‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 186 sur 219 · IU · texte numérisé non relu

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II fallait évi«lemnieiit changer de politique à l'égard d'.Abil-el- Kader. Le comte d'Erlon était arrivé, bien dé«i«lé à opérer ce ehangemeiit. Il iditint, comme nous l'avons vu, le r.ippid «lu général Desmichels, et le r«'nipla«a par un homme tout «l'ém'igie et de vigueur, mais moins heureux tyic brave et moins liabili- i|ue bon sol- «lat, par le général Trézel. l'uis, comme la jiroviiici' «b- 'l'ittcry se trouvait comme abandonnée à elle-même, et que c'élait surtout «ette province qui était convoitée ]iar Abd-el-Ka«ler, il viiiilul l'organiser fortement. En eonsé«[iicnce, il résilut «l'instalU'r ii Médéali un nouveau bcy, qui serait soutenu par des forces convenables. Malheureusement, sa«-liant peu prendre sur lui, il en référa auparavant au ministère fran«;ais, «pii n'approuva ])as l'expéilition. La province de Médéah resta donc ouverte aux entreprises ])ossibles d'Ab«l-el-Kader. Celui-ci eut bientôt l'oceasiiui de r«'nvaliir. Un chérif «lu désert, nommé Moii«;a, s'alliant il Si«li-el- Aribi et à Miistapha-ben-Ismaël, lui déclara la guerre. L'émir ne l'attendit pas. Mais pour aller jusqu'à lui il fallait passer le Chéliff malgré la di'-fense formelle il«'s i;cnéraux (ranimais. Ou rapporte i|u'il «-ut un moment «l'hé^iilalion ; mais quand il eut a]ipris «puson compélileur Moiiça était entré lui-même à Médéah, à la tète «les Dorkaoui, il franchit ce nouveau Uubicon, et arriva à Milianali.

Ce fut alors une fête, un enthousiasme inexprimable dans raii«i«'ii beylik. Les tribus, honiines, femmes, enfants, vii'illaids abandonnaient les donairs, et venaient baiser les pieils du libérateii r. L'entrainement (les populations fui biiui plus grand encore «[uaiid il eut vaincu les Darkaoïii près de llaoïieh-AiiKMua. Ei'it-il en ce momeul voulu i'étroga«ler que cela lui aurait été impossible. L«' Ilot populaire le ]iorta à Médéah; cette ville désolée p;ir tant «l'invasions, livrée à l'anarihie, le rc<;ut comme un sauveur.

Qui fut bien perplexe de ces succès? nous n'avons pas besoin «le le «lire. Le général Trc/.el proposait un plan qui eût pu réussir : c'était «le répondre au passage du l'iiibicon -Chéliff par iii e marche hardie sur Mascara.

Miiis lecoinle «l'ICrlon l'em- |iêclia de mettre c«' plan à exéculion : lui i|iii avait tant désapprouvé la piditii{U«' de transaction , il l'aibipta tout à coup ; il laissa l'émir inst.illcr un des siens comme liey de Milianah, et, au lieu de le mciiaïu'r, contint son ambition à force de caresses et de ]>roin«'Sscs. Ce fut le plus beau temps peut-être il«^ la puissance d'Ab«l-«d-Ka«lcr ; si l«'s limites «le son empire étaient encore restreintes, tout le monde, dans ces limites, le respectait. La plupart des tribus, n'aiipréciant que les bienfaits de l'onlri', oubliaient leur esprit d'iii«lép«Midance pour le saluer sultan. Il répond.iit a biir conlianee en veillant à la sûreté «les mutes et des manliés. 11 réformait la jiistiie «'t h's impôts. En même temps, |)révoyaiil le momeul oii il aurait besoin d'une force organiséi', il faisait r«'«lierch«'r par ses agents les ouvriers les meilh'urs, fmnlait ib'S l'abiiipies d'ariiws à feu, et s'entourait «l'une mili«'e periiiaueule et régiilii're, «lont une i);irtie l'accompagnait dans toutes s«'S cxpé«lilioiis.

Ccpiuidaut tous les .\ rabi's n«' voyaient |>as «lu même O'il sa puissance croissante. S«'s monopoles lui taisaient «les ennemis au sein des tribus comnuMcanlcs , les Douers et les Smélas étaient de ce nombre; elles voulu reul eommcrcer avec l«'S Français sans subir ses exigences. Il leur ordonna de quitter l«'s «'uvirons d'Oran, oii s'élevaient leurs tentes, et leur assigiui une autre demeure dans la montagne. I^llcs refusèrent «l'obtempérer à un onire «pii l«'s ruinait; il les fit atla«|iier par son aglia El-M/.ary. l'.lb's irciiniil plus alors «l'autre i«ssoiir««' «pie «le se mettre sous la iirot«'«ti«)n de la l''rancc; c'eut été uii«' l.iilulé «pic d«' la leur refuser : l«' général Tré/el en était inca-

RKXaAITE DE CO^STA^TI.■SE.

Entre six mille Bédouins et trois cents Français la partie doit ôtre égale...

CMANGARMEn.

ABD-ELKADEH.

piililp; il Kcirlil (rOi-uii, If I 1 juin, l'cpoussu l'iinlia l'^l-M/.ai'j ; le SIU'li'iiilrmaiii il i('i;iit au eamp ilu Fijjiiier les Doiicrs et les Sniélas dans rallianio (raueaisc; enfin, ](nnssanl pins loin, il vint camper sur les linrJs (lu ruisseau de Tlélat, d'iiii il enviiya sommer Abd-el-Kader de renoncer ii iiii|uiéter nos alliés. C)elui-ci répondit avec haulenr qu'il aurait raison des tribus passées sons le drapeau français, et (|n'il les reprendrait, lussent-elles ahrilées sons les murailles d'Oran. l'uis, joignant les faits aux déclarations, il ajipela toute la province ii se réunir sur le Sii;. La guerre éclatait donc de nouveau; le traité Desniichels était rompu.

Dans ces circonstances, le général Trézel commit une i;randc fanle : au lieu de marcher tout de suite sur le Si;;, il laissa a l'émir le temps de réunir des forces deux fois plus nombreuses que les siennes. Il ne sortit à sa rencontre que le 26 ; à jieine avait-il avec lui 2, .son liomines, et ses vivres étaient presque épuisés.

L'ordre de marche ne fut pas habile : le général , qui disposait d'un régiment de cavalerie, le morcela en trois parties, deux escadrons formant l'avant-garde , deux escadrons flanquant le convoi, et un escadron formant i'arrièrc-gardc ; l'infanterie fut également morcelée, et Trézel n'en plaça pas assez pour soutenir sa tète de colonne.

Vers le malin du 2(i , à peine cette tète dit colonne a-t-clle débouché du bois taillis de Muley-Tsinaël , que des niasses arabes, cavaliers cl tirailleurs, se précipitent sur elle. L'attaciue est si vive, les forces sont si nombreuses, (|ue l'avant-gardc plie et se rejette sur le convoi. Les Arabes la pousseul , atla(|uent le convoi, et parviennent à isoler un des bataillons d'infanterie qui flanciucnt sa droite. Encore un peu et c'en est fait du corps entier; mais 'l'rézel, s'inspirant du danger, parvient il enlever une partie de son arrière-garde, et à la faire passer en avant du convoi. Une compa;;nie d'Afri(|ne, entre antres, se précipite avec un élan irrésistible ; aussitôt chacun reprend courage : ceux (|ui avaient ]ilié l'es premiers sont les premiers ii charger. L'ennemi cède ii son tour, et nous laisse ramasser nos blessés et nos morts ; parmi ces derniers est le colonel Oudinot. On était vainqueur; il fiillail prendre nn [larli ; poursuivre son succès, on profiter ilu répit liiissé par les Arabes ])our faire une orgueilleuse retraite, 'l'rézel adopte d'abord la première pensée ; après avoir laissé prendre il ses soldais un repos qui dégénéra, dit-(ni, en orgie, il pousse au Sig, cly arrive vers la fin de l'après-midi. Les forces arabes campciit il une certaine distance, Trézel, voulant effrayer l'émir, l'envoie boinmer de nouveau d'avoir ii désavouer ses attaques, et à reconnaître l'autorité de la France. >lais Abd-el-l\adcr connaît aussi bien (jne le général lui-même la faiblesse nnméri(|nc des Français et les perles qu'ils ont faites. 11 refuse fièrement, comme à la première sommation.

C'est peut-être le cas de lentcr la fortune en appuyant les négociations par une attacpie ; niais tout il cou|) Trézel , qui n'a d'ailleurs pas la main assez ferme pour maîtriser des soldats dont la coiiiiancc n'est pas complète, Trézel change d'avis : il campe toute la journée du 27 sur le Sig, et le lendemain se met en marclie pour gagner Arzew. L'émir, qui cette fois aussi manqua de courage, puisqu'il n'osa pas venir offrir le combat à cette petite colonne française égarée loin d'Oran, l'émir, en voyant ce mouvement rétrograde, monte aussitôt à cheval, suivi d'une dizaine de mille cavaliers, qui ne tardent pas ii tourbillonner autour de nos troupes et à les envelopper; mais elles finit bonne conleiiancc et gagnent du terrain ii travers la ])laine de (à'ïrat, sans rompre nn iiis ant leur ordre de marche.

A l'issue de celte plaine, il y a deux routes pour se rendre ii Arzexv : l'une par les collines des llamian, l'autre par la gorge de l'Ilabra. La première offre moins de dangers, en ce qu'elle est découverte; mais, il raison des diliiciiltés du terrain, Trézel craintque son convoi ne puisse la franchir. Il ne rélléchit pas que si la seconde est plus facile, l'ennemi, eu occupant les hauteurs qui dominent la gorge, peut écraser les tnnipes qui s'engngeront dans celle-ci. l'.u ellel, à son mouvement oblique, Abd-el-Kader juge qu'il ne traversera p;is les collines des llamian; il fait parlir ii lonil de train nn millier de cavaliers portant des fantassins en cnniiie. Cette force se déploie audessus du défilé an moment oii la colonne française s'y présente, a l'endroit oii le llabra, <[uitt.iut Us marais, prend le nom sinistre de Macta.

Lii, un chef habile )inurrail encore lutter. Il faudrait, par exemple, sans ralentir sa marche, envoyer sur les hantenrs des forces suffisantes pour contenir l'ennemi. Mais Trézel ne veut pas dégarnir son ordre de l'ctraite; deux compagnies seulement sont envoyées pour balayer les collines. Les Arabes en force les repoussent lacilement, et, nywiit l'avantage du terrain, conlraignent les Français ii rester dans la vallée; ]iiiis ils attendent le passage du convoi. Au momeiil oii la longue file des voilures chargées de blessés et de matériel s'engage dans la gorge, ils se précipitent ; notre arrii'regarile voit ce inonvemenl : elle craint d'être coupée, et, an lien de dérendre le convoi, elle court ii droite pour se réunir il la tète de cdioinie. l'Insienrs voitures sont alors pillées on prises, les blessés qu'elles portent sont égorgés et ib'capilés ; d'autres sont entraînées dans les marais par leurs condnili urs épouvantés, il faut arrêter ceux-ci le pistolet au poing poi|i' Icfi forcer ii ne point fuir. C'est

ainsi que le maréchal des logis Fournicr sauve vingt blessés : les seuls, hélas !

Cette attaque sur le convoi est (|uelque chose d'affreux dans les annales de la guerre, (iepeudant elle est^le salut de la colonne.

Tandis que les Arabes pillent , couiient des tètes ou s'enivrent, une partie des Français se rallie pèle-mèle sur un mamelon, autour d'une pièce d'artillerie qui tonne eu désespérée. Abd-el-Kader les fait attaquer par ses principales forces; mais ces braves se forment en carré, et, entonnant l'hymne de la république, cette Martieillaise qui a le don de transporter les âmes, ils résistent il toutes les attaques. IV'iidant leur résistance, la seconde partie des troupes et ce qui a (m échapper du convoi cherche la route d'Arzew et au milieu du désordre ne parvient qu'avec peine à la trouver. Les défenseurs du mamelon se trouvent tout il coup eompléteme: t isolés. Ils xeulent tous mourir, (^/uelques chefs parvieuneul enfin à les ^'écider ii suivre la retraite. Abd-el-Kader n'a point su leur couper le chemin. Ils rejoignent, avec leur pièce d'artillerie prise et reprise deux fois, le gros de nos fuyards.

On vit alors un spectacle véritablement héroïque. Trois ou quatre officiers, ficrnard, Allaud, Pastoret, îMaussion, ont lormé une ]ietite arrière-garde composée de quarante chasseurs, de cinquante soldais de toute arme, et sontennc par de l'artillerie. Celle arrière-garde suffit il contenir les masses arabes. Kllc tiraille, charge , tiraille et charge encore. Décimée, elle n'abandonne le terrain que pour mieux résister. Les Arabes ne savent d'ailleurs ]Holitcr ni de la jmsilion ni du moment critique, l'eu ii peu leurs furieuses charges se ralentissent, leurs cris deviennent moins menaçants. D'une autre pari, la X'oix lie nos officiers recommence à reprendre son autorité; l'ordre se rétablit, le courage et le sang-lroid rcvieuneulà tous, et l'on arrive il Arzew le soir, apri'S avoir marché seize heures et combattu quatorze. On avait perdu trois ci'nts hommes; deux cents autres étaient blessés.

C'était peu pour une pareille déroule; mais la reinnumée iiuiltiplia bientôt ce nombre. Le revers de la Macta, qui, dans une grande guerre i-égulièie, eût passé inaperçu, fut bientôt appelé à Alger et en France un désastre. *^>iielques-iiiis allèrent jusqu'il traiter le liravc mais inhabile Trézel de nouveau A ariis.

(jiiant il lui, d'Arzew, il fit ramener une partie de ses troupes par mer il Oran. Mais coninie il trouva dans la première ville nn renforl aux ordres de la Moricière, alors commandant, et ayant avec lui les capitaines Cavaignac ctMonlauban, il rentra avec l'autre partie dans Oran par la même porte (pii l'avait vu sortir. Le comli' d'KrIon ne larda pas ii le remidaeer par le général d'Arlanges. Abd-el-Kader ne sut pas d'abord poursuivre son sncci's, et nous gardâmes les Doners et li's Smélas dans notre alliance.

Cependant en France, l'ojiinion publique, surexcitée iiar les événements de la Maela, forçait le ministère il donner de nouveau le maréchal (jlansel pour goiivernenr i;énéral il l'Algérie; il y arriva le Kl août 1835.

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