LE U0U1K60M SUISSE
tiuffcs? Croissent-elles en mitout en Italie,
FRITZ. OU trouvc-l-oii communément les Europe, et peut-on les cultiver .'
LE piîRE. Elles sont assez abondantes en Europe, en France et même eu Allemagne. On les trouve ordinairement dans les forêts de chênes, ou bien au pied de chênes ou de hêtres isolés. Pour les cueillir, on prend une bêche, et l'on se fait accompagner d'un chien ou d'un cochon. Ces animaux reconnaissent à l'odorat les endroits où les truffes se trouvent, et remuent la terre avec les pieds ou le muûe ; on découvre aussi la place par des essaims de mouches qui volent au-dessus.
FRir/,. Ces plantes n'ont-elles donc point de tiîjes ni de feuilles qui puissent faire reconnaître leur présence ?
LE l'ÈRE. Elles n'en ont point. On ne sait même pas au juste si ce sont des racines, des fruits ou des ehampignons, et l'on ignore absolument comment elles se reproduisent. Du reste, on en trouve de toutes les grosseurs, depuis celle d'un pois jusqu'à celle d'une pomme.
ERNEST. Ne connait-on qu'une seule espèce de trulïes, ou bien y en a-t-il plusieurs? Je voudrais savoir encore si on les compte au nombre des plantes, puisqu'elles n'ont ni racines, ni tiges, ni graines.
LE pi;RE. Ta m'en demandes plus que je n<' pcu\ te dire. En général, on les range parmi les champignons, quoiqu'elles en diflèrent sous plusieurs rapports, .le crois ((u'il n'y en a, à propreiuent dire, qu'une seule espèce, ((ui présente quehiues variétés (|uant à la grosseur et à la couleur, et selon le lieu et le terrain où elle a,élé trouvée. Du reste, la (lilïéreiicc de c<uiU'ur ne se manifeste guère qu'à l'extérieur, qui est tantôt noir, tantôt blanc, tantôt marbré; le dehors est presque toujours d'un jaune noir. »
Pendant ces discours, le soleil avait disparu, et la nuit en tombant nous avertit qu'il était temps de songer au souper et au repos. INous aurions bien désiré avoir nos chiens; mais ils étaient restés auprès du sanglier, et il était trop tard pour les aller chercher. Nous allumâmes' donc, selon notre usage, le feu de bivouac, et après avoir pris quelques aliments froids, nous allâmes nous coucher dans notre chalou)ie, où nous passâmes une nuit presque aussi tranquille que si nous eussions été à Felsenheim.
Le lendemain de grand malin, nous nous mîmes en route pour le champ de bataille, ai'in d'examiner le sanglier tué et tenir un conseil sur l'utilité (|ue nous pourrions en retirer. Kous laissâmes pourtant reposer le pauvre .lack, qui, après son aventure, n'était nullement disposé à se joindre à notre expédition. Dès que nous fûmes près du bois, le chacal et les chiens vinrent au-devant de nous en saulanl de joie, et nous reconnûmes avec plaisir (]u'il ne leur était arrivé aucun accident pendant la nuil. A la vue du sanglier, je fus surpris de sa grosseur monstrueuse, ainsi que de son excessive laideur. Pendant que je le contemplais en silence. Frit/, remarqua (|ue c'était là une excellente occasion de remplacer nos jambons de Wesiphalie, dont la provision était depuis longtemps épuisée. Je répondis qu'il était à craindre que la chair d'un vieux sanglier d'Afri(|ue ne fût piis fort tendre ni bien facile à digérer, et «pie, selon moi, il valait mieux commencer par examiner le terrain pour voir si nous ne trouveriiuis pas encore des truffes. H n'y en avait plus à l'endroit où mon fils avait recueilli les ))reiuières; mais l'œil perçant de l'ritz n'ayant pas tardé à distinijuer <les essaims de petites mouches (|ui voltigeaient de distance en distance, nous y fouillâmes, et luius ne fûmes pas longtemps à faire une récolle ahoudantc de ces précieux cryptogames.
Nous étant ensuite occupés du i.arti ijii'il fallait tirer de notre sanglier, nous nous décidâmes à n'emporter que la têlc cl les (jiiatre membres. Comme ils étaient fort lourds, nous fîmes cinq claies avec des branches d'arbres; nous attelâmes à chacune des trois premières un de nos trois chiens, je me chargeai de la quatrième, et Fritz cl Ernest traînèrent la dernière. Cependant, Jieu accoutumés à la bride, nos attelages ne suivirent ])as, dans leur marche, un ordre bien réglé, d'autant plus (|ue le chacal, auquel nous n'avions point assiipié de tâche, allait et venait de l'une à l'autre , déraugeail les chiens, et cherchait, en outre, à s'emparer d'une partie du produit de la chasse. En conséquence, Fritz se vit oblige d'abandonner à l^rnest tout seul le soin de traîner la claie où se trouvait la monstrueuse tète du sanglier, et de prendre sur lui le rôle de guide de la caravane. Arrivés sur la grève, à iieine eûmes-nous rendu la liberlé à nos chiens, que ceux-ci iclounH'rent, avec la rai)idité de la flèche, à la carcasse du sanglier, et ne revinrenl auprès de nous ([ue quand ils se furent amplement repus de sa chair.
Comme ncjus nous disposions, après cela, à mettre en jiièces nos claies, nous remarquâmes que la plupart des branches dont elles se composaient élaicnt chargées d'une espèce de noix fort douces, mais qui, au lieu de noyau, renfermaient du colon long et fin et d'une couleur fauve, ressemblant lieaiicoiip à celle du nankin, ()ni en effet est fabri(|ué d'un coton dont la couleur naturelle est celle de l'étoffe; il est originaire de la province de INaiiKin en (^hine. .le pensai donc que ce pouvait bien être là la véritable plante du nankin, et je mis soigneusement de côté toutes les noix que je pus recueillir, pour les faire voir à ma femme, me réservant de saisir la lucmière occasion pour en rumassscr autant que j'en pourrais trouver, el en même temps pour choisir deux jeunes arbustes bons à être IranspliUitcs.
Sur ces entrefaites, Fritz et Ernest songeaient à rôtir la hure du sani'Uer à l.i luoile olahilicniie pour notre souper, après l'avoir préalablement farcie de truffes, ce qui niuis promctlait un repas fort délicat. ,lack, qui s'était réveillé, sortit de la chaloupe et vint aider ses frères, pendant que, de mon côté, je faisais les premiers préparatifs nécessaires pour fumer les cuisses et les épaules. Le coucher du soleil nous surprit dans ces diverses occupations, de sorte (|ue je n'eus que tout juste le temps d'allumer un petit feu , quand tout à coup le silence des premières ombres de la nuit fut interrompu par un rugissement terrible qui retentit du fond du bois voisin, et que les échos rendirent bien plus affreux en le répétant. A ce bruit, notre sang se glaça dans nos veines. Pendant un moment, nous osâmes noiis flatter que ce bruit ne se renouvellerait pas , et qu'il n'avait été cause que par la chute d'un rocher. Mais notre espérance ne fut pas de longue durée , le rugissement ne tarda pas à se faire entendre de nouveau; et bientôt d'autres rugissements, les uns plus éloignés, les autres plus rapprochés, s'y joignirent comme pour y répoudre.
■( Quel infernal concert! s'écria à la hn Fritz en saulanl sur ses jambes et en saisissant son fusil de chasse. Des dangers nous menacent. Attisez le feu, retournez à la chaloupe, cl tenez vos armes en état, ,1e vais aller à la découverte dans mon kaiak; car je crois avoir entendu des ruijissements fort rapprochés, sur la côte mèuie. »
En un clin d'a'il le brave jeune liomme fut dans son canot, se dirigeant vers l'embouchure du ruisseau, et il ue disparut ([ue trop promplemcnt dans l'obscurité de la nuit. Pour le reste, nous suivîmes, ([uoiqu'à regret, ses instructions; nous ajoutâmes du bois au feu, et rentrâmes dans la chaloupe, prêts à tirer ou à forcer de rames pour nous éloigner, selon que le cas l'exigerait.
<( Je suis pourtant surpris, dit Jack, que Fritz nous ail ainsi laissés dans l'emliarras en un moment où il savait que nous avions si grand besoin de son secours. Je croyais que c'était un garçon de cœur.
— Et je suis sûr qu'il l'est, rcpoiidis-je; si je crains quelque chose, c'est plutôt son intrépidité, qui pourrait bien le pousser à s'eviioser à de trop grands dangers. (^)hc le ciel le préserve!
— Ce que je ne conçois pas, dit Ernest, c'est qu'il ait osé vous donner aînsi des ordres , nnui père, et qu'il soit parti avec son kaiak sans que vous lui en ayez accorde la permission.
— Cela s'explique, mon enfant, par son courage , par son ardeur, el surtout par sa présence d'esprit, qui lui fait eoiiiprendre en un instant quel est le meilleur parti à suivre. C'est une supériorité que prennent toujours sur les autres hommes ceux de qui la bravoure est
prouvée. » • l ■ i
Nous parlions encore, quand nous vîmes notre singe Knips, le chacal et les chiens courir en toute hâte auprès de notre feu. Knips lit une terrible grimace quand il s'aiierçut que nous nous étions emharqucssans lui! H s'assit sur la table que nous avions dressée j.ourle souper, et tint des regards inquiets fixés sur l'intérieur des terres. 11 tremblait de tous ses membres et ne cessait de se gratter. Le chacal cl les chiens s'assirent, au contraire, par terre derrière le feu, regardant du même côté que le singe, et faisant entendre alternativement des aboiements de colère et des hurlements d'effroi.
Cependant les rugissements devenaieni toujours plus fréipienls el semblaient se rap]uocher. l'.ientôt il me iiarul les entendre du côté de notre champ de liataille. Je m'imaginai alors que c'était une couple (le léopards ou de )ianlhères, (|ui, attirés de ce côte par l'odeur d'un sanglier mort, avaient forcé nos quatre compagnonsa une relraite si précipitée. Mais, au bout de (luelques moments encore, nous aperçûmes, à la faillie lueur ipie jetait au loin notre feu, un animal mouslriieux, s'avançanl par bonds rapides, cl qu'à ses rugissements plus dislincls et à Sii forme nous reconnûmes pour être un lion , mais d'une taille telle, que jamais on n'en a vu de scinblalile en Europe dans aucune ménagerie. (,)iiaiid il eut achevé d'exprimer la colère que lui causait la vue de notre feu, il s'assit comme un chat sur ses pattes de derrière, el jcla, tantôt sur nos chiens, tantôl sur la liiire, lies rrgards oii la rage et la faim se peignaient à la fois, l'endanl ce temps',' il frappait l'a terre de droite cl de gauche avec sa queue, et tous ses mouvements indiquaient les désirs avides dont il était
animé.
Le roi des forêts daigna , au Imul <lc quelque temps, se relever maiestueiiseuient, cl il se mit à man lier leiitemciit. H riigil encore, mais son organe était moins plein, plus luiard, cl scmlilail exprimer du dépit plutôt que de la fureur. Il se rendait soiivcnl au bord du ruisseau pour rafraîchir sa gueule altérée; puis il revenait avec une pronipliliide (|ui me faisait craindre, à chaque fois, qu'il ne su fût à la fin décidé à l'attaque. Je crus remarquer aussi (|ue les demi-cercles qu'il décrivait autour de nous devenaient de plus en |diis resserrés, jusipi'à ceiiii'il finit par prendre une position des plus menaçantes. Il s'étendit de toute sa longueur par terre, les yciiv éliiicelants lourde notre côté et redoublant la r.ipidité des mouvemeiils de sa Mais, avant que j'eusse eu le temps de décider s'il fallait liicr ou gagner le' large, i'enieudis, du sein des lénèlires, retenlir un coup si ter'r'ible que j'en tressaillis de frayeur cl iircsque de colère.
• Oh! voila i'rilz! » s'écria l'.ruest en poussaiil un soupir (|ui trahissait loiile son inquiétude; cl Jack poussa un grand éclat de rire, excité moins par le plaisir que par la tension de ses nerls. Le lion