‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 16 sur 219 · LES MAKIS · texte numérisé non relu

LES MAKIS

Ces animaux font le passage naturel des quadrumanes aux autres mammifères; leur museau rappelle |)lus celui du chien que la figure humaine; leurs narines sont situées au bout i\n museau, comme celles des chiens; les extrémités postérieures sont plus longues (pie les aniérieures; ils ont tous les ongles plats, excepté celui du premier doigt des pieds de derrière, (pii est relevé et très-aigu; les mamelles placifes sur la poitrine; leur queue (manquant quelquefois) est toujours lâche et non lueuante.

2S'' Genre. Les jMAKlS (Lcniur, Lin.) ont Ircnle-deux dculs : (piatre incisives supérieures el six inférieures en avant, les deux canines supérieures croisent les inférieures en avant; ils ont six uujlaires. Leur museau est cflilé comme celui d'un renard ; leur tpieiie est très-longue; leur poil est doux el laineux; leurs mamelles, au nombre de deux, sont placées sur la poitrine. Tous sont de Madagascar. Ces animaux aiment la chaleur, même dans leur pays. Ils marchent en relevant leur longue i(ueue en panache.

Le MAKI noucE (Lemur rulier, Peiio.n. — Grori . Le Maki rou.r, Fr. Cuv.).

Ce bel animal est d'une grande taille , relativement à ses congénères, il n'a pas moins de (piatorze pouces de longueur (0,079) depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue. Il est

d un roux marron vif, avec la têle, les (piaire mains, la queue et le ventre noirs; il porle une toulT'e ih; poils loux à chaque oreille, cl une taclic blanche sur la nuque.

Cette espèce habite les bois des environs de Taniatava dans l'Ile de Madagascar, et probablement dans (pielques autres parties de ce singulier ]>ays , où les makis, assez nombreux en espèces, semblent avoir élé i)lacés p(nir remplacer les singes qu'on n'y trouve pas. Le maki rouge est doué d'une grande agiliti-, comme tousses congénères, mais il est d'un naturel triste et dormeur. Keliré dans le trou d'une vieille souche , sur un lit de feuilles sèches ou de mou.sso que la nature seule lui a préparé, il passe la jibis grande partie de son temps à dormir coiiciit' en rond et la têle entre ses jambes. Ce n'est (pie lorscpie la faim le lalonne (pi'il se réveille et ïort de sa retraite. Alors il di'ploie loute son adresse, toute son agilité, pour parcourir la forêt, lanl(U en s'élançant d'un arhre à un autre, tantôt en se glissant à travers les broussailles et marchant d'un pas b'ger sur la len'e, à la manière des renards. Sa nourriture ordinaire consiste en fruits sauvages; mais il cherche aussi les nids d'oiseaux jiour en manger les œufs, el il ne dédaigne i)as les insectes ipiand il ne trouve rien de mieux.

Ses maurs sont douces et indobmtcs; aussi s'accouimne-t-il assez bien à la captivité, cl il s'apprivoise avec faciliti'. Mais il

MAKIS

n'est jamais très-affectueux, et dans son esclavage il ne parait avoir (lue deux passions, à la ve'rlté bien innorenles, celle de manger et celle di' (Uinnir. Sion le trouble dans son repos, sa paresse ne lui permet i)as de se niellre trop en colère ; il se borne à ouvrir les yeux, à pousser un petit grognement, puis il se remet à dormir. 11 est assez robuste et supporte bien les rigueurs de notre climat, pourvu qu'on le tienne dans une chambre à feu. i/ Le Vai\i [Lemur inacaco. Lin. Le Vari, liurr. — G. Cuv.) est, avec le précèdent, une des plus grandes espèces du genre. Ses couleurs sont le noir et le blanc, mais elles ne sont pas dislribu('es e'galcment, et elles varient de place d'inilividii à imlividu; la tèle est blanche dans les milles, noire dans les femelles. 11 a vingt jjouces (0,342) de longueur.

Les naturalistes s'accordent assez à dire que cet animal est fort doux. En effet , dans l'esclavage, il semble avoir assez de , douceur, mais sans cei>endant montrer beaucoup d'aircction à ceux qui le soignent. Si son museau pointu, ses grands yeux assez expressifs (piand il a un de'sir, n'annoncent pas une grande me'chancete', ils ne di'uotent pas non plus beaucoup d'intelligence. Quelques individus même aiment assez à recevoir et à lendre des caresses : mais tout cela proiive-l-il que ces animaux conservent un caractère pacifique ipiand ils vivent libres et à l'état de nature"? C'est ce que je ne crois pas, et je puis citer un fait à l'appui de mon opinion.

A la ménagerie, un vari vivait avc(^ un mongous dans la même cage. Ces deux animaux ne paraissaient pas se soucier beaucoup l'un de l'autre, mais ihi moins, s'ils ne vivaient pas en parfaile intelligence, ils ne cherchaient pas à se nuire et ne se battaient pas. On les plaça dans une cage plus grande , et on les transporta dans un autre local. Le lendemain malin, on trouva le mongous tue' : le vari l'avait rais en lambeaux. D'ailleurs, ce fait se trouve assez en harmonie avec ce (pie dit le voyageur Duret : que les varis sont d'un naturel farouche et cruel comme celui d« tigre.

Quoi qu'il en soit, l'impe'ratrlce Joséphine a eu pendant plusieurs anne'es des varis qui ont ]iarfattement vécu dans sa ménagerie de la Malmaison. Ils y ont même fait des petits qui sont n<'s les yeux ouverts, comme les petits des ouistitis. ,^ Le Mococo (Lemur caita, Li.n. Le Mococo, Buff. — G. et Fn. Cuv.). Son pelage est d'un beau gris en dessus, teinte' de roux sur le dos et les e|)aules; le sommet de la tête, le dessus et les côtes du cou, le tour des yeux et le bout du museau sont noirs; tout le dessous est blanc, et la queue est annele'e de blanc et de noir. De tous les makis, le mococo est celui qui montre le plus d'int(dligence et de douceur. Il s'apprivoi.se trèsdjien et prend pour son Miailre une assez vive affection. Parmi les mammifères, il en est peu (pii réunissent, à des formes i)lus ('lèganles, des habitudes plus douces et un caractère plus conliaiit.

Le Uii^icavH [Lemur moïKjom, Li.n. Le .]tunguus, Buff. — G. Cuv. Non Fil. Cuv. ). Il est tout brun avec le visage et les mains noirs, selon G. Cuvier. Selon ,M. Lcsson, il serait d'un gris jaimAtre en dessus, blanc en des.sous, et il aurait le tour des yeux et le chanfrein noirs. Kdwards dit que le dessus du corps est d'un brun fonce. Tout ceci jirouve que cette espèce mal dèlermini'e a e'té confondue avec d'autres, si réellement elle existe. M. Fr. Cuvier est encore venu augmenter la confusion en donnant le nom de lemur monyous au lemur collaris de (ieoll'i-oy.

LeM.\Ki A vn\\<.K{Li;mur collaris, ('•f.oi'i- . Lemur iiiuiii/uus, Fn. Cuv.). 11 est d'un brun roux en dessus, fauve en dessous; une fraise de lioils d'un roux doré entoure la face, qui est d'un pbuubé violAtre. Ces animaux sont timides, inofl'cnsifs et fort peu intelligents. Ils s'apprivoisent (pielquefois assez bien pour venir <iuand on les appelle, mais ils ne s'attachent jamais.

L(.' Maki ii'An.îouan {Lniiur Huussanlii, — non le muki d'Aiijiniiin, (HiOFi .) (lidèie (lu [iriVédent par sou crique plus élevé, son museau moins long, hlaiii: en devant; par sa fraise d'un roux sale; enlin par son pelage d un grisjaunAIre en dessus , d'un jaune

sale en dessous et d'un gris blanc sur la poitrine. Il habite Anjuan à Madagascar.

Le Maki «om {Lemur nijjer, (;f:oi f. Le Maucoco noir, Fdwa.). Il est entièi-einent noir et de la grandeur d'un chat doinesli(|ue. Il est remanpiable par les longs poils qui revêtent son cou. On le trouve à .Madagascar.

Le Maki iikun (Lemur fulvus, Geoff. Le grand Mongous, Buff.). Son pelage est gris en dessus, brun en dessous; il aie chanfrein busqué et très-élevé.

Le Maki iioux (Lemur rufus, Df.sm. — Geoff.) est d'un roux don' en dessus, d'un blanc jaunfttre en dessous; à l'exception du front, il a le tour de la tête blanc : une bande noire «'étend de la face 5 l'occiput.

Le Maki aux pieiis iu.ancs (Le»(ur o/6/wio?iiis, Geoff.) est d'un gris brun en dessus , roussfttrc en dessous , avec la poitrine et les mains Idaiiches, les poils des ciltes du cou sont d'un roux cannelle.

Le iGiitsET {Lemur cinereus , Lëss. Lemur griseus, Geoff. Le pelit Maki, Buff. Le Griset, Aiideii.) est d'un blanc sale en dessous; le dos, le dessus de la tête et des membres sont d'un gris un peu glacé de fauve; les joues sont d'un gris uniforme, moins foncé que le gris du front. Serait-ce le jeune âge de l'indri à longue ipieue?

Le Maki a ritoNT di.am; (Lemur albifrnns Geoff. La femelle est le Maki d'Anjûuan de Geoff. et le Maki aux pieds faui'es de Bmss ,). Il est d'un gris roux ou d'un brun marron doré en dessus ; d'un brun gris olivâtre en dessous; les deux derniers tiers de la queue sont noirs; la face et les quatre mains sont d'un noir violAtre; la partie antérieure de la tête, le cùUi des joues et le dessous de la mAihoire inférieure sont blancs dans le mftie, d'un gris foncé dans la femelle.

Des animaux de cette espèce ont fait des petits à la nn'nagerie. r,a femelle a porté environ ipiatre mois, et fit un petit de son sexe (]ui naipiit les yeux ouverts. « Dès le moment où ce jeune maki fut au monde, dit Fr. Cuvier, il s'allailia à sa mère avec ses quatre pattes , en travers du ventre, au-dessus des cuisses, qu'elle repliait contre elle-même comme pour le cacher; et, lorsqu'il voulait teter, il allongeait son cou pour aller chercher la mamelle, qui est sous l'aisselle. Outre ipi'il s'enfonçait dans le pelage de sa mère, celle-ci ])résentait toujours le dos aux personnes (pii la reg.ndaient, quelque familiarisée (pi'elle fut avec elles, et ce n'a été ((u'après plusieurs semaines qu'on a pu l'observer exactement. A sa naissance, il était de la grosseur d'un petit rat. Cette femelle, avant la naissance de son petit, était extrêmement douce et familière : on ne s'approchait |)oint d'elle ((u'ellc ne vint aussitijt chercher des caresses et lécher les mains. Mais dès (pie son petit fut né, elle devint (bUianle, s'éloigna de tout le monde, et im'me elle menaçait dès ipi'on l'approchait. Cette défiance s'est affaiblie par degrés; et sa première familiarité a reparu lorsque ses soins sont dcvetius moins nécessaires à son pelit, (M'st-à-dire vers le troisième mois. Jiisipie-là ces animaux ne s'étaient i)oiiit S('|)ar('s, ou, si le iictlt se hasardait » se détacher de sa mère, au moindre bruit il retournait se cacher entre son ventre et ses cuisses. )i La mère l'a allaité pimdant six mois.

Des observations faites à la mi'nagerie sur ces animaux , il est résiilti' la connaissance d'un fait extrêmement important pour l'histoire du genre ; c'est (pie le llli^le et la femelle peinent difli'rcr de couleur au point de ur. |ias se ressembler du tout, ce (|ui doit nécessairement avoir induit les naturalistes en erreur. En effet, dans cette espèce, toutes les parties (pii sont d'un briiii niarion doré dans le niMe sont d un fauve plus ou moins iaiiniltie dans la femelle, et tout ce cpii chez celle-ci est d un gris foncé est blaiK- dans le premier, (iomn»! il n'y a pas de raison pour croire ([ue ce maki fasse une exception, on doit présumer que les naturalistes ont souvent fait confusion, ou double emploi, et qu'ils ont donne' des noms dilfi-reiils à des mfties et à des femelles de

LES QUADRUMANES

la même espèce. Si celle observalion est juste, il faudra probablement re'iluire à sept ou huit le nombre de makis qu'ont décrits les auteurs ; et ce sera encore beaucoup si l'on considère que ces animaux ne se trouvent que sur un seul point du globe , et même dans un espace comparativement assez borné , l'ile de Madagascar.

Le Maki ruuge.

«Les makis vivent en troupe, dit Geoffroy Saint-Hilaire; ils prennent leur nourriture indifféremment avec la bouche ou avec la main ; ils lapent en buvant, à la manière des chiens. Revenant dans les mêmes lieux, ils se plaisent à répéter les mêmes allures et les mêmes mouveraenls. L'un de ces mouvements, qu'ils reproduisent comme divertissement , consiste à s'élever perpendiculairement le long d'un mur ou d'un arbre : ils mettent une sorte d'aniour-i)ropre à s'élever; et si quebpies accidents les en ont empêchés , ils en montrent une sorte de dé|>it , et ils s'y prennent avec tant de calcul , qu'ils se satisfont le moment d'aijrès par un saut de la plus grande hauteur. Abandonnés en liberté dans les maisons, ils choisissent un certain ein|)lacemcnt pour s'y livrer au repos et c'est loujouis l'encoignure du meuble le plus élevé et le plus retiré de l'appartement.

Le M.\Ki A FUONT NOIR {LcmuT niç/rifrùns, Geoh'. — Kr. <'.v\. Simia sciurus , Pktiver. Lemur simia sciurus, Schreb.).

Cet animal a le pelage cendré en des.sns vers les parties antérieures du corps, et d'un gris roux sur les p.irlies postérieures; le dessous est roux : il a un bandeau noir sur le front. Il ilidère princi|)alemenl du maki à fraise par ses favoiis, qui sont gris au lieu d'être roux.

En faisant l'histoire de ce maki nous complétons celle de tous les autres animaux de son genre, car, sauf un peu plus ou un peu moins de méchanceté ou de douceur, ils ont à peu de chose près les mêmes instincts et les mêmes habitudes.

Le maki à front noir vit solitaire, par exce|)tion, en compagnie de sa femelle seule ; il habite les parties les plus retirées des forêts de Madagascar. C'est un animal crépusculaire qui passe la journée à dormir couché en boule , sa grosse queue passée entre ses jambes de derrière et ramenée de manière à s'enrouler autour de son cou. Il attend dans cette attitude que le soleil soit couché pour se mettre en quête de ses aliments. Il marche très- (liflicilement sur la terre; mais dès qu'il s'ap|iroihe d'un arbre dont les branches ne sont (pi'à douze ou (piinze pieds d'élévation (4 à S mètres), d'un bond prodigieux, et ce|)endant sans effort, il s'élance dessus. Rarement il se donne la peine de monter autrement; à moins que les branches de l'arbre ne se trouvent à une hauteur extraordinaire, à laquelle il ne i)eut atteindre. Dans ce cas il s'élance au tronc , et ce premier bond le porte tout d'un coup à douze ou quinze pieds de hauteur (4 à 5 mètres). On ne reconnaît plus alors l'animal paresseux et somnolent : car il déploie une telle vivacité, que les yeux ont jieine à le suivre, tant est grande la rapidité avec laquelle il saute de branche en branche en jouant avec sa femelle, qui ne le quitte guère.

Le Uaki à frout noir.

Ces deux animaux ont de la tendresse l'un pour l'auli'e, et se la témoignent d'une manière assez singulière : pendant le jour ils doriiitrit en ■•e tenant pressés dans lis bras l'un de l'autre. Lorsi|u'ils sont ('veillés, ils se grattent niulutllement les or( illes en enfonçant dans la conque cet ongle uniipie (pi'ils ont à l'index de la main de derrière; ils se nettoient et se lissent le poil en se léchant et en se servant de leurs incisives inférieures, qui sont longues, couchées en avant, et simulent une sorte de ix'ignc. Elles ne sont propres cpi'à cet usage, et leui' forme, comme leur posilion, les rend tout à fait inutiles |)our la uiaslicalion ; ils ne peuvent pas même s'en servir pour mordre ou retenir une proie.

Cette habitude, qu'ils ne doivent qu'au désir d'entretenir sur eux une extrême propreté, est cause que lorsqu'ils vivent en esclavage et qu'ils lèchent la main de leur mailrc ils ne manquent jamais de lui frotter doucement la jieau avec ces petites dmls, et c'est la plus grande niar(|ue de contentement et d'amitié (lu'ils puissent lui donner. De là, de mauvais observateurs ont conclu ipi'ils avaient la langue rude et épineuse comme les chats; et eettf; erreur s'est généralemeni n'paiidiie, jiarce (pie liiill'on l'a consacrée.

l.orM|iie deux makis se caressent connue nous venons de le

MAKIS

(lire, si un autre couple rôdeur vient les déranger, la guerre est aussitôt de'clare'e et commencée. Ce (lu'il y a de particulier, c'est que les deux femelles y prennent une part active, et montrent même plus d'acharnement et de fureur que leurs mâles. Tous à 1(1 fois poussent des cris sur un ton assez grave, mais très-fort, ce qui produit un bruit étourdissant; ils se saisissent corps à corps, se mordent, et s'arrachent des poigne'es de poils avec les mains. Le combat ne finit ipie par lassitude ; alois ils se séparent, et cha(iue couple se retire dans un lieu écarte pour remettre de l'ordre dans sa toilette, en se lissant mutuellement leurs iioiN ebourifTe's.

Si tous les makis sont d'habiles grimpeurs, s'ils surpassent même les singes les plus lestes dans l'agilité qu'ils mettent à |iarcourir en un clin d'oeil toutes les branches d'un arbre, c'est (pi'ils le doivent à une organisation particulière. Chez eux, la paume de la main se continue par une ligne droite cache'e sous les poils, jus(iu'au milieu du bras, de sorte que lorsque ce dernier est e'tendii, les doigts se ferment nécessairement, et l'animal ne jteut plus les ouvrir sans faire un grand efl'orl ou recourber son bras. Ceci fait comprendre la facilité avec laquelle il se suspend aux branches et peut rester pendu par une seule main pendant fort longtemps. Il lui arrive quelquefois de faire son repas tout entier en restant dans cette singulière position, tauilis (pi'avec l'autre main il cueille et porte à sa bouche les fruits dont il se nourrit.

Dans la captivité, le maki à front noir ne ditrère en rien des autres. 11 n'est pas méchant, cependant il se met assez facilement en colère si on le contrarie; et alors il jette un cri aigre interrompu , mais se succédant avec rapidité. Lorsipi'on le caresse , il fait entendre un petit son roulant et sourd, absolument comme celui d'un chat lorsqu'on lui passe la main sur le dos. On le nourrit comme les autres espèces, c'est-à-dire avec du lait, du pain, des fruits et des racines cuites. Si on le tient dans un lieu chaufl'é jien lant l'hiver, il vit fort longtemps dans nos climats.

t/ 26« GENtii;. Les INDUIS (Iwiris, Lacip.) ont trente-deux dents : quatre incisives à chacjue mâchoire, les inférieures couchées en avant; cinq molaires de chaque côté aux deux mâchoires; la tète triangulaire et longue; le i)oil laineux; la queue ou très-courte, ou très-longue.

I.'Indiu a qukue courte (Indris hrevicaiulalus , Gf.oit. Letnur inilri, SoNN. Indris ater, Lacei' ) est noirûlre, avec la face gri.se et le derrière blanc; sa queue est très-courte, à peine longue de deux pouces (0,03i). Comme ses congénères, il a la faculli^ de marcher debout.

Cet animal , <pd habite sur les aibres ;i Madagascar, a ju-iiu'à trois pieds de haut ((),ii7."ij. Il se plait dans les solitudes boisées,

où il se nourrit de fruits et de racines. Sa voix ressemble à celle d'un enfant ijui pleure : il a de l'intelligence; son caractère est très-doux; aussi les .Malgaches l'apprivoisent-ils aisément, et alors il prend un peu les habiluiles d'un chien , sans jamais pouvoir acquérir son intelligence. Il reconnaît et aime son maître ; il le suit, le caresse en lui léchant les mains, et lui témoigne sa joie lorsqu'il le retrouve après une courte absence. On le dresse à la chasse, et il poursuit le gibier sur les arbres, l'attaque, le prend et le donne d'autant plus volontiers au chasseur, que jamais il n'y touche pour son propre compte.

L'I.NUBi A LO.NGUE QUEUE (Indris longkaudatus , GroFF. Lemur laniyer, Gml. Le Maki fauve, Buff. Le Maki à buurre, So.n.nerat). Il habite Madagascar. Son pelage est fauve, très-laineux; il a une queue fort longue. Ses habitudes sont inconnues. Il €st beaucoup plus petit que le précédent.

27« Genre. Les LORIS [Loris, Geoff.) ont trente-six dents; quatre incisives à la mâchoire supérieure, et six à l'inférieure : celles-ci sont couchées en avant. Leur tête est ronde, et leurs yeux très-grands. Ils man(|uenl de ({ueue et ont les membres très-grêles, avec le tibia ou os de la jambe plus long que l'os de la cuisse ou fémur; ils ont quatre mamelons, mais provenant de deux glandes manmiaires seulement. Leurs oreilles sont courtes et velues.

, Le Loris (Loris gracilis, Geoff. Lemur gracilis. G. Cuv. Tardifjradus. Sera. Le Loris, Iîuff. Le Loris grêle, G. Cuv. — Variété: Loris ceyionicus, Fiscu.) a le pelage roussàtre ou d'un gris fauve, sans raie brune sur le dos; son poil est très-fin et très-doux. Son nez est un peu relevé par une saillie des intermaxillaires, et il a une tache blanche sur le front. On le trouve à l'île de Ceylan.

Cet animal, d'une lenteur excessive, a les habitudes nocturnes et ne voit bien les objets que la nuit, il dort tout le jour et ne sort de sa retraite que le soir pour faire la chasse aux insectes, aux oiseaux et aux souris, dont il se nourrit. Il aime beaucoup les œufs, et quelquefois il mange des fruits quand il ne trouve rien autre chose. Son caractère est silencieux et mélancoliciue.

Le Poucan.

28» Gi;Nr,E. Les NYCTICKPd'.S (Nycliccbus, Geoff.) n'ont quel- ((uefois (pie trente-ipialre dénis , parce qu'il leur manque assez souvent deux incisives à la mâchoire supérieure. Leur tête est ninde et leur museau court; ils ont les yeux très grands, les oreilles courtes et velues, les membres foris et ndjustes, et la i|uiu(r plus ou moins courte. Tous sont des Indes orientales et ont les mêmes mœurs.

LES QUADRUMA^ES.

"^' Le Nïr.TicÈDE de Java (Nycticebus javanicm , Geoff. — Desm.) n'a que deux incisives siipe'rieures ; il est roux, avec une ligne sur le clos plus fonce'e; son museau est étroit et sa queue courte. Il habile Java.

Le NvcTicicnE de Ceyi.an {Niiclicebus ceyhnicus , Geoit. Cetcopithevus zeitonicus seu iardhjradus major, Skkk) n'est connu que par une figure que nous a laissée Seba. 11 est d'un brun noirâtre avec le dos enlièreuient noir. Son nom indique son pays. Cette espèce et la pri'cedenle ne sont que des variele's du poucan.

Le PûucAN (.Xydiccbus bengalensis , Gkoff. Sienops lanligraJus , Ffi. Ciiv. Lemur tardigradiis-, Linn, Le Paresseux penlndavtijk du Bengale, Vosm. Le Loris du Bengale, Bcff. Le Loris paresseux, G. Cuv. Le Poucan , Fn, Cuv.).

Le poucan a environ un pied de longueur (0,528) et cinq pouces de hauteur (0,I3S), mesures depuis la terre jusque sur les e'pauies. Il marche les jambes e'carti'es et le ventre traînant prescjuc à terre, comme s'il n'avait pas la force de se soutenir. Il est roux ou d'un gris fauve en dessus, blanchâtre en dessous. Une ligne d'un brun dore' s'e'tend sur le dos, sur le sommet de la iéle et autour des yeux ; une tache blanche nait sur le front, se |)rolonge entre les yeu.x, et vient embrasser les deux côtes du museau.

Cet animal extraordinaire est revêtu d'uu poil laineux Irèse'pais et Irès-itoux, comme celui des makis. Sa queue est trèscourte; il a quatre incisives supe'rieures ; et ses yeux, grands et nocturnes, ont la pupille allonge'e horizontalement et très-dihilablc, ce ((ui lui permet de voir la nuit. Il est d'une extrême lenteur; sa démarche a quelque chose de contraint conmie celle des vrais paresseux. Ainsi que ces derniers, il marche très-lentement, et lorsqu'il parait se hâter, il parcourt à peine quatre toises dans une minute. Ce qu'il y a de plus singulier encore, c'est (lu'il ressemiile aux paresseux, non seulement par cette excessive lenteur, mais encore par la ramilicalion de la base des artères des membres.

C'est dans les forêts du Bengale que l'on trouve le poucan. Le jour, enfoncé dans sa retraite, il dort d'un sommeil trè.s-b'ger, assis sur le derrière , le corps afl'aissé et la tète reposant sur sa poitrine. Quand les derniers rayons du soleil ont fait ])lace au crépuscule, il se rcfveille, remplit b'S fonctions de l'aninialilé, infectant les lieux d'alentour i)ar sa puanteur. H se met ensuite à chasser en se glissant furtivement le long des branches d'arbre pour surprendre les oiseaux dormant sous le feuillage. Malgré robs('urité de la nuit, ses larges pupilles lui permctient de les apercevoir de fort loin. Alors il s'arrête, considère un instant sa proie et prcnil toutes ses mesures |)our ne pas la manipier; i)uis, d'ini pas allongi', il avance silencieusement, avec circonspeclion, sans faire le moindre bruit. Il s'en approche ainsi doueemeiil, jusqu'il ce qu'il en soit assez jnès. Ensuite il change d'alhn-e , se dresse sur ses pieds de derrière, continue ;i mairher, et Ituid les bras devant lui pour n'avoir ipi'à se précipiter en avant et saisir l'animal si quelipie bruit le réveille. Quand il en est à portée , il s'en empare avec une promplitude, une rapidité, qui n'est point du tout en rapport avec sa lenteur ordinaire. Il lUrangle l'oiseau avec tant de prestesse , (ju'il ne lui laisse pas nu'nu^ le lcui|)S de crier, et le mange ensuite avec beaticoup de IraUipiillilé. S'il découvre un nid, c est la circonstance la plus heureuse (|ui puisse lui arriver à la chasse, car les œufs d'oiseau sont la nourrituie (ju'il préfère à toute autre. Néanmoins, s'il ))eut surpreuilre la nu're, les choses n'en vont cjue mieux |)our lui ; il la mange d'al)ord, et les œufs ou les |>etits pa^scnl aj)rès.

.Mais sa chasse n'est pas toujours iieureuse; car, ayant une vie sédentaire, il a bientôt détruit les oiseaux d'alentour; alors il se contenle d'insectes, ou même de fruits sauvages; puis il ('mit par ipiitler le canton et par se mettre péniiilement en voyage pour chercher une antre localité.

Les ivrognes devraient prendre cet animal jiour leur .symliole, car il a une véritable borieur de l'eau. iNon-seuicuieul il n Cu boit

jamais, mais il suffît d'y tremper l'aliment qu'il aime le mieux pour le lui faire rejeter avec la plus grande répugnance. Dans la servitude il est assez doux, s'apprivoise aisément, et semble même susceptible dune certaine éducation, car il sullit de quehpies légères corrections pour l'emiicrher de mordre , et il s'attache vivement à son maître. Si on l'irrite, il crie d'une manière plaintive en traînant fort longtemps sur les sons aï, aï, aï, et c'est encore une ressemblance de plus qu'il a avec les vrais paresseux. « Cet animal , dit d'Ohsonville { ipii le nonune thévangues ou thongre), fait quelipiefois entendre une sorte de modulation de voix on de sifflement assez doux. Je pouvais facilement distinguer les cris du besoin, du plaisir, de la douleur et même celui du chagrin ou de l'impatience. Si, par exemple, j'essayais de lui retirer sa proie , ses regards paraissaient altérés; il poussait une sorte d'inspiration de voix tremblante et dont le son était plus aigre. Aux ap|U'oches de la nuit il se l'éveillait, se frottait les yeux; ensuite, en portant attentivement ses regards de tous côtés, il se promenait sur les meubles ou plutôt sur des cordes que j'avais disposées à cet effet. Un peu de laitage et quelques fruits bien fondanis ne lui déplaisaient pas, mais c'était un pis aller : il n'était friand (pie de petits oiseaux et d'insectes. »

> aO" Genhe. Les MYSPITIIKQUES [Myspithecus, Fr. Cuv.) ont trente-six dents : quatre incisives placées à côté l'une de l'autre à la mâchoire supérieure , dont les intermédiaires longues et les latérales fort courtes : six à la mâchoire inférieure , couchées en avant. Ils ont tous les ongles plais excepté le second doigt des pieds de derrière, ipii porte un ongle long et crochu j la tête est ])lus allongée ijue celle des galagos , moins (pie celle des makis; le museau est court, un peu pointu; les yeux grands et saillants; les oreilles sont un peu arrondies; la queue est longue, cylindrique, grosse, mais moins touffue que dans les makis.

• Le Mvsi'iTHiîQUF. TYPE [Myspithecus typus , Fn. Cuv. Le Maki nain, du même. Est-ce lé Cheirogaleus major, Geoff.? — Cheirogaleiis il////!',GEOFF.). Il a neuf iiouces (0 2ii) à partir de l'occiput à l'oiigine de la queue ; tout son corps , excepté l'extrémité de SCS memiires , est couvert d'un poil ('pais et soyeux , d'un gris fauve uniforme en dessus, blanc en dessous ; les mains et la face sont couleur de chair; il a entre les yeux une tache blanche, bordée sur les côli's d'Uli peti de noir ipii s'étend autour des yeux et passe au gris sur le museau et les joues. Il est de Madagascar, d'où il a été envoyé à la ménagerie par le baron Miliiis.

C(^t animal a vc'cu à la mi'hagerie. Il y en avait deux , un mâle et une femelle; ils dormaient tout le jour, roulés en boule dans un nid (pi'ils s'étaient fait avec du foin. Aussitôt que la nuit était venue , ils sortaient de leur retraite, se promenaient , jouaient ensemble , mangeaient , et enfin agi.'isaieni juscpi'au jour. Us étaient fort agiles tt sautaient avei; h'gèrelii à une assez grande hauteur. On les notu'rissait de fruits, de pain et de biscuits. La lumière paraissait affecter douloureusement leurs yeux, mais ils voyaient très-bien dans l'obscurité. « Une nuit, dit Fr. Cuvier, s'étant ('chai>pés de leur cage , ils |)arcoururenl la pièce où ils étaient enferiui's , à travers la foule d'autres cages et d'autres aniiuiuix dont elle était rem|)lie; ils rentrèrent dans leur gile par le petit trou (pu leur avait servi à en sortir, sans qu'il leur fut arrivé le moindre accident , et quoi(iue l'obscurité la ])lu3 jirofcmde r('gnât dans celt(^ |iièce, dont tous les volets ('taicut fermés.»

M. Geoffroy a établi son genre Clieirugalcm sur trois descriplions manuscrites trouvées dans les notes de Commerson après sa UKU'I. Mais ces descriptions donnaient à ces animaux les ongles des pouces plats et tous les autres ongles subulés. Comme on n'a jamais vu les trois animaux (|ui composent ce genre, on pouirail croire (pie Commerson s'e>l lrom|)é dans le caractère ipic nous venons de citer ; alors ses chéirogales seraient micessoirement des iiiysiiithè(pies, et son Chi'troyakiis maj-JV, que, d(^ puis, M. Geodroy a uoiihik' Cheirogaleus Milii, serait sans aucun

MAKIS

tloule le Myspilhecus tijpHS dont nous venons de faire l'hisloire. Jlais tine cnfiir aussi grande de la part d'un naluralisle oouime Comiuorson est dillieile à supposer, et, dans le doute, nous allons donner ici les earnetères assij^nes par CeolTroy il ce genre, (pie peut être l'on sera oljligi' de sujipriiner, en repoilaul les deux dernières espèces à la suite du uiyspilhèiiue type.

t T>r><- r.v.w.E. Clir.lIiOGALE {Clieirofialeus, Gicoir.). Ils ont la tèle ronde, le nez et le museau courts , et des moustaches longues; leurs oreilles sont courtes et ovales ; leurs yeux gi-dndà et saillants; ils ont tous les ondes siiliules, excepté ceux des pouces, (jui sont ])lats; leur queue est longue, cylindiic|iie, toiiH'iie, enroulée; le poil de leur coriis est court. Tous sont de Madagascar.

,y' Le Grand Ciikirog.vle (Cheiro(jali'us iiuijor , Geoff.; pent-éire le Mijfpilhrcus, Fk. Guv.). U est long de onze pouces (0,"29.s) , d'un gris brun et plus foncé sur le museau. l Le Cnr;iiiO(;»LE moyen (Chcirogakus médius , Geoif.) est long de huit pouces (0.217), d'une couleuy moins foncée que le précédent et plus clair sur le museau; il a un cercle noir autour des yeux.

(/ Le Pi.TiT CiuiiiiOi.ALr. (Cheirogaleua iiiinor , Giioi'i'.). Il n'a ipie sept pouces de longueur (0,lSi)), et sa couleur est encore plus claire; il a également le chanfrein il'ilne teinte plus claire, et un cercle noir autour des yeux. Celle espèce pourrait bien n'èlre rien autre chose que le galago de .^làdagascar , rîlal obsei'vé par le voyageur (iomuurson.

« Pour comprendre les caraclères des cliéirogates, dit Geoffroy Saint-Hilaire, supposez que ce sont les formes sveKes, gracieuses et allongées des makis, (|ui si; sont concenll'éts fet raccoul-ciéSi Ge sont, à prendre en détail, les m(lmes trnilS j tiiais grossis et ramassés; les jialles sont plus courtes, celles i\'é llei'rière restant dans iiiu^ luènie proportion plus longues ipK^ les nnlérieurcs; le cor[)s est trapu, la tète fort grosse, sui'tout f(U'l large ; les yeux sont fort grands, elle uiuseau , déjà très-reiliarijuahle par sa lirièvet(' , l'est en outre (lar des lèvres supérieures fort ('paisses, qui recouvrent le bord des inférieures; les oreilles sont r(tniles et courtes; enlin l.i (|ueue est longue, toufl'uc et régulièrement cylindrique. Les chéirogales siult des li'muricns sous des traits en quelque sorte empruntés à la famille des chats. Ces anknaux sont entièrement nocturnes. Leurs formes trapues ne nuisent pas et, au contraire , ajouteraient plutôt à leurs moyens dagilili'. Dans le saut il n'est ]ioint de (luailiuiuanes plus vifs et plus rapides. 1. individu (pie .M. Milius a diuiui' à la ménagerie parcourait sa cage comme en volant, et se jilaisait principalement à «'(ilever verticalement de toute sa liaut(nir, sautant de cini] à six pieds. »

^ Sl"^ Genke. Les GAL.\GOS [Galaejo , (IiiOff. Ololichiius , Ii.i.iG. ) ont trente-iiuatrc à Irente-six dents, deux à (juatie incisives à la niAchoire supérieure, six à l'inférieure, moins couchées que dans les genres précédents; leur lètc est ronde, leur museau court, leurs yeux très-grands et rapprochés; leurs oreilles sont Irèsdévelop]iées et Iciii- queue fort longue ; mais ce ipii les fail distinguer au premier coup d'oeil c'est la longu('ur dispro|)ortioun('e de leurs tarses postérieurs, et l'allongement liliforme du second doigt des pieds de derrière.

Le Gai.aco !iu Siînécai. ( Galago aeiiegakmis , Gf.off. Otolichnus Keneyaltnaix, Kit. Cl'V. Galaijn G(^'lfriiyii, Fiscii. Le moyen Galago,

(;. cuî.)-

Il a la taille d'un rat ordinaiie, è'est-à-dire six polices de longueur (Jl.IIJij depuis le bout du museau jusipi'à l'origine de la (lueue. Il est d'un gris fauve en dessus, et d'un blanc jaunâtre en dessous; ses oreilles sont aussi grandes que sa tète; sa cpieue , plus longue ipie son corps, est d'un brun roux et (init en |iiiiceaii. Il n'a ipie deux incisives supérieures.

Ce joli petit animal oIT're iilusieurs singularités , et l'extensibilité de son oreille n'est pas la moins remarquable. La conque est grande, membraneuse, nue, et renferun; deux petits oreillons.

Lorsqu'il dort, ces deux oreillons s'appliquent sur le canal auditif, puis la conque se fronce à sa base , se raccourcit, s'alï'aisse sur elle-même, s'enfonce dans les poils de la tète, et se replie au point de devenir invisible, ainsi ((ue dans ipiehpies chauvessouri'i. Comme ses habitudes ni'cessilent une gi'aude (h'Iicatesse dans l'ouïe, la nature a pourvu à maintenir la sensibilité de l'organe en lui permettant de refuser les sons aigus on qui rappelleraient inutilement l'iUlention de l'animal. Mais cependant il en perçoit assez pour être averti ipiand il y va de sa conservation, ou même de ses petits intc'céts de gourmandise. Il se réveille alors, et aussitôt ses oreilles se déploient et s'allongent jiar un mouvement brusque fort original.

Le galago est extrêmement commun dans les forêts de Sahel, Lebiar et .\lfalak , à cent lieues au nord-est de nos établissements i\\\ Sénégal , sur les lisières du Sahara ou Craud-Désert. C'est là (pie les Maures vont principalement recueillir la gomme ipi'ils vendent aux Européens sous le nom de gomme arabi(|ue, et, si l'on s'en ra])porte à ce qu'ils disent, le galago s'en nourrit quelquefois faute d'autres aliments.

La longueur des jucds de derrière donne à cet animal une grande facilité pour sauter d'arbre en arbre; aussi n'en est-il pas de plus vif et de plus leste à s'élancer et à parcourir une forêt. SoiiS ce rapport, U a beaucoup d'analogie avec les singes et les ('cui-etiiis. Mais .ses grands yeux nocturnes ne peuvent supporter les rayons du soleil, et, comme ses pupilles ne paraissent pas exirêmeuient dilatables, il est possible qu'il n'y voie bien clair ni le jour ni la nuit; la finesse de sou oreille vient au secours de Ses yeux, et c'est principalement par l'ouïe (ju il est averti de la jil'éselice des insectes ((iii viennent bourdonner dans le feuillage, l'endani le jour, d habite un trou creusé par le temps dans le tronc i\'m\ arbre; il tient son petit logis dans une propreté' constante, et, lantipie le soleil est sur l'horizon, il reste mollement cmiché sur Ud lit, ou \s\\\i6\. dans un nid, qu'il a su se faire avec du foin et des herbes (ines et sèches. C'est là que la femelle élève sa petite famille. Mais celle relraite leur est ipichpiefois funeste, parce qu'elle fait perdre à ces animaux la facilite- de déployer leur extrême agilité pour fuir le danger. Lorscpie les Maures ont découvert le trou qui sert de porte à 1 habitation, ils commencent par le boucher, et ne craignent plus que le galago leur échappe; luiis à l'aide d'un bâton à crochet ils l'arrachent de son asile pour le manger. Les nègres de Galam lui l'ont une guerre active et continuelle, parce que sa cliair est pour eux un luels fort estimé.

Lorsipie le galago cherche sa nourriture et ijuil entend , même de fort loin , le bourdoiinemeut d'un insecte , en (piatre ou cimi bonds prodigieux il s'approche, guidé par le bruit, et se trouve assez luès pour l'apercevoir. Il s'élance, l'atteint au vol, le saisit habilement avec ses mains, et calcule si bien ses mesures, (pi'ii retombe toujours sur une branche et jamais |iar terre ; tout cela su fait avec la rapidité de la flèche, et c'est avec la même prestesse (pi'il dévore sa proie. IJ'autres fois, s'il juge jiar la direction d'un papillon qu'il va passer [uès de lui, il se baisse, se fail petit, |)uis tout à coup il se relève, se dresse sur ses longs pieds de derrière, étend les bras cl le liappe. Si le papilliui vole tro|i haut, le galago saute verlicalemenl cl relombc à la iiiêine place en tenant son butin. Tous les insectes sont de son goût , mais les cob'oplères sont ceux qu'il préfère.

.Ni'anmoins, en tsclavagi! , on le nourrit assez ais(mieiit avec de la viande cuile , des (rufs et du laitage. Il est but dmix et s'apliriviiise facilement; mais sa vivaciti-, sa pi'tulaiice, et surtout sa force pour le saUl, ne lui permettent pas de rester un iuslahl en lilace et, si l'on ne veut pas qu'il se ])erde, il faut le tenir en cage comme un oiseau. Toutes les espèces ont à peu près les mêmes habitudes.

Le Gai Ai.o a chosse oim.ue (Galago crasskaudatus, Geoff. I^e grand Galago, G. Cuv.j a (piatre incisives supérieures; il est à peu |irès de la taille d'un lapin; ses oreilles, moins grandes (pie

LES QUADRUMANES

dans le précédent, ne sont que des deux tiers de la longueur de la tête; sa couleur dominante est le gris roux. On le croit de la côte orientale d'Afrique, sans en être bien certain. J Le G.iLACO DE MAD.\CASf..\R (Galago madascariensis, Geof F. Le liât de Madagascar, Buff. Le Maki nain, AuDEBj^st plus petit que le préce'dent. 11 a les oreilles moitié' plus courtes que la tête ; son pelage est roussàtre , et sa queue, moins longue (]ue son corps, est couverte de poils courts. On le trouve à Madagascar. Peutêtre devrait-on le reunir aux makis.

Le Galago de Demidoff (Galago DemidolJH, Fisch. Lemur minuius, G. Cuv.) est plus petit qu'un rat ordinaire, et ses oreilles sont moins longues que sa tête; il est d'un brun roux, et sa queue, plus longue que son corps, se termine en pinceau; il n'a que deux dents incisives à la mâchoire supérieure ; tous caractères qui le rapprochent beaucoup du Galago senegalensis , si ce n'est le même. On le trouve également au Sénégal.

oreilles, moitié moins longues que sa tête, sont membraneuses, nues et transparentes: il a une queue fort longue et en partie dénuée de poils. Son apparition étrange et nocturne lui a valu le nom de spectre.

Le podje habile les îles Moluques. C'est un animal nocturne, d'un caractère triste. La nuit, il sort de son obscure retraite , et chasse aux insectes qui font sa nourriture, en sautant sur ses jambes de derrière à la manière des gerboises, ce qui lui a valu de Pennaut le nom de woolly gerboa.

Le Taksiek de Banca [Tarsius Bancanus, IloitsE, — Dem.) habite les mêmes contrées que le précédent; il manque d'incisives intermédiaires à la' mâchoire supérieure; ses oreilles, beaucoup plus courtes que sa tête, sont horizontales et arrondies; son pelage est brun, et il a la queue très-grêle.

Le Tarsier aux mains isru.nes {Tarsius fuscomanus, Fisch. — Geoff.) est un peu plus grand qu'un mulot et ressemble assez au

Le Galago.

Le Gai.aco de Guinée ou Potto (Galago guineensis, Desm. Lemur potto. Lin. — Gmi.. NijcHcehus potto, Geoff. Le Potio de Bosman) ne doit pas être confondu avec le kinkajou polio. S(m pelage esl d'un roux cendré, et sa ipieue de longueur moyenne. Il a la lenteur et les liai)itU(les paresseuses du loris et des paresseux. C'est tout ce que l'on sait de cet animal d'une existence douteuse, et que Bosman seul a décrit. U habiterait la Guinée. Je crois qu'on doit reporter cet animal au genre Potto.

52» Genre. Les TARSIERS (Tarsius, G. Cuv.) ont la tête arrondie, le museau court, les yeux très-grands; leurs dents sont au nombre de trente-ipiaire , dont (piatre incisives à la mâchoire supérieure et <lcux;i l'infcriciire; rinicrvallc entre leurs molaires et leurs incisives esl rempli )iar plu.-.icurs canines courles; leurs membres postérieurs sont très-allongés, à tarses trois fois plus longs que le métatarse; ils ont une longue iiueue.

, Le l'oDjE (Tarsius spectrum, Gç:off. Lemur spectrum. Paie. Le Woolly gerboa, Penn. Le Tarsier, Buff.) ne dépasse pas la taille d'un mulot. La longueur de ses jambes cl la grandeur énorme de ses yeux lui donnent un aspect fort étrange. Il c,^l roux ; ses

podje, mais il est d'un briirj^clair sur le corps et d'un gris blanchâtre en dessous; ses oreilles sont d'un tiers moins longues que la tête. C'est un animal nocturne, comme ses congénères, et on le trouve à Madagascar.

33« Genre. Les KINKAJOUS ou POTÏOS (Potos, Geoff. Cercoleples. II, lie.) ont trenle-six dents, dont six incisives, deux canines et dix molaires à clia(pi(^ luâcluiiri'. Leur museau esl court, sans follicules nasaux; leur lêle est arromlic; leur langue est <'lroite et d'une longueur démesurée, extensible; ils ont cinq doigts à tous les pieds, sans i)ouce distinct, tous armés d'ongles crochus ; leur queue est longue et prenante , mais garnie de poils.

Le Manaviri ou Cuciii'mbi (Potto caudivolvulus , Geoff. — Des.m. Ceicul-ples caudivolvulus , Va. Cuv. l'n'cra iuudivolrula, Sc.iirfr. Le Putio, Buff.) est de la grandeur d'une fouine; son pelage est laineux, enlicrement d'un gris ou d'un brun jaiinâlr(! : la parlie anléiiciire du museau, la coiuiue exlcrne de l'oreille, la plante des pieds et la paume des mains sont nues.

Le maiiaviri est un animal solilaire, ipii vit dans les forêts les jihis désertes de l'Amérique é(|ualorialc. Le jour, il dort profon-

MAKIS

dément, roule' en boule, la It-le posée sur sa poitrine et recouverte par ses l>ras. La lumière du jour lui latisue les yeux , ausai cherche-lil l'obscurité'. Dès que vient le crépuscule du soir, il se reveille petit à petit , se frotte les yeux , bâille en tirant sa longue langue, fait (piehpies pas en chancelant et d'une manière irrésolue. Puis, enlin complètement réveillé, il se met en quête de ses aliments, (pii consistent en petits mammifères, eu oiseaux, en insectes et en fruits.

H n'est pas très-habile sauteur, mais néanmoins il grimpe habilement sur les arbres, en parcourt les branches pour chercher les nids d'oiseau, et en descend avec prudence, en empoignant la tige avec ses pieds de derrière et s'aidant de sa (jueue , qu'il entortille aux rameaux pour prévenir des chutes. Ce ne sont pas seulement des oiseaux qu'il va chercher en furetant sur les arbres -, il visite minutieusement les trous qui peuvent se trouver à leur tronc, afin de découvrir s'ils recèlent une ruche d'abeilles sauvages. Favorisé par un poil laineux et très-épais qui le défend de leurs aiguillons, et par la fraîcheur de la nuit qui tient ces insectes dans une sorte d'engourdissement, il enfonce une de ses pattes dans la ruche, mais avec précaution, et il brise les gâteaux pour mettre le miel à découvert. Alors il colle sa face contre le trou, et, à l'aiile de sa longue, langue il va recueillir le miel jusqu'à un pied de profondeur dans la ruche. Cette habi-

tude lui a valu des missionnaires le nom d'ours à miel. Selon ipiebpies voyageurs, quand il en trouve l'occasion , il pénètre dans les basses-ciuirs, saisit les volailles sous l'aile, et leur boit le sang avec une grande avidité.

Il parait, d'après ce que dit Ml de Ilumboldt, que les anciens indigènes de la Nouvelle-Grenade avaient réduit cet animal à lélat de domesticité. ,Ie ne sais trop quel avantage ils pouvaient y trouver, à moins qu'ils ne l'aient employé à détruire les souris

de leurs cabanes, ou à aller à la découverte des abeilles. Ce (ju'il y a de certain, c'est que le manaviri, en cai>livité, est d'une douceur extrême, et qu'il se familiarise avec la plus grande facilité. Dans ce cas, on le nourrit fort bien avec des fruits, du pain, des biscuits, du miel, du lait, du sang, etc. Mais quel ])laisir peut-on avoir avec im animal qui dort toujours"? Quand on le tire de son sommeil léthargi(pie, il se plaint d'abord par un petit sifflement fort doux, il fuit la lumière et cherche à se cacher dans un coin obscur, ou du moins à mettre ses yeux ta l'abri du jour. Cependant, avec quelques caresses , on jiaivient à le faire jouer; mais dès qu'elles cessent, il retombe dans son état de stupeur somnolente. Quelquefois il mange sans le secours de ses mains, mais le plus souvent il s'en sert à cet elTet. Quand il est en colère , sa voix devient assez forte et imite un peu les aboiements d'un jeune chien.

LES QUADRUMANES

M' Genre. Les AYE-AYE {Cheinimjs , \u.\r,. — Civ.) ont dixhuit (lents : deux incisives à chaque mâchoire, dont l(!s inlerieuies très-comprimccs ressemblent à des socs de rharnie. Les extrémités ont toutes cinq doigts , dont celui du milieu des mains est très long et très-gréle ; le pouce des pieds de derrière est opposable aux autres doigts; ils ont deux mamelles ventrales et la queue touffue et très-longue.

y Le TsiTsun [Cheiroinys madascariensis , Dicsm. Sciurus madascariensis, Gmi,. L'Aijc-aije, Buff. — G. Cuv.) est de la grandeur d'un chat; son pelage est grossier, d'un gris brun mêle de jaunâtre; sa queue est longue, épaisse, garnie de gros crins noirs; sa tète est arrondie et porte de grandes oreilles nues; ses yeux sont tristes, fail)les, et peuvent à peine supjiorler la lumière.

On voit à Madagascar des forêts vierges, aussi anciennes que la terre qu'elles couvrent de leur ombre, et dont les arbres n'ont jamais e'té renverse's que par la faux du temps. G'est là que vit dans la solitude du désert le tsilsihi, le plus farouche cl pourtant le plus innocent des habitants des bois. Il a des liabitiulcs paisibles, et de la gravité dans ses aciions, si l'on peut se servir de ce mot. Ses mouvements sont lents, mesurés, peut-èlie ])('nibles. Aussi, pour se soustraire aux ennemis qui l'atteindraient aisément, vu la lenteur de sa marche, il ne sort de sa retraite que la nuit. Pendant le jour, il se tient blotti dans un terrier qu'il sait se creuser, dit-on, dans des ravins, à proximité des foièls où il va chercher sa nourriture. Cependant, la conformation de ses pieds me parait peu propre à lui permettre de creuser une habitation souterraine; probablement il s'empare de celle d'im autre animal i)lus faible que lui, counnc font les fouines, les martres, les renards et beaucoup d'autres, qui ne manquent jamais d'cxprojirier le prenii(!r propriétaire d'un Icirier, quand ils tn trouvent l'occasion : et cependant on sait que la martre et le renard creusent la terre avec assez de facilité. L'écureuil peut nous fournir l'exemple d'un pareil brigandage, car il s'empare assez volontiers des nids de jiie pour y établir son domicile après l'avoir maçonné à sa fantaisie.

Quoi qu'il en soit, le tsilsihi se nourrit d'insectes, de vers et de fruits, et il préfère ceux qui sont secs et durs aux baies et aux autres fruits mous. Pendant toute la belle saison , il ne s'occupe guère (pi'à parcourir les forêts, en grimpant lentement sur les arbres pour y trouver sa nourriture. Quoique peu carnassier, s'il peut saisir uu oiseau sur seul nid, il manque rarement de le faiie et de le dévorer; mais c'est aux œufs qu'il donne la préférence.

Hien n'est curieux comme de voir manger cet animal ; il se pose sur le derrière, ayant le cor])s dans une position verticale, et avec ses mains il porte les alimeuls à sa bouche; mais pour saisir un fruit, il n'a pas besoin, couuu(^ l'écureuil, de ses deux mains : grâce à son long doigt , il enveloppe le fruit et le lient solidement, jiendant que son autre main est libre, .luuiais il ne prend un objet en l'empoignant avec ses cin(i doigis, mais il le saisit avec le doigt du milieu, et avec les autres il conliiiue à s'accrocher aux brauclus pour grimper.

Lorscpie vient la saison des pluies, il ne quitte guère son terrier que s'il y est poussé i)ar la faim. Dans son réduit, il sait fort bien s'arranger une vie sédentaire, cl il ne nian(pu' jauiais de s'entourer de toutes les commodités que lui pcrmetlenl les cir-

constances. Sans faire positivement des lU'ovisions, il est rare qu'il n'ait pas dans son terrier assez de fruits pour vivre trois ou quatre jours au moins sans sortir. Ainsi, quand des chasseurs rodent dans les soliliules qu'il habite, ou qu'un orage inonde la campagne, il reste tranquillement chez lui, à l'abri de tout danger, juscpi'à ce que sa petite provision soit épuisée, et l'on assure même (ju'il la ménage avec économie , pour la faire durer autant de teuq)S (|u'il présume devoir i)asser en réclusion. Il aime beau^ coup ses aises, et sa voluptueuse mollesse ne lui permettrait pas d'habiter une demeure humide, fraîche, ou seulement de dormir sur la terre. Mais il n'est pas ])aresseux, quoiipie lent, et s'il aime à être bien, il ne compte sur personne que sur lui-même pour se procurer ce bien-être. Il travaille avec ardeur et pendant longtemiis à se faire un ap|)artemeul sec et commode au fond de sou terrier. Après l'avoir sullisanuneul élargi , il y Iranspoite une quantité de petites bûchettes de bois sec ((u'il entrelace, avec du foin et dont il forme une sorte de tenture exactement appliquée contre toutes les parois de sa chandue à coucher. Il la lemplit ensuite de foin sec et très-doux, au milieu duquel il établit son lit. Ce lit lui-même exige encore un travail, car il est tapissé, ou plutôt malclassé avec une mousse (ine, sèche et chaude.

C'est là qu'il fait .ses petits, rarement en nund)re de plus de trois ou quatre. Pendant tout le temps de rallaitemenl, la feuulle en a le ]dus grand soin et ne les ipùlle tpie lors(iu'elle y est forcée par une impérieuse nécessite'; elle les lient surloul dans une propreté recliei-ciiée. Lors(iue les petits coumiencent à marcher, elle choisit les moments où la lune jette ses rayons brillants sur les arbres des forêls pour les faire sortir et jouer sur la mousse humide de rosée. En sentinelle à côté d'eux, ehe veille à la sûreté gén('rale, et au moindre bruit, à la plus mince apparence de danger, elle fait rentrer les plus forts et emporte les plus petits au fond de son trou.

Les naturels de Madagascar font une guerre soulenuc au tsilsihi, parce qu'ils estiment beaucoup sa chair, qui i)0ur un Euroi)éen est un mets détcstaide. Ils lui tendent des ])iéges au pied des arbres, ils le déterrent de son trou, et le tuent à coups de flèches ou de fusil. Il n'est ni féroce ni méchant, mais il aime la liberté jilus que la vie. Aussi, quand on le prend, jeune ou vieux, s'il ne se laisse pas luourir de faim dans les [ircmiers jotjrs de son esclavage, il vit (picli(ue Icnqis dans la tristesse, il tombe dans la eonsomjdion , et il péril après avoir traîné pendant quelques mois une vie languissante, ipi'il |iaraîl (juiller sans regret.

Ici finit Tordre des (piadrumancs, dont, nous devons le dire, les limites sont tracées d'une manière assez iiu'crlaiue. Par exemple , ce dernier genre a été i)lacé par G. Cuvicr parmi les rongeurs, après les polalouehcs; M. de lîlainviile l'a reporté à la suite des quadrumanes, et nous l'y maiulenons sur la considéralion du 6011 pouce lies jiieds de derrière , (jui est opposable aux autres doigts.

Le genre lursius est évidemment plus voisin des galéopilhèques et des chauves-souris que des (piadiumancs, aux ailes près.

Les kiidiajous ou [joIos ne se prêtent encore nellement à aucune de nos classilicalions cl pourraient peut-être se reporter, aveu les carnassiers plantigrades, entre les coatis et les blaireaux, où G. (hivier les avait mis, cl d'où son frère les a retirés pour les rejeter à la lin des quadrumanes.

•mm'-^GS'i

LES C/\11NASSIERS CHÉIROPTÈRES,

DKUXIKJIE ORDRE DES MUnlIFERES.

Ils ont (les incisives, des canines et des molaires, comme tous les carnassiers, mais de formes Irès-varii^es. Un caractère ((ni les tranche net d'avec tous les autres mammifères, c'est un icjili membraneux de la jieau des flancs, (jui s'unit aux quatre membres et aux doii:ts des mains, de manière à former, dans le plus

nianil nomLire, de verilaldes ailes propres au vol comme celles des oiseaux. Ils ont deux mauielles ijui sont placées sur la iioitrine. Cet ordre se divise en six familles, savoir : les gale'opilhèques ou chats-volants, les phyllostomes, les rhinolophes, les vespertilions, les noclilions et les mèsanyetères.

LES CHATS-VOLANTS, oi GALEOPITHEQUES,

se dislinsiient des chauves-souris jiarce (pie les doigis de leurs mains, tous garnis d'ongles tranchants, ne sont pas plus allongés (jue ceux des pieds ; il en résulte que la membrane (jui occupe les intervalles des membres et s'étend jusi(u'à la queue ne leur sert pas d'ailes, mais simi)lcment de parachute. Ils ont à la màclioirc inférieure six incisives l'endues en lanières étroites comuie les dents d'un peigne.

1" Gkmie. Les CHATS- VOLANTS ou PLEUROPTÈRES ( tfa/(;opilhecus, Pall.) ont lrenle-(|nalre dents; les incisives sup('rieMres dentelées et les in férieures pectinées ; leurs molaires sont mousses, avec une dentelure; leurs membranes interfémorales et latérales sont velues. Ces animaux saulent fort loin, an moyen de la membrane (]ui leur sert d'ailes, mais ils ne volent pas.

Le KuBiiNG (Gqleopilhecus rafus, Geoff. Lemur mlam , Linn. — Aiuirn.).

11 habite les iles Pelew ou Palaos, dans les Molu(pies, tt aux îles de la Sonde. Il a environ un pied de longueur (0,52b); sa couleur est ronssâlre en dessons, d'un joli gris roux en dessus, avec des ondes blanches, irrégulièrement bordées de gris noirâtre, et s'étenilant de cha(|ue c(Jté du (^orps depuis le derrière des oreilles jusi[ii'à la naissance des cuisses. II a le museau nu peu long, lin connue celui d'une belette , les oreilles courtes et les yeux vifs.

Le ku!)ung ne peut pas voler comme les chauves-souris, car sa membrane n'est pas assez longue pour cela ; mais il sait tellement bien manœuvrer, (pi'll [larcourt d'assez grandes distances dans les aii'S, et passe alsi'ment d'un arbre h un autre arbre ('loigué de ciucpianle h soixante pas. l'oiu-ecla, il monte à l'exlrémit('de la plus haute branche, s'élance d'un bond vers l'arbre voisin, puis il étend sa membrane, penche un peu son corps, la tête vers la terre, et glisse ainsi dans l'air en décrivant une parabole obli(|ue à l'horizon. Il en rc'sullc (pi'étant |)arti d(! la branche la ])lus haute d'un arbre, il arrive juste à la branche la plus basse d'un autre arbre. Uuaiid la forêt est épaisse et les arbres (rèsrapprorhés , on croirait (ju'il doit diriger son parachute tU: manière h sauter sur inie branche élev('e ; il n'en est rien , et il tond)e toujours sur la |dus basse. Mais il a une raison |)our (cla : toute la journée il est occupé à donner la cliasse aux insectes et aux petits oiseaux qui , ainsi que lui , habitent les fonMs. Pour n'avoir pas à remonter à la cime d'un arbre quand il veut aller sur un autre, il commence toujours sa chasse en exjilorant les branches basses, puis celles au-dessus, et ainsi de suite de bas en haut, jus(pi'à ce (piil soit arrivé au soiiunct.

Le kidiung on oleck est la lerreiu' des colibris et antres petits oiseaiix, ([u'il saisit sur lem- nid pendant la nuit ou dont il brise et mange les œufs pendant le jour, yuchpiefuis il se met en embuscade sur une grosse branche, tantôt couché sur l'écorce, tant()t suspendu par la (jneue et bs pieds de derrière. Si im colibri

ou une grosse phalène passent en volant à ipicbpies (licds de lui, il s'élance tout à coup , les saisit an vol cl tombe sur une branche voisine, où il les dévore à son aise. Quand il se lient suspendu dans son embiisi-ide, il attend (pie le colibri passe dessous lui, fùl-ce à quin^L i^u vingt pieds de ctistance; il prend son moment, se laisse tomber perpendiculairement dessus, les:iisit, déploie sa nieinbranc pour adoucir sa chute, et gliss(' dans l'air jus(pie sur la branche la plus rapprochée. Il a le couii d'œil si juste et si prompt qu'il rencontre toujours sa proie dans sa chute et ne la nian(iue presque jamais. Son odorat est aussi très-fm.

Cet animal ne met bas ordinairement qu'un petit, pour lequel il a beaucoup de tendresse. H lui fait avec soin un nid d'herlie Une et sèche, dans le trou d'ini tronc d'arbre, mais il ne l'y laisse que (piatre à cinq jours; après ([uoi celui-ci est assez fort pour .'c cramponner sur son ventre et y rester constamment jusipi'à ce qu'il puisse se hasarder à quitter sa mère pendant (juel- (|ues instants, ou au moins à se placer sur son dos poiu' se reposer de son attitude ordinaire.

Du reste, sa posture est moins fatigante qu'on pourrait le croire , car sa mère le soutient presiiue constamment avec sa niain, (|u'ellc bd place sur le dos. Quand la chasse est fniie, ou même en la faisant, l'oleek ne marche pas, comme les autres animaux, sur les branches, mais dessous, de manière à avoir le corps pendu à la renverse. 11 en résulte que son enfant se trouve placé connue dans un hamac et retenu par la membrane des ailes, de la UK'Tne manière ([ue dans un berceau (pii serait [dacé au milieu d'un lilct. S'il a envie de dormir, la mère cesse de marcher et donne à son corps un mouvement doux de balaiireineut , absolument comme une nourrice ipn berce avec précaution un enfant chéri. Du reste cette attitude est fauiilière au galé(qiithèqiie, et s'il en prend cpielquefois une antre poin- dormir,' quand il n'a [las (h; petit, c'est piuir se susiundre par les [lieds de derrière, la l('le eu bas, eonmu: les ciiauves-sonris.

Les Indiens aiuient assez la ciiair du chat-volant, sintout dans iMie saison de l'année où ces animaux cessent de faire la chasse aux insectes pour se nourrir d'une petite baie semblable à une groseille et trè.s-aboudanle dans les forêts en de certains temps; ils aiment ces petits fruits, (pii les engraissent beaucoup, i Le (lALi';ornui;oiF, (6'«/eop)//«'cu.s varifijalua . (irorr.) n'a que cinq pouces de longueur (0,15.^)); il est d'un brun gris, varié en dessus de jdus foncé, avec les membres tachés de blanc. Il a la tête plus grosse et le museau plus allongé que le précédent, et, comme lui, il habite les Moluipu'S.

( Le (Ui.itoriTm'mJK ))k Ti unatf. (Oaleopithecus ternalcnsis , Gf.oif. Felis volans Ternalm, Sfiia) est encore plus petit ipie le précédent. Il est d'ini gris roux plus p.Me en dessons ipicn dessus, avec des taches blanches sur la queue. Il habite également les Moluques. Seba avait cru lui trouver de l'analogie avec les chats.

LES CARNASSIERS CHEIROPTERES.

C'est avec cette famille que commenre la se'iie des véritables chauves-souris, qui toutes ont les doigts des mains allonge's et pris dans une membrane nue formant une aile complète; leur pouce est séparé , libre, court, arme' d un ongle robuste et crochu; leurs pieds de derrière sont faibles, et leurs doigts e'gaux en longueur.

La famille des phyllostomes a sur le nez une membrane en forme de feuille rcleve'e en travers, simple, solitaire ou impaire. L'index des mains est composé de deux phalanges.

2-= Genre. Les PHYLLOSTOMES ( PhijllostomaGEorF. ) ont trentedeux dents : quatre incisives , deux canines très - fortes et dix molaires à chaque mâchoire; leurs oreilles sont grandes, séparées, à oreillon interne denté; ils ont sur le nez deux crêtes, l'une en forme de feuille et l'autre en forme de fer de cheval; leur langue est hérissée de papilles. Les trois premières espèces ont une queue plus courte que les membranes interfémorales; les quatre dernières n'en ont pas du tout.

difTormités superflues, sont des caractères réels et des nuances visibles de l'andiiguilé de la nature entre ces quadrupèdes volants et les oiseaux, car la plupart de ceux-ci ont aussi des membranes et des crêtes autour du bec et de la tète , qui paraissent tout aussi superflues que celles des chauves-souris. »

Une analogie plus singulière encore est celle que ces hideux animaux ont avec l'homme par certains organes : notamment par les mamelles des femelles, qui sont placées sur la poitrine. Leurs autres caractères les rapprochent tantôt des quadrumanes, tantôt des petits carnassiers carnivores; leur figure et leur pelage les font souvent ressembler à des rats ou à des souris, mais leurs grandes ailes livides les séparent de tous les autres mammifères.

Ce sont des animaux nocturnes, dont les yeux, excessivemerit petits, ne peuvent supporter la lumière du jour. Aussi se cachentils dans les lieux les plus obscurs, pour n'en sortir que la nuit et aller à la chasse aux insectes et particulièrement aux papillons nocturnes, qu'ils saisissent au vol avec beaucoup d'adresse. Dans

Le Kubung.

Le Fer de lance (Phyllostoma hastatum, Gkoff. Vesperfilio haslalus, LiNN. Le Fer de, lance, Buff. — G. Cuv.) a la feuille du nez en forme de fer de lance, entière sur ses bords, c'est-à-dire ni crénelée ni dentée ; sa ([ueue est entièrement engagée dans la membrane inlerfémorale. Cette espèce .se trouve à la Guyane, où elle ne quitte guère les forèls

Le fer de lance est, comme toutes les chauves-souris, un animal fort extraordinaire poin* l'ob.servateur. La première chose qui frajipe le vulgaii'c, en considérant une chauve-souris, c'est l'analogie ipie son vol rai)ide et (■lcv(' lui donne avec les oiseaux. On est étonnt' de voir cet animal , couvert de poils, ajant une bouche armée de dents, s'c'lancer dans b^s airs, s'y soutenir, s'y promener avec plus de facilité même ipi'une hirondelle. Poui' l'observateur, l'analogie peut se pousser plus loin; ainsi que les oi.seaux, les chauves-souris ont les muscles |)ccloraux Irès-épais et très-développés, afin de fournir aux bras toute la force lu'ces- Snire l)our soutenir le cor|)S en volant; leur sternum a de ukUuc une arête saillante pour servir de point d'ap|)ui et d'attache à ses muscles; « enfin, dit liufi'on, elles paraissent s'en approcher encore par ces membranes ou crêtes (pielles ont sur la face ; ces parties excédantes, qui ne se présentent d abord (juc comme des

les trous et les rochers qu'ils habitent, ils se suspendent par les pieds de derrière, la tète en bas, et passent toute la journée à dormir dans cette attitude singulière. Les espèces de nos climats s'engourdissent et passent l'hiver en léthargie, comme les loirs l't les luarmolli'S.

Les femelles font ordinaiicmenl deux |)etits, (prclles tiennent cramponnés à leurs mamelles, et dont la grosseur est considér.d)le comparativement à celle de leur mère.

Tout ce que nous venons de dire s'appliipu' ndU-seulenu'nl au fer de lance, mais à toutes les chauves-souris. A la suite de cette cs|iéce (Ml [ilacera c(dles-ci :

Le Piivi.i,osT0.MF, A FFiiii.i.E ALIONCÉE { PhijUustoma clongatum , (Jr.orr.). lîords de la feuille entiers; extrémité de la (jucue libre. Patrie inconnue.

Le Piivj.i.osTO.MF. cri':m,i,é (P/ii/"".<''i'»a rretndalum, Geoff. Le Fer nrnelé, G Cuv.). lînrds de la feuille dentelés; exlr('mité de la queue libre. Patrie inconnue. Ci'ux (pii suivent n'onl [)as de (pieue.

Le Piivi.i.osTOMF, «AYi; {Pliyllosloma lineatum, Geoff.). Long de deux pouces neuf lignes (0,071); une raie blanche sur la face et quatre sur le dos; feuille entière. Du Paraguay.

Pli"» LLOSTOMES.

Le P11VI.LOSTOJIE i.t.NETTE {rhijllostoma pn-spicittalum , Ciiorp, Vespertiliopcrspicitlaluf, Li>-.) ine parnil aiip.irtciiir au si-ni'i' -Irlibeus. Il est d'un noir brunùtrc, avec deux raies blanches ; feuille courte, ëchanerée près de sa pointe. De rAmerique méridionale. M. Ricord a observe que cette espèce vit du fruit du sapotillier, dont elle fait un grand dégât.

Le Phyi.i.ostome a feuilles arrondies [Phyllostoîiia rolundain , Geoff). D'un brun rougeâtre ; feuille entière , seulement arrondie au sommet. Du Paraguay.

Le PiiYLLOSTOME FLEUR DE LIS [Phijllostoma UUum , Geoff.). Mâchoires allonge'es; feuille entière, aussi haule que large, à base très étroite. Du Paraguay.

idupart (les'pays chauds de l'Américiue. Il y en a de monstrueuses pour la grosseur. Llles ont entièrement détruit à Borja , et en divers autres enchdils , le gros bétail que les missionnaires y avaient introduit, et qui commençait à s'y mulliidier. »

Buffon cite ce passage avec une grande conliance, et il me semble que ce célèbre écrivain aurait dû le rejeter , comme im- ]ili(iuant «onlradii tion; en efl'et , comment le bétail a-t-il pu (ommeneer à se multiplier malgré les vampires, et comment les vampires, ipii n'avaient pas enqiéché celte multiplication, ont-ils u ensuite détruire tous les animaux qui en résultaient ■'

.lumilla va plus loin que La Condamine. « Ces chauves-souris sont d'adroites sangsues, si! en fut jamais, qui rôdent toute la

Ancienne hiibitation des singes

S^CiENRE. Les VAMPIRES [Vampirus, Geoff.) ont trcnle-qiiaire dents, dont deux incisives et deux canines à cha(pu^ mâdioii e , dix molaires à la mâchoire supérieure cf douz'- à l'inférieure. Leur feuille est ovale, creusée en entonnoir.

L'Andira-Giaçu (Vainpirua sariguixu<ia , Less. l'hijUostoma spertnim , Gfoff. Vesjiertilio spccinim. Lin. I^e \'ampire , Ruff. — G. Ci;v.) est de la grandein- dune pie; son pelage est d'un brun roux, et sa feuille nasale est entière, moins large (pie lianle, ipioiquc élargie à sa base.

L'andira-guaçu a servi de texte à iieaiii oup de i oiiles <pie nous (Ult ilébilés les anciens voyageuF'i. La Condaniine , Pierre Marlyr, .lumilla, diui George Juan, don Antonio de Llloa, semblent s'être donne' le mol |iour enchérir les uns sur les autres dans les relations ipi'ils nous font de ce terrible animal : « Les chauves-souris, qui sucent le sang des mulets, des chevaux, et même des liommes, dit La Condamine, ipiand ils ne s'en garantissent pas en dormant à l'abri d'un i>avillon , «ont un fléau conimun à la

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