CHAPITRE VII
Commun lement du gpiuTiil Herlhezène — Nouvelle expédition rte Médi^ah — Le commandant Duvivier. — Les Arahcs bloquent l'armée expéditionnaire — Première expédition de liono. — Le commandant Houdor. — Le général Boyer a Oran.
Jiisf|n'ii'i nous n'avons en dans nolro horizon auriin rcpréscnlanl <listiiii;iir ilf la nalionalilé aral»'; les Turcs ont seuls soiileiiii 1:'. j;ucrrc réi;iilit te el cela sans aniinalion , coiniiic des niailrrs (|ni s'en vont. lioii-Mezrai; par exemple, a ('édé après la première <lélaile. Hassan , (U'ijoùté, a demandé lui même à (|iiill('r son l>e\lieli. Ceu\ des Aralies (|ui sont entrés en li< e ont eoniliallu sans ordre, anaielii- (jueiiM'nl. A oici venir la période oii l'ordre se nuMIra dans leur résislanee, uii les clicls les plus distingués, les Sidi-Eiuliarek, les Alxli'l-Ka<ler suiijiront. l^e rjonvemenient iran(;ais a reculé devant de premiers sacriliccs, il a réduit l'arnn'c. Douze réjjiuuiils d'Alritpie | oui rei;ai;né la France. i\os oceupanls fornuMil à peine un total de [ dix mille hommes. Les Français se i'atiijiieul, ils s'en iront hientôl j tout à lait, tel est le bruit i|ui circulait dans toule la réi;enec', et |)our hâter le départ de nos soldats, les luarahouls prêchaient partout le djeliah, c'est-à-dire la i;u<rre ordonnée par Mahiimcl contre les inlidèles. Ou allait jus(|u'à parler du retour du dev Hussein, l.c l'énéral Berlhezènc, qui vint dans ces circonstances, était un Inave soldai cl un hojjnèle iKnjuiie, ce (|ui est déjii lieaucoup; mais il n'avait pas le Séiiic ])ci'soniH,'l, et il mani|uait des lorccs niililaires (|ni eussent été utiles pour arrêter le; mal. Cependant il ai;it avec un certain ccuiraije. ÎMédéah lui pour lui, coinuu' pour Clauzel, le hul des ef('orls(|u'il dirigea sur rcvléru'ur, ajirès avoii' opéré plusieurs marches dans la Mitidja, pénétré de nouveau dans l'Atlas, louché Uiza cl ri'connu Coléali.
INous avions, couinie ou l'a vu, installé dans celte ville un liey, homme assez médiocre, ancien marchand, nommé Mustapha-lieu- Omar. C<' chef aliandonné à lui-même, se vil liieiiuU assailli dans Médéali par tout ce (|ui nous était hostile. Il eut plus particnlièrcmeiit pour adver.saire uii hls de Bou-Alezrai^ , qui n'avait ])oiiit suivi sou père en exil. Ce jeune homme ne tarda ]ias , à la tète d'un ramassis, de Turcs, de Kouloujjlis, cl aidé par les Arabes de plusieurs OUtlians, à mettre licn-Umar dans la plus lâcheuse position. Apres avoir rei u des renforts d(^ France, le i;énéral lierlheziiii' se <lécida, an mois de juin is:il , a envoyer du secours à ce dernier. Son expédition, composée de deux brigades, quitta Alj;er x'ers la lin ilu mois que nous venons de nommer. On y iemar(|uait les vobuilaires de ISaO, ceux-là iiu'me (ju'unc médisance réaeli(uniaire qualiha de Bédouins d'Afrique. Les A r.ihcs et le lils de lion-^Mcsrai', ne sonp^èrent pas à l'ortiiier de nouveau le Mouziia. On y passa sans encoiuhri'. L<'s kabyles s'cnruiriiit devant nous, et laissant entrer la loloinic française à \lédéah, où ( ii la reçut eu libératrice, allèrent se rallier sur le plateau d'Ilaoïira, lieu consacré p.ir l'oecupalion ronjaine, dont ou y voit encore des vestiijes.
l.c [général Berlhezènc, bien que leur positicui lïit lormidahle, n'hcsila pas à les y venir chercher. L'entreprise était périlleuse et ditVicilc. (^)ue l'on se lii;ure une armée occupant une sorte <lc forteresse naturelle oit ou lu' peut alteiinlr<' (pic par des chemins escarpés et à travers dis ravins. Le !;énéral Bcrlhezinc cn'donua l'assaut (le celle position et l'cmjiorla. Mais les Arabes se (lispcrs(M-enl eu un inslant de mille C(ités. i\os trou|K's victorieuses reprirent alors trop l(')l le eliemin (le Médéah. Les Arabes ctaicut exaspérés autant |)ar leur défaite qiH' par la manière de combattre adoptée par un ijéucral (pii se faisait ))réeé(ler de l'iiiecudie. Ils se rallièrent dès qu'ils nous virent rctroi;r;((lei", et nous suix irenl eu nous insullant comme des };cns victiiiicuv. (]cllc espèce de sncci's ennammanl leur courage, ils devinrent de jour en jour plus hardis. \ oxani leur nombre et leur audace croître, le général crni encore une fois devoir aliau(l(Uiiicr Médéah à s(Mi malheureux sort. Il (piilta celle place le 2 juillet, et revint par le'i'enia. A peine venait-il de le franchir au rebours, (pie le vol, n'vlanl plusjjardé, Inlii sou tour ciwahi par les Arabes (pii débordèrent hienlôt sur les hauteurs que l'on avait n(''i;lii;é d'occuper, cl par les- (pielles la roule est diiniinéc. L^n brave balaillon du .M)'' de liijnc formail l'arriirc-iïarde. Son commandant est blessé. Les Arabes le pressent de plus en plus. Le désordre se met dans ses tirailleurs dispersés. Ils fuient vers le j;rns de la colonne. Les Kabyles voient sa terreur et se [irccipitent à sa suite. Des cris atVreiix reieutissciit sur le dcrriiu'e de l'armée et sur ses flancs, (pi'atta(pient les ennemis débordés sur les liaiiteurs. On croit à je ne sais (piellc terrible embuscade, l'our la premii'rc fois depuis la complète, au lieu de Caire face au daneer on lui tourne le dos.
Mais dans les circonslances les plus ditliciles, il y a toujours sous nos drapeaux qu(d(|ii'uii ipii sauve rbonneurde la l'"rance. (Jiii sera ce sauveur:' Noxcz ce hcr commaiidanl du deuxième balaillon des zouaves cl des volontaires parisiens, (pii se jellc avec tant de décision en dehors du flanc droit de la eoloiine , cl (pii barre tout ii coupla roule, couvrant renncmi d'un feu terrible, et le rep(nissaut avec les baïoimellcs de ses l'antassins ipiand il veut franchir ce mur mouvant coiniio^i' de Itravcs. Ce sauveur inaltciidn c'est Duvivier! Du-
vivier, (|ui mourra plus tard, liélas! sous dos balles françaises! Qu'on le seconde, qu'un bataillon seulement se refornu' en échchni dcrrièic lésion , et la défaiti' se cliaiii;e en victoire. Mais nul ne le soutient, et il snilit seul à couvrir la retraite , ramenant avec lui jus(|u'à une pièce de montaijne renversée, cl (pie l'oHicicr cliarijo de la direction do l'arlillcrie n'avait par voulu abaiidoiiner. Arrivé à la ferme do Alouzaïa, il trouve l'armce occupée à se romcltrc, et insiste inulilcment pour (|ue l'on reprenne l'oireusivc. I^c ;;éuéral Bcrlhezciie est frappé, il uc comiuel plus ipic des fautes. On ]iassc en désordre le niié de la ChilVa. La marche réijulii'rc ne se rétablit (pic )i()ur alteiinlre lioull'ai'ik, au delà diupicl ou repousse une embuscade des Beni-Khalcl et (les liciii-.Moiissa, (pii se sont emparés des ponts, des taillis et des passâmes, (^'cst après celte petite victoire ipie l'on rentre dans Aleer le h juillet, aiinivers.'iire du jour de la eapilulall<ui.
Wons n'avons pas besoin d(' dire les funestes cirots de cette malheureuse retraite, ((iiand des retours si glorieux ont déjà eu de si tristes résultats. Le prcstii;e osl rompu. Les Arabes ne craii;neut plus de se niesurer avec nous. On dirail (pi'ils sortent de cha(|'ue ravin de cha(|uc buisson, <pic la terre en vomit. INoiis sommes comme blo- (ptés dans Ali;cr. Deux camps arabes principaux se forment, l'un à lioiilVarik, sous les ordres du filsde Bou-Mozrat; , l'antre diriiH' par ce Ben-Z.amouji ipii^ nous avons vu (b'jà inxe^lir le cohuiel Hulhiorcs dans Hlidah, cl ipii a pour l'appuyer les prédicali(Mis du remuant cl fanati(pie Siili-Sadi. iSos colons do la plaine se réfuijient dans Ah'cr ISOs soldats lieiinent seuls à la Ferme-Modèle , à llcrkadem, élan blockhaus de rOucd-el-keriua. Le ijénoral Berlliozi'iie serre de si près, retrouve alors la bouillante ardeur des jours du débarquement. Il sort d'Ali;cr, disperse les i;cus de lieii-'/iamoiin, les rejette sur la roule de Blidali , les (ail poursuivre, et rallie de nouveau parce succès à notre cause les tribus v(dsiiH's. Il était tein|)s. Les maladies coinpaijncs habituelles du (lécouraj;eiuenl, décimaient l'ariTK'e. L'aericiillure naissanle de la coioiiie élail délruile; le comiiieia c laneuissait. 11 n'\ eut. ijràee à la défaite de la double insiirreelion de Ben-Zajnonn cl do Sidi-Sadi, rien de déliuilivcment perdu.
C'est ici (pic pour la |)rcinière fois nous rencontrons le imm d'Kiii- Barck. Le chef do la iamille dos l!in-Barek n'était ])as encore le euerricr rusé et hardi (pii fut si longtemps le bras droit d'Abd-el-K.'ider. Los Em-Barek, advcrsiiires déeidés de notre occupation, avaient iioiir clieik le cousin du futur kalifah , Fl-Ha(lj-Mahi-î!(ldiu-el-S:liir. (^o dernier jouissait d'une i;raii(le influence sur les tribus de l'arrondisscnienl d'Abjcr; il promit de les faire tenir on repos et d'exercer sur elles rasceudant (pi'exerçait autrefois ra(;ha turc, cl (pie n'avait pu exeroer l'agha nommé par la France. On lui accorda le titre d'.u'lia avec un traitement des |diis riches. Nous cessâmes alors d'être pour quelque chose dans le i;oiivorncmciit des Arabes. Pendant que ceci se passait, le lils do Boii-Mezraf; rétablissait ])our r|iiel(|ue temps sa dynastie à "Médéah. Sur un autre point, le boy de Coustaiillnc, Ahmel, essayait d'étendre sou autorité. Le j;éiiéral IJerlhczi'nc crui comliallrc son influence croissante en se rendant aux prières des liabitanls de Bouc, (pii, mal défendus par une ecntaino de Turcs eanlonnés dans leur Casbah, cl pressés par les tribus do leurs environs, voulaient se donner à la France Sur leur demande, il leur envovi cenlxinetciiiq zouaves iiidiijènes, aux ordres du capitaine Hipol cl sous la diixction du commandant Houdor, nommé consul à Bouc. (loliii (nii avait fait l'apjxd à la France élail un Koulouijli des jiliis délies , noinmé Ahmel. Cet Ahmel en demandant des troupes indiijèues n'avait ]>oiir biil (pio de les oorrompre après s'être défait des officiers. Il dovail à leur aide se oréer une position indépendante. Ses projets, aussitôt après l'arrivée du eoiumand.int lloudcr, fiua lit évcuté's iiar un certain Ibrahim, aueieii boy de Couslanlino , leipiel soneea à en prohicr pcmr lui 11101110. Il dénonça Ahmet aux Français et avec l'arjvenl ipi'il reçut pour sa trahison, corrompit la ijarni.son de la Casbah, ipii se déclara pour lui. Le eomiiiandaiit Houdor et le capilaino Rieol, repousses i\c la forleresso , se mainlinrenl un inslant dans la ville, où, do son côlé Ahmel souleva ses partisans contre eux ; mais ils furent bient()t obli|;és de soii;;or ii la retraite. Ils all.iioni oIToctuer la leur on se rcliranl à bord do doux bàlimouts, la Crroh; et l'Ailonif:, qui ôlaiont en rade de Boue, (pi.ind les Arabes fondent sur la ville inondent les rues, se préeipiloni sur nos olVieiers. Nainomenl ceiix-ei font bonne conlonance. l'orcés de céder au nombre, ils (bTondcnl le teriain pied à pied. Le capitaine Bii;ot osl ii;orj;o. Houdor le.stc bravoHient à l'arrliMe-ijardo do sa petite troupe; et comiiie lui dernier il posait le pied sur nue embarcation i|ue la rr.'u/c lui envovait, il reçut le coup de mort. Au même moment deux bricks arrivaient d'AIîïor ; ils ])ortaiont un nouveau bataillon de ziniavos eommandé par Duvivier. Celui-ci voulut venjjor Houdor et Riijol (lar une allaiiiio sur la Casbah. Los capitaines de la marine, u'axanl iioint d'in.-,lruclions, rofusèrenl de lui prêter le secours de leur artillerie et do leurs inalehds. Il rentra à \li;er, le cinir plein d'une douleur facile il conoevoir. Dans la cidoiiie ce fut à qui aceusorail le jjénér.il Berlliozène d'avoir envoyé nos malheureux ollieiers à la mort , en les onvoyaiil avec si pou i{r forces cl seulenicnl avec dos forces indieviies dan.s'iine ville oiinemie. L'infliionee du boy de Couslanlino ijr'andit d'aulaiil.
La seule proviiire où nous ani;nienIàmos à cette é|)o(pio notre dominati>ui tut celle d'Oran. Le llcutouant du bcy Imiisivn, accouina-
ABD-EL-KADER
fjnc d'un ri'i; i iiirii I commande par k- colonel Lefol , s'était cmjiarc d'Oran ; mais on y avait à peu près onlilic nos soldats. y\ la fin, le f;oiivcrncment , voyant que Tunis lui laissait toute la clian;c de l'occupation, crut qu'il valait mieux conquérir pour soi-niciue. 11 envoya directement le lieutenant fjénéral lioyer pour prendre le commandement du lieyiicli. Celui-ci le prit en efl'et , et s'occu])a immédiatement de l'orijanisation administrative. Sa domination ferme, mais troji cruelle, fut plutôt faite pour épouvanter les triUus que pour les rallier; aussi la résistance ne larda-l-elle pas à s'y or- .p.aniser. Elle y était facile. Cent cinquante tribus populeuses habitaient la province; nous n'y avions d'amis qu'il Arzew, et, outre Oran, le seul ]ioste que nous occupions était ^losla|;anein. Les autres villes. Mascara, Alilianali, Tlcniccn, etc., quoi(|iie partaijécs, nous étaient hostiles. Des clicfs très-inOuents, et qui, ii la faveur de la faiblesse de l'ancien bey, avaient acquis une véritable jirépondérance , attiraient autour d'eux des partis puissants. De ce nombre était Mahi-Kddin, dont le fils, Sidi-1 ladj-Abd-el-Kadei-ben-Malii- Eddin, allait |iarailre sur la scène de la ijuerre. On ne connaissait encore !\lalii-Eildin que dans un horizon restreint, ((iiaiid le f;éiiéial Berthezène fut rappelé , et céda la place de i;ou\eniiur général à l'iin des anciens administrateurs de l'Empire, au célèbre Savary , duc de Roviao.