CHAPITRE XI
Le général Desmichels à Oran — Expédition de Mostaganem. — Accrois?ement d'Atd-el-Kader. — Premier traité avec lui. — L'gue contre son aatoiité dans la province. — Fautes du général Desmichels.
Nos plus jjrands mallieiirs en Ali;érie remonlciit au commandement du i;éuéral Dcsmicliels à Oran. Ce i;énéral commit deux failles qui ciircnl des conséquences Icrribics. Il refusa de traiter ;ivec Aiiisl.iplia-ben-Ismail , clief des doiiairs, et traita avec Abd-el-Kader. C.f n'est point que ce général manquât ni île eaiiacitc ni de eouraije, mais il vit mal les choses. 11 crut qu'il valait mieux pour la France avoir affaire à une puissance régulière qu'à plusieurs petits cliel's. Après avoir essayé inutilement d'arrèler les profjrès de l'émir, fasciné pour ainsi dire par ses grandes qiialilés, il traita avec lui, espérant (|u'il ne troiibicrail pas l'occiiiialinn française du littoral. Les é\éiicniciils démonlrèieiil la faussclé de celle espérance.
Aux premiers coups que le général Dcsmicliels, arrivé à Oran le 2-î avril IS^i^i, frajipa au dehors, on aurait pu cependant s'alteiidrc aux actes les jilus brillants. Dès le commencement de mai, il sorl di' la place avec deux mille hommes, cl tombe au jioint du jour sur la puissante tribus des Garabas, dont l'émir tire son orii;ine. H la disperse et la pille. Aussitôt toutes les populalioiis des doiiairs environiianls se soulèvent. La eolonne est assaillie à son retour pardes nuées d'eiiiicmis. I.lle fait bonne contenance, ramène intaeles ses riches prises, et Oran est ravitaillé.
Les (iarabas ne iiouvaicut point ne pas èlii' vciii;és )iar \liil-cl Kadcr. Celui-ci et son jière ,\Lilii-el- l)in montent à cheval. A leur voix tout, dans un rayon immense, se trouve debout en un inslaul. Ils viennent à la tète de ee monde s'établir au l'iipiier, à trois lii iics d'Oian. Desmichels, n'écoutant que son désir de frapiier un noiivi au ;;raiiil coup, sorl comme précédemment de nuit pour surprciidic Ir iaiii|i ciiiicmi. .Mais, soit défaut de l'Onhance , soit renseiijuemeiils plus positifs sur la force des Arabes, il se laisse aricler, et se eoii lente de préseiiler la bataille à l'émir en avant de la place. L'émir ne l'acccpli' pas. Desmichels établit nu blockhaus pou r lui moiilrcrqu'il ne doit pas s'attendre à voir les l''raiiçais reculer. L'émir se décide alms a ratlac[ue. Notre j;ciiéral appelle toutes ses troupes, et repousse les Arabes dans leur camp du l''i];uier, après leur avoir fait subir de i;randes perles.
Il fallait poursuivre ce succès, et la puissance naissante d'Abd el- Kader s'écroulait. Alais on le laissa repnuidre roffensivc; il vint atlaipier le blockhaus, et ne se retira qu'aiirès avoir <-oiislal( que les Français se relraiieliaiciit dans la place.
Luc autre expédition du ([éiicral Desmichels, enlreprise contre Mustaplia-ben-lsmaïl, chef des douairs cl ennemi d' \ hd-cl-kader, fut énalemenl sans résultats. L<' eommaiidaiil de la province se rejeta alors sur Arzew, dont il s'empara ])resi|ue sans dilViciilté. De son côté, Abd-el-isadcr ne s'ciidormil ]ias dans l'oisiMMé. 11 réussit à faire considérer plusieurs aciesde clémence du général Desniiiliels comme autant d'ailes de faiblesse. Il enleva jusque dans Ar/.ew nu de ses ennemis, iiomiiié Itéloiiua, et le fil exéciiler. Prolitiinl des divisions des habitants de 'riéijieeen, il y lit reconnailre son autorité. Il n'y
eul ([ue les Turcs et les l\oulou];lis, cantonnés dans le Alceliouar, qui refusèrent de se donner à lui. 'l'oiilelois, il réussit encore dans celle enlreprise à se débarrasser d'un ennemi dangereux nommé licn- Noiina, chef de la ville, et (|ui se réfui;ia près de l'empereur de Maroc. La morl du marabout Mahiddin vint d'ailleurs confirmer en ce moment solennel pour lui les prédictions faites à l'assemblée d'Erscbia. I''llc le laissa de plus maître absolu de ses actions, qui devinrent peu à peu plus téméraires et plus entreprenantes.
Le général Desmichels ne s'était pas eontciilé de prendre Arzew ou plutôt la MiM-sa : il s'était emparé de Mosla;;anem, oii le kaid Sidi- Ibrahim avait alors la priiieipah' influence. Les Arabes du parli de l'émir voiiliircnl s'opposer ii ces diverses conqnèles; mais ils n'agirent que lièilciuciil, et furent facilement repoussés. Le commaiidaiit français, après avoir laissé i;;irnison dans les iioiivclles places iroccupalion, reviiil à ()ran,(pii contiiiuail à être le point de mire des allaqiies parliclles des tribus. Ayant à se plaindre des Snicla, il lit partir le Icudcmaiii même de son relonr, le .'i août, une petite colonne aux ordres de M. de l'iùani; pour punir celte tribu.
La colonne accomplit heurciisemcnl son expédition ; mais les Arabes se rallient aussitôt qu'ils la voient eommcueer son mouvcinenl pour reiilrer dans la ville. L'ne partie d'entre eux, profitant de la lenteur avec laquelle marcheni nos fantassins accablés de chaleur et p.iilani leurs blessés, ])rennent les devanls cl inceiulicnt tout sur le ehemiii que nos troupes doivent traverser. Celles-ci s'elfrayent, se décourareiit. Quelques soldais jettent leurs armes et se préparent à mourir sans lutter; mais la cavalerie, moins faliguée, fait la meilleure conleiiance. Kllc se range autour des fantassins, décidée à les sauver ou à périr, l'ciidant qu'elle comb.it si hérn'iquemenl et avec une si noble solidarité, un officier d'ordoniiaiice, M. Desforges, a l'audace de reii- Irer seul à Oran pour prévenir le général eu chef; il réussit. Des troupes fraîches arrivent. Les Arabes s'cnfiiieiil. La eolonne est sauvée.
Alul-cl-Kader commençait dès lors à jouer ee fameux et diflicile jeu des barres qui lui a réussi pendant tant d'années. On le voyait p;irloiil oii nos généraux n'élaient pas. 11 vint attaquer Moslaganciii aussitôt que Desmichels fut à Oran, et l'assiégea durant |ilii:,ieurs jours. Le canon d'un brick français, alors au mouillage, et l'héroïsme d'une compagnie cantonnée dans un marabout, qui fut le principal objet des ell'orts de l'émir, firent justice de ses attaques. Cependant ses Arabes faillirent s'introduire par surprise dans le corjis de la place. Le liciitenanl Giraudou évcnla cette surprise, et les repoussa au moment oii ils allaient faire sauter nue partie des murs. Ahil-el- Ixadcr se retira.
Dans l'esprit d'un toul aulrc peuidc que les Arabes, ces rclraites coiiliiiiiellcs lui eiisseiil causé un lort des plus graves. Dans la pensée des populations de la province, (dies alleslaicnt sa priidence. Il batlail d'ailleurs conliiiiicllemciil la campagne, forçant les hommes des tribus à le suivre, empêchant toul ciimmerce avec nous, punissant d'une manière terrible les relations plus suivies. Nos troupes avaient pu supporter dans les iiremicrs temps les désavantages de cet isolemciil; mais ces désavantages dcveiiaienl de jour en jour |ilus sensibles. Les tribus s'étaicnl retirées de la portée de nos attaques. La capitale de nos possession oranaises ne recevait plus de vivres que |iar mer. Au lieu de sortir de celte situalion par un grand effort en attirant, ])ar exemple, l'émir à un combat eu règle et en le ballant, le général Dcsmicliels prêta l'oreille à des propositions (|uc des Juifs, )irivés des gains de leur commerce, attribuèrciil ii Adb-cl-Kadcr. (^es Juifs rapportèrent, d'un autre côté, à l'émir ipic le général ne serait pas éloigné de traiter. Abd-el-Kader était Irop habile pour ne ])as saisir l'occasion de se faire reconnaître par la France comme il était déjà reconnu par les Arabes de la province. 11 envoya nu de ses officiers, Miloiiil-liL'ii-II(irtii-Ii . ]iour demander sur (luelles l'onditinns on liailerail avec lui. On l'aecueillil favorabicmeni, Iriqi fa\ or.iblenieut. Le général Desmichels ne sentit pas la portée de ce ipi'il allait faire. Il lie comprit pas qu'il créait un représentant par excellence de la libellé cl de la iiariiuialité arabes dans la proviiici- d'Oran, qu'il doniiail un ceiilie aux tribus , et la convention ci-dessous fut conclue ;
ne CÔTÉ iiF.s ARAniî.s.
r< Les Arabes auront la liberté de vendre et acheter de la poudre, des armes, du soufre, enfin tout ce (|ui concerne la guerre.
u Le commerce de la Mersa (Arzew) sera sous le gouvernement du piincc des crojanis, eomme par le passé et pour loiiles les alVaires. Les cargaisons ne se feront (las autre pari ipie dans ee port. (^)uanl à Vloslagiinem et Oran, ils ne reeevronl que les niarchaiulises nécessaires aux besoins de leurs habitants, et personne ne pourra s'y opposer. Ceux ipii désirent charger des marchandises devront se rendre à la Mersa.
» Le fénéral nous rendra tous les déserteurs et les fera cncliaîner. 11 ne rcccx ra |)as non plus les criminels. Le général comiuaudant à Ali'cr n'aura pas de pouvoir sur les musulmans (|ui viiuidronl auprès de lui avec le c(Uisenlemeiil de leurs ebefs.
1. ( )ii lie pourra cmpêclier un iiiusiilmaii de reliuiiner ihez lui quand il voiid ra. u
ABD-EL-KADER