezèy est le plus intelligent des animaux,
5" Geniie. Les PONCOS [Pongo, Lacép.). Ce genre difTère de celui des orangs jiar l'angle facial, qui n'est que de trente degrés, et par les abajoues i|u'il a dans la bouche. En outre, ses canines sont très-fortes; ses crêtes sourcilière, sagittale et occipitale, fortement prononcées. Il a des sacs thyroïdiens au larynx; S(!S doigts de pied ne sont pas réunis comme ceux des siamangs.
Le Po.Nco DE AVl'kmd (Po/ijo Wttriiihii, Desm. Le grand Orang- Uoulan de quelques voyageurs.)
Voici uti animal dont l'iiistoire scientifique est fort singulière, liun'un, qui n'en avait aucune connaissance, a donné son nom à un être imaginaire (|u'il croyait voisin du kimpezèy. Le savant G. Cuvier, qui probablement ne l'avait connu que par le mémoire deWurmb, le retira de la famille des orangs pour le classer entre les mandrillcs et les sapajous, pince qui certainement ne lui convient pas. Dcsmarets en a fait un genre bleu tranclié, et voilà (ju'aujourd hui on ne veut même pas l'accepter comme espèce; j'ai été moiinême de cette dernière opinion pciulant plii- Hieurs années , et encore aujourd'hui je doute si réellement le j)ongo de Wurmb n'est pas tm vieux orang-houtan.
Sa taille est eu effet à |ieu près celle des plus granils orangs, cl atteindrait même celle de l'iiomme si on s'en rapportait aux voyageurs. Son corps est robuste, couvert de poils noirs; sa face est nue , d'un brun fauve ; son museau est trè.s-proéminent , son nez plat, et ses yeux petits et saillants ; ses oreilles, plus petites (pic celles de l'homme, sont collées contre sa tête; ses bras, d'une longueur démesurée, lui (IcsccudenI jiw(prau\ malli'olcs; enlin sa poitrine et son ventre sont nus. Il habite lîorni'o et Sumatra. Tous ces caractères peuvent également s'appli(pier à l'orang-houtan, mais ce dernier man(|uc d'abajoues et il a le foie comme l'iioiiunc, tandis (pu', le pongo aurait , selon Dcsmarets et d'autres iialuralislcs, des abajoues, et, scbui (i Ciivicr, le foie divisé en |)lusieiu's lobes; dan-^ le premier cas ce serait le dernier des anthropomorphes, dans le second on devrait le jdacer à l,i tête des singes.
Si le pongo est un vieil orang-houtan , son histoire offre une singularité uniipie parmi les animaux, et la voici : dans tous les êtres doués d'instinct ou d'intelligence , cette intelligence est comparativement très-faible dans le premier âge ; elle se développe progressivement et n'atteint guère à toute son énergie que vers la fin dn premier tiers de la vie. Elle se soutient ensuite jusqu'à la décrépitude, et même, dans les animaux sauvages, jusqu'à la mort. Dans l'orang-houtan, il en serait tout autrement, en supposant qu'il devint un pongo dans sa vieillesse.
Dans son enfance, il a le front grand, saillant, proéminent, et la tête arrondie comme celle de l'homme. Alors il est doux, posé, réfléchi, si je puis me servir de cette expression, et il semble tout à fait incapable de la pétidance et de la férocité de beaucoup de singes; il s'afTeetionne aux personnes qui le caressent et le nourrissent, et, comme le chien, il est susceptible de recevoir une certaine éducation.
Devenu adidte , c'est-à-dire lorsqu'il prend le nom de pongo, il s'opère chez lui une métamorphose étrange. Son angle facial, qui était ouvert à soixante-cinq degrés, s'allonge et se trouve réduit à cinquante; son front se rejette en arrière comme celui de ces idiots nomuK's crétins; sa tête s'allonge vers son sommet et se rétrécit considérablement. Son museau s'avance ; sa face s'élargit prodigieusement par l'effet de deux grosses protubérances qui se développent entre les yenx et les oreilles, depuis la tempe jusqu'à la base des mâchoires ; enfin c'est une métamorphose complète. L'intelligence éprouve la même révolution. Les voyageurs épouvantés, (pii le retrouvent dans les bois sous les noms dekukurlaco, de féfé , de golokk, tremblent à son approche; car ce n'est plus cet animal ren^di de douceur et de gentillesse, mais un être farouche, indomptable, plein de courage et de férocité, sans cesse occupé à donner la chasse aux êties plus faibles que lui, se nourrissant non-seulement de fruits, mais aussi de la chair des oiseaux (pi'il surprend la nuit sur les arbres; c'est ce mystérieux et terrible lionnue nocturne qui poursuit les femmes, atla(iue les voyageurs, les assomme à coups de pierres ou de bâton, et les dévore; (pii, enfin, porte ré|iouvanle avec lui.
Tout cela est fort exagéré, couunc on doit le crnire; mais en adoucissant beaucoup ce jtortiait de mœurs sauvages, il n'y en aurait pas moins une métamorphose complète, car il est certain que le jiongo de Wurmb est féroce, sauvage, courageux, et qu'il se défend avec un bâton quand il est attaipu' par l'honuue.
D'ailleurs, ce qui peu! encore ébranler l'opinion de ceux (|ui pensent (pie l'oraug et le jioiigo sont identiijucs, c'est qu'aujourd'hui on coiuiaît deux espèces de ce dernier genre.
Le PoN(;o c'AiiEi. {Pongo Ahelii, Lesson ; Pongo U'urmbii, Cl. Abee). m. Claïke Abel pense (pie cet animal est le véritable orang-houlan. Il atteint six pieds cinq pouces; son nuiseau est très-proéminent et son nez fort aplati; une épaisse crinière couvre sa tête; sa face est nue, mais une grosse uujiislaihe d('bordc sa lèvre supérieure, et une barbe louflue lui jicud au menton ; il est couvert de poils d'un roux foncé, passant en (pielques endroits au rouge vif ou au brun noir; il a la planle des pieds et la paume des mains brunâtres.
L'individu (pii a fourni cette description a été tué à Sumatra. Comme le précédent, il marchait debout avec facilité, courait avec vitesse, et grimpait sur les arbres avec une grande agili(('. Du reste, il ('lait l'obiisle , cl se défendil avec beaucoup de courage. Il condiattait encore ayant reçu cimi balles dans le corps cl ]iliisieurs coups de lance. Enfin, allaibli par un vomissement de sang, il fit coiume César, cl, s'abamionnaul à sa mauvaise forlune, il se laissa tomber, mit les mains sur 1rs ])rofondes blessures d'où son sang s'échappait à finis, et, en expirant , jeta sur ses assaillants un regard si plein de suiiplicatiiui et de douleur, ipi'ils en furent ('mus jusqu'.uix lai'iiies, et se i-e|)eniireut d'avoir lu(' sans nécessité une créature si ressemblante à eux-mêmes.