‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 138 sur 219 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La Chasse au sanglier.

Toute l'expérience que le cardinal avait du caractère de son maître ne l'empêcha pas de tomber dans une grave erreur. Sa vanité lui fit croire qu'aucun autre intermédiaire ne serait parvenu comme lui à retenir le comte de Crèvecceur ; il savait l'importance que Louis attachait à différ^'r les hostilités, et il laissa voir inconsidérément qu'il croyait avoir rendu un grand service. Il s'approcha plus que de coutume de la personne du roi , et s'efforça d'enj;ager une conversation sur les événements de la matinée. C'était manquer de jugement sous plusieurs rap|iorls ; car les princes n'aiment pas à voir leurs sujets les aborder pour faire valoir leur zèle et en demander la récompense. Louis, le plus jaloux de tous les monarques, avait une antipathie profonde pour ceux qui cherchaient à mettre en relief des services rendus et à surprendre ses secrets. Cependant le cardinal, enivré de son triomphe, se tint constamiuent à la droite du roi, et saisit les moindres occasions pour amener l'entretien sur l'ambassade bourguignonne. C'était sans doute l'aflaire qui occupait le plus les pensées de Louis, et c'était aussi celle dont il était le moins disposé à parler. Il écouta la Bahie avec attention, niais sans lui répondre, de manière à prolonger la conversation; i)uis il fit signe à Danois de venir se placera sa gauche.

— Nous sommes ici, dil-il, pour prendre de l'exercice, mais ce révérend père voudrait nous faire tenir un conseil d'État.

— Sire, répondit Dunois, veuillez me dispenser d'y prendre part; j'ai le cœur et le bras qu'il faut pour défendre la France dans les batailles, mais ma tète ne vaut rien pour les conseils.

— Monseigneur le cardinal est tout l'opposé; après avoir admonesté Crèvecceur à la porte du château, il nous rapporte en détail toute la confession. ^ ous m'avez bien tout dit, n'est-ce pas'

11 accompagna ces mots d'un regard perçant qui brilla entre ses longs cils noirs comme la lame d'un poignard quand elle sort du fourreau. Le cardinal trembla en essayant de répondre à la plaisanterie du roi.

— Mon ministère, dit-il, m'oblige à cacher en général les secrets d'un pénitent; mais il n'y a pas de sùjiUum confessionis que ne fonde le souille de Votre Majesté.

— Comme Son Éminence est prête à nous révéler les secrets des autres, elle désire naturellement que nous soyons aussi communicatif avec elle. H lui serait agréable, par exemple, de savoir si les dames de Croye sont dans nos Etats. Nous sommes fiiché de ne pas pouvoir satisfaire sa curiosité; nos domaines sont trop vastes, grâce à Dieu et k Notre-Dame d'Embrun, pour qu'il nous soit possible de déterminer la place oii se cachent des damoisclles errantes, des princesses travesties, des comtesses désolées. Mais, en supposant qu'elles fussent chez nous, ([uc faudrait-il répondre. Danois, aux exigences de notre cousin?

— Je vous le dirai, sire, si vous daignez m'apprcndre ce (jue vous voulez de l.i guerre ou de la paix.

La franchise avec laquelle Dunois fit cette réponse tenait à sa droiture naturelle et à sou caractère intrépide. Ces cjualités lui valaient par intervalles les bonnes grAces de Louis, qui, comme tous les hommes astucieux, cherchait autant à lire dans le cœur des autres qu'à dissimuler ce qui se passait dans le sien.

— Par mon patron! réiilicpia le roi, je te l'apprendrais volontiers si je le savais moi-même; mais admets (pic je me sois prononcé pour la guerre, que ferai je de cette belle et riche héritière si j)ar hasard elle se trouve en France?

— ^ ous l.i donnerez en mariage à un de vos fidèles scrvilears qui saura l'aimer et la proléger.

— .\toi, par exemple' Pâques-Dieu! tu es plus polili(pic (|u'on ne le supposerait, avec toute t.i brusquerie.

— Je suis loin d'être politique; je vais droit au but. Votre Majesté doit .'i l;i maison (rf)rlé,ins au moins un heureux mariage.

— Et je m'acquitterai, pâi(ues-Di(u ! Ne voyez vous pas ce beau couple?

Le roi désignait la princesse et le duc d'Orléans. N'osant ni s'éloigner de Louis ni s'écarter l'un de l'autre, ils chev.iuehaient côte à côte à la distance de quelques pas; l;i liiriidité de .Jeanne, l'antipathie du duc les empê<haieut de se rapprocher davantage, et ils craignaient de déplairi' au roi en mell.int entre eux un [iliis gniud intervalle.

Dunois jeta les yeux du côlé ipu' Louis XI lui indi(iuait. La triste position de son parent et de sa fiancée ne lui r;ippclait gai're (pic celle de deux chiens accouplés ipii lâchent de s'éloigiiei au loin <le loutc

la longueur de leur laisse. Il ne put s'empêcher de secouer la tète sans se permettre de répondre plus explicitement au despote hypocrite.

Louis parut deviner ses pensées.

— Ce sera, dit il, un paisible ménage; je présume ([ue les enfants ne leur donneront pas beaucoup d'embarras, mais ce n'est pas toujours un don du ciel.

Après avoir émis celle réflexion, le roi s'interromiiil , et l'expression ironi(|ue île ses traits fit place à un air de contrition; peut-être se souvenait-il de son ingratitude filiale; mais celte impression fut passagère.

— Je respecte le saint sacrement du mariage, dit-il en faisant le signe de la croix; mais franchement, Dunois, plutôt que de voir la France déchirée comme l'Angleterre par 1rs prétcnlions des héritiers légitimes, j'aimerais mieux (|ue la maison d'Orléans ne donnât que de braves guerriers comme ton père et loi, qui sont du sang royal sans en réclamer les droits. Le lion ne devrait jamais avoir qu'un lionceau.

Dunois soupira et rest;i silencieux; il savait ipi'cn contredisant le monarque il risquerait de nuire aux intérêts de son parent sans lui être d'aucune utilité. Pourtant, un moment après, il ne put s'empêcher de dire : — Puisque Votre Majesté a fait allusion à la naissance de mon père, j avoue que je le trouve plus heureuv d'avoir clé le fruit de l'amour illégitime que celui de l'aversion conjugale.

— Tu me se;uidaliscs, Dunois, en parlant ainsi d'un nœud sacré; mais au diable les discours, car le sanglier est ilébusi|ué! Lâchez les chiens, au nom de saint Hubert! lia! ha! Ira, la, la, lire, la!

Et le roi, conduisant la chasse, fit jo'ieusemenl retentir son cor à travers les l'ois, suivi de quelques-uns de ses gardes, parmi lesquels était notre ami (,)ueutin Durward. Ce qu'il y a de remanpiablc, c'est qu'en se livrant à son délassement favori , Louis, avec sa caaslieilé nalurelle, trouva moyen de se divertir aux dépens du cardinal la Balue.

Comme nous l'avons déjà insinué, une des faiblesses de cet habile homme d'Etat était de se croire, malgré sa basse extraction, propre à jouer le rôle d'un élégant courtisan. Sans lever des troupes comme \\ oiscy, sans figurer dans les tournois comme Becket, il imitait leur galanterie et leur passion pour le belliqueux amusement de la chasse. Il avait pu réussir auprès de certaines dames auxquelles sa puissance, sa richesse et son influence politique avaient fail oublier sa mine chétive et ses m;iuieres vulgaires; mais les chevaux de prix qu'il achet;ii! étaient insensibles à l'honneur de porter un cardinal, et n'avaient pas plus d'égards pour lui qu'ils n'en auniient eu pour son père, le charretier ou le meunier. Le roi le savait; en excitant et retenant tour à tour son coursier, il mit celui du canlinal dans un tel état de révolte contre son cavalier, que leur sép.ualion devint imminente. Pendant que la Balue s'évertuait à maîtriser sa monture, son royal bourreau le harcelait de questions sur des alïaires d'importance, lui donnant ii entendre qu'il allait profiler de l'occasion pour lui dévoiler quelques-uns de ces secrets d'Etat que le cardinal s'élait montré si désireux d'apprendre.

On aurait difficilemcnl imaginé une situation plus pénible que celle d'un conseiller privé forcé de conférer avec son souverain, et ballolté en même temps par un cheval indomptaldc ; chaque gambade nouvelle augmentait son embarras; sa robe violette flottait au vent; les rebords élevés dont sa selle était garnie par devant cl par derrière le préservaient seuls d'une chute périlleuse.

Dunois riait sans contraiiilc. Le roi, qui jouissait eu secret de ses plaisanteries sans manileslation extérieure, blâmait iloucement son ministre d'apporter à la chasse une ardeur qui ne lui pcrmcltait pas de conserver (piclques instants aux afl'aires.

— ■Jene veux plus mettre obstacle ii votre course impétueiise, ajouta-t-il en lâchant la bride à son cheval.

Avant que la Balue eût eu le temps de dire un mot, son coursier prit le mors aux dents, partit au !;alop le plus désordonné, et laissa bieiitôl derrii're lui ses compagnons.

S'il est arrivé à quelqu'un de nos lecteurs, comme à nous, d'être sur un cheval emporlé, il compiendra facilement les peines, les dangers et le ridicule de la siluatioii. Les jambes du quadrupède ne sont plus sous la dirertidii du cavalier; soiixeut même elles n'obéissent pas à l'animal aucpiil elles apparliennent; elles arpentent le sol avec une telle vitesse qu'on dirait (|ue celles de derrière (herchenlà remplacer celles de devant. Les jambes du bipède, qui voudrait bien les poser sur le vert gazon, contribuent à augmenlcr s;i détresse en pressant les flancs du cheval; les mains abandonnent les rênes pour l.i crinière; le corps, au lieu d'être assis sur le centre de gravité, suivant la recommandation des proCisseurs, est penché en avant comme celui d'un jockey, ou couché sur le dos de la monture, et n'y tient pas plus solidement (|u'un sac de blé. Toutes ces circonstances réunies composent un spcitaele assez plaisant pour tout le monde, excepté pour l'acleiir |)riniipal.

Que ce spectacle se cnmpli(pie de quelque singularité de costume, d'une robe d'apparat, d'un brill.int uniforme; que la scène se passe au milieu d'une revue, d'une procession, d'une course, ou de loiilc autre réunion publique, et si le p;iiivri' patient veut éviter de pro-

QUENTIN DURWARD

voquer des éclats de rire inextinf;uibles, il faut qu'il se casse quelque membre, ou nièuie qu'il se fasse tuer sur la place; car à ce prix seulement sa chute excitera de sérieuses sympathies.

Dans le cas actuel, la courte robe violette que le cardinal avait endossée pour monter à cheval, ses bas écartés, sa barrette roui;e à lonp,s cordons flottants, faisaient valoir ce que son attitude avait d'étrani;e et de ;;rotesque.

Le cheval, abandonné à ses caprices, suivit une Ionique avenue, rencontra la meute qui serrait de près le sani;lier, écrasa plusieurs chiens, renversa plusieurs piqueurs, qui ne s'attendaient i;uère à être charr;és par derrière. Après avoir jeté le désordre dans la chasse, animé par les vociférations et les menaces qui retentissaient autour de lui, il emporta le cardinal épouvanté au delà du formidable animal.

Le sanf;iier s'avançait d'un trot rapide, furieux, inondé de l'écume qui ruisselait autour de ses défenses.

L'homme cjhi se vanti' ddv.iir secouru un roi dans une pareille extréniilé n'obtient pour récompense tjue de stériles éloges.

En le voyant, la lialue poussa un cri si lerrilde, (|ue le cheval, effrayé tant par la voix de son maitrc (|ue par la présence de la bète féroce, interrompit sa course ])ar un écart subit. Le cardinal, dont la continuité du mouvement maintenait seule i'équilibri-, tomba lourdement à terre, et la proximité du sani;lier lui aurait été aussi fatale qu'elle le fut à Favila, roi des (lolhs, si l'attention de l'animal n'eût été heureusement distraite. Le puissant ecclésiastique en fut quitte pour la peur; il se traina le plus promptement ])ossible loin de Li route que suivaient les picpieurs, et tons les cavaliers passèrent auprès de lui sans lui jmrter secours; car les chasseurs de ce temps, comme ceux du nôtre, n'avaient pas la moindre commisération pour de pareils accidents.

— \ oilà Son Lmincnce assez bas, dit le roi à IJunois. 11 n'est pas (jTand chasseur; mais comme pêcheur, (piand il s'aijit de ]>rendre un secret dans ses lilc^ls, il en rcnidutrerait à saint l'ierre. i'oiirtant il a trouvé plus flirt que lui.

Le cardinal n'entendit point ces paroles, mais il en devina le sens à l'air de mépris dont le roi les accompai;na. On assure que le diable profite pour tenter les hommes d'occasions analop.iies à celle que lui offrait la lialue. La frayeur du prélat s'était calmée dès (ju'il s'était aperçu (|u'il était sain et sauf; mais sa vanité, offensée par le dédain (|iie lui témoii;uait Louis \1 , lui inspirait des idées <le veu!;cance.

Lorsque la chasse fut passée, un cavalier qui la suivait eu spectateur avec qiiehpies valets s'arrêta devant le cardinal, qu'il était étonne de trouver seul étendu au jiied d'un buisson.

("était le comte de (IrèvecoHir.

«iomprenanl sans peine ce (pii était arrivé, il mit pied à terre, offrit son assistance à la lialue, et le lit monter sur le palefroi sûr et pacifi(|iie d'un d<' ses serviteurs.

— Lh quoi 1 dil-il ensuite , les usages de la cour de France pcimcl-

tent-ils d'abandonner ainsi aux dangers de la chasse les hommes d'État les plus recommandables ?

Le ministre était en ce moment d'humeur à se prêter à des tentatives de corruption, qu'on sait (]u'il eut la faiblesse d'accueillir. Déjà dans la matinée il s'était passé entre l'ambassadeur et lui des choses qu'il n'avait pas jugé convenable de rappeler à son maître, mais que celui-ci avait soupçonnées. Il avait appris avec une vive satisfaction que le duc de liourj;op,ne avait la plus haute estime pour ses talents. 11 avait été séduit par la peinture que (^rèvecœur lui avait faite du caractère libéral de Charles le Téméraire et des riches bénéfices de Flandre; mais ce ne fut qu'après l'accident que nous avons raconté que, blessé dans son amour -propre, il résolut de prouver à Louis XI qu'un ami, un confident offensé devenait le plus danijercux des ennemis.

L'envoyé de Bourgogne renouvela ses propositions. La Balue l'invita à s'éloigner, de peur qu'on les vît tous deux ensemble, et lui assigna pour le soir, après les vêpres, un rendez-vous dans l'abbaye Saint-Martin de Tours. Au ton dont il s'exprima, le Bourguignon s'aperçut que son maître venait d'obtenir un avantage qu'on ne pouvait guère se promettre que d'un pareil moment d'exaspération.

Cependant Louis XI, qui, malgré son grand génie politique, laissait parfois ses passions dominer sa prudence, était tout entier à la chasse. Un marcassin de deux ans avait traversé la voie du sanglier débusqué, et avait attiré à sa poursuite la plus grande partie des chasseurs et tous les chiens, à l'exception de trois paires de vieux limiers expérimentés. Le roi vit avec une joie intérieure Dunois prendre la fausse piste, et conçut l'espoir de l'emporter sur ce chevalier accompli dans l'art de la vénerie, qu'on regardait alors comme presque aussi glorieux que l'art de la guerre. Clouté sur un bon cheval, il suivit de près les trois couples de chiens, et il se trouva en face du premier sanglier quand celui-ci, réduit aux abois, s'accula dans une pièce de terre marécageuse.

Louis montra la bravoure et l'adresse d'un chasseur consommé. Inaccessible à la crainte, il courut au terrible animal, qui se défendait avec fureur contre les chiens, et le frappa de son épieu; mais il ne le mit pas hors de combat, parce que son cheval effrayé avait fait un écart.

Après d'inutiles efforts pourramener sa monture à la charge, le roi mit pied à terre, et tenant une de ces épées courtes, étroites et affilées, dont les chasseurs se servent en de telles rencontres, il s'avança vers le sanglier.

La bète irritée quitta immédiatement les chiens pour l'homme.

Le roi l'attendit de pied ferme, présentant son épée à la poitrine de l'animal, qui devait s'enferrer avec une force proportionnée à son poids et à l'inipétuosilé de sa course. Mais le roi glissa sur le sol humide; la pointe de son arme, au lieu d'entrer sous l'omoplate, rencontra la cuirasse de soies dont l'épaule était hérissée, et il tomba à la renverse.

Celte chute fut heureuse pour lui; le sanglier le manqua à son tour, et le formidable boutoir qui allait percer la cuisse du roi ne fit ([ue lui déchirer son manteau de chasse. L'animal se porta d'abord en avant, puis il se retourna pour se jeter sur le roi au moment où eclui-ci se relevait.

La vie de Louis XI était eu danger.

En cet instant critique, (^Hientin Durward, que la lenteur de son cheval avait éloigné des chasseurs, mais qui avait par bonheur reconnu et suivi les sons du cor du roi, accourut an galop, et perça le sanglier de son épieu.

Le roi s'était relevé; il vint prêter main-forte à <Jueiilin, et d'un coup d'épée coupa la gorge de la bête expirante. Avant de dire un seul mot à son sauveur, il la mesura, en évalua en pieds les diineiisions, essuy;i la sueur de son front et le sang de ses mains; puis il ôta sou bonnet de chasse, le suspendit à un buisson, et lit dé\otement ses oraisons devant les petites images de ])lomb dont le bord était garni.

Jetant enfin les yeux sur Durward : — l'.st-cc loi, lui dit il, mon jeune Écossais? Tu as bien commencé ton apprentissage de veneur, et maître l'ierre te doit un aussi bon régal (jue celui cju'il t'a offert là-bas à riiôlel de la Fleur-de-Lis. Pourquoi ne parles-tu pas? On dirait (|uc tu as perdu de l'audace à la cour, oit tant d'autres en acquièrent.

■lamais brise d'I'xosse n'avait souillé la prudence à un jeune homme ])lus fin (|ue Duruard. 11 se garda bien de se permettre la familiarité dangereuse (pie semblait autoriser un maître (]iii lui inspirait plus de crainte <|ue de confiance. Il répondit en termes choisis que, s'il se hasardait il parler au roi, c'était seulement pour lui demander pardon de la grossièreté avec laquelle il s'était conduit quand il igiior.iit son rang élevé.

— Il suffit, dit le roi; je te pardonne ta haidiisse en faveur de tiui courage et de ta |)erspicaeité. ,1'ai été éloiiné de la manière <lont tu as presque deviné le métier de mon compi're l'ristau. Si j'en crois ce ([u'on m'a rapporté, tu as f.iilli le voir à l'uiivre sur la personne, l'rends bien gaiih' à lui : c'est un iiiarchand (|ui vend de rudes bracelets et des colliers étroits. Aide-moi à monter à cheval... Tu me. plais, et je le ferai du bien. JNc compte sur aucune autre protectioi;.

QUENTIN DURWARD

pas même sur celle de ton oncle ou de lord Cravford, et ne dis rien de l'assistance opportune que tu m'as donnée tout à l'heure. L'homme qui se vante d'avoir secouru un roi dans une pareille extrémité n'obtient pour récompense que de stériles éloi;es.

Le roi donna du cor; Dunois et plusieurs ijcntilshoiumcs survinrent, et le félicitèrent d'avoir tue un aussi beau sanijlier. 11 s'attribua sans scrupules plus de mérite qu'il ne lui en revenait réellement. Il parla du concours de Durward comme un chasseur de ipialité parle du garde-chasse qui le suivait dans une expédition où bon nombre de pièces de gibier ont été abattues.

— Dunois, dit-il ensuite, vous enverrez ce sanglier aux chanoines de Saint-ALirlin de Tours, pour (pi'ils s'en régalent les jours de fête, et qu'ils se souviennent de nu)i dans leurs prières. Mais qui a vu monseigneur le cardinal? il me semble qu'on montre bien peu d'égards pour la sainte Eglise en le laissant à pied dans la forêt.

— Pâques-Dieu 1 sire écuyer, il me semble que vous dormez sous les armes

Tout le monde garda le silence.

— Sire, dit enhn (,>uentin , j'ai vu donner à Son Eminence un cheval sur lequel elle est sortie du bois.

— Le ciel veille sur les siens, repartit le roi. Hcndez-vous au château, messieurs; nous ne chasserons .pas davanlage. Ecuyer, allez ramasser mon couteau de chasse, ()ue j'ai laissé tomber là-bas. Marchez en avant, Dunois; je vous suis à l'instant.

Louis, dont les moindres actions étaient souvent combiiu'cs comme des stratagèmes, trouva moyen d'interroger secrètement ( )ucntin :

— Miui brave Ecossais, tu as de bons yeux, à ce (|u'il me semble, l'eux-tii lue dire qui a donné un palefroi au cardinal ' c'est sans doute uu étranger; comme j'ai passé devant lui sans m'arrêter, les courtisans n'ont pas dû s'empresser de lui rendre service.

— Sire, répondit (Quentin , j'étais tombé de cheval, et je galopais ])our réparer le temps perdu, .le n'ai donc fait qu'entrevoir ceux qui secouraient Sou Eminence; mais je crois que c'étaient l'aïubassiKU iir de Bourgogne et ses gens.

— Ah! ah! dit Louis. Eh bien, soit! la France est encore capable de leur tenir tète.

Il ne se passa point d'autre incident rcmaniuable avant le retour du roi au château.

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