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CHAPITRE XXIV

Nos soldats.

Aujourd'hui que l'Afrique est conquise, il est de mode de diminuer les difficultés de l'entreprise et de rapetisser les services de l'armée d'Afriiiuc, On n'esl pas seuleineiit oublieux pour les gc'néraiix, on est injuste aussi pour les -oldats. Certains publicisles, ciimmodémenl assis au coin de leur feu, dcclareiit la guerre ii la guerre. Ils voudraient, et nous voudrions aussi de grand co'iir, (|u'uue civilisation pût conipié'rir une autre civilisition sans qu'il y eût une goutte de sang versé. Un soldat pour eux est une sorte d'être aiitipliilosophi(|ue, réprouvé par le progrès, et qui n'est bon qu'il tuer partout la liherté.

Sans doute, le rôle des armées dans la politique intérieure' des Etats modernes a été souvent fatal aux institutions libres. Mais c'est lii le sort de toutes les choses humaines. Elles ont toutes leur côté mauvais. Les armées ont le leur.

Mais, quand je songe à ces bandes héroïques qui sauvèrent vingt fois la Fr.ince, soit sous Henri IV, Louis Mil et Liuiis M V, soit sous l'immortelle républiiiiie issue de 17 SU; (juand je songe ii l'abnégation i|u'il faut pour être un digne soldat, je ne sais pas médire de l'armée, de mon pays.

Le voici (|ui part, le pauvre enfant. Sa vingt et unième année vient a peine d'aller rejoindre d'aulies années de jiaisible bonheur, il vivait de celte vie de laiiiillc iloiil nu n'apprécie bien la douceur que quand on ne l'a plus. Au deliors de la famille, son co'ur cher-

chait déjà peut-être et s'était déjà peut-être fait une idole. Il va quitter tout cela. Que de fois son âme sera brisée soit par l'acre nostalgie, soit par la fatigue morale d'une discipline inaccoutumée ! Mais ce n'est rien encore, ou plutôt c'est encore le ])aradis du jeune soldat. Tout à l'heure, du sol de la France, il sera vomi avec un flocon de vapeur sur la terre d'Afri([ue. Les privations commencent : le chaud, le froid, la soif, la faim, la hèvre se disputent tour à tour cette proie qui leur arrive. Tout homme (|ui n'est pas d'un tempérament robuste meurt ainsi tiré à cinq ennemis contraires. S'il survit, voici la balle arabe qui siffle dans l'ombre, voici le yatagan qui sépare la tête du tronc, voici le croc qui traîne les corps! 11 n'y a souvent pas de sépulture pour celui au(|uel le pied a glissé sur la pente d'un ravin. D'ailleurs, (|u'il y ail sépulture ou non, pour qui tant de sacrifices accomplis, pour qui tant de dangers méprisés, pour qui cette violente séparation du milieu oii l'homme se développe normalement ? Pour une patrie qui ne saura pas même votre nom. On sait que l'on va mourir, on meurt. Pourquoi? Pour l'honneur d'un pays qui ignore jusqu'à votre existence!

Et il n'y aurait pas là quelque chose de profondément admirable ! J'ajipellerais ce soldat une machine parce qu'il se résigne ainsi, ou bien je l'appellerais un brigand parce qu'il a réiiondu à la balle arabe par une balle française, au yatagan par la baïonnette! Non, je ne m'y résous pas. Je déplore que Dieu permette la guerre; mais je ne puis m'cmpêcher de reconnaître que si elle nourrit de mauvais instincts, elle fait surgir aussi les plus nobles et les plus retentissantes qualités. Je dis plus, j'affirme que les seules nations qui sachent faire la guerre sont les nations vraiment ca])ablcs de liberté. La France l'a prouvé, comme la Grèce, comme Home, comme l'Amérique unie.

Parlons maintenant de nos soldats. A l'Oucd-Foddah Changarnier n'avait pas d'artillerie; mais, lançant à travers les ravins, les futaies, les gorges et les mamelons, sans qu'ils rencontrassent jamais une difficulté de terrain insurmontable pour eux, les zouaves du régiment de Cavaignac, alors sous ses ordres, il disait en les montrant : ]'oilà mes houlels. Ce mot n'était ]ias seulement héroïque, il était juste. Lancez le soldat français, lancez-le après ax'oir habilement pointé, et il fera la trouée que vous aurez voulue. Si votre commandement contient une dose suffisante d'élan et de poudre, ayez confiance ; le boulet arrivera. Parfois il n'arrivera qu'en ricochant: patience encore, le but n'en sera pas moins frappé.

Mais c'est surtout quand à l'énergie, au sang-froid et à l'élan du commandement se joint la force toute-puissante de l'exemple du chef ([lie l'action du soldat français est certaine. 11 ne regarde pas seulement au drapeau, il regarde à l'officier. Oii va l'officier, le soldat va aussi sans se demander s'il en reviendra. Les fatigues que l'officier su])porte lui sont légères; il oublie ses privations en voyant celles de ses chefs, et les oublie bien mieux encore quand il est en face de l'enneiui.

La bonne condition du soldat français est donc le bon commandement. Dans la guerre d'Afrique, guerre de marches et de contremarches, de campements de nuit, de surprises, le bon commandement a toujours fait le bon soldat. Ce n'est pas ipie ni le simple cavalier ni le simple fantassin de nos recrues maïuiueul d'iniliative. fiien loin de là : l'un et l'autre en ont trop. Chez le soldat anglais, il faut soulenir le flegme et l'esprit de résistance; chez le soldat russe ou .illemand, il faut exciter l'attaque; chez l'Espagnol et l'Italien, il faut précipiter le dénoùment, et pour enlrelenir la confiance laisser la jiorte ouverte à la retraite. Chez le Français, il faut conlenir, mater et diriger l'exubérance des ([ualités personnelles. Laissez-le à luimême : il va parler, discuter, diriger, commander. (!hacun, dans les rangs ou hors des rangs, aura son ])lan, son idée, et x'ouilra aller ici ou là, frapper ainsi ou autrement. Mille tracés de bataille ou de combats surgiront à la fois. Si, dans des circonstances données, ci's qualités ont leur prix, si elles sauvent qiiel(|uefois l'iiiilividii , elles sont en généial pleines de danger en face de l'enuemi. Mais rien n'eût été plus dangereux en Afrique; car l'Arabe a précisément dis côtés analogues. Appelé à chaiiiie instant à défendre ses troupeaux, son douair, sa tenle, il est habitué à s'inspirer du péril et à ne pas attendre la voix du chef. Oii en serail-il si à toute heure il ne comptait pas sur la force et la rapidité individuelles, si à toute lieiire il n'était prêt à ne prendre d'avis que du salut?

Le l'rançais, qui est l'assaillant, ne vit pas comme l'Arabe dans l'isideiuent du douair. De son côté, il y a une sentinelle commune toujours attentive, constamment éveillée, (^ette sentinelle, ipii ne doit jias dormir une seule seconde siuis ])eine de mort, non point seulement pour un seul, mais quelquefois pour tous; cette senlinelle, c'est la discipline. Elle faisait la force îles légions romaines; elle fait celle de nos régiments, j'.nlindez dans celle colonne en marche, alors que l'ennemi est loin, les propos, lis critiques, les saillies, les rires qui éclatent sur toute une ligne. Il y a là une foule d'iiilelligences d'élite, capables d'apprécier les ordres, d'en avoir leur sentimenl, de le produire. Eh bien! le tambour a battu, le clairon a sonné', l'euiieiiii est présent. Aussitôt plus de iiarolcs, plus de eriliques : les plus iiidépenilants tout à l'heure dans leur langage sont les plus obiussants. Le cher est tout; bons ou iii;iuvais, ses ordres sont exéculés. Personne ne conteste, et encore moins ne recule. On murmurera peut-être

ABD EL-KADER

après le combat, surtout si l'on n'est pas vainqueur, mais jamais pendant l'action.

Maintenant, (pic le chef disparaisse, que Vinlerieiir soit abandonué à lui-même, (|ue le soldat ait a clierclier son salut dans ses propres inspirations, n'en soyez pas en peine. Il se tiicra de toutes les difficultés; il s'en tirera dans le combat comme il s'en tire dans la garnison , en roule et au bivouac.

Là, qu'il ait appris un métier ou (ju'il n'en ai', pas, il les sait tous. Tl est, selon la nécessité, terrassier, bûcheron, iliarpcntier, tisseur, l'ilateur, tailleur, cordonnier même. Hien ne l'enDarrasse. A Médéah, les vieux zouaves se tirent des matelas, du lil, préparèrent des peaux pour leurs chaussures. A TIemcen, ils se fahriouèrent jusqu'à du tabac.

Et que de bon esprit comptant nu milieu de loites les privations! que de saillies! que de peintures pi(|uanleset faiies en un seul mol ou en une seule phrase! Lorsipie le général Hufjeiiud, avec ses idées romaines, eut imaijiné de l'aire porter aux troues me partie de leurs vivres, si bien ([u'il était à peu près imposible de comballre sans déposer les sacs, le soldat d'infanterie pesami|ent cliargé se donnait à lui-même le surnom de soldat-chameau. Si flcore, disait-il, on vous laissait les avantajjes i/c la chof^o : mais le sdial-eliameau doit avoir des jarrets de cerf, un cceur de lion et... uieslomac de foiiruii ! — Pauvre soldat! c'était tout bonnement le so|at-phéni\ qu'il définissait ainsi, et souvent on trouva celte merveill sur le sol de la 1-rance algérienne. 1

Toutes les qualités militaires mises de cq, on ferait un lonf; cl touchant recueil des actions dévouées (jui it été faites au seiii de l'armée d'Afrique. (^>uelqiies-unes sculemei sont devenues populaires, comme celle du trompette Eseolïicr, cjime celle de Giiichard sauvant son capitaine. Ces dévouements n'oïkias été isolés. iMalheiireusement ce ne sont pas les bonnes actions le l'un redit. On parle plus volontiers des mauvaises. Nous ne nous^i plaignons pas ; c'est l'honneur de la t^rance que le mal soit de la rie stigmatisé; mais il faudrait aussi tenir compte du bien ; et ii côté>s massacres de Hlidah et d'Ouarez-Eddin, à côté des exécutions teitiles du général Félissier, on ne devrait pas se permettre d'oublieh générosité déployée par nos troupes en tant d'occasions. Après laise de la smala, elles partagèrent leur biscuit avec les prisonniers, usieurs fois, souvent même il y eut des enfants recueillis et adopté

On a surtout reproché à l'armée d'Afriquei système que la raison et l'humanité réprouvent, c'est celui deszzias.

La razzia n'est pas une invention françaisc.es Arabes l'ont employée de tout temps, même du temps de la 15e. ]ls en firent usace contre les premières tribus ([ui se soumircix nous. On les leur reporta en représailles.

't Le fait le plus fréquent et presque quolidlde la vie arabe, dit le général Daumas dans un livre que nous avj déjà cité, c'est la razzia. La gloire est une belle chose sans do, ajoute le célèbre écrivain, et à laquelle on a le cœur sensible cl le Sahara comme partout ailleurs. Mais là on met sa gloire à fai(n niai à l'ennemi, à détruire ses ressources en augmentant les sien jiroprcs. La eloire n'est pas de la fumée, c'est du butin. Le désir la venijeance est aussi un mobile; mais est-il plus belle vengeanfjue celle de s'enrichir des dépouilles de l'ennemi? j

» Ce triple besoin de gloire, de vengeance etj butin ne pouvait trouver pour se satisfaire un plus expéditif ni s eliicace procédé que la raina (incursion), envahissement par li»ce ou la ruse du lieu occupé par l'ennemi, du dépôt de tout ce qui est cher, famille et fortune.

» Les razzias sont de trois sortes :

1) Il y a d'abord la ti'liha (pioiircmenl le lumheit, : du verbetahh, il est l'ombéj; elle s(' fait au point du jour (/'ci/ja Dans une téliha, on n'est pas venu pour piller, on s'est rué po^iassacrer; on ne s'enrichit pas, on se venge.

» Puis la khrotvfa, ipii a lieu à {el âasseur) den trois heures de 1 après-midi. (!'est la rapine.

» Et enfin la lerbifiui' ; ce n'i-st pas la guerre, dest pas un coup de bandit ni de brigand, ce n'est guère qu'un ton voleur tout au plus. La lerbifiw. se fait à nous el leH , à minuit, i

Avons-nous besoin de dire que jamais nos trtx ne firent des razzias d'aucune de ces trois sortes? Ce n'a janiai'. dans une vue de butin ou de massacre ([u'elles en ont entrepri dans des circonstances exceptioniiilles elles se sont nourries iH'>|iens de l'ennemi, la plupart du temps, presijui^ toujours, cUmt abandonné aux coiitinp.ents alliés le butin fait sur leurs concijs. Ce (pie l'on

c'est forcer l'A à

a voulu de notre ci'dé pai- la razzia, c esi lurct-i i ^v a soumission ; c'a été une sorte de loi martiale, très- mauvaise asnent; mais ce n'a jamais été que cela. 1

I )'ailleurs il ne faut pas croire ipi'au sein même jrmée d' \fri- (pic le système de la razzia n'ait pas soulevé les pives protestations. Eugène Cav.ùijnac, dans ses observations sur ri-uce. d' Mper en l.S'i;!, écrivait ce (pii suit : k Ce n'est point par ((paritions périodi(pics au milieu des Arabes que l'on peut es| les réduire. Ces épisodes de guerre ne sont bons, tout au plutien ne leur succède, ipi'à entretenir la haine de ce peuple et à ter ses appé-

tits belliqueux. Ce serait nous présenter à eux cuinine les plagiaires de leurs précédents maîtres, avec moins de résolution et de force. L'hostilité iieriiianeute est un acte d'un autre siicle ; et puisque nous avons rendu la i;uerrc nécessaire, elle doit perdre au moins ce caractère agressif ipii l'éterniscrait. Eu usant de nos armes, nous ne devons avoir pour luit que de prévenir, par un déploiement de forces imposant, une guerre de détail (pii ne produit que des massacres et ne promet aux Arabes (jue des malheurs, au lieu d'être l'appui d'une politique pacifiipie et protectrice du travail, u

Ce cpie disait Eugène Cavaignac était répété par les meilleurs esprits de l'année. Des officiers de la plus haute distinction signalèrent souvent comme monstrueux le système des razzias.

Dans tous les cas, la faute doit remonter ii ceux ipii en ordonnèicnt l'apidicatioii; et non au soldat, leipiel dut obéir. (,)uand il fut bien coiuiiiandé, le soldat en Afriipie ne recourut jamais au pillage. 11 se mainlint exacleiiiciil d.ins les liens les plus étroits de la disci-^ pline. Ce fait n'échappa point aux Arabes, et partout oii il se produisit nous eûmes des allies fidèles. Nous citerons la longue et laborieuse expédition (|ue dirigea le général Marey; le soldat y fut exemplaire.

« H n'a pas été, dit le j;énéral dans son rapport, porté une seule plainte contre nos soldats; leur discipline a fait l'admiralion de tout le pays, qui avait toujours vu les camps du bey et d'Alid-el-Kader piller les maisons, les jardins, cl tous les gens qui ne pouvaient se délçiidre. A Aouta, notre bivouac était jilaiù' contre les murs délabrés de jardins oii se trouvaient de beaux arbres, des légumes, de l'orge et des blés mûr ; on manquait de bois el de vert : cependant les propriétés furent complètement respectées. L'impression laissée dans le pays par notre opération a été certainement celle d'une organisation sociale et militaire supérieure, ayant une grande puissance d'ordre el de discipline envers nos sujets, devant être fort à craindre pour nos ennemis... A Tedjemont, oii nous parûmes d'abord, tout le monde voulut s'éloigner; il fallut toute l'autorité du kalifa pour rassurer. Mais quand on vit que les propriétés étaient respectées, ipie nul n'était maltraité, que tout était payé exactement, que nous avions une mission non de destruction, mais d'ordre, personne ne sonrea à fuir, u "

Mais, pourquoi ne pas s'exprimer avec franchise? l'armée d'.Vfri- (fue, comme toute notre armée, a éprouvé un grand malheur : elle a été mêlée à nos luttes politiques; elle a été un instrument social. Elle a sauvé, puis elle a servi à détruire une république. Si d'aventure elle eût pu rester neutre, personne ne contesterait ses services. Jl faut aussi, pour juger nos soldats combattant sur le sol algérien, tenir compte des éléments dont furent composés quelques ccjqis de l'armée d'Afrique. Lorsqu'au dehors d'une grande nation il se fait une guerre longue el considérable, les aventuriers y courent; et il ne faut pas se le dissimuler, en général l'aventurier est brave. Il sert bien , mais il faut pour le dompter une discipline de fer; pour l'entrainer, il faut être encore plus brave que lui. Le colonel Noèl, au retour de l'expédition de Tébessa, n'eut d'autre moyen de se rendre inaitie de ses chasseurs que de charger hors de son tour, et pour ainsi dire hors de son grade, avec eux.

Mais de tels hommes se retiennent difficilement après la victoire. Toutefois, nous en sommes persuadé, avec un autre système dé guerre il en eût été partout de nos soldats comme de ceux de la colonne du général Marey. La cruauté n'est pas dans leurs âmes; elle ne passera pas dans les mœurs militaires. Les laboureurs de la douce Lourainc, les vignerons de la Bourgogne, les iiietons, dont le regard est toujours tourné vers le pays; les cultivateurs de I' \lsace les laborieux enfants de l'Auvergne el du Limousin, toutes les recrues de France en un mot, sont d'une origine bonne et civilisée. Les excès ne sont chez eux (pic les aci-idents d'un mauvais coniman- (lement. Ainsi que l'éerivail Diivivier dans sa Solulim de la question a Alfiérie. les bulletins officiels, les rapports qui ont tiré vanité des récoltes détruites, des arbres coupés, des villages incendiés, resteront à toutjamais comme pii'ces accusatrices. Mais seulement, ajoul(uis-nous, contre ceux ipii les ont rédigés. Maiiitcnaiil , un autre système etait-il possible avec des ennemis ipii n'en avaient |ias d'autre? (Jraiid problème! problème à faire détester la civilisation, si vraiment elle ne peut être répandue au sein d'un peuple déjà formé nue par le fer et le feu!

N'essayons pas de le résoudre, el rciiortons plutôt nos rei;ards sur les rangs inférieurs de notre ariiK'C d'Afriiiue.

Une des plus belles (-hoses descriptives ipii aient jamais été écrites est le Traité di; la citasse au lion, par. lu les Céranl. Poésie grandiose, style à la fois concis et large, iniaj;cspiltoies(pies, saisissantes, tout ce' qui constitue l'écrivain de génie, est là renfermé en lîuehiues pages. '

L'n simple sergent du gi'nie. Henri Lardy, ipii n'a pas eu comme Gérard le bonheur de franchir les premiers degrés de la hiérarchie et (pii commande aujourd'hui, ciiiiime sergeiil d'infanterie de marine' le poste (11- la Trinité dans les Antilles, a relevé les ruines de Tébessa, suivant les expressions du savant l.etronne, de façon à désespérer nos meilleurs irchiteeles et à rendre tiers nos officiers les plus instruits.

Nns adminisliations publi-iues, celles des cliemii.s de fer sont , dansTes S subalternes, veuplées d'unciens sous-oil.c.ers d Afr„iue.

^^rll'h^r^s r;::;;?«!lue d-ar..stes dist^n^u^s onUajt U^s «ronièrcs armes dans les zouaves ou dans les spali s! Que d liono- ?al,l" chef d'entreprises, que de di,;nes chefs d'ateher ont appris a cette école de discipline Tordre , le travail et l'économie !

Puisque nous parions de zouaves et de spahis, disons un mot de ces corps ce èbres, qui f-^^nt d'autant plus utiles à la conquête, que les irTle mêlés plrmi eux annonçaient par leur seule présence que ,0 U la conquête n'était pas à faire. Le S-'^" . «T dev^'on 1 s solde de la France une partie des anciens cavalier, du dey. Un les appela le mameluks. Les mameluks augmentèrent prompement en Sre et après l'expédition de Médéah ils formèrent deux escadZqi'ie l'on nomma chasseurs algériens. Un peu vlus tard a Bone, le Pénéàl Monck d'Uzer organisa un autre escadron d'ind.genes auxquels on donna le nom à'otages. Pareille institution eut lieu dan. la

''Tresiu^quë' notre conquête se fortifia, le nombre des indigènes .luVvôulùreul servir sous 'nos drapeaux alla en devenant chaque

ABDEL KADER

capitaine inclusivement, le grade supérieur après deux ans de service en Afrique. On ne tint pas cette promesse, mais les chasseurs tinrent tout ce (jue l'on s'était promis d'eux.

ISous aurions encore i parler ici des bataillons d'infanterie légère d'Afri(|ue, de la légio» étrangère. Leurs services, peut-être moins brillants que ceux des corps indigènes, n'en furent pas moins réels.

On comprendra l'utilité de ces derniers quand on aura le secret de la pensée qui piéàila à leur formation.

(( Si l'on avait voau, disait un liomme spécial, si l'on avait voulu seulement de bravei soldats , nul doute que les régiments français n'eussent parfaitenuiit et préférablement rempli cette mission. Mais on s'était de plus proposé, en instituant les zouaves et les spahis, de faire servir à la coiquêtt une partie de cet élément arabe qui déjà, avant nous, vivait le la puerre. On voulait de plus y mêler des Français (lui, vivant avtc lesArabes, s'instruisant dans leurs mœurs, dans leur lani'ue, découvran tous leurs petits secrets, deviendraient une véritable pépinièred'inL'iprètcs, d'administrateurs, d'hommes essentiellement utiles à \a cuse française en Algérie. Il n'était pas mal non plus d'imiter les Umains, en s'assirailant les armes et la manière de combattre des enneiis.

Prise de U smala d'Abd-el-Kader. — 1 fi mai 1-

jour plus considérable. (Jn songea à leur donner une organisation Cil.ère et le 10 août iSlîi , le lieutenant-colonel Marey reçut a M.'.er le commandement de quatre escadrons de spahis. Deux autres i.sc;,drons furent mis à Bone sous les ordres du chet d escadron Jusuf. On en constitua bientôt .|uatre autres k Oran. Les escadrons d Alger furent ensuite portés a six, et ceux de Bone «quatre. Lu IS- .J, le ..ôuvernemcnt ordonna qu'un de ces escadr.nis fut attache a chaque 'l'épiment de chasseurs d'Afri.iue. Celte ordonnance ne fut pas exécutée. Une autre onlonnanee répartit en vingt escadrons toute la cavalerie dite indigène. Dix-huit de ces escadrons formèrent en IS... trois réi'iments distincts.

1 es zouaves sont les contemporains des spahis. Ils datent comme eux dels:;o. En ce len.ps-la, le général Clan.el chargea le commandant Maumel de recueillir cl d'organiser un premier bataillon d ,n- ■'mleric in.ligene. Ou appela les soldats .le ce bataillon les zouaves du nom de la célèbre tribu montagnarde des /.ouaouas, que leui n.uvrelé lonait à fournir des fantassins aux troupes du dey. Duvivier orpanisa un second bat.iilloi. qui reçut le même nom. Les deux baiVillous lurent, en 1H:!2, réunis eu un seul, sous le commandcmeni de cet hoM.».ereman,uable,qui légua bientôt les zouaves au eomnnn-

dantKall, puis au capitaine de la Moriciere. D aulres bataillons d, zouaves furent ensuit,' créés; nous citerons particulier.-niei.t chu nui se composa des volontaires, défenseurs du mccliouarde J lemeei, sous Cavaignac. Les zouaves formèrent ensuite des regimenls ,

comme les spahis. , .• . - -,/. ,i,. i,.„r.i

I es chasseurs d'Afrique ne doivent pas être oublies a coté de leurs compagnons de combat. On les forma en novembre 1831. Us ne pouvaient se recruter que parmi les Français. L'or.bn.nance du 1 , novembre ...aranlissail auK olViciiMS (|ui j eiilreraicul, jus<iu au grade uc

Puris. Typo(;ra|)hic l'Io"

Comme ces c» devaient, précisément à cause du mélani;e des deux races, toirs servir d'avant-garde et d'éclaireurs , chacun de nos ofliciersulut passer par les zouaves ou par les spahis. Duvivier la sidère, Cavaignac, le Flô y passèrent les premiers. Là les plus gra noms côtoyaient les noms les plus obscurs. A Caroiibet-el-Oi' le vieux sergent lîazin mourut avec le jeune fihdu duc d'ilarci- Ce dernier fut tue comme il arrivait le jircmieipour reiirendric position. Le vieux sergent Bazin accourut pour le veneer. Soiirrier le suivit, un brave dont nous regrettons de ne pas savoir t>m. Mais Bazin n'avait |)lus depuis longtemps ses jambes de vii'us, le fourrier le devança bientôt. — Ah çà ! lui crie Bazin, et' que le conscrit aurait la prétention de passer devant son anci ais place, et vivement! Le fourrier se rangea; mais à peine fiil-i''''î'''i' i qu'une balle frappa le sergent. — Me voilà devant mon re vieux ! lui dit en passant lefourrier; mais il tombe à son tour. U^ zouaves voulut le relever. — Occupe-toi de Bazin, lui dit-il, jesauverai bien seul, le zouave relève son sergent, et au même iiiscst, comme lui, frappé à mort. Le fourrier rampe alors sur seins, détache la croix du vieux brave, et, laissant un lone sillc sang dans les broussailles, il vient remettre au coinmandai'il la ■ <lu mort. — .le n'ai pu rapporter (|iie cela, lui ditil j'.ii elTel 'e ses bras pendait horriblement mutilé '.

Cavaipnaand jusqiK! dans les actions les plus simples, réunit d'ilarcoi'ul izin, le duc et le vieux routier «le guerre, dans une même «a cooraisoii funèbre. « Dans la journée du 10 novemliie, écrivit le cioxhint à l'ordre du jour du bataillon, h' jeune Biclianl d'ilarcouris-lieutenant au corps, et le vieux sergent Bazin, de la

1 Voyez c'aconté par M. le comte do Caslellane, page 78. Iiiics, rue do 'ard, ;t6.

ABD-EL-KADER

i[uati'ièine conipajjiiie, sont morts eu abordant l'ennemi et en devançant les plus braves. Le lieutenant- colonel recommande leurs noms à la mémoire des otliciers, sous-oUiciers et soldais du corps. Il les donne au\ jeunes yens pour exemple et pour glorieux modèles. «

Les spaliis, arme plus spéciale que les zouaves, comptèrent peutêtre moins d'illustrations; mais ils lurent également utiles. Les ^lontauban, les d'Allonville, les Joussouf-Hey, les Dubarrail , les de la Rochefoucauld ne sont pas des noms à dédaigner. ISedeau passa par la légion étrani;ère. Une foule d'officiers distingués ont ligure aux chasseurs d'Afrii|iie.

Les corps indigènes n'ont point, du reste, tout grand i|ue fût leur mérite, fait pâlir le renom de tant de beaux régiments d'infanterie de ligne ou légère qui ont laissé le plus pur de leur sang sur la terre d'Afri(|ue. Faut-il nommer le :i', le 29", le ;i8', le !)'■, le :ib', le 21'=, le VO", le (iU" de ligne, le W=, le 17' de ligne, le fameux 2>^! Faut-

Il", le .')(>" de ligne, le

il nommer encore le 23", le iS"', le U'', le l^i' léger, le :>S«, le 2G« de ligne, le 19" léger, le i;>», leia^leâSSle:^^^^ il'de ligne, le (:« léger, et tant d'autres qui sont successivement désignés aux bulletins de l'armée !

C'est au 2';' et au 4« de chasseurs d'Afrique qu'appartenait cette poignée de soldais qui combattit entre Bou-Farick et Bcni-'\Iered contre une nuée d'Arabes, et dont le gouvernement a perpétué le souvenir par un obélisque portant cette inscriittion : Aux ringt-deux bruvea il,' Beni-Mcml. Là se trouvaient Leclair, Giraud, Elie, lieal , Lecomte, Laurent, Boursier, Michel, Laricout, liire, Girard, Estai, Marchand, Alonuot, tous soldats (lu 2C', sous le commandement du sergent Blandan.

N'oublions pas non plus de mentionner ici les services obscurs peut - être , mais que l'on ne prisera jamais assez, ceux du génie, ceux du corps médical militaire, ceux de l'artillerie.

Mais reprenons le récit général de notre conquête de vingt ans.

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