E IIOBIINSOIV SUISSE
(le verroteries, (|iii avait fait i)artie du cliargcinent de notre navire et qui (levait servira iu';;ocier avec les sauvai;es, un certain nmiibro (le prains noirs et jaunes, (pie je i'rap|iai avec le marteau sur l'encliiiue |iour les r('<luire en une jiouiire très-fine, dont je lis une couleur (l'émail, (|uc j'étendis sur ma porcelaine à moitié cuite. Je la remis ensuite dans le four, et elle en sortit aussi ]iarlaite (|ue je pouvais le désirer. Celle réussite m'eneourai;ea à continuer mes essais, et je parvins à tirer du reste de ma terre (|uel(|ues tasses à calé, un pot .i eri'me, un sucrier et six petites assiettes. Les autres oljjets mancpièrent, ayant reçu des l'entes dans la cuisson. Du resic, ce n'était pas sans peine (|ne j'avais fait même cela : il m'avait d'abord fallu tourner (les modiles en bois, au moyen dcs(|uels j'avais fabriqué des moules de plaire pour ma terre à porcelaine. (|iie j'avais exposés cusuite, dans nn cylindre d'an;ile ordinaire, à l'ardeur du four. Tout me réussit assez l(ieu, e\ee|)té la peinture; il fallul me contenter de faire peindre par l'ritz sur les assiettes des leuilles vertes entremêb'es de baies roui;es et jaunes, dont l'elTet élait nn peu pile.
A défaut d'une provision suliisaule de terre pour continuer ma fabrication, et la saison des pluies, qui avait dé'ja commencé, ne nie |iermcttant pas d'en aller chercher davantaije, je m'occupai, ii la satisfaction jjénérale, du soin d'emjiailler le condor et l'autruche, qui fournirent deux nouvelles curiosités, et certes pas les moins intéressantes, à notre cabinet d'histoire naturelle. On sait que, parmi les a'ufs d'autruche, il y en avait (|uelques-uns qui n'avaient pas produit de petits; je ne voulus point les perdre. Kn conséquence, je les xidai et les nettoyai; j'y ajoutai des pieds, et j'en lis des vases à fleurs, des j;obelets et même des plats : c'étaient des meubles de luxe, que je me ])roposai en temps el lieu d'orner extérieurement de sculptures.
Cependant nous étions à peine arrivés à la moitié de la saison pluvieuse, (|ue tous nos travaux se trouvèrent terminés, et je voyais déjà le moment où mes enfants allaient tomber dans l'oisiveté, dont la prolongation pouvait les rendre invinciblement paresseux. Il fallut donc nécessairement sonjjer à ((uelque occupation nouvelle. Au premier mol (|ui m'en échappa, Fritz s'écria que, puisi|ne inius axions, i;ràcc il notre aulriiche, le moyen de nous transporler avec la plus ];rande prouiplitude par terre d'un bout de nos domaines ii l'autre, il serait bon (jiie nous eussions aussi un moyen semblable jiour voyaijer avec vitesse par eau, et il proposa de construire un kaïak i;roeniandais.
Son avis fut adopté à l'unanimité; ma femme seule demanda d'abord ce que c'était qu'un kaïak; et (|uaiKl elle sut (|ue c'était un cano fait de peaux de chiens de mer cousues ensemble, elle s'opposa formellement à ce que nous nous risquassicuis sur la mer dans une si frêle embarcation. Tout ce que nous pûmes obtenir d'elle par nos instantes prières, ce fui (|u'elle nous laissât faire, sans donner à notre jirojet une apiu'obalion positive. Mous nous mimes donc il l'ouvrage avec ardeur, afin de pouvoir terminer au moins la carcasse du bâtiment avant le relour de la belle saison. Je ne m'astrcii;nis pas du reste à suivre servilemenl la forme des canots i^roenlaiulais, croyant (|u'en ma qualité d'IJuropéen il devait bien m'être permis de perfectionner les idées de ces peu|des sauva];es.
Je commençai, d'après cela, par construire deux quilles avec les ]ilus lan;es fanons de la baleine; et comme ces fanons soni naturellement courbés en forme de faux , j'en pris pour ehacuiu' des (luilles deux, i|ue je plaçai l'une contre l'antre d.iiis une direction opposée, de façon (juc les extrémités étaient relevées comme des patins. J'éjjalisai bien le point de réunion, (|ue j'enduisis de cette épaisse résine, dont je m'étais d('jà servi |)our calfater mitre chaloupe. La dislance (les deux perches se trouva être d'environ douze pieds, ,1e taillai dans ehai|ue (|uille une rainure dans la(|uelle j'inlioduisis des roulelles de poulie en métal, ahu de pouvoir eu cas de besoin nous servir aussi sur terre de notre eaïuil. ,1e réunis les deux ipiilles au moyen de unirceanx de bambous, de sorte (ju'ils auraient olVert assez de ressemblance avec une échelle si les bonis n'avaient pas été recourbés, .l'atlacliai les bouts fortement l'un à l'antre, ce (|ui me procura nue pointe ('•};■, lUinent reiex'éc aux deux exlrémiti's de mon canot, lùjtre les cornes j'avais adapté un troisième morceau de baleine, que j'avais placé dans une position perpendiculaire, afin d'y rattacher les c(ités relevés du kaï.ik. Je bxai aussi des anneaux de fer à l'endroit où j'avais joint mes quilles par une bande de cuivre; ils devaieni servir pour le cas où je voiulr.iis amarrer le eaiiol ou y attacher un animal. Les cijtés (lu kaiak furent faits de bambous fendus; mais le plus haul, sur chaque côté, fut laissé cnlier. L'élasticité de ces roseaux me permettait de les ]>loxer el de leur donner la forme que je jui;eais convenable. Le kaïak avail trois pieds de lari;e au milieu, et se ré- Irécissait vers les deux extrémilés. Une espèce de tillac remplissait eomplétemeni le creux, sauf un trou an milieu dans lequel on devait s'asseoir. Je i;aruis le tour de ce trou du bois le plus léi;er que je pus trouver, et j'y hs une entaille dans |a(|iielle la vesie il iia|;er du rameur devait s'adapter si parfailenieiil, qu'il semblerait ne faire ipruii avec son caiiol, el i|u'il scrail impossible (|iie les vaijiies pénétrassent dans le trou pour le mouiller. Au-dessous du trou, je ])ralii|iiai nue esc.ibellc oli ||. r.imeur, (pii du reste devait être ;i ];eiiiiii\, piiuv.iil en quel(|in' l.o'oii s'asseoir, afin de ne pas I ro)i se fali|;uer. (l'i'lail l.i un
peifectionnement, en comparaison de la manière dont les canots des Groeiil.indais sont construits.
I elle fut donc la carcasse de mon canot, et je me flattai qu'il nous serait d'une tjrande utilité. La matière dont il se composait était i« la fois si élastique et si lénère, que, (|uand je le lançai avec assez de force jiar terre, il rebondit comme une balle de paume; et l'ayant mis dans l'eau, une cliar|;c passablement lourde ne le lit pas enfoncer d'un pouce. (Juoi(|iie cette embarcation ne fût achevée qu'assez longleiiips après, je vais dès à présent dire comment je m'y suis pris, afin de n'avoir plus à revenir sur ce sujet. Je choisis deux des plus grandes peaux de chiens de mer, dont j'avais dépouillé les animaux sans les fendre. Je les nettoyai et les jiréparai de la nianiirc que j'ai di'jii décrite en parlant des peaux d'ours, et les enduisis de caoutchouc li(|uide, ce qui les rendit à la fois imperméables et si élastiiiues, i|iie je les étendis sans peine sur la carcasse de mon kaiak. Chacune de ces peaux en couvrit la moitié, et je les cousis fortement ensemble au milieu, ;i l'aide d'une alêne de cordonnier et de nerfs tirés de la baleine. Des coutures pareilles furent faites ;i la poiipe et à la proue, et toiiles ces coutures enduites de eaoïilcliouc. Je ne dois jias oublier de dire (|ue j'avais préalablement garni l'intérieur de peaux de chiens de mer et calfaté tous les joints. Cela fait, je recouvris aussi le tillac de ces mêmes peaux, (|ui passèrent par-dessus le bambou supérieur que j'avais laissé entier, el qui formait un rebord assez élevé, pardessus lequel les peaux furent tendues. Je ferai remarquer encore que j'avais placé le trou du rameur un peu plus en arrière que ne le font communément les Groenlaiidais, mon intention élan! plus lard d'adapter un petit mât et une voile sur la partie d'avant. En attendant, le canot devait être dirigé au moyen d un aviron double ou ;i deux pales, que je fis un peu plus long i|ue de coutume, et il l'une des ])ales du(|iiel j'attachai une vessie bien enduite de ])oix pour .liiler au rameur à se soulenir sur la surface de l'eau, dans le cas où la bar(|iie menacerait de chavirer.
Après avoir terminé ainsi tout ce (|ui me regardait dans la coiistriielion de mon canot, je chargeai ma femme de faire, d'apri'S mes instriielions, les vestes de rameurs, sans lesquelles je n'aurais pas voulu ]>oiir tout au monde (|ue mes enfants se ris(|iiasseiil dans le kaïak, l'eau ]ioiivant entrer par le trou et rcmidir le fond de la chaloupe, (^es vestes furent faites de boyaux de chiens de mer. Il serait tro]i long de décrire en détail la manière doni j'avais imaginé de tailler ce costume pour qu'il oITrit ;iu rameur une siirelé parfaite sans ijêner ses mouveiuenls, et pour qu'il put, en cas de besoin, lui servir aussi de scaphandre en y iiilroduisaiil l'air comme dans une vessie.
Ce fut dans ces oceiipations que nous passâmes la saison pluvieuse, nous livrant par intervalles à la leeliire, ii l'étude des langues el à divers travaux du ménage. Mais aiissitôl que le ciel s'éclaircil, nous recommençâmes nos exercices champêtres, et Fritî fui le premier qui essaya de se servir de sa vesle k nageur. Uien ne |ioiivait être plus comique que de le voir se promener sur l'eau avec ce singulier eosliiiiie, bossu par devant et par derrii'ie, ;i cause du rennement de 1.1 vessie. Quoi ((u'il en soil, l'essai réussit parfaileiuent, el mes autres l'iifanis ne laissèrenl point de rejios ii leur mi'rc qu'elle ne leur eût promis d'en faire aussi de semblables pour eux.
)\()iis allâmes ensuite visiler notre aiililope naine; nous la régalâmes d'une pâlée de sel, de grains de maïs et de glands doux, (|iii pariil être fort de son goùl, cl qui la rendit eompléleiiienl apprivoisée. IN'ous reconnûmes avec ])laisir, par l'étal de sa liliiu-e, ((u'elle élait rentrée souvent dans sa cabane, el nous nous empressâmes d'après cela de lui renouveler sa couche de roseaux el de feuilles.
Mous parcourûmes apri's cela l'ile du He(|uiii tout eiilirre; nous ramassâmes du corail et des coipiillagcs pour notre musée, ainsi cpie plusieurs espèces d'algues el aiilres piaules marines, dont, à la prière de ma feiiime, j'ciuporlai une bonne provision avec nous. .\ noire reloiir a la baie du Salul, elle ehoisil, parmi ces piaules marines, cerlaiiies leuilles qui avaient la forme d'une lame d'épée, el cpii élaieiil denlelées comme une scie. Elle les lava avec soin el les éli'iidit proxisoiremenl pour sécher au soleil; elle les dessécha ensuile eoiiipléleiiieul dans noire four, et les déposa, non sans une mystérieuse solcnnilé, dans la pii'ce oii nous conservions nos |irovisioiis. .le ne pus m'cmpêclier d'éprouver (piel(|iic surprise il l'importance ipi'elle allachail a une plante eu ap|iareuee si inutile, el je lui demandai si elle voulait en faire du labae ii fumer. "Ma femme me répoiidil en rianl (pie son inlenlioii élait d'eu remplir nus paillasses, parce ipi'aiiisi nous serions couchés plus fraichemeiil quand xienilr.iienl les chaleurs. I'>n allcndant, son Ion et siui regard, en me faisant celle réponse, indiipiaienl bien que (■(■ n'était qu'une défaite.
IMais un jour, comme nous revenions de l'alkeiiliorst , l'alignés cl éeliaiilTés par une longue el pénible expi'dilion, ma femme nous présenla, dans un plal de courge, la gelée la plus belle et la plus appi'lissanle par siiii éelal et par sa Iransparenle pureté. Le giiûl eu était aussi délical ipie l'aspect en était admirable ; jamais nous n'avions rien mangé d'aussi agréable el d'aussi rafraichissanl. Ma femme sourit el me dit : « \ois-lii, mon ami, e'esl la un trail de giuiie de la euisinicrc en chel, qui roiigissail d'avoir sans cosse besoin île lis iiisiriic-
LE KOblWSOlN SUlSSt.
lions et de tes recettes. J'ai fait cette j^elée avec les leiiillcs (l'ali;iie f|iie j'ai fait laiiiasscr dans l'Ile du lleiiuiu. »
I.iii ayani deiiian<lé d'où lui était venue cette idée, elle nie dit ([ue, liendiinl ndtre séjour au (.'ap, elle avait appris (|ue les lialiitanis de cette colonie recueillenl en i|uaiililé de ces feuilles à l'ilc des (diicns marins; ils les lavent, les nicllenl sécUcr, puis, (piand ils veulent s'en servir, ils les laissent tremper pendant cinq ou siv jours dans de l'eau l' raidie. Après quoi ils les l'uni lionillirà pclite eau pendant plusieurs lieiiies, en y ajoutant du sucre et du jus île citron ou d'oranije; quand elles sont cuites, on les passe, et en se rel'roidissanl elles deviennent une véritalde i;elée. Ma ieninie ajouta (pie, n'ayant ni sucre ni citron, elle avait été oblijjée de se servir du jus de la canne et de paifuiner sa ijelée avec du vinaij;ie de miel, des feuilles de ravendsara et avec un peu de cannelle.
.le ne dois pas omettre de dire ijue, dans notre visite ii l'ile du l'iequin, nous trouvâmes toutes nos plantations de iuani;liers, de cocotiers et de pins en très-bon état. 11 n'y avait pas jusipiauv noix, que nous avions jetées au hasard enire les rocliers, qui ne cominenoasscnt à pousser; elles proinetluient de couvrir avec le temps les rnes nus d'une ai;rcal)le verdure. Nous découvrîmes aussi à cette ijicasinn, dans une partie pres(|iie inaccessilile de l'ile, une source alMindante, et des traces de pieds nous démoiilrèrent que nos antiliqies s'y élaieut désaltérées, ce qui nous lit d'aillant plus de plaisir ijue nous avions liicn craint que l'eau de pluie rasscmlilée ilans les lentes des rochers ne fût insulVisaiite pour leurs licsoins journaliers. (-0 que nous venions de voir à l'ile du iU'quin nous donna tout lieu d'espérer que dans l'ilc de la Baleine les choses seraient dans une siliiation plus favorable encore, et nous nous embarquàines pour aller l'inspectera son tour et faire une petite visite de cérémonie ii nos la|)ins. Nous reconnûmes de loin que leur nombre était bien aiiijmcnlé dejiiiis que nous ne les avions vus, et nous vîmes avec satislaclioii (ju'ils roni;eaient les ])lanles marines, d'oii nous conclûmes que nous pouvions les laisser dans l'île sans danjjer pour nos plantali(Uis. ;\Iais à peine eûmes-nous débarqué, qu'ils prirent la fuite et alli'rent se caclier dans le terrier (|u'ils s'étaient creusé entre les rochers. Je vis par la qu'il serait nécessaire de leur construire nousmciiics une demeure si nous voulions les avoir eiitièremeiit en notre puissance et pouvoir il notre ;;ié leur peigner les poils. Ce fut alors seulement que nous fîmes les dispositions dont j'ai parlé dans le dernier chapitre, et qui nous occupèrent pendant deuv ou trois jours.
Les espérances que nous avions formées sur l'état des plantations ilans l'ile de la Haleine ne furent point réalisées; car nous reconnûmes que les lapins gourmands avaient roni;é l'écorcc autour du pied de tous les jeunes arbres et dévoré presque tous les germes des noix de coco. Ils n'avaient épargné que les pins, sans doute parce que la saveur résineuse de ce bois avait été trop forte ])oiir eux. Comme nous tenions à faire réussir nos plantations dans celle île, nous y portâmes une nouvelle provision de lioix de coco, de boiiliires et de jeunes arbres; mais cette fois nuiis entourâmes notre pépinière d'une Il lie de ]ilantes épineuses, afin d'eiupècher ijuc les animaux rongeurs \ pénétrassent.
Je goûtai les plantes marines que nos lapins rongeaient à notre arrivée. Je trouvai il la plupart un goût de vase fort désagréable ; d'.iutres cependant étaient sucrées, et d'autres même avaient un léger goût de violette. Je crus y reconnaître le fucus saccharitius cl le fucus Ikihnatus. Avant de (|uitler l'île, nous en parcoiirûiiies encore tous les recoins, et nous ne tardâmes pas à retrouver le S(|uclette colossal de la baleine; il s'était écroulé, ci les os gisaient épars sur le terrain. Les oiseaux de proie, réunis au vent et au soleil, les avaient si bien iiilloyés, i|u'ils ne ré])aiidaient plus la moindre odeur désagréable et se trouvaient paiiaitemeiit en état d'être travaillés. Les verti'bres de l'épine me parurent oIVrir la forme la plus avantageuse pour être employées ii divers usages. IVoiis en réunîmes donc huit à div morceaux sur la gri've; puis, les ayant atlacliés ensemble |>ar une forte corde, nous les traînâmes à la remorque de notre chaloiipc jusqu'à l'clsenheim.
Comme nous venions de nous y établir, et eonime nous nous disposions il entreprendre <ranlies travaux, il arriva qu'un malin, penil.iiil que j'étais occupé dans l'atelier, mes jeunes gens, agités par l'impaticuce d'a\oir de nouveaux ihapcaiix, disparurent apri's avoir pillé la couche de carottes de leur mère, et en emportant avec eux les souricières. Je n'eus pas de ])eine à deviner leur projet, et je leur souhaitai bien du succès dans leur cliassc aux souris cl aiiv rats.
Cepenilaiit l'.rnest ne les avait point accompagnés : il était resté dans notre biblii)lhii|iic, enfoncé dans ses livres, .le fus d'aulant plus c uitentde <ellc circonstance, (|uc je voulais suitir moi-inèine. J'avais b: loiii de bois pour difl'ércnls travaux (|uc je projetais, et je n'aurais p,is voulu laisser ma fcmiiie toute seule. La sachant avei' son fils Ernest, je pouvais la qiiiltir sans inipiiétiide. J'allelai donc Slurm, dont Jack ne se servait |)lus depuis (|u'il avait son aiilriichc, ii noire vieille claie, alors niuiiic de roues d'affût, et accoinpagné de Itill je traversai le ruisseau des (Chacals et je m'enfonçai dans le bois.
!\Liis il peine eus-je traversé le pont, (|ue je reconnus que nos plaulalions de manioc et de patates élaienl en partie dévastées; ce qui
me mit dans une grande colère. Dans le premier moment, je ne sus il i|uoi attribuer ce dégât; mais (|uaiid je m en approchai de plus près, je vis, à ne pouvoir en douler, que ce lieu avait été visité par des cochons, (|iioiqiie rien n'iiidiipiât si c'étaient des cochons ;ipprivoisés ou des sangliers, (furieux de savoir ce qu'il en était, et me iap]ielant qu'il y avait assez longtemps ipie je n'avais aperçu soit notre truie, soit le marcassin, je résolus d'éclaircir la chose sur-lechamp. Cela n'était pas difficile, car je n'avais (pi'ii suivre les traces des spoliateurs. Elles me coniluis'rent d'abord ii la paroi de rochers, et de la, par une saillie, jusqu'il notre ancienne plantation de patates, près de Falkenhorst, où nous avions d'abord découvert cette plante; j'y retrouvai aussi de i;randcs mar(|ues de dévastation. J'en voulais beaucoup à ces brigands à (|ui la nature offrait en profusion tout ce qu'ils )iouvaient désirer, et qui n'en venaient pas moins ))iller nos propriétés. En attendant, je ne vis pas un seul d'entre eux, bien (|ue tout m'annonçât (|u'ils devaient être nombreux. A la lin, le chien se mit à abover avec force; et bientôt après j'aperçus notre truie, (|ui était devenue à demi sauvage et qu'enlouraienl huit cochons de lait d'environ deux mois, ainsi (|uc le ragot de la première portée, que nous avions laissé vivre pour (iropagcr la race. Toute la famille s'était réunie contre mon pauvre Bill, que je délivrai en lâchant les deux coups de mon fusil. J'abattis trois jeunes cochons, tous les autres prirent la fuite. Je rappelai mon chien , et je me préparai ii retourner chez moi ave/, mon butin ; mais je ne partis pas avant d'avoir trouvé un arbre qui me fournît le bois dont j'avais besoin pour mes travaux.