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CHAPITRE XVI

Le camp d'Abd-pl-Karler. — Ca|illvilé (le M. do France. — Tcntalivo ilo l'cniir poiu' établir sa capiliilo a Tikoilem|i(. — Missions du général Damrémonl et du général Bugoaad. — Truiié de la Tjffna. — Ses désaslronses r.inséc|uences.

L'émir essayait alors, mais en vain, de diminuer les horreurs de la guerre ([ue se faisaient les deux Mations. Son plan était de lujus apparaiUe à nous-mêmes comme un missionnaire de la civilisation avec le(|uel la l'rance ue pouvait (pie gagner ii s'ciilendre. iVLilheureusemeiit sou peuple déliail l'action (pi'il chcrihail à exercer. Il se dérobait à son iulluence loules les iois qu'il s'agissait d'une vengeance.

Rien ne peut mieux faire connaître les iiueurs des Arabes, la haine qu'ils axaient pour nous, l'intérieur el le génie jiarliculier d'Abd-el Isailer, (pie l'hisloire de la captivité de i\L de b'rance cl de quelquesuns de ses c<nup.'i|',iions.

51. de France était en station sur le brick le Loiret il Arzew. Il descendit à terre avec plusieurs de ses colU'gues pour aller ramasser des boulets lancés dans un exercice de lir. Il fut entouré par des Arabes cachés dans un ravin d'oii ils épiaient l'occasion de surprendre le troupeau de bieuls (pie nourrissait la garnison (le la place, comme toutes les garnisons des places de l'Algérie. Après s'être défendu en brave, il allait peut-être échapper à force de courage. Tout à coup il seul (piehpie chose de rude glissiu- sur sa ligure; il y ])orle la main, el touche une corde qui entoure son cou. En même temps une secousse violente le renverse, el un Arabe, (pii avait attaché rexlrémité de celte ('ordc ii l'arçon de sa selle, pitpie des deux et l'enlraînc au galop d'un cheval fougueux. C'est ainsi qu'un grand uiMubre de nos soldats avaient été làcheiueiit surpris, enlrainés, décapités :

« .l'avais beau crier et demander grâce, dit M. de France, l'Arabe de presser toujours l'allure de son cheval el de me traîner toujours à demi élraiijilé il travers les rocs el les broussailles. Cet horrible supplice dura plusieurs minutes. Enfin le coursier, oblig'é de gravir uu tertre assez escarpé, ralenlit sa course, et je parvins non sans peine il me relever. Alors, tout étourdi par une aussi rude secousse, les mains el la ligure meurtries et sanj;lanles, les jambes déchirées, je

ne sais pas ( imeiit je trouvai encore assez de vigueur pour saisir la

corde et la soiilenir afin que lu force de Iraclioii ne |iorlâl ]ias entièrement sur mon cou, pour courir, attraper le cheval et me suspendre à sa queue. »

Mais à peine le courageux enseigne s'est-il ainsi relevé, que les Arabes rentoiirent de nouveau, le dépouillent de ses vêtements, le frappent, eseilanl le cheval qui l'enlraine à reprendre le galop. Alors recoiiimeiice pour ce nouveau ftlazeppa un su|qilice effrayant, dont on ne le délivre ipie pour procéder à sa décapitation, n Le galop incessant du cheval , dit-il, les violentes secousses de cette corde, ipii me faisaient rouler au milieu des broussailles et des pierres sur les- (pielles je laissais des traces sanglantes, les injures et les coups des Arabes, tout cela dura un (piart d'heure. Un ipiarl d'heure, c'est bien court, ajoute M. de France, il me parut l'élernité. »

Lorsipie les Arabes jugèrent la distance ipi ils avaient parcourue assez grande pour n'axoir |dus à redouter la poursuite des marins du brick,' ils s'ari'êtèrenl pour trancher la tête du malheureux oflicier. On lui lia les mains derrière le dos , el on l'attacha à un palmier nain.

Ici , nouvelle el affreuse scène !... Les bourreaux se disputaient la joie de trancher la tête de la victime. Ce fut son salut, salut, hélas! plus terrible (pie la mort.

En effet, le bruit de la dispute attire un espion d'Abd-el-Kader, nommé A(lda, etipii était souvent venu à \rze\v; il reconnaît M. de France pour un des officiers de la station, et, au nom de l'émir, il promet aux Arabes une bonne récompense s'ils le conduisent vivant au camp royal. Après de loniis poiii parlers, les Arabes y ciMisentent, el voili( le pauvre prisonnier marchanl, les poings liés, ('litre ses bourreaux. Rienlôt ils osent lui proposer de porter une tète fraîchement coupée, celle d'un de ses eoiiipagiions. Il refuse, en leur faisant comprendre (pi'il pretèrc la mort. L'cspi(ui \(lda le sauve de nouveau; mais bienlôt la troupe traverse des doiiairs. Mors les \ ralies, ipiiltaient leurs travaux, le frappaient, l'accabliiiciit d'iiijiireset d'outrages; l(!S femmes, les enfants se iiKuilraienl jdus acharnés ipie les hommes. La nuit, on l'cneliaînail eoiiime une bêle fauve, et des fers trop étroits lui faisaient éprouver d inlidérables douleurs. Enlin, on arriva au camp de l'émir, près de la ville de Kaaia , entre Alostaganem cl .Mascara. Là, nouvelles avanies, nouvelles menaces. Ce ne fut qu'avec peine ipie les chaouchs d'Abd-el-Kader rarraclièieiil des mains de la foule ameutée pour le conduire au sultan. Celui-ci le reçut avec bonté, lui fil donner ipichpie niMirritiirc, et le garda comme prisonnier de ipierre, api'i's l'avoir longiieiueiil interrogé. Il cul tout le temps d'iîbservcr, et il a laissé deux volumes de remarques précieuses'. . . .

L'émir affectait la plus grande simplicité; jamais d'or, jamais de

' Cinq ans de captirilé chez les Arabes, par M. do France.

ABD-EL-KADER

broderies sur ses burnous. Il portail une chemise de toile très-fine, aux coutures couvertes de lisérés en soie, à l'extrémité dcsciuelles pendait un petit gland de pareille matière Apres ce premier vêtement, venait un haïck ; puis, sur ce haïck, deux Imrnous en laine l)lanclie, et sur les deux burnous blancs, un burnous de couleur noire. (Juclipies ornements en soie relevaient seuls la simplicité de ce costume. 11 ne portait jamais d'armes à sa ceinture. Ses pieds restaient nus dans des babouches; sur sa tête rasée, il mettait deux ou trois calottes grecques l'une dans l'autre. Quand il était entoure de ses officiers ou de ses conseillers, sa figure, alors jeune, riante et expressive, formait avec la leur le plus piquant contraste. Très-fier de ses mains et de ses pieds, il en prenait soin en public tout en causant. Ben-About, son ancien précepteur, avait toute sa confiance; il gardait le trésor du maître durant le combat. Miloud-ben-llarrach commandait les troupes sous les ordres de l'émir. Ces troupes se composaient de deux cent cinquante cavaliers et de cini[ cents fantassins réguliers. Un nombre à peu près égal de réguliers campait aux environs de Tlemccu. La journée d'Abd-el-Kader au camp se passait à

Moulouil-lien-Sidi-lioutatel, espèce d'Hercule arabe, l'enlève dans ses Itras, le jette sur un cheval frais et s'échappe avec lui.

recevoir et à interroger des espions, à se faire lire des lettres interceptées, à prendre livraison de convois venant du IMaroc , et dans des exercices militaires simulant une défaite des Français, et qui se terminaient toujours par une brillante fantasia dans laquelle le sultan jouait le plus grand rôle ]iar son habileté comme cavalier.

Le camp d'Alid-el-Kader était tracé en rond; les tentes de lin fanterie en rorniaieni les limites, celles de la cavalerie se trouvaient au milieu. Dans chacune, vingt hommes |ir( liaient |ilace. Ou attachait les chevaux en dehors par les pieds de devant. \u cenlre, se déployait la tente de l'émir, entourée d'un vaste espace libre, destiné à recevoir ses chevaux et ceux de ses gens. L'émir en avait sept à lui, qu'il prenait plaisir à voir p.inser chaque malin.

IJcrrière la demeure portative d'Abd-el-Kader, les muletiers lendaient la leur. Une centaine de chameaux étaient accroujiis près de celle qui servait de cuisine.

Quant il la tente i\t\ l'émir elle-même, elle était, relativenienl, maf;iiifique. Elle avait trente pieds de long sur onze pieds de haut. Des dr.ips de diverses couleurs, semés d'arabesques, de croissants de toutes couleurs la (jarnissaienl intérieurement. Trente esclavesnègres l'entouraient de jour et de nuit. Tous les meubles contenus dans la partie destinée aux réceptions consistaient en un tabouret servant à l'émir pour monter à cheval, et en trois caisses remplies d'objets précieux, el formant une sorte de sofa.

La manière dont h» chef arabe rendait la justice n'avait rien que de très-sommaire. On lui obéissail sans aucune espèce d'objection ni de relard. Un simple signe de sa m.iin ou <le sou front formait un ordre ou un arrêt sans appel. Cependant l'ordre le plus parfait ne

régnait pas toujours au camp. Les distributions de vivres surtout étaient le sujet de véritables émeutes ; mais l'émir n'y prenait pas garde, et laissait ses chaouchs apaiser le tumulte. Tous les Arabes professaient pour lui la plus grande admiration et le plus graml respect. Il les haranguait souvent, et ses harangues produisaient sur eux un effet inconiparable. Il cherchait particulièrement ;i réprimer leur brutalité ; mais il n'y parvenait point. Ses entretiens haliituels roulaient sur la guerre. Il se vantait de chasser un jour les Français. Rien n'égalait son apparente dévotion. De nombreuses prières l'occupaient plusieurs fois le jour.

M. de France l'accompagna dans diverses expéditions ou dans plusieurs marches, notamment aux ruines de Tékédempt, ville qu'il voulait relever, et dont il prétendait faire sa capitale pour remplacer Mascara. Cette ville est située sur le Oued-Mina. Le sol (]ui l'entoure est assez accidenté , mais sans aucune trace de végétation et couvert de pierres. A l'époque du voyage de M. de France, on y voyait encore debout quelques pans de muraille qui formaient jadis l'enceinte d'une forteresse. A quelques centaines de pas s'élevaient les débris de l'ancienne Casbah, sur les ruines de laquelle l'émir en faisait élever une nouvelle. Son camp s'abritait sous un petit mamelon, et allait presque rejoindre l'Oued-Mina. Un cercle de montagnes entourait le tout. Abd-el-Kader dirigeait les travaux dans le costume le plus simple, portant pour se garantir du soleil un vaste chapeau tressé de feuilles de palmier nain. « Je veux, dit-il un jour à nos prisonniers, élever cette ville et la rendre plus florissante qu'elle n'a jamais été sous les sultans mes ancêtres. Ce sera pour moi le nid du vautour. C'est de là (|ue je m'élancerai contre les Français pour chasser d'Alger, de Bone et d'Oran , les troupes qu'ils y ont mises. >> De France osa lui ré])ondre qu'il était fou de nourrir de telles espérances, et que s'il reprenait même Alger, on l'en chasserait comme on en avait jadis chassé les deys.

Abd-el-Kader dès cette époijue parlait un peu le français et comprenait cette langue; niais il eût cru déroger que de s'en servir devant un chrétien. Il entendait aussi quelque peu la langue italienne. M. de France n'était pas, au reste, le seul prisonnier (|ui fût dans son camp : axec lui se trouvaient quelques compagnons de souffrance et de captivité, entre autres un malheureux colon, dont la femme, la fille et la gouvernante avaient été de la part des nègres de l'émir les objets du plus horrible viol (pii soit dans les annales de la guerre et du brigandage, attentat demeuré impuni. Mais reprenons le fil des événements accomplis dans la province depuis la défaite de la Sickack. Le général de Létang succéda au général I5ugeaud : il fit en octobre une expédition (|ui aboutit à des dévastations nombreuses; puis, ayant été obligé de se dégarnir pour envoyer des troupes à l'expédition de Constantine, il se vil forcé de garder le repos. Les garnisons du Méchouar, de TIemcen et du camp de la TalTna furent alors de nouveau blo(|uées par les populations hostiles. Il n'y eut pas jusqu'à nos fidèles alliés, les Douers et les Smélas, qui ne manquassent de tout.

On en était là quand le général de lirossard fut envoyé à Oran pour remplacer le général de Létang. C'était un homme de grandes ressources, et (|ui a été plus nutlheureux que coupable. Il comprit immédiatement la situation; mais, au lieu d'agir énergicpiement pour la faire cesser, il eut recours aux mêmes expédients que ses prédécesseurs. Il traita avec les agents commerciaux de l'émir. Ceux-ci fournirent des grains et des troupeaux. On leur donna eu retour du soufre, du fer et de l'acier. C'est ainsi que l'héroïque garnison du Méchouar fut ravitaillée par les propres richesses d'Abd-el-Kader. Celui-ci, en autorisant ses agents à fournir aux besoins de celle garnison, avait aussi un but plus noble que celui de se procurer (|uelques munitions. .Ses agents lui faisaient eiilendre (|ue l'on délivrerait les prisonniers laits à la Sickack par le général liugeaiid , et dont les lettres, au rapport de M. de l'iaiice, péiiélraieiit de joie li' camp arabe. Des prisonniers épargnés, des prisonniers (|ui reviendraient, cette double pensée |iro(luisait dans les tentes un elTet indicible!

I>e Méchouar venait d'être ravitaillé par les soins de l'émir, et notre garnison avait partagé ses ressources avec les habilants pauvres, (piand le vainiiucur de la Sickack revint en Algérie avec une mission spéciale, iiidéiiendante pour la province d'Oran. Damrémonl était cependant nommé gouverneur général en rcm|ilacemeiit d<' Clausel. L'iiisuflisance du général de Létang et de M. de lirossard avaient donné à Abd-el-Kader le temps de respirer. S'ét.int fortifié dans l'intervalle, surtout par suite de l'insuccès de Constantine, il n'apprit pas sans un vif déplaisir le retour de sou vainqueur; mais toul en l'amusant par des semblants de dispositions à la paix, il se jirépara à prendre sa revanche. Pour cela, il lui fallait de grandes forci's; il résolut d'en aller chercher, et accomplit sa résolution avec un bonheur ('Xtraordiuaire.

Ou était eu avril ix:!". Descendre avec ses réguliers sur lesbor<ls du CliélilT, recevoir la soumission de iilusieurs trilius |)uissaiites, y percevoir les impôts, obti'uir la reddition de Chercliell, est pour Alul-el-Kader l'allaire de (|ueli)ues jours. Ilegardant alors la province d'Oran comme ;i lui, il réparait dans celle de Tittery, ne craignant ])as d'attirer sur son petit corps d'armée les forces réunies des deux généraux. .Milianah le reçoit de nouveau avec enthousiasme, l-à

ABD-EL-KADER

comme au Chcliff, il lève la dîme. Puis tout à coup il paraît hcsilcr, il rétroijrade sur Mascara ; mais ici son étoile reprenant le dessus, il elianr;c l)rus(|uement de direction en se ])ortant avec rapidité sur IMédéah : il entre comme .lutrefois dans celle ville au milieu des acclamations les plus enlliousiastes de la part des populations. Les Koulouglis sont les seuls qui voient sa venue d'un mauvais œil; il en emmène une centaine prisonniers à !\Iédéali , entre autres l'oulid ou l'ils de liou-Mezrag, l'ancien bey. Les Arabes batlent des mains; elia(|ue jour une députalion nouvelle vient le trouver; les Hlidiotes reconnaissent son pouvoir; tout amionce une insurrecliiin générale. Nous verrons dans le chapitre subséquent comment le général Damrémont prévint celte insurrecliou ou en comballit les commencements dans la province d'Alger; nous ne quitlons plus Abd-cl- Kader.

Sà,„«^jfÉ

Blessés égorges et décapilés dans les gorges de l'Uabra.

Celui-ci , craignant sans doute d'être attaque à la fois par le gouverneur général et par le chef de la division d'Oran, (piilte Médéali après y avoir installé comme bey ou gouverneur son frère, El-lladj- I\Iiislaplia. Il commet alors, lui aussi, une faute considérable, c'est de laisser les tribus ([u'il a soulevées dans la province de Tiltcry abandonnées il elles-mêmes; mais combien il va réparer habilement cette faute !

A peine est-il de retour dans la province d'Oran, qu'il offre à la fois an gouverneur général et à Bugeaud une paix définitive. C'était le même système qu'il avait suivi avec Desmichels et Uovigo. Ce syslème lui réussit encore. Craignant que ce ne soit Damrémont qui ait les honneurs du traité, Itugeaud se hâte de conclure, lout en préparanl une grande espédilion, cpii, suivant lui, ne devait pendant trois mois laisser aucun relâche ii l'émir; et, le :!0 mai, le malheureux Irailé de la ïalVna est signé, signé au moment même oii DamrémonI, ayant, comme nous le verrons toul à l'heure, pacifié la province d'Alger, pouvait fain; sa jonction avec Bugeaud pour écr.iser l'émir de concert avec lui, et finir la guerre dix ans plus tôt. \ oici ce traité :

« Article premier. — L'émir reconnaît la souveraineté de la France en Afrique.

« AiiT. IL — La France se réserve, dans la province d'Oran : Mostaganem, JLizagran et leurs territoires, Or.m, Ar/.ew ; plus, un territoire ainsi dc'liinité : à l'est, par la rivière de la Markia et le marais d'où elle sort ; au sud , une ligne partant du marais ei-dessus mcnlioinié, pass.inl par le bord su<l du lac Seglia , et se prolongeant jusi|u'à l'Oued iMelad {Kio-Saladoî, dans la direction de .Sidi-Jiaid, et de celte rivière jns(|u'à la mer, de manière que lout le territoire compris dans ce périmètre soit français; — dans la province d'Ali;er : Alger, le Sahel, la plaine de la iMitidja, bornée à l'est jusipi'à l'Oucd- Kadra et nu dclii : au sud, par l,i première crêle du petit Atlas jusqu'il Il Chill'a, en y eoiriprenant lilidali cl son territoire; à l'ouesl, par la Cliifl'a jusijii'au coude île Ma/.agran, et de là par une ligne droite jusqu'à la mer, renfermant '/.oliah et sou territoire.

» Art. in. — ' L'émir administrera la province d'Oran, celle de Tittery, et la partie de celle d'Alger, qui n'est pas comprise à l'ouest, dans les limites indiquées à l'article 11. II ne pourra pénétrer dans aucune partie de la régence.

» Aki. in . — L'émir n'aura aucune autorité sur les musulmans qui voudront habiter sur les lerritoires réservés à la France; mais ceux-ci resteront libres d'aller vivre sur le terriloire dont l'émir a l'adminislraticin , comme les habilants du territoire île l'émir pourront venir s'établir sur le lerritiiire français.

» Art. V. — Les Arabes vivant sur le territoire français exerceront librement leur religion. Ils fourront y bâtir des mosquées, et suivre en tout point leur discipline religieuse, sous l'autorité de leurs chefs spirituels.

1) Art. W. — L'émir donnera à l'armée française trente mille fa-, ncgues (d Orient) de froment, trenle mille fanègues d'orge, cinq mille bœufs. La livraison de ces denrées se fera à Oran par tiers ; la première aura lieu du 1" au l!> septembre IS^iT, et les deux autres de deux mois en deux mois.

» Art. ^ il — L'émir achètera en France la poudre, le soufre et les armes dont il aura besoin.

» Art. VllI. — Les Koulouglis qui voudront rester à Tlemcen ou ailleurs y posséderont librement leurs propriétés et y seront traités comme les Iladurs. Ceux qui voudront se retirer sur le terriloire français pourront vendre ou affermer librement leurs propriétés.

» Art. IX. — La France cède ii l'émir : llarscbgoun, riemcen, le Méchiiuar et les canons qui étaient anciennement dans cette citadelle. L'émir s'engage ii faire transporter à Oran tous le.s effels, ainsi que les munitions de guerre et de bouche de la garnison'de Tlemcen.

» Aur. \. — Le commerce ser;i libre entre les Arabes et les Français, qui pourront s'établir réciproquement sur l'un ou sur l'autre terriloire.

Cavaiiinac.

)> Art. \I. — Les Français seront respectés chez les Arabes, comme les Arabes chez les l'rançais. Les fermes et les propriétés que les sujets français auront ac(|uises ou acquerront sur le terriloire arabe leur seront garanlies; ils en jouiront librement; et l'émir s'oblige à leur rembourser les dommages que les Arabes leur feraient éprouver.

» Art. XII. — Les criminels des deux territoires seronl réciproquement rendus.

X Art. Xlll. — L'iinir s'engage ii ne concéder aucun point du littoral il >ine puissance quelconque sans l'autorisation de la France.

» Art. XIV. — Le commerce de la régence ne pourra se faire que dans les poris occupés par la (''rance.

• Art. XV. — La France pourra enlrelenir des agents auprès de l'émir et dans les villes soumises à son administration pour servir d'inlerinédiaircs près de lui, aux sujets français, pour les conlestations commerciales ou autres cpi'ils pourraient avoir avec les Arabes. L'émir jouira de la même faculté dans les villes et [lorls français. »

ABD-EL-KADER

Il n'y eut qu'un cii <riiuiii;ii:aioii en Fiiince (|u:inil on j connut cet abandon de tous nos inicrèts. On comprend vite dans notre pays les questions (|ui louchent l'honneur et l'avenir de la nation. Tout le monde sentait ipie le traité de la Tatïna eonsliluait en Algérie et y reconnaissait une puissance en ce niomcut-là hien autrement forte que la notre, et (]ui allait nécessairement s'accroître de tout ce <|ui serait abandonné par nous. Cependant le roi Louis-Philippe, esprit éminemment polili(|ue, mais qui, dans deux ou trois occasions de sa vie, a été complétenienl au-dessous de son rôle, soil par lui-même, soit par ses ministres, ralilia le traité. Lefjénéral Danirémont et l'armée le dévorèrent comme une honte et comme un malheur. Quant au négociateur, l'amour-propre l'aveugla d'abord ; mais dans la suite il reconnut la faute politi(|ue dont il s'était si précipitamment rendu coupable.

Une des conséquences immédiates du traité fut l'abandon du Méchouar, ([ue Cavaignac, maintenant chef de bataillon, dut évacuer après l'avoir si longtemps fait respecter. Les braves volontaires furent réunis au corps des zouaves, et nous retrouverons l'ancien capitaine du génie se distinguant h la tête de cette troupe toute d'attaque, de vitesse, de rapidité et de coups de main.

Cependant le général Jiugeaud, qui désirait voir se renouer aussitôt les relations de commerce entre les deux nations, hâta l'entrevue. Il s'y rendit accompagné de six bataillons d'infanterie , de deux escadrons de cavalerie et de quel(]ue5 pièces de campagne, et arriva le premier. Abd-cl-Kader, selon toute apparence, avait fait croire aux siens que les Français venaient lui lendre hommage. 11 se hl attendre eomnie un suzerain. Douze mille cavaliers le suivaient. Quand il fut en vue de nos troupes, il ordoinia aux siennes de s'arrêter et de se déployer en couronnant les hauteurs. Quant a lui, montant un superbe coursier d'un noir d'ébène, il s'avança vers nous, suivi de deux cents chefs de tribus de la jilainc et de la montagne. Ce fut alors pour les nôtres un magnifique spectacle. Ces patriotes arabes (|iie nossoldatsn'avaient aperçus jusqu'alors qu'à travers la funu'C des combats, composaient vraiment le cortège le plus grandiose qui se ]>uisse imaginer. Ils arrivaient, se prélassant majestueusement dans leur blanc haïk, comme les compagnons de Saladin. Le yatagan pendait au quartier ];auche de leur selle. Sous leur burnous ajiparaissait une veste de couleur éclatante, et leurs botlijics de maroquin rouge armées de l'éperon du moyen âge pressaient le flanc de chevaux bondissant d'ardeur. Le fils de Mahi-Eddin les précédait ; son regard si fin et si élincelant semblait dévorer cette poignée de Français repliée sur elle-même dans un silence ([u'il pouvait prendre pour de la peur. Cependant quand il fut près du général , il lui tendit la main et descendit comme lui de son cheval. Tous deux s'assirent. Mais dès les premiers mots (|ui suivirent les compliments et les promesses, l'émir demanda avant toute chose la ratification du traité par le roi des Français. Aussitôt le général se leva. Abd-el-Kader , alïectanl de rester assis, liugcauil le prit par la main et le força à se lever en lui disant : Quand un ijt'nè.ral français se lève, tu peux bien en faire autant.

o .le pensais un instant, dit dans la suite le géiH'ral, ([ue l'émir, sur cette action de ma part, allait ordonner à ses troupes de nous charger; mais malgré les faibles forces que j'avais avec moi , je ne le craignais pas. »

Pui»<iue vous ne le craigniez pas, illiisire vain(|ueur d'Isly , il fallait prendre le» devants, ne pas conclure le traité qui avait amené l'entrevue !

Après celle-ci, le |;énéral Biigeaud revint en l'"r.ince défendre son oeuvre. Damréinont continuait la sienne. iNoiis allons assister à sa pacification de la province centrale et ii sa conquête de la province de l'Est.

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