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CHAPITRE XXXIV

Soumissic.n des Kiibyles du Jurjura. — Le colonel Saint-Arnaud. — llcddition de liou-Maza. — Expédition des généraux Cavaignac et Renaud dans lo Sahara algérien. — Fin du gouvernement du maréchal Bugeaud.

Vminamu^ ad evenlum, comme dit le proverbe latin. Dans cette période qui s'ouvre en 18 il, nous allons voir toutes les choses se

Paris. Tv(nif,r;i|)Iii<' l'Iim fn

treize ans elle n'avait pas vu un seul indigène dans ses murs. Ses marchés furent tout à coup approvisionnés, 11 y eut là, sous une petite apparence, un gros événement.

Une soumission encore plus importante (|ue celle de Mohammedou-Ainezian fut celle de Ben -Salem. Ce chef s'était rencontré dans toutes les insurrections des Kabyles du Djurjurah. 11 avait été l'un des kalifas d'Abd-el-Kader. Beaucoup de tribus el la renommée publi(|ue le considéraient encore comme tel. l'ar une démarche significative, il (juitla pour toujours le parti de l'émir. Le gouverneur reçut ses engagements. Avec lui et a])rès lui vinrent plusieurs amis marquants d'Abd-el-Kader, (|ui avaient trouvé un refuge dans la Kabylie. l'.nsuite se présentèrent les chefs notables des tribus de la vallée de Sebaou et des revers sud-ouest et sud du Djurjurah. Bel- Kassem ou Kassi lui-même, (|ui, comme Ben -Salem, et avec un fanatisme beaucoup jilus sauvage, prenait part depuis dix ans à la résistance des Kabyles ses compatriotes, imita l'exemple, il se soumit. Une reddition encore plus importante, ce fut celle île Bou-Vlaza. Nous avons vu ce rapide et brillant avenlurier quitter la deïra et entrer résolument sur le territoire de l'Algérie. Il pénétra ainsi jusque dans la subdivision d'Orléansville , ancien théâtre principal <le ses eiitrepreiiaiils coups de main. Mais là, connue presipie iiartout sur sa roule, il trouva un chan(;emenl complet. Le cidonel Saint-Arnaud venait de recevoir la soumission du pays el de prendre des mesures pour faire rentrer l'impôt.

(^el otViiier en (|uillant le territoire des Ouled-Jounès, y laissa près

du caïil (|uelques cavaliers chargés de lui apporlcr la contribution de

ces tribus.

I Le |:i avril, ces mekkranis et le chef ariibe étaient réunis, lors-

I qu'un homme, qui se couvrait la figure d'un pan de son beurnous,

rcs, iiir de V.iii|;lraril, M.

ABD-EL-KADER

parut à l'entrée de la tente du caïd. Comme ou lui demandait ce qu'il venait chercher, il jeta en arrière sou vêtement , et le caïd reconnut en lui Bou -Maza.

« Fuis, malheureux! s'écria le chef arabe; n'as-tu pas déjà trop attiré de châtiments sur notre tribu?»

En même temps les mekkranis tirent leurs yatajjans, mais le scliérif en rabat la pointe vers la terre et leur dit : « Il n'est plus question de guerre entre nous, conduisez-moi au colonel d'Orléausville. »

On l'y conduisit en effet. « Tu es, dit-il à M. de Saint-Arnaud, le Français contre lequel j'ai le plus combattu, c'est à toi que j'ai voulu me rendre. »

La vengeance française devait rester désarmée devant tant de grandeur et de courage. Moliammed-ben-Abdallah, surnommé Bou-Maza, avait à peine alors vingt-cinq ans. Son voyage de Tenez , au lieu oîi on l'embarqua pour la France, fut un véritable triomphe. Les Arabes se pressaient sur ses pas, embrassant malgré l'escorte son beurnous et jusqu'aux traces de son cheval. 11 avait toujours combattu en patriote. C'était l'Arabe dans toute sa sève native. Pour jouer un plus grand rôle , il ne lui avait manqué que l'éducation et la position. Mais il était sorti de rien. 11 n'avait pas eu, comme Abd-el-Kader à ses débuts, des clients et des amis, il se devait tout à lui-même. On l'a oublié.

Il est encore notre obscur prisonnier, Abd-el-kader est libre.

Où l'ubeille a passé, le niouche- [ron dcmeiiro.

A la même époque, notre conquêle se complétait au sud-ouest par des expéditions des plus remarquables dans le sens du désert, les généraux Cavaignac , l!enaud , Marey, Joussouf faisaient de ce côté reconnaître les armes de la France, tandis que des corps d'observation , soigneusement disposés sur la frontière du Maroc, mettaient Abd-cl- Kader dans l'impossibilité de rien tenter contre l'Algérie. Cependant, quelles que fussent les précautions observées par nos ofliciers, beaucoup de mécontents continuaient à arriver jusqu'à lui par groupes isolés.

Nous le retrouverons bientôt, mais pour la dernière fois, à la tète de nouvelles forces. Il faut auparavant dire un mot des expéditions dans le Sahara algérien.

Ici va se placer une révélation géographi(|ue de la plus hante importance. Jusqu'alors on s'imaginait qu'au sud du Tell algérien, c'està-dire de la terre par excellence, du Jjays cultivable, s'étendait une sorte de mer de sable absolument inlialiilable , si ce n'est dans quelques rares oasis. Les expédilions (|ui commencent vont faire connaître, au contraire, un pays à fond de sable étrange, désolé sans doute, mais habité par une véritable population ayant des ksours ou bourgs trt'S-nombreux et d'une notable importance sous le rapport commercial. Aussi la civilisation n'est pas interrompue; nos troupes vont la développer jus([ue dans ci' prétendu désert jusque-là franchissable seulement pour le rapide Méliaris.

L'objet de l'expédition du gén('ral ét.iit d'en finir avec les llaiiiian- Garabas, de reconnaître les oasis et les ksours (|iii s'étendent au sud des pays de parcours de cette tribu, d'y montrer le diapeau de la France, et de relier, si faire se pouvait, le coiunicrce des caravanes interrompu par les courses continuelles d'Aliil el-kader, qui, pour se transporter d'une provinc<' à une autre, prenait le plus souvent son chemin par le Sahara. Aucun européen n'avait encore pénétré dans les pays que l'on allait jiareourir.

Le général prit toutes ses précautions avec un soin (|iie l'on n'aurait guère attendu d'un homme aussi rapide dans l'exécution. Lui que l'on a si souvent accusé de dureté, il jioiissa la paternité envers ses soldats jusqu'à ordonner qu'ils fussent tous pourvus d'un petit voile

Reddition d'Abd-el-Kader.

destiné à proléger leurs jeux contre les ardeurs du soleil; si bien que l'on n'appelait plus nos vétérans d'Algérie que les demoiselles à Cavaignac. 11 organisa avec les éléments (|u'il avait sous la main et parmi ses ofliciers de petites commissions scientifiques destinées à relever tous les faits qui, dans n'importe quelle branche, pourraient intéresser la science. Aucun service ne fut négligé.

La colonne d'expédition quitta TIemcen le \" avril IS^I.EUese composait de quatre bataillons d'infanterie bien commandés, avec de l'artillerie, du génie; deux autres bataillons et quatre escadrons devaient la rejoindre à Daya. Ses équipages comprenaient cin(| cents mulets et deux mille chameaux'. Cette immense caravane, pleine de confiance dans son chef, reconnut d'abord Hajdar-Uouiui, ancien et considérable établissement des Romains, puis traversa le pays des Beui-Amers, celui des Ouled-Balagrh, et le i avril atteignit Daya, qui est notre établissement le plus méridional. De là elle se remit en marche en s'engageant dans la région des Chott. Le 13

elle était au puits d'Elllamra; le 14 elle touchait Sounta et quittait le lit du Chott-el-Chergui, traversait bientôt après le col de Sidi- Mohammed-el-Aouri, qui donne passage dans le désert. Le 18 avril elle était aux puits de Nebeh ; de là elle se rendit à ceux de Tarzeza et d'Aïn-Fritis. Ici la température tropicale changea tout à coup. On se plaignait de la chaleur et de la soif. Les bivouacs se réveillèrent couverts de neiges.

Ainsi surpris, les conducteurs des convois refusaient de marcher; ils regardaient comme inutile de se défendre de la mort. Les soldats eux-mêmes s'effrayaient.

Que devenir dans ce désert? On se rappelait le sort de la colonne Levasseur.

I\Iais Cavaignac , son étatmajor et les olBcicrs étaient debout, animant les uns, forçant les autres, entraînant tout le monde. On se rnidit contre l'atmosphère, cl la colonne reprit sa marche. Elle aborda, sans avoir aucun sinistre à déplorer, à un premier ksour nommé Asla. Là naissent, vivent, meurent sans avoir rien connu du dehors ([ue les caravanes, quelques centaines de malheureux. On respecta leur obscurité et leur terreur.

D'Asla à Thiout, la seconde oasis, il y a quarantecin(( kilomètres. On franchit cette distance sans coup férir. Thiout est une oasis magnifique oîi l'on couiple jusqu'à cinq mille dattiers. La vigne, l'abricotier, le prunier, le ])ècher, l'amandier, le grenadier, le figuier, le ])oinmier, s'y développent avec abondance. Le ksour du même nom est bâti sur l'Oued Lliiout. Les habitants s'étaient enfuis à notre approche. Cavaignac ordonna (|ue leurs propriétés ne reçussent aucuiu: atteinte. Il se réservait <le leur demander l'obéissance au retour, et précipita la marche de ses troupes vers les deux Moghard.

Des parlementaires avaient été envoyés vers le ksour de Moghard- Thatania; ils furent égorgés. Les soldats, à grand'pcine retenus, pillèrent l'oasis, et l'on se porta de là à Moghard-Foukania , dont les habitants nous avaient fait provoquer. Il faillit les déloger à coups d'obus et par l'assaut. Ensuite, après avoir poussé une reconnaissance jiis(|u'à l'extrémité des montagnes (|iii dominent le Sahara-el- Falat, nos troupes revinrent à Thiout, qui ne les arrêta que le temps d'une rapide traliisoii vigoiiieusemeul jiunie.

On se porta le .^ mai de Thiout sur Aiu-.Seufra. Les Rerbcrs, eu nombre coiisi<léral)le, essayèrent de s'opposer à notre marche; ils furent piompleiuenl battus et dispersés, et l'oasis fut emportée comme les |irécédentes. S'fissifa eut le mêiue sort. Ses lialiitaiits avaient été forcés par les Marocains à rabandoiiner. Quelques coups de fusil ' Voirla savanleot pooliiiuo relation de l'otte expédition parle docteur Jacquot, 1 vol. grand in-S»; ot lo bel ouvrage du Sahara algérien, par le général Dauraas.

Cfi

ABD-EL-KADER

suivirent nos troupes à la sortie de cette ville. Elles n'en atteignirent pas moins Lambâa , puis Taoussera, Aïn-Bou-Khlelil et Beteum-el- Klioua, d'oii le général Cavaignac revint à TIemcen avec la cavalerie, laissant la colonne continuer sa route par le Chott-el-(iarbi, sous les ordres du colonel Mac-Malion. Elle revint également à TIemcen, mais par Ain-Sidi-Jahia et le goor de Sehdou. Aucun sinistre dans une route si longue et si fatigante n'avait été à déplorer.

A la même époque, le général Rcnaut faisait une expédition analogue et parallèle. Il était chargé de visiter le pays occupé par les Ouled-Sidi-Cbeiks-Cheragas , qui s'étendent au sud-est du llaraian- Garabas, et de reconnaître El-Biod, centre de leur puissance. Ce général, en politique babile, s'entendit avec le marabout principal des Ouled-Sidi-Cheiks, qui forment une association religieuse très-forte et très-étendue. Il fit comprendre a ce marabout que les Français ne venaient point pour détruire, mais pour faire vivre. L'association une fois pénétrée de cette vérité, l'attitude des ksours que visita le général llenaut ne fut plus hostile et l'expédition se fit avec un grand bonheur, quoique ce général n'eût point pris les mêmes précautions pour la route que son collègue.

L'expédition du général Jusuf et celle de M. Marey eurent également d'heureux résultats.

Ces reconnaissances de nos troupes, poussées au delà des limites naturelles de l'Algérie, terminèrent le gouvernement du maréchal liugeaud. La monarchie de juillet, qui était en train d'établir ses enfants, avait des vues sur l'Algérie. Le maréchal se sacrifia, bien qu'il n'eût pas achevé son œuvre, bien que son ennemi particulier, son rival, l'insaisissable Abd-el-Kader fût encore debout, l'eut-être n'eùt-il pas eu à faire ce sacrifice s'il eût adopté un autre jilan de guerre, si surtout il eût secondé les efforts du général de la 31oricière du côté du Maroc dans la campagne de la fin de 1816 et dans toutes celles de 1 8 IC. Nous ne sommes que les échos de l'histoire en lui faisant ce rei>roche. Nous verrons dans un chapitre qui traitera de la colonisation et des colonisateurs quel fut le résultat de ses travaux administratifs. En attendant nous poursuivons le cours de notre parration,

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