‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 37 sur 219 · LES CHATS · texte numérisé non relu

LES CHATS

n'ont point de petites tlenls Jii tout (lei-rière la grosse molaire d'en bas; leur museau est court et rond; leurs ongles sont re'tractiles, excepte' dans le premier genre. Ils ont cinq doigts aux pieds de devant, et quatre à ceu.x de derrière.

i" Genre. Les GUÉPARDS {Guepar cijnofelis, Less.) diffèrent des chais proprement dits par leurs ongles non relracliles, mais semblables à ceux des chiens; par leur tête plus petite et plus courte, par leurs Jambes plus longues, leur corps plus l'iance, et enfin par leurs dents mâchelières, qui sont moins tranchantes. On n'en connaît qu'une espèce, qui est

Le Guépard ou Fauh (Guepar jubalus. — Felis jubata , Schr. — Lin. Felis guttala, Geum. Cynofelis jubata, Less. Le Tigre chasseur, des Indes; le Léopard à crinière: le Fadh et le l'ouse des Persans, le Jaz des Turcs).

Ce joli animal habile l'Asie méridionale et plusieurs contrées de l'Afrique; il a trois pieds et demi (1,157) de longueur, non compris la queue, et deux pieds (0,650) de hauteur. Son pelage est d'un beau fauve clair en dessus, et d'un blanc pur en dessous; de |)etites tar-hes noires, rondes et pleines, e'galcment semées, garnissent loule la partie fauve; celles de la pnriie blanche sont plus larges et plus lavées; la dernière moitié de sa queue est annele'e de douze anneaux alternativement blancs et noirs; enfin, les poils de ses joues, du <lerrière de la tète et du cou sont plus longs, plus laineux ipie les autres, ce qui lui forme comme une sorte de petite crinière. A celte jolie robe le guépard joint la légèreté' des formes et la gr;1ce des moilvemenls. Ayant les doigts longs, munis d'ongles peu pointus et nullement i-ètrnctiles, il ne peut grimper sur les arbres comme la plupart des chats; mais il bondit cojnme eux, court avec beaucoup plus d'agilité, et peut atteiuilre aisément le gibier en le poursuivant, quand il n'a pas réussi à s'en saisir par surprise.

Il s'en faut de beaucoup (pie le guépard ait le caractère perfide et féroce des grands chais avec lesi|uels les naturalistes l'ont classé. Quoicjue habitant des foréls et vivant de la chasse, il est JK'U farouche et s'apprivoise fort aisément. Alors il s'allache à son inaitre, ri'pond à sa voix, le suit, le caresse, se laisse dresser à chasser jiour lui, et montre autant d'intelligeni e que de douceur. Celui qui vivait, il y a peu d'années, à la ménagerie, venait du Sénégal; il était si familier, qu'on l'avait placé dans un parc, où il vivait librement, et dont jamais il n'a cherché à sortir. 11 obi'issait au commandeniint du gardien de la ménagerie, et il aimait surtout les cliiens, avec l('si|uels il jouait toiil(^ la journée sans leur faire jamais aucun mal. Un jour, un petit domestique nègre, agt- de dix à douze ans, vint se promener au Jardin des Plantes; il aperçoit le guépard dans son parc, et se met aussitôt à l'appelrr : Fadh! Fadh! Le gué])ard le regarde, s'a])]iroclie; aussitôt le négrillon de jeter là le chapeau à galon , la veste de livrée, d'escalader la palissade, de se jeter sur l'adh, qui l'attendait avec inqiatience, et les voilà se baisant, se léchant, se caressant de mille manières, se serrant, l'un dans les bras, Pauthe dans les pattes, et se roulant tous deux sur le gazon en jouant à (jui mieux mieux. Celte scène, aussi sur|ireiinnle (]u'inattendue ^ ellraya ceux ipd en fin-cnt t('ui(>ins autant (pi'elle les étonna; on courut chercher le gardien des animaux. On ai)|)rit alors que le guépard et l'enfant avaient fait ensemble la traversée du Sénégal en France, qu'ils s'étaient ('pris d'amitii^ sur le pont du bâtiment, et (pie tous les deux venaient de se rencontrer par hasard, et de se reconnaître après une séparation de trois mois.

Si l'on eu croit Kldeuiiri , ce serait Chaleb , fils de Walid , ([ui , le premier, se serait servi du guépard pour la chasse, ce qui, du reste , est assez peu important à savoir. Ce qu'il y a de cer-

tain, c'est ([u'à Surate, au Malabar, dans la Perse et dans quelques autres parties de l'Asie , on élève ces animaux pour s'en servir à cet exercice. Les chasseurs sont ordinairement à cheval, et portent le guépard en croupe derrière eux; quelquefois ils en ont plusieurs, et alors ils les placent sur une petite charrette fort légère et faite exprès. Dans les deux cas l'animal est enchaîné, et a sur les yeux un bandeau ipii l'empêche de voir. Ils partent ainsi pour parcourir la campagne, et tâidier de découvrir des gazelles dans les vallées sauvages où elles aiment à venir paître. Aussitôt qu'ils en aperçoivent une, ils s'arrêtent, déchaînent le guépard, et, lui tournant la tête du c(ité du timide ruminant, ils le lui montrent avec le doigt. Le guépard descend, se glisse doucement derrière les buissons, rampe dans les hautes herbes, s'a])proche en louvoyant et sans bruit, toujours se mas(piant derrière les inégalités du terrain, les rochers et autres objets, s'arrêtant subitement, et se couchant à plat ventre quand il craint d'être aperçu, puis reprenant sa marche lente et insidieuse. Enfin, quand il se croit assez près de sa victime , il calcule sa distance , s'élance tout à coup, et en cinq ou six bonds prodigieux et d'une vitesse incroyable, il l'atteint, la saisit, l'étrangle, et se met aussitôt à lui sucer le sang. Le chasseur arrive alors, lui parle avec amitié, lui jette un morceau de viande, le llatte, le caresse, lui remet le bandeau, et le re])lace en croupe ou sur la charrette, tandis (pie les domesliqties enlèvent la gazelle. Néanmoins, il arrive quelquefois que le guépard manque son coup , malgré ses ruses et son adresse, .\lors il reste tout saisi et comme honteux de sa mésaventure, et ne cherche jamais à poursuivre le gibier; son maître le console, l'encourage [lar des caresses, et les chasseurs se remettent en quête avec l'espoir qu'il sera plus heureux une autre fois. Dans le Mogol, celte chasse est pour les riches un plaisir si vif, qu'un guépard bien dressé, et qui a la réputation de manquer rarement sa proie , se vend quelquefois une somme exorbitante.

En Perse, cette chasse se fait à peu près de la même manière, à cette différehce près qlie le chasseur qui porte le guépard en croupe se \)hwe au passage du giliier que des hommes et des chiens vont relancer dans le bois. Quand ime gazelle i)asse à sa portée, « il débande les yeux de l'animal, dit Chardin, et lui tourne la têle du côté de la bêle relanci'c; le gu('pard ra]>erçoil, fait un cri, s'élance à grrtnds sauts, se jette dessus et la terrasse. S'il la man(pie après quelipies bonds, il se rebute d'ordinaire, et ])our le consoler on le can sse. Il y a en llyrcanie des bêles dressées (|ui font la chasse linement, se traînant sur le ventre le long des haies et des buissons jus(pi'à ce qu'elles soient proches de la proie, et alors elles s'élancent dessus. » L'empereur Léopidd l'"' avait deux gm'pards aussi privés que des chiens. Quand il allait à la chasse, un de ces animaux sautait sur la croupe de son cheval, et l'aulre derrière un de ses courtisans. Aussitôt (pi'ime pièce de gibier ('lait lev('e, les deux gm'pards s'élançaient, la surprenaient, l'étranglaient, et revenaient tranipiilleuient, sans être rappelés, reprendre leurs places sur le cheval de l'empereur et sur celui de son courtisan.

Le GiiiîPAiii) de Fr. (envier (Felis gultala, IIeum. Cijnofelis gultata, Less.) est une es))èee ou variété très-voisine, ipn habite I Afri(pie, le Sén('gal, le Kordofan et le cap de Bonne-Espérance.

i' Gexre. Les CH.\TS (Felis, Lin.) ont trente dents, savoir : douze incisives, (pialre canines, huit molaires su|iérieures et six inh'rieures ; leur carnassière siqx'rieure a trois lobes et un talon mousse en dedans; l'inb'rieme a deux lobes pointus et Iranchants, sans auctm talon; enfin ils n'ont qu'une très.])elile tuberculeuse supérieure, sans rien qui lui corresponde en bas.

CHATS

Leurs doigts sont armes d'ongles re'tractiles qui s'etendenl et se reiiressent, puis se cachent entre les doigts, à la volonté de l'animal ; leur langue est he'risse'e de ])a|Mlles ('pineuses et cornées; leurs oreilles sont pointues; ils n'ont point de follicules anaux. 11 résulte de l'organisation des chats ([u'ils sont essentiellement carnivores et propres à se nourrir de proie vivante, et qu'ils seraient les animaux les plus destructeurs s'ils pouvaient courir.

§ [". CHATS DE L'ANCIEN CONTINENt.

Le Lion {Felis leo. Lin. L'Asad des Arahes et le Gehad des Persans) varie , ]>our la taille et la couleur, en raisoil des pays qu'il hahilo. Sou pelage est communément d'un l'auve assez uniforme; le dessus de la léte et le cou du mâle adulte portent une épaisse crinière, tandis ((ue le reste du corps est couvert de poils ras; sa queue est terniiiu'e par un flocon de poils. La femelle ressemble au uiMe, à cela près (pi'elle a la télé plus petile et qu'elle manque de crinièie. Les variétés qui ont été signalées par les naturalistes sont :

1° Le Lion jaune, du Cap, peu dangereux;

2" Le Lion brun du Cap , le plus féroce et le plus redouté de tons;

3" Le Lion de l'nse ou d'Arabie, à pelage Isabelle pâle et crinière épaisse;

i" Le Lion du Sénégal, à crinière peu épaisse et pelage un peu jaunâtre ;

5' Le Lion de Barbarie , à pelage brunâtre, avec uile grande crinière dans le nulle; ce dernier est poltron, mais il s'apiuivoise facilement.

Avant de commencer l'hisloire du lion. Il est indispensable (pie je donne quelques généralités sur les chais; car j'aurai probablement sur cette famille bien des préjugés à coujbaltre, bien des erreurs à relever. Ces animaux, si on les étudie en aualomiste, sont iaconleslablement organisés pour être les plus fc'roces et les plus forts de tous les cirnassiers , et leur structure est admirablemeht en hîihnonie iitec leurs mœui'S. « Continuellement en action la nuit et le jour, dit Uesmoulins, la ruse et la patience sont toujours les moyens qu'ils préfèrent; leur attaque est toujours une surprise: aussi leur oi-eille est-elle plus dévelo|>pée (pie dans les autres maunnifères pour entendre clair et de loin. L'dil des espèces nocturnes est aussi bien approprié aux habitudes de l'animal; outre (pie son volume et celui des lobes opti(pies sont trèsgrands, la ililatalion de l'iris, de plus un miroir réflecteur auipiel les moindres rayons de lumière difl'use ne peuvent échapper, les recueille pour les renvoyer sur la rc'tine. L'odorat, moins actif ((ue dans les chiens, est pourtant snp('rieiir à celui de beaucoup de carunsbiers. Le gmlt parait le plus obtus de tous leurs sens. En effet, leur langue est plutôt un organe de mouvement; ses pointes conn'es, inclinées en arrière et redressables, servent aux chats a làpcr les parties molles et juteuses de leur proie. Un toucher trcs-d('licat réside dans leurs moustaches, ou pliit(it dans leurs bulbes; car les barbes ne font (pie transmettre l'impression du choc et de la résistance des objets. L'intestin est plus court (pie dans les autres carnassiers. La force musculaire est iuniien.se. llcuriMisenuiit la force irn'sistible dont pourrait disposer leur féroiit(' naturelle est laissée inactive par leur timide iirudencc pon('e jiis(pi'a la h'ichet('. Les chats ne courent |)as; cette impuissance tient moins au d.'faut d'une force d'impulsion suflisaiite (pi'a l'extrême flexibilité de leur colonne vertébrale et de leurs membres, incapables de conserver la rigidili' n('cessaire dans la course. En revanche, leurs bonds sont (■normes, lis se glissent, ramiient, grimpent, s'accrochent, se fourriut avec une adresse et une agilité incroyables. Hien de plus sur ((ue leur coup d'oeil; mais aussi, ipiand ils mampient leur coup, soit méfiance, soit dépit, ils se retirent ordinairement sans revenir ii la charge. Les

femelles ont pour leurs petits une tendresse toujours prête à se dévouer, et (pii multiplie leur courage et leurs forces. Cette tendresse des mères contraste avec la jalousie qui fait quehpiefois des mâles les plus dangereux ennemis de leur propre postérité. Aussi les femelles se cachetlt pour mettre bas; et, pour mieux préserver leur famille, elles la changent souvent de retraite : cet instinct ne se perd pas même en douiesticit('. »

L'intelligence des chats est généralement moins développée que celle des animaux des familles précédentes, et c'est encore une nécessité de leur organisation. Aucutie éducation ne peut exciter en eux des facnlti's dont ils n'ont pas les organes, et c'est à cela que l'on doit attribuer les habitudes farouches, le caractère inib pendauf et sauvage que le chat domesli(iue a conserv('s, malgré l'anliipiiti' de sa servitude. Aucune espèce connue ne vit en société, et l'amour même ne parvient à réunir le mâle et la femelle que pendant le court instant des désirs et de l'accouplement. Du reste, celte vie solitaire, celle antipathie pour la société, s'expliipient assez bien par les besoins individuels. La plupart des chats ne se nourrissant ipie de proies vivantes, il faut à chacun un espace de pays assez grand pour le nourrir, et tout ce qui vient lui disputer son gibier, partager ses moyens d'existence, est n('cfessaireiiienl un ennemi. L'instinet de la solitude, naissant de cette cause, parait in(l('léblle chez ces animaux; aussi tiennent-ils au pays, à la loi alité, où, dès leur enfance, ils ont trouvé une suflisanie nourriture. Ils s'y alFectionnent, et même le chat domestiiiue le plus doux, le plus caressant, s'attache plus à la maison qu'à son maître; il ne la quitte jamais pour lui, et y revient si on l'a translt'ré dans une nouvelle demeure.

Tous les chats ont, à bien peu de chose près, les mêmes formes, le même ensemble d'attitude, de gestes, de mouvements et de manières. Tous, pour exprimer leur satisfaction , même dans les plus grandes espèces, font entendre ce rourou qu'à Paris on aiipelle /î/erdans les chats domesticpies. Tous feulent en soufflant et montrant leurs dents de la même manière et dans les mêmes occasions, et ceiicndant leur voix varie beaucoup d'une es])èce à une autre : ]>arexemide, le lion rugit d'une voix creuse et presque semblable à celle d'un taureau ; le jaguar aboie comme un chien , le chat miaule; le cri de la panthère ressemble au bruit d'une scie, etc.

De tous temps, les chats et les grandes espèces surtout ont été célèbres par leur cruauté et leur férocité prétendues indomptables. Le vrai est qu'ils sont beaucoup moins cruels tpie la plupart des petits carnassiers auxipiels nous ne faisons pas ces reprociics. La belette, la fouine, le renard, le loup, ]iar exemple, semblent donner la Uiort pour le plaisir de tuer S'ils |)éiiènent dans un poulailler, une basse-cour, une bergerie, ils n'en sortent pas tant qu il y reste un être vivant. Les chdts, ait contraire, h'attaiiuent que (juand ils ont faim, et se ciintentent pour l'ordinaire d'une seule victime. Au milieu d'un troupeau nombreux et sans défense, ils saisissent leur [iroic , la dévorent, et se retirent sans niêuic faire attention aux autres, jus((u'à ce (pi'une nouvelle faim les ramène; ils ne tuent jamais sans nécessité. Quant à leur prétendue férocité, elle n'existe |)as plus chez eux que chez tous les autres carnassiers, ynoi ipi'on en ait dit, toutes les e>|>èces s'apprivoisent fort bien et sont susce|)til)les d'alTection iioiir leur maître. Ce qu'il y a de singulier, c'est (jne de toutes les esitèces ])cut-être lë chat doiiieslique est celle qui est le moins Susceptible de sentiments aU'ectueux ; non pas ipie cela tienne à son caractère, mais à sa timidité et à l'habilnde ipie nous avons de le faire vivre avec le (bien, son enneini le plus redouté et le plus dangereux, et dont la présence lient conslammeut le chat dans un état d'irritation et de frayeur (]ui ab.sorbe ses autres sentiments.

Le lion se trouvait autrefois dans une grande partie de l'Europe inéi'idionale. Il habitait en trè.s-grand nombre la .Macédoine, laThessalic, laTlirace, pridiablemeut la Grèce entière et loule la partie méridionale de l'Asie , depuis la Syrie jusqu'au Gange et

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.

à rOxus. Aujourd'hui il n'existe plus en Europe, et n'est commun nulle part; l'on n'en voit plus que quelques-uns en Asie, dans la presqu'île de l'Inde. L'espèce se soutient encore en Barbarie , particulièrement aux environs de Constantine et de Bone, au Sahara , au Se'négal et au cap de Bonne-Espèrance ; mais on la refoule continuellement dans le de'sert, et il est à croire iiue bientôt les armes à feu l'auront entièrement de'truite. Les Grecs, qui ne connaissaient pas le tigre du Bengale , ont naturellement fait du lion le roi des animaux, parce que c'e'tait pour eux le plus grand et le plus fort des carnassiers. L'ayaut fait roi, il était naturel aussi qu'ils lui attribuassent les vertus que les rois devraient avoir, c'est-à-dire la][noblesse de caractère, la supériorité'

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Le Guépard.

du courage, la fierté, la générosité, etc. BufTon , en sa qualité d'écrivain plus qu'en celle de naturaliste , s'est emparé de ces idées , et nous les a transmises dans son style aussi brillant qu'inimitable. 11 est fâcheux que toutes ces belles qualités disparaissent devant l'étude des faits. Comme tous ses congénères, le lion n'attaque (jue par surprise, soit qu'il attende en embuscade, soit qu'il se glisse dans l'ombre ou rampe à la clarté du jour, caché par (piehpie a!)ri , pour tomber à limproviste sur une victime longtemips épiée , et cette victime est toujours un animal faible et innocent, qui ne peut lui oi)|)oscr aucune résistance. Ce n'est que poussé par une faim extrême qu'il ose assaillir un bœuf ou un cheval; mais jamais il ne commence volontairement une lutte avec un animal capable de lui résister. Tout ce qu'ont dit les voyageurs du comlial du lion contre l'élépliant, le rhinocéros, riii|)popi>tame cl le ligre.est autant de suppositions hasardées qui ne itu'rilcut aucune foi. Sa nourriture ordinaire consiste en gazelles et en singes (|uand il peut les rencontrer et les saisir à terre. 11 se place ordinairement en embuscade dans les roseaux, autour des mares où ces animaux ont l'iiabilude d'aller boire le soir et le matin. Là il reste à guetter un temps infini, avec celte admirable patience qu'ont tous les chats. Si un animal passe à sa portée, d'un boiul prodigieux il s'élance sur lui , lui enfonce ses formidables griffes dans les (lancs, et lui brise le (;râne avec les dents. S'il manciue son coup, il ne cherche ])as à poursuivre l'animal , et l'on a mis sur le compte de sa géru'rosité ce qui n'est que le résultat de sa conformation. En (■(I'<'t, il bondit, saule, mais il ne peut courir, et il marclu; avec une Icnleiir (pie I on a prise pour de la gravité. Le lion n'est pas aussi cruel (pie le tigre, al on dit; mais si, en se glissant dans l'ombre, il s'est approclié d'un krahal sans (Hre découvert, et (pi'il ait pu pénétrer dans un parc de moulons, il égorge tout avant de choisir la proie (pi'ij veut emporter ou dévorer. Il n'altaipu' pas les animaux (piand il n a

pas faim , cela est vrai ; mais c'est simplement parce que, dans ses forêts, sûr de sa supériorité de force, n'ayant jamais attaqué un être qui ait pu lui résister, comptant sur une agilité qui n'est comparable qu'à sa force, il ne craint jamais de man(|uer de proie; après s'être repu avec voracité, il s'endort pour deux ou trois jours, et ne sort de sa retraite ou de son apathie que poussé par une nouvelle faim. Tel il est dans le désert; il n'a jamais peur j>arce qu'il n'a jamais rien à craindre. Dans les pays habités par l'homme, il n'a plus ni courage ni fierté. La nuit il rôde dans la campagne; s'il ose alors approcher des habitations, c'est pour chercher à s'emparer des pièces de menu bétail échappées de la bergerie ; il ne dédaigne pas même de prendre des oies et autres volailles quand il en trouve l'occasion. Enfin, faute de mieux, il se jette sur les charognes et les voiries, malgré cette délicatesse de goût qu'on lui suppose. Il est arrivé assez souvent à nos sentinelles, à Constantine, de tirer et tuer des lions qui venaient pendant la nuit rôder autour de la ville, afin de manger les immondices jetées hors des murs. Si ce noble animal, comme disent les naturalistes, a la hardiesse de s'approcher en tapinois d'un troupeau pour s'em|iarer d'un mouton , les bergers crient aussitôt haro sur le voleur, le |ioursuivent à coups de bAton, lui arrachent sa proie de vive force , mettent leurs chiens à ses trousses, et le forcent ainsi à détaler au plus vite. Il en arrive très-souvent autant au cap de Bonne-Espérance , quand les fermiers hollandais le surjjrennent rôdant autour de leurs écuries; ils en ont même quehiuefois tué à coups de fourche jusque dans des cours où ils étaient parvenus à se glisser furtivement , à la manière des loups. Néanmoins ce n'est pas sans danger que l'on attaque cet animal, tout ]ioltron qu'il est, car, lorsqu'il se sent blessé et qu'on lui ôte la faculté de fuir, il entre en fureur; et malheur à l'individu sur lequel il déjdoie sa force prodigieuse!

Le Lion.

Le lion fuit la présence de l'homme; il ne ratta(|ue jamais pendant le jour, à moins qu'il n'y soit poussé par une faim atro(;e ; nous citerons comme ))reiive un fait qui s'est passé au Cap. Deux Hollandais (rAfii(pi(' vont un jour à la chasse; l'un d'eux s'apl>ro(he d'une mare, et un lion, à lad'ùl dans les hautes herbes, cri)yant entendre le bruit d'une ga/elle , s'élance et le saisit i)ar le bras avant d'avoir pu le distinguer; il reconnaît un homme, et, surpris de sa propre audace , ell'rayé de ce qu'il vient de faire, il reste immobile sans ni'anmoins lâcher sa victime; il a vu sa face imposante, et il lrcnd)le ; il ('('rme les yeux pour se (b'rober a I inllucnce d'un regard (pii r('pouvanle. I.c malheureux Ikillandais, voyant (pie son ami ne peut tirer sur le monstre sans risquer de

CHATS

le percer lui-même d'une Icille, prend une eouiageuse résolution ; il pionie de la stupeur du lion pour glisser dans sa poclie la main qu'il avait libre; il en sort doucement son eouleau, l'ouvre, mesure son coup, et le plonge dans le cœur de l'animal. Mais

yeux, mais cmore dans les rides de son fiont; sa demarthe est légère, t|Uoi(pie lente et toujours oblique. Sa voi,\ est terrible, et tous les animaux Irendjlent à une deuji-lieue à la ronile quand son rugissement lait retentir les forêts pendant la nuit,: c'est un cri

Le Li.

celui-ci en mourant deciiire sa \iciime , et tous deux roulent morts sur le gazon ensanglanté.

Le lion atteint jusipi'à luit à neuf p'eds (2,. SOO^à 2,921) de Ion-

gueur, depuis le bout du nez jusqu'à la naissance de Ja queue, mais seulement dans les déserts où il n'est pas in(iuiété et où il trouve une nourriture abondante. Le plus ordinairement sa taille

prolongé, d uu liui grave, mêlé d'un frémissement ]dus aigu Lorsque le lion menace, il se ride le front, se plisse et relève les lèvres, montre ses énormes dents, et souffle de la même manière

que le chat domestique; enfin, lorsqu'il attaipie, il pousse un cri court et réitéré subitement. Dans la colère , ses jeux deviennent flamboyants, et brillent sous deux épais sourcils qui se re-

La i loiu.i;

ne di'passe pas cinq pieds et demi {l,78()) de longueur, sur trois et demi (1 ,157) de hauteur. Sa femelle est d'environ un quart plus petite ipie lui. Sa figure est imposante et mobile comme celle de I homme, et ses passions se peignent non-seulement dans ses

lèvent et s'abaissent comme par un mouvenu-nt convulsif ; sa crinière se redresse et s'agite; de la queue il se bat les (lancs; il (juvre la gueule et laisse voir une langue hérissée d'épines pointues et tellement dures, qu'elles suffisent seules pour (icoreher

l'arin. Typograpbio Plcn fnt^rog . rue Hf \'niigirar't , :16

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.

la peau et entamer la chair. Tout à coup il se bai.sse sur ses pattes lie devant, ses yeux se ferment à demi, sa moustache se he'risse, son agitation cesse , il reste immobile , et le bout de sa queue roide et tendue fait seul un ti-ès-petit mouvement de droite à gauche. Malheur à l'être vivant qu'il regarde dans cette attitude, car il va s'e'lancer et déchirer une victime.

Quelque terrible que soit le lion, on ne laisse pas (Jue de Yk chasser avec des chiens appuye's par des hommes à cheval ; mais il faut que les uns et les aulres aient ete' dresses a cet exercice pour le faire sans danger. On le relance dans son fourre, on l'eii déloge, on le poursuit, et on parvient à le tuer. Le courage de ce roi des animaux ne tient pas contre l'adresse d'iiii llotlehiol ou d'un Nègre, qui souvent osent l'attaquer lêle à tête avec dès armes assez légères. Ils le prennent quelquefois en le l"aisànt tomber dans une fosse profonde qu'ils recouvrent avec des matières fragiles au-dessus desquelles ils attachent un animal vivant. Dès (|u'il est i)risonni('i-, il devient d'une telle lâcheté, qu'on peut l'attaciier, le museler et le conduire où l'on veut, selon ce que dit Buffon. Cet animal, pris jeune, s'apprivoise fort bien, et il est môme susceptible d'attachement pour son maître et d'une certaine docilité. « Élevé parmi les animaux domestiques, dit l'écrivain (]ue je viens de citer, il s'accoutume aisément à vivre cl à jouer innocemment avec eux; il est doux pour ses maîtres et même caressant , surtout dans le premier âge , et si sa férocité reparait quel([uefois, il la tourne rarement contre ceux qui lui ont fait du bien. Comme ses mouvements sont très-impétueux et ses appétits fort véhéments, on ne doit pas présumer (pie les impressions de léducation puissent toujours les balancer; aussi y aurait-il quelque danger à lui laisser souffrir trop longtemps la faim, ou à le contrarier en le tourmentant hors de propos. Nonseulement il s'irrite des mauvais trailements, mais il en garde le souvenir, et parait méditer la vengeance, comme il conserve aussi la mémoire et la reconnaissance des bienfaits. » .le ne suivrai pas jilus loin notre grand écrivain, surtout quand il dit que « sa colère est noble, son coui'age magnanime et son naturel sensible; » toutes choses qui sont là pour le style et pour faire .illusion aux contes d'Androclès, du lion de Florence, et à cent autres inventés à plaisir et devenus célèbres par le manque de criti(iue des anciens écrivains.

Dans ces animaux, la passion de l'amour est très-ardente. « Lorsque la femelle est en chaleur, elle est queliiuefois suivie de huit à dix mâles, dit Gesner dans son Histoire des animaux, et ils ne cessent de rugir autour d'elle et de se livrer des combats furieux. » .le doute beaucoui) de ce fait, et voici pounjuoi : Le lion est armé d'une manière si terrible , que tout combat livré à un animal de son es|)èce serait terminé en moins d'une minute par la mort de l'un îles assaillants et peut-être de tous deux, .l'ai eu dans mou cabinet les ongles d'une lionne; ils étaient longs de cinq pouces (0,153), très-gros à la base , tranchants en dessous comme (m rasoir, et aigus comme la (lointe d'un canif. (,es deuls de ces animaux sont d'une grosseur énorme, et les canines dépassent les gencives de trois pouces. Avec de pareilles armes, le résultat d'une lulti' doit être prompt et mortel. En second liiMi, chaipie lion habite un canton assez grarid, où il ne soulire aucun rival, et ce ne serait guère (|ue dans un rayon de quarante à cinipiante lieues que Ion i)ourrait trouver huit à dix mâles, même dans les contrées où ces animaux sont le pUis abondants. Il est ilonc croyable ipu; la femelle n'est suivie que par le mâle ipn habile son canton , et il est certain (pi':iussilôt après l'accouplement, tous deux se quittent |iour re[irendre leur vie solilairr

La LioNiNE a, comme tous les chats, ijualrc mamelles ; elle porte cent huit jours , fait de deux à cin(| petits qu'elle allaite cm-dinaireuient six mois. Elle aime ses enfants avec une tendresse excessive. Quoiijue moins forte ipie le lion , elle oublie le danger, et, i>our les défendre , combat jusqu'à la dernière extrémiti'. Elle cherche toujours pour mettre bas lui lieu Irès-écarté et d'un

dillicile accès. Lorsqu'elle craint la découverte de l'endroit où elle a caché ses petits, elle embrouille sa trace en retournant plusieurs fois sur ses pas, et finit par les cacher dans une autre retraite, queb[uefois très-éloignée, où elle les croit plus en su relé. Quand ils commencent à prendre de la force, elle va à la chasse, se jette indifléremmenl sur tous les animaux qu'elle rencontre, les met à mort, se charge de sa proie , la partage à ses lionceau'x , et leur apprend à déchirer la chair palpitante. En naissant, les petits se ressemblent tous, (jucl que soit leur sexe; leur pelage est plus laineux , i)lus foncé que celui de leur mère, et ils portent une livrée de iielitcs raies brunes, transversales, silr les flancs et l'origine de la queue; ce n'est qu'à l'âge de cinq 6ii six âtls, tî'fest-à-dire lorsqu'ils deviennent complètement âuiiltes, qu'il ne resté plus aucune trace de cette livrée. La crinière qui pare les mâlëS ne commence à pousser qu'à l'âge de trois ans. Plusieurs fois des lionnes se sont accouplées à la ménagerie, et y ont élevé leiirs lionceatix.

On a dit que, dans sa générosité, le lion donne quelquefois la vie aux animaux qu'on avait dévoués à la mort en les lui jetant, et le fait est vrai si on le met non siu' le couqite d'un sentiment généreux, mais sur celui*du caj'rice, et sur le besoin d'avoir un compagnon qui lui fasse supporter les ennuis d'inie ('troile ca|)tivité. Parmi les lionnes qui ont vécu à la ménagerie, plusieurs ont souffert des chiens dans leur loge; mais une seule a montré de l'afFection pour son camarade de prison. Elle se nommait Constantinc, et avait été prise fort jeune dans le Sahara. On jeta dans sa loge un petit roquet noir et blanc, qui, tout effrayé, fut se cacher dans un coin en tremblant de tous ses membres. La lionne se leva lentement, et, râlant d'une voix sourde, s'approcha du pauvre animal , qui poussa un cri plaintif en la regardant d'un air suppliant, il paraît que ce regard plein de désespoir la toucha, car elle se recoucha tranquillement sans faire de mal au roquet. L'heure de la distribution venue, on jeta dans la loge le dîner de Constantinc; elle le mangea et en laissa une ])art pour son nouveau compagnon d'esclavage, qiù n'osa pas y toucher, car la faim la plus dévorante n'aurait pu le déterminer à quitter le coin noir où la frayeur le tenait blotti. Le lendemain il avait un ])eu moins peur, et il se détermina à manger la portion (pie la lionne lui laissa comme la veille; le second jour il se hasarda à sortir de son coin et à manger après elle ; huit jours après il mangeait avec elle, et huit aulres jours après il se jetait sur le diner, et ne permettait à la lionne d'en avoir sa part que lorsqu'il avait pris la sienne. Si Constantinc s'aiq)rochait , le roquet entrait en fureur, et, purement jiar caprice, lui sautait à la figure et la mordait de toute sa force. Il n'est rien de plus hargneux , de plus méchant (pi'un être faible qui a conipiis sur un être fort l'empire que la bonté et l'affection lui ont laissé prendre, et l'on pourrait en citer de trop nombreuses preuves prises ailleurs que chez les chiens et les lions. Quand l'automne fut venu avec ses journées froides et humides, le roipict , jiour être plus chaudement, jugea à propos de passer les nuits entre les cuisses de la lionne, et elle s'y prêta de fort bonne grâce. Pour récompense , dans ses accès de fureur, il se jeta un jour sur elle et lui mordit la (jueue avec tant de rage et de nK'chanceti' , «[u'il parvint à la lui coiqjer à moitié et à l'estropier ])our toute sa vie. Au bout de «pudipies anni'cs, le chien mourut, moitié de vieillesse, moitié d'un accès de colère , et la jiauvrc Constantinc ne put jamais s'en consoler. On lui donna plusieurs autres chiens, qu'elle étrangla; enfin elle laissa la vie à l'un d'eux, mais jamais elle ne lui montra ni alf(tction ni complaisance , cl cll(^ mourut bicntiH après, coiisuiih'c d'ennui, de tristesse et peut-être de regrets. Du reste, si je me suis un peu étendu sur Ihistoire de Constantinc , c'est moins pour donner une idée du caractère des lions, que j)Our montrer par un exemple très-remarquable que, dans les animaux comme dans riiomme , on trouve des individus excentriipies qui sortent presipic tout à fait du caractère général de l'espèce.

CHATS

V Le TicRE {Fdia iigrif. Lin. Le Tigre royal de BriK. — G. Cuv. Le Hailja-huulan ou Arimaou-bessar des Malais. Le Mad'ym (jMé des Javanais. Le Lau-hu des Cliinois).

Cet animal est la plus grande et la plus terrilde des espèces de son genre ; il égale et surpasse même le lion en grandeur, mais il est plus grOle , plus svelte , et sa tête est |)lus arrondie; ses jambes sont proportionnellement jdiis longues ; son nniseau court , ses mAilioires armées de dents énormes et lianeliantes, donnent à sa gueule une force prodigieuse. Sa langue est couverte d'épines recourbées du coté de la gorge , de manière à lui donner la faculté d'enlever d»;s lambeaux de peau d'un seul coup ; ses pâlies sont nuniies d'ongles puissants, qui se redressent vers le ciel et se cacbent entre les doigis dans l'état d(.' repos , par TefTet de ligaments élastitpies, et ne perdent jamais leur pointe ni leur trancliant Son pelage est d'un jaune vif en dessus, d'un blanc ]iMr en dessous, partout irrégulièrement rayé de noir en travers, ce ipii le distingue très-bien de toutes les grandes esiièces de cbats ; sa e(iieue, noire au bout, est alternativement aiinelée de celte couleur et de blanc; enfin, c'est un des plus beaux et des plus élégants animaux que l'on connaisse. Il habite les Indes orientales et leur archipel, les déserts qui séparent la Chine de la Sibérie orientale jnsques entre les rivières d'Irtisch et d'Ischim, et même juscju'à l'Obi, quoi(pie rarement; il est commun dans le liengale, mais jamais on ne la trouvé en deçà de l'Indus, de l'Uxus et de la mer Caspienne. Ces limites bien tracées n'empêchent pas que presque tous les anciens voyageurs qui ont parcouru les contrées chaudes, non pas seulement en Asie, mais encore en .\frique el en Améri([ue, disent en avoir rencontré, et racontent à son sujet les choses les plus exagérées et les plus merveilleuses, loi, c'est le combat (l'iih tigre et d'un rhinocéros ou d'un crocodile ; là , il terrasse UH itlbnstrueux éléphant ; ailleurs, il lutte contre un lion ; etc.

Si on a paré le lion d'un courage, d'iine générosité, d'une noblesse (pi'il n'a pas, eu lompensalinri oii s'est plu h nous peindre le tigre avec les couleurs les plus noires; on le repn'seute connue ayant une cruauté inouïe, une férocité iiidomplable, une soif de sang ([ui le dévore constamment; il n'y a pas plus de vérité dans ce jjortrait que dans l'autre. Le tigi'é ri'est pas plus cruel que le lion , mais seulement |)our approcher sa proie il met plus de ruse, pour l'attaquer beaucoup |dus d'audace, elpour la vaincre un courage (]ni ne cède qu'à la mort. Le lion annonce son approche par des rugissements qui paralysent ses victimes : le tigre se glisse à petit bruit el les surprend; le lion se relire s'il tl-ouve une résistance : le tigre combat el se fait tuer. Telles sont les uni<pu'S différences qui constituent la générosit(; de l'un et la cruauté de l'autre. Le courage du ligre est sans mesure, comme sa force et son agilili'. Il combat indistinctement tous les animaux , et attaque Ihomme avec inlrépidité. Sa coin-se a la rapidité de l'éclair ; on en a vu sortir de la forêt, saisir un cavalier au milieu d'un bataillon , d'une armée , l'emporter dans les bois et dis|iaraîlre avant même (pi'on ait eu le temps de le poursuivre. Ce qui , sans doute , n'a pas peu colitribm; à la i'('putalion de cruauté (jue l'on a faite au ligre, c'est ce courage indomptable ipd lui fait braver les armes dé l'honimé, et le rend, pour notre espèce, le plus terrible deS alilitiàux et Ife fléau des Indes orientales.

Cependant, ipiand il s'agit de sul'|)rcndi'e tih(^ proie timide qui lui écliappcrail par la vélocité d'une coursé que le tigre ne peut soutenir longtemps, il se blottit et se cache tlans les hautes herbes elles bambous, comme fait le liofl. Le lieu de son embuscade est ordinairement le bord d'une mare ou d'une rivière où les gazelles, les aulil(q)es et autres animaux viennent se d('sal(érer pendant la chaleiu' du jour; d'un bond prodigieux il se jelle sur un de ces animaux, le terrasse du luemier ciioc, lui brise le crâne et l'entraîne ensuite dans les bois, fût-ce un buflle ou un cheval, en courant avec autant de légèreté ipi'tin loup emportant un

faible agneau. Quand il a satisfait sa faim, il ne cherche pas d'autre victime , jusiju'à ce (piun nouveau besoin vienne le forcer à recommencer sa chasse, l'ius hardi que le lion , il n'attend pas que la nuit vienne couvrir ses manœuvres de son ombre ; c'est aussi bien le jour que la nuit qu'il sort de sa retraite pour se mettre en quête. Il habite de préférence les roseaux (pii croissent sur le bord des lleuves et des grandes rivières, cl, comme il nage fort bien , il aime à gagner les îlots ])0ur y établir sou domicile temi)oraire. De là , il observe ce (jui se passe sur le fleuve , et va chercher, pour s'en nourrir , les cadavres d'hommes et d'animaux qui flotlenl sur les ondes. Sur les bords du Gange, il est rare que la superslilion indienne ne lui fournisse pas sudisammenl de cadavres pour qu'il ait besoin d'aller à la (basse. On sait que les Hindous sont jiersuadés que les eaux dn Gange descendent du ciel et ont la miraculeuse vertu de purifier quiconque s'y baigne ; mourir sur ses bords ou dans ses flots est ce qiu peut arriver de jdus heureux à un dévot qui veut arriver avec certitude aux délices du paradis. Aussi, jdus d'un fanali<pu' y cherche une mort volontaire, des mères y noient leurs enfants par excès de tendresse, et tout cela au profit des alligators et des tigres.

Quelques rois de l'Inde mettent la chasse du ligre au nombre des plaisirs royaux, et la font avec un graïul appareil d'hommes, d'éh'phants, de chevaux et de chiens. Malgré tontes les pri'cautions prises poin- la sûreté des chasseurs, il arrive presque toujours (pielques malheurs, et il n'est pas rare de voir un tigre bondir et enlever lih homme jusque sur le dos d'un éléphant, ou terrasser ce dernier s'il est jeune et qu'il parvienne à saisir sa redoutable trompe , à laquelle il se cranqionne opiuiàtréuu'ut. Lorsipi'il est hai-assé de fatigue ou gravement bless(' d'un coup (te feu, il se retire tin inoment dans un foinré pour reprcmlre haleine; mais il rfeviéht liielitôt an combat plus furieux ([u'avant de l'avoir quitté , se faire hier accablé par le nombre , el trop souvent expirël' sûr le ("brps sanglant de ses ennemis. Grâce à son intrépidité iiicolîcevable, rien ne l'crfraye, rien ne l'intimide : ni le iiondjre de ses ennciiiis, ni la détonation des armes à feu, id les cris, ni le bruit, le Ici! et la fumée, qui ne font ipiaugmen- Icr sa fureur.

Le tigre est il donc lé j)lus féroce des animaux , et le portrait qu'en failBufToii seràil-il vi'ai? Non ; je le ri'pète, il n'est ni plus féroce ni plus cruel (pie le lion, seulement il est plus courageux. Pris jeune et élevé dans là (h)mesticité , il s'apprivoise iiarfailcment, reconnaît son maître, le caresse cl s'y attache autant qu'aucun autre animal , hors le chien. On sait que l'empereur Iléliogabale, dans une repn'senlation du triomphe de liacchus , se mollira dans liome sur un char traîné par des tigres, et la description (pu' l'iine nous a laissée de ces animaux ne laisse aucun doiiU^ sur leur identité. Voilà donc ce tigre indomptable (pii (uiblie sa férocité poul's'aceoiilumer à la domesticité; il l'oublie au poinl de se laisser atteler à un char, el de traîner sans danger pour ]iersonnc , au milieu d'une iiopiilalion nombreuse et Inrbulentc, un eiiipcrciir bien 1)1ms f(Tocc (pie lui ! C(^ fut Augiislc (pii montra le luemier un tigre aux Uoiuains , et il était apprivoisé. Mais sans aller chercher des exemples dans l'anllipiité, quehpics personnes se souviennent encore d'avoir vu un promeneur de UK'nagf rie aiiiblilaiile ipii montrait, à Francfort, un ligre d'une rare beauté. A son comniandemenl , l'animal, atlaclié à une chaîne de cin(i où six pieds pour la traïupiillilé des spectateurs, sortait de sa cagec^t fais;ut plusieurs exercices. Son maître, le comparant à un cheval qu'on bride , lui ouvrait les mâchoires el lui incitait le bras dans la gûeiile en guise de mors; puis il s'asseyait sur son dos el se faisait ixuler sans ([ue l'animal léinoignàt la moindre iiii|iaticiice. Tout Paris a vu le sieur .Martin entrer sans crainte dans la cage d'un tigre ipi'il moiitrail aux curieux, s'asseoir sur lui, le cares.ser, jouer, le contrarier même, sans qu'il en ail résulté le moindre accident. Les mousses du bfttiment sur Icipiel on amenail à Piui» le tigre qui existait à la

un

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.

inéuageiie en ISo'i, ne trouvaient lien de mieux pour ilorniir que (le s'étendre entre les euisses de cet animal et de se faire un traversin de son ventre. Il se promenait lilireinenlsiir le vaisseau, et on ne l'attachait au pied du mât ipie pendant les manœuvres. Je pourrais multiplier beaucoup ces exemples s'il était ne'cessaire. Quant aux autres habitudes du tigre, elles s :nt exactement les mêmes que celles du lion et autres grands chats. Fort heureusement pour les habitants de l'Inde, ce terrible animal multiplie fort peu son espèce. La femelle met bas de trois à cinq petits; mais si elle

vaisseau ; et lorsqu'elle a perdu tout espoir de recouvrer sa perte, des cris forceni's et lugubres, des hurlements afTreux expriment sa douleur cruelle et font encore frémir ceux qui les entendent de loin. » Transporte's en Europe, dans nos ménageries, ces animaux meurent presque tous de phlhisie pulmonaire. Ils ne s'y sont jamais accouplés, au moins jus(iu'à ce jour.

La Panthère {Felis panlus. Lin. Le Nemr des Arabes. La Pan- Ihére de liiiF.) est longue de près de quatre i)ieds v'1,299), non compris la (pieue, (jui a deux pieds six pouces (0,812) ; son pelage

MRti.. ClBIflDET.

(.liasse nu litre.

n a pas le soin extrême de les cacher dans une i-elraite sure, le mâle ne manque jamais de les manger et de détruire ainsi sa formidable postérili'. Elle les aime avec tendresse , et sa fureur devient extrême ((uand on les lui ravit. « Elle brave tous les pé-

rils, dit lUifT'on; elle suit les ravisseurs, (pii, .se trouvant pressés, sont obligi's de lui relArher un de ses iielits; elle s'arrête, le Siisit, l'euiporle piiur h^ nietlre à l'abri, revient quehpies instants yprès et les |ioui'suit Juscpiaux portes des villes ou ju.squ'a leur

est d un fauve jaunâtre en dessus, blanc en dessous, avec six ou sept rangées de taches noires en forme de roses, c'est-à-dire form('e de l'assenddage de cinci ou six petites taches simples, sur chaque naiic; la ((ueue n'a de noir, et seulement en dessus, ipie

son dernier huitième, avec trois ou quatre anneaux blancs, 'fel est l'animal tpic noire célèbre naturaliste G. Cuvier a cru reconnaître poin- la paiilhère, et, dans ce cas, il se trouverait en Arabie el en Afrique aussi bien (|uc dans l'Inde.

CHATS

Selon M. Teniminck , celte ])anllière de Ciivier ne serait ((u'iin leo|iai-<l; nous n'aurions jamais possède, ni au cabinet ni à la ménagerie, de véritable panthère, et elle n aurait même jamais été figurée. Voici , selon lui , en quoi elle diUere du le'opard : sa queue serait aussi longue que le corps et la léte pris ensemble, etcomposc'e de dix-huit vertèbres, tandis (pie celle du le'opard serait de la longueur du corps seulement, et composée de vingtdeux vertèbres; la tète de la panthère aurait le crAne plus ai-

les voyageurs, elle monte avec beaucoup d'agilité sur les arbres, pour poursuivre les singes et les autres animaux, grimpeurs dont elle se nourrit. Ses yeux sont vifs, dans un niouveuu'ut continuel; son regard est cruel, efl'rayant, et ses m(Eurs sont d'une atroce férocité. Elle n'altaipie pas l'homme quand elle n'est pas insultée; mais à la moindre provocation elle entre en fureur, se l)récipite sur lui avec la vitesse de la foudre, et le déchire avant qu'il ait eu le temps de |)enser à la possibilité d'une lutte. La

Le Tigre.

longé: son pelage serait d'un fauve jaunâtre foncé; ses taches en roses seraient très-nombreuses et rapprochées , ayant au plus douze à quatorze lignes (0,(fâ7 à 0 0.j:2) de diamètre, avec le centre de la même couleur que le fond du ]»elage , tandis que dans le léo|)ar<l les taches seraient assez distantes, de dix-huit lignes (0,Oil) de diamètre , et auraient le fond rose. Dans le cas où l'opinion de M. Temminck prévaudrait sur lelle de Cuvicr et

nuit, elle sort des halliers et des buissons touffus oii elle se cache pendant le jour pour éjiier ses victimes; elle vient rôder autour des habitations isolées pour surprendre les animaux domesliipie.s, les chiens surtout , et , faute de proie vivante , elle se nourrit de cadavres. Quoique DuHon ait mal connu cette espèce, et (pie pour les mœurs il l'ail confondue avec d'autres grands chats, je crois que c'est à elle qu'il faut rapporter ce passage : « La

de tous nos naturalistes français, la panthère, as.sez commune an Bengale, ne se trouverait: probablenuTit pas en Afriipie.

Toutes les |)anlhères (pie nous avons eues à la UK'nagerie de Paris , ou du moins les animaux au\(piels on donne ce niun , étaient farouches, indomptables, et d'une f(Tocité stupide. Quelques-unes se sont conservées assez longtemps , mais la plupart meurent phthisii[iies après un an ou deux Oans les pays où elle se trouve, la panihcre n lialiite (pie les foriHs; et, si on en croit

|iantlière paiail ('irc diiiie nature lière et peu tUxible on la dompte plut('it (pi'on ne l'apprivoi.se, jamais elle ne perd en entier son caractère h'rocc ; et lorscpi'nn veut s'en servir pour la (liasse, il faut beaiicoui) de soin iiour la dresser, et encore plus de pn'caiilions pour la conduire et l'exercer. On la mène sur une charrette, enferin('e dans une cage, dont on lui ouvre la porte (piaud le gibier paraît ; elle s'élance vers la bêle , l'atteint orilinaireraent en trois ou cpialnî sauts, la terrasse et li^trangle.

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.

Mais si elle manque son coup elle devient furieuse et se jette quelquefois même sur son maître , ijui , d'ordinaire , prévient ce danger en portant avec lui des morceaux de viande ou des animaux vivants , comme des agneaux , des chevreaux, et qui lui en jelle un pour calmer sa fureur. » Si ce que dit Burtbn est vrai, cela ne peut s'appliquer (pi'à la panthère ou au léopard , car le gui'pard s'attache à son maître comme un chien , et n'est jamais il.ingereux pour lui. Tout ce que nous pourrions dire de plus sur l'histoire de cet animal appartient à celle des chats en général.

Le Léopard (Felis pardas, Ciiv. Felis leopardas , Te.m.m. Felis varia, Schr. L'Engoi du Congo).

Selon G. Cuvier, le léopard ne se distinguerait de la panthère que par dix rangées de taches plus petites, plus anne|éesj par son pelage d'un plus beau fauve, et par le dernier' tiers (|e sg queue, qui serait noir en dessus et aux côtés, avec cinq ou six anneaux blancs; il aurait exactement les mêmes dimensions. Selon Temminck, le léopard serait beaucoup plus grand que la panthère, et approcherait de la taille de la lionne; ^a queue, composée de ^ingt-deux vertèbres, serait de la longueur de son corps; il aurait le pelage d'un jaune clair, parsemé de taches assez distantes, ayant au plusdi.x-huit lignes (0,041) de diamètre, et dont le fond serait rose; le dessous du corps blanc. J'avoue que j'ai trouvé à la ménagerie tant de difficultés à reconnaître dans la panthère et le léopard des caractères sjx-tinipies tranchés, que je serais bien tenté de me ranger à l'oiiinion de Temminck, et de regarder nos prétendues panthères comme de simples variétés de taille du léopard.

Assez généralement les voyageurs ont gratifié du nom de tigres toutes les grandes esi>èces de chats qui ont la peau mouchetée de taches noires et arrondies, sans s'inquiéter si le vrai tigre luimême portait cette robe, ce qui n'est pas. Cette habitude n'a pas peu contribué à jeter la confusion dans l'histoire des espèces de chats, et BufTon, malgré sa critique et son talent, n'a pu se tirer de ce chaos. En outre, tous ces animaux tachetés ont entre eux une telle resseuddance, que Cuvier lui-même en est venu à douter s'il existait vraiment un léopard distinct spécifiquement de la panthère. » Si cela est, dit-il, je pense que ce doit être un animal dont nous avons reçu des peaux de l'île de la Sonde. » Il en résulte que le premier ([ue nous avons décrit ne se trouverait que dans l'Asie, et que le second, celui de Temminck, habiterait nonseulement r.\sie, mais encore rAfrii(ue, et |)ourrait |iie(i [l'i-Hre, comme il le ilil, ([u'une simple variété de pelage de j'animaj auquel on donne, à la ménagerie, le nom de panlhère. "' ' ' '"

Quoi qu'il en soit, en .\fri(pie le léopard est célèbre pour son courage et sa cruauté. Il a l'air féroce, l'œil inquiet, le regard cruel, les mouvements brusipies, et, ajoute liulTon, les cris semblables à celui d'un ddgue en colère; U a même la voix plus forte et plus rauque cpie le chien irrité. Il se jjlaît dans les forêts touffues, où il épie et surprend tous les animaux plus faibles (pu- lui, pour s'en nourrir. Comme la panthère, il est d'une force et d'une agilité inconcevables, et il grinq)e sur les arbres pour y poursuivre les chats sauvages. Quehpiefois , ainsi que le lynx, il sp |)la(e sur une grosse branche , et là , immobile , le cou tendu et l'oreille au vent, il attend qu'une antilo|ie passe à sa portée i)our s'élancer sur elle, la terrasser, la déchirer avec ses griffes et la dévorer. Il lui arrive au.ssi de rrtder autour des haliilalions pour saisir les animaux domestiques. Il ose même s'a|qiroclier en \>\vm joui- des troiq>eaux, et alors il euq)loie une patience et une ruse admirables |.our s'aiiprocher sans bruit et sans être aperçu de la victime que son œil a désignée. Il se coide lentement le long' d'un ravin; il se glisse à travers les buissons; il raiiq)e dans l'herbe comuie un serpent, en se traînant .sur le ventre. Si I animal fait un mouvement dinquie'lude et lève la tète, le léopard se colle a la leiie et re,le immobile, en retenant mêaie sa respiration : puis, (piand l'animal rassuré s'est remis à paître, la même manœuvre recommence, mais avec encore plus de lenteur et de

circonspection; il avance avec l'extrême soin de se masquer constamment derrière les objets placés entre sa proie et lui, et sa persévérance est tel|e, qu'il mettra deux heures, s'il le faut, pour arriver. Mais lorsqq'ij se croit à une distance convenable, prompt comme l'éclair, il se jette sur sa victime, la saisit et l'emporte dans le bois voisin en bondissant et en courant d'une telle vitesse , que ni chien ni berger ne peuvent l'atteindre. Quand il mam|ue sa proie, sa méfiance ne lui permet jias d'en choisir une autre, fùt-il au milieu du troupeau; il s'arrête, se relire ensuite lentement, en reculant, sans ôler ses yeux de dessus les chiens et le berger et en bravant leurs cris et leurs clameurs. Parvenu à une certaine dislance, il se retourne et se retire un peu plus vile, mais sans courir, en tournant souvent la tête et leur lançant des regards étincelants. Si, dans toute circonstance, on lui (ire Ufi coup de fusil et qu'on ne fasse que le blesser, loin de fuir, il se préci[)ite sur l'impnuleiit chasseur, et c'en est fait de bii s'il n'a pas d'armes pour se défendre, de camarades pour tirer sur le monstre, ou au moins des chiens foris et courageux pour le harceler et lui tenir lête. Si le coup de fusil l'a leuversé, il est dangereux de s'approcher de lui avant qu'il soit tout à fait expiré, c^r (jans ses ilerniers moments il concentre tout ce qui lui reste de force pour les employer à la vengeance.

Les nègres lui tendent le même piège (pt'à la panthère et au lion. Dans un endroit (pi'ils reconnaissent j)our être fréquenté jiar lui, ils creusent une fosse profonde, recouverte de roseaux et d'un peu de terre, sur laquelle ils déposent pour a[ipat (pielque bête morte, ou un agneau dont les bêlements attirent le léopard de fort loin. D'autres fois, quand les nègres sont en nombre, il» osent l'altaipier corps à corps, alin d'avoir sa peau, (pii est une fourrure superbe et de beaucoup de valeur. Ils parviennent à le tuer à coups de flèches et de sagaies, pendant que leurs chiens l'occupent et le harcèlent: mais, ipielque percé qu'il soit de leurs coups, il se défend avec rage tant ipi'il lui reste une étincelle de vie, et fort souvent il ne meurt i)as sans s'être vengé sur les chiens ou sur les hommes. Les négresses du Congo recherchent beaucoup ses dents pour s'en faire des colliers.

Le TicRii-BoscuKAT ou Serval (Felis seri^al. Cjil. Le Chat du Cap de FoRSTEH. Le Chat-tigre des fourreurs. Les Felis galeopardtis et ca/)M!s/.s de Desm. Le Chat-pard <le Perrault. Le Serval de Blff.) atteint jusqu'à vingt-huit pouces ((),75S) de longueur, non comjiris la queue, (pii en a huit ou neuf (0,i2l7 ou 0,2li); ses oreilles sont grandes, rayées de noir et de blanc ; son pelage est d'un fauve clair, tirant quelquefois sur le gris ou sur le jaune ; il a le jour des lèvres, la gorge, le dessous du co\i et le haut de l'intérieur i|es cuisses blanch.'Mres; des moucheluies noires sur b; front et les joues; une doid)le ligne de ces mouchetures au pli de ja gorge; ipiatre rajes noires le long du cou, dont les extrêmes, interrom])ues sur l'épaule, reprennent pour finir plus loin ; au même ])oint les intermédiaires s'écartent i>our en laisser naître deux autres, terminées au tiers antérieur du dos; des tacjies isolées si)r le reste du corps; deux bandes noires à la face interne du bras, et la (picue annelée de noir; toutes les taches sont pleines.

Cet animal habite les forêts du cap de lîonne-Esp('rance et de toute la partie méridionale de rAfri(pie. Il grimpe sur les arbres avec beaucoup (ragilil(' et s'occupe sans cesse à douTier la chasse aux singes, aux rats et aux autres petits animaux, (lu en a eu plusieurs à la ménagerie, mais j.imais on n'a pu les ajiprivoiser. Dans la captivité il parait indill'érent aux bons trailc'ments; les mauvais le font entrer dans une fureur que rien ne peut calmer, et il paraît impossible d'adoucir ou de diiui|iler sa f('rocité. Au Cip on recherche sa fourrure |iour en faire le commerce , parce qui', étant fort belle, douce et chaude, elle a une a'^sez grande valeur.

Le Chat doré {Felis chrysolhrix et Felis aurata, Temm.) a environ deux pieds et demi (0,812) de longueur, non compris la

CHATS

queue, qui est moitié' de la longueur du corps seulement, avec une bande brune tout le long de sa ligne médiane, et le bout noir ; les oreilles sont courtes, arrondies, sans ])inceaux de poils; le i)clage est très-roiirl, luisant, d'un rouge bai très-vif, sans taches sur les pai-lies supc'ricures, avec (|iH'l(|ues pclilcs taches brunes sur les flancs et le ventre; ce dernier d'un blanc roussâtre; la gorge est blanche; les oreilles sont noires en dehors, roussàtres en dedans, et les quatre pattes d"un roux dore. Sa i)atrie est inconnue.

Le Stf.pxaia-Koschka ou Manoit, [Felis 7na)uil, Pai.i.) est de la taille d'un renard; sa queue, loufTue, touchant à terre, est niar- (]ui'e de si.K à neuf anneaux noirs; son pelage est d'un fauve roussàtre uniforme, très-toniru et très-long; il a deux points noirs sur le sommet de la tèle , et deux bandes noires parallèles sur les joues. Son nuiseau est très-court, et il lui manque la dent madielière anti'rienre (pi'ont lesaulres clials.

Temminck n'a point admis celte esjièce; mais la figure bien caracte'rise'e qu'en a donnée Pallas ne laisse aucun doute sur son existence. Ce chat, toujours selon Pallas, serait la souche de notre chat d'Angora, probablement à cause de sa fourrure dont les poils ont de vingt à vingl-huit lignes (0,Oi(l à 0,06 '►) de longueur. Le manoul habite surtout les solitudes les plus nues des vastes steppes rocheuses qui s'étendent entre la Chine et la Sibérie ; il parait qu'il ne se plaît pas dans les bois , où il n'entre jamais, et qu'il préfère les pays stériles et hérissés de rochers; aussi n'est-il pas rare dans la Daourie et dans toutes ces contrées comprises entre la mer Caspienne et l'Océan, au sud du cinquauledeuxièine degré de longitude. C'est un animal nocturne, qui ne sort que la nuit du trou de rocher où il dort pendant le jour, pour aller faire la chasse aux oiseaux et aux petits mammifères dont il se nourrit. C'est surtout à la timide famille des lièvres qu'il fait une guerre aussi acharnée (pie cruelle.

Le Chat oiiscuK [Felis ohscura , Desm. Le Chat noir du Cap, Fr. Cijv.) a le pelage d'un noir un peu roussAtre, avec des bandes transversales d'un noir foncé et très-nombreuses : il a sept anneaux à la queue. Cette espèce douteuse se trouverait au cap de Bonne-Espérance.

Le Chat iif. [.a Cairiiue [Fdh cafra, Desm.) est d'un tiers plus grand que notre chat sauvage. Il est d'un gris fauve en dessus et fauve en dessous; les paupières su|)érieures sont blancliAtres; sa gorge est entourée de trois colliers ; il a vingt bandes brunes transversales sur les flancs ; huit bandes noires lui traversent les pâlies de devant, et douze celles de derrière; sa cpieue est longue, à (|ualre anneaux bien maripu's, et termin.'e de noir. M. Lalande l'a trouvé dans la Cafrerie.

Le Chat ganté [Fe-litmaniculata, Www — Tkmm.) est à peu près de la taille du chat domestique. Il est d'un gris fauve, avec la plante des pi(;ds noire; il a sur la tête sei)t ou huit bandes noires, étroites et arquées : sa queue est longue, noiie au bout, avec deux anneaux rapprochés de cette couleur; la ligne de son dos est noire; les parties inférieures sont blanches, nuancées de fauve sur la poitrine; la face çxtei'ne des pieds de devant a quatre ou cimi jK'lites bandes transversales brunes , et la face interne deux grandes taches noires; il porte cinq ou six petites bandes sur les cuisses. Il habile l'EgypIe et probablement toute la partie septentrionale de l'Afi-ique.

Le Chat nu BtXGALE [Felia bengalensist, I)i;sm,) est d(' la taille du chat ordinaire; ^pn pelage est d'un gris fauve en dessus, blanc en dessous; son front est marqué de ipiatre ligues longitudinales brunes, et les joues de deux; il a un collier sous le cou et un autre sous la gorge; des lâches brunes i:\ allong<'es s'('leudint sur son dos; .ses pieds et son ventre sont nipuchelés de brun ; sa queue est brunâtre, avec des anneaux peu apparents. Il habile le Bengale.

Le Chat iio.vrsTujuK (FcU$ catus. Lin ) est trop généralement connu lie nos lecteurs ])our «[ue nous perdions noire tenqts à le

décrire, description qui d'ailleurs serait fort difficile, au moins pour les couleurs, pui.scpie, ainsi que tous les animaux soumis à une antic|ue domesticité, son pelage varie de mille manières.

Quant à son type, le cbat sauvage, il ne varie pas, et nous allons donner sa description : Son pelage est d'un gris brun un lieu jaun;Mre en dessus, d'un gris jaune pâle en dessous ; il a sur la tèle ipiatre bandes noirMrcs qui s'unissent en une se\de plus large régnant sur le dos; des bandes transverses très-lavées sur les flancs et les cuisses; du blanc autour des lèvres et sur la mâchoire inférieure; le museau d'un fauve clair; deux annea\ix noirs près du bout de la ipieue, (lui est également noir, ainsi ipie la plante des pieds. Il a vingt-deux pouces (0,506) de longueur, non compris |a queue, c'est-à-dire qu'il est de très-peu plus grand que le chat domesti(]\ie. Malgré sa petite taille , on retrouve dans le chat sauvage les habitudes des grandes espèces.

Le chat sauvage était autrefois assez commun dans toutes les grandes f<irèls de la France, et, dans ma jeunesse, j'en ai assez souvent tué dans les montagnes (jui séparent le cours de la Loire de celui du Rhône et de la Saône; mais aujourd'hui il est devenu extrêmement rare, et probablement dans quelipu-s années on ne l'y trouvera plus. Il vit isolé, dans les bois, d'une chasse active ipi'il fait aux perdrix , aux lièvres, et à tons les autres animaux faibles. Il grimpe sur les arbres avec la plus grande agilité, et fait ses petits dans les trous que les ans et les i)luies ont creu.sés dans leur tronc. Devant les chiens courants, il se fait battre et rebaltre dans les fourrés, absolument comme le renard; mais, lorsqu'il est fatigué, au lieu de filer de long comme lui, il s'élance sur un arbre, se couche sur une grosse branche basse, et, de là, regarde fort tranquillement passer la meute sans s'en mettre autrement en peine.

De cette espèce, et peut-être au.ssi du chat ganté, comme le pensent les naturalistes allemands lUipel et Ehrenberg, sont sorties les nombreuses variétés de chais domesti(|Mes, que l'on peut, comme l'a fait Linné, grouper en quatre races principales, savoir :

Le Chat domestique tigré (Felis catus clomesticus. Lin.);

Le Chat des Chartreux (Felis catus cœruleus. Lm.) ;

Le Chat d'Espagne (Felis catus hispanicus, Lin.);

Le Chat d'Angora (Feiis catus angorensis. Lin.).

La nature a des mystères (pii, probablement, resteront toujours impénétrables, et les effets physiologiques que produisent sur les animaux les différentes couleurs de leur pelage sont au nombre de ces secrets inexplicables. Le chat en offre un des exemples les plus singuliers. Si un de ces animaux porte sur sa robe du blanc, du jaune et du noir, c'est infailliblement une femelle. J'avais fait, ou l'on m'avait fait faire cette remarque dans mon enfance; pendant tout le cours de ma vie je n'ai pas perdu une seule occasion de la vérifier, et jamais je n'ai pu trouver un niMe maripié de ces trois couleurs.

l'.uff'on était un grand i>einlre et savait habilement placer dans ses tableaux des ombres noires pour faire ressortir davantage les brillantes couleurs dont il embellissait les scènes principales, mais ces ombres, ces i)arlies sacrifiées, tombaient-elles toujours juste? Non, et nous en citerons comme preuve Ihisloire du chat, qu'il a chargée de sombres couleurs ('videinment pour l'aire valoir celles du chien. Ces oppositions sont fort habiles, trcsq)iquanles, mais elles ne S(uit pas vraies. Il a calomnié le chat, comme nous allons le montrer en rapportant le portrait qu'il en a fait. « Le chat, dit-il, est un domestique infidèle ipi'on ne garde que par uécessili', pour rojiposer à un autre cniiciui domesliijiie encore plus incommode et ()u'on ne peut chasser : car nous ue comi>lons pas les gens (pii, ayant du goût ])0ur toutes les bêles, n'<'levent des chats que pour s'amuser; l'un est l'usage, l'autre l'abus. Et quoiipie ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la geiitilbsse, ils oui eu même lemjis une malice innée, un caraclèrc faux, un naturel pervers que l'Age augmente encore, et que

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LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.

l'éducation ne fait que masquer. De voleurs de'leraiine'.s , ils deviennent seulement, quand ils sont bien élevés, souples et flatteurs comme les fripons; ils ont la même adresse, la même subfilit', le même goût pour faire le mal, le même iiencbant à la pelile rapine; comme eux ils savent couvrir leur marche, dissimuler leur dessein , épier les occasions, attendre, choisir, saisir l'instant de faire leur coup, se déi-ober ensuite au châtiment, fuir et demeurer élois^nés jusqu'à ce qu'on les rappelle. Ils prennent aisément des habitudes de société, mais jamais de mœurs : ils n'ont que l'aïqiarei.' .' de l'altaeliement : on le voit à leurs mouvemeuls obliques, à leurs yeu.\ ('quivoques; ils ne regardent jamais en face la personne aimée; soit défiance, soit fausseti', ils prennent des détours pour en approcher, jiour chercher des cal'esses auxciuelles ils ne sont sensibles que pour le jilaisir (|u'elles leur font. Bien dilTi'rent de cet animal fidèle, dont tous les sentiments se rapportent à la personne de s(mi maiire, le chat ne paraît sentir que pour soi, n'aimer que sous condition, ne se prêter au commerce que pour en abuser; et, par cette convenance de naturel, il est moins incompatible avec l'homme qu'avec le chien , dans lequel tout est siueère. »

Voyons maintenant ce que ce |iortrait a d'exagéré et de faux. Si le chat est voleur, et tous ne le sont pas, c'est toujours la faute de ses maîtres. Les uns, ])ar parcimonie, lui refusent une quantité sudisante de nourriture; d'autres, par un cruel préjugé, ne lui en donnent pas du tout, sous j)rétexle qu'il cesse de chasser aux souris dès qu'il trouve à manger à la maison ; ce préjugé du moins contredit la prétendue férocité du chat, qui, ainsi que la plupart des autres animaux , ni- donne la mort (pie pous.sé parla faim. Dans la maison, il hid)ile avec un rival pr.Téré, un eniiiMui moilel, le chien, toujours prêt à le p<iursuivie et à l'étiangier quand il peut l'atteindre. Celte société n'est pas faite pour lui donner de l'assurance, i)our vaincre la timidité naturelle de son caractère. Toujours cx|)osé aux attaipies d'im être j(oin' lei|uel il a une profonde anti|ial!iie , il ,i dû devenir méliant et couviir sa faiblesse d'une extiê.iK' |iruilen'-e; sa marche devient oblique , il prend des di'lours |)our approcher, il jette dans l'apiiarteuniil un œil scrutateur, et n'entre que lorscpi'il est certain de pouvoir le faire sans danger : est-ce là do la fausseté? Il n'est sensible aux caresses que par le plaisir (pi'elles lui font, dit le grand écrivain; mais il a cela de commun avec le chien, avec l'hoinme même, et si liun'on a entendu parler du i)laisir physisique seulement, je ré()ondrais que rien ne luouve celt' assertion, jmisque le chat, ainsi (jue le chien, rend caresses pour caresses et lèche avec an'ection la main qui le nourrit. Un chat affamé, maltraité, hanelé, |U'o(ile des ombres de la nuit |>olu' se glisser furtivement dans la cuisine, y sai--ir avec subtilité un niis('rable morceau de viande pour apaiser une faim dévoraiile , et voila de la perversité! .Mais il n'est |)as un chien de chas.se ipii n'en fasse autant dans l'occasion , avec plus d'audace à la vérité, et on ne l'accuse pas de mampier de mœurs, d'être pervers, de ne se prêter au commerce i|ue pour en abuser. Le ch.it n'est farouche et savivage (pi'autaut (pi'il est (b'daigné et uudiraité; (pianci il est i'lev(' avec douceur, il s'attache à son maiire, lui nioulre ib- r.ilT'ectieu (1 oli'it même à sou coiuHinnderueul II est

susceptible d'éducation autant que son intelligence bornée le lui permet; j'en ai vu qui donnaient la patte, qui contrefaisaient le mort, et même qui rapportaient comme un chien. Buffon lui-même dit (pie des moines grecs de l'île de Chypre en avaient dressé à chas.ser et à prendre et tuer les serjienls. Il est vrai (pi'aju'ès une antique servitude , le chat n'est devenu (pi'à moitié domestique , et qu'il a su conserver son entière indépendance; mais ceci re'sulte purement de son organisation physique et non de son moral. Animal exclusivement de proie, il a les habitudes, les gestes de ces animaux, ([uoi((u'il en ait perdu le caractère, au moins dans les grandes villes, où l'on a soin de lui, où ses besoins, ses appétits sont constamment satisfaits. On dit qu'il s'attache plus au logis qu'à ses maîtres, et cela est vrai, mais seulement dans les maisons où l'on s'in(|uiète peu de lui, où il n'a pas pu placer son afrcclion suj' queb|u'un. S'il a et- adop!é par une iiersonne, (ju il en ait re(;u des soins, des amitiés, qu'il s y soit attaché, il la suit dans un autre logis, s'y établit, y reste, et ne pense pas à retourner dans celui qu'on lui a fait quitter.

En résumé, le chat est d'un caractère timide; il devient sauvage par poltronnerie, défiant par faiblesse, rusé par nécessité. Il n'est jamais méchant que lors(ju'il est en colère, et jamais en colère (|ue lorsqu'il croit sa vie menacée; mais alors il devient dangereux, parce que sa fureur est celle du désespoir, et qu'alors il combat avec tout le courage des lâches poussés à bout. H a conservé de son indépendance autant qu'il lui en fallait pour assurer son existence dans la ))osition que nous lui avons faite, et si on rend celte position meilleure , comme à Paris , jiar exemple, où le peui)le aime les animaux, il abandonnera aussi une partie de son indépendance en proportion de ce (pi'on lui donne en aireclion.

La challe est plus ardente en amour que le mâle, ce qui est une exception dans la nature ; elle entre couimMiiéuient en chaleur deux lois ]iar an, en automne et au printemps; elle porte cin(iuante-cinq à cin(piante-six jours, et ses portées ordinaires sont de quatre à six petits. Comme les mâles à demi sauvsges sont sujets à dévorer leur progéniture, la femelle cache ses petits dans des trous ou d'autres lieux retirés, et elle les transporte ailleurs et les change de place à la moindre apparence de dangc r. Après les avoir allaités ipiebpies semaines, elle leur apporte des souris, des petits oiseaux, et les accoutume peu à peu à vivre de |iroie. Il arrive quelipiefois aux jeunes mères qui mettent bas pour la première fois de manger leurs petits au lieu du placenta (jue mnugeut toutes les espèces d'animaux, (lelle erreur de l'intilligence animale estime des bases fondamentales sur laiiuelle on ('tablil la fi'rocité de l'espèce. Mais ceci arrive encore plus souvent aux lapines, et je ne vois pas que pour cela liiiiron ail avancé (|ue le lapin est un animal féroce. Le chat est joli , b'ger, adroit, plein de grâce, et sa robe est toujours d'iuie pro|>relé recherelK'e ; ses poils soyeux, secs et lMStr('s s'('lei-ti-isent aisément, et si on les frotte dans robsciirit(' on en voit sentir des étincelles. Lor.sque la femelle est en chaleur, elle s'échappe de la maison , et va qut hpiefois s'accoupler avec les chats sauvages. Les petits (pii en r('sullent sont fort beaux , mais on les dit jdiis farouches (pie leur mèie. La longueur ordinaire de la vie d'un chat est de dix à (juinze ans.

CHATS

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