CHAPITRE XXIT
Exercices gjmnastiques ; découvertes dinVrcnlcs: animaux singuliers, etc.
l'endant notre séjour à /.clllieim, ;iii milieu de nos occupations el de nos lr:ijets au vaisseau, nous n'avions point oublié de célébrer pour la seconde fois le diuninclie; le jour de noire arrivée à l'al- Uenliorsl en aiiieuail un Iroisiiiue, que nous lâchâmes de sanctifier selon notre pouvoir en eonsacranl la luatlnée à la prière, à la lecture de la Hihle , au chaut des eaiili(|ues et au récit d'une nouvelle parabole de mon invention, que je nomiiuii les Wiiiai/Kurs tiriitics. J'y rappelais à n.es enfants, sous des images el des noms supposés, loiitcs les grâces que Dieu nous av.iit accordées depuis notre arrivée dans l'île en nous fais.uit découvrir tant de clioscs utili'S à la vie, et surloiil un trésor inestimable qu'il nous avait envojé p;ir les mains d'un biui génie, qui veillait sur nous el nous protégeait. C'était un talisman qui nous inspirait à rinsl;int tout ce qu'il y avait de mieux à taire pour notre bonheur; de sorte qu'en siiivanl ses iiispiralioiis, nous ne pouvions jamais nous égarer ni manquer de ricii. On comprend (pie j'entendais par le génie prolecteur la bonne el soigneuse miu'c, et par le précieux talisman la sainte Hible. qu'elle avait sauvée du naiifraijc et tirée si à propos de son s.ic. Mes enfanls me coniprirenl tri's-bicn; et quand j'eus fini Ions allèreni embrasser leur mère ])ar un mouvement spontané en ra]i|>elanl leur bon génie, el en la remercianl d'avoir conservé le sainl livre pour leur iiislruction el pour notre consolation à tous.
Apri'S dîner, je hs encore une eouile alloculiou morale à mes lils, aprî-s ipini je leur permis les ri'-cri'atious qui leur plair. lient, :iyaiil
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pour système de ne pas les fiitiiîiier ni les ennuyer de ce qu'ils doivent aimer. J'eus l'idée, pour les amuser utilement, de leur reeommaiidci' la rdiitinuatinn des evereiees que nous avi(uis ((numencés le |)reiuicr dimanche par le tir de l'are; j'avais l'orl à id'ur d'entretenir el {l'auipuculer iliez eu\ la forre et ra|(ilili'' corijorelles si néeessaires dans nuire situation. l\ien n'ote plus le enurai;e :i un lionime que de ne pas se sentir la loree ou l'ailresse néeessaires pour se défendre ou pour éeliapper aux danijers. dette lois, j'ajoutai au tir de l'are la eourse et les sauts; je les lis i;rimper sur les arlires, soit en escaladant le tronc, soit au moyeu d'une corde suspiuulue, comme les matelots <|uand ils montent sur les mâts. Au eommeneeinent, ils s'aidaient par des nceuds placés ii la distance d'un pied l'un de l'autre; puis avec des meuds plus éloii;nés, et enfin sans nceuds. Je leur appris ensuite un evercicc qu'ils ne couuaissaieut point, et (|ui s'evécute avec deux balles de plomb attachées aux deux bouts d'une licellc d'une toise de louijueur. Pendant que je préparais cette macliine, tous les veux étaient fixés sur moi. o One doit-il en résulter, pa]ia ■' Comment se sert-on de celai' nnintre/.-le-nous vite, s'il vous plait!
— ^ Dus saurez r]ue ce sont ici les armes d'une peuplade vaillante el Irès-liabile ii la chasse, des lameux l'ataijcnis, (|ui habitent vers la pointe méridionale de rAméri(|ue , et cpii passaient aulrel'ois pour des ijéants; seulement, à la place des balles qu'ils n'ont pas, ils atlaeheul deux iiierres solides et pesantes aux deux bouts d'une C(Uirroie plus binijue ipie celle fi(-elle. Ils soni lous armés de ce simple instrument, d'Mil ils se servent avec une liabilelé incroyable. S'ils veulent hier ou blesser un ennemi ou un animal, ils lancent de toutes leurs l(U-ees une des pierres contre l'objet qu'ils veulent frapper, et la retirent aussitôt par le moyen de la seciuule, qu'ils retieinient dans l'autre main ])nnr porter un second coup, s'ils le trouvent nécessaire; mais s'ils veulent prendre un animal en vie sans le blesser, ils lancent avec une adresse sinp,ulière une <les pierres autour de sa tèlc, (pii se trouve ainsi tout a coup serrée, l'ar la manière dont la ])ierre est jetée, la courroie fait un tour nu deux autour du cou; ils jettent ensuite contre l'animal la seconde pierres (|u'ils tiennent en main et avec, une telle certitude, qu'ils ne man(pirnl |>rcsc|U(' jamais leur coup, et qu'ils en entortillent ainsi une bêle nu'ine au ijalop. Les jiierres conlinuenl ;i tourner et ii faire touriu'r la courroie; et lors- (|u'elle arrive soit aux pii'ds, soit au cou de l'animal, elle l'arrête par la force centrifui;e, tellement (|ue ces pauvres bêles ne peuvent plus ax'ancer et toudx'ut au pouvoir du cluisseui'.
(^■Ile description de la chasse des l'alaijons intéressa beaucoup mes fils; il me fallut faire sur-le-eliam]) l'essai de nuui instrument contre un petit tronc d'arbre (pie l'on me montra dans queli|ue éloi- (jnemenl. Mon jet me réussit fort bien, et ma ficelle avec mes balles entoura si bien le tronc, que l'habileté des chasseurs ])atai;iins fut complélement démontrée. (Chacun de mes enfaiits voulut à son tour essayer cette espèce de fronde, et l''ril7, devint bientôt maître passé dans cet exercice, ainsi que dans tout ce qui demandait de la iorcc et de l'adresse; il était non-seulement le plus ar;ile de mes jjareons, mais étant le ]ilus àjjé, il avait aussi plus de force el son inleHi[;cnce élait plus dévelo])pée. L'esprit est d'un plus ijrand secours (|u'ou ne pense dans les exercices du corps.
Le lendemain, en me levant, je remaripiai du haut de mon cluitcau aérien, (pii dominait sur la mer, (|u'elle était fortement ai;itée, el (pie le X'cnt la soulevait avec violeinu'; je me rc'jcuiis beaucoup d'être en sùret('' chez moi et d'axoir destiné celle jourm'-e il rester sur la terre ferme. <,)uoi(pie ce vent n'e('it rien été pour des navi!;aleurs li;(biles, il jxiuvait devenir aussi dangereux pour nous (pi'une lenipète. Je dis donc à ma femme ([lie je ne la ipiillerais pas, et (pie je serais à ses ordres pour faire ce qu'elle juijerait b(Ui el utile. Elle me mollira ce ipi'il y avait de nouveau à Falkenhor>t, el ce (pi'elle y avait lait pendant mon absence. Je vis d'abord un Imui tonnelet de ramiers et de j;rives ii demi rôtis, et mis dans du beurre pour les conserver: c'était lii sa chasse; elle les avait pris au cerceau dans les branches (lu fi|;uier. l'Ius loin, elle me montra une paire de jeune ])ii;coiis privés (pii étaient nés sur l'arbre, et (pii vollii;eaient déjà, tandis ipie la miu'c était de nouveau sur le nid pour couver les oMils. INous arrivâmes enfin au pa((uet des arbres fruitiers, (pii vérilablemenl demandaient mes soins et paraissaient ii demi secs. Je me mis siir-lecliamp eu devoir de prévenir un iiialheiir. J'avais (iroiiiis la veille à mes enfants (pie nous irions dans le bois des arbres à calebasse |)oiir nous y pourvoir de vases de dilféreules i;ran(leurs, dont nous avions besoin ])oiir mettre nos pri)visi(uis; ils se faisaieni un i;raii(l plaisir de cette course; mais je voulus avant de renlreprendre (pi'ils in'aidassenl à mettre en terre nos jeunes arbres, (pioi(|ue, par la raison (pie j'avais (biniiée il ma femme ;i l'éijard des léipimes, je ni' fusse iiiillcmeut assuré qu'ils réussiraient tons. Lors(pie nous eûmes fini, le jour me parut trop avancé pour coiumciieer ce voyage, dont la mère el le petit François voulaieul être aussi. Il y avait eu tant de préparatifs ii faire, (|iie le soir nous surprit; nous y renonçâmes donc jusqu'au leiubuuain , et nous résoli'iiues de nous mellre en marche de ijrand matin. Avec le lever du soleil, tout mon monde fut sur pied, cl les derniers arraiij;emeiits ])our le départ ruicnt faits avec une promplilude extraordinaire. L'àne attelé ii la claie jouait celle fois le rôle principal; il cluil destiné il ramener ;i la maison notre vaisselle
de courije, et à porter noire petit Fran(;ois s'il se sentait fatiijué. En attendant, il fut cliari;é de nos provisions de bouche, d'une petite lioulcille de xiii de (iauarie, de poudre el de plomb, 'l'iirc, revêtu de sa cotte d'armes, ouvrait comme de coutume la marche et formail l'avant-ifarde ; venaient ensuite mes trois fils aînés, éipiipés eu chasseurs; puis la mi'i'c, Icnanl par la main le petit cadet, et liill, pour l'arrièrc-jïarde, portant le sinije sur son dos; mes fils avaient donné le non, de lùiipx ii cet »iiimal. J'avais pris celte fois un fusil de chasse i( deux coups, ehari;é d'un côté de (jrenaille pour le [;ibicr, de l'autre d'unie balle de plomb pour notre défense.
Ainsi, nous partîmes ;;aiement el de bonne humeur de Falkenhorst. Tournant autour du marais des Flamants, nous arrivâmes bientôt dans rexcellciite contrée située de l'autre côté. !Ma femme et ceux de mes fils qui n'y avaient pas encore été ne pouvaient se lasser d'en :idmirer les bcaiilés. Fritz, avide de ([uchpie aventure de chasse, (piilla un lieu les bords de la mer, attirant Turc du côté des hautes herbes, oii ils entrèrent tous les deux, et disparurenl entièrement .î nos yeux; mais bientôt nous entendîmes les ;(boiemeiils du chien. Nous vîmes partir en l'air un oiseau, et pres(pie en même temps un coup de fusil de l''rilz ratteiuiiit et le fil tomber; mais l'oiseau frappé n'était pas mort : il se releva el ]irit le lariie avec une célérité incroyable, non pas en volant, mais en marchant. Turc courut comme un furieux après lui; I''ril7,, en criant commis un forcené, le suivit, et Bill, apercevant tout ce train, jeta de côté le singe sur le sable, cl, partant comme un trait, se précipita aussi sur les traces du fuyard; ce fut lui (pii le saisit et le tint ferme jusipi'ii l'arrivée de l'iilz. IMais ici ce fut autre chose qu'avec le flamant, dont les longues jambes sont assez faibles : l'oiseau blessé était p,r:ni(l et lort; il donnait, soit au chien, soit ii Fritz, lorsqu'ils voulaient l'approcher, des coups de pied tellement sensibles, que ce dernier abandonna le cliamp de bataille el n'osa plus aller trop près du lutteur emplumé. 'i'urc,(pii s'était vaillamment jeté dessus, fut ;iussi intimidé par ipiel- (|ues coups de pied (pi'il re<;ut il la tête, et ne xoiilut plus être de la partie. Le courageux lîill s'était saisi d'une aile et rcfiis;i de lâcher prise jus(pi'ii mon arrivée, rpii fut lenle il cause des hautes herbes et (lu poids de mon fusil ; mais lorsque je fus assez près pour distinguer l'oiseau couché et il demi vaincu , j'eus une grande joie en reconnaissant une belle oiilarde femelle '. J'avais grande envie d'en apprivoiser une p(nir notre basse-cour, (pioi([ue je susse ([lie c'était IrèsdiUicilc; je voulais au moins l'essayer.
,1c regardai celle Irouvaille comme une des [dus iniport;intes (|iie nous eussions faites depuis noire entrée dans l'ile. Je savais ([u'iiiie (les [larlicularilés de l'AiisIralie, (|iii sous bien des ra|q)orls est la conirée la [dus singulière du monde, est de ne nourrir aucune espèce de gallinacés. La proximité de ce cmitincnl m'avait fait craindre (pie mon ile ne partageât avec lui celle défaveur de la nature; mais, soit ([lie je me fussi! trompé dans ma longitude conjecturée, soit ([ue (piel(|iie voyageur venu avant moi eût laissé dans l'île des individus de cette utile es[)èce d'oiseaux, il est certain que j'eus ce jonr-lii un
1 vcl exemple de la réunion pliénoménalc d'animaux auslraliens et
antiausiraliens, si je peux iii'ex|iriiiier ainsi, dans l'heureux coin de terre oii le ciel m'avait jclé.
l'oiir avoir l'oularde en iiiilic pouvoir sans la tuer, je [iris mon mouchoir, el , éiiianl un moment favorable, je le jetai sur la tète du l'oisciu; il ne put s'en débarrasser, et ses clïorls ne firent (jiie l'cntoitillcr (lavaiit;i|;e. Comme alors il ne pouvait me voir, j'en approchai assez |ioiir lui [lasser dans les jambes nue forte ficelle nouée en lacet coulaul, ([lie je serr;ii; alors nous fûmes a l'abri de ses [dus fortes armes. Je dégageai doiiceiucut celle de ses ailes ([ue Bill tenait encore; je les allachiù toutes les deux avec une ficelle autour (lu eor[)s. iMiliii l'outarde fut douqilée, non sans que je reçusse plusieurs eou|)s bien aiqiliiiués; mais elle fui à nous, en état d'être transportée ;( notre demeure, oii je me |)ro[iosais. par mille soins et caresses, delà dédomiuiigcr du mal ([uc nous lui faisions pmir le moment.
S, (Ils [iliis tarder, nous portâmes la [irisonuiènt il ceux qui nous itlcndaieut im|ialiemmciil assis sur le rivaije. Dès (pi'ils nous aper-
' La gnindc outarde, oiseau (In l'ordre des gallinacés; c'est le plus grand drs discaux do nos climats. I-a Rraïuhîiir ordinaire et moyenne du niàlc est de trois pieds du hei? à la queue ; l'ciivorgmo , de sept pieds ; le poids , do 2li à 30 livres. Toules les dimeiiMons des femelles s nt d'un tiers au-dessous. Quoique les (lies de l'oulardo, aiii^i que celles des poules, ne soiedt pis proportionnées au poids di; son corps , elle prie, cependant s'élever cl se soutenir ([uelque um|is en l'air ; mais elle no prend sa volée qu'avec beaucoup de peine : aussi ( c seplail-elleipiodans les plaines découvertes et spacieuses. Cet oiseau ne percha point et fuit le voisinage des eaux. C'est un animal craintif, diMiant, qu'on n'ap- I roche que ilinicilement, et qui so di^fend avec fureur, au moyen de ses coups do [lied, lorsqu'on veut le saisu'. Pris jeune, il s'apprivoise, il s habitue à manger avec la volaille. La grosseur de l'outarde et la délicatesse do sa chair ont fait désrrer de l'élever en domesticiié , et il serait intéressant d'en faire la tentative; mais son liumeiir farourhp sera un grand obstacle il sa civilisation. La couleur ordinaire rie son plumage est le no;r nuM(> de roux en dessus, et blanc en des- S'ius, faiblement mélo de fauve; à la naissance des plumes, so trouve un duvet couleur de rose. Il y en a de plusieurs espèces, tant indig('>ncs qii'élrangères : 1 outarde cancpeliiîre, l'oulardo d'Afrique, l'outarde huppée, la bleuâtre, la Ijlanclie, etc. (Voyez le JVotioeau Dictionnaire d'Histoire ualttrelie.}
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curent, Eniest et J.iek vinrent au-devant de nous en eriaut déjà de loin : « Ali! le bel oiseau! comme il est jjrand! comme son ])Uimai;e est joli! — .Te parie ijue c'est une outarde! cria Ernesl dés (ju'il l'eut entrevu. — Et tu as fjagné tou pari, lui dis-je; la chair de cet oiseau est excellente; elle a le goût de celle du dindon, avec i[ui l'oulardc a aussi des rapports. Le mâle l'ail la roue avec sa ([ueuc pour plaire à sa femelle, lionne mère, je le prie de lâcher d'aii|uivoiser celle-ci.
tA MERE. Et moi, je suis d'avis de la laisser courir; elle a peut-être des petits à (|ui ses soins sont nécessaires.
LE piiBE. Oh! non, chère amie; celte l'ois ton hou cu'ur t'cgare; celle pauvre hèle csl blessée, et périrait en libcrlc faute de soins. Quand j'aurai bien examiné sa blessure, si je la trouve trop forle pour la guérir, je la tuerai, et nous aurons un excellent rôti; mais, si elle est guérissable, nous gagnerons pour notre basse-cour une superbe poule, qui peut-être attirera sou mâle cl nous procurera une belle couvée; si elle eu a une en ce moment, espérons (]ue les pelils pourront se tirer d'affaire eux-mêmes : ainsi (jue les pciulcls, ils peuvent courir en sortant de l'œuf. «
Tout en parlant ainsi, j'attachai l'outarde sur la claie, de manière qu'elle y fût commodémeul, et nous marchâmes vers le bois des Singes, ainsi nommé depuis que nous y avions passé, Fritz et moi, et qu'ils nous eurent jeté avec colère tant de noix de coco. Il raconla de nouveau très-eomi(|ueiiieut à sa mère tout ce qui s'élait passé. Pciulant ce temps, Ernest allait de eôlé cl d'autre, saisi d'admiration pour la beauté cl la hauteur des arbres; il rcsiail en extase dex'ant un grau<l palmier is(dé de ])las de soixante pieds de haut, cl levait avec élounemeut ses yeux, fra]>pé de la prodigieuse longueur du tronc jusi|u'aux belles grappes de coco, ([u'il voyait pendre sous leur couronne de feuilles cl (|ui lui donnaieni grande envie d'en manger. Sans être aperçu, je m'élais placé derrière lui, et je m'amusais à voir l'exiircssion de son regard; cul'iu il poussa un profoiul soupir et dit à hante voix : « Mon Dieu, (pie c'est haut!
LE PÈRE. Oui, pauvre Ernest, el point de singe pour t'en jelcr; c'est bien triste! Si j'y lâchais Kuips, outre (|u'il n'a pas l'habilude de cueillir ces noix et de les donner, il s'aviserait )ieut-èlre d'y rester, tant le goût de la liberté est naturel! C'esl liicu dommage, n'estce pas, ((lie ces belles noix ne tombent pas d'elles-mêmes dans ta bouche :'
HRNEST. ISon, vraiment je ne m'en soucie pas du tout, elles tombcnl de trop haut et sont trop dures; j'aurais pour le moins quelques deuls de cassées, et peut-être n'en serais-je pas quitte à si bon marché. »
A peine a-l-il achexé, f(u'uiie des plus grosses noix de l'arbre tombe à ses pieds. Effrayé, il fait un saut de eôlé et lève la lète vers l'arbre. Il en tombe une seconde, qui manque de me toucher, et je n'étais pas moins surpris (|iie lui, ne pouvant couiprcndre d'où venait ce pliénomène. Ou n'apercevait pas le moindre animal, et je savais que les noix de coco ne se dc'taehent d'elles-mêmes (|ue lorsi|u'clles s(uit trop mures el presipie gâtées; or celles-là étaient vertes et fraîches.
ERNEST. ÎMoii papa , c'est comme dans les contes des fées; à peine forme-t-on un souhait, qu'il est aecom])li.
LE fÈRE. Sans doute. (Jiqiendanl l'enehanleur qui nous sert si vile pourrait bien être caché là -haut dans le leuillagc, sous la forme di' quelque petit singe que nous ne x'oyons pas, et avoir plutôt l'iiiteii lion de nous chasser d'ici que de nous régaler de ces noix. »
Ernest se décida alors à ramasser ces fruits ; ils n'étaicut pas même assez mûrs, &c sorte que nous ne pouvions imaginer ce (|ui les avait fait tomber, et nous faisions sans cesse le tour de l'arbre pour lâcher de le découvrir. IS'ous avions beau fatiguer nos yeux, nous n'apercevions rien, excepté, de tcm]>s en temps, un léger mouvement dans li'S feuilles; maison ne voyait, du reste, ni oiseau ni singe, et il n'y avait pas un souille de vent.
Fril/. avait hni de raconter à sa mère son histoire; voyant (|iie nous persisli(uis à tenir les yeux fixés sur le liant de cet arbre, il crui iiii'il y avait quchpu' gibier à tirer, et se hâta d'accourir avec ses jeuins frères. INous lui dimes de quoi il était <|iicslion; il avait vraiment des yeux de lynx. « .le verrai bien ce (|iie c'esl, moi, dit-il <'n levant le nez; et s'il tombait des noix à présent, je saurais bientôt ipii iiiuis les jette. — Tu les sentiras au moins, » lui dis-je. A l'instant, il tu tomba deux qui se détachèrent de leur queue, et cela si pris du ru rieiix, qu'il en eut la lèvre et le menlon éeorchés. Ernest ue^uit s'empêcher d'en rire: « Voilà du moins un sorcier Irès-poli , dil-il, il xeut le les envoyer dins hi bouche ; ce n'est pas sa faute si lu ne l'as pas assez i;rande pour les laisser entrer... — lîoii! en voilà encore deux (|iii roulent du côté de maman el de l'rancois ! ^ Ojcz comme il est honnête : à mesure (pie les convives aiigiuenlcnt , les noix lonibent pour ehaciiii d'ein; allons, ouvrons-les vile pour boire leur li(|ui'ur fraîche el bienlLisanle ii la santé du magicien. » Une noix fut brisée; elle renfermait un lait abondant, chacun en ]iril un peu dans les débris de la ci>(|uillc, clou l'avala en regardant en haut Ions à la fois : u Vivat! monsieur le sorcier! — Le voilà, le voilii! s'écri.i Jack... Ali ! mon Dieu! i|ii'il est laid! ^(>yez, Jiapa , comme il est hideux! Une tête horrible, plate, ronde, grosse eoniii.e l'intérieur de nuui chapeau, avec deux pinces effroyables.
— 'J'i ' oii le vois lu doue? — Le voilà (pii desceud doneemeiit , » dit-il eu iKUis le luoulrant. .le l'eus d'aliiinl rccn : c'était iincr.ilie
de terre, espèce de crustaeé de forme ronde, ressemblant d'ailleurs beaucoup à un homard, mais cent fois plus hideux. Il y en a qui sont excellents à manger, et qui font la principale nourriture des Indiens. Celui-ci est connu sous le nom de crabe à coco, ou pagure t\'>leur, parce qu'il est tri's-friand de ce fruit; il monte lentement et avec beaucoup de peine le long du tronc du palmier. Lorsqu'il est parvenu dans le chou ou faisceau de feuilles, il s'y cache el casse alors avec ses pinces, ipii sont très fortes, toutes les (|iienes des giappes de coco, il les sépare el les fait tomber du haut de l'arbre; souvent elles se brisent ; alors le crabe redescend , el trouve en bas de ([iioi se régaler. On prétendque leurs pinces sont assez l'orles pour casser les noix ; j'en doute, el je crois plutôt (pi'ils en sucent le lait par le moyen des trous ([lie les cocos ont près de la ((ueue. (!es animaux ne sont dangereux que lorsi|u'on est à portée <le leurs pinces, ou qu'ils sont en bandes nombreuses , ce qui n'est pas rare. An moment oii nous le vîmes, le [letil Fraïu'ois eut peur et se cacha derrii're sa mère ; Ernest lui-même reculait et ehercliail uu refuije; .lack leva, en menai-ant, la crosse de son fusil , el nous regardions tous d'un o'il curieux l'arbre que le singulier animal descendait lenlement. A riustanl oii il fut en bas, le courageux Jack tajia dessus axée smi fusil , et le man(|ua. Le crabe, se voyant attaipié, se retcuiriia, et vint, les jiinces oiixertes , ciuitre son adversaire. Mon petit homme se défendit x'aillamment, ne recula point , mais aucun coup ne lui réussit : le crabe savait à merveille les éviter, et je xis le moiuenl où les forces du petit gairon allaient s'épuiser inulilemenl. Cepemlaut je voulus laisser un libre cours au combat; je savais iju'il y avait peu de danger pour renlanl, cl iju'il finirait par être vain(|uciir s'il s'y prenait lestement et avec prudence; et ce duel d'un pelil gaiTon avec une grosse écrevisse était vraiment la chose du monde la plus plaisante.
Enhn, fatigué de ses coups infructueux, et se siuivcnant apparemment ([ue les pinces de homard ne font pas de bien aux mollels, Jack, seiré de près par son ennemi, el craignant d'être pincé, lit nu dciuitour à droite el prit le large. Ses frères firent alors de grands éclats de rire, et s'écrièrent : « Le sorcier l'a vaincu; il t'a mis en fuite, pauvre Jack; aussi jiourqnoi te battre avec un sorcier? •> Alors Jack, ]>i>piéau jeu, s'arrêta, jeta par terre son fusil, sa gibecière , ôta vivemcnl son habit, l'élendil au-devant de lui, et courut rapidement contre son adversaire, (pii s'axaiK'ait en agitant ses redoutables jiiiices. Sans lialancer, Jack lui jeta sou vêtement sur la tête, l'en enveloppa, el frappant ensuite sur le paipiet : « Je l'arrangerai bien, vilain sorcier, lui (lisait-il, et je t'a]qiren(lrai à me saluer de tes cornes. »
Je riais si fort que je ne pouvais aller à siui secours, et je voyais le ])aqiiel se soulever; riiivulncrable animal était encore plein de vie el de colère. Je pris alors ma hache, el j'en donnai deux ou trois coups sur l'Iiabil; ils me parurent siiflisanls. Je le soulevai, el ji' trouvai en cll'el l'horrible bêle morte, mais coiiservanl encore s(ui altitude luein-
(\llllC.
0 Quelle épouvantable créature! disait Jack eu l'cxauiiiiaul; mais bien loin i|ue sa laideur m'ait effrayé, elle iii'a donné du courage cl de l'ardeur : on est bien aise de délivrer la terre d'un tel monstre.
— Tu aurais bien à faire, mon petit Hercule, dis-je en lui frap]ianl su r l'épaule, c'esl l'animal le plus l'ommnn sur les bords de la mer; (Ui en voit par millions de différentes espèces, toutes plus laides les unes (pie les autres. Sais-tu bien, luiui cher Jack, (pie j'ai grande envie de créer un ordre en ta faveur, el de le faire chevalier du llomarti? \ Oilà le second combat singulier (pie tu as avec elles, nous ne parlerons pas du premier, où tu fus pris par la jambe; mais cette fois lu as vraiment montré du ecuiragc cl de la présence d'esprit. L'idée de jeter ton habit était Irès-biuine ; je doute ipie lu en fusses venu à bout autrement. Le grand crabe est nu .animal assez red(uitable , et il faut (pie ceux-ci soient bien forts jionr ouvrir des noix de coco; ainsi lu n'avais iioinl affaire à uu ennemi méprisable; mais la prudence humaine et le raisonncmenl donuent à l'iKUiinie la victoire sur les bêtes les plus dangereuses.
lAck. Mais, papa, peiil-cin manjjcr les crabes ? ils sont si laids!
LE n'iUE. L'habiliicle fait tout siirinonlcr. L'écrevisse est affreuse aussi , et se sert pourtant sur les tables les plus délicates; le crabe est le mets favori des esclaves nègres dans les Antilles , el souvent de leurs maîtres. Je crois (pic ce doit être une viande indigeste el dure, mais nous en ferons l'essai à diuer. »
Je chargeai sur la claie le crabe el les noix de coco (pi'il nous avait priKurées, et nous nous remimes en marche, l'en à peu le bois s'épaissit; nous enincs assez de |ieine à le traverser; il fallut souvent me servir de la hache jioiir (uivrir un passage à l'âne au travers des broussailles. La clialeur angiucntail aussi, et nous étions tous altérés, lorsipic l'.rnest, (pii faisait toujours des découvertes utiles, en ht par hasard une (pii venait à souhait dans ce momeul-lii. Il était, eiuiiiuc (Ui sait , grand anialciir dliistoire naturelle, el cueillait, elieuiin I lisant, les piaules (pi'il ne counaissait pas, pour les exaiiiiiier. Il trouva une esjii'ce de li|;e iniiiii^ el assez hante, ipii croissait au pied des arbres , et (pii, souvent, entravail noire marche. Avec son coulean il en coupa , et fut bien surpris, au binil d'un iiunnenl , de voir sorlir de (■ha(pie plante, à reiiiiroil oii elle avait été coupée, une goullc d'eau pure cl fraîche ([d'il nous montra; il eu mouilla ses lèvres, la trouva paiCaile et s'affligea ipi'il ii'\ ( l'il pas dav.iutagc. le les pris
LE ROBIJNSOJN SUISSE,
à mon tour, et je vis bientôt que le manque d'air empêchait l'eau de sortir plus aliniidammeut. J'y lis des ini-isi(ins, cl l)iciitôt elle coulii connue par uuc rijjole. D'abord Ernest, et bieulôt tous les autres, se dosalu'rérent el s'en ré(;alè"reut. Pour moi , ému de reconnaissance envers la bonté de Dieu, j'élevai les jeux au ciel : « Voyez , dis-je à mes entants, rpiellc bénédiction de la Providence nous avons Irouvée dans ces piaules salutaires, dont je suis bien làclié d'i];ruirer le nom ! Uue deviendraient les pauvres vciyai;eurs dans ce climat brûlant, en traversant ces forêts immenses? EloijiîU's de toute source d'eau, ils périraient de soif et de cliale\ir si le ciel ne leur avait nuMiaijé ce nniyen de se rafraîchir. »
Je «l'avisai de fendre la plante tout du loiii; ; nous eûmes alors assez d'eau pour pouvoir en donner même i» l'âne , an sinije et à la pauvre outarde blessée. Nous fûmes encore obligés ipiel(|ue temps de cheminer entre les buissons avant de nous retrouver en liberté. Enfui nous aperçûmes à notre droite, un peu à côté du riva|;e, le bois des (Calebasses, oii se dirii;eait notre course, et bientôt nous eùiiies alleinl celle plaije ;ii;réable , oii je m'étais reposé dans mon iiremicr vo\ai'eaver Fritz. Chacun s'étonnait, admirait ces beaux arbres et ces fruits énormes (|ui croissent si siuj;nlièreinent attachés au tronc. Fritz, qui les connaissait déjà , e\pli(|uait tout en détail et faisait le professeur, ainsi que je l'avais fait avec lui lors de notre première excursion. Je fus bien aise de voir qu'il n'eût rien oublié. Pendant sou récit, je faisais des yeux un choix de calebasses de difIVrentcs Ijrossenrs pour nos divers besoins. Je cherchais aussi à découvrir si la malicieuse horde des siujjes n'était point dans le voisinai;e; je craip,nais d'en être inquiété pendant nos occupations. Je fus bien content de n'en pas voir un seul, et a]Hès une petite promenade dans le bois, je revins auprès de ma famille.
Je trouvai Jack et Ernest dans la plus i;rande activité; ils ramassaient des branches de bois sec et des cailloux , pendant que leur mère s'occupait de l'outarde blessée ; ne trouvant pas que l'oiseau eût i;raud mal, elle me dit qu'il y aurait de la cruauté à la laisser |dus h)ii;;temps attachée sur la claie. Pour lui faire plaisir, je la déijai;eai et lui laissai seulement les pieds liés de manière cpi'elle pût marcher, mais non courir ni donner des cinips ; ensuite je nouai à un petit tronc d'arbre une lonj;ue heelle , qui lui ))ermit de se promener à petits pas et en liberté, l.lle se montrait peu sauvaije, excepté ([uaud les chiens l'approchaient; mais elle ne craiijnait point rhomiue , ce qui me confirma dans l'idée ipie nous étions sur des côtes tout il fait inhabitées. Iles fils étaient iiarvenus il faire un i;raud feu , autour du(|uel je les voyais tous occupés. Je |u'is l:i liberté de me mo((iier d'eux; je leur demandai s'ils étaient devenus des salamandres ou des habitants de la planète de Mercure, qui allument, dit-on, du feu pour se rafraichir, tant le soleil est jirès d'eux et brûlant : ici il ne l'était jjuère moins.
Il Papa, me dit Jack, il est question seulcnieiit de faire cuire mon sorcier iuan;ieur et distributeur de cocos. — Ah! c'est pour cela, messieurs, que vous avez cherché ces beaux cailloux : vous voulez, j'en suis sûr, vous eu servir en les faisant ch:iuffer pour apprêter votre crabe sans mettre sur le feu votre vaisselle de courije, qui ne le supporterait pas. »
Us <n convinrent. « Commencez au moins, leur dis-je, par faire le plat dans iei|uel vous voulez jeter les cailloux échauffés et le crabe, avant de faire le feu el de vous ;;riller à côté.
i,A m.RK. Je demande aussi qu'on me fasse ((uelques vases il lait el une (jrande cuiller plate pour prendre du beurre dans le tonnelet, et de jolies assiettes pour le servir proprement.
i.K n';m:. liien dil, chère femme; et moi je demande quelques niils de pigeons, des paniers pour les nuifs, des ruches pour nos abeilles, elc.
i.KS ENr\\TS. Ah ! oui, oui, ce sont d'excellentes choses; nous allons bien travailler.
JACK. Mais aupanrvant, papa, laissez-moi faire un plat pour mon crabe; par cette chaleur, il pourrait se gâter d'ici il ce soir, et je ne voudrais ])as avoir pris tant de peine h le tuer pour n'eu pas |iroliter; cela serait bienU'it fait, si vous vouliez me montrer la manière de couper une courge avec une ficelle.
LE riiiiE. Allons, allons, c'est juste; il faut bien le donner le prix lie ta victoire. (Juant ii la ficelle dont on se sert ;i défaut de si le, c'était fort bien pour la ])remicie fois, et je le montrerai .à t'en servir dans l'occasion; m;iis aujourd'hui j'ai apjiorlé tous les outils nécessaires; il s'agit seulement de cueillir une bonne quantité de calebasses de difféientes grosseurs; elb'S seront facileiuent coupées. »
Mes enfants se mirent k l'ouvrage, cl nous eûmes bientôt un nombre snflis;int de ces beaux fruits; plusieurs étaient déjà devenus six-s sur l'arbre, de sorte ipi'on pouvait s'en servir aussitôt, mais il y en avait aussi beaucoup qui s'étaient cassés en tombant, el qui furent jetés c(nume inutiles. IVous commençâmes tous à couper, à scier à creuser, à sculpter : c'était un vrai plaisir pour moi de voir l'activité de notre fabrique de vaisselle; c'était à qui déploierait li'S ressources de son imagination. Pour ma part, je fis un tris-joli panier à a'ufs avec une calebasse entière, en laissant un :irc dans la partie supérieure qui formait l'anse du ])anier. Je fis ensuite un certain nombre de vases à lait avec leurs couvercles, et des eiiillers |)our lexcr la crème. Je fis aussi des gourdes ou bouteilles pour l'eau , et ce lui là
ce qui me donna le plus de peine ; il fallait vider la courge par une petite ouverture de la grosseur d'un doigt prati(|uéc au-dessus; je fus obligé, après avoir détaché l'intérieur au moxcu d'un bâton, de le faire sortir avec de la grenaille et de l'eau; ensuite, pour contenter ma femme, nous lui finies une provision de jolies assiettes plates. Fritz el Jack se chargèrent des ruches, des nids de pigcmis et de poules. On prit pour cela les plus grosses calebasses, où l'on fit audevant une ouverture proportiennée à l'animal qui devait l'habiter; ils étaient si jolis que François s'allligeait de n'être pas un peu plus petit pour eu avoir un à son usage el pour sa demeure. Les nids de pigeons furent destinés à être attachés aux branches de notre arbre; ceux pour les poules, les canards el les oies devaient êlre places entre les racines en guise de poulaillers, ou vers les bords du ruisseau. Lorsipic les choses esseuliclles furent achevées, je leur permis de faire un plat pour mettre cuire le crabe, ce qui fut bientôt exécuté. Alais il leur manquait de l'eau; il ne croissait pins lii de nos bonnes plantes à funlainc , c'est ainsi que nous les avions nommées. Mes enfants me prièrent d'aller avec eux chercher de l'eau, n'osant pas se hasarder seuls plus avant dans le bois.
Il fallut donc me décider à les aeeomiiagner; Ernest s'olTril ce]iendant avec beaucoup de zèle pour me remplacer. Il n'avait pu réussir à la fabrication de la vaisselle; il cassait plus de la moitié des pièces qu'il entreprenait, et, pour réparer sa maladresse, il marchait en iivaut , et cherchait de tout côté pour découvrir de l'eau ou i|uelque antre chose d'utile. Bientôt je l'entendis crier très-fort en revenant ;i nous d'un air effrayé : « \enez vite, mon père, me dit-il : une laie, uuc laie 1 Oh! comme elle m'a fait peur! Je l'ai entendue grogner tout [irès de moi; elle est ensuite allée dans le bois , oii on l'entend encore.
— Holà! dis-je aux autres; à la piste! à la piste! appelons b's chiens; c'est cela r)iii serait une excellente capture! Holà I Turc! Bill! )) Ils arrivèrent au galop. Ernest fut le conducteur, et nous mena à la place oii le sanglier l'avait salué; mais nous n'y trouvâmes qu'un terrain garni de iiatates, dont (picl([ues-uni's ax'aient élé fouillées sans doute par ranimai. L'iirdenr pour la chasse s'était un peu ralentie chez Jack et Eriiesl au mot de sanglier; ils se mirent à ramasser les pal;itcs, el nous laissèrent , Fritz el moi , aller sur la trace des chiens : ceux-ci curent bientôt atteint le fuyard. INoiis enlendimes leurs aboiements, el peu après des grognements épouvantables (|ui vi'uaiciil du même côté. INous nous avançâmes avec prudence au pas de charge, et tenant nos fusils en avant, prêts à tirer ensemble dès (|ue nous serions à portée de la bêle formidable. Bientôt nous eûmes le plaisir de voir nos deux braves dogues à droite et à gauche d'un animal énorme dont ils lenaient les oreilles enlre leurs dents; ce n'était point un saiiglii'r, comme je l'avais cru d'abord sur le rap- |)orl d'Ernest, mais un vrai porc, qui,;i notre arrivée, paraissait (ilutôl nous demander secours et délivrance qu'avoir envie de nous attaquer. Contre notre attente, nous perdîmes aussi, Fritz el moi, le goût de la chasse, car nous reconnûmes bientôt dans le prétendu sanglier notre propre truie qui s'élail évadée. Après un inomenl de chagrin et de surprise, nous ne pûmes retenir un éclat de rire, et nous nous empressâmes de débarrasser noire bête domestique des dents de ses deux antagonistes; ses horribles cris retentirent dans le bois et attirèrent près de nous les glaneurs de pommes de terre. Alors coiniiieuça une petite fjnerre de railleries réciproques : Fritz se moquait de leur ardeur pour la chasse, qui s'était bornée à ramasser des pommes de terre. Jack el Ernest le plaisantèreiil sur le sanglier domestique, el prélendirenl qu'ils en avaient eu l'idée en enlendaiit son giogiicnient. « Tu l'avais prise cependant pour uue laie, dil l'rilz à Ernest, loi (|ui l'avais vue. u .le ne sais ce qu'Ernest aurait répondu; c;ir ratleiilion de liuis fut attirée sur une espèce de petite pomme de Icrre répandue auloiir de nous dans l'herbe, et qui tombait de plusieurs arbres auxquels il en pendait encore beaucoup. i\otre sanglier s'en rég. liait pour se consoler de l;i peur et du mal que les chiens lui avaient faits, el en avalait en quantité.
Ces fruits étaient fort jolis et colorés : F'rilz craignit que ce ne fût la pomme véuénensc du mancenillier, contre laquelle je les avais tant prévenus; mais le coehoii les mangeait avec avidité, et l'arbre qui les portait n'était point haut, et ii'av;iit ni le port ni le feuillage que li's naliiralistes donnent au mancenillier. Je ne me prononi-ai donc point encore, mais je dis à mes fils d'eu mettri^ dans leur poche pour les soiiiiieltre ;i l'épreuve du singe. J'étais déjà iiresipie rassuré eu voyant (|iic nos deux chiens s'en régalaient aussi ; pourtant je persistai dans la défense de goûter de ce fruit avant que je l'eusse sndisammcnl épnuivé; ils mi! le promirent. CepeiuUnl l'eau nous maui|uait encore, el coinmir la soif nous tourmentait, nous fûmes obligés d'en chcrclur avec zèle. Jack courut en avant , et marcha vers des rochers, espérant avec raison que nous en trouverions là ; mais à peine eut-il franchi les buissons, que nous l'entendiines s'écrier : « O ciel! mon père, un crocodile! un (u'ocodilc!
— Un crocodile! dis-je en éclalanl de rire; quelle idée as-lii là, mon garçon :' ici , sur ces rochers brûlants oii l'eau manque lolaleiiient, un crocodile! Tu rêves, sans doute.
— Je ne rêve point, dit-il plus doucemeul; lieiirensemenl , il dorl cleudu là sur nue pierre; il est précisément comme maman.
LE ROBINSON SUISSE
I.E pèhe. Eu voici bien d'une auli'c! Ta niauian i-osscniblo-1-cllc à un ciocodilc? Tu fais là uuc assez sotte jjlaisautcrie.
lACK. Je veux dire seulenieul qu'il est grand coiniue elle, et je n'ai pas la moindre euvie de plaisanter, car c'est bien sûrement un crocodile, mais peut-être seulement tui petit... ^ enez, venez le voir; il ne bouije pas. »
Je ne savais qu'en penser, et nous nous |;lissàmes jusqu'à la place oii l'on voyait le monstre; mais bientôt, au lieu d'un crocodile, j'eus devant moi un individu de la grande espèce de lézard à lai|uelle lc.î natur.ilistes oui donne le nom de léfjuana ou iiguana^, cl (|ui passe aux Indes occidentales pour la plus ijraude friandise. Je le dis à mes fils, en les rassurani sur le danijer d'approcher de cet aniiiial, nalurellenient doux et si excellent à man|;er. Tous eurent le désir de s'en em])arcret de faire présent à leur mère d'un ijibier aussi rare. Fritz élail <léjà ])rèt à faire feu dessus et le visait, ijuand je l'aperçus à temps pour le retenir. « Tu es toujours trop prompt, lui dis-je : ton COU)! peut manquer, ou simplejuent blesser; ces animaux-là sont couverls d'écaillés, comme tu le vois, et ils ont la vie très-ilure. Je crois aussi me raïqicler (]iie, dans la colère, ils peuvent être danijerciix. Essayons un autre moyen : puisqu'il dort, nous pouvons attendre; il n'est besoin ([ue d'un très-petit artifice pour l'avoir en noire pouvoir avec la i»his jji-andc sùi'cté, et vous aurez en môme Icmjis un siutjnlicr speclaclc. » Je coupai ilans les biiissiuis uuc lorlc xerije, au bout de laquelle j'altacliai une ficelle à ntcnd coulant ;je pris pour seule arme dans l'auti'e main une jjaule li'ès-niiuce , puis je m'approchai ii pas lents du dormeur; plus j'avançais, pins je r.ilentissais ukui pas. Dès que je fus très-près de lui, je commençai a silller un airijai, d'abord doucement, Cl peu à |ieu plus fort, jusqu'à ce que l'yijuana fût éveillé^; il paraissail se délccler de ce son; il levait la tète pour mieux l'entendre, et la tournait de tous côtés pour découvrir d'où il venait. Je m'approchais toujours plus sans cesser ma musicpie, (|ui le fixait à celte plaie. Eiilin, je fus assez ])rès pour 1 alteindre avec ma ijaule, dont je le chaloiiillai doucement, en sillliint l'un a|)rès l'autre tous les airs que je pouvais me rappeler. Le p,raud lézard ne savait plus où il en élail; toutes ses attitudes exprimaient le délire et la voluplé; il s'étendait, il recourbait sa lonijue queue oudiilaulc, balançait sa tête, la levait, et nous montrait alors une rau;;éc formidable de dents aiijuès, qui nous auraient mis en pièces à la moindre attaque hostile. Je saisis hiiliilemenl uii moiuciit où il avait la tète levée pour lui jeter le lacet. Dès (pu' cela fut fait, mes his s'approchèrent aussi, afin de le serrer et de l'élranijlcr; mais je le leur défendis, ne vcnilant jias faire souffrir ce pauvre animal. Je ne lui avais jeté le lacet que dans le cas oii la nianiiu-e très-douce de le tuer, dont je voulais faire l'c\|icficuee, n'eûl pas réussi : en ce cas, j'aurais eu recours au lacet p(uir me dércndre; mais il n'en fut pas besoin. Toujours silllanl mes plus jolies mélodies, je pris un moment favorable pour enfoncer ma rjaule dans \\]iv de ses narines; le saiii; en coula avec abondance, ce (|ui termina bicnlê,! sa vie, sans(|u'il eût donné aucun si;;iie de douleur; au eonlraire, il ]iaraissait encore écouter la musicpic avec plaisir.
Dès qu'il fut morl, je permis à mes fils d'approcher et de serrer le lacet, (pii nous fut Iri's-ulile pour le tirer au bas de la grosse pierre oii il s'était posié. Mes eulaiils s'exlasiaicul du moyeu dont je m'étais servi pour le tuer sans le faire souffrir, n 11 n'y a pas ijraïul mérite à cela, leur dis-je; j'ai lu souvent dans les relations des voja|;ciirs la descripli(ui de celle chasse, très- connue aux Indes occideulalcs. Maiiilcuant, voyous comnu'ut nous emporterons notre lourd cl précieux butin. » Apri's y avoir bien pensé, il fallut me décidera le charijcr sur mes épaules; ci ma tiMiiuure, ayant sur le dos celte singuliiie bête dont la (|ueuc pciidail au loin, n<' fut pas ce (|ui amusa le nioins mes enfants; ils la porli'reut tous à l'instar des paijcs qui suivent un prince. (à'Ia me soulagea beaucoup et me donna l'air d'un vieil empereur chinois revêtu d'un manteau royal sii|ierbe et Irès-
' Tguana, genre de reptile de. la famille des lézards; il se trouve dans l'Amérique méridionale et dans les Indes orientales. Sa longueur est de quatre à six pioils, dont la r|neue fait au moins la moitié. Sa téti! est Lumprimée sur les cotés, aplatie en dessous, recouverte par di' jurandes plaques, armée de forles mâchoires et do dents aiguës; le dessous du cou est muni d'un énorme goitre; les écailles de ce goitre sont lancéolées : celles de la créle sont aiguës, très-longues sur le dos, et plus courtes sur la queue Tout le reste de la peau est revêtu du petiles écailles lisses, excepté celles du dos, qui sont surmontées d'une arélo. Sous chaque cuisse il y a une rangée do quinze tubercules .Ses couleurs sont très-variables; cependant le vcn mêlé de jaune y domine le plus souvent; quelquefois ils sont gris, d'autres fois bleus ou bien panarhcs de toutes les couleurs, dans le genre des canioléons, auxc|uels l'j guana ressemble beaucoup. La chair de l'jguana passe pour un des plus exielleiUs nu-ts qu'on puisse OITnr à la sensualité de l'homme. On en fait une telle consommation dans le midi de l'Amérique, que le nombre de ces animaux est considérablement d.minué. On l'assaisonne on fricassée, soit au gras, soit au maigre. (Extrait du A'oureou Vicliouncure li'lUatoire naturelle, vol. II.)
Tous les lézards aiment passionnément la musique; on est sur de les attirer, ou par le son de la ilùle ou bien en silllint, etc'e^t la minière dont on s'empare des yguanas. Dès qu'on est assez près pour les toucher, un leur enfonce le bout d une gaule dans la narine , co ipii les tue à l'instinl sans douleur. {Uklionnaire d'IIialoirc nitlurcUe.)
extraordinaire : les couleurs changeantes du lézard brillaient au soleil comme des pierreries.
Nous étions déjà assez avancés sur notre route, lorsque nous cntendimcs un appel lamentable de ma femme et les pleurs du petit François : notre longue absence leur avait donné une extrême inquiétude; nous avions oiililié de les avertir de notre approche par quelques coups de fusil, n'ayant pas eu l'occasion d'en tirer un seul, et déjà ils nous croyaient perdus. Mais aussitôt que nos voix retentirent en chants d'allégresse, leurs lamentations se changèrent en cris de joie, et bientôt nous fûmes tous rassemblés sous les arbres à calebasses, et nous racontâmes notre excursion à la bonne mère, après avoir étendu à ses pieds rennemi vaincu , ce qui lui ht d'abord une peur horrible ; elle rit beaucoup ensuite quand je lui racontai la ressemblance (|ue Jack avait trouvée entre elle et le lézard. JVous eûmes tant de choses à lui apprendre, que nous oubliâmes notre soif; elle s'allligea cependant de ce que nous n'avions pas trouvé d'eau, mais il fallut bien aussi nous le pardonner. iMes hls avaient tiré de leur poche les pommes inconnues qu'ils avaient ramassées ; elles étaient dans l'herbe à côté de nous; notre Knips les eut bientôt flairées, et, suivant sa bonne coutume, il vint furtivement en voler, et s'en régala avec avidité ; j'en jetai aussi une ou deux à l'outarde, qui les mangea sans hésiter. Convaincu alors que ce n'était pas du poison, je permis aux enfants, ipii les regardaient avec envie, de s'en régaler aussi ; je leur montrai l'evemplc ; nous les trouvâmes très-bonnes, et j'eus le soupçon bien fondé (|ue ce pouvaient être des goyaves, espèce de fruit assez estimé dans ces parages. L'arbre qui les porte a quelquefois vingt pieds de haut, mais ceux i|ui nous avaient fourni nos pommes étaient sans doute encore très-jeunes, Ils croissent en général en une telle abondance, que, dans les pays habités, on est obligé de les extirper, pour qu'ils n'envahissent pas tout le terrain.
Cette friandise nous avait un peu désaltérés, mais notre faim n'en était qu'augmentée, et comme nous n'avions pas le temps d'apprêter notre yguana, nous fûmes obligés de nous contenter des provisions froides que nous avions ajiportécs avec nous ; mais , au dessert , nous eûmes quelques excellentes patates cuites sous les cendres, où mes fils les avaient mises en arrivant.
A peine fûmes-nous fortibés et ranimés par ce repas, que ma femme insista vivement pour reprendre le chemin de notre demeure avant que la nuit fût tout à fait noire. En effet, le jour me parut tellement avancé, que je me décidai à ne pas ramener avec nous la claie, i|ui était déjii si chargée, que l'âne n'aurait pu la traîner que très-lentemenl, d'autant plus que je voulais prendre un chemin moins long à travers les buissons, qui auraient entraxe sa marche. Je résolus donc de la laisser jusipi'au lendemain, cjuc je viendrais la chercher. Je me contentai de mettre sur le baudet les sacs ordinaires remplis de notre vaisselle de courge, le lézard yguana, ipii aurait pu être gâté le lendemain, cl mon petit François, auquel il servit de dossier; j'arrangeai le tout, et laissai à ma femme et à Fritz le soin d'allacher l'outarde de manière qu'elle pùl marcher devant nous sans risque de s'échapper.
Dès que tous ces préparatifs furent faits, la caravane se mit en marclie pour rclourner en ligne droilc au logis. Sortis du bois des Calebasses, nous arrivâmes à la coiitiiiuatioii des arbres à goyaves, où nous renouvelâmes notre provision de pommes savoureuses ; ensuite nous entrâmes dans un majeslucuv bois de chênes agréablement entrecoupé de beaux figuiers des Indes, de l'espèce de ceux de Falkenhorsl, La terre était pres(|ue jonchée de glands. Mon petit peuple, loiijoiirs curieux et friand, ne put s'empêcher de goûter ces glands, qui rcsseiiiblaient pariailcmeiit, pour la forme, à ceux d'Europe; mais ils pensèrcnl ipic, vu la différence du climat, il pouvait y en avoir aussi dans le goût. L'un d'eux s'avisa donc d'en mordre un, et le trouvant très-doux et très-agréable, il le dit bien vite à ses frères, qui se jeliuent dessus et en remplirent leurs poches, celles de leur mère et les miennes. J'étais aussi fort conlent d'avoir trouvé ce nouvel aliment; j'eus même l'idée d'en nourrir notre volaille : j'admirais plus (|ue jamais ces beaux arbres, ipii nous couvraient de leur ombrage el nous faisaient un présent inestimable. Je reconnus que (''était une espèce de chênes toujours veris, qui sonl communs dans les bois de la Floride, el du friiil deMjiiels les Indiens de l'Amcri(|ue seplenirimiale tireni une huile douce, (|u'ils emploient à taire cuire leur riz. Une fo'ile d'oiseaux se nourrissent de ces glands ; nous pûmes le remarquer par le cri sauvai;c et discordant de plusieurs espi'ces de geais et de perro<|uels ipii saiilillaient jo'^euscment dans le branchage et entre les feuilles. Mes bis voulaieni tirer dessus ; je ne pus les en empêcher ipie par la promesse (|ue nous reviendrions une autre fois chasser dans ce bois, et en leur faisant observer (pi'il élail trop lard pour ce jour-là.
INOus arrivâmes bientôt à la maison. Le chemin (|ue nous avioits pris avait Iclleiiicul abrégé noire luarchc, iju'avanl que l'obscurité fût compli'le nous pûmes faire encore ipiehpies petits arrangcmeiils imporlaiils. Ma femme eut un |;rand plaisir à se servir, le soir même, du panier à œufs el des vases à lait; Fritz fut chargé de faire un creux dans la lerre, (pii devait proxisoircmeiit servir de cave pour ciuiserver le lail. On le recouvrit de planches chaigées de pierres. JacU prit les nids de pigeons, monta vile sur l'arbre, cl les cloua à
LE ROBJINSOJN SUISSE.
(k's bi-iuiclies ; il mit dedans de In mousse sèche, et y plaça nu do nos pipjOOiis femelles apprivoisés, qui couvait dans ce nu)nient-lii ; il posa avec précaution les œufs sous la mèn'; elle y resta et parut s'y plaire : elle roucoulait avec reconnaissance. Ernest s'occupait à rani;er le poulailler entre les racines. Quand il eul fini, il fut curieux de voir eoiiinienl notre volaille se Ironverail dans ce lieaii palais; elle élail déjà pereUée et placée pour dormir, et trouva fort mauvais d'être réveillée, tandis <(ue, de son côté, Ernest se courrouçait de son peu d'empressement avenir habiter sa nouvelle deiueure. Quant à nnii, je lu'él.iis charijé d'éveiitrer l'yuuaiia et d'en préparer un morceau pour notre souper, niajjjré ma femme, (|ui ne cachait pas sa répui;nanee à mani;er du lézard et du crabe : elle les trouvait trop affreux; on ajouta dune en sa faveur de nouvelles jialates; nous essayâmes de lis faire cuire avec des rjlaiids doux, et le tout se trouva parfait. Kraneois était clian;é de faire le marmiton; c'était assez volontiers son emploi à côté de sa mère. Aous nous approehàiues sans peine du feu clair et pétillant sur lequel cuisait notre souper; une lirise de mer avait rafraîchi l'air, et après une i;ramli' faliijiie, le feu fait toujours plaisir, dette bonne et utile journée fut couronnée p;ir un repas vraiment savoureux, où nous donnâmes tous il notre chasse de l'yuuana des éloj;es bien mérités. Ma femme ne put se décider à en man|;er, cl s'en tint aux patates i;rillées. Le crabe eut ])cii de faveur; il se trouva sec et fade, et fut laissé de coté. >oiis préparâmes ensuite, ii eiilé du flamant, une couche commode pour notre outarde, cl nous allâmes nous éteiiilrc dans nos lits, dont nous avions tous r,raiid besoin.