‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 24 sur 219 · LES TUIODONTES A GRANDES CANINES · texte numérisé non relu

LES TUIODONTES A GRANDES CANINES

ont quatre grandes canines écartées, entre les(piclles sont de petites incisives.

II'Gemie. Les T AUI'ES (Talpa, Lin.) ontquai'anle-quatre dents : six incisives en haut et hin'l en bas; deux canines à la mAchoire supérieure et point à l'infi'rieiire; (piatorze molaires en haut et en bas. Leur lête est albmgée, i)oinlue , prolong('e en avant par un museau cartilagineux, renforcé pai' un os dn boutoir; elles manquent d'oreilles externes, et les yeux sont excessivement petits; ses pieds antérieurs sont larges, en forme de mains, ;i cir^i ongles traiiciiantsel pro[)res à fouir; leurs jiieds de derrière sont faibles et à ciiKj doigts; leuripitue est courte. Ces animaux vivent dans un terrier, d'iiii ils ne sortent (praccideiilellciueut

La T*i l'C AVI 1 i:i r 'Talpa runi. S\\ i. Celle es|)èce. |jr<'si|iu' aussi

commune dans certaines parties i\v la Fiance (pie la taupe ordinpire, n'avait pas été observée avant Savi. Cependant elle en diffère ]>ar sa taille |)luspelile, ne di'passant pas ipialre pouces (0,10K), et par la forme plus aplali(^ de sou boutoir; son «'il est presipie entièrement caché par la peau, (|ui ne laisse passer la lumière que par un trou grand comme une iiiqùre d'aiguille.

La fAUi'E co.MMUisE (Tolpa europœa, Lin. La Taupe, Bufr.).

Klh' a commun('ment six |)0uces (0,1l!2) de longueur totale. Sou pelage est ordinaireuieiil d'un noir luisant, toujours lin, doux, et plus ou moins velouté. Sa (iiieiie est courte. On connaît plusieurs variét('s de taupe, Sîivoir : |a taupe pie, à pelage taché de blanc et de noir; la tavpe albinos, entièrement blanche; la laiipe jaune, ;i poils d'un fauve plus ou moins jaiiiiAIre : enfin la liiupe (jrise. doni le pelage est uiiiforim'meiil ccikIim'.

TRIODONTES,

«Les taupes, ilit G. Cuvier, sont connues de tout le monde par leur vie souterraine et ])ar leur forme éminemment appropriée à ce genre de vie. Un bras très-cnurt, allaché par une longue omoplate, soutenu par une clavicule vigoureuse, muni de muscles énormes, porte une main extrêmement large, dont la paume est toujours tourne'e en avant ou en arrière; cette main est trancliante à son bord inférieur; on y islingue à peine les doigts, mais les ongles qui les terminent sont longs, forts, plats et tranchants. Tel est l'instrument que la taupe emploie pour déchirer la terre et pour la pousser en arrière. Son sternum a, comme celui des oiseaux et des chauves-souris, une arête qui donne aux muscles pectoraux la grandeur nécessaire à leurs fonctions. Pour percer la terre et la soidever, la taupe se sert de sa tête allong('e, pointue, dont le museau est armé au bout d'un osselet particulier, et dont les muscles cervicaux sont extrêmement vigoureux. Le ligament cervical s'ossifie même entièrement. Le Ir.iiii de derrière est faible, et l'animal, sur la terre, se meut aussi péniblement (piil le fait avec vitesse dessous. Il a l'ouïe Irè.s-fine et le tynqian très-large, quoi((ue l'oreille externe lui manque; mais son œil est si petit et tellement caché par le poil, qu'on en a nié longtemps l'existence. Ses mAchoires sont faibles; et sa nourriture consiste en insectes, en vers, et, pe qui n'est pas bien certain, en qiiebuies racines tendres. »

Cet animal est assez commun dans toute l'Europe tempérée, cependant on dit qu'on ne le trouve que très-rarement en Grèce et jamais en Irlande. Il habite de préférence les terres douces, faciles à percer, non i)icrreuscs, un peu fraîches en été, sèches et élevées en liiver Les taupes fuient les déserts arides, et surtout les climats froids , où la terre reste gelée ])endant la ]ilus grande partie de l'année, u Un atlaehement vif et réciprotpie du mâle et de la femelle, de la crainte ou du dégoût pour toute autre société, les douces habitudes du repos et de la solitude, l'art de se mettre en sûreté, de .se faire en un instant un asile, un domicile; la facilité de l'étendre et d'y trouver, sans en sortir, une abondante subsistance, voilà, dit lîulT'on , sa nature, ses mœurs et ses talents, sans doute préférables à des (pialités plus brillantes et plus incompatibles avec le bonheur que l'obscurité la plus profonde. »

La taupe se prépare un gîte au pied d'une muraille, d'un arbre ou d'une haie , et ce gîte est fait avec beaucoup d'art. Il consiste en un trou de dix-huit pouces (0,487) de profondeur, assez large, recouvert d'une ou même plusieurs voûtes les unes sur les autres, en terre battue et gAehc'e avec des fragments de lacine d'herbe , et assez solidement p('liie pour résister aux eaux de pbiie. Cette demeure est à plusieurs comparlirnenls séparés par des cloisons, et soutenus de distance en distance |)ar des piliers, yuehpufois, dans les terres humides ou menacées d'inondation , la voûte de terre dure s'élève au-dessus du terrain, et le lit d'herbes sèidies et de feuilles où elle repose avec sa famille se trouve lui-même un peu au-dessus de la surface du sol, de manière à ne pouvoir être iniuult; clans le cas d'une subuu'rsion inopiiule. La manière dont elle se procure des herbes pour faire son lit est assez singulière. Par la racine elle juge si l'herbe lui convient ; dans ce cas elle coupe les racines latérales .jus(iue vers le collet de la plante , puis , saisissant le pivot (pielle a ménag(i, elli- tire à elle et parvient à faire entrer dans son trou la lige uuinie de toutes ses feuilles.

C'est là que , de mars en uuii , elle fait et allaite ses petits , ordinairement au nombre de (piatre ou cinq. De ce nid part un boyau, (pu'lquefois long de soixante à cpiatre-vingls pas, et se )ir(dongeant ilans une direction à peu près droite. .\ gauche et à droite, elle jette cà et là d'autres boyaux qui s'en l'Cartent plus ou moins perpendiculairement; tous sont parallèles à la surface de la terre, à (iioins qu'elle ne rencontre un obstacle d«ns sou cheuuu ; en ce ras elle s'enfonce et passe par-dessous, à plusieurs mètres de profondeur si cela est tiécessairc. 11 ii'esl pas

rare d'en trouver qui passent sous des fondations de hautes murailles, et même sous le lit d'un ruisseau ou d'une petite rivière. Dans les circonstances ordinaires, le boyau n'est jamais à plus de six i>ouces (0,i(i2) au-dessous de la surface du sol.

Quand elle fouille, la taupe perce avec le nez, comprime la terre sur les crttés avec ses robustes mains, et en pousse une partie en avant avec son front et ses é])aules; aussi est-elle obligée de temps à autre de s en (h'barrasser en la rejetant à la surface, et formant ce (jue l'on appelle une taupinière. Tous le.s boyaux qui vont d'une taupinière à une autre sont en ligne à peu près droite, et ce n'est (pie dans ces espèces de points d'arrêt que la taupe se détourne d'un côté ou d'un autre pour chercher sa nourriture et former de nouvelles galeries.

La taupe, vivant priniipalem<'nt de vers de terre et d'insectes, est obligée de fouiller chaque jour pour trouver sa nourriture et celle de sa jeune famille; aussi s'en occupe-t-elle régulièrement, et, ce (pi'il y a de fort singulier, à des moments déterminés de Iii journée. Elle conuuence ses prenùers travaux au lever du soleil, et les continue pendant environ une heure; elles les reprend à neuf heures, à midi, à ti'ois heures et au coucher du soleil, et (t'est dans ce dernier instant (pi'elle travaille avec le jdus d'ardeur. Elle passe les autres heiucs du jour et la nuit à doriuir dans son gîte.

(lomme elle ne sort que très-rarement de son souterrain, elle n'a que peu d'ennemis à craindre, et ne peut devenir la proie des animaux carnassiers. .Son plus grand fléau est le débordement des rivières. Dans ces inondations subites on voit les taupes fuir à la nage, et faire tous leurs ell'orts pour gagner les terres plus (■levées; mais la plu[iail p('rissent aussi bien que leurs petits, (pii restent dans les trous. Si on siu'pi'end une taïqie hors de son trou, elle ne cherche à fuir (pie lorsque la terre est trop dure pour lui permettre de s'y enfoncer avec rapidité; dans ce cas elle court avec assez de vitesse, quoi qu'en ait dit Cuvier dans la citation que nous avons faite plus haut, et elle |)ousse un petit cri très-aigu , comme le bruit d'une lime tpii glisse sur l'acier sans le mordre. Elle est si délicate (|ue le plus petit coup la lue, surtout si on la frappe sur le nez. Mais (piand elle est sur un sol meuble ou très-le'ger, au lieu de fuir elle s'enterre et avec tant de promptitude ([ue , si l'on est à dix pas , on n'a pas le temps d'arriver à elle avant (pi'elle ait disparu. Si au moyen d'une bêche on la cerne dans son terrier, au premier bruit qu'elle entend, à la |)lus petite commotion que la bêche fait éprouver à la terre, elle se sauve dans son gîte. Si elle en trouve les issues feruM'es , elle se met aussitôt à creuser nu trou vertical dans le(pu'l elle s'enfonce qiiel(|uefois à plus d'ini mètre; et il n'y a plus d'autre moyen pour l'en faire sortir (pie dy iiilroduire de l'eau

Malgré les habitudes douces que Buflon attribue à la taupe, il n'en est pas moins vrai que c'est un animal très-cvuel et Iim svo race. « Elle n'a pas faim comme tous les autres animaux, ilil Ceod'roy Saint-llilaire : ce besoin est chez elle exalté; c'est un épuisement ressenti juscju'à la frénésie. Elle se montre Niolemment agitée, elle est animée de rage quand elle s'élance siir sa proie; sa gloutonnerie (b'sordonne toutes ses fa(ult('s; rien ne lui coûte pour assouvir sa faim ; elle s'abandonne à sa voracité, ipmi qu'il arrive ; ni la |)r('<c'nce d'un homme, ni obslacbt , ni menaces ne lui imposent, ne rairêtent. La taupe altaipie ses ennemis par le ventre; elle entre la tête entière dans le ventre de sa victime; elle s'y jilonge ; elle y d(Mecte tous ses organes des sens. » M. Isidor(! Ceod'roy va nous compléter ce portrait : « Qu'un animal se Iroiive à sa porl('e, elle s'élance sur lui à l'improviste, lui ouvre le ventre , et b; (hivore pres(|ue tout entier en peu de temps. Les craiiauds sont les seuls animaux (pii lui n'iiugnent. Klle di'vore .ivec avi(iil(t les grenouilles et les oiseaux. Si même on place ilans un lieu fermé deux taupes du même sexe, la plus faible est bienl("<t dévor('e, et l'on ne retrouve plus d'elle (pie sa peau et (jnel- (pies os. .Vprès avoir assouvi sa faioi. la taujic est loui uiciili'e

LES CARNASSIERS INSECTIVORES

d'une soif ardente; tellement que si on la saisit par la peau du cou, et qu'on l'approche d'un vase plein d'eau, on la voit boire avec avidité, maigre' la gêne d'une telle position. C'est au docteur Flourens qu'on doit la connaissance de la plupart de ces faits intéressants, auxquels il importe d'ajouter que les taupes mangent, au moins lorqu'clles manquent d'une meilleure nourriture, les courtilières et les vers blancs ou larves de hanneton. »

Ici je ferai une remanjue qui me paraît fort essentielle : c'est qu'il ne faut pas juger des habitudes d'un animal à l'état de nature, d'après les uKtnirs qu'il montre dans l'esclavage; autrement

trouve en grand nombre. Il fait un grand tort aux terres et aux jardins, en les fouillant dans tous les sens, et en coupant les racines des plantes ; ses taupinières, en encombrant les prés, ôtent la possibilité de les faucher rez terre, et font par conséquent perdre une bonne partie des récoltes de fourrage. En outre, ses galeries nuisent beaucoup à la régularité des irrigations, en perçant les chaussées, les digues, et livrant des passages aux eaux.

I2« Genre. Les TENRECS {Setiyer, Cuv.) ont quarante dents : six incisives, deux canines et douze molaires à chaque mâchoire;

>ir

La Taijpo,

l'exemple de la taupe entraînerait à de grandes erreurs. En edél, si cet animal , dans sa taupinière , avait des api)étils si furieux , il ne pourrait les satisfaire et périrait bientôt de faim. Comment se procurerait-il des oiseaux, des grenouilles, de l'eau à boire? (Concluons donc de tout cela que les mœurs de la taupe valent mieux que son caractère. Elle ne s'engourdit pas l'hiver, comme la [dupart des carnassiers insectivores; elle cherche une exposition chaude , tournée au midi , y établit son domicile, et ]iro(ile

de tous les jours de soleil et de dégel pour travailler. Je suis fort tenté de croire (|u'elle fait, pour les consommer quand la terre est fortement gelée, une provision de bulbes ilc culchiquc d'automne, car j'en ai constamment trouvé des débris autour de sun nid, en février et mars, c'est-à-dire avant (pi'elle ait mis bas Cet animal est un lléau i)our l'agriitdlure , partout où on le

comme les hérissons, ils ont le corps couveit d'aiguillons; mais il leur manque la faculté de se roulci' aussi comidélement en boule; leur museau est pointu; ils n'ont pas de (pieue; leurs jiieds ont cinq doigts libres et umtiis d'ongles crochus.

Le Tk.nkec [Seliger ecaudatus, Gi;()1-k. Eri7iaceus ecaudatus, Lin Ci-iitnx's spiiiosus, Des.m. Le Tenrec, Binr.) est un peu plus grand

que noire hérisson, et |>eut avoir dix pouces (0,271) de longueur environ. Il est rouvert de piipianls roides sur le corps, et de poils ou de soies siw le veufre el l.i poilrine; ses incisives sont érliancrées, au nombre de (piaire seulement en bas.

(^e singulier animal , ainsi «pie ses congénères, est indigène de Madagascar, mais on le trouve à l'Ile de France, où il a été trans-

TRIODONTES.

porte et où il s'est très-facilement naturalisé. Comme il a les pattes fort courtes, il ne peut pas courir, ni même marcher avec facilite'; aussi, maigre' ses aiguillons, devient-il assez souvent la proie lies animaux carnassiers et des oiseaux de proie. Son cri est une sorte de petit grognement, ayant, selon BulTon, un peu d'analogie avec celui du cochon.

Le tenrec est un animal nocturne , qui aime à se vautrer dans la vase. Il habite le bord des eaux, et se plaît particulièrement sur le rivage des canaux sale's et des lagunes de la mer. Il (jas.se la plus grande partie des nuits à poursuivre , dans le sein des ondes, les insectes dont il fait sa principale nourriture ; an jouinaissant, il se retire pour dormir dans un terrier (ju'il se <'reuse sous les racines de ipiehpie arbre croissant au bord de l'eau , ou tout simplement dans le sol d'une falaise, au milieu des buissons ou des roseaux. 11 n'en sort que le soir, au cre'puscule, pour recommencer sa pêche ; aussi nage-t-il avec une grande facilité Dans qucbiuesunes de ses habitudes, il a de l'analogie avec notre l'at d'eau. Le mâle et la femelle sont fort attachés lun à l'autre, et paraissent s'aimer avec tendresse. Cette dernière fait plusieurs petits, qu'elle allaite dans son terrier, et auxquels elle apprend à nager, à plonger et à chasser aux insectes aquatiques , aussitôt c(u'ils sont assez forts pour la suivre.

(irdinairenient les maunnifères insectivores, et (pieUpies autres de dilïérenles classes, s'engourdissent pendant l'hiver; ici c'est

tout le contraire. Pendant la saison pluvieuse, qui dans leur pays répond à notre hiver, les tenrccs sont vifs, agiles, sans cesse occupés de leurs amours, de la chasse et de l'éducation de leur famille. Mais aussitôt que les chaleurs de l'été couuuencent à se faire .sentir, père, mère et enfants, tous se retirent dans le terrier, s'enfoneent dans le foin de roseau qu'ils y ont amassé, s'endorment, tombent en léthargie, et restent plongés dans l'engourdissement et la torpeur pendant trois ou quatre mois, c'esl-à-dire autant de temps que dure la chaleur. Dans cet état, leur poil tombe ; il ne repousse que quand ils se sont réveillés. Flaccourt dit (ju'ils sont ordinairement fort gras et que les Indiens trouvent leiu' chair excellente, quoiqu'elle soit fade et mollasse. ■■ Le Tendrac (Setiger inauris, Geoff. Erinaceus setosus, Lin. Cenlenes setosus, Desm. Le Tendrac, Buff. — G. Cuv.) est beaucoup plus petit que le précédent, dont il difFèrc par ses piipianls plus flexibles , plus semblables à des soies et par six incisives échancrées à chaque mftchoire. 11 habite Madagascar.

Le Tenhec rave (Seliyer variegatus, Geoff. Centenes semispinosus, Desm. Erinaceus semispinosus, G. Guv. Le jeune Tenrec, Buff.) a six incisives à chaque mâchoire, et les canines grêles et crochues; il est couvert de soies et de picpiants mêlés; son corps est rayé de jaune et de noir, et atteint à peine les dimensions de celui d'une taupe. On le trouve à Madagascar, où cependant il est assez rare.

Intérieur du Cabinpt U'anatonne coniparéo.

LES CARNIVORES PLANTIGRADES

QfATRiÈMK ORDRE n F) S MAMMIFÈRES,

Ces animaux ont six incisives à chaque mftchoire; de ti-ès-foiles canines; les molaires non hérissées de pointes à leur couronne,

mais tranchantes et quelquefois tuberculeuses ; aussi ils vivent tous lie jiroie pt ont une fe'rocite' sanguinaire, en en exceptant les ours.

LES PLAXTIGRADES

marclicnt sur la plante entière tles pieds, (pi'ils ont toujours dépourvus de poils en dessous; aussi peuvent-ils assez facilement se tenir debout sur leurs pieds de derrière. Ils ont cinq doigts à tous les pieds, et man(|uent de cœtum. La plupart passent l'hiver en léthargie, dans les pays froids.

^" Genre. Les OURS (Ursus, Linn.) ont quarante-deux dents : six incisives et deux canines à cha(iuc m;^choire; douze molaires supérieures et quatorze inférieures; les trois molaires postérieures sont très-grosses, à couronne carrée et tubercules mousses, ce qui les rend moins carnassiers que les autres genres de leur ordre; leurs pieds sont armés d'ongles très-forts; leur eorjis est tra[iu, leurs membres i'|),\is et leur (pieiie liès-courle; les femelles portent deux mamelbs pectorales el quatre ventrales.

L'OuRS BRiiN (f/r,<i/,<: arctu-i, Lin. Var. Ursufi j.ijrœnaicus, Fr. Cuv. L'Ours bran d'Europe, Iîltf. — G. Cuv. Var. L'Owrs des l'ijnhiiies, Fr. Cuv.).

Cet animal habite lis hautes montagnes el les grandes forêts de toute l'Europe et d'une iiartie de l'Asie et de rAméri(pie. Sa longueur est de quatre à cinq pieds (1,21)0 à l,02i) environ. La hauteur relative des jand)es varie beaucoup, ainsi (pie la couleur du pelage, et cela sans rapport constant avec l'ùge ou le sexe. Son front est convexe au-dessus des yeux, et son museau diuiinue de grosseur d'une manière brusque; il a la plante des pieds de derrière moyenne; son ]ielage , quelipiefois un peu laineux, est ordinairement brun, mais on en voit d'un brun lisse à refiels presque argentés, de fauves, d'autres d'une couleur blond jaunâtre très-clair, enfin il y en a de tout ù fait blancs.

L'ours brun est très-connu en France, gr^ce aux montagnards qui descendent quehpiefois des Alpes pour venir promener, dans les petites villes el les villages, de jeunes ours ipiils ont apprivoisés , et auxipiels ils ont enseigné à marcher debout, à faire la culbute, et à danser d'un pas lourd au son de la flùle à beo et du tambourin. Quoiqu'il obéisse à son mallre, ce n'est jamais qu'à contre-cœur et en murmurant. Cliaipie fois qu'où l'oblige à montrer son savoir, il s'irrite, el fait entendie un grondemenl sourd qu'il accompagne d'un fréiiiissement de dents trèssigiiilicalif. Aussi le tient-on consLiiiuuent muselé, el se délie-t-on beaucoup de sa colère, ((ui procède souvent du caprice et tourne toujours en fureur.

Dans ses forêts, qii il ne quitte guère (pie lors(pi'il y est poussé [lar la faim, l'ours mène une vie solitaire et sauvage 11 se loge dans les cavernes, les trous des roi hers et plus souvent encore dans les trous caverneux des vieux arl>res. C'est là ipi'il passe ses journées à dormir en attendant la nuit pour se ineltre en campagne et chercher sa nourriture. On prétend que, faute d'arbre creux ou d'antre de rocher, il se construit une sorte de cab.iiic avec des branchc>i de bois mort el ihi biiillage, mais ceci lue semble fort douteux. Tout lourd ipi'il i)arall, cet animal n'en est pas luoiii'^ dou(' d'une certaine agilité, (ju il ne dé|)loie , à la V('rité, ipiavec bciucoup de circ(mspection et de prudence. (,>iiand

il grimpe sur un arbre, soit pour aller chercher les fruits dont il se nourrit, soit pour rentrer dans son trou, il s'accroche aux liranches avec ses mains, et au tronc avec les griffes de ses pieds de derrière ; quelquefois aussi il embrasse la tige avec ses bras et ses cuisses, comme ferait un homme; mais, dans tous les cas, il y met beaucoup de précaution, et jamais il ne biche son appui d'une patte qu'il ne se soit assuré, à plusieurs re[irises, que les trois autres ne lui manqueront pas.

liien que ses mâchoires soient armées de dents redoutables, son caractère n'est pas carnassier, et il n'attaque jamais un être vivant (pie pour défendre sa vie, ou ipiand il y est jioussé par une faim dévorante. Ordinairement il se nourrit de faine ou fruit du hêtre, de baies sauvages, de graines de différentes jilantes, et même de racines; il aime beaucoup les fruits du sorbier, de l'épine-vinette, et en gi'néral tous ceux qui sont un peu acides. Si cette nourriture m.uique dans ses forêts, il les (|uille, se jelle dans la plaine , et fiit d'assez grands ravages dans les champs d'avoine et de mais. Ce n'est guère qu'en hiver, après un long jeune, que, sortant affamé de sa retraite et trouvant la terre couvcrle de neige, i| se jette sur les troupeaux et attaque les animaux ipi il rencontre. Encore ce fait aurait-il besoin d'èlre confirmé. Ce dont je me crois certain, c'est ipie jamais il n'est ilangereiix pour l'homme, à moins (pi'il n'en soit attaqué; mais dans ce cas, il est d'une intrépidité efl'rayanle. Il a le sentiment de sa force; aussi n'éprouve-t-il jamais la crainte , mais seulement la colère. S'il rencontre un chasseur, il ne luit pas à la vue de ses armes; il ne se délourm^ même pas; il |>assc outre en jetant sur lui un reg:ird farouche de méconlenleuicnt , car il n'airae pas que l'on luinèfre dans ses forêts silencieuses pour troubler sa solitude. Mais malheur à l'imprudiMU audacieux ipii ose l'attaquer sans être si'ii- il(' lui donner la mort du premier coup! Ulessé ou simi)lemenl ollin-é, sa coièri^ est terrible, el toujours il en r('sult(? une lutte ujorlelle pour l'un mi p(mr l'aiilrc, ([uclquefois pour tous deux. Katis hi'siter, il coiirl sur sou agresseur; mugissant de fureur, l'œil en feu , la gueule béante , dressé sur ses pieds de derrière, il s'élance, l'écrase de son jiflids, le saisit dans ses bras puissants, l'étouffé, ou lui brise le crâne avec ses formidables mftchoires. S'il est harcelé par une meule de chiens courageux et appuyés par de noud)reux piipieurs, il se retire, mais il m; fuit pas. Il gagne lentement sa retraite, en se retournant de tem|is à autre pour faire face à ses nondireiix ennemis, qui reculent aussitôt épouvanl('s. Enfin, harassé de fatigue , mortellement blessé par les balles des chasseurs, près de luouiir, il s'aïquclc a faire jiayer chèrement la viiloire à ses cnneuiis. Debout, le dos apiuiyi' contre un tronc d'arbre ou un rocher, il les .illend, et tout ce (pii est assez téméraire pour l'approcher tombe écrasé sous sa terrible patte ou brisé par ses dents.

l'.n l'.iirope, on fait la chasse à l'ours avec le fusil et des chiens, niiftlipiefois aussi, (juand on eonnait le lieu (pi il habite, (Ui le traipie comme le loup; c'est-à-dire ipie tous les paysans d'un ou plusieurs villages se réunissent , enloureni la forêt d une cein-

LES CARNIVORES PLANTIGRADES

turc (le tireurs et de traqueurs qui marchent en resserrant de plus en plus le cercle (jui le circonscrit, et finissent par l'approcher et l'accabler sous leur nombre. «On prend les ours, dit Ruffon, de plusieurs façons en Norvège, en Suède et en Pologne , etc. La manière la moins dangereuse de les prendre est de les enivrer en jetant de l'eau-de-vie sin- le miel qu'ils aiment beaucoup, et qu'ils cherchent dans les troncs d'arbre. » Ce fait, rapporte par le grand e'crivain , sur la foi de Regnard , me paraît tout aussi peu probable que les contes que ce voyageur nous avait dèbitf's sur les Lapons.

L'ours aime la vie solitaire, et fuit par instinct toute socit'ie, même celle de ses semblables. Il ne cherche même sa femelle qu'au temps des amours, c'est-à-dire en juin, et, ce moment passé, il la ipiitte, et va fixer sa demeure à jilusieurs lieues de la forêt qu'elle habile, .\iissi est-il tout à fait indifï'rrent aux plaisirs de la pati'rnile'; et, il y a plus, c'est ipi il ne manque jamais de manger ses enfants, si le hasard lui fait découvrir l'asile sauvage oi'i sa femelle les a cache's dans un lit de feuilles sèches et de mousse. Au contraire celle-ci aime ses petits avec la plus ardente affection, et les garde avec elle jusqu'à ce (]u'ijs aient deux ans et qu'ils aient accpiis la force de l'epousser toute agression ('ir.mgère. Elle les soigne, leur apporte des fruits et du gijiier, les lèche, les nettoie, et les porte avec elle dans ses bras lorsqu'ils sont fatigue's. Si un danger les menace, elle les défend avec un courage furieux , et se fait tuer sur la place plutôt que du les abandonner. Aussi n'est-ce qu'avec beaucoup de danger et de prudence ipie les montagnards viennent à bout de s'euiparer de ses oursons, ordinairement au nombre de un à trois, IrèS'i'arement quatre ou cinq. Le temps de la gestation est de sept mois.

Pendant l'hiver, l'ours ne s'engourdit pas, ainsi que l'cuit cru quelipu's naturalistes, mais il reste dans son Irou des mois entiers à dormir. Connue les fruits ne lui ont pas manqué en aU' tonine, il est ordinairement fort gras au moment où il commence sa retraite, et il paraît que cette graisse suffit à l'entretien de sa vie pendant fort longleaips. Cependant son jeune ne dure jamais plus de trente à (piarante jouis, et il ne reste pas plus longtemps caché sans sortir et aller chercher dans la forêt quid(|ues graines ou des racines qui le soutiennent. Si la terre est couverte de neige, et ipi'il ne trouve rien à manger, c'est alors qu'il se raj)proche des habitations de l'homme, et qu'il se hasarde, dit-on, à aitaipier les animaux domesli(|ues.

.Malgré ses formes grossières, sa tournure \iesante et ses gestes grolestpies, il ne faut pas croire (pie l'ours soit un animal stiil)ide; il est, au contraire, plein d intelligence et de finesse, et la preuve, c'est qu'il ne donne jamais dans les pièges qu'on lui tend. Tout objet nouveau éveille chez lui la défian{-e; il l'observe priidenuiicuf avant de l'approcher, passe sous le vent pour s'en rendre compte par lodorat, (juil a d'une déliealesse extrême; il s'avance doucement, le flaire, le tourne et le retourne, puis s'en éloigne s'il ne lui convient pas de s'en emparer. C'est ainsi qu'il agit toutes les fois(iii'il trouve un cadavre d'homme ou d'animal, aïKpiel il ne touche jamais. Sous cette enveloppe d'un aspect si rude existe une perfection de sensation j'en comiiuine dans les aiiimaux ; sa vue, son ouïe et son toiichei' sont excellents, (pioiijuil ait l'œil petit, l'oreille courte, la jieau éi)aisse et le poil touffu

Le courage de l'ours a passi' chez (piehpies aiileiiis pour de la brulalit(', et il y a là une graiiilc erreur. Louis est iulicqiide, mais prudent, et il ne combat que lors(pi'il y est fiuci- par la faim , la défense de ses jietits ou la vengeance. .laïuais on ne le voit fuir, parce qu'il a la conscience de sa supérioi-ilé; il oppose la menace à la menace, la violence à la violence, et sa fureur devient terrible, parce (pi'il porte dans le eomliai un coiiiage insouciant ih; la vie.

Autrefois l'ours était bien plus commun en Europe qu'aujourd luii , et alors sa eliassi' pouv.iil être avantageuse, à cause de sa

fourrure assez estimée quoique grossière , et surtout à cause de la graisse dont il est toujours abondamment pourvu et à laquelle la crédulité de nos pères accordait des vertus merveilleuses pour guérir les rhumatismes et une foule d'autres maladies. Ce qu'il y a de certain , c'est que cette graisse, dépouillée par des procédés l'oit simples d'une odeur particulière dont elle est impre'gnée , est fort (hmce, excellente, et ne le cède pas au meilleur beurre pour la cuisine. 11 ne s'agit, quand on veut lui ôter son odeur, que de la faire fondre et d'y jeter, lorsqu'elle est très-chaude, du sel en quantité suffisante, et de l'eau jiar aspersion. 11 se fait une sorte de détiuialion , et il s'élève une épaisse fumée qui emporte avec elle la mauvaise odeur.

Plusieurs fois les ours de la ménagerie ont fait des petits, et on a pu s'assurer que par la taille et la couleur ils ne se ressemblent nullcmcut. La mère a toujours marqué un sentiment de inéférence pour l'un d'eux ; et jamais elle n'a perdu son autorité luateriielle, lorsipi'ils étaient devenus lieaucoup plus grands qu'elle.

L'IJlus noir d'Europe (l'rsus aler. — L'Ours noir d'Europe, G. Cuv.) n le front a|>lati et même concave, surtout en travers; son pelage est laineux, non pas lisse comme celui de l'ours d'Amérique, etd'un brun noirâtre; il a le dessus du nez d'un fauve clair, et le reste du tour du museau d'un brun roux. .l'établis celte espèce sur le témoignage de G. Cuvier. Il est rare, et parait ne se trouver que dans le nord de l'Em-ope. bufi'on dit ((u'il est moins carnassier ipie notre ours brun.

L'di Rs iiES PvRÉNÉES {Ursux pyreiKiiciis, Vk. Ccv.) est plus pelil ipie l'ours des Alpes; il est d'un blond jaunâtre sur le corjis, et noir sur les pieds, il habite les montagnes des Asliiries. licaucoup de naluralisles le regardent comme une variété de l'ours brun , ei je penche aussi vers cette o|)inion.

L'Ours he Siréiue (Ursus collaris, En. Civ.) a beaucoup d'analogie avec le précédent sous le rapport des formes et des couleurs; mais sa taille paraît être un peu plus petite, et il a un large collier blanc qui passe sur le haut du dos, sur les épaules, cl se termine sur la (loitrine. (Jn le trouve dans le nord de l'Asie, et il parait (ju'il a les mêmes mœurs que notre ours d'Europe. Cependant ceux ipii ont vécu à la ménagerie paraissaient un peu plus carnassiers.

L'Ours nu Tiuiiet ((Vsits Thibetanas , En. Cuv.) diffère des préct'dents par la grosseur de son cou, et par S(Ui chanfrein, qui forme une ligne droite ; il est noir, à ])oils lisses; son museau est un peu roux, sa lèvre suiiérieiire couleur de chair et l'inférieure blanche; il a, sur la poitrine, une tache blanche en forme d'V. On ne l'a encore trouvé que dans les montagnes du .Sylhel an Népaul , et l'on ne sait rien de positif sur ses habitudes.

L'Oi'Rs ORXÉ ( f.''/',<us ornalus , En. Cuv. L'Ocso fruntiiw des Cû- Iiiiiibiens) n'est piobableiuent (piiine variéti- de Tours noir. Sa taille dépasse rarement trois pieds et demi (l,ir>7); son museau est un peu plus court, d'un fauve sale ; son pelage est ('gaiement d'un noir lisse et luisant, mais il a un demi-cercle fauve sur chaipie ail , et du blanc ou du fauve à la gorge ou à la poitrine. Il est assez commun dans les Cordillères du Chili, et peut-être dans toute l'Américpie australe.

L'Ours aux grandes Li';vRES (f/rsus lahialus, de Hi.ainv. lirailiipua »r<mu,'!, SiiAW. Ursus longirosMs, Tiedm. C'est le type du genre llclariliifi d'IloRSFiEi.D). Il est un peu plus petit (pie l'ours brun ; d'un noir foiuv' ; et on lui trouve quelquefois des taches (qiarses un lieu brunâtres; il a sur la poitrine une tache blanche en forme de V ; mais ce qui le rend reconnaissable au premier coup d'dil ce sont ses b'^vres , qui sont 1,'^ches, très-extensibles, cl sa langue d'une longueur extraordinaire II se trouve dans les monl.igues de l'Inde. On réunira à celle espèce, et même comme varii'lé assez h'gère, le IhuANC, ou l'ours malais (Tisus mahiiiatius, Uaff. Proclnht» maliniardis , i;rav lli'hirclos malai/atws, Hors». — Fr. Cuv.), qui n'en did'ère que par une large tache en demi-

LES CARNIVORES PLANTIGRADES

lune, d'un blanc pur, qu'il a sur la poitrine. Il habite la presqu'île (le Malara II est nomme' ours bateleur par quelques naturalislfs.

L'ours aux grandes lèvres n'est pas du tout carnassier, et ne se nourrit que de fruits, de miel et d'insectes. Peut-être en serailil de même de la plupart des autres espèces, si, ainsi que lui, ils habitaient des climats où la nature pût leur fournir toute l'année une nourriture ve'ge'tale. D'un naturel farouche et mt'lancoIi(]Mc, cet animal aime la solitude, et se retire dans les montagnes les plus désertes. Cependant, quand il est pris jeune et traité avec bonté, son caractère s'adoucit, son intelligence se développe, et il se laisse facilement dresser à plusieurs exercii;es par les jongleurs indiens. Dans ses montagnes, il se plait beaucoup à la recherche des termes, ou fourmis blanches, et lorsqu'il a trouvé une

laisserait plutôt tuer que de lâcher prise. Malgré la prévention où l'on est que l'ours est carnassier, je prétends, avec tous ceux de cette province et des pays circonvoisins, qu'il ne l'est nullement. 11 n'est jamais arrivé que ces animaux aient dévoré des hommes, malgré leur nudiilude et la faim extrême (juils souffrent quelquefois; puisque, même dans ce cas, ils ne mangent pas la viande de boucherie qu'ils rencontrent. Dans le temps (jue je demeurais aux Natchez, il y eut un hiver si ru<le dans les terres du nord , que ces animaux descendirent en grand nombre : ils étaient si communs, qu'ils s'airaniaient les uns les autres, et étaient très-maigres; la grande faim les faisait sortir des bois qui bordent le fleuve ; on les voyait courir la nuit dans les habitations et entrer dans les cours qui n'étaient pas bien fermées ; ils y trouvaient des viandes exposées au frais: ils n'y louchaient pas, et

L'Ours brun d'Europe.

de leurs habitations il fait , avec ses grifl'es , au douie de Irrre durcie qui en forme le toit, un trou dans lequel il enfonce sa longue langue; les termes se jettent dessus pour défendre leur république, et quand ils y sont réunis en grand nombre l'ours retire brusquement sa langue et les avale.

L'Oi lis III': lioKNKo [risus eitrysiiiliis, Less. Helarclos euryspilus, llousF.) n'est peut-êlre aussi (|u'une varii'lé locale de l'ours aux grandes lèvres, dont il a les formes , la taille , les couleurs et les habitudes; il en diffère cependant par une large plaque échancrée en son bord supérieur, d'une couleur orangée, et par une bandelette transversale grise sur chaque jiied. On le trouve dans l'île de Hornéo.

L'Uiiis ^oul ii'Amkrique (f'r.susodicn'cfljiiis, Pm.i.. Ur!:us gularis, Geoff.) a le front plat, pres(]ue sur la même ligne que le museau ; la plante de ses pieds et de ses mains est très-courle ; son pelage est noir , lisse , long et brillant.

La taille de cet animal ne dépa.sse guère (jualre pieds huit pouces (liSIC) ; cejiendant j'en ai vu un plus grand ipu: cela. Ou en trouve des variétés fauves, plus ou moins jaunes ou couleur de chocolat. Tous habitent les États-l'uis, et se répandent dans le nord de l'Amérique jus(|ue dans le Kamtsehatka. «L'ours noir, dit M. Dupr.itz, parait I hiver dans la Louisiane, ]iarce i|ue les neiges, (|ui couvrent les terres du nord, Icaqiêcliaut de trouver sa nourriture, le chassent des ])ays septentrionaux. Il vit de fruits, et entre autres de glands et de racines, et ses mets les plus délicieux sont le miel et le lait; lorscpiil en renconlie, il se

niaugeaieul seulement les grains qu'ils pouvaient lenconirer. « D'ai>rès cette citation f.iile par liuffou, il seudilerait c|ue l'ours noir n'est jamais carnassier; et cependant les naturalistes, entre autres G. Cuvier, prétendent que lorsqu'il est poussé par la faim il atta(pie les niannnifères. Ce fait a besoin d'être conlirmé, mais ce qu'il y a de sur, c'est (piil mange le poisson. En hiver, il descend des bois, et vient pêcher sur le bord des lacs et des rivières. 11 nage et jilonge fort bien , et s'empare de sa j)roie avec beaucouji d'adresse et d'agilité. Il se plaît particulièrement dans les forêts d'arbres résineux, et il se loge dans les cavités formées par le lem|>s dans leur tronc. La plus lia\ite est celle (pi'il choisit de jiréférence, et il n'est i)as rart^ de le trouver ui<'hé à |)lus de (juarante pieds (li,8',lâ) de hauteur. Pour le prendre, les Améi-icains mettent le feu au pied de l'arbre ; ils le forcent ainsi à sortir de sa retraite pour se sauver des flauunes. Si c'est une femelle, elle descend la |)remière, à reculons, comme font tous les ours, (^t, lor.sipi'elle est près de terre, ilsl'aballeut d'un cou|» de fusil tiré à bout i>orlant dans le Cd'ur ou dans l'oreille. Les oursons descendent ensuite, et on les prend vivants et sans danger s'ils sont encore petits; dans le cas contraire, on les tue. Ou chasse encore l'ours noir avec des chiens courants, qui le harcèlent jus(prà ce qu(^ le chasseur ait trouvé le moment favorable liour le lirei. Toutes les manières de le chasser sont sans danger, jiaree qu'il ne court jamais sur le chasseur cl (|ue, Idi ssé ou non, il m- cherche jamais qu'à fuir. Seulement, il ne f.iut jias s'approcher impriulemment de lui lorsiju'il est aballii « I lumi-

LES CARMVORES PLANTIGRADES.

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rant; car alors, sentant «[u'il ne peut plus e'chapper au danger, il cherche à se défendre et à se venger. Son cri est trcs-difTe'rent (le celui de l'ours brun; il consiste dans des hurlements aigus, (|iii resseniblent à des pleurs.

Les .\meri(niiis lui l'ont une chasse continuelle, non pas seulement parce qu'il dévaste leurs champs île mais, d'avoine cl autres grains, mais encore parce qu'ils estiment beaucoup sa chair, et que sa fourrure, dont on fait chez nous les bonnets de grenadier, ne laisse pas (]ue d'avoir de la valeur. Sa graisse remplace avantageusement le beurre ; ses pieds offrent un mets Irès-dëlicat; et ses jambons, sales et fumés comme ceu.x de cochon , ont une grande réputation en Ame'riiiue et dans toute l'Europe, où on les envoie pour la table des riches.

L'Omis iiLAfiC {Ursus marttimus. Lin. Ursus albus , Briss. L'Ours de la mer Glaciale, Buff. L'Ours polaire des voyageurs II est le type du genre Thularclos de Gray).

Cet animal est connu de tout le monde par les exage'rations des voyageurs et par les contes qu'ils nous ont debite's sur sa grandeur, sa voracité' et son courage intre'pide. Quand nous aurons réduit toutes ces histoires à leur juste valeur, on sera fort étonne de ne trouver dans l'ours blanc (jue les mœurs ordinaires des animauK de .son genre, mais accompagnées d'une stuiiidile ipie l'on a prise pour du courage. Les plus grands individus de cette espèce ne dépassent jamais six pieds et demi (2,11 1), et les voyageurs qui allirment en avoir vu de treize pieds (4,225) mentent juste du double. Sa ttHe est fort allonge'e , son crâne aplati , sur la ni(*me ligne que le chanfrein; son œil est petit et noir, ainsi que le museau et l'iuti'rieur de la gueule; son cou est trèslong, et sa plante des pieds est d'une largeur remaniuable; tout son corps est couvert de poils blancs, longs et soyeux.

Habitant les glaces e'ternelles du pourtour 'du pùle boréal , les côtes du Groenland, du Spitzbcrg, en un mot les parties les plus froides de la terre, il a dû contracter des habituiles en liariiioiiie avec ces climats rigoureux. L'été, retiré dans les terres, il erre dans les forêts et mange les graines, les fruits (a même les racines qu il y rencontre; ce qui ne l'empêche pas, cependant, de dévorer les cadavres des animaux, quand il en trouve. C'est là qu il lail ses peliLi, qu'il les allaite sur un lit de mousse et de

lichen , et qu'il les habitue peu à peu à manger des substances animales. Mais, dans ces malheureux climats, la saison des beaux jours est trop courte, et bientôt la neige, qui couvre le |iays, force l'ours blanc à quitter les forêts où il ne trouve plus de nourriture , et à venir sur le bord de la mer, suivi non-seulement de sa famille, mais encore d'une troupe nombreuse que la lamine a également exilée des bois. Cette sorte de sociabilité cpù les réunit est un caractère <[ui distingue cette espèce, car toutes les autres ont une vie solitaire, et restent dans un isolement sauvage. Pendant ce petit voyage, ils se pre'parent à combattre les grands animaux marins en atta(|uant les rennes et autres êtres timides qu'ils rencontrent sur leur route. Bientôt, de chasseurs maladroits , ils deviennent excellents pêcheurs . et ils poursuivent jusqu au fond des ondes les poissons et les mamnnfères amphibies, qui deviennent leur proie. Ils s'habituent à plonger et à rester longtemps sous l'eau; ils nagent avec aisance et rapidité, et peuvent faire ainsi plusieurs lieues sans se reposer. Mais si une course trop longue les fatigue, ils cherchent un glaçon entraîné par le courant ou poussé par le vent; ils montent dessus, et cette singulière b,ir(iue les porte souvent à une très-grande distance.

-fmwvi'^^^h.

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L'Ours blanc.

C'est ainsi qu'en Islande et en Norvège on voit (pielquefois arriver sur des glaçons flottants des bandes d'ours affames an point de se jeter sur tout ce qu'ils rencontrent. C'est alors (pi ils sont terribles ])our les iiommes et les animaux , et cette circonstance tout à fait accidentelle , mais ipii se renouvelle cha(|iic année, n'a pas ])eu contribué à leur réjjutalion de coLU-age et de férocité. Uuehpiefois, entraînés dans la haute mer par les glaces, ils ne peuvent plus regagner la terre niciuilter leur île (loltante; alors ils meurent de faim ou se dévorent les uns les autres.

Sans cesse furetant sur les glaces au bord de la mer, leur proie ordinaire consiste en pluxpies, en jeunes morses , et même en baleineaux qu'ils osent aller attaquer à la nage à plus d'une demi-lieue de la côte. Ils se réunissent cinq ou six pour cela ; mais, maigri' leur immbre, ils ne réussissent pas toujours, parce que la baleine .iccouri à la défense de son petit, et, avec sa terrible queue, ('tourdit , assomme ou noie les agresseurs. Li- phoque, malgré ses puissantes niAclioires, ne leur offre guère de résistance parce qu'ils s'approchent de lui, doucement et sans bruit, pendant son sonmieil , le saisissent derrière la tête et lui brisent le cràue avant qu il ait pu oi)|)o>er la moindre résistance. Il n'en

LES CARNIVORES PLANTIGRADES

est pas de même du morse ; plus défiant que le phoque , il est rare qu'ils parviennent à tromper sa vigilance. Le corps porte' sur les pattes on plutôt sur les nageoires de devant, la tête droite et e'ieve'e, il leur présente ses formidables défenses, les frappe, leur perce le corps et les renverse mortelleinent blesses; puis, force par le nombre de battre en retraite , il se lance à la mer et disparaît aux yeux de ses ennemis , qui le poursuivent avec autant d'acharnement que d'inutilité'.

L'ours blanc, dans les contrées qu'il habite, n'a jamais rencontre un être assez fort pour le vaincre, ce qui fait que la crainte est pour lui un sentiment étranger, mais dont il est cependant Ircs-susceptible. N'ayant jamais éprouve' de lutte sérieuse , il ignore le danger, et sa stupidité l'empêche de le reconnaitre lorsi|u'il l'aperçoit pour la première fois. Aussi l'a-t-on vu venir d'un pas délibéré attaquer seul une troupe de matelots bien armés, et l'on a j)ris cela pour du courage. D'autres fois, il s'élance à la nage, va sans hésitation tenter l'abordage d'une chaloupe montée de plusieurs hommes, d'un vaisseau même, et il périt victime, non de son intrépidité, mais de sa stupide iuiprudence. S'il sent de la résistance, s'il est blessé, il cesse honteusement le combat, et fuit lAchement ; ce que ne font jamais l'ours brun, le tigre, et quelques autres animaux doués d'un véritable courage. Les marins qui ont hiverné dans le nord ont toujours été in(|uiétés par ces animaux , qui venaient flairer leur proie jiiS(pi à la porte de leur cabaue, et qui grimpaient même sur le toit pour essayer do pénétrer par la cheminée. Mais toults les fois (ju'on les recevait à coups de fusil ou même à coups de lauce, les ours se liAtaient de prendre la fuite, ou du moins n'essayaient pas de soutenir une lutte.

On a dit cpie l'ours blanc se retire en \n\v\- dans des trous creusés sous la neige, et qu'il y reste en élatcouqjlet de léthargie jus(|u'au retour de la belle saison Je ne soutiendrai pas iiue ce fait est faux, mais je dois dire qu'il me paraît très-douleu\. La ménagerie a possédé plusieurs ours blancs, et jamais on ne les a vus plus vifs, plus éveillés, si je puis le dire, "que pendant les froids le» plus rigoureux de l'hiver, S'ils paraissent languissants et faibles, c'est lorsque la température de l'été se trouve à un degré assez élevé, .l'ai vu le froid descendre, à Paris, à vingt degrés du thermomètre de Réaumur, c'est-à-dire presque aussi bas (jue dans la Nouvelle-Zemble; et cejiendant l'ours blanc qui habitait un des fossés du jardin ne paraissait |ias plus engourdi que de coutume. Ensuite, si on lit attentivement les voyageurs, on verra que c'est précisément dans la saison ou le froid est le l)lus rigoureux que les ours se rencontrent le plus fréquemment sur le bord de la mer. La femelle met bas au mois de mars, et l'on i)rétend (|u'elle ne fait ((u'un ou deux pelils, très-rarement trois; du reste, on n a guère ])U s as.surer de ce fait, et l'on en juge i>ar le nombre d oursons dont elle est ordinairement suivie Le cri de ces auiuumx ressemble plutôt, dit-on, a l'aboiement d'un chien enroue! (pi'au nnirmure grave des autres espèces d'ours. Dans la servitude, il ne se montre susceptible d'aucune éducation, d'aucun attachement, et il reste conslanum ut d'uue sauv.igerie brutale el stupide.

L'oiiis ['ùm:K[Ursusfero.T, Liiwis. Danis ferux,GK\\. Ursua cinereu.s, Desm. (/rsu.s horribilis, Oiup. L'Ours gris des voyageurs. 11 est le type du genre Danis de Grav).

L'ours gris joint à la slupidilé de l'ours blanc la férocité du jaguar, le courage <lii tigi'c et la force du lion ; aussi est il la lerreur des iiabitauls nomades des pays (pi il liniiile. Sa taille énorme atteint assez counnuiiéuicnt huit pieds el demi (2,7(i0) de longueur, et souvent davantage; son corps est couvert de poils longs, très-fournis, pi-incipalemenl sur le cou , d un gris tirant quelquefois sur le brun ou le blanc. C'est le plus fanuiehe et peulélre le plus terrible des animaux, et la nature lui a donné en excès toutes les adreuses qualités qui jettent ré|iouvante. Sa physionomie est horrible; son agilité égale sa force prodigieuse;

sa cruauté surpasse celle de tous les autres animaux; et son indomptable courage est d'autant plus à craindre ([u'il tient toujours de la fureur, et (juil prend sa source dans une brutale conscience de sa force et de sa supériorité. Solitaire comme l'ours brun, dont il a les formes générales , il ne se plait ([ue dans les immenses forêts vierges qui couvrent de leur ombre les montagnes locheuses du grand Chippewyan , les bords du Missouri , du Nébraska et de l'.Xrkansas, enfin la partie nord-ouest de rAméri(|iie septentrionale, connue aux États-Unis sous le nom de pays indien. Cette immense contrée, qui commence au pays des Usages que nous avons vus à Paris, (pii renferme les nations errantes des Pieds-Noirs, des Nez-Percés, des Ivansas, des Corbeaux, des Camarches, des Coways, des Cros-Venlres, des Têtes-Plates, et quelques autres, est encore très-peu connue des liomuies civilisés; (juclques marcliands de pelleteries et des trappeurs ou i basseurs de castors ont seuls osé, jusqu'à ce jour, pénétrer dans ces ]irofondes solitudes. C'est là que l'ours gris domine en maître sur les animaux du désert, et qu'il exerce sur eux son impitoyable tyrannie. Endormi pendant le jour dans les profondes cavernes des montagnes, il se réveille au crépuscule, sort de sa retraite; et malheur à tous les êtres vivants (|u'il rencontre! Les daims de montagne, les argalis, et autres animaux légers, sont attendus par lui; de son embuscade il s'élance sur sa proie, la terrasse et la dt'vore. L'ours à collier cl l'ours blanc lui-uiême le craignent et fuient sa présence. Il descend parfois dans les vallées où i)aissent d immenses troupeaux de bisons, et ces moustruenx animaux, malgré leur nombre et leurs cornes redoutables, sont impuissants à se défendre contre sa rage. Vainement ils se pressent les uns contre les autres et lui présentent un rang comi)acle de fronts menaçants, l'ours se ])récipite au milieu d'eux, les disperse, les poursuit avec agilité; d'un bond il s'élance sur leur dos, les presse dans ses bras de fer, leur brise le crâne avec ses dents, et souvent il en tue plusieurs avant d'en dévorer un.

Et cependant, parmi ces hommes sauvages, demi-nus, enfants du désert comme lui, louis féroce trouve des ennemis qui lui résistent, qui l'attaquent même et qui osent soutenir coiili(^ lui une lutte horrible corps à corps. Le chasseur indien de l.Vikansas possède un talent merveilleux jiour découvrir , pendant l'hiver, la caverne dans laquelle l'ours a établi sa demeure; il sait, dans les autres saisons, l'attendre à l'ad'ùt, le suriuendrc dans son fourré au moment où lui-uiOme épie une |iroi<:, le suivre à la piste , et le percer de ses llèches ou de ses balles. Lorsqu'il a découvert la trace de ses pas, il le suit, armé d un arc, d'une carabine et d'un couteau indien long et adilé, couteau dont il se sert plus ordinairement pour scalper la chevelure de ses ennemis vaincus. 11 s'approrhe du farouclie animal en se cachant el ram|)ant dans les bruyères, et il a soin de prendre le dessous du vent; non pas ipi'il craigne que l'ours, averti de sa présence par la linesse de son odorat, prenne la fuite , mais pour n'eu être pas attaepié le j)remier et conserver l'ascendant qu'a toujours le premier assaillant. t)uand le chasseur se croit à distance convenable du monstre, il se redresse, se fait voir tout à cou|), et lui lance une flèche; puis il se laisse tomber de toute sa longueur sur la terre, se met à plat ventre, et, soutenu sur son coude, il saisit sa carabine, ajuste le monstre et attend. L'ours, furieux et blessé, hésite un instant cuire la fuite et lattaque; mais, voyant son ennemi à terre, il s'élance sur lui pour le déchirer. Le sauvage chasseur a le courage d'attendre ipi'il soit à cinq pas de lui, et alors seulement il fait feu el lui envoie dans la jioilrine une balle qui le renverse roidc mort. Si la carabine vient à manquer, l'iiitn'piile chasseur se relève lestement, et, le rouleau à la main , il atleiul une liille corps à corps. Le plus oïdinaireiuentcc ehangeiuenl de iiosliire siillit iioiir airêler 1 animal , (pii , après une nouvelle hésitation, se retire à pas Icnls el en tournant souvent la tête vers le téméraire Indien. Mais quehpiefois aussi l'ours, dans la fureur que lui cause une douloureuse

LES CARNIVORES PLAJN l'IGHADES.

blessure, se dresse sur ses pleils de derrière, t'iend ses bras et se jette sur son agresseur. Celui-ci lui plonge son couteau dans le cœur et le renverse mourant. S'il manque son coup , il meurt decliire eu mille pièces, victime d'une puérile vanité (pii la fait s'exposer par bravade à un danger sans utilité', ou seulement dans 1 Cspoir de conquérir une misérable fourrure.

Je pense bien (pi'il y a de l'exagération dans ce que les voyageurs nous ont raconté de la férocité de l'ours gris ; mais ce c[ue je viens de dire sur la manière dont les sauvages attaquent cet animal est vrai jus(pie dans ses moindres détails. Du reste, tout ce que nous avons dit de l'ours brini lui est applicable : à cette seule diflérence qu'il ne se nomrit de graines, de fruits et de racines que lorsipie le carnage lui niancpie. Un fait singulier, c est que M. Clinton a cru reconnaître dans le squelette de cet ours une parfaite identité avec les ossements fossiles dont M. Jefferson el, a])rès lui, M. ('•. Cuvier ont rebAti l'tHre extraordinaire au([ucl ils ont donné le nom paléonlologiipie de mégalonyx.

2' CtMiL. Les ARCTONYX {Arctonyx, Vu. Cuv.) semblent (aire le passage naturel des carnassiers avec les paehydermes-coclioiis. Ils ont six incisives égales et petites et deux longues canines à ehaipie mâchoire. Leurs yeux, leur groin et leur queue sont semblables à ceux du cochon, mais ils ont le port, les formes générales et les grill'es d'un ours.

Le BaliSaur {Arctoniix cuUaris, Fii. Cuv.) habite les environs de liarackpour dans l'Inde. Il est d'un blanc jaunAtie onde de noir, jaune sons la gorge, avec uûc bande d un jaune mat (|ui conunence au museau, traverse l'd'il et va contourner l'épaule ; son |)oil est ras sous le ventre, rude el grossier; il a les oreilles courtes et le groin couleur de chair. En indou son nom signifie cochon de sable, et il le doit non-seulement à sa physionomie, mais encore a son cri , qui est un véritable grognement. Du reste , ses habitudes sont lentes et paresseuses.

5'^ CrMii;. Les PANDA (ylîhtrus, En, Ci v.). Si le genre arctonyx est intermédiaire entre les ours et les cochons, celui ci l'est entre les ours et les civettes en passant par les ratons. Il diffère de ces derniers en ce (juil n'a qu'une fausse molaire au lieu de trois à chaque mâchoire; ses incisives, au nombre de six, sont lobées; ses canines supérieures sont droites. Quoique ces animaux soient décidément plantigrades, leur plante des pieds est entièrement couverte de poils et leurs ongles sont à demi rétracllles.

Le CnrrwA ou Oi'a (Ailurus fulgcns, Fii. Cuv.) est d'un roux brillant en dessus; d'un noir foncé en dessous et à l'exlréniitc' des membres ; sa fourrure est très-épaisse ; sa tète est blanche , son museau noir et son front fauve ; sa ([ueue, longue et touffue, est annelée de roux clair et de roux pi'ile. La grosseur de cet animal est à peu ]irès celle d'un chat. 11 habile les Indes orientales; il se jilaît sur le bord des torrents et des rivières qui dcscendcnt des mimlagnes et se nourrit de petits manunifères et d'oiseaux , ijuil poursuit ou surprend jusqu'au sommet des arbres. Son cri, oua, ouo, qu'il répète souvent, le fait découvrir par les elia.sseurs.

■{" Cf.nhk. Les RAToNS (/'roci/on , Storr.) ont (piarantc dents : six incisives, deux canines et douze molaires à chacpie ni^Vhoirc Les trois dernières molaires ont leur coni'onne nuinie de tubercules mousses. Ils ont ;i chaque pied cinq doigts pouivus d'ongles acérés; leur «pieue e.st non prenante, poilue, fort longue; ils manquent de follicules anaux, et ont six mamelles ventrales; leurs nieud)res sont courts et leur tète triangulaire, large, terminée par un nmseau (in.

Le lÎAccooM ou MAPAcu (Proc|/on hlor , Is. CtorK. Ursiis lot or , Lin. Le Raton, liuiF. Le Raton laveur).

11 est d'un gris brun ; il a le mu.scau blanc, avec un trait brun qui lui traverse les yeux et descend sur les joues en se portant

en arrière ; sa cpieuc est annelée de brun et de blanc ; il est à peu près de la grandeur d'un renard, et a de longueur totale deux pieds cinq pouces (0,7«5).

Le poil de cet animal est long, doux, loudu; ses yeux sont grands, d'un vert jaunâtre, pleins de (inesse et de vivacité, le qui n'est pas commun dans les animaux de sa classe; son corps est cuint et ('pais, mais néanmoins plein d'agilité ; aussi saulel-il plulfU ipi il ne marche, et ses mouvements, quoicpie obliques, sont prouq)ls, légers et gracieux; ses ongles, pointus comme des épingles, lui donnent une grande facilité pour monter sur les arbres; on le voit (]Uelipiefois grimper le long de leur tronc avec une agilité surprenante , et courir sur les brandies les jibis minces et les plus flexibles avec la même assurance que s'il était à terre.

Il n'est pas d'un caractère farouche, mais il est déliant ; aussi ne quitle-t-il guère les forêts pour s'avancer dans la plaine près des habitations, comme font les renards el aulres [ictils carnassiers redoiilés dans les basses-cours. Il se plait particulièrement le long des vallées boisées et solitaires arrosées par des ruisseaux et de petites rivières dont il suit les bords pour surprendre les rats d'eau , les reptiles et même les jioissons et les éerevisses; à leur défaut, il se contente de chasser aux nsectes, et même il se nourrit de fruits, de graines el de racines lubcmdeMses. Mais la nourriture ipii lui plait le i)lus, celle à la recherche de laquelle il s'occupe constamment, consiste en œufs et en oiseaux, dont il s'empare avec beaucoup d'adresse. Le soir, lorsque la nuit commence à envelopper les forêts de son ombre, le raton ijuitte le bord du ruisseau sur leijuel il s était tenu en embuscade |iendant le jour, et se met en (juête. Il visite les joncs des marais pour chercher les nids de canard et autres oiseau.x d'eau , que l'excellence de son odorat lui fait aisément reconnaître. S'il est assez heureux pour surprendre une troupe déjeunes halbrans ne pouvant pas encore voler, il en mange un ou deux sans inipiii'ier les autres; mais chaque nuit il revient prélever le luênie impôt sur la couvée , jusqu'à ce qu'il l'ait entièrement détruite.

Si les oiseaux d'eau manquent au raton , il s'enfonce dans les forêts et grimpe sur tous les arbres qui lui paraissent cacher dans l'épaisseur de leur feuillage quebpies faibles habilants des bois : soit des oiseaux, soit des écureuils ou aulres rongeurs. Ce (|u'il y a de singulier, c'est qu'il se trompe rarement. Est-ce son intelligence qui lui fait reconnaître l'arbre qui recèle sa proie, ou bien est-ce la finesse de son nez qui la lui fait découvrir de fort loin".' C'est ce que les chasseurs n ont pas encore pu décider.

Tous les naluralisles (pii ont vu des ratons en captivité ont observé les mêmes faits. Je vais donc laisser parler notre grand écrivain. « Cet animal trempait dans l'eau, ou pluUU il détrem- |)ait tout ce qu'il voulait manger; il jetait son pain .dans sa terrine d'eau, et ne l'en retirait que quand il le voyait bien imbibé: à moins <|u il ne fût ]>ress(' par la faim, car alois il prenait la uoiiriilure sèche et telle ([u'on la lui présentait. Il furetait partout, mangeait aussi de tout, de la chair crue ou cuite, du iioisson, des œufs, des volailles vivantes, des graines, des racines, etc. Il niangeait aussi de toutes sortes d'insectes; il se plaisait à chercher des araignées ; (l lorsipi'il était en liberté dans un jardin, il prenait les limaçons, les liannetons , les \ers. 11 aimait le sucre , le lait et les autres nourritures douces par-dessus toutes choses, à l'exception des fruits, auxipiels il préférait la chair, et surtout le poisson. 11 se relirait au loin pour faire ses besoins; au reste il était f.imilier et même caressant, sautant sur l(!s gens ipi'il aimait, jouant volontiers el d as>e/ bonne gr;ke, leste, agile, toujours en niouveiuent. 11 m'a paru tenir beaucoup de la nature du maki et un peu des (jualités du chien. »

La ménagerie a autrefois possédé un raton qui avait absolument les mêmes habitudes. Quand je voulais m'amuser à ses dépens, je lui donnais un morceau de sucre. Aussitôt il le portait dans sa terrine d'eau pour le délayer, et rien n'était plus comique que

LES CARNIVORES PLANTIGRADES

ses démonstrations d V'ionnement lorsque, le sucre étant fondu, il ne retrouvait plus rien dans le vase. Le raton laveur habite l'Amérique septentrionale.

L'ACOuARAPorÉ ou Raton crabier [Procyon cancrivorus , Geoff. Le Chien crabier de La Borde. Le Eaton crabier, Buff.).

Vingt-cinq pouces (0,G77) de longueur totale ; son poil est plus court, fauve, mêlé de gris et de noir, et assez uniforme en dessus; d'un blanc jaunâtre en dessous; ses pattes sont brunâtres; et sa queue, plus longue, est marquée de huit ou neuf anneaux noirâtres, quelquefois peu a])parents. Commun à la Guyane , il cherche sur les rivages les crabes dont il fait sa principale nourriture, et d'où lui est venu son nom. Ses habitudes difTerent peu de celles du précédent, mais il est dun caractère plus timide.

^SXi.^'

L'Ours féroce.

Du reste les ratons , étant tous fort mal armés , ont le sentiment de le\ir faiblesse, et sont doués d'une intelligence trcs-développéc. Si, à la ménagerie, une personne étrangère se présente devant la loge de ces animaux, aus'-itùt le raton s'enfuit et se cache dans le coin le plus obscur en donnant les signes les plus énergiques de son effroi. Les deux espèces dont nous donnons ici les figures sont les seules qui aient été reconnues par les naturalistes, et bien décrites par eux; l'une, comme on l'a vu, api)arlient à l'Amérique du Nord, l'autre à l'Amérique du Sud. On raiq)Orte à la première, comme variétés, le raton lAanc deBrisson, le raton fauve et le raton d<j, Brésil; mais ce dernier, s'il était sufTisamment étudié, formerait probablement une espèce sufTisamment tranchée, comme le pense M. Isidore Geoffroy, ainsi que le raton à yorije brune du pays des limons Un individu de cette dernière espèce ou variété, qui existe au cabinet du .lardin, ne difTère en rien d'un autre individu du même pays, cpie M. Isidore Geoffroy a vu au cabinet d'histoire naturelle de Genève. 11 résulterait de tout ceci (]u'il existe réellement quatre espèces de ratons, dont deux n'auraient pas l'ié suffisamment décrites. Nous remarquerons rpie ces animaux, «pioiipie placés parmi les idauligrades, relèvent le talon en marchant, et n'appuient ipie les doigts swv le sol; ils ne posent la plante des pieds sur la terre que dans le repos. C'est un des mille e\emi)les qui prouvent que la nature se lient i)resque constamment en dehors des lois absolues ([ue nous voulons lui iiiq>oser, et (pie nos méthodes prétendues naturelles lui sont tout à fait étrangères.

5' Gi;nue. Les BENTOURONGS (/chiks, Vai.knc. Arctictis, Tf.m.m.) ont trente-six dents : six incisives, deux canines et dix mol.iires à chaque mâchoire; les canines longues et comprimées, tranchantes; corps trapu; tète grosse; yeux])clils; oreilles velues, arrondies et petites; cinq ongles crochus, comprimés, non conractiles, à chai(ue (lied; queue prenanic, mais cnlic rcuu'nt velue.

Le Bentourong noir (Ictides ater, Fr. Cuv.) est un peu plus grand que le Bentourong à front blanc, dont il serait possible qu'il ne fût qu'une variété. Son pelage est entièrement d'un gris noirâtre. Il habite Java.

Le BsiNTOURONG doré {Ictides aureus , Valenc. Paradoxurus aureiis, Fr. Cuv.) est couvert de poils très-longs, soyeux , d'un brun fauve doré et uniforme. On le croit de l'Inde.

Le Bentourong a front blanc (Ictides albifrons, Valenc. Paradoxurus albifrons, Fr. Cuv. Le Benturong, Raff.) a deux pieds (0,650) de longueur, non compris la queue , qui a deux pieds six pouces (0,812). Son pelage est composé de longues soies noires et blanches , excepté sur la tète et sur les membres , où le poil est court; son museau et son front sont presque blancs, avec une tache noire sur l'œil s'étendant jusqu'à l'oreille ; sa queue et ses pattes sont noirâtres ; ses moustaches très-longues et très-épaisses ; ses oreilles bordées de blanc.

Cette espèce se trouve dans l'intérieur de l'Inde. Elle est nocturne et dort pendant le jour. Le soir elle se réveille pour se mettre à la recherche des insectes , des fruits et des petits animaux dont elle se nourrit.

Les bentourongs se rapprochent beaucoup des ratons par la forme de leurs dents et par leur marche plantigrade. Ils lient aussi ce genre aux civettes et principalement aux paradoxures , dont ils sont très-voisins par l'ensemble de leur organisation. C'est à M. Duvaucel, mort dans l'Inde, ([ue l'on doit la connaissance de ces animaux, qui ont été plusieui'S fois observés depuis, mais sans qu'on nous ait rien transmis d'intéressant sur leurs mœurs et leurs habiludes.

Le Raccoon.

G" Genre. Les PARADOXURES [Parado.rurus, Fr. Cuv.) ont <piarante dents : six incisives, deux canines et douze molaires à cha- (pie mâchoire; leur queue n'est pas prenante, mais elle a la faculté' d(' s'eni'<iMler de dessus en dessous jnstpi'à sa hase; les doigts, prestpie palnu'S, sont au nombre de cin(i, armés d'ongles à demi rétractiles; leur plante des pieds est tuberculeuse, et ils laïqiuienl entièrement sur le sol en marchant, ce qui les sépare des civeltes et des gcnettes , avec lesipielles ils ont d'ailleurs Ix^uicoup d'allinité; leurs yeux ont une pupille longitudinale; ils manquent de poche près de l'anus. Ces animaux sont très-carnassiers.

Le PouGOUNiÉ [Paradoxurus lypus, Fr. Cuv. Viverranigra, Desm. Viverra genetia, Raff. La Cenette de France, Buff. Le Musangsapulul et la Marte des palmiers des voyageurs) .

Trois pieds ( 0,97,')) de longueur totale ; il est d'un noir jaunâtre , avec trois rangées de lâches noirâtres, peu prononcées.

plainïighadks.

sur les côtés, et d'autres éparses sur les cuisses et les e'paules; il a une tache blanche au-dessus de l'œil et une autre au-dessous; sa queue est noire.

Le pougounié est un animal nocturne (pii se trouve dans les Indes orientales. Si dans le jour il paraît endormi et paresseux,

Aussitôt on le reprit sans ipi'il ait fait grande résistance, et il fut reporté à la ménagerie. La liberté dont il avait joui avait rendu son pelage brillant et niagnifniue, mais l'animal ne paraissait pas en être devenu [ilus farouche. .l'ai toujours pensé depuis (pion i>ourrait aisément le soumettre à la domcslicité.

L'A^oiiarapope.

c'est tout diflérent aussitôt que le crépuscule desteiid sur les forêts (|u'il haliite; il déploie alors une grande vivacil(', et c'est un vrai mouvement perpétuel. Toujours furetant comme un chat, grimpant, sautant comme un écureuil, il est occupé à laire la chasse aux oise.mx, à dénicher leurs œufs et leurs petits, dont il est trèsfriand. Il grimpe sur les palmiers avec la plus grande agilité, s'y

Le MusAM.-Bur.AN ou Lhwach (Paradoxurus musany. Vnerro musaïKja, Raffl. Le Musany, Marsd.) est plus petit, sa grosseur atteignant au plus celle d'un chat; son pelage est d'un fauve foncé , mélangé de noir ; sa queue est noire , excepté deux pouces (0,051) de son extrémité qui sont d'un blanc pur, et ce caractère le (lifTérencie fort bien du iiréc('dent. Il habile Java et Sumatra.

Le Pougounié.

mainlienf aisément au moyen de sa queue , et y poursuit les petits mainmifcres. Il est très-carnassier; c'est à peu piès tout ce ipiOri sait (le son histoire. l'ii de ces animaux s'écliappa un jour du .ianliu des Piaules, et, loin de se jeter dans les champs, il remonta de maison en maison le long du boulevard intérieur jus(|u';i la barrière d'Enfer, où je l'aperçus, un mois après sa fuite, jouant avec un jeune chat sur le tuyau d'une chcmim'c

.le crois que c'est à cette es])èce cpi'il faut rapporter la Genctie dti caji de bit]ine- lisy)èrant:t', de liuM'ou.

Le Dr.i.iiNiiuNC ou Li.nsanc (l'aratloxunt^ pn-hensilis. Viverra prc- Iie7isilis, DisM., — ni; l!l.Al^v. f/rcna (jraalu:, lions. Viverra linsang, IIai\i)\v. ) , plus petit encore ipic le précédent, ne dépasse guère la taille d'une fouine. Son jielage est d'un jaune verd.Mre; la ligne dorsale, les pattes et la queue sont noires; il <!

l'fllis. Ty|ii>;jia|plii.' l'irii Iriirs ilr \ iiiijii .11(1 , ^ÎO.

LES CARNIVORES PL A^TIGRADES

deux lignes de lâches allonge'es noires près du dos, et beaucoup de petites taches orbicuiaires sur les flancs. Il habite le Bengale.

1' Genre. Les CO.VTIS [Simia, G. Cov.) ont quarante dents : si\ incisives, deux canines prismatiques aplaties et douze molaires à chaque mâchoii'e. Ils ont à chaijue pied cinq doigis armes d'ongles longs , ace'rcs ; leur nez est extrêmement allonge et mobile ; leur queue est pointue, non prenante, et trè.s-longuc; ils manquent de follicules anaux et ont six mamelles venirales.

Le QuACiii [Nasua rufa. Fr. Cuv. Viverra nasua, Lin. Le Coali roux, G. Cuv.) a deux pieds cinq pouces (0,785) de longueur; il est d'un roux vif et brillant, un peu plus sombre sur le dus; son museau est d'un noir grisAlre, avec trois taches blanches autour de chaque œil, mais sans ligue longitudinale blanche sur le nez. Il habile le Brésil et la Guyane, et ses mœurs sont absolument celles du coati-mondi. Il est assez singulier (juc l'on ait trouve en Europe des ossements fossiles de ces animaux , analogues à ceux qui vivent aujourd'hui en Amérique.

Le CoATi-MoNDi (!\'asua fusca, Fr. Cuv. Vwcrra nasica, Lin. Le Cuati brun, G. Cev. Le Coati noirâtre, Biiff. Le Blaireau de .Surmam, Briss.) est brun ou fauve en dessus, d'un gris jaunMre ou orange en dessous; il a trois taches blanches autour de cliaipie a'i! , et, ce qui le dislingue plus particulièrement du iirèce'dent, une ligne longitudinale blanclie le long du nez. Du reste, son ]iclage varie beaucoup de couleur.

(Juoiciue les coatis aient une pupille Irès-dilalnble , on ne peut pas dire ipiils soient des animaux nocturnes, et, si l'on en croit Linné, ils sont trè.ssinguliers sous ce ra|)|)ort. Ce grand naturaliste en avait un cpii diu-mait depuis minuit jusipi'à midi, veillait le reste du Jour, et se promenait régulièrement dcjiuis six heures du soir Jusqu'à minuit, qLiehpie teuq)S ([u'il fit. Il |iarait cependant cpie d.ins les forêts du Brésil , du Paraguay et de la Guyane, oi'i cet animal est assez commun, il chasse depuis le matin Jusqu'au soir, et dort toute la nuit. De tous les carnassiei's, les coatis et les ours devraient être les ])lus omnivores, si on en Juge ])ai' leur système dentaire , et nèaumoins les jjremiers se nourrissent entièrement de sid)Slanies animales : aussi sont-ils cruels, et outils toutes les habitudes fe'roccs des martes , des fouines , des renards et autres carnivores. S'ils peuvent iie'nétrcr dans une bassecour, ils n'en sortent pas ([u'ils n'aient tué toutes les volailles, (ju'ils ne leur aient mange' la tète et suc;' le sang. El) esidavage , ils deviennent assez familiers, el reçoivent les caresses qu'on leur fait avec un certain plaisir, et en faisant entendre un petit sifflement doux; mais ils ne les rendent jamais, et ne paraissent jamais capables d'aucun altachcment. lis ont dans le caraclère une opiniàtret(' invincible, et rien n'est capable de leur faire faire une chose contre leur vohuilé. En coati est-il en r<'pos, il y reste malgré tous les moyens que l'on peut mettre en usage pour l'en faire sortir; si l'on emploie la force pour l'exciter à changer de jdaci', il se cramponne, s'accroche comme il peut au\ corps environnants, rc'siste de toute la jniissance de ses forces, et finit, dans sa colèri' furieuse, jiar se Jeter dans les Jambes de ses piovonalciirs, en aboyant d'une voix très-aigtii'. Si l'on veut l'arrêter dans sa marciie, le détourner de l'endroit où il veut aller, le fairit sortir d'un appartement, en un mot, le contrarier dans sa volonté de fer, il faut constamment euijiloyer la violence; contraint par la force, vaincu dans ses elfoits, il se laisse Irainer, mai- il n'obéit pas, et recommence la ri'sistaiice dès (pi'il le peut. Sa curiosité ne le cède guère à son opiniâtreté, el ces deux défauts, poussés il l'extrême, le rendent fort incommode dans un appartement. Aussitôt entré dans une chand)rc, il commence jiar cii visiter tous les coins; il va fuirtanl, fouillant |iailoul, tournant et retournant ( haque chose pour la consiilérer, (hqpi.içant tiuis les objets qu'il peut atteiiuh-e, saiitaiil sur les meubles avec |ilus de b'gèreté qu'un ili.il , grimp.iut aux lideaux des lits, eiilin

mettant tout sens dessus dessous. Il résulte de ces habitudes désagréables que l'on est obligé de le tenir constamment il la chaîne, quehpic apprivoisé (]u'il soit. En outre, son caractère est tellement mobile , que cliez lui les caprices se succèdent presque toute la journée, et il passera dix fois par heure de la joie à la tristesse, de la tranquillité à la colère, sans aucune cause a|)i)arenle. Ajoutez à cela qu'il est d'une méfiance extrême, qu'il a la singulière habitude d'aller flairer les excréments (pi'il vient de faire, (juil exhale une odeur forte et désagréable, qu'il est voleui' comme un chat, et s'empare délibérément de tout ce qui est à sa convenance, sans (lu'aucunc correction puisse l'en empêcher ni le corriger de ses défauts, et vous aurez le portrait peu flatteur, mais vrai, d'un commensal nullement aimable.

A l'état sauvage , le coali-mondi ne quitte pas les forêts les plus sauvages. Il grimpe sur les arbres avec toute l'agilité d'un singe, et, ce (|u'il y a d'extraordinaire, c'est qu'il est le seul animal de son ordre qui en descende dans une position renversée , c'est-àdire la léte en bas. Il doit cette étonnante faculté à la conformation particulière de ses jiieds de deirière, cpii lui permet de les retourner de manière à pouvoir se suspendre par ses griffes. Tout son tciiqjs est occupé à la chasse aux oiseaux et à la recherche de leur nid, ou à poursuivre les petits mammifères. Il ne laisse pas pour cela de se nourrir d'insectes , et pour les trouver il fouille très-aisément la terre avec sou boutoir, ou plutôt sa liom|ie, (|u'il meut dans tous les sens et continuellement, même quand il n'a p;is besoin de s'en servir. Lorsifuil boit, il a bien soin de la relever afin de ne pas la mouiller, et alors il lape comme un chien. Cet animal turbulent ne se creuse pas de terrier, ainsi que l'ont avancé la plupart des naturalistes, mais il se loge dans des trous d'arbre. Il vit en troupe assez nombreuse, el, selon Azzara, (piaïul on les surprend sur un arbre isolé que l'on fait semblant d'abattre, tous se laissent aussitôt tomber comme des masses. Pour porter les aliments à la bouche, les coatis se servent de leurs pattes de devant, mais non pas à la manière des écureuils et autres rongeurs; ils commencent à diriser en lambeaux la chair de leui' proie, au moyen de leurs grilles, puis ils cnlilcnt un morceau avec leurs ongles et le portent à leur bouche comme ferait un homme avec une fourchette.

La femelle fait de trois à cinq petits, qu'elle élève avec tendresse , et parmi lesquels se trouvent constamment plus de milles (pie de femelles. Aussi, (|uand leur éducation est terminée, la troniie s'cmiircsse-t-elle de chasser ses mâles surabondants; ils vont rôder solitairement dans les forêts jusqu'à ce que le hasard leur ait fait rencontrer une compagne, avec bupielle ils viennent vivre en société dans la première troupe cpiils rencontrent. Les coatis marciicnt toujours la (pieue élevée, mais non pas inclinée sur le dos.

S" Geniie. Les BLAIRE.\EX {Mêles, Briss.) ont trente-six dents : six incisives el deux canines en haut et en bas; huit molaires à la mâchoire su|iérieure et douze à l'inférieure; leur corps est trapu, bas sur jambes, ce qui leur donne une marche rampante; ils ont ciii(| doigts à chaque pied, ceux de devant armés d'ongles longs et robustes, propres à fouir la terre; la (pieue est coiirle, velue; ils ont près de Innus une poche rem|)lie d'une humeur grasse et infecte; on leur trouve six mairicllcs, ilcux pectorale» et ipialrc venirales.

l-c lii AiRi.AU Commun [Mêles rulgaris, Desm. Ursus mêles, Lin. Le llliiireau, Ben. Le Taiss(}n de (piclquc chasseur) est d'un gris brun en dessus, noir en dessous; il a de chaque côté de la tête une bande longitudinale noire, jiassant sur les yeux et les oreilles, et une autre bande blanche sous celles-ci, s'éten<lant depuis l'épaule JiiS(iu'à la moustache.

0 Le blaireau, dit lUilï'on, est un animal paresseux, (h'Iiant , solitaire, qui se relire dans les lieux les |)lus écart('s, dans les bois les plus sombres, el s'y creuse une demeure souterraine; il

l'LAiX'J'lGlï AOKS.

sf'inljh! lïiir la société, mcmii i;i liiii)ièie, cl passe les Irois quarts (le sa vie dans ce séjour lénébreus, dont il ne sort que pour chercher sa subsistance. Comme il a le corps ailonRé, les jambes courtes, les ongles, surtout ceux des |>ieds de devant, très-longs et très-fermes, il a plus de facilité (pi un autre pour ouvrir l.i terre, y fouiller, y pénétrer, et jeter derrière lui les déhlais de son excavation, ([u'il rend tortueuse, oblique, et qu'il pousse quel- ((uefois fort loin. Le renard, qui n'a pas la même facilité pour creuser la terre, profite de ses travaux : ne i)onvant le contraindre par la force, il l'oblige par adresse à ijuitler son i]oml( ile, en l'inquiétant, en faisant sentinelle à l'entrée, en l'infectant même de ses ordures; ensuite 11 s'en empare, l'élargit, l'approprie et en fait son terrier. Le blaireau , forcé à changer de manoir, ne change pas de pays ; il ne va qu'à (pielque distance travailler sur nouveaux frais à se pratiquer un autre gile, dont il ne soi't (|ue la nuit, dont il ne s'écarte guère, et où il revient dès (pi'il sent quelque danger. 11 n'a que ce moyen de se mettre en sûreté, car il ne peut échapper par la fuite : il a les jandies trop courtes pour pouvoir bien courir. Les chiens l'atteignent proniptement lorsipills le surpreinient à quehpie distance de son trou; ce|)endant il est rare ipi ils l'arrêtent tout à fait, et ([u'ils en viennent à bout, à moins qu'on ne les aille. Le blaireau a les poils très-épais, les jambes, les mùchoires et les dents très-fortes, aussi bien i|ue les ongles; il se sert de toute sa force, de toute sa résistance et de toutes ses armes, en se couchant sur le dos, et il fait aux chiens de profondes blessures. 11 a d'ailleurs la vie très-dure, il cond)at longtemps, se défend courageusement et jusipi'à la dernière extrémité. »

Le blaireau est carnassier, mais cependant, et qijoi qu'en aient dit les naturalistes, il ne vit guère de |iroie <pie Inrsipi'il ne trouve jikis de graines, de baies et auli'es fruits. Dans ce cas, il déterre les nids des guêpes et d'alieiiles-bonrdons pour en manger le miel et les couvains; Il fait la chasse aux souris, aux mulots, aux serpents et autres reptiles; il mange aussi des sauterelles, des hannetons et toutes sortes d'Insectes; mais ce qu'il préfère à tout, le sont les raisins el les épis de maïs avant leur parfaite maturité. S'il rencontre un nid de jierdrix ou d'autres oiseaux, il ne manque pas d'en briser les œufs , et l'on dit même (|ue parfols il creuse et i)erce les rabouillères de lapine pour dévorer les lapereaux. Lorsqu'il est pris jeune et apprivoisé , il devient trèsfamilier, joue avec les chiens, et, connue eux, suit son uiaiire et réiumd a sa voix. Il est extrêmement farlle à nourrir, et mange (ont ce cpi'on lui offre, de la chair, des œufs , du fromage, du beurre, du pain , du poisson, des fruits, des noix, des graines et même des racines. Dans la maison, il a une vie trampillle, Il n est pas malfaisant ni incommode, car il n'est ni voleni- ni gourmand.

Sans être très-c(unruun nulle part, le blaireau se trouve dans toute l'Europe et dans toute l'Asie tempérée. C'est un animal très-rusé et très-déliant, qui ne donne c[ue bien rarement dans les pièges qu'on lui tend. Un vieux blaireau qui s'apeiroll du lacet lendu à l'entrée de son terrier reste iiuehpu'fois cinq ou six jours ON davantage sans sortir, s 11 ne peut se creuser une autre Issue à cause des rochers; mais enfin, |ors<|u'l| est )ire.ssé par la faim, il faut bien (pi'il déloge. Ajirès avoir sondé longtemps le terrain , après avoir cent fois hésité, il finit par roulci- .son corps en iiouie aussi ronde (pie possible, s'élance, fait trois ou (piatre culbutes en roulant, et passe ainsi à travers le lacet sans en être aecroelu', à cause de la forme sphériipie (pi'd a prise. Ce fait, tout extraordinaire ipi'il est, n'en est ])as moins certain pour les chasseurs allemands.

On prend aisément le blaireau dans son trou en le finnanl . comme on fait pour les renards, ou en ouvrant des tranelu'cs et en le d('terrant. Mais, poui- op(-j-er de celle dernière manière, il faut avoir un chien basset parfailenu'ut drcs.si: à reconnaître le terrier, à y pénétrer et à y contenir le blaireau pendant que les

(liasseurs travaillent aven la iielle et la ploelie. .Si le chien est ini prudent et si, ne connaissant pas bien son (nélier, il joint le blaireau, celui-ci se défend avec une telle fureur cjne l'assaillant, souvent estropié, est obligé de battre en i-elraite. Il arrive encore «pielipiefols (pie le nialieiciix anural , dès (|u'll entend le (bien , fait ébouler la terre de manière à couper la coranuiuicalion qui conduit jus(pi'à bu. In fait singulier, c'est qu'en France, et en France seidenieul , piesque Ions les blaireaux ont la gale , sans que celle maladie jiaraisse les incommoder; les chiens (pu eulrent dans leurs terriers manipient rarement de la prendre, si on n'a la pri'caulion de les laver avec une forte dissolution de savon aussit(5t qu'on est de retour de la chasse. Quelquefois , bu-,s(pie le blaireau entend creuser au-dessus de lui, il prend une «b'termlnation désespérée, et sort de son trou malgré le chien. Alors cnnimence un combat furieux dans letpiel ce dernier reçoit toujours (pieb|ues blessures graves. Le blaireau a les niAeluiires tellement fortes , (pi'll n'est i)as rare de lui voir enlever d'un seul coup de dents un lambeau de peau et de chair, laissant inie plaie de trois ou quatre pouces de diainèire.

Les Allemands ont luie manière amusante de chasser ces animaux En automne, tiiiis ou ([uati'c chasseurs parlent ensemhle, à nuit close, armi's de butons et munis de lanternes; l'im d'eux porte une fourche; ils conduisent à la laisse deux bassels et ini chien courant bon quêteur. Ils se rendent dans les lieux ijn Ils savent habitt'S par les blaireaux , et à lU'oxImité de leiu's terriers; là ils lAehenl leur chien courant, (pii se met en (piête et a bient(H rencontré un de ces animaux. On découple les bassels, on rappelle le courant, et l'on se met à la poursuite de l'animal , ipil ne tarde pas à être atteint par les chiens, et qui se défend vigoureusement des dents et des grilles. Le chasseur (pil porte la fourche la lui passe au cou, le couche à terre, et les autres chasseurs lassomment » coups de bAton. Si on veut le ]U'endre vivant, on lui enfonce an-dessous de la mâchoire inférieure un crochet de fer emmanché d'un b.Mon , on le soulève et on le jette dans un sac i(ue 1*011 noue en dessus, après avoir bAillonné l'animal. Sa peau sert à couvrir des colliers de chevaux, des malles, etc., el nos pères accordaient à sa graisse des |uopriél('s médicales ([u'elle n'a pas.

Le mfile et la femelle du blaireau vivent solllalremenl, chacun de son eêil('; celle-ci met bas en (■t(', et fait trois ou (pialre petits, dont elle a le jdus grand .soin. Elle lein- prépare un lit avec de riicrbe douce (pielle a l'indusliie de r('unlr en une sorte de fagot qu'elle traîne entre ses jambes jus(pi'à son terrier. Lorsipie ses petits sont mi peu birts, elle va chasser dans les environs de son habitation, el leur apporte le looduit de ses recherches pour les habituer peu à peu à une nourriture sfdide; mais alors, elle les fait sortir sur le bord du terrier, alin di' ii en jias salir rint('rieur par les débris des rejias, car CfS aniipaux tiennent leur logis avec la plus grande proprelé.

Le (Lmic.ajou {Mcles labraJorica , Saiiine, Ursus labradoriciix , C»i. Le (llimtondu Labrador, Sonn.) n'est probablement tpi'une vai iélé du préct'dcnt ; il a deux pieds deux pouces (0,70!.) de IongtuMir non conqu-ls la «pieue; il est brun en dessus, avec une ligne longitudinale blani^liAtre , bifin'ipn'C sur la têle , el simple tout le long du dos; les cotés du museau sont d'un brun foncé, et SCS pieds de devaiil sont noirs. 11 habite le pays des Esi(uliuaux, le Labrador. l'eul-êtie faut-il encore regarder eomiue simple variété celui qui suit.

Le r.i.Auir.Mi TAissox [Mdei taxo. — Ursini laxm, SeiiK.l. il diffère du premier par son ventre d'un gris jdus clair que ses flancs ; ])nr son oreille, (pii est de la couleur gi'nérale du corps el seuUv ment honh'e de noir; par la bande noire de la face, (pii est sii- IK'rleure à lœll sans y toucher. Il liabitc l'Eunqie. Quant au.\ dlllérences du blaireau-clilen et blaireau-cochon, elles n'existent ipie dans les pr('jug('s des chasseurs.

LES CAKIV'IVORES PLANTIGB ADES.

d" Genre, Les GLOUTONS (Gulo, Storr.) ont trente-quatre ou trente-huit dents : six incisives et deux canines en haut et en bas; huit ou dix molaires supe'rieures et dix ou douze molaires inférieures. Ils ont le corps ]ilus ou moins eflile', plus ou moins élevé sur jambes ; la queue assez courte, et, près de l'anus, deux replis de la i>eau, mais point de [loche.

Le RossoMAK {Gutlo arcticus, Desm. Ursus gulo, Lin. Le Glouton, BuFF. La Volverenne, Penn. Le Vielfras des Danois; le Gieed'k des Lapons.).

Sa taille est celle d'un gros chien braque, mais il a les jambes

Olaiis Magnus est, je crois, le premier naturaliste qui ait parlé du glouton, mais pour exagérer beaucoup sa voracité, qui a passé en proverbe. Cet auteur raconte que, quand il dévore un cadavre, il se remplit au point d'avoir le ventre gros comme un tambour; puis il se presse le corps entre deux arbres pour se vider, retourne ensuite au cadavre, revient se presser entre les deux troncs d'ar-

bres , et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de sa proie , quelque grosse qu'elle soit. De pareils contes se réfutent d'eux-mêmes. D'autres naturalistes, et particulièrement Gmelin , ont avancé que cet animal , par une exception qui serait unique

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Le Coali-Mondi,

beaucoup plus courtes ; sa fourrure est très-belle et fort estimée des Russes, (jui la préfèrent à toutes les autres, si on en excejpte l'hermine , pour garnir les bonnets et faire des manchons. Elle est d'un 1)1 un marron foncé, avec une grande tache discoïdale

jilus foncée sur le dos, et quelcjucfois di s teintes [dus jiMes. Il a l.i queue a.s.sez courte, le corps ln\\>u , et eu général les formes lourdes II habile les contrées les plus froides et les plus dé.sertes du nord de IKiiiop,- cl de WWn:. Il est commun en Laponie et dans les dt'seiis de la sili('i-ie.

parmi les êtres vivants, n'avait,' pas l'instinct de la conservation; il.s° basent leur opinion sur ce que le glouton, (juand il voit un homme, ne donne aucun signe de crainte, et s'en approche avec iiidifTérence , comme s'il ne courait aucun danger. A supposer

(|ue ce fait fut vrai, il ne prouverait (|u'une cho.se, c'est que, vivant dans le désert, où jamais il ne Uduvc un élrc plus fort qw lui, il ignore ce (|u'il a à craindre de la présence de l'Iidinnie, D'ailleurs tout animal qui n'aurait i)as la conscience de sa conservalion ne vivrait pas vingt-(pialrc heures.

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