‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 175 sur 219 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Orii;inc de la guerre entre I.t France et l'Algérie. — La créance Busnach et Bacri. — I.e consul Deval et le dey. — Utimatum du gouvernement français.

("était en 1 8Ï7 . Beaucoup ne croyaient plus ii l'étoile de la France, et pcusaicnl ipi'euchaini'c pour loujcuirs aus traités de 181.') notre [latrie en avait fini avec la gloire.

]Nous allions cependant prendre deux éclatantes revanches de ces jours maudits où, accablés par le nombre et (lar la trahison, il nous fallut subir les aflronls de l'Europe coalisée, ^oiis allions nous veii ger, comme il couvicut à nue grande iiilion, par deux bienfaits immenses obtenus ii l'huiiianilé, d'un côté en ariachaut la terre des Hellènes . la reine du monde elassicpic, la (irèce, en un mot, à l'oppression turque, de l'autre en faisant rentrer dans le domaine de la civilisation une partie de ces vastes contrées de l'Afrique sciitciitrionalc, oii la Barbarie, depuis près de (luinzc cents ans, avait établi son siège de prédilection.

Aous raconterons peut-être ipichpic jour l'affranchissement des coui]iagiioiis de Canaris. Dans ce petit livre, c'est la coni|uêlc de l'Algérie que nous voulons dire, dire aussi raiiidemcnl ((u'elle a été faite ; car (|ue sont les vingt années dans la vie d'un iiciiple, si ce n'est un éclair, un moment ?

Celle coiKiuêtc a cebi de remanpiable (pi'ellc est toute pro\ideiilielle ; la France n'y songeait pas, ne la chcrchail jias. LTu toiil petit événement en fit surgir les causes. Mais une fois (|ue nous fûmes engagés dans l'eutreprisc, le pays ne regarda à aucun sacrifice, ni ii l'or, ni aux soldats. L'élan fut tel , que , malgré les uianvaises volontés de l'Europe, malgré le peu de désir qu'avait notre gouvernement de créer une France d'outrc-mer, malgré les efforts d'un ennemi ipii puisait dans sa religion, dans son organisalion et dans son iiidomplable nationalité une énergie et des ressources sans cesse renaissantes, les divers points de l'Algérie furent successivcmiuit emportés et occupés. Si les Arabes eurent leurs héros dont nous ne rabaisserons certes ni le génie ni le courage, nous eûmes les nôtres, (|ui se formèrent comme jiar euclianleuicul. \ un homme faciuiiié ciimme Ahd-el-kader dans un moule evceptioiiiiel , homme dur comme le bronze, souple cl plein <le ressort comme l'acier, d'un esprit aussi vaste (pie le pouvait permellrc son éducation, cl qui, s'il élail venu au temps de la jeunesse poliliipie des Arabes, eût cerlaincmcnt accompli des choses imiiicnses, il cet homme nous opposâmes aussitôt les caractères les plus variés, les lalenls les plus sérieux, ipioique les plus divers. H sembla un inslant (|ii'il suffisait ii un régiment français de loucher la terre d'Afri(|uc pour qu'aussitôt il s'élauçàt de ses rangs un prédestiné de la gloire, qui, trouvant l'occasion, la saisissait avec éclat, ipii , renconlranl un Ihéàlre, s'y distinguait entre tous, sans néanmoins pouvoir faire oublier les autres. Ceux de nos généraux qui iivaient aulrefois comballu durant l'épopée mililaire impériale ae(|uircnl lii de nouveaux litres ii la gloire. Mais ce i|ui caractérisa surloul la guerre contre les Arabes, c'est (pi'elle devint l'école d'une jeune armée digne de celle ijuc la fortune trahit il Moscou. Des généraux eu suri;irciit par centaines, comme nai;uc'ii' de nos iïuerres contre l'Europe. Malhcureuscmeul pour eux, le champ, (|Uoiqiie Irès-étcudii , n'était |ias encore assez vaste. Le sol ((Uiquis se déroba bientôt sous leurs pas. Il ne lesle jilus désormais (|u'a maintenir ce rpi'ils (uil gagné; c'i'sl li la paix d'achever l'o'uvre de la guerre. Les adminislraleurs doivent succéder aux généraux. CcdaiU arma loi/œ.

Celait donc en 1837. Bien n'annonçait que la France songeât fi des acquisitions loiulaiucs; mais on l'a dit souvent, des tempêtes sont sorties d'un verre d'eau. Un simple coup de ehasse-mouches fut le principe de la seule grande coii(|uêle durable qui' nous ayons faite au delà de la Médilcrranée. Des discussions d'argent, discussions embrouillées s'il eu fût , iiuiis oii le gouvernenieiit français fit preuve de bonne volonté, puisque les ehamlires volèrent sept niilliiuis pour les terminer, duraienl deiiuis tantôt viiii',l-eiiiii ans entre la l' raine et la réiïcnce d'Alger pour des loiirnitures laites au ciniiplc de celleci Il nos expéditions républicaines d'Italie cl il'i'gx pic. On n'en finissait pas, et iliaque fois que nos agents se trouvaient en présence du dey ou de ses grands olficiers, il était question des créances iiusnach et Itacri, coinme on les ap|)clail du nom dis iliiix bani|iiieis de la régence qui avaienl fait les envois ii nos expéditiiins , ciiiniiie prete-

s de l'odjéak, lai|uelle s'était longtemps dissimulée ilerrii're eux. Si

notre consul Deval réclamait pour quelque bâtiment français ou allie de la France visité, contre les traités, par les navires algériens, on

AB1)-EL-KADER

lui répondait par des ri'clamations tinancii-rps non moins pressantes. Enfin un jonr, les paroles s'envenimèrent entre Deval et !<• dey luiniènie. Cehii-ei oulilia qu'il avait affaire avec un personnage olViciel, et en i'ra|>pant notre consul au visaijc, nous y frappa tous; car telle est la solidarité (|ui unit les nations à leurs représentants au dehors, que toute insulte faite à l'un d'entre eu\ est une insulte à son pays entier.

Il fallait une réparation éclatante ou du sani;. I,a France demanda d'abord la réparation. Le capitaine ('ollet, avec une majestueuse escadre de treize bâtiments, apporta au dey ce mai;iiifK|ue ull ivuiluiil , qui prouve que, toute rovalc qu'elle fut, la France avait alors un haut sentiment de sa dii;nité :

it Tous les grands de la rci;encc, à l'exception du dey, se rendront à bord du vaisseau commandant, pour faire, au nom du prince offenseur, des excuses au consul de France.

» A nn siifual convenu, le palais du dey et tous les forts devront arborer le ]iavillon français, et le saluer par cent un coups de canon. « Suivaient à la suite de ces articles d'honniuir des clauses d'alVaires reijardant l'avenir. Le chef des corsaires ali;éricns ne considéra j;uère ces clauses. C'était un ancien topji de Constantinople , et qui devait ]>récisémcnt sa fortune à un outraije qu'il n'avait pas voulu supporter. Il ne vit dans notre iiltiiuatuni que les eveuses à présenter non à un ;;rand peuple, mais à un homme appelé Deval et méprisé de lui. ]| répondit au capitaine C(dlet en faisant détruire nos établissements de la côte d'Afri(|ue et jeter bas in)lrc tort de la (^alle. Aussitôt nos vaisseaux formèrent, aux ap|)lan(lissemcnts de tout le convmercc européen, le blocus de ce port d'Aljjcr, d'oii depuis plusieurs siècles tant d'audacieux pirates étaient sortis pour la désolati(Mi de la Méditerranée et de certains parai;csde l'Océan, llussein- Paeha n'ax'ait i>oiut de forces suflisanlcs pour romju'c le blocus; mais son trésor était |dein. Il pouvait nous braver; il nous brava deux ans. Enhardis par l'impunité, ses oOicicrs firent biciil(W plus rjuc se renfermer dans une résistance passixc : ils défièrent nos marins. I.c capitaine de la lirctonnière, ayant été cliari;é de porter de nouvelles et dernières paroles au dey, n'eut à se plaindre que de son opiniâtreté; mais comme il se relirait sur le vaisseau In Proi'eiice,([m \mvlait le |;uidon de commandement au (;rand mât, le |)avilloii blanc à la corne et le iiavillon de parlementaiic au mât de misaine, il fut assailli par le feu des forts, et des boulets atteii;uirciit son navire '. C'était mettre la France en demeure de convertir son blocus en une attaque décisive. lliissein-l)ey eut beau destituer ceux qui avaient donné l'ordre de tirer, il eut beau écrire à M. de la Kretonnièrc qu'il n'était pour rien dans ce nouvel outrafje, on ne voulut pas croire à ses déclarations, qui ne furent d'ailleurs ni asscx explicites ni assez solennelles, et la grande expédition d'Aller se |uépara.

C'était une chose immense et bii'ii prcque à frapper des iiiiai;inations françaises ([ue celte expédition, (iiiand il s'aijit t\v faire la îjiicrre en Europe, la Franc*' c^t in(|uièle, non pas île la x'ictoire, mais des principes |)our lesquels elle combat. Ici point de telles in- (piiétudcs : l'entreprise avait tous les carai-tères d'une croisade en faveur de la civilisation. I.a tradition la représentait comme pleine de périls; mais de si ]>uissants soux'ciiirs, des émotions si palpitantes se rattachaient à ces noms d'Afrique et d'.Vhji'r, ipic les danijcrs disparaissaient devant la ijrandeur de la tentative.

Pour comprendre ces souvenirs et ces émotions, il faut absolument jeter un reijard sur l'histoiri' des contrées vers Icsipicllcs la j'orlune nous poussait, pour ainsi dire mali;ré nous, à travers les oulraijcs et les insultes de pirates sans foi ni loi. Auparavant rassurons nos lecteurs sur les ditliciiltés même de la eouquètc, non de l'Afriipic, mais (le la capitale de ces pirates. Elle n'était point aussi périlleuse que le jtassé la repri'scntait. I,;i puissance ali;é'riciinc au fond consistait dans un épouxantai] moral st'culairc. 'Né-anmoius, (|uaiid les dexs ou les bcy^, dans leur i;ouveiiieiuent aliscdu , proclamaient la ijucrrc ijéiiéralc, toute la po]nilation x'irile de la réfjcncc l'tait tenue de prendre les armes. .Mais tel est le caractère des .Arabes, que ceux-ci C(Uisultaieiit toujours un peu les éxénements avant de se décider. (Iiiani à Al(;er mciiic, sa princi]>ale force consistait en t\rn\ corps : l'un de mirn'e turque, aul rcl'ois de janissaires; le second de KouIou[;lis, c'était l'armée pcniiancnti'. I.a marine était loin d'être aussi formidable (|iie la terreur universelle aurait pu le faire croire. 1. 'audace de ceux qui la iiunitaii-nt , leur or(»*:inisalioii la rendaient plus ii craindre tjiie son maléricl même. I. ors de l'cxpédiliini d'I'Amoiitli, elle se ecniiposail de cinq fré|;ales île quarante 11 cinqiiantir cainnis, de quatre corvettes de xiiii;! il trente bouches à feu, et d'une douzaine de léijcrs bricks on lie lines i;oèlettcs. Quand notre flotte entra victorieuse dans le port, il contenait trois grandes fréj;ates dont une sur le chantier, deux corvettes, dix bâtiments moindres i;oclcllcs ou bricks, plusieurs clicliecs,et Ircnic-dciix chaloupes jiortant cliaciine un canon a la |iroue. \ oilà |iourlant ;i (|ucllc puissance maritiiiie l'I'.iiropc entic're avait consenti durant des sii'cics ii payer tribut! I.a France n'était pas tarifée; mais elle envoyait un présent à ravéncmenl ilc chaipie consul pour faire ajjrécr celui-ci. I.'.A iiejctcrre , pour le même motif, payait (loi) livres stcrlini; ; r.\utriclic, l,> llolhiiidc, l'I'.spanne, le Ha-

' 30 juillet 182'J.

novre, la Toscane, Rome, la Sardaiffne, les villes libres d'Allemaiine n'envoyaient éf;alemeiit leurs consuls qii'aceompai;nés d'une riche rançon. I.a Siii'de et le Danemark ne racliclaicul jias toujours leurs navires par un tribut aiinnel de i,000 piastres en munitions de lyiierre

et par un tribut déci al île i' 1,(100 piastres en numéraire. Il en

était de iiiêiiie du l'orlUi;al et des Deiix-Siciles, qui versaient cependant au trésor du dcx nue rançon annuelle de '^1,0(10 piastres et un pré.sent consulaire d'à peu près même somme. Aussi ce trésor étaitil bien certainement l'un des plus riches parmi ceux du ijlobe; car, après avoir été privé de toutes ses recclles de mer, par suite de notre blocus, durant trois ans; apri'S avoir sulVi à nue levée en masse de la réi;encc, il un arincmcut cxtiaordiiiairc des forts de la ville et des l)oits, il resta encore assez considérable pour payer les fiais de notre expédition.

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