‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 217 sur 219 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Année 1 851 . — Moula-Ibrahim. — Bou-Bagla. — Le général Saint-Arnaud. — Expédition dans la Kabylie. — Défection des Flissas. — Opérations du gouverneur général.

Les agitations de l'Algérie, n'importe oîi elles ont lieu, se font toujours ressentir dans la Kabylie.

L'année 1861 fut inaugurée par l'insurrection du shérif Moula- Ibrahim, qui fit diverses razzias sur nos alliés les Ouled-Ali-ben- Themiou, les Beni-Ouelban, lesSaridj et les Bcni-Mekilleiih. 11 fallut réprimer de la manière la plus sévère cette sauvage prise d'armes. Les Djouara, les Ouagenoun , les BeniOuakour payèrent pour les insurgés.

Mais la rébellion n'en gagna pas moins de proche en proche, et elle se déclara tout à coup dans ce groupe fédératif des Zaaouas, les plus pauvres, mais les meilleurs soldats de la race kabyle. Nous avons eu Bou-Maza, voici venir parmi eux Bou-Baghla, l'homme à la mule, non moins entreprenant et non moins tenace que l'homme à la chèvre.

Le Bou-Baghla, après avoir prêché la guerre sainte contre les marabouts eux-mêmes, qu'il accusait de trahison, se jette, le 1 n mars, sur la zaonïa de Si-ben-Ali-Shérif , marabout de Chellata. Il en attaque ïazib, et enlève des troupeaux immenses. La garnison d'Aumale sort contre ce hardi aventurier; mais avant qu'elle soit arrivée sur ses traces, il est battu par les gens d'Illoula et forcé de se réfugier chez les Mzeldja. Mais là il se refait un parti. Toute la Kabylie se remue et lui envoie des contingents. Une partie de la garnison de Sétif a juste le temps de se porter aux Bibans pour empêcher la rébellion de passer dans la province de Constantine. IViidaiit ce temps le shérif, suivi de forces considérables, vient camper à Selioum sur la rive gauche de l'Oued-Sahel; la garnison d'Aumale l'y .itlacjtie le !) avril, et fait un carnage affreux de ses soldats. Bou-Baghla rentre chez les /.aoua, qu'il réussit à fanatiser malgré son échec. Il se trouve même bientôt assez fort pour aller à la tête des Beni-Aidel, des Ouled-Djelhl, des Ben-Immel, des Senadlulja et autres tribus, essayer d'emporter le col de Thizy pour de là s'emparer de Bougie. Mais la garnison de cette place, composée de neuf cents hommes d'infant trie et de quelques chasseurs d'Afrique, se porte rapidement au-devant de lui, le bat, le repousse sur le col qu'il a franchi, et oii les Mzaïa lui tuent une grande quantité d'adhérents. I>ou-Bji;hla , (| li avait promis aux siens une victoire complète, perd pour un instant son prestige. Cependant les tribus des montagnes de la rive droite de rOued-Sahcl lui fournissent un asile, d'oii il va continuer à défier nos efforts.

Cependant cette insurrection de la Kabylie pouvait devenir dangereuse. On songea à frapper un grand coup. Celle fois l'attaque devait venir par l'est. Ce fut le général Saint-Arnaud, le plus heureux jusqu'à présent des généraux du second^ban de l'armée d'Afrique, alors commandant la province de Constantine, qui en fut charfé.

Lorsque M. Leroy-Saint-Arnaud fut nommé au commandement de l'expédition de Kabylie, il n'était guère connu que de l'armée d'Afrique. Arrivé en Algérie après .avoir été l'un des seconds du général Bugeaud à Blaye, il n'en était, pour ainsi dire, plus sorti. Les bulletins de la conquête le nomment comme s'élant disliiicué à l'Oued-Ger (en is:î0j, où il n'était encore (]ue capitaine de la légion étrangère; au combat de Milianah, où il était chef de bataillon des zouaves sous les ordres du lieutenant colonel Cavaignac; dans l'expé dition des Flissas, en ISi.l, comme colonel du :,V de ligne, et dans toutes les expéditions contre Bou-Maza.

Malgré ces attestations officielles, le nom de M. Leroy-Saint- Arnaud s'était peu répandu en l>ance. L'auteur de ce résumé, en sa qualité de journaliste, avait besoin d'en connaître la signification, et, se trouvant dans le cabinet du très-honorable général C.u.iignae, il prit la liberté de demander à l'ancien chef du pouvoir exécutif ce qu'il pensait de M. Saint- .\rnaud. Voici ce que répondit cet homme de Plutarque :

—-Saint-Arnaud, Saint-Arnaud, on lui donne l'expédition de Kaliylie pour le faire général de division, et quand il sera général de division on le fera ministre de la guerre.

— Et quand il sera ministre, général ?

— Ouand il sera ministre de la guerre, vous pouvez vous attendre au coup d'Etat.

A quelques mois de là, le général Saint-Arnaud, devenu général de division, était fait ministre, et pour la première fois nous le vîmes à cette place du champ de bataille politique qu'on appelle la tribune. On discutait la proposition des questeurs pour remettre à 1 Assemblée législative le commandement des troupes. Un général

d'Afrique, M. Bedeau, demanda à M. Saint-Arnaud s'il était vrai qu'il eût fait enlever des casernes le texte de la constitution qui mettait la force armée à la disposition de l'Assemblée. Sans balhutier, sans chercher d'ambages, M. Saint-Arnaud répondit que très-certainement il avait fait enlever le texte en question.

Je compris tout aussitôt que le général Cavaignac avait dit vrai , et que si le coup d'Etat ne se faisait pas le jour même, il se ferait très-prochainement, et que M. Saint -Arnaud en serait l'instrument principal.

Je n'ajouterai rien à cet épisode. Tout le portrait de M. .Saint-Arnaud est là.

Quant à l'expédition de Kabylie, il est certain que ce général était tout à fait propre à la bien conduire.

Cette expédition devait visiter les tribus contenues dans le triangle montagneux compris entre Philippeville, Djidjelli et Milah. M. Saint- Arnaud réunit dans cette dernière place les troupes qui devaient la former, ^ oici le journal de ses opérations et des opérations corollaires d'après les documents ' mêmes du ministère de la guerre. Nous les publions textuellement afin de n'être accusé par personne d'avoir apporté dans l'histoire les passions de la politique. On remarquera que dans ces documents, mis au jour sous le ministère de M. Saint- Arnaud , son nom seul est prononcé.

o Deux brigades , commandées par les généraux Bosquet et de Luzy, ayant avec eux les colonels Espinasse, Marulaz, Jamin et d'autres, étaient organisées. Elles comprenaient douze bataillons (environ neuf mille cinq cents hommes) et huit pièces de campagne. Elles commencèrent leur mouvement le 8 mai et bivoua(juèrent le 10 sur rOued-Dja; le 1 1, elles atteignirent le Fedj-Beïnem, et descendirent jusqu'au fond du ravin où coule l'Oued-Dja. Cinq à six mille Kabyles les attendent à la sortie de ce ravin. L'ennemi s'est fortement retranché dans les villages qui dominent le pays. Mais bientôt la position de Kazen est enlevée à la baïonnette par trois colonnes d'attaque qui s'élancent avec ardeur, renversent tout ce qu'elles rencontrent sur leur passage, et occupent les trois cols des Ouled-Askar. Les pertes de l'ennemi sont attestées par les nombreux cadavres qui couvrent le champ de bataille.

• Le lendemain 12, tandis que le reste de la division prend le repos qu'elle a bien gagné, quatre bataillons sans sacs et la cavalerie partent pour aller brûler les villages des Beni-Mimoun et des Ouled- Askar. Nos pertes sont minimes comparativement à celles éprouvées par les l\abyles, qui cherchent en vain à défendre leurs habitations.

» La journée du 13 fut meurtrière : le pays à parcourir était d'une extrême difiiculté ; le sentier étroit dans lequel le convoi dut être engagé serpentait au milieu de taillis épais, dominés de tous côtés par des positions que l'infanterie devait successivement occuper et évacuer en marchant. Des engagements très-vifs, où nos troupes conservaient, comme toujours, leur supériorité, avaient lieu en tète, en queue et sur les flancs.

» Le 14 mai, la division soutint, comme la veille, des engagements très-vifs, tout en continuant à descendre, au milieu de sentiers impraticables, vers l'embouchure de l'Oued-el-Kébir. Partout l'ennemi fut forcé de nous livrer passage.

Bientôt, le pays s'élargissant, on sortit du massif montagneux pour entrer dans la plaine. Le 15, avant de quitter le bivouac de Djenaah, une attaque fut dirigée contre les plus beaux villages des deux rives de l'Oued-el-Kébir; mais déjà l'ennemi n'opposait plus qu'une faible résistance.

» Le Ifi , M. le général Saint-Arnaud établissait le bivouac sous les murs de Djidjelli , où M. le gouverneur général était arrivé dans la nuit du 1 1 afin de juger par lui-même de la situation et aviser aux moyens de parer à toutes les éventualités.

» D'après ses ordres, une colonne de troupes fournie parla division d'Alger se porta en avant de Sélif, sur la route de Bougie, de manière à rétablir les communications entre ces deux villes et châtier les tribus qui s'étaient laissé entraîner par Bou-Baghla.

» Deux jours de repos furent donnés aux troupes du général Saint- Arnaud avant de reprendre leur marche victorieuse. M. le gouverneur général continua, le 17 au soir, sa route pour Philippeville.

» Dans la matinée du I 0 la division quitte Djidjelli et va établir son campa Dar-el (juidjali , au centre des lieni-Aniran. Dix bataillons sans sacs se forment en trois colonnes et s'élancent avec la cavalerie et l'artillerie sur les hauteurs que les masses kabyles occupent à gauche du camp, l'iien ne |ieul résister à l'élan de nos soldats; en ]ieu d'instants, toutes les positions sont enlevées à la baïonnette, et l'ennemi, poursuivi pendant plus de deux heures, éprouve de grandes pertes. La cavalerie salue bon nombre de fuyards : plus de cin(|uante villages, entourés de vergers et de jardins, sont ravagés; en outre, les Beni-Amran, Beiii-Klietab et Beiii-1' ouglial , principales tribus du cercle de Djidjelli, comptent une centaine de morts et se retirent avec un très-grand nombre de blessés.

» Le lendemain .'O, la division obtient un succès plus important et ])lus décisif. Les Kabyles couronnent une ciète boisée- à quatre kilomètres du camp ; leur gauche s'appuie à un ravin profond et es-

' Tableau des établissements français en Algérie (l8o1-1852).

ABD-EL-KADER

carpe, tandis que leur droiie tourtie a une plaine peu accidenlée et terminée iiar un pUleni qui, s'aliaissant p,ir iiiameUins l'taijés, permet de tournei' la position et d'arriver par derrière ju-qii'au ravin de gauche. I,es mouvements de nos troupes s'exécutent avec une céléritc admirable : la cavalerie sabre tout ce qu'elle rencontre dans la plaine, et arrive bientôt au seul passage de retraite des Kabjles; mais déjà l'infanterie, lancée au pas de course, occupe lis principales hjuleurs; l'ennemi est précipité dans le ravin, fusillé à bout portcint par nos soldais à travers Its broussailles et les rochers. 11 laisse sur le terrain trois ou quatre cenls hommes, sans autre perte de noire côte que trois tués et six blesses. Le général Saint-Arnaud reçoit le lendemain la soumission des Beni-Ahmed, des Heni-Klictab et des trois grandes fractions des lieni-Amran, les Achaïch, les Ouled-Bouïra et Ouled ben-Acliaïr.

• Le '2i , la division arrive à Tibaïren, dans le Ferdjiouali; le 25, deux bataillons et deux obusiers de montagne se séparent de la colonne pour aller rallier les troupes opérant dans le cercle de Bougie.

i> A peine arrivé au milieu de Beni-Fougbal, le général Saint Arnaud attaque les rassemblements qui voulaient lui disputer le passage : il les culbute pendant les journées des 2C et 27, leur tue beaucoup de monde et incendie leurs villages, sans perte de notre côté A partir de ce moment, la division s'avance sans avoir à tirer un seul coup de fusil. Les lieni-Foughal viennent faire leur soumission et nous livrer des otages ; la plupart des tribus situées à l'ouest suivent le même exemple en déclarant qu'elles renoncent à faire la moindre résistance. La colonne retourne se ravitailler à Djidjelli.

» Pendant ces glorieuses et pénibles opérations, la colonne qui surveillait le pays compris entre Bougie et Sétif avait à soutenir plusieurs engagements avec les contingents que Bou-Baghia avait réunis.

» Le 23, un rassemblement kabyle se montre sur les hauteurs qui dominent le camp établi à Elina-ou-Aklou. Le commandant de la colonne prévient l'attaque de Bou-Baghla. Trois bataillons sans sacs s'élancent sur l'ennemi et le forcent à abandonner le terrain, oit il laisse une cinquantaine de tués. Les Kabyles sont poursuivis au loin; six de leurs villages sont brûlés. Cette affaire ne nous coûte qu'un blessé. Le lendemain 24, une colonne légère sort du camp pour cn- 'i lever le village assez important d'Elmaïca, chez les Ouled-Khalifa. ! Les Kabyles, disper,-.és la veille, se rassemblent au plus tôt et veu- ' lent défendre la position; mais la colonne tient bon jusqu'à l'arrivée du reste de la brigade qui s'avance à son secours. Les Kabyles, vigoureusement chargés par nos cavaliers, lâchent bientôt pied, et la colonne rentre au camp sans coup férir.

» La jonction des troupes détachées de la division du général Saint-Arnaud avec la colonne du cercle de Bougie s'effectue à Elmaou-Aklou dans la journée du 30.

« Dans la subdivision de Médéah , les dispositions des Ouled-Nayl nécessitent, dans les premiers jours de mai, l'envoi dans le sud d'une colonne forte de quinze cenls hommes d'infanterie et de cavalerie : elle s'établit ii el-Hammam, rétablit le calme dans le pays et assure la rentrée des impôts.

» De son côté , le général commandant la subdivision de Tleincen parcourt, avec la cavalerie disponible, les tribus qui avoisinent notre frontière du Maroc. Il saisit cette occasion pour demander aux Beni- Draïr un compte sévère de leurs incursions continuelles sur notre territoire. Dans les journées des 8 et 10 mai, il se porte au milieu de leurs récoltes , qu'il détruit en partie. Les Beni-Draïr se dispersent après une fusillade insignifiante. Au nombre des hommes tués par nous se trouve un shérif qui cherchait à les pousser à la guerre sainte. Au bout de quelques jours, la colonne rentre à Tlemccn.

» Un aventurier, auquel Bou -Bighla avait confié la mission d'insurger le pays arabe de la division d'Alger, parcourait depuis quelque temps les cercles de Boghar, Tenïelel-Ahil et Alilianah. Il avait pris le nom de Bou-Maza, et répandait le trouble sur son passage; mais bientôt, poursuivi avec vigueur par quelques cavaliers que dirigent les officiers chargés des affaires arabes, cet agitateur est surpris dans la journée du ^ juin chez les Ouled-Kosseir-dharaba (subdivision d'Orléansville). Il est immédiatement mis à mort, et sa tète envoyée il Slilianah.

» Mdis revenons aux opérations plus importantes qui se poursuivent dans les cercles de Sétif, Bougie, Djidjelli et Collo.

)) Ralliée, le :îO mai, par deux bataillons de la division du général Saint-Arnaud, la colonne destinée à opérer dans le cercle de Bougie se met en mouvement le 1" juin, et forme son camp de l'autre côté de l'Oued-bou-Sellam, en se rapprochant de la montagne des Ghelioula occupée par le shérif Bou-Haghia. La fusillade s'engage bientôt entre les cavaliers kabyles et le goum de Sétif. Quatre bataillons sont dirigés sur les pentes escarpées au haut desquelles se déploient les drapeaux du shérif. Le feu de l'ennemi ne peut ralentir l'élan de nos troupes. Poussés par les zouaves qui gagnent leur gauche, les kabyles dégarnissent les hauteurs, et descendent par leur droite le long de la vallée de Bou-Sellam. Cette retraite leur est coupée, cl la déroute devient complète. Les pertes de l'ennemi se montent à plusieurs centaines de morts et de blessés, la musique du shérif, sa tente, ses bagages tombent en notre pouvoir; |)lusieiirs villages sont brûlés. Bou-Baghla découragé cherche un refug„ chez les Beui-\ala. Dès le

soir de ce glorieux combat, les Gheboula et les tribus voisines viennent au camp faire des offres de soumission.

i> Reprenant le cours de ses opérations aux environs de Djidjelli, le général de Saint-Arnaud quitte de nouveau cette ville, le 5, à la tête de sa colonne, qu'il dirige vers l'ouest, au milieu des tribus qui, quelques jours auparavant, s'étaient contentées de faire des promesses qu'elles n'avaient nulle intention de tenir.

1) Le 9, le général atteint les Beni-Aïssa, dont il brûle les villages. Cet engagement suffit pour décider les rebelles ii faire leur soumission. Le lO, la colonne bivouaque chez les Buni - Maad , tribu considérable où se trouvaient réunis tous les contingents des Ouled-lNabet, Ouled-Ali et Beni-Marmi. Pendant deux jours, nos troupes curent. à enlever les positions occupées et défendues avec acharnement parles Kabyles. L'ennemi , poursuivi sur tous les points , perd beaucoup de monde dans ces combats; les Beni-Maad et les Beni-Marmi n'ont d'autre parti à prendre que d'accepter nos conditions.

» La division marche, le 1 2 , surZiama, et rencontre les contingents des Ouled-lN'abet et des Beni-Segoual prêts à lui disputer le passage du col qui sépare les bassins de l'Oued-Mansouria et de l'Oued- Ziami. Les Kabyles ne pouvant résister à l'ardeur de nos troupes, lâchent bientôt pied et nous abandonnent la position. Le soir même, le général voit arriver au camp les Ouled-Nabet et les Beni-Segoual, qui demandent l'aman.

1) Cet exemple était suivi le lendemain par les Beni-Bou-Youcef du cercle de Bougie.

» La soumission des tribus placées i> l'ouest se trouvant ainsi complétée, le général de Saint-Arnaud put rentrer le IG à Djidjelli, et se préparer a visiter le massif de Collo.

)i Pendant ce temps, nous continuions nos opérations contre le shérif Bou-Baghla et poursuivions notre marche sur Bougie sans rencontrer de résistance sérieuse. Le shérif, suivi d'un petit nombre de cavaliers, reculait devant la colonne, qui, le I .') juin, arrivait sous Bougie, après avoir obtenu la soumission de toutes les tribus placées sur son passage.

» Rallié par deux bataillons qui étaient dans la place , le général se remet en marche le 17, par la vallée de l'Oued-Saliel, en suivant les traces de Bou-Baghla, qui s'efforce de pousser les Beni-Iminel à nous faire une vigoureuse résistance; le 18, une reconnaissance de cavalerie sort de notre bivouac sur l'Oued-Amacin , et va incendier les moissons sous les yeux du shérif; celui-ci refuse le combat, cl juge prudent d'abandonner les Beni-lmmel, et de se réfugier chez les Ouzellaguen, sur la rive gauche de l'Oued-Sahel. Au bout de quatre jours, les Beni-Itnmel se décident à faire leur soumission. L'exemple porte bientôt ses fruits, et la terreur devient générale. Les Beni- Mansour, les Tifras et les Beni-Our;;lilis s'empressent de demander l'aman, tandis que les Messisna, MeLaha et Beni-Aïdel entrent en pourparlers.

1) Le 24 juin, la colonne bivouaque chez les Ouzellaguen, cl, le 25, elle se trouve en présence des contingents kabyles entourant le village d'IrilINetara. Trois colonnes sont aussitôt formées et lancées sur l'ennemi. Malgré les difficultés sans nombre que présente le terrain, nos braves soldats enlèvent en quelques instants le village d'iril JNelara, chassent les Kabyles qui s'y éliient retranchés, et poursuivent le shérif jusiju'au col d'Akladou. Après avoir incendié plusieurs villages des Ouzellaguen, nos troupes regagnent leur camp sans que leur arrière-garde soit inqiiiélée dans sa marche. Les perles des Kabyles, dans celle journée, avaient été considérables, et nos colonnes quittèrent les villages en feu iiar des sentiers jonchés de cadavres d'hommes et de chevaux tués à l'ennemi.

11 Deux jours après, les Ouzellaguen, dont nous voulions la complète soumission, se décident a rompre les iiéi;ociations qu'ils avaient entamées, cl à courir de nouveau aux armes; les Zonaoïia conduits par Bou-Baghla jurent de les défendre. Le 27, le combat s'engage; mais bientôt nos soldats gravissent au pas de course les pentes des crêtes occupées et défendues par les Kabylis; ceux-ci lâchent pied, et regagnent en toute hâte le col des lieni-Mjer, d'oii le shérif regardait prudemiiienl la déroule de ses partisans. La leçon avait été rude; le soir, tous les Ouzellaguen, sans exception, se rendent à merci.

u Pendant que ces événements s'accomplissaient dans la vallée de l'Oued-S ihel , le général de Saint-.Vrnaul continuait à soumettre les tribus à l'est de Djidjelli. Parti de cette ville le 13 juin, il allait camper sur l'Oued iMencliar, et gagnait le lendemain le jiays de> Beni- Ider, qui tentèrent vainement de lui disputer le passage, et durent s'éloigner en désordre après avoir laissé une quarantaine de cadavres sur le terrain. Trois des cinq fractions dont se compose la tribu viennent, le 20, demander l'aman; mais les deux aiitics relurent toute soumission, et essayent, |)ar une allique de nuit, de siirprondie notre bivouac; celle folle tentative écli me devant U bravoure et le sang -froid de nos soldais.

i> Le 21, la colonne arrive au sommet du TaUar, position militaire qui domine le territoire des Ouled-Askar, la vallée de l'Oucd-el- Kebir et une grande étendue du pays. Culbutés par ip el([ues batail ' Ions lancéa sans sacs, les Beni-Ider savent ce que leur coûte leur velléité de résistance; le même jour, toutes les fractions se soumettent sans condition.

ABD-EL-KADER

» La journce du 22 est employée à donner la chasse aux contingents qui se montrent sur les crêtes en vue du camp; le soir, les Béni Marner et les Beni-Ftah arrivent auprès du général, et, le lendemain, les Ouled-Asker implorent également l'aman.

» Arrivée le ï4 sur le territoire des Beni-llabilii , la colonne est accueillie à coups de fusil; mais les Kabyles payent cher cet acte d'hostilité. Leurs villages sont enlevés de vive force par nos bataillons, dont l'élan e^t irrésistible. L'ennemi laisse sur le terrain plus de 200 cadavres. A partir de ce moment la soumission des Beni- Ilabibi est complète.

» Le général de Saint-Arnaud quitte le 20 la position de ïabenna et descend à kounar, sur le bord de la mer, pour se ravitailler; pendant cette marche, l'arrière-garde se voit tout à coup assaillie avec acharnement par trois mille Kabyles. Le terrain est disputé pied à pied; on se mêle, on lutte corps à corps avec ces inlré()ides montagnards qui ne battent en retraite qu'après plusieurs retours oITensifs vigoureusement soutenus par l'arrière-garde; cent vingt Kabyles sont étendus sur le terrain; deui cent cinquante sont bles;>és. Les contingents de quatorze tribus avaient pris part à cette sanglante affaire, (|ui compléta pour nous les résultats obtenus par les combats précédents. Les Ledjeuuah et les lieui-Sjlah nous livrent immédiatement des otages et demandent grâce.

» En ce moment, sur un autre point de l'Algérie, éclatait une insurrcciion qui aurait pu devenir sérieuse si des mesures énergiques n'avaient pas été prises pour l'étouffer. Deui; colonnes parties d'Orléansville et de Mostaganem durent se mettre eu campagne pour faire rentrer dans le devoir la grande tribu des Achacha qui refusaient le payement de l'impôt et voulaient prendre les armes. Arrivées le 28 juin dans le Dahara, sur le territoire des rebelles, les deux colonnes eurent bientôt raison de celte tenlalive insensée. Un rude châtiment fut infligé aux Achacha; de nombreux troupeaux et beaucoup de prisonniers leur furent enlevés; nos troupes ne regagnèrent leurs garnisons qu'après l'acquittement des impôts cl le désarment de la tribu entière.

» La complète soumission des Ouzellaguen, après la journée du 27 juin, avait permis à la colonne de Bougie de se diriger sur Akbou le :in, et d y séjourner les l'^"' et 2 juillet. Réunis sur ce point, les gens d Illoula, Ouzellaguen, Béni Ourglilis , lîcni-Aïlel et Beni- Abbès, jurent, entre les mains de notre marabout de Chellala, Sibcn-Ali-Sliérif, une alliance pour le mainlien de la piix du pays contre les lenlitives de Bou-B<ghla ou de tout autre agitateur. Des otages furent donnés comme garants de la sincérité de cette conlédération.

» Le :î, nos troupes pénètrent chez les Ouled-sidi-Yaliia-el-Aïilli, marabouts des Beui Aidel, qui avaient recueilli chez eux Bou-Baghla alors qu'il insurgeait la rive droite de 1 Oued-Saliel. Un sévère exemple éi.iii nécessaire; la colonne brûla les villages et les moissons des partisans du shérif.

11 Le 7, elle se porta chez les Beni-Abbès, qui vinrent à sa rencontre, à l'exception d'une seule fraction, les Béni Aïdl, se croyant à l'abri de nos alleiiilcs parce qu'ils occupaient, au pied de Kalaa, un village répulé inexpugnable. Leur résistance ne put tenir contre l'élan (le nos soldats, qui enlevèrent la position avec leur ardeur ordinaire. Les Beni-Aïil n'eurent bientôt d'autre parti à prendre, pour éviter une ruine complète, que de se rendre à discréiion et d'amener des ot.iges.

» Le S juillet, le dernier prestige de Kalaa tombait; cette ville, que les Kabyles considéraient comme leur citadelle inviolable, tlait visitée par un délai heineul d'officiers de toutes armes.

» La tâche impoée aux troupes envoyées du côté de Bougie se trouvait ainsi glorieusement terminée. Les deux rives de l'Oued- Sahel avaient élé pacifiées, Si-ben- Ali-Shérif avait été réinstallé dans sa zaouïi de Cliellata avec les honneurs de la guerre et un accrois-ement d'iiifluence, Bou-Baghla refoulé jusque dans les montagnes des Zouaoua , et son impuissance démontrée de manière à convaincre les plus incrédules.

• Le I I , les troupes composant la colonne de Bougie se séparèrent sous Kalaa et se dirigèrent sur leurs garnisons habituelles.

» M. le g'énéral de Saint-Arnaud, qui venait de soumettre à notre autorité loiilis les Iribus du cercle de Djiiljelli, put se porter sur la rive droite de lOued-el-Kebir afin de conliuutr la rude mission qu'il avait à remplir aux environs de Collo.

» Le I"' jiii Irl, la itivision arrive a Bou-Adjoul , chez les Bel-Aïd, dont tous les contingents sont en armes, plusieurs colonnes lancées sur les iMssemblcmcnls kabyles les mettent en complète déroute et leur tuent une quaranlaiiie d hommes.

• Iv) pénétrant le 2 chez les I!eui-Meslem , M. le général de Saint- Arii^iud trouve leurs villages défendus par (guinze cents fusils. I.'impeiuosilé il la bravoure de nos soldats ont liientôt raison de 1 1 résistance qui leur est opposée. Les Beni-Aleslein batlus sur tous les points viennent taire leur soumission en offrant le paycmiuil de limpol. Néanmoins, la nuit suivante, notre camp esl alla>|ué p.ir des " onl'.iigents des Ouled-Aï.loun , Ouled-Auia, Onlird-Aoïihal. L'ennemi, allcii lu à dix pas avec le plus grand sarg-froiil par nos troupes, est iiroiiipti-iiieul ciilljulé cl se retire en désordre laissant entre l;os ma'iis une douainc de cadavres.

» Le 1 , la division arrive sur le territoire des Djebala, qui occupent les crêtes et paraissent disposés à défendre leurs villages; deux colonnes légères enlèvent les positions au pas de course, brûlent les trois villages, et s'élancent dans toutes les directions à la poursuite des fuyards. Celte action vigoureuse décide la soumission immédiate des Djebala et des Beni-Fergan.

» Le général de Saint-Arnaud se porte, le 0, chez les Mechat, où il trouve également sous les armes de nombreux rassemblements. Le succès de noire attaque est complet, elle soir la division établit son bivouac chez les Ouled-Aïdoun.

» Avant de pénétrer dans le massif de Collo, le général fit venir des vivres de Milah, sous la protection de cinq cents homme? d'infanterie et des goums, et évacua sur cette ville ses blessas et ses malades. Ce temps de repos donné à la colonne est employé à peser sur les t'ibus des environs de manière à les dégoûter de la résistance. Au bout de quelipies jours, les Ouled-Aïdoun, les Ouled-Ali, les Ouled-Aouhat, les lieni-Aïcha, les Beni-Khi-tab-Chéraga el les Ouled- Askar, une des plus puissantes tribus du Zouagha, renoncent à la lutte et reconnaissent notre autorité.

)) Chaque jour de marche de la colonne se dirigeant sur Collo est signalé par de nouveaux succès. Le général quille , le I 2 juillet, son bivouac d'El-!Milia, et fait incendier les villages de la seule fraction des Ouled-Aïdoun restée insoumise. Les pertes des Kabyles sont considérables; les nôtres, au contraire, insignifiantes.

"Le 13, les Ouled-AïJoun insoumis , les Beni-Toufout de la montagne, les Ouled -Allia, les Beni-Ishak, les Achach, attendent la colonne dans le lit de l'Oued-Yzotigar, dans l'espérance qu'ils pourront lui disputer le passage. Une fusillade de flanc amuse l'ennemi, tandis que le général engage le gros de sa colonne sur les crêus el vient établir sou bivouac sur l'Oued-Driouat , affluent de l'Oued- Guebli.

» Le lendemain, la colonne arrive à el-IIammum, el, le 15, elle bivouaque sous Collo.

■■> La terreur était grande dsns cette ville, car, avant l'arrivée de nos troupes, le kaïd des Beni-Mchenna avait voulu rassurer les Colliolles en tentant un coup de main sur les Achach insoumis; malheureusement il avait échoué, et les Achach, à leur tour, soutenus par les Beni-lshak, vinrent menacer la ville. Elle n'évita leur attaque que par suite de la présence de la corvette à vapeur /e Tiliin qui, embossée dans la rade à une petite portée de canon, suffit pour tenir les Kabyles en respect.

> Le iC, les villages des Achach sont brûlés par deux colonnes légères qui tuent en outre il 1 ennemi une trentaine d'hommes.

)) La division enlève, le 17, les quatorze villages des Beni-Iakhs, el met en déroute un rassemblement de sept cents fusils environ des Ouled- Attia, Beni-lshak , Aïchaoua , qui, établi dans une bonne position, semble en mesure de faire une vigoureuse résistance. Ataqués de front par nos soldats, les Kabyles cherchent leur salut dans un ravin profond; mais bientôt une charge de cavalerie leur coupe la retraite, tandis que l'infanterie les poursuit la baïonnette dans les reins; plus de cent cadavres ennemis restent sur le terrain.

» Le lendemain, les Achach dernand.iient grâce en ramemnt au camp les chevaux enlevés par eux au commencement de la cam|)gne aux cavaliers de l'escorte qui suivaient à Collo le commandant supérieur de Philippeville.

u La soumission de toutes les tribus du cercle de Co'lo se trouvait complétée par les résultats obtenus dans les deux dernières journées. Les Aïchaoua étaient neutralisés jiar l'influence du kaïd pris dans leur sein et placé à la tête des Colliottes ; les Achach avaient reconnu notre autorité; les Beni-lshak étaient réduits ii l'impuissance par l'incendie de leurs villages et la perte de la plupart de leurs défenseurs; les Ouled-Auia, rudement châtiés, avaient regagné eu toute hâte le sommet de la monlague d'El-(jouffi. Le temps étiit venu pour nos troupes de prendre dans leurs garnisons un repos nécessaire après une série d'opérations pendant lesquelles elles avaient, malgré les difficultés du terrain, tenu la campagne durant quatre-vingts jours, parcouru six cciil quar.inte kilomi-tres, vaincu les Kabjlesdans vingtsix rencontres dillércnles. La colonne se sépare; trois bataillons se reiulenl à l'hilippevi le ; sept bataillons sont dirigés par la vallée de l'Oued-Ciuebli, afin que leur pissge imprime une ciainle salutaire aux tribus voisines de nos colonies agricoles. •

Le général Sainl-Aruaud fut |ieii de temps après appelé en Frince, oii il eut aux événeuicnls de décembre I S j i la pari que tout le monde sait.

Pcnd.ant ce temps, les troupe» de la suMivision de Bone repoussaient une fausse alta(|uc de contingents tunisiens commandés par le kaïa du Kef. D'un autre côté, Bou-15 iglila, qui s'elail rcingié chez les lieni-Sedka, in()uiéla les populations de l'agbalik de Sebaou. Il fut encore chassé de la et forcé de se retirer jilus avant dans les niontafjnes. Il réussit de sa retraite ii soulever les Flissahs, contre lesquels il talliit conduire une expédition dans laquelle le gouverneur général intérimaire fil preuve d'un grand talent, tn (|iielqiies jours il dispersa tons les principaux al iés de liou-1! iglila , repoussa ou prévinl les atla(|iies de celui-ci, el oblint la soumission des l'iissahs.

Une trahison sauglanle des Larbaâ dans le sud de la province d'Al-

ABD-ELKADER.

ger eut lieu à la même époque. Elle motiva une vengeance à laquelle nous assisterons bientôt.

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