‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 209 sur 219 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

.SUITE niî 1816.

Désespoir des Arabes et U'Ab-el-Kadcr. — Massacre dos prisonniers de la delra. — Massacre do Bathna. — Des Tunisiens. — Séparation entre Uou-Ma^u et l'émir. — Délivrance des officiers de Sidi-Urahim.

A mesure que nous avançons dans l'hisloin? des mouvements militaires de ISKi, la guerre se colore d'une teinte sombre. Il n'y a plus d'actions d'éclat. L'ennemi se cache, fuit et massacre (piand il peut. C'est comme la dernière convulsion d'une nationalité blessée à mort.

Abd-el-Kader était à bout de ressources. ]l avait donné ordre aux llachem et aux Beni-Amer de le rejoindre vers le sud, et ceux-ci, comme nous l'avons vu, avaient émigré au Maroc. Cependant la deira subsistait toujours, gardée ])ar linéique» centaines de réguliers, et se tenant en rapport par les rives de la MoulouVa d'un côté avec

les secours marocains, de l'autre avec les émissaires de celles des tribus qui, en Algérie , nous étaient encore hostiles. Mais d'un côté comme de l'autre l'assistance n'arrivait guère. Pressés peut-être par la pénurie de vivres, fanatisés par l'esprit de vengeance, ses chefs conçurent un projet dont l'exécution fut une tache sanglante à l'histoire de l'émir.

La deïra était alors campée à environ trois lieues de la Moulouïa. Les prisonniers établis sur le bord de la rivière occupaient une vingtaine de gourbis au milieu du camp des fantassins réguliers. Ceux-ci étaient au nombre de cinq cents environ, répartis aussi dans des gourbis par bandes de cinq ou six; le camp était clos par une enceinte de broussailles fort élevées, dans laquelle on avait ménagé deux passages pour rendre la garde plus facile.

Le 2' avril, vers deux ou trois heures de l'après-midi, il arriva une lettre d'Abd-el-Kader. Aussitôt trois cavaliers vinrent au camp chercher les ofiiciers de la part de Mustapha-ben-Thami ; celui-ci les invitait à nue fête. .MM. de (îognord, Larazet, Marin, Hillerain, Cabasse, Thomas et ((uelqucs autres se rendirent à cette invitation.

Les autres prisonniers furent commandés jiour une sorte de revue de leurs effets. Les fantassins réguliers, après les avoir inspectés, les séparèrent par escouades de sept ou huit, et mirent chaque escouade dans une même gourbi sous la garde de vingt-quatre hommes armés. Quelques-uns de nos soldats furent saisis d'un affreux pressentiment, et veillèrent, prêts à se défendre par tous les moyens. Qiiel(|ues-uns avaient réussi à cacher des couteaux ou de simples morceaux de fer.

Vers minuit, les réguliers d'Abd-el-Kader et les autres hommes de la Deïra pousssèrent un grand cri, c'était le signal du massacre. Une horrihie lutte s'engagea alors. Les Arabes, ne pouvant l'emporter malgré leur nombre, mirent le feu aux gourbis, et à mesure que les prisonniers cherchaient à échapper aux flammes, ils les fusillaient à bout portant, (.'cite lâche fusillade dura plus d'une heure.

Parmi ceux des nôtres ([ui s'échappèrent, le clairon Rolland fil surtout preuve d'audace et de courage. Au signal des Arabes, il sort de sa gourbi, rencontre un régulier, le frappe d'un coup de couteau dans la poitrine, et saute dans un buisson, oii il compte trouver un abri. Des ennemis l'aperçoivent, le saisissent.il réussit à s'en débarrasser, et après avoir essuyé plusieurs coups de fusil, il a la douleur d'assister de loin au massacre de ses camarades. Le silence étant fait, il quitte les abords du camp, et se met en marche, à l'aventure, se cachant le jour, voyageant la nuit. Après trente-six heures de fatigues, à bout de forces, il pénètre dans un village marocain, et y est fait prisonnier. Les habitants le vendent pour deux douros à un propriétaire des environs de Lalla-Jlaghnia, qui le ramène au camp français, oii il confirme l'affreuse nouvelle du massacre du 12" avril. On était alors au 17 mai. Les tortures que cet liomme avait supportées ne l'avaient point al'attu.

Maintenant, sur (jucl ordre le massacre des prisonniers de la deïra avait-il été exécuté ? Cet ordre venait-il de l'émir ? Ses partisans l'ont nié, et ont fait peser toute la responsabilité de la nuit du 2" avril sur Mustaplia-lieii-Tliami. Mais telle ne fut pas l'opinion (|iii se manifesta tout d'abord en Aliyérie; telle ne fut pas non jiliis ni l'opinion des membres du gouvernement d'alors ni celle du maréchal Bugeaud. L'émir fut hautement accusé. Le Monilcar du il mai ISiC est à cet égard une ]>ièce trop importante pour que nous ne le citions pas ici. Voici en quels termes il porta à la France la connaissance du massacre de la Moulouïa :

• Le gouvernement ' n'a encore reçu aucune nouvelle officielle sur un événement douloureux dont plusieurs journaux s'occupent ce matin. Koiis nous bornons à reproduire l'extrait suivant de la France Algérienne. On lit dans ce journal :

» Le patron d'une balancelle partie de Djemmà-frhazoual le 9 mai nous a annoncé une nouvelle lerrihle, le massacre à la deira d'Abdel-Kader de tous les prisonniers français! M. le général de la Moricière donna immédiatement au vaiienr h- Grégeois l'ordre de se rendre d'urgence à l)jemmà-(;hazoiiat ]>oiir y transporter M. de Marlimprey, colonel d'étal-major, chargé de vérifier ce hruit si alariiiant, d'en constater raiilhentieité, et de recueillir lous les détails de ce fait d'odieuse barbarie dont on se plaisait à douter, mais (|ui n'i'st malheureusement que trop ceitain. I.'iiat de la mer a pendant trois jours mis obstacle à raccomplissement de la mission de M. de M.ulimprey. Enfin le (IréjieuiK est rentré cette nuit même, et de tous les hriiits recueillis sur ce fatal évi'iiement, il résulte qu'Alnl-el-hatlcr a ejfecticeiiieiit duttné l'urdre de j/in.'î.sncri'r (los jirisotinient , et que cet ordre a été exécuté, ilàlons-noiis de dire que jusqu'à présent cet ordre ne concernait pas les offiriers, (|ui ont échappé ;i celte épiiiivaiilable boucherie. \ oici les faits ipii (Uit amené l'émir à prendre une résolution si impitoyable.

» Dans le courant du mois dernier, Ahd-il-Kader avait ordonné à Bou-llamedi de remettre le commandement de la deira à iMiistaphalien-'l'hami, et de venir aussitôt le rejoindre avec les BenijVmers. Eliriiilé dans le Sud, où il a pass(' pour être exécuté, cet ordre ne le fut pas, car les Beni-.\mers el Beii-llamedi refusèrent de parlir. I..i tribu, de l'aveu même du kalifa , entama avec Bou-'/.ian Ouled-

' Moniteur du II! mai )S46.

Cbaoui des négociations dans le but d'obtenir son assistance pour se séparer de la doïia.

» 11 fut convenu entre eux que les Beni-Aïuers ne dépasseraient pas Taza, et que Bou-Amedi se poserait en intermédiaire de la tribu auprès de l'émir, et qu'il obtiendrait son retour à la doira sous la condition (|ue le commandement en clief lui serait donné. l!ou-IIamedi tint parole, mais les lieni-Amers manquant à la loi donnée, passèrent par I ouest sans s'occuper du kalifa, qui, redoutant les suites de son intrigue avortée, prit la fuite afin de rejoindre Uuu-Z.ian- Ouled-Chaoui.

" A la suite de ces événements, (|ui eurent lieu dans les derniers jours du mois d'avril, Mustapha-Den-TUami, ilemeuré seul avec les Ilachems et quelques émiijrés des diverses tribus, ne put exécuter l'ordre que l'émir, son beau-frère, lui lit tiansmeltre d'amener vers le sud tout ce qui lui restait de monde. « l-a deira, réduite des trois quarts, écrivit-il à Abd-el-Kader, ne pourrait résister à une tentative probable des tribus marocaines pour s'emparer des prisonniers français, dont la garde et l'entretien devenaient cbaque jour jilus difficiles. »

» Abil-et-Iùuh-r rqtondit par l'ordre liarhare, d'éi/ori/er ccf: tnallie:treu.e. Afin de rendre plus facile l'exécution de cet ordre, on répandit le bruit dans la deira que tous les prisonniers musulmans avaient été mis à mort en France. C'est avec de semblables nouvelles que les agitateurs stimulent la haine cruelle et i|jnorante des Arabes.

1) 11 n'y a ])lus a douter de la consommation du meurtre de nos malheureux frères d'armes nous avons vu les cadavres de plusieurs; (|uelques-uns, échappés à la mort, ont réussi à s'enfuir, bien que poursuivis, et à gagner les douairsdes Bcui-Snassen. Des hommes de cette tribu ont sauvé la vie à l'un d'eux, et fait la promesse de nous en ramener d'autres qui sont à présent en siireté. »

On voit d'après cette pièce que l'opinion du gouvernement français était (|ue la responsabilité du massacre devait remonter jusqu'à Àbd-eM\ader. Le maréchal Bugeaud , qui avait peut-être quelques reproches à se faire pour n'avoir pas accepté des propositions que l'on dit lui avoir été faites pour l'échange des prisonniers, se laissa entraîner beaucoup plus loin dans l'accusation. X'oici quelques phrases de la proclamation que l'événement du 27 avril lui inspira ;

« Ababes et Kabyles,

» Vous aurez peut-être appris l'acte barbare exécuté sur trois cents prisonniers français par le bis de Mahiddin, que vous appeliez autrefois votre sultan. Voyant que ces prisonniers étaient réclamés par rem])ereur du Maroc, ou qu'ils allaient être délivrés i)ar notre année, ou bien enfin qu'ils étaient incommodes ii nourrir ou à garder, il a on/o/i/ié ili' les éyarger, et ils ont été èijorijéa. »

Cinq mille prisonniers musulmans étaient alors entre les mains des Français. Abd-el-l\ader les exposait ii notre vengeance. Cette idée aurait dû l'arrêter; mais, ajoutait le général Buijeaud dans sa proclamation, n notrt tnnemi est devenu aussi féroce que les lioits et les patitlwres. »

Le maréchal terminait en invitant les Arabes à comparer la cruauté de l'émir à la générosité de la France.

Quoi (|u'il en soit de la complicité d'Abd-el-Kader dans le massacre de nos prisonniers, ce massacre ne lui donna aucune force. En effet, dès iju'il eut été commis, l'union qui maintenait les habitants de la deira fut brisée. Ils se séjiarèrenl dans toutes les directions. L'émir parvint néanmoins à en rejoindre et à en rassembler le noyau, avec lequel il se porta dans le pays des jNItalsa à Ain '/-ohra. Là, son kalifa Hadjel-Sgliir et Hou-i\Lr/.a se réunirent à lui avec leurs partisans, et après un ]ieu de temps il se retrouva encore en force. îlais il ne sut pas ou ne put pas profiter des divers troubles (pil agitèrent le |)ayspour faire à temps une nouvelle invasion.

Ces troubles furent cependant considérables. Ainsi, d'une part les Kabyles allèrent jusqu'à insulter la garnison de Bougie, (|ui fut contrainte de repousser en armes la tribu des IMezaïa. D'autre part la province de (Jonstantine fut exposée à une invasioli qui rappela en diminutif celle des Marocains à Oiichda.

Un cheik nommé Kl-llassenaoui parvint à fanatiser les tribus des environs de Tebessa. Le général Bainlon sortit de Boue pour dissiper les rassemblements (|uc l'on disait s'être formés autour de cette ancienne ville romiiine. Il n'eut à traverser (|u'uii pays en apparence ami; mais la température étant fort élevée, la troupe eut beaucoup à souffrir. Avant que de s'engager dans les montagnes, le général Jlandon, encombré de malades, jugea à propos de les dirigersur duelma, où ils trouveraient les soins désirables. On en forma un convoi qui s'achemina sous la garde du kaVd Ben-Jéar, dont on avait éprouvé plus d'une fois la fidilité. Ce convoi s'avança d'abord en pleine quiétude; mais le lendemain de son départ un coup de feu retentit sur sa gauche. C'était le signal d'un nouveau massacre. En (jiiel>|ues minutes des masses de Kabyles entourent nos malheunuix blessés, et pas un n'échappe. Là se trouvaient d'execllenls ofliciers, le capitaine JNoël, le sous-lieutenant llamerroui, l'aide-niajor Castelll.

On avait fait croire aux massacreurs ipi'ils vengeaient le pillage -de Tebessa.

Aussitôt (pi'il apprit cet événement, le général Randon, bien ([u'il n'eût avec lui que peu de forces, revint sur ses pas et, sans craindre

de soulever tout le pays par une punition exemplaire, envahit avec rapidité le pays des Ouled Sidi-Jahia-bou-Thaleb dans le territoire desquels le meiirlre de nos mal.ides avait été commis. Toutes les richesses de la tribu furent saisies; elle livra les instigateurs du massacre.

Mais El-IIasseiiaoui profita du retour du général Randon pour obtenir des habilanls de la frontière de l'unis d'envahir le territoire français. Des bandes considérables et i|ueli|ues chefs im|)ortants le suivirent. Il pouvait compter cinq ou six mille couibaltants, la plupart cavaliers. Ce r.issemblement formidable vint présenter la bataille à la colonne expéditionnaire, qui camiiait alors près de la I routière tunisienne chez, les Ouled-Cliiar. Le général, sans attendre les l'unisiens, lança sur eux sa f.iible cavalerie. Saisis d'une terreur panl([ue, ils fuirent à toute bride. On les poursuivit durant vingt - ipiatre kilomètres. Cette victoire ne nous coûta pas un seul soldat. Le gouvernement de Tunis désavoua la tentative, et fut contraint de [irendre des mesures pour empêelier i|u'elle ne se renouvelât.

Sur d'autres points il y eut également des soulèvements partiels. Il fallut conduire une expédition dans le sablel de Sétil. Trois de nos caïds de la subdivision de Bone furent successivement assassinés. Dans le Dahra, un nègre nommé El-(iuerib se donna pour prophète. Un autre prophète, travaillant pour Bou-Maza, se leva parmi les tribus de Chekala et de Meslem.

Toutes ces tentatives montraient un pays mal soumis. Cependant, comme nous l'avons dit, soit inca]iacité, soit impuissance, Abd-el- Kader n'en profita imint. Son attitude le fit même accuser de trahison par Bou-Maza. Celui-ci, d'une nature beaucoup plus bouillante et impétueuse, ne voulait pas que l'esprit des Arabes reposât un seul instant. Sa lutte pied à pied contre nos troupes dans le Dahra, et particulièrement contre le colonel Saint- Arnaud et le lieutenant-colonel Canrobert, lui avait donné une gr.inde réputation. Si l'émir représentait le génie arabe dans sa plus haute expression, Bou-Maza le représentait par ses côtés populaires. Ardent, infatigable, violent, plein d'expédients et de ruses, éloi|ueiit, mais dans un langage plus vulgaire, plus excitateur et plus fanatique, il s'accommodait mal des découragements (|ui s'emparaient ipielquefois de l'émir, et que celuici dissimulait sous les enveloppes de la politique et de la prudence. A son retour après le massacre du 27 avril, Abd-el-Kader était dans un de ces moments d'abattement. BouAlaza, après avoir essayé de l'entraîner à une nouvelle invasion, le (piitta une première fois pour fanatiser les tribus des environs d'Ain-Zorah. Il marcha même assez avant sur notre territoire. Mais ses tentatives furent sans succès. 11 en accusa Abd-el-Kader. L'émir, disait-il, ne voulait travailler (|ue dans un intérêt égoïste. 11 jalousait tous ceux qui s'élevaient à côté de lui. Ces paroles, rapportées à l'émir, aigrirent ce dernier. La deira se divisa en deux partis. Celui de Bou-Maza ne fut pas le plus nombreux; ce que voyant, ce hardi chef d'aventures réunit qiiaranle cavaliers seulement, et quittant la frontière du Maroc, rentra résolument sur notre territoire. On apprit bientôt sa présence à Szitten, puis chez les Ouled-Nail, à l'extrémité sud-est, desipiels il s'arrêta, défiant là nos armes, qui ne s'étaient pas encore avancées si loin.

L'abandon de Bou-Maza, comme celui des Beni-Amers , porta uti nouveau coup à l'autorité de l'émir. Un autre événement, arrivé vers cette époque, contribua à lui faire perdre de l'influence qui lui restait encore.

On se rappelle que plusieurs de nos officiers, prisonniers à la deira, avaient été épargnés dans l'alTreiise exécution de la Moulaia. Octobre finissait, ([uand on apprit, par le gouverneur espagnol de Melilla, qu'il ne serait pas impossible , si l'on voulait y mettre un certain prix, d'obtenir la délivrance de ces officiers et de ce (|ui leur restait de compagnons. Le commandant Coiirby de Cognord, disait-on, avait écrit lui-même à ce sujet. Eu effet, voici ce (|ui se passa :

Le 2 novembre, le gouverneur de Melilla reçut une lettre de ce brave officier, et la transmit au général iTArbouville, qui commandait alors la province d Oraii. Les chefs arabes, cliargi'S de la garde des prisonniers, exii;caient une somme de quarante mille francs. Le général d'Aibouville envoya aussilùt un enseigne de marine des plus distingués, M. Diirande, à Melilla, avec la somme demandée. Comme on ignorait alors la connivence des chefs avec l'émir lui même, l'enseigne prit les plus grandes précautions. 11 parvint à communiquer par un inleruudiaire avec M. de Cognord , et à lui faire savoir que l'argent de la rançon ét.iità Melilla, et que si les commandants de la deira se trouvaient toujours d.iiis les mêmes dispositions, une balancclle, croisant le long de la côte , serait toujours prête à recevoir les malbeureux captifs. ()ii fut [dus de quinze jours sans recevoir aucune réponse. Enfin, le 2 i novembre, deux coureurs se présentèrent dans les fossés de la place de Melilla , et annoncèrent que les prisonniers étaient à (|uelqiies lieues de la pointt^ de Bermiza et que l'on pouvait les y aller prendre. Ce pouvait être une embuscade. Les Arabes voulaient peiil-êire faire un nouveau Sidi-Rrahim. !Mais Durande n'hésita pas. • .le ne rentrerai pas à Oraii, s'écria-t-il , si je dois rentrer sans eux. 11 'Toutefois, comme le courage n'exclut pas la prudence, il fit accomiiagner sa balancelle par un canot du port de Melilla ipie montait don LuizCoppa, major de la jibice. Arrivé à la pointe dr Bermiza, on trouve (|ucli[ues cavaliers qui attendaient; puis bientôt les

ABD-LL-KADEU.

prisonniers arrivent , conduits au galop par un grand nombre de réijuliers. Le brave enseigne avait eu la précaution de faire disposer l'argent dans le canot espagnol. Un chef arabe consent à passer sur celui-ci, tandis que M. Durande restera à terre, et l'échange se fait. Douze heures après, nos olliciers touchaient à Djenimâ-Ghazouat le sol français. De là on les transportait à Mostaganem , où la garnison, l'illustre général de la Moricière en tête, les recevait avec tous les honneurs de la guerre, honneurs qui furent renouvelés par le maréchal Bugcaud lui-même. Leurs fatigues, leur courage, les en rendaient en effet bien dignes.

Le massacre de Sidi-lirahim était d'ailleurs alors vengé depuis peu. Au mois de juin , des Arabes, appartenant la plupart aux tribus qui s'étaient le plus odieusement distinguées dans cette boucherie, avaient profité de l'cloignement momentané du général Cavaignac pour attaquer les troupes occupées à tracer la route de Djemmâ-Ghazouat à la frontière. Ces troupes cessèrent aussitôt leurs travaux, et se concentrèrent. D'autre part le général accourut. Une fraction de sa colonne tomba bientôt sur les Msirdas. Les soldats trouvèrent dans les gourbis de cette tribu des armes et des dépouilles provenant du massacre du 23 septembre. Exaspérés parcelle vue, ils ne firent aucun quartier à

précipiter vers le dénoùment. Abd-el-Kader va perdre une à une ses dernières espérances, et réduit à lui-même, il sera forcé de subir la loi de sa destinée.

Ce sont d'abord les Kabyles des environs de Bougie et ceux du Djiirjurali (jui font leur soumission.

Les Mezaïa, les Beni-bou-Messaoud se rendirent les premiers. On en forma un cercle qui releva directement du commandant supérieur de Bougie, et l'on se prépara à combattre vigoureusement les autres. Treize tribus prévinrent la conciuêle en envoyant demander l'amitié des Français, convaincues, disaient-elles, que l'heure indiquée par Dieu pour la soumission de leur pays et de leur race était arrivée. Ces tribus avaient été primitivement soulevées et maintenues dans la résistance par un chef nommé .Alohammed-ou-Amezian. Mohammed députa ses propres parents vers les autorités françaises. Les Ouled- Amriou, les Ouled- Abd-el-Djebar , les Barbacha, les Guifsar, les Beni-Mohali, les Mehalla, les Beni-bou-Beker, les Adjissa du Sahel, les Senadja , les Beni-Djellil , les Beni-Himmel, les Beni-Ouglis, les Messisnas, les deux puissantes tribus des Fenaia et des Toudja, s'associèrent à sa démarche. On les organisa en caïdats ; la place de Bougie cessa d'être bloquée et prit aussitôt une face nouvelle. Depuis

Bataille d'isly.

l'ennemi, dont une partie se hâta de se soumettre. Une autre portion essaya de se réfugier chez les Beni-Snassen. Le général leur coupa le chemin, et les accula à la mer; là il leur fallut se rendre et périr. On porta à cinq cents le nombre de ceux qui trouvèrent la mort dans les flots.

Depuis ce moment, les affaires de l'émir ne cessèrent d'aller en décadence. Le colmiel Renaud poursuivit ses partisans jusi|u'aux Cliotts. Dans la province de Coiistantiiie, les agitateurs furent de même punis. La trihu des IN'émcnchas en particulier fut rudement châtiée par la garnison de Biskara, aux ordres du colonel Saint-Germain. Knfin les derniers jours de l'année ISiO virent la soumission des fractions dis-iilenles des llarrars, des Maknas, des llamyans Clieragas et des DjalVras, (|ui, réfuijiés sur la frontière, se renilirent soit au chef de bataillon di' Contèves, commandant de 'i'iaret, soit au chef de bataillon Cliarras, (|ui se fit remarquer alors par les services les plus siijnalés. A la même époque, douze cents tentes des Ouled-Balag'r, sorties des environs de Daya, rentrèrent sur notre territoire. F.nfin Abd-el-Kader se vil réduit à ne plus avoir, pour ainsi dire, aucun partisan avoué, cl sa deïra se composa tout au plus de trois cents chevaux mal montés et de deux cents cinquante fantassins sans solde.

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