‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 215 sur 219 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

La coloni-ation en Afrique. — Résumé de SOD histoire depuis 1830; — Les colonisateurs. — L'abbé Dupuch, les écrivains, les cnidits.

L'un (les j)nncipaux actes parmi ceux qui honorèrent le gouvernement de la Constituante et celui du général Cavaignac fut l'essai de colonisîtion algérienne au moyen duquel on se proposait à la fois de solidifier la conquête et de procurer à de nombreuses familles françaises un avenir que la patrie leur refusait.

Cet essai nous amène à résumer ici en peu de mots l'histoire de la colonisation africaine. Notre petit livre ne serait pas complet s'il ne renfermait pas un chapitre consacré à lu toge au milieu de tant de lignes remplies du bruit des armes.

:\i 1830 ni 1S31 ne virent de véritables tentatives de colonisation. C'était assez de combattre. Cependant les armées entrai- , nent toujours à leur suite un certain commerce. Le commerce français des vivres, des boissons et des habillements commença quelques maisons qui ont survécu aux diverses crises de la conquôlc. Quelques rares émigrants vinrent aussi chercher du travail sur la terre d'Afrique.

En 1832 seulement la science se demanda quel parti on pouvait tirer du sol algérien. Un jirdin d'essai , qui devait acquérir une grande célébrité et une utilité encore plus grande, fut fondé à Alger. En même temps, les premiers colons furent établis autour de la ville à Kouha et à Dely-lbrahim. Mais la culture les dégoûta bientôt. Ils se firent la plupart cabaretiers ou gens de peine.

En 1833, l'administration militaire se livra à de grands travaux qui donnèrent autour des places oii ils eurent lieu un certain essor industriel. Le dessèchement des marais de Bone, celui de la plaine de la Mitidja furent entrepris.

Eu 1831, Bouffarik prit son origine dans le camp d'IIaouch- Chaoucb. Le jardin d'essai fut considérablement agrandi. Quelques colons arrivèrent, mais en petite quantité.

Et il ne faut pas accuser la France de ce petit nombre. Les historiens font souvent des parallèles entre les peuples en ce qui touche l'art de coloniser. Ils se trompent presque tous. L'art de colonisera besoin d'être soutenu par la nécessité. Car, on ne doit pas l'oublier, il faut pour être colon plus de courage que pour être soldat. Le soldat marche en troupe. Des officiers, des généraux veillent sur lui. Le colon est souvent isolé et abandonné à ses propres forces. Lui aussi se trouve dans l'implacable situation d'avoir à quitter sa patrie, et ce n'est pas seulement la mort qu'il affrontera sur la terre étrangère, il lui faudra endurer toutes sortes de privations, les fatigues, la maladie, la famine peut-être; il sera à lui-même son intendant et l'intendant de sa famille. Pour se défendre, pour défendre les siens, il faudra qu'il ait à la fois les qualités du soldat et celles du commandant. Il a planté sa moisson, elle sourit au soleil ; l'Arabe la va venir menacer, il menacera également la femme et la fille. Que d'héroïsme alors ! Chaque ferme devient une citadelle, une petite Saragosse uii l'on meurt, mais que l'on ne rend pas.

Pour se décider à affronter tant de périls, il faut véritablement être pressé par la iinssion des aventures ou par la nécessité. Or c'est la nécessité (|ui chasse de leur sol, oii ils ne trouvent que misère, l'enfant de l'Irlande et celui des montagnes allemandes. C'est elle qui pousse le mendiant et le vagabond de Londres sur les rivages de l'Australie. Mais la belle France est une terre clémente : elle a des blés superbes, un soleil ni trop chaud ni trop gris; elle a des vignes m.igiques au midi, des vergers ruisselants de fruits au nord : elle c.>>l difficile à quitter, une telle mère patrie ! les brumes d'Albion , la pauvreté d'Erin , l'oppression des gouvernements d'Allemagne n'y aident pas à l'émigration.

Mais (|uand le colon français se décide à se rendre quehiue part, il y est bien décidé, quoique la poésie soit toujours pour ([uelque chose dans sa décision. Il rêve sans doute beaucoup de chasse, de pêche, d'aventures; mais, quand la première fièvre du découragement ne l'a pas tué, espérez tout de lui. .Son activité, son initiative sont merveilleuses. Q)ui a vu l'Afrique en 1831 la reconnaîtrait à peine aujourd'hui, et cependant la population française y est encore presque à l'état d'exception.

Et puis ce que colonisent les autres nations, c'est surtout la terre vierge, la terre d'Amérique, celle d'Australie, celle où la propriété prend pour maître le premier ijui vient. Mais en Afrique tout était peuplé, sinon cultivé. La propriété avait des possesseurs. De longs rouleaux de parchemins arabes, transmis de générations en générations, attestaient une séculaire transmission d'héritages. On venait troubler tout cela, liien ne disait que les concessions accordées fussent valables, et la preuve, c'est que souvent en Algérie le fisc reprit ce qu'il donna.

En 1 835 , l'administration et quelques hommes de cœur rivalisèrent X'our attirer autour d'Alger un plus grand nombre d'émigrants. Quatorze communes rurales furent fondées, comme nous l'avons vu ailleurs, à Pointe-Pescadc, Bouzaréah, Dely-ibrahim , Mustapha, El- Biar, Birmandréis, Birkadem, Kadoiis, kouba, Hussein-Dey, liirtouta, Dcchioua , Douera et Mazafran. De hardis colons, comme le prince

de Bir et M. de Guilhem , qui s'établiront à la Pvassauta et près du marché de l'Arba, montrèrent qu'il suffisait d'un peu de confiance pour réussir. D'autre part, de grandes relations d'aft'aires s'établirent d'Alger avec la métropole. L'Algérie vendit à la France et à l'étranger pour près de deux millions cinq cent raille francs, et à la fin de l'année, la ])opulation civile fut de 11,121 têtes, dont 1,888 Français seulement. On peut considérer cette poignée d'hommes comme le premier noyau de la colonisation.

En 183G, ce noyau grossit, et la population civile européenne forma un chiffre de l'i,.S6i habitants, dont 6, 185 Français; cependant le total du commerce diminua un peu. Mais la colonisation s'étendit, aux environs d'Alger, oii MM. Mercier et Saussine, Montaigu et de Tonnac s'établirent, les premiers à la Régaya, le troisième à l'IIaouch-ben-Chenouf, sur le territoire des Beni-Moussa, et le quatrième à Ain-Kadra, — et aux environs de Bone, oii l'on fonda le camp de Dréan, dans la plaine de la Seybouse.

En 1837, le traité de la Tafl'na permit un développement temporaire de la colonisation. On mit en culture une assez grande quantité de terres. Des colonies militaires furent établies à Miserghin et aux Figuiers, et l'on comptait autour d'Alger (i, 1)3 5 hectares cultivés, 50" autour de Bone et 695 autour d'Oran. La population civile européenne s'était élevée à 1C,770 habitants, dont (j,5'.l2 d'origine française. Les importations n'augmentèrent pas. On s'occupa par contre de remplacer par des plantations les destructions opérées dans les razzias : près de 100,000 pieds d'arbres furent plantés et G5,000 oliviers greffés.

L'année 1838 vit la colonisation s'étendre dans toutes les sphères. Tous les villages déjà fondés augmentèrent en population. Ainsi, on compta à Bouffarick cinq cents habitants et soixante maisons, et à Dely-lbrahim quatre . cents habitants et quatre-vingt dix maisons. D'autres points, comme la plaine de l'Outhan des Beni-Mouça, reçurent de hardis colons. Les postes du Fondouck , sur le Khamis , et de Kara-Mustapha, sur l'Oued-Kadarah, furent installés pour la protection de la Mitidja. On fonda ailleurs ceux de Maelma , de Mered, et beaucoup d'autres qui devinrent des villages. Des cultivateurs s'établirent également à la Calle. Les camps retranchés de Koleah et de Blidah devinrent l'origine d'une certaine culture européenne. Cependant la population civile continua à arriver lentement. A la fin de l'année on ne comptait encore que deux mille soixante-dix-huit habitants européens non soldats, dont huit mille trente-quatre Français. L'augmentation du commerce était beaucoup plus vive. L'Algérie exporta en cette année pour près de 4,000,000 de francs.

Mais un fait considérable se produisit que nous ne saurions omettre. La religion chrétienne prit officiellement possession de la conquête. Il y eut un diocèse d'Alger, comme du temps de saint Augustin il y avait un diocèse d'ilippone.

Circonstance remarquable , le gouvernement français choisit pour évèque d'Alger l'homme qui était le plus complètement convenable à cette mission. Aventureux, quelque peu poète, d'un abord facile, extrêmement politique, conciliant, l'abbé Dupuch était en outre un esprit fort large et fort élevé. Il n'avait rien de l'ascète ni du fanatique. Dans ce pays, un dévot de l'école ultramontaine , un héritier lointain de ïorquemada, ou un élève des dominateurs du Paraguay, eût tout perdu. L'abbé Dupuch fit, dès l'abord, connaître sa religion en Algérie par des services. 11 la rendit aimable, obligeante, bienfaisante. Il s'éleva même avec beaucoup de gr.indeur au-dessus des préjugés de sa caste et de son culte. Il honora la religion des Arabes partout oii il la trouva sincère. Aucune persécution n'eut lieu par son fait. Bien loin de là, l'Arabe, le Kabyle, (|uand ils le voulurent, trouvèrent en lui un pasteur aussi bien disposé que le Français même. Que de relations n'établit- il pas avec les marabouts, avec les chefs vénérés des tribus ! Que de concessions n'obtinl-il pas d'Abd-el-Kader lui-même, dont il fut l'ami peut-être le plus dévoué! car seul, il ne l'oublia pas dans sa captivité. En 18 li) déjà, il demanda la mise en liberté de l'émir et fit de lui un panég\ri(|ue i|ui, sincère sans doute dans la pensée de révè(|uc d'Alger, sinon conlbrme à la vérité absolue, ne fut pas sans influence sur la destinée du captif'.

Quand on se rcporle aux alVieux massacres qui furent faits en Améri((ue par les Espagnols sous le prétexte religieux, (|uaiid on se souvient des croisades, on ne saurait trop admirer cet excellent esprit du premier pasteur de noire con(|uêlc d'Afrii|ue. (Irâcc à lui, la lutte ne sortit pas de la politiiiue. Si elle se compluiua de fanatisme, ce ne fut ((ue du côté des Arabes.

Parlerons-nous, apris cela, du désintéressement d'Antoine Dupuch, de sa générosité, qui le fit à la longue si pauvre, et qui, après l'avoir jeté dans le cloître, nécessita l'intervention de l'Etat? Au Dieu de paix ne plaise que nous fassions un crime à l'évêque d'Alger de s'être mis (|uelquefois à l'unisson de nos généraux! On n'a aucun mérite à être grand quand il n'en coûte rien auv ]iassions.

A la suite de l'abbé Dupuch, vinrent les steurs de Saint-Joseph, puis d'autres congrégations religieuses. Elles montrèrent toutes jc sentiment de leur mission.

En 1831), année de l'insurrection générale, les colons curent fort ' Abd-cl-Kailer au châlcau d'Amhoisc , par .M. J.-.\nloinc Dupuch, ancien cvèqiic d'Alger, publié à BordcaU)».

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à souffrir. Il leur fallut se défendre pied à pied, corps à corps. Dans cette lutte contre les postes arabes, se distinguc'rent les de ^ ialar, de Tonnac, de iMontaigu, de Saint-Guilhem, les colons du hameau de Ben-Hoirlouse. Mais que de pertes pour tant d'héroïsme!

Cependant, cette année-là, il y eut un certain essor de la population civile. On compta vingt-six mille vingt-trois habitants européens, non soldats, dont environ dou2e mille Français. D'autre part, à Alger, à Bons , à Constantine , le négoce se développa. Il fallut créer nn tribunal de commerce dans la capitale des possessions.

L'année 1810 fut aussi une année de guerre. Les exportations diminuèrent. La population n'augmenta que d'un millier d'âmes (vingtsept mille deux cent (|uatre habitants civils, dont douze mille cent quatre-vingt-treize français).

Les succès de 1841 ranimèrent la colonisation. De i^rands travaux se firent dans les villes, qui prenaient peu à peu un aspect européen. Des cités entières, comme celle de PhilippeviUe, fondée en 18-58, sortirent comme de terre. D'un autre côté, on comprit que le meilleur moyen de lutter avec l'élément arabe était d'amener en Algérie une population capable de lui résister autant par les forces que par les arts et la civilisation. L'arrêté du 13 avril détermine les règles des

à 50,000,000 de francs la valeur des constructions et propriétés européennes. La population civile est de 59,186 habitants, dont 28,169 Français.

Ajoutons qu'alors la femme se montre comme élément de colonisation. Le recensement de cette année atteste la présence en Algérie, de 14,569 femmes européennes, dont 9,062 mariées.

Ce nombre augmente énormément en 1845, ainsi que celui des habitants non militaires. Le chiffre de ceux-ci est de 75,420, dont environ 38,000 Français. La culture se développe. De nombreux centres de population sont fondés à Djemmâ -Ghazouat , à El-Arouch, la Calle ; on établit les villages de Vallée, Damrémont, Saint-Antoine; on récolte dans les prairies appartenant à l'Etat pour 2,500,000 francs de fourrages ; de riches plantations réparent les ravages des razzias.

En 1815, ce qui dénote le plus la marche ascendante de la colonisation , c'est la valeur des exi)ortations commerciales. Elles se montent à près de 7,000,000 de francs. La population civile croît dans une proportion analogue. Elle est de 90,649 personnes , dont plus de 44,000 Français.

L'année 1846 vit s'accroître ce dernier chiffre, qui monta à 109,400. Les chemins, les routes, les écoles attirèrent plus que jamais l'at-

.Slfgo cl prise do Ziatcha. — 26 novcmbio 1819.

concessions, fixe les centres autour desquels elles se forment. On essaye aussi de la colonisation par les soldats libérés, mais il y a toujours un peu de contrainte dans la colonisation militaire. Le soldat libéré en Algérie a depuis trop longtemps quitté sa patrie pour ne pas désirer la revoir. Les villages militaires sont aujourd'hui des villaj;es complètement civils. Néanmoins tous les efforts réunis donnèrent un grand essora l'ensemble du mouvement algérien. La soie, le colon, se cultivèrent; les forêts furent parcourues et étudiées. La (loiiulalion curopéeiuiC non militaire grandit tout à coup jusqu'au chiffre de trente cinq mille sept cent vingt-sept habitants, dont(|innze mille neuf cent quarante-sept Français.

Mais c'est de 18 li' (|uc date la vraie prospérité de la colonie. Les villages de Drariah, de Douerah , de l'Achour, d'Ouled -Fayet , de Clieragas et d'autres, sont fondés. On achève de grands défrichements, les villes nouvellement conquises se peuplent, deviennent commerçantes. On trouve le Françiis partout. La population européenne civile est de quarante-six mille cinq cents habitants, dont vingt et un mille Français.

En '1843, création de villages à Saoula. Bjba-IIassen, Crescia, Saint-Ferdinand, Sainte-Amélie, Daouàda, Montpensicr, .loinville, Mercd , Saint-Jules, etc., dans la province d'Alger! Concession aux trappistes de .Siaouëli ; fondation des jiépinières de Guelma, de iMisserghin, de PhilippeviUe! Travaux de la Senia , de la Mina, du Sig; institution du service spécial de dessèchement; amélioration des ports d'Alger, de Clierchell, d'Oran , Mer.sel-Kébir, Moslaganem, Pliilippeville, Bon(' , la Calle; fonds considérables et instruments de culture distribués, voilà les principaux faits de la colonisation! Aussi des capitaux énormes s'engagent en Algérie. On estime alors

tention. Tous les centres de population se développèrent ; on créa les communes de Saint-Louis, Nemours, Joinville, Sainte-Adélaïde, Saint-Eugène, Sainl-Leu , Sainte-Barbe ; les villages de Saint-Hippolyte, Saint-André, de Stidia, de Sainte-Léonie; les agglomérations des Toumictles, d£ Kantours, de Smendou. Les richesses naturelles furent mieux connues, les richesses agricoles augmentèrent considérablement.

En isn, an de crise commerciale pour la France, la colonisation se ressentit du malaise général. La population diminua; elle tomba à 103,893 habitants. Cependant la fameuse ordonnance du 28 septembre institua en Algérie le régime municipal. On créa aussi de nouveau! centres à la Mouzaïa, sur la Cliiffa ; on fonda les villages de Bugeaud, de Condé, de Saint-Charles; les communes espagnoles de Christine, San-Fernando, Isabelle.

L'année 1818, décisive pour la France, fut aussi décisive pour l'Algérie. Le système de l'assimilation domina , puisque le territoire fut divisé, comme celui de li métrojiole, en départements. D'un autre côté, pour donner, comme nous l'avons dit, quelque soulagement aux classes peu aisées , un appel solennel fut fait aux colons. . La loi du 19 septembre leur ])romit un avenir que tous ne trouvèrent pas où ils l'allèrent chercher.

Par une combinaison habile des meilleurs travaux sur la colonisation, soit ceux des généraux de la Moricière, Duvivier, Bugeaud, soit ceux de l'administration de la guerre, quarante-deux centres de population furent créés aux endroits les plus convenables pour la culture et les mieux placés pour le commerce et jiour la défense. On les distribua, dans la province d'Alger, à l'Afroun , Keii-Hoiimi, Marcngo et Zurich, sur la route de Blidah à Cherchell ; à Casii-

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glione et Teferchoone, sur la route d'Alger à Cherchell ; k Lodi . sur la route de Médéah à Milianah; k Damiolte, près de Médéali; k Novi, près de Cherchell; k Monlenotte, sur la route de Tenès k Orléansville ; k la Ferme et k Ponteba , près de cette ville. Il y en eut neuf dans la province de Constantine, savoir : Jemmapes, (lastonville et Robertville, dans le cercle de Philippeville; Héliopolis, (iuelma, Millésimo et Petit, dans le cercle de Guelma; Mondovi n" 1 et Mondovi n» 2 , depuis De Barrai, dans le cercle de Bone. Enfin il y en eut vingt et un dans la province d'Oran, savoir : Flcurus, Assis- Ameur, Assi-ben-Fcrruh, Saint-Louis, Vssi-bcn-Okba, Assi-ben- Nef et Mangin, aux environs d'Oran ; Saint-Leu, Damesme, \rzew, Muley-Magnin, Kléber, !\lefessour et Saint-dloud , autour d'Arzcw; et Aboukir, Rivoli, Aïn-IN'ouissi, Tounin, Karouba, Aïn-Tideles et Sourkel-Metin, autour de Mostagancm. Plus de 13,0(10 colons, partagés en un grand nombre de convois, partirent pour peupler ces contrées. Une somme de ;>0,000,000 de francs fut votée pour leur établissement. Tout cela se lit sans préjudice de plusieurs créations de villages, comme ceux d'AlTreville, d'Arcole, de Vaimy. — 1 15,000 habitants civils formaient k la fin de l'année la population européenne de l'Algérie.

Nous devrions nous arrêter ici, pour ne pas anticiper sur les événements; mais, afin de ne pas scinder ce résumé de l'histoire de notre colonisation , nous consignerons en pou de mots les créations des années suivantes.

Ce sont, en ISin, les villages de Négrier et de Bréa, les centres d'Ameur-el-Aïn, la Bouikika, AuiiMenian, le marabout d'Abd-el-Kader, Bou-Mefda et Aïn-Menian dans la province d'Alger; d'Ahmer-ben-Ali et Sidi-Nassar dans le département de Constantine ; de Bled - Touaria , Aïn-iSidi- Chéri, Aïn-Boudinar, Pontdu-Cheliff et Bou-Tlieles dans la province d'Oran.

Mais cette année-là même on renonce k la colonisation par l'Etat. On quitte le système de la colonisation subventionnée pour celui de la colonisation encouragée. La population civile diminue ; elle tombe au chiffre de 112,000 habitants. Mais le commerce de l'Algériesedéveloppe ; il est de 7,700,000 francs pour les productions exportées-

En 1860, on établit le village mahonnais du fort de

Dean , le pénitencier de Lambessa , les groupes d'habitations rurales de Sidi-Mabrouck, Oued-Yakoub, Characat-Bouazeu, Ilanima, Ain- Turc, Mansourah-la-Saysaf. Les routes deviennent sûres, des auberges s'établissent aux points fréiiuenlés. La justice, le commerce, l'instruction, la civilisation entière, marchent d'un pas rapide.

Enfin même élan eu IS.'il et 1862, malgré l'arrivée de ces malheureuses victimes de nos révolutions (|ue l'on nomme les transportés. Barrages, canaux d'irrigation, châteaux d'eau, acijueducs, routes stratégiques, camps, hôpitaux, hospices, orpliclinats , administration civile et militaire, culture, monts-de-piété, milices, exploilation des forêts, des carrières, des mines, tout, en un mot, est dans un grand proijris. La population européenne, k la fin de 1851, est de |:il,22:i habitants, l'.lle était en IH.iO de 126,7 is. Une loi abolit la législation douanière <|ui s'oppose k la libre entrée des produits .ilgériens dans les ports de France. Presque tous ces produits sont a'^simiUs .'s ceux du soi français lui-même.

Est-il nécessaire de dire que cette amélioration annuelle ne se fit pas sans de grands efforts? h'aut-il nommer tous les hommes qui attachèrent leur nom k quelque progrès ' I'"ant-il répéter ici en quoi consistaient les plans de Clausel , ceux de iîugeaud , ceux de Duvivier, ceux de Cavaignac , de la Moricii're, de Bedeau? l'aut-il répéter aussi les noms de tant d'officiers supérieurs (|ui , comme Charron, Daumas, l'andon, Saint-Germain, V. Thierry, Marey-

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Abd-cl-Kader et Napoléon III au château d'Amboiso.

Monge, comprirent que la conquête n'était qu'au prix d'un bon développement administratif? Faut-il citer les ingénieurs qui, comme les Poirel, travaillèrent k l'amélioration des ports; les marins qui, comme E. Pacini, émirent de bonnes idées sur les travaux de défense maritime ; les architectes militaires qui construisirent les routes, les aqueducs, qui dirigèrent les dessèchements? iSous le voudrions, qu'il nous serait impossible de le faire. Ce ne sont pas toujours les hommes les plus utiles qui laissent le plus de renommée.

Il y a aussi dans l'ordre civil ^es noms inséparables de l'histoire de la colonisation algérienne. Tels sont ceux de l'annaliste Pélissier, de l'entraînant historien Galibert, de l'érudit Berbrugger, de l'habile praticien et professeur de culture Hardy, de l'ingénieur des mines FourncI, de cet autre ingénieur célèbre que l'on nomme Enfantin, du savant sériciculteur Guérin-Menneville , des cultivateurs de tabac Gros, Lebescheu et autres, des apiculteurs Claude et Lavieille. TS'ous ne saurions oublier non plus toute cette cohorte de publicistes ou

d'historiens convaincus et spéciaux qui , comme les Cohen , les Bardy, les Urbain, lesWarnier, les Louis Jourdan, les Robe, les Opigc?. , les Foley, les Guyon, les Cauvain, les Bouvy, les E. Alby , les Mornand , les Fél. Jacquot, les de Baudicourt, ont rendu tant de services k la cause de l'Algérie. Il ne faut pas omettre surtout celui du continuateurde Pélissier, de M. Hipp.

Peut, courageux écrivain qui a consacré sa fortune et sa vie k la colonisation, et aux excellentes Annales duquel nous avons puisé la plupart des détails de ce chapitre.

Ues étrangers distingués ont aussi contribué k l'exleusion de notre colonie.

Parmi eux se place au premier rang le publiciste belge Houry, i|ui, voué k l'extinction du paupérisme, a popularisé notre colonie en Belgique, et dont les plans de toute sorle ont été maintes fois approuvés par nos généraux. C'est k son imitation que l'on a proposé depuis la création d'une série de villages qui correspondraient à nos départements. Cela soit dit sans diminuer en rien les louanges dues k ceux qui, comme MM. H. Peut, Ducuing et d'autres écrivains des plus honorables , ont propagé cette dernière idée, dont la réalisation paraît dominer aujourd'hui parmi les projets de colonisation.

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