CHAPITRE XXII
Mustapha ben-Ismael. — Sidi-Enibarok; sa mort. Le général Tempouro. — Le colonel Tortas. ■
Mustapha-ben-îsmail , bien (|u'Arabc, puisqu'il appartenait à l'ancieiinc laiiiillc des llacleia, originaire du Maroc, est, à p;irt le gcnc rai Jiisuf, le [dus brill.int reprcsentanl de celle race chevaleresque
- I.a nalionalitfrarabo. — Le brigadier Gérard.
ABD EL-KADER
de nens de guerre que l'on qualifie de Turcs, comme ayant été au service des Leys de la régence. Il était né à Aïn-el-Amriali, sur le Rio-Salado, et l'on n'a jamais bien su comment il était arrivé aux fonctions d'agha des tribus de commandomcnt, c'est-à-dire des tribus guerrières formant le magbzen ou réserve des beys d'Oran. Ce fut le bey Mustapha-el-Manzali qui lui confia ces fonctions à la mort de son frère Kaddour-ben-Ismaïl. Jl se distingua particulièrement sous le successeur de Mustapha-el-Manzali. 11 aida ce successeur, nommé Mohammed-el-IMukallcch, à chasser de sa province la secte des derkaoua qui s'en était emparée. Il joua aussi un rôle glorieux sous le dernier bey Hassan. C'est lui, dit-on, qui détermina. ce prince à épargner Mabi-Eddin, père d'Abd-el-Kader, lors de ses premières entreprises. C'est lui aussi qui reprit aux tribus insurgées par Mohammcd-Tedjini, père du chef du même nom, devenu depuis notre allié, la ville de Mascara.
Duvivier, général de division, mort à Paris le 8 juillet 1848.
A la chute des beys, ^Iiistapha-Ben-Ismaïl , ralliant autour de lui les Douers et les Smélas, repoussa les cnirepriscs de l'empereur de Maroc sur la province d'Oran. Il s'ojiposa de même à celles de iMabi- Eddin et d'Abd-el-Kader. ]\oiis l'avons vu se réfugier dans le méchouar de Tleracen , et s'y soutenir des années entières contre les attaques incessantes de l'émir. Si les généraux, chargés du commandement de la province avaient su l'apiirécier et l'investir d'un titre réel, il aurait, sans nul doute, neutralisé la puissance du jeune sultan d'Eghris, <iui représentait dans la province 1 élément démoeralique religieux, tandis (|u'en lui, Mustapha, s'incarnaient les souvenirs aristocratiques militaires du pays. Alors les choses eussent bien changé de face. Jl si' sérail formé autour du viril agha un noyau qui eût résisté à tout l'élan d'Abil-el-Kadrr. Ouand on écoula du eùlé delà Eraiice la voix de l'ancien lieutenant des beys, la puissance de l'émir était fondée. Mustapha, qui aurait pu èlrc niilie liciilenanl à nous aussi , ne fut jilus i|u'uii auxiliaire iinporlanl.
Ou peut dire de lui (|u'il était la lèle et le cieur des Diiik is et des Smélas. Des ((u'il comiiattit avec no.^ troupes, il devint bien vite populaire parmi ellrs. Dans toutes les rencontres, il se montra à la fois d'une sagesse digne de son âge et d'une ardeur complélenient juvénile. • Il y avait en lui, dit un de ses meilleurs biographes '.du Nestor autant (jue de l'Achille. .Jamais il ne permit ii aucun des siens il'ouvrir le leu a\ant ([u'il eût donné lui-même l'exemple, n Son inagh/.en sous sa main était aussi souple et aussi discipliné (|ue l>eul l'être une troupe arabe.
Au hloeus de la Tafna, à la Sickab, dans loiilis les occasions, il se munira coiume nous venons de le dcpeiiHlrc, plein de prudence et plein (l'élan. On ('rnl devoir, a|u('s la victoire de la SieUali, lui donner le litre de maréchal de camp. Il prouva (|u'il ét.iit à la hauteur du gra<le. I.ouis-l'hilippe le voulut voir en 18-!!). Jl ne craignit pas de
' M. l'v\ix Mnrnand.
lui dire que la France ne pourrait se flatter de dominer en Algérie tant qu'Abd-el-Kader ne serait pas complètement détruit. C'était son ilelenda Carthago. Il comptait pour l'accomplir sur le duc d'Orléans.
Lorsque les opérations militaires recommencèrent dans la province d'Oran, le vieux Mustapha se montra partout oii il y eut de la gloire à conquérir. Il accompagnait encore le général de la Moricière lorsque celui-ci acheva la destruction de la smala d'Abd-el-Kader. Ses Douers et ses Smélas avaient eu comme toujours la plus forte part des prises; il demanda pour eux au général la permission de retourner à Oran pour mettre en sûreté leur butin. Comme il traversait le territoire des Flittas, il tomba dans une embuscade. Le voyant frappé d'une balle ennemie, le maghzen fut saisi d'une véritable épouvante. Cette troupe, qui sous lui n'avait jamais reculé, s'enfuit, laissant le corps de son chef aux mains d'une poignées d'ennemis. La Moricière, pour punition, la priva de son drapeau. Elle a su le reconquérir depuis.
La mort de iMustapba-ben-lsmail causa dans l'Algérie les sensations les plus diverses. Elle fit oublier aux partisans d'Ab-el-Kader leurs échecs consécutifs. L'émir, auquel les Flittas envoyèrent sa tête et sa main droite, n'avait pas eu parmi les Arabes d'ennemi plus dangereux. Il l'accusait avec raison de l'avoir empêché de faire l'unité dans la province d'Oran, et de ne pas lui avoir été moins funeste dans les négociations que sur les champs de bataille. Il se réjouit de sa mort comme d'un bienfait d'Allah. Les tribus des environs d'Oran, au contraire, pleurèrent pendant plusieurs jours l'ancien agha de leurs beys. Depuis tantôt demi-siècle il commandait parmi elles, et on l'avait toujours vu allier à la plus étonnante bravoure tout ce qu'un Arabe peut, dans l'état de sa civilisation, avoir de générosité. Mustapha était quand il mourut âgé de plus de quatre-vingts ans. 0 Impossible, dit M. !Mornand, de se représenter aulreuienl que sous les traits de cet homme remarquable ces puissants patriarches dont parle ri'>rilure, souverains absolus, sans palais et sans trône, cjui,
Di! la Morii'iùrc, général de division.
semblables aux fleuves dont le lit va sans cesse eu grandissant, n'étaient jamais plus majestueux ni plus respectés qu'au déclin de leur vie. A son approche, on ne pouvait se défendre d'une profonilc vénération. Sa stature était imposanle, et l'âge n'a\ail iioint eiuirhe sa haute taille. Il avait le visage Irès-iivale, peu phiii et d'un exirême relief, le front haut, les yeux noirs, le ne/, fièrement an|né, la bouche fine et dédaigneuse. Une barbe lilanche comme la neige encadrait sa noble figure, dont l'expression habituelle était d'une gravité hautaine. «
Son neveu et son émule, lladj-cl-Mezari, lui succéda dans le comluandemenl du magh/cn.
Mais Abd-el-Kadcr n'eut pas lieu de s'ajiiilaudir longtemps de la mort de Miistapha-hcn-lsmaïl. La fortune lui réservait la conlreparti(> de cette mort. Il allait perdre un aller eyu, un homme qui , '
avait
été k lui ce que Mustapha avait été ii la France, nous voulons parler de Sidi-Emliaiek. lulerronipons-nous un instant pour résumer ici l'histoire de ce chef émineut, (pie les accidents multiples de la yuerre nous ont fait perdre de vue.
Sidi-Mohamed-lien-llamlam, vul!;aircnient lien-Allal, neveu de ce El-lladj-Mahi-Kddin-el-Siïher (jue nous avons vu commander les tribus dans la province d'Alfter, puis passer du côté de l'émir après la destruction des Ouftias, descendait des Iieni-/ian, anciens rois de 'l'iemcen. 11 demeura quehiue temps en otage à Alficr, où il se livrait dans la société de nos jeunes oft'iciers à des cvcès que ses compatriotes lui ont reprochés. Une (pierello de femmes le rejeta hors de notre |iarti. A la mort de son oncle lU-lladj-Mahi-Eddin-el-.Sijher, Abdel-Kader le nomma kalifa de Milianah. L'émir voulait alors se débarrasser de l'espèce de tyrannie ([ue les Uachem faisaient peser sur lui comme étant, pour ainsi dire, les premiers instruments de son élévation. 11 leur ôta la garde de sa famille, et la donna pendant son expédition contre Tedjiny, chef d'Aïn-i\Iadhy, au kalifa <lc Milianah. C'est en ce temps-là, si nous en croyons quelques biographes, ((n'auraient eu lieu les relations dont nous avons réfuté dans un de nos
» vous. Maintenant, c'est à vous à voir si vous vous sentez le courage • de vaincre la frivolité de votre sexe, et si le titre d'épouse honorée » et uni(pic d'un souverain suflit ii vos désirs et |)eut vous faire sup- II porter l'ennui des veilles solitaires, ruiléchisscz bien à ceci, et )) parle7.-nioi à cœur ouvert. 11 se peut (pi'une telle destinée soit au- » dessus de vos forces; en ce cas, je vous autorise dès ce jour à aban- » donner ma maison et à chercher un autre époux. »
» Lalla-Klieira,émue par ces nobles paroles, jura à son mari qu'aucun sacrifice ne pourrait la dé'acher de lui, et (ju'il la trouverait toujours digne du rang glorieux oii son génie et sa vertu venaient de la faire monter. Elle ne tint point son serment. Après huit mois de fatigues et de périls extrêmes passés devant Ain-.Madhy, l'émir revit enfin sa smalah, oii son arrivée ne causa (|u'une sensation d'épouvante. 11 trouva sa demeure en proie à un tumulte inexprimai)le. In nègre et une négresse, spécialement attachés au service de la sultane, en avaient disparu peu de jours avant son retour. Ses autres serviteurs, in(]uiets, abattus, osaient à ]ieine lui parler. Sa femme enfin parut devant lui, pâle, Iremblante, les yeux baissés; tout dans son maintien semblait demander grâce au jeune sultan.