SOI
Cet animal jouit d'une grande célébrité , et cependant il en est peu d'aussi repoussant. Son corps parait toujours sale, parce que son poil, ni lisse, ni frisé, est d'une couleur terne, et ressemble à celui d'un animal malade. Il exhale, d'un organe particulier placé dans l'anus, une odeur ft'tiile et urineiise, qui est encore renforcée par l'habitude qu'il a de se mouiller de son urine, qu'il iJlche lorsqu'il est effrayé ou en colère. Ceci n'enipéciie i>as les sauvages de manger sa chair, et de la trouver délicieuse, probablement parce qu'elle ne participe pas à la puanteur du poil et de la i)eau.Du reste, cette fétidité dont il s'entoure (piand on le poursuit ou ((u'on l'irrite est la seule dt'fense ([U il ait à oi)poser à ses ennemis; car il ne sait ni mordre, quoique bien armé
sur les arbres pour aller surprendre les oiseaux dans leur nid, et c'est à ce genre de chasse «piil passe une grande partie de son temps, car il a un goût de prédilection |)OMr la chair des oiseaux, et surtout pour leurs œufs. Cependant il est souvent forcé par la nécessité de se rabattre sur les reptiles, sur les insectes, et même sur les fruits. U rôde souvent autour des habitations, et, comme il grimpe (•gaiement contre les vieilles murailles mal unies il lui arrive quelquefois de péiiétier dans les basses-cours; dans ce cas il tue la volaille ijui s'y trouve, et se borne à lui sucer le sang, après quoi il abandonne les cadavres sur la place. Buffon dit « qu'il se cache dans le feuillage d'un arbre en se su»|)endant par la queue, et qu'il reste quebpiefois longteuqisdans celte situation,
Ancianne cabane des Kanguroos, près de la grande volière.
de dents, ni fuir, pui.squ'il ne court guère jilus vite (|u'mi hérisson. U a la ]>Mpille nocturne, d'où il résulte ([u'il y voit beaiicou|> mieux la nuit (|ue le jour; sa (U'marche est lente, et sa stupidité extrême. Cependant il est fort doux, et s'accoutume très-bien à l'esclavage; mais il ne s'attache à personne, et n'est capable d'aucune éducation. Dans les maisons on le nourrit avec du pain , du lait et de la chair crue. On a observé ipiil boit en laiiant, et qu'il aime (pi'ou lui verse de l'eau d'un peu haut dans la bouche , qu il lient ouverte pour la recev<iir. Sa i[ueue jirenante est très-forte, mais elle ne S(^ replie (pi'en dessous, et il en fait un usag»! maladroit.
Dans l'état sauvage, le manicou habile loule l'.Xméiiipie seplenlriouale. Le jour il se relire dans un terrier (juil se creuse au Uiiiiru d'un buisson ('pais, à certaiui' disl.uice des habilations; il y passe la journée à (hu-mir, le c(n ps plie' eu cercle à la manière d'un chien. I-a nuit il se n'veille , sort de sa demeure, et se met en chasse pour trouver s.i nuuriilure. Il grimpe assez facilement
sans mouvement , le corps sus])endu la tète en bas , pour épier et attendre le i)etit gibier au passage. » Ceci est peut-être vrai, (luoi(pie douteux pour moi; mais il n'est pas jiossible, en bonne crili([ue, d'admettre la citation dont il fait suivre ce passage. La voici: «L'instinct avec lequel il fait la chasse est très-singulier. Après avoir ju-is un petit oiseau et l'avoir tué, il se garde bien de le manger. Il le pose i)roprement dans une belle place découverte proche de quel(|ue gros arbre: ensuile moulant sur cet arbre et se sus|)en(lant par la (pieue :i celle de ses branches (pii est la plus voisine de l'oise'U, il attend i)alieiumeut , eu cet ('tat, (pie (pielipie autre oiseau carnassier vienne piuir l'enlever : alors il se jette dessus et fait sa proie de tous les deux. » U est singulier que liiidon rapp(Ute ce coule absurde, surtout en l'appliiiuant à un des animaux les plus stupides de toute la cla.sse des niamuiirères. D'ailleurs, rhi>toire du .sarigue est a.s.sez merveilleu.se en ellemême, sans (pie l'on soit obligé de la broder maladroitement. Vingt-six jours après l'accouplement . l.i femelle iiiel bas de dix à
LES MARSUPIAUX
douze petits, n'ayant encore nulle forme d'animal, gros comme un très-|ielit pois, et ne pesant chacun qu un grain d'orge. Quoique aveugles et informes comme de très-petits fragments de chair gre'latineuse , ils s'attachent aux mamelles , y adhèrent bientôt au moyen d'une membrane commune au mamelon et au petit trou qui leur sert de bouche, en aspirent le lait, et y restent adhe'rents pendant cinquante jours , absolument caches dans la poche, ce qui, avec les vingt-six jours qu'ils ont passe's dans le sein de leur mère, complète le temps de la gestation. Alors leurs membres sont développe's , ils ouvrent les yeux , ils ont à peu près la grosseur d'une souris, et la membrane qui les unissait au mamelon se de'chire. Quoique libres, ils ne commencent à sortir de la poche que (pielques jours après, pour jouer sur l'herbe, au clair de lune , pendant que la mère fait sentinelle et veille à leur sùrele'. Au moindre bruit, à la moindre apparence de danger, elle les fait rentrer dans leur sac , et elle les emporte dans son terrier. Ce genre de vie dure jusqu'à ce qu'ils soient trop gros pour rentrer tous dans la poche; aloi-s la mère s'éloigne un peu plus de sa demeure, parce que ses petits commencent à la suivre, et qu'il faut qu'elle chasse pour eux. Si , dans ce cas , elle croit sa jeune famille menacée d'un accident, elle jette un petit cri. Aussitôt ses enfants se rapprochent d'elle en tremblant: lés uns se précipitent dans la poche, les autres lui montent sur le dos et s'y maintiennent solidement au moyen de leur ((ueue ipi ils enroulent autour de la sienne , ou autour de ses jaudies. Quelquefois la pauvre mère en est tant chargée et surtout embarrassée, qu'à peine peut-elle marcher.
Ce que nous venons de dire du manicou pouvant s'apidiqiier à tous les didelphes, sauf (iuel(|ues légères modifications (|ue nous enseignerons plus loin, nous n'avons plus à nous occuper que de la description des espèces.
Le Gamba {Didelphis Azzarœ,TFMU. Le Mcoure, ii° i", H'At/aks. Didelphus aurila , Neuwied) est un peu plus petit qiie le précédent, avec le(piel il a souvent été confondu. Son museau est long; le tour des yeux est noir, ainsi ipie les oreilles et les extrémités des jambes; la face et la nu(pie sont presque noires; son pelage est composé d'une sorte de feutre cotonneux et court en dessous, et, en dessus, d'un poil soyeux d'un blanc plirdans toute sa longueur. 11 haiiite rAméri(pie méridionale.
Le Qlica [Dideliihis (juira , Timm.) ne dépa.sse pas la taille d'un jeune putois ; sa (pieue est i)lus longue que son corps ; son pcl.ige est d'un gris de souris en dessus et d'un blanc pur eh dessous; la femelle est d'un fauve noirâtre, jtlus clair sur les flancs et comme argenté. Il a un cercle noir autour des yeux, et le museau noir. Cette espèce a les mêmes habitudes c]ue les précédentes, mais elle vit presipie constamment sur les arbres. Elle habite le lirésil.
Le Saiiicoui^;ya (Didelphis upossum, Li.n. — Desm. Le Saritjue opossum et le Quatre-iril des naturalistes). Cette espèce, plus ])etite que les précédentes, ne dé|)asse guère la taille d'un écureuil. Son cori)s a un pied (O.ôijr)) tout au jikis de longueur loiale, et sa (pieue onze pouces '0,298). C'est à celui-ci ipielîufibn rappoite les récits (]U'onl faits les voyageurs sur toutes les esj>è(-cs de didelphes. Son pelage est d'un gris brun en dessus et un peu plus fonce sur la tète; la jinitrine, le devant du ventre et le dedans des membres sont d'un blanc jauiiMre, ainsi qiu; les doigts; le dessus de chai(ue œ'i\ e-l manjoé dune tache ovale, d'un jaune l)Me; les oreilles sont bordées de blanc en arrière ; le uuide , les lèvres et le menton sont blanchâtres. Le mâle est d'une couleur gi'néralement plus foncée. Il habite l'Amériipie méridionale , et n'est pas l'aii' à la (luyane.
Le Diiiii.i'nE (jcece-he-iiaï (l)idelphif myii.suro.s, Stemm.) est de la taille d'un jeune putois; son pelage est serré, doux, très-court, brun et d'un fauve roussâlre , plus foncé sur léchine, d'un blanc roussâtre en dessous; ses oreilles sont très-grandes, un i)eu arrondies; sa queue, semblable à celle d'un rat, est bicolore, grêle.
beaucoup plus longue que le corps et la tête. Celte espèce se trouve à la Guyane , à Surinam et au Brésil.
Le Faras (Didelphis philandn, Temm. Didelphis caijopollin. Lin. —Desm.) est de la taille d'un écureud, à pelage d'un fauve roussâlre, teinté de jaunâtre sur les flancs, blanc en dessous et sur les joues; il a une bande d'un roux foncé sur le milieu de la lête et une tache cendrée (pu lui envelo|ipe les yeux ; ses narines sont séparées par un sillon lrès-mar(|ué; sa ipieue, beaucoup ]ilus longue que le coii)s et la lête, est tachetée de brun sur un fond blanc. Il se trouve à la Guyane. Je ne sais trop si celte espèce a une poche.
Le PtiANT ou CRAniEiî (Didelphis rancrivora et marsupialis, Lin. Didelphis marsupialis , Sciiiii.iiEn. Le Grand Sarigue de Cai/enne, du lirésil, etc., Bcff. Le Grand Philandre. orienlal de Seiia). Il ne faut pas confondre ce didelphe avec le chicn-crabler, comme l'ont fait plusieurs naturalistes. 11 a quelque analogie avec le manicou, dont il a la taille, mais son museau est plus eflilé, son chanfrein plus droit, le front non déprimé. Ses moustaches sont noires, ainsi que ses oreilles et ses yeux ; sa tête est d'un blanc jaunâtre; le cou , le dos et les flancs sont j.ninâtres, parsemés de noir, ce qui vient de ce que les longs poils du dessus , noirs dans leur moitié supérieure, sont couchés sur les autres, qui sont d'un blanc sale; les poils de l'échiné sont noirs, longs, et lui foi-menl une sorte de crinjère lorsqu'il est en colère. Les mendu-es sont noirs, les ongles blancs , ainsi que leur [dialange; la queue est blanche , avec son premier tiers noir ; le museau et les lèvres sont couleur de chair.
l'ris jeune, le crabier s'apprivoise assez facilement; maisl'oileur infecte qu'il exhale, beaucoup plus forte (pie celle du renard, avec la(pielle il a de l'analogie, ne permet guère qu'on l'élève dans les maisons. Cet animal est assez commun à Cayenne et à Silfiham , où il habite le bord des ruisseaux ombragés par des palétuviers , sur lesquels il aime à grimper poin' chasser aux oiseaux. La nuit, il se promène sur les rivages limoneux, j)our chercher des crustacés et principalement des crabes, pour les- (piels il a un goût de prédilection. Il sait fort bien fouiller dans le sable pour les retirer des trous où ils se cachent , et , si l'on en croit Laborde , il les retirerait des trous de rocher et de dessous les racines d'arbi'e d'une manière fort ingénieuse. 11 enfonce sa queue, dit le Voyai^eur, dans le trou où il soupçonne un crabe, et celui-ci, en sa (piaillé d'animal très-carnassier, ne manque pas de saisir cette (]ueue avec ses pinces pour la dévoi-er. Le puant la relire alors par un mouvement brusque , elle entraîne le crabe hors de sa retraite , et le puant s'en empare et le mange. Si cela n'est ])as vrai , c'est au moins bien inventé , et (;'esl |irobablcment pour cela que les voyagems ont altribuit cette petite manœuvre à plusieurs animaux , et iiarliculièrcuienl à un singe. Du reste, le crabier a les mêmes habitudes que les autres didelphes à poche.
2» Didelphes sans poche et à mamelles découvertes.
Le Taïri (Diilelphis murina, Lin. La ,]tarmose, Bcee.) a cinq pouces (0,155) de longueur, du bout du museau à la naissance de la queue; celle-ci est de la même longueur, jaunâtre, unicolore et entièrement nue; le pelage (îst d'un gris fauve en dessus, et d'un jaunâtre |)âlc ou |ircsipie blanchâlre en dessous ; Id'il est pl.iré au mili(Mi d lin ovale brun. La fciiulle a quatorze mamelles, au\(pielles s allacheiil les peiils, comme dans les espèces précédentes, à cela près (pi'ils ne sont pas cachés dans une poche, mais seulement soutenus par des ])lis inguinaux de la peau; il en est (l<! même pour les autres didelphes dont il nous r(!Stc à parler. Le taibi vil dans les trous d'arbre et les buissons eu Ami'iii|iie iiiéridioiiale cl surtout à la (iuyane.
le DiDEi.niE A uuEiJE NLE (Didelphis nudicnwlata , Geoee) est d'un gris brun en dessus, blanchâtre en dessous; sa i|ucue est nue, unicolore, i)liis longue d'un ipiart ipie tout le corps; il a