CHAPITRE IX
La plaine des Ghris. — Abd-el-Kader et Mahi-ed-Din. — Naissance, amours et commencenu'Mls de l'émir. — Il est reconnu sultun. — Assembléo d'KrséIjia. — Portrait du nouveju chef des Arabes.
Au moment oii tout ceci enllammait la proviine de l'est, dans celle de l'ouest, la fertile plaine des Ghris, où s'élèvent habitiicllcnunt sept douairs considérables des llachem, et (|ui s'étend ii (|uclques lieues de .Mascara, voyait se fornu'r peu à peu le noyau d'une j)uissance qui allait tenir tète à nos armées.
Uaus cette plaine des Ghris, sur les bords de l'Oued-el-llaman, s'agitait déjà depuis longlemps u la recherche de l'intluencc un de ces apôtres remuants de la religion de Mahonicl, que les Arabes vénèrent sous le nom de marabouts. Sidi-cl-lladj-\lalii-ed-Din c'est ainsi (|ue s';i])|iclail cet apôtre, était fils de Sidi-.Mustapba-bcn-Moctar et i)elitlils de Sidi-kada-bcu-,M()Ctar, l'un et l'autre marabouts, et s'enorgnciUissant d'uiu' origiîu' (|u'ils faisaient ambitieuscuicut remonter jus(|u'au priqilicle. Selon eux, leur famille avait autrefois régné sur la contrée, et notamment sur Tékédcmpta, ou Tagdcmpt, qui figurera Jibis tard dans cette histoire.
Sidi-el-lladj-.Malii-ed-Din était déjii bien connu d'une partie de la province d'Orau pour son patriolisuu'. Il avait dans le temps manifesté sa haine contre les Turcs; et quand les F'ran<*ais parurent, il ne fil (pie changer d'euiiemis. jVlïranchir son pays élail le rêve de sa vie et de sou ambition. Ses o|)iiiioiis et ses lentalives l'avaient fait surveiller avec soin par les bejs d'Orau, et s'il ne s'était point révolté contre eux, c'est que l'occasion lui avait manqué.
L'une de ses <piatre épouses, l.alla-Zohra, liUe du marabout Sidi- Amar-ben-l)ouba , femme des plus (listinguécs par les qualités du cœur, par celles de l'esprit et Jiar rinstriiction, lui donna vers 1801! un lïls ([iii fut l'objet de sa prédilcelioii. Soit préxisioii d'un i;raiid avenir, soit seiitimciits religieux, il l'appela ilii nom de l'un des ])liis célèbres personnages du malioinéllsiiie. du loiil-piiissant Miiley-Abdel-Kailer. Le jeune Abd-el-l\adcr ne larda pas ii ré|)oiidreà ses soins et à ceux de sa mi're; il reçut une éducaliini supérieure à celle que recevaient alors les Arabes même les plus richi's. \ l'âge de seize ans, son père, fuyant l'inimitié de Hassan, bcy d'Orau, aceoiiiplil pour la seconde fois le pèleriiiaije de la Alcii|uc. \bil-el-l\.idcr l'y suivit, l'I y gagna le siirninu honorifiipie de lladj ou l'èlerin. Le père et le bis, soit il l'aller, soit au retour, s'arrèli'rcnt eu Lgypte. Meliemet- Ali y réi;iiail. Ils admirèrent ses élablissemeiils, et peut-être sa gloire ne liil-elle pas étrangère au dévcloppenieiit de leur ambition. Cependant, revenus sur le sol des llachem, ils vécurent dans une sorte de retraite jiisipi'ii la eliiilc du giuiverncniciit turc.
La chute lie ce gouvcriieiiicnt fui le signal d'une émancipation passagère des tribus arabes. Sidi-cl-lladj-Malii-i'il-l)iii marqua naliirel- Icmeiil dans ce iiiou\eiiiciit, et devint bicnlot le centre de tout <X" que la partielle la |uoviiiie d'Orau qui avoisine Mascara coiii|Uail de décidé à vivre eu liberté. Le bcy Hassan, menacé par les Français, cul mciiie recours ii lui. Malii-cd-Din voulail lui iliiiiner asile. Son jeune his l'en <'iiipèilia , eu lui représenlani (pi'iiiie alliance avec les anciens oppresseurs de leur pays, même mahomi'lans, coiiipromeltrail rinllueuec de la famille. Hassan se rendit il nos troupes. I )ès ce moment, le marabout des llaclieiii et les siens regardcrcnl la souverainelé de la province comme devant leur revenir.
Plusieurs circonstances recoiuiiiandaiciit déjà aux tribus le jeuni;
fils de Lalla-Zhora et de Mahi-ed-Din. Lors du pèlerinage à la Mecque, son père ayant été arrêté par Hassan, Abd-cl-kader avait trompé celui-ci par une ruse hardie. De plus, à la AIccque, ALihi-ed- Din avait vu en songe ALiley- Abd-el-Kader, le patron du futur émir. Ia" tout-puissant Mulcy n'avait pas manqué d'annoncer en songe il plusieurs que le lils du marabout des (ihris serait sultan. D'autres prophéties circulaient. A la Mecque, un simide nègre ayant appcirtc il lladj-AIalii-cd-Din trois présents jiour chacun de ses enfants, lui dit en lui présentant les deux premiers de ses dons : « \ oilà pour l'aiué, X'oilà pour le plus jciiiie. — l'.t le troisii'iiic présent? ilcmanda le marabout. . — (i'est )iour le sultan, rcpondil l'Abyssinien. — Pour quel sultan? répliqua Mahi-ed-Din. — C'est pour ton secoiul lils, celui qui t'accom]iague; il commandera un jour aux croyants, n
Sidi-lladj-Abd-el-Kader venait en oiilrc de contracter une alliance qui resserrait les liens de sa famille. Cette alliance, bien que modeste, ne s'était ])as faite sans bruit. ()n nous p.irilonnera île la raconter brii'vcuicnt, (|uoi(|ue l'entourage apparlienne plutôt à la fiction qu'il la réalité; car, ainsi que tous les héros de l'Orient, le vainqueur de la ALicta a sa légende qui se mêle ii l'histoire.
La légende poétique d'Abd-el-Kader commence par ses amours avec la belle Kheïra. Elle n'a rien que de simple et d'oriental , et comme l'amour naît partout, même dans la Bible, d'une rencontre inattendue, d'une étincelle qui jaillit de deux beaux yeux et tombe en l'enflammant sur un cœur vierge, nous sommes tout disposé à ne rien révoquer en doute de cette légende. La voici telle qu'on la raconte :
LLidj-Abd-el-Kader avait été envoyé par son père Mahi-F.ddin à Sidi-Aly-bcu-Tlialcb, sou oncle, marabout des Garabas. Il clicniinait il cheval, seul , s'abandoniianl ii une rêverie vague, quand au détour d'un senlier il se trouva face à face avec deux lemmcs qui revenaient d'un bain pratiipié pour elles ii une source \oisine. !Nc redoutant la rencontre d'aucun étranger, elles laissaient leur visage à découvert. A l'aspect du jeune cax'alier, elles se voilèrent précipitamment, mais non pas assez vite pour que le lils de Malii-Lildin ne reconnîit que l'une d'elles était un vrai modèle de beauté; et eu clïct, il lui ax'ait été donné de voir le visa{;e de sa cousine Kheïra , de celle dont les femmes de la contrée vantaient les rares perfections. Il ignorail , du reste, qu'elle fiit de sa famille, quand, introduit sous la tente de son oncle, il la reconnut, malijré son voile, ii s;i taille, ii sa démarche, et peut-être aussi aux battements d'un ctt'ur de vingt ans. De retour ;i la guetna paternelle, il ne goûta plus ni de jour ni de nuit aucun repos, songeant ii sa belle ])arcnte. De sou côté, celle-ci se désolait. Dans sa pensée, qui s'exagérait en ce point les naïfs jucjugés de sa race, elle était déshonorée si tout autre ipi' Abd-el-Kadcr , qui avait le premier vu sa ligure, devenait son mari. H ne lui restait plus qu'à mourir. Une de ses servantes, ii laquelle elle conta son chagrin, se chargea de la tirer de peine. Elle avait souvent aiicri ii depuis la rencontre le fils de ^Lihi-Eildin rôdant ;iutour du douar. ICIle se mit un soir en embuscade, et le surprit (|ui, l'oreille collée ;i la tente des femmes de Ben-Tlialeb, écoulait Kheïra chanter la chanson des trois frères qui tuent leur sœur parce qu'elle a jiaru sans voile devant un étranger.
A ous aimez Kheïra? lui dit-elle. — Abd-cl-Kadcr, tirant son poignard, voulut la tuer; elle s'enfuit en lui jelaiil un boiiipict de la part de sa maîtresse. — Inutile d'ajouter que le lïls de ALilii-lùldin revint le lendemain à riieiire oii le silence de la nuit protège le mystère des amours; il trouva Kheïra au rciidez-vous, et lui jura de la demander à son père. iVLillieiirciiscment iiii homme de la tribu les avait vus. C'en était fait de Khcira s'il parlait. Le yatagan d'.Mid-el- Kadcr le mit dans riiiipiiissance de rien révéler; les eaux du Fken firent le reste.
A qiiel(|ucs mois de là , les familles des deux frères ccicbraiciit un mariage qui resserrait les liens de leur parenté.
(h\v cette légende soit vraie ou non il.ins ses détails, il est ccriaiii i|ue Klieïra est rcsiéc toujours la femme préférée de l'émir, le courageux i|Uoique frêle soutien de ses tiMvaiix cl de ses périls. L'histoire, qui ne se mêle qu'avec la plus grande réserve à la vie privée, doit regarder comme une calomnie ce que plusieurs recueils périodiques ont cru (louvoir, dans un moment où les haines de la guerre subsistaient avci' tout leur bel, racoiiler des relations de la sullane et du gr.iiid kalifa Sidi-Em-Barek. Toute la vie de l'émir et de sa famille répond il cette calomnie.
D'ailleurs entre Sidi-Eui-Barck, brave, enlrcprcii.nil , hardi, mais subalterne et borgne, cl Abd-el-Kader, le type le plus ])arfail, quoiqu'un peu migiiiiii, de la raceanibc, niilli' coiu])araison n'csl possible, ])as plus pour la gliiiic que pour la beauté pliysique. Le portrait de l'émir a été tracé mille fois : front large cl poétique, un peu nuageux; figure régulière, pâle , d'ordiiuiirc soucieuse, mais s'animant facilement cl renvoyant avec éclat les diverses impiessioiis venues de l'extérieur; de beaux yeux noirs, doux et magnéliipies, bliuiissant dans la cidi're; taille petite, mais prise avec aviintage; l'allure trop
vive peut-être depuis qu'il est devenu un lu ne de salon, mais au
temps de sa jeunesse coutciiiie et presipie asccliqiie; hi tête |ieuchée eu avant comme Alexandre et Napoléon; les mains bbinchcs et trèssoignées; la parole facile, r.ipidc, arliciilée, vibrante; les manières
ABD-EL-KADER
polies, ompiTiiilcs il'iiiic grainle distinction; tel est Alid-el-Kader. Ces av:inl:i('-cs él:iient rcliaussés, en 18o2, eliez le jeune émir, par une lial)iliiiie ])i-i'iiialMire des armes et du eiieval, pai- une nuMveilleuse souplesse de corps, par une liravoure encore inexpérimentée mais à l'éprcnve de tous les périls, par une soliriété tout arabe, par une ijénérosité princiiue; enliu, par cet entrain si précieux chez un clicf , entrain (pii consiste dans un je ne sais ijuoi plus facile à reconnaître qu'il décrire.
Al)d-el-Kader fit ses [iremières armes dans les attaipies diriijées contre les Français maîtres d'Oran, durant le mois de juin IS;!2. Il ]iarait certain (|iie ce fut lui (pii décida les Aralies ii se déclarer il la fois contre les Turcs et conire la France, et à [iroclainer rindépeudance de leur sol. Sou père, ^lalii-Eddin , voulait soutenir liassan- Bey , Alid-el-Kader lui lit comprendre (iii'il valait mieux laisser détruire l'un jiar l'autre deux euuemis communs.
Les attaques du mois de juin n'aboutirent il aucun succès. Mais la lirillaiile ardeur que le marabout cl son fils y déployèrent si|;iiala les deux cliels ;i l'admiration des tribus. Une jiartie des Gliarabas et des Beni-Aiiier leur proposèrent de ]M-eudre le eomiuaudemcnt supérieur de l'insurrection, qui s'étendait alors depuis la côte orauaise jusipic dans tous les douars de l'intérieur oii le nom français était parvenu. Elle comprenait parliculii'iemeul la ville de Mascara, qui s'était formée en répiibli(iue. La proiiosition des Gharabas et des lieni-Amer fut accueillie avec joie. Seulement, dans l'assemblée ijénérale qui eut lieu il Erscbia (le 27 nox'cmbre 1.S32), Malii-Eddin refusa le commandement pour lui-même. 11 représenta aux déléjjués arabes que son ijrand àije l'empèclierail d'a|;ir activement. La parole, voilii quelle était sa seule arme. Pour eliasser les Français et empècber à jamais le retour des Turcs, il fallait un elief jeune, ayant devant lui de loiip,s jours, et portant sur son front le signe de l'avenir. Les déléjjués comprirent facilement qu'il désiijnait un de ses lils à leur clioix; mais la jeunesse d'Abd-el-Kader les arrêtait. Malii-L'.ildiu dissi[Ki leurs scrupules en leur racontant, avec l'autorité du saint et de l'inspiré, diverses visions (|u'il avait eues. Un de ses colli'ijues , Sidi-el-Ilarach, vint ii son aide. Il axait vu en sonije , pendant la nuit même qui avait précédé l'assemblée, une jjrande plaine au milieu de laquelle s'élevait un Irùne doré. Muley, le Tout-Puissant lui-même, se tenait près de lii, et comme Sidi-elllaraeli lui demandait en tremblant quel était le prince puissant qui s'assoirait sur ce trône encore vide, le saint xénéré avait répondu que ec serait le troisième fils de iilalii-Eddin , Iladj-Abd-el-Kader.
Les (lé!é[;ués ne furent pas aussi convainciis ipie l'on ]iourrait le croire. Le trône surtout leur déplaisait : ils xoulaient un clief, et non un maître. Les marabouts virent la faute qu'ils avaient commise, et dans nue aulre assemblée ^ialii-Fddin eut recours il nu trait plus liabilc.
— .l'ai reçu une nouvelle visite de l'envoyé deDii'U, s'écria-t-il. Le [iroplii'le nous ordonne de nous armer. Il m'a laissé le elioix ou lie vous guider ou de vous faire i;uider par mon i'ils. Si je vous ijuide, unni lils mcuri, et vous êtes vaincus; si c'est lui ((ne vous elioisissez, je n'ai plus (]iie (|uelques mois il vivre, et vous êtes vaiuipieurs. Eli liien ! enfanls des "Sacbems, je me sacrifie. A moi la mort, ii vous et il mon lils la victoire!
(;elle fois l'enlliousiasme fut ii son comble. Jlalii-Eddin eu profita pour s'écrier en se précipitant aux pieds de sou bis : n ,1e salue le sauveur de la vraie priqiliélie! » Aussitôt cliacun xoulut l'imiter, (le fut ;i qui baiserait les pieds du jeune émir. De ce jour on le re|;ai<la comme le sultan. Il n'y eut contre lui (|ue le parti (|ui ne voulait obéir il ])ersoniie et désirait vivre dans la pins complèle indépenilanec. Mais ei^ parti se réiluisit bientôt il peu de cbose, car la \illc de Mascara reçut il (|iicl(|ue temps de lii le jeune émir en triomplie. (lependaut, au sein (le sa propre famille il resta des ennemis ii Abde!-Kader. Son frère aîné, llaiy, essaya dans la suite de se faire proclamer sultan ])ar les tribus du désert. ]\ous verrons aussi surgir d'autres rivaux de celle puissance nouvelle créée tout il coup dans la plaine des G bris.
En altendant, Abd-el-Kader essaya vainement de nouvelle Iciilalives contre Oran. Le (fénéral Hnjer le repoussa dans |diisieiirs combals oii se disliu(;u('reiit entre autres oftieiers le général 'Irobrianl et le ('olonel de l'Elang. Le général Buyer sut aussi déjouer plusieurs intri(;ues liées dans la ]ilaee par les amis de l'éiiiir. On lui a reproclié d'avoir agi avec une excessive cruauté. Le goiiveriiriiieut crut aux ai'(Misati(nis dirigées emitre lui et le rappela en France. Il fut remplacé par le général Di^smiebels , (|ui élail destiné il auguieuler outre mesure la puissance du lils de IMalii-ed-Diii , (iiiiime lunis le verrons an cliajiitre onzième.
CHAPITUE X.
Commandement du général Voirol. — Cri'ation ilu bureau arabe. — Le capitaine la Morioicro, — Expédition de Bougie. — l.cs Kabylc3.
Va\ même lemp; (ju'Abd-i'l-Kader jetait les fondeiiienis de sa forlune , celui ipii devait \ iiicltri^ bu s'élevait aussi. Le eapilaiiie des •/.oiiaves , la Jluricière élail mis ii la lêle du premier liincaii arabe
qui ait été créé eu Algérie. Ce fut le général Tré/.el , elief de l'étatmajor de l'arinée, ((iii bt ce clioix pendant le commandement intérimaire du général Axi/.ard auquel était écliii le gouvernement par droit d'ancienneté après le départ du duc de l'uivigo.
Le capitaine la i^Ioricière était un de ces liommes ipii ouvrent les cbeiuius dans lesijucls les autres marelient. Il lui avait suffi d'apercevoir l'Algérie pour la deviner, de reuconlrer l'Arabe pour le connailre. Se familiariser avec les habitudes, avec la langue du pays, fut [lour lui l'affaire d'un moment, .leiinc , entreprenant , passionné, il se recommandait par un esprit plein de portée cl de re(-titude. S'agiter dans le vide lui eût été insu])portable. Aul plus (pie lui ne faisait bon marelle du péril; mais il voulait ([ue le ])éril lui profilai, ainsi qu'à son pays. 11 eouçul, dans la modeste position qu'il occupait alors, le jdus grand et le plus utile des projets, c'était de vaincre les Arabes auireiuent i|ue par les armes. L'assimilation, voilii ipicl fut son rêve. Mais ]iour l'accoiiiplir , il fallait bien autrement (l(^ courage et d'intelligence i|ue pour remporter des vieloircs sauglaules et sans résultats, il fallait commencer par se mêler aux Arabes, par n'avoir plus besoin d'inli'rprètes avec eux ; puis faire connaissance axée les chefs, prendre counaissance aussi des affaires intérieures des tribus, se servir de leurs petits démêlés, les con(|uérir parla franchise et la fernielédes manières, leur inspirer le désir de la civilisation. Les armes n'étaient que le moyen extrême. Plus tard nous verrons le capitaine la Jloricière, devenu général, joindre ii ce ])lan que devaient peu it peu réaliser les bureaux arabes, un plan de colonisation non moins remarquable. En attendant , il donna le premier l'exemple. On le voyait, dit l'auteur des Annales algériennes ., partout oii il y avait qneli|ue trouble ii apaiser et quelque eon(|uête morale il faire.
Le liculcnant général A oirol étant venu succéder ii M. de Rovigo , taudis que d'un côlé l'on guerroyait contre les gens de IJijuagueb et (le Guirrouaon de l'outban de licu-Klialil , et (pie l'on punissait ces mallieureux de n'avoir point voulu rcciniiiaître un kani ipie nous leur douuiinis, le capilaiuc Lamoricière montrait par une opération ])lus modesie le parti (|uc l'iui pouvait tirer de 1' Mgéric. Il approvisiiuinait notre armée de fourrages récollé sur les bords du llamise, et obtenait par son inlliience (pie les Arabes ne troublassent ni les transports ni la fenaison. A ipichpie temps de lit, il ne craignait pas de se rendre ])armi les lladjoutes, de conférer avec eux, essayant d'enlraluer leurs chefs. 11 rcconduisil lui-même ii Koléab le luarabimt Sidi-Allah, depuis longlemps prisonnier il Alger. Hien ne lui paraissait difficile ii accomplir.
7tiallieuieuscmenl en France tout lu)iiime(|ui rend des services administratifs, est cerlaiii de languir dans son utile position, (^tuand c'est un bomiue de guerre, il risque fort de voir son méritiM'abaissé. Des campagnes, des campagnes, et toujours des campagnes, voilii ce ([ii'il faut pour arriver ii un grand nom. Le résiillat ne fait rien ii la chose. Le capitaine la Morieière quitta la direction du burciin arabe pour suivre l'expédition de Bougie, dont il avait en |>arlie ]uéparé les (dans.
L'expédition de Bougie allait mettre les Français en ra]>port avec une popiilalion nouvelle pour eux, celle des Kabyles. Si elle réussissait, c'élail un grand coup de frappé en Algérie. Outre (pie limigie est par sa piisilion un point imporlauf, elle empruntait précisément il la réputation des tribus environnantes une haute renommée de force, (jii n'évaluait pas ii moins de vingt mille liommes la puissance armée (|ue ces tribus pouvaient mellre sur jiied. Parmi ces tribus se dislinguaient celle de Me/.zaïa, les lieui-Messaoud, les lieni-Mimour, les Beni-Aiurous, les Onled-Aly, les Bcni-Mobammed , les Uenillassem, les Beni-Segrouel , les lieni-Amram , lieui-Kersilia , Beniliidel, les Onled-Abd-el-l)jebaar , les Senadja , les lieui-lmmel, lieni-Oiirgli , les Toudja , les L'enaya , les iNedjamen, les Oiilad- Aiiieriou, les Ibuii-Barbaches, Beui-Soliman , Beui-(rralib , lieui- Djelleb, l!iiii-(;iiebana, Bcni-Oiidjan , les Kifser, les Msisna, les Adjessa, et surtout les céli'bres Beui-Abbès et les Greboiila. Ces tribus sont (lislribuées sur le long du lilloral ou sur les bords de l'Adouze, (|ui prend les noms de Siimman et (rOued-bnu-Messaoud , et (|iii traverse le pays du sud au nord, ou dans l'iiiléricur des terres. billes ont une cerlaiue indusirie et (pichpies villes comme Kela et \krib. La passion de la liberté renioule che/, elles ;i l'auliiinilé la plus haute, l'.lles se goiivernaieiil pres(|uc loules d'une iiiauiiu'e purcmeul républicaine. D'ailleurs se conlenlant de peu, cl laborieuses absolumciil comme nos nnuilagiiards de rAuvergne, mais gaierrii'res au dernier poiiil , cl incapables de céder sur l'article de l'inili'pendaiiee,
L(^ capitaine la i\[ori(M(.'re s'était chargé de reconuaitre la place même de Bou|;ie. Le chef du port de celte ville, Moucella , l'y introduisit; mais il peine y sut-on son arrivée, (prune sorled'éuicule se produisit. La iiopularmii mille feu il la maison de Boucella, cl le jeune officier des /.ouaves courut les plus grands daiigeis. On lui a reproché d'avoir exagéré les facilités de l'ainupie. Il est permis de croire (pi'il les exagéra de très-bonne foi. Certains esprits regardent comme faciles les choses les plus ardues parce (|u'ils ont l'babilude ou la prescience du succès.
L'cxpédiliiui lui préparée ii l'oulon. Le général Trézel eu cul le comiuauileuienl. Il opéra sou débanpicmeul le 2!) sepliunbre; mais
ABn-EL-KADER,
lieu lie ee qui avait élé prévu et écrit ne fut iwécuté. Les Kabyles, par leurs attaques impétueuses, (léraiij;èreul tous les plans. Les loris (|ue l'on n'espérail pas eniporler, si ee n'est avec de ijrandes (lerles, lurent enlevés des les premiers jours; mais les Kaliyles lirenl de eliaque maison, de eliaipu' mur, une autre forteresse. Il fallut Inenliilso retranehcr soi-nu'me et attendre des secours d'Alijer. Ce ne fui qu'au bout d'un mois {|ue IJonisie se trouva complélement avec ses dépendances au iiDUVuirdes Français. Le jïénéral 'iié/cl en biissa le comiiiaiidemenl à cet licroique commandant Duvivier, (|ue nous aviuis admiré déjà dans plusieurs combats, cl qui, avec le capitaine la Miirieière, avait élé l'un des liéros de re\|)éditic)n. Duvivier n'eut ])our défendre la nouvelle euniiuèlc de la l'"rance eonirc les tribus kabyles entièrement soulevées, (|ue Irois lialaillons d'infanleric et un escadron de cavalerie léijère.
L'oecupaliou de Bnu|;ie fut le |u-inciiial incident mililaire du commandcnicnl ijénéral de \L \ oir<d. >ous ne saurions raconter la foule de pclils fails admiiLislratifs ou i;uerriers (|ui sii;iialèrent ce i;(iuvernenn'ul. Ou le regarde ijénéralcioent comme l'un de ccu\ ipii apportèrenl le plus de profil a luilre influence. Dans la province d'Aii;er, iiin; série d'evpédilious partielles, les pro|;rcs du bureau arabe, une administration conciliautc et douée, quelques raz/.ias bien eoiuluiles et dont nos alliés eurent leur pari , ameiièreul la soumission d'un grand nombre de tribus. Suivant la pensée du capitaine la iMuriciére, on se vit, on se mêla, on alla les uns elie?. les autres. Les deux civilisations se tendirent ])lusieiirs fois la main. (Citant ain événements militaires, les priiieipaiiv sont dans les autres provinces, et cela se conçoit; ee n'est jamais dans le voisinajje d'un ijiand centre d'occupation que se Iroiive le plus forl d'une ijuerre d'cnvabissenient , c'est toujours aux extrémités. Aussi nous faiil-il retournera Oran, oii nous allons trouver le ijénéral Dcsmicliels eompromeltaul l'o'uvre enlicre de la coiiquèle.