‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 184 sur 219 · DE LA PART DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DE LA PART DES FRANÇAIS

o A compter (ranjoiiid'liiii , les licislilités cesseniiit ontrc les Français et les \È-alii's.

» La r<lii;ii)ii el les usajjes des musuliiians se.oiil lespeelés.

» Les prisimuiers i'raneais seront reiulus.

ji Les m, I reliés seiciiit libres.

i/Toiit déserteur I'raneais sera rendu par les Arabes.

M Tout chrétien qui voudra voyaijer par terre devra être muni d'une ipermission revêtue du caelit't du consul d'Abd-el-Kadcr et de celui du eénéral. »

• Et le troisième préseiil? demanda le muriiljuul.

• C'est pour le sultan, répondit l'Abyssinien.

Ce traité fut, nous le répétons, une faute immense. En matiè-re politicpie, tant (ju'une ]iuissance n'est pas reconnue, elle n'existe j)as. Maintenant Alid-el-Kader evistait; il existait comme piincc des croyants, comnu' centre de la résistance aralie, connue jirotecleur suprême de l'islamisnu'. Il visait les passc-ixirts au\ clirétiens; il était, en un mot, une puissance considérable. Il ne tarda pas à s'accroître encore, et cela en vertu du trailé même. On va le compi-einlre.

Abd-cl-Kader, il son passaije eu Ei;\plc, avait vu le parti (|ue le vice-roi tirait des monopoles. Les 'Jures ont eu, de leur côté, de tout temps, des monopoles. Les dejs en avaient, et c'était pour eux une ijrande source de ricliesses. Sous prétexte de protéijer le commerce «les tribus, Abd-el-Kader fixa d'abord les ])rix; puis il se elianjea de garantir les ventes, puis enfin il jiaya lui-mêiiie, par l'cutreiiiise de son oiikil, les ]uix iixés par lui, i|uitle à revendre ;i ses risques cl périls, (juaiul les I'raneais voulurent aelu'tiM- des ijrains ou d'antres diiirécs, ils se Iroiivèrciit en lace de lui. Il faisait la loi sur tous les marcbés. Iiislniit de ces faits, le général \ iiirol blâma sévèrement le e.énéral Desmicliels, ipii réponilit (pi'il ne s'était niilleiiieiit cnijaijé sur la question des inouo|ioles. La chose était vraie ; mais il ii'v avait plus il y revenir, si ce n'est par les armes.

Le ijénéral Desmicliels eut encore une fois l'avenir de rAli;érie entre les mains. \ oiii comment.

La paix étant faite avec les l'raiiiais , Abd-i'l-Kadcr pesa nécessairemciil d<' tout le poids d'une souveraineté naissante sur les tribus de la province il'()raii. l'Iiisieurs chefs de ces tribus eurent à s'en plaindi'C. Abd-el-Kader préteiulil, par cxiniple, lever les impôts sans eux, et se meltre au lieu et place des bcxs, i|iiant il la peiee|ilion. Une lii(ue se forma, dans laipielli' euirciinl Sidi-cl-Arilii , chef di^ la tribu du même nom; Miistapha-beii-lsmaïl , chef de la tribu i\r> Douers; Kadour-bcn-el-MorI j , chef di' la tribu des lioidjla, cl plu sieurs autres mécontents de mar(|ue. D'une autre pari, les Itcui- \iiur déclarirent (|u'ils ne voulaient ]ias siibsliliier un lyraii ii un autre. Ils refusèrent l'aehour ii l'émir. Celui-ci, (pii innorait la lijjue des

P;iris. Typographie Plon fh

trois chefs, ordonna aux Douers et aux Sinélas de les attaquer. Ceuxci curent alors une raison de se tenir en armes Mais que ht !Mustaplia-licn-lsiiiaïl ? Au lieu de marcher contre les Beni-Amer, il surprit, pendant la nuit du 12 avril 183-4, le camp d'Abd-el-Kader. L'émir n'eut ([lie le temps de monter ii cheval. Entouré, jeté bas de sou coursier, il était presque déjii prisonnier de ^Iusta]ilia (piand un de ses cousins, et en même temps le mari de sa sœur, Mouloud-ben-Sidilioutalcl, espèce d'ilercnle arabe, l'enlève dans ses bras, le jette sur un cheval frais et s'échappe avec lui.

L'instant était favorable jioiir les Français, car aussitôt les tribus se déclarent contre le vaincu; les Aribs et les Bordjia se réunissent il Mustapha, et celui-ci demande ra])pui du commandant il'Oran.

Mais, par une aberration politic|iie inconcevable, le i;éuéral français s'imajjine qu'Abd-el-Kader est devenu odieux aux tribus parce qu'il a traité avec la France. Au lieu d'aider ;i sa défaite, il lui fait passer quatre cents fusils et de la ])Oudre. Il va plus loin : ayant appris que Mustapha, ne réussissant pas près de lui, s'était adressé au général ^ oirol, il fait savoir à Abd-el-Kader de ne point se décourager, et, joignant l'action aux paroles, va prendre ii Miscri;hein une liosilion hostile :i Mustapha. Celui-ci, menacé ii la fois par deux ennemis, perd son premier élan; ses alliés ont peur, et au premier choc d'Abd-el-Kadcr, «[ni l'attaque près du Sii; avec de nouvelles forces, il x'oit SCS troupes se disperser. Alors il n'a plus (|n'ii implorer la clémence de l'émir. C'est ce qu'il fait, ([uilte ;i se vciiijcr plus tard. Abd-el-Kader, ne se sentant pas assez, fort pour le frap|ier, feiijnit de le recevoir comme auxiliaire et de lui pardonner. Mustaiiha ne fut ])as dupe de sa cléiucuce, et chercha un asile plus sûr dans ta citadelle de TIemcen.

L'émir ne com|ita jdiis dès lors dans la province d'Oran d'autres ennemis que les Fiançais et les Turcs du méelioiiar de Tleiueen. 11 demanda du canon à M. Desmicliels pour les réduire. Sur sou refus, il refusa ,'i sou tour d'avoir une entrevue avec lui; jmis, n'apercevant ]ilus de bornes ii son aijraiidisscmcnt, iiiaitrc de la province oranaise depuis le Cliélif jusqu'au désert, il commença ii lier des relations avec

V\ 0 s'enfuit en lui jetant un buuiiiet de la part de sa maîtresse.

les \rabesdes autres provinces, leur demandant de le reconnaître, cl leur proiiicllant en rcloiir de chasser les l''i aiicais. .Sou principal

a|;ciil lut le ma la bout de Miliaiia, Sidi- Ali cl-lvalali. ( !c ma rai I ne

ciaii;nll pas de rcmcllrc au i;éiiéral Noirol une lettre de l'émir, dans laqiiclli' celui-ci, s'aiiiioniaiil i-omiiie le sauveur île l'ordre ilans les tribus de rtliicsl, proposait au l'oiiiiiiandaiil eénéral franiMis de venir rétablir aussi la traii<|uillité parmi les tribus de la province d'Mi',er cl du bc\licli de Titlerv. Sidi- Mi-el-Kalati , poussant même l'audace au dclii de tonte limite, ajouta que désormais les l'rani'ais n'aiiiaieiit pour oblenir le respect des tribus d'autre mojen que de recourir à i'intcrvenlion du chef des croyants. Le |;éiiéral Noirol se conleiila d'enjoindre ;i Abd cl-Kadcr d'avoir ii passer le Cliélif. Ouant ii l'ordre qu'il avait rétabli, il le félicitait de cet ouvrage. î'.iiKS, rue de Vaugirard , 36.

ir

Sicli-d-Kalali , ainsi repousse', revint à Mascara, et ne trouva rien (le mieux à répandre si ee n'est que le eoniniandant d'Aliter voyait avec jalousie que le i;cnéral Dcsmicliels eût ])acirié la jirovinee d'Orau. Il ajouta qu'il était ])ourtant fort l\eureu\ (|ue ce i;énéral et l'émir fussent bien ensemhle. Autrement, disait-il, toutes les tribus de l'Algérie se soulèveraient; elles n'attendaient (pi'un ordre de Mascara. Le i;énéral Dcsmicliels le crut d'autant mieuv qu'il avait d'AI)d-el- Kader la plus liante opinion, et, dans les meilleures intentions qui soient, il continua ses relations avec l'émir. Celui-ci, de son côté, le maintint liahilcnnuil dans de bonnes dispositions, et parut ne s'occuper que d'orijaniser les tribus ([u'on lui laissait ijouverner depuis le cliélif jus([u'au désert. Mais ses aj;cnts se répandaient avec activité dans toute la réjjcnce, popularisaient sou nom, aui;nientaient en paroles l'éclat de ses c\, ÉOits, et préparaient le terrain pour (pi'il fût bien reçu quaiiil il aurait assez avancé les choses de façon à pouvoir jiénétrer sur la province d'Al(;er. On en était lii quand le comte d'Erlou, envoyé comme gouverneur général pour remplacer le général Voirol, obtint du ministère le raïqiel du général Desmichels. Ce général eut pour successeur un moins heureux encore que lui!

Page 1